Pour offrir les meilleures expériences, nous utilisons des technologies telles que les cookies pour stocker et/ou accéder aux informations des appareils. Le fait de consentir à ces technologies nous permettra de traiter des données telles que le comportement de navigation ou les ID uniques sur ce site. Le fait de ne pas consentir ou de retirer son consentement peut avoir un effet négatif sur certaines caractéristiques et fonctions.
L’accès ou le stockage technique est strictement nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de permettre l’utilisation d’un service spécifique explicitement demandé par l’abonné ou l’utilisateur, ou dans le seul but d’effectuer la transmission d’une communication sur un réseau de communications électroniques.
L’accès ou le stockage technique est nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de stocker des préférences qui ne sont pas demandées par l’abonné ou l’internaute.
Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement à des fins statistiques.
Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement dans des finalités statistiques anonymes. En l’absence d’une assignation à comparaître, d’une conformité volontaire de la part de votre fournisseur d’accès à internet ou d’enregistrements supplémentaires provenant d’une tierce partie, les informations stockées ou extraites à cette seule fin ne peuvent généralement pas être utilisées pour vous identifier.
L’accès ou le stockage technique est nécessaire pour créer des profils d’internautes afin d’envoyer des publicités, ou pour suivre l’utilisateur sur un site web ou sur plusieurs sites web ayant des finalités marketing similaires.
Bon ! Eh bien voilà, ce n’est pas toujours la fête. Hier, j’ai squatté un œil, c’était top. Il a pleuré, suinté toute la journée ; et, pendant ce temps-là, moi, je me délectais dans mon petit coin d’œillade. C’est à la limite du convenable de rire du malheur des autres, mais, quelle jubilation, quelle belle journée pour moi. Par contre, aujourd’hui, je suis coincé dans ce fichu courant d’air et cela n’a pas l’air d’être ‘’bon vent’’. Pourtant, il y a de si agréables possibilités.
Je pourrais me retrouver dans un vent portant, passer au-delà des toits de la capitale, tutoyer la tour Eiffel et le Sacré-Cœur. La Tramontane, un peu fantasque, me ferait bondir du Massif-Central à l’Armoricain en passant soit par les Pyrénées, soit par les Alpes. D’autres, les vents du nord, m’accompagneraient jusqu’au Cap Nord. Avec les Alizés, je suivrais les pérégrinations d’Anita Conti*, la ‘’Dame des mers’’. Entre le Siroco et le Vortex polaire, je ne serai pas loin d’attraper un coup de chaud et froid, mais je verrai du pays. Pourquoi pas, en compagnie du Pampero je découvrirai peut-être les civilisations précolombiennes ? Bien qu’anecdotique, j’aurais bien voulu savoir si, au Québec, le Chinook avait un parfum de sirop d’érable.
Non, rien de tout cela. Heureusement, j’ai évité ces vents de tornade qui détruisent, ou ceux qui attisent les incendies.
En tout cas, le Rlung-chen (རླུང་ཆེན), vent au Tibet, m’a apporté de la sagesse et je suis heureux dans cette petite brise marine de partager un peu de fraîcheur avec les uns et les autres.
Comme c’était drôle hier… Malgré ses clignements, impossible de me déloger. Je glissais à droite, à gauche, au milieu de son œil. Je faisais mine de disparaître pour mieux réapparaître. Il avait beau cligner, frotter, je poursuivais ma course folle. Il n’arrivait qu’à pleurer et moi je m’en amusais, revenant fièrement pour le narguer, le gratouiller…
Je sais, ce n’est pas très gentil car, pour lui, c’était plutôt agaçant. Mais pour moi, c’était d’un drôle !
Et maintenant qu’il a enfin réussi à me dégager, qu’est-ce que je pourrai bien faire ? Glisser sous le tapis ? Déjà fait… M’incruster sous le lit ? Je finirai en petit mouton avalé par l’aspirateur.
Non, décidément, rien ne vaut un bon globe oculaire.
Justement, voilà qu’un courant d’air passe.
Je me laisse emporter.
On ne sait jamais…
Et maintenant après le globe oculaire je passe au camembert.
Ouais monsieur le maire il a une grosse fabrique de camemberts à la sortie du village.
Alors moi en compagnie de mon courant d’air qui est maintenant devenu mon ami je laisse mon empreinte sur chaque fromage produit.
Paf ! En plein milieu ma signature : une petite poussière belle et fière.
Ouais les amis j’ai de l’ambition. Je veux lui reprendre au maire cette fabrique de camemberts.
Pour laisser ma trace, un fromage camembert avec une petit astérique de poussière en son centre.
– Oh ! Monsieur le maire qui se pointe, j’ai comme l’impression qu’il se dirige vers moi.
Aurait-il connaissance de mes secrètes intentions ?
Et hop pour en être sûr je me loge dans sa narine gauche. En faisant plusieurs fois des allers et retours là-dedans de manière à ce qu’il éternue comme un fou.
Qu’à force d’éternuer ça le rend dingue. Peut-être que je peux en savoir plus, s’il a vent que je souhaite lui chiper son usine de camemberts.
« Atchoum ! Atchoum ! »
Le maire n’arrête pas d’éternuer.
– Je suis sûr dit le magistrat que c’est cette poussière que j’ai dans le nez qui me fait éternuer comme ça !
« Atchoum ! Atchoum ! »
Vite ! un aspirateur spécial pour déloger cette saleté de poussière !
C’est elle qui depuis quelques jours grise mes camemberts. Je le sais. J’ai des espions qui ont fait du bon travail, ayant réussi à la localiser. Cette poussière « griseuse » de camemberts.
La poussière grise entendant cela, sort à toute vitesse de la narine gauche du maire et pénètre encore plus rapidement dans son oreille droite.
Rentrant dans l’oreille elle veut un peu voyager dans la tête du maire, pour y faire de légers dégâts et qu’il perde un peu la boule.
Car petite poussière a toujours sa tenace idée. De devenir propriétaire de la fabrique du maire.
Pour en faire des camemberts un peu « poussiérés », avec un petit astérisque grise en leur milieu.
Elle veut devenir célèbre, avec un nouveau type de fromage, ayant la signature d’une petite poussière !
Un astérisque
Une poussière, cachée dans un courant d’air, s’interrogeait : que faire pour m’amuser autant qu’hier quand j’ai squatté un globe oculaire ?
Brimborion, le grain de poussière, après avoir attrapé un rhume dans un courant d’air et s’être réfugié sous le tapis, s’interrogeait :
« Comment sortir de ce trou infect ? J’étouffe la-dessous ! Ah ! Ils sont propres les tapis : dessus, on y passe l’aspirateur, on fait de va et vient mais dessous, c’est une véritable honte ! Je ne suis pas seul, il y a un monde fou à côté de moi, je n’en reviens pas… »
Passe pour l’inconfort, le plus inquiétant pour Brimborion était de retrouver le plus vite possible un lieu agréable pour s’amuser autant qu’hier, quand il avait squatté un globe oculaire. Et ce n’était pas n’importe lequel puisqu’il avait sauté à pieds joints dans l’œil droit – le plus sensible – de Sophie.
« Oh là là ! La pauvre, d’abord, une petite gêne qu’elle essaya de chasser en se frottant l’œil. Non ! Ça chatouillait encore et moi, je m’amusais comme un fou !
Après une bonne chasse de collyre, je me suis retrouvé sur le carreau… de vitre et avec le soleil j’apparaissais dans toute ma splendeur. Mais, Sophie, encore elle, a beau frotter – elle est très douée pour les frottements, je suis toujours là.
Faire la poussière,vous connaissez l’expression ? C’est m’enlever, moi Brimborion, avec un chiffon qui m’est destiné, un chiffon à poussière. Sophie le manie fort bien également – essuyage et frottement sont les deux…Tiens, pendant que j’y pense, vous souvenez-vous de Marie-Pierre Casey, laquelle, munie d’un chiffon et du célèbre Plizz glissait comme une crêpe sur une belle et longue table en bois dans un spot publicitaire comme on disait à l’époque ? La pauvre Marie-Pierre n’est plus de ce monde, alors que moi, oui ! Je suis partout, là où l’on vient de passer l’aspirateur et l’O Cedar, sur le coin d’étagère qui a échappé à l’attention de Sophie, derrière la porte sous forme de rouleau que l’on appelle joliment mouton ( bê ê ê ), sur les plinthes (si bien nommées ), dans les interstices, tiroirs, placards, penderies, tout vous dis-je, tout !
Bon, ce constat ne résout pas mon problème d’amusement.
J’envisage de quitter cette terre ingrate et m’expatrier sur une étoile. Je vais consulter le catalogue des constellations et établir mes nouveaux quartiers chez l’une d’elle. Ah ! Devenir poussière d’étoile, poussière d’Orion ou du Sagittaire, ça a de la gueule, non ? Auparavant, je vais faire un détour sur un nuage pour être quelques temps le nimbus de la chiffonnette. »
Cachée dans un courant d’air , jouait une poussière qui ne manquait pas d’air .
Elle ne savait que faire pour exciter sa vie éphémère .
Où se coller ?
Qui turlupiner ?
C’était sans compter sur cette soudaine obscurité accompagnée d’une odeur de brûlé .
Stoppée nette sur sa lancée elle vit des cendres de l’enfer , descendre sur terre .
Les ayant à l’œil elle se mit à couvert dans le seul lieu qui compte à ses yeux :
Les rayons solaires où , tandis que chacun essaye de l’en soustraire , elle , elle s’envoie en l’air .
Le voyage extraordinaire d’Émile, l’escarbille.
Laissez-moi vous conter l’histoire d’Émile, l’escarbille. Il a vu le jour au sein d’un foyer embrasé d’une locomotive à charbon. Profitant d’une secousse violente dans les braises, il s’en échappa, aspiré par un appel d’air chaud. Il était ballotté dans tous les sens, tellement il était léger. Effrayé, il tentait de demeurer au cœur du courant, puisqu’à cet emplacement, les tourbillons étaient moins intenses. D’autres escarbilles arrivaient à se coller aux parois déjà bien noircies et disparaissaient instantanément de sa vue !
Soudain, il émergea du tuyau et se retrouva à l’air libre. Il tremblait de froid. Pendant un instant, il regretta la chaleur rassurante de son foyer. Sa teinte se transforma, évoluant d’un rouge vif à un noir d’encre.
En se laissant porter, il se demanda quand son calvaire allait se terminer. Il obtint sa réponse quelques secondes plus tard en entendant un cri perçant :
— Aïe ! Je crois bien que je me suis pris une escarbille dans l’œil !
— Je t’avais dit de ne pas te pencher par la fenêtre !
Parlait-on de lui ? Si oui, comment pouvait-il provoquer des douleurs, lui qui était si petit et si léger ?
Remis de ses émotions, il examina l’endroit qu’il avait heurté.
Celui-ci était assez agréable. Majoritairement blanc, strié de rouge. Sa surface lisse et humide lui permettait de se déplacer sans difficulté. Mais, quand il bougeait un grand rideau se déployait sur lui et l’imbibait d’un liquide légèrement salé. Tel un patineur, il s’amusait comme un fou en faisant des va-et-vient, rayant la surface qui devenait de plus en plus rouge. Soudain, un torrent de liquide l’emporta. Il se fixa aux filaments délicats au-dessus d’un abîme puis, fut gobé par une petite goutte de ce liquide salé. Celle-ci l’enveloppa puis tomba dans le vide avant de remonter vivement, emporté par un courant d’air ascensionnel vertigineux. C’était merveilleux, l’eau cristalline lui offrait une protection. À travers sa paroi, la lumière était irisée. Elle passait par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Les bruits étaient atténués. Il n’eut pas trop le temps d’admirer le paysage, qui rapetissait très rapidement.
Puis, après un certain temps, tout cessa. Il était en suspension. Le plus incroyable, c’était qu’il y avait des centaines de milliers de petites poussières comme lui, enfermées dans des centaines de milliers de gouttes d’eau. À côté de lui, se trouvait une magnifique créature étincelante.
— Salut, je m’appelle Émile. Et toi, quel est ton nom ?
— Mon nom est Starlett, répondit la charmante poussière.
— Comment es-tu atterrie ici ? demanda Émile, intrigué.
— Oh là, là ! C’est une très longue histoire. Je suis une poussière d’étoile filante. Je me suis échappée de la queue d’une comète lorsqu’elle s’est approchée du Soleil. Quelques mois plus tard, j’ai croisé l’orbite de la Terre.
— L’impact a dû être terrible, dit Émile.
— C’est peu de le dire, soupira Starlett. Heureusement que j’étais bien enrobée au départ car, il ne serait rien resté de moi !
Un terrible éclair mit fin à leur conversation et toutes les gouttes tombèrent en chute libre. Émile se mit aussitôt dans le sillage de Scarlett. Il ne voulait pas la perdre. Cependant, le destin avait d’autres plans. Un violent coup de vent les sépara, plaçant Émile dans une détresse sans mesure.
Il était persuadé qu’il ne la recroiserait jamais lorsqu’il se heurta à une vitre et aperçut Scarlett qui glissait tranquillement à ses côtés. Les deux gouttes se rencontrèrent et leurs cœurs fusionnèrent. Un rayon de soleil perça à travers un nuage. Leur cocon liquide s‘évapora. Un souffle d’air les emporta.
Leurs aventures à travers le monde ne faisaient que commencer !
© Raymond Août 2026
Une poussière, cachée dans un courant d’air, s’interrogeait : que faire pour m’amuser autant qu’hier quand j’ai squatté un globe oculaire ? Rien ne l’amusait plus qu’en mettre plein les yeux. Mais certains oculistes l’avaient à l’œil. L’air de rien, il fallait qu’elle commence par se faire oublier, avant d’être le grain de sable qui enraie la machine. Alors, elle se fit petite. Mais un coup de vent la fit éternuer. « Il n’y a plus de saisons, pensa-t-elle : avant, c’est moi qui provoquait cet éternuement… » Et, de dépit, elle partit au désert.
Un petit air frais venant de la forêt soulevait les feuilles, ouvrait les fenêtres mal fermées et rafraichissait les habitants après un été plutôt chaud. Le courant d’air s’était invité dans la maison.
Une poussière, cachée dans le courant d’air, s’interrogeait : que faire pour m’amuser autant qu’hier, quand j’ai squatté un globe oculaire ?
Oh oui, quelle belle journée ! J’ai visité un globe oculaire de fond en comble, la rigole de la paupière basse, celle beaucoup plus sombre de la paupière haute et les coins de l’œil. De vrais toboggans mouillés ! ça glissait du tonnerre comme dans un parc aquatique. Tout près du canal lacrymal, c’était même la douche mais chaude ! Va falloir que je me creuse la cervelle pour trouver plus marrant. »
J’ai trouvé une idée ! tout proche, il y a le verre d’une paire de lunette. Si je passe la journée à regarder l’écran en face, je verrai se refléter tout l’environnement dans l’œil, les paysages qui défilent, l’œil qui n’arrête pas de bouger, la paupière qui se baisse régulièrement. Oui, il me faudra des temps de pause aussi. Ça c’est du voyage ! Et sans bouger.
J’en ai une autre ! juste en dessous, il y a le nez et j’ai compris que je peux faire éternuer. J’imagine être propulsée à toute allure, éjectée dans l’air et y retourner dès que l’occasion se présente. Ça c’est un manège à sensation !
Finalement, j’ai du choix.
Je pourrais aussi avoir l’opportunité d’atterrir dans une bouche. Je ferai le grand circuit, comme dans un grand huit : glisser sur la langue, descendre dans le pharynx et l’œsophage, puis transpirer dans l’estomac comme dans un sauna. Ensuite, je voyagerai dans les intestins, pour visiter toutes les anfractuosités toutes plus profondes les unes que les autres. Je terminerai la descente dans le colon avant d’arriver au terminus, rectum, anus et, et, et… où j’attendrai d’être éjectée comme un boulet de canon.
Et si j’essayais une oreille ? Qu’est-ce qu’il peut s’y passer là-dedans ? Si je me débrouille bien et que je me dépose sur le tympan, je vais vibrer de partout. Mais personne ne m’en a encore parlé, quelles sont ces sensations extrêmes ? Vais-je décoller, me quitter physiquement et rejoindre mes amies les poussières d’étoile ?
Oh je rêve ! et si je me déposai sur la main d’un kiné ? je verrai plein de corps, de la peau à n’en plus finir, de toutes sortes, je serai complètement huilée, en même temps que le patient. Je glisserai pendant des heures toute la journée. C’est t’y pas beau ça m’dame ?
C’est vrai, il y a une infinité de possibilité, mais ce n’est pas moi qui choisis, alors je rêve et la mère veille.
Quelle soirée ! Inoubliable ! Je tournicotais dans la belle salle à manger du restaurant la Chèrebouchée lorsque qu’un coup de souffle me propulsa dans le globe oculaire d’un quidam solitaire. Face à sa table, un couple, jeune. Elle ravissante, lui puissant.
Le quidam voulant se montrer discret, clignait son œil espérant me chasser. La ravissante l’observait avec amusement. Elle s’imaginait qu’il la guignait. C’était loin d’être le cas du puissant qui avait lui aussi remarqué ces clignements intempestifs. Lui il s’en fichait de la discrétion. Il se leva, s’approcha du quidam, l’empoigna par le col et lui ordonna de cesser immédiatement son manège s’il ne voulait pas déguster du poing.
Mon locataire tenta de s’expliquer, mais les oreilles du gardien de la ravissante semblaient bouchées par mes consœurs.
Arrive le chef du lieu qui, avec diplomatie, invita mon hôte à le suivre jusqu’à la sortie.
Impuissant, les larmes perlèrent et ne voulant pas me noyer, je pris la poudre d’escampette.
Le pauvre ! Pas de bol. Mais un peu couillon quand même. Il aurait pu se rendre aux toilettes, se rincer l’œil et ainsi continuer à se le rincer avec plus de discrétion tout en dégustant son plat préféré.
Aujourd’hui, je dois m’amuser autant, si ce n’est plus. Allez le vent, propulse-moi dans un lieu où je puisse faire la fête. Et c’est ainsi que je me suis retrouvée dans la pâtisserie au Shoot Sucré.
Aseptisée à souhait. Quelle aubaine. D’abord posée dans un petit coin, je suis passée inaperçue.
Première fournée d’éclairs. Un petit souffle me place au centre du glaçage au café. Me voila engluée. Un hurlement au-dessus de moi. Une paluche empoigne mon siège et nous propulse dans une immense poubelle. La violence du mouvement me décolle et me jette sur un gâteau d’anniversaire. Pas le temps de souffler que la vendeuse arrive, me voit, me file une chiquenaude qui m’envoie dans la pâte feuilletée prête à être étalée. Une envolée de noms d’oiseaux s’abat sur moi et me voilà voletant de-ci de-là poursuivie par un rouleau rageur. Plus aérienne et souple que mon assaillant, je sautille de tarte en flan, de flan en cake, de cake en mousse de chocolat…
Chacun de mes appuis se voit réduit en bouillie par Mister Rouleau. Puis arrive Madame avec l’aspirateur. Moi, je me roule dans la farine. Hi, hi ! Ils vont avoir du mal à me dénicher. Armée de son Dyson, elle scrute chaque recoin, pendant que lui soulève avec énergie tout et n’importe quoi ce qui provoque les foudres de Madame.
Comment diable veux-tu que je l’attrape avec tes moulinets ? Tu l’envoies valdinguer n’importe où comme ça. File d’ici, je m’en charge. T’as déjà assez fait de dégâts.
Avec son œil de lynx, elle a vite fait de me repérer. Elle retient sa respiration, appuie sur la détente et une immense aspiration m’entraîne dans les boyaux de Dyson. Mais je n’étais pas seule. La farine m’a accompagnée mais Dyson ne l’a pas digérée. Il s’étrangle et expulse son estomac par tous ses orifices.
Trop fort ! Madame blanche de la tête aux pieds, Monsieur rouge comme un diablotin.
Je préfère me barrer et les laisser à leur vocabulaire fleuri. En route pour de nouvelles aventures !
Une poussière cachée dans un courant d’air
Se demandait : Que faire
Pour m’amuser autant qu’hier
Quand j’ai squatté un globe oculaire
Lui ai promptement déclaré la guerre
En sortant mon fleuret pour croiser le fer
Avec ses paupières
Qui tentaient de m’éjecter
En battant des cils
Puéril !
J’ai bien ri
Quand des larmes ont coulé
Pour essayer de me noyer
Bandit !
J’en ai profité pour surfer
Sur l’eau salée
Qui m’a amenée près du nez
Qui s’est mis à éternuer
Du coup je me suis envolée
Et me suis retrouvée
Suspendue au bord d’une lèvre
Qui ne m’a pas laissée tomber
J’ai alors adopté, comme un caméléon,
Sa couleur vermillon
Et me suis aussitôt mise à rêver
D’une discrète disparition
Lors d’un tendre baiser.
Nous étions calmement déposés en couche tranquille lorsqu’un violent coup de vent est venu nous secouer.
Tout le monde s’affole, tout le monde s’envole en un gros nuage gris qui se disperse et chacun va vivre sa petite aventure.
La belle table dressée en terrasse est définitivement souillée, on remballe les pique-nique et l’aquarelliste est dépité devant sa peinture encore fraîche parsemée de minuscules points noirs.
Un grain de sable a fichu une sacrée pagaille en enrayant le mécanisme de l’horloge de l’hôtel de ville.
Moi, j’ai atterri dans un bel oeil bleu, un oeil amoureux: une glissade tout schuss entre cils et iris, quelques pirouettes, le cri: « Surtout ne frotte pas! » et puis un déluge de larmes… Dommage que ce soit déjà fini pour moi.
Sûr que le moment amoureux est gâché.
Désolé mais on nous traque, on nous chasse, on nous inhale, on nous avale. On rivalise d’ingéniosité pour nous aspirer, nous éliminer. Et après on voudrait que l’on soit mignons, gentils, polis?
Mais malgré tous leurs plumeaux, aspirateurs et lingettes en microfibres on ne nous élimine jamais: on nous déplace, c’est tout.
D’ailleurs je recommencerais bien dans l’oeil d’un orateur pendant son discours ou d’un chef d’orchestre célèbre en pleine représentation.
On lirait dans les journaux: « Les larmes de l’académicien » – « Cacophonie à l’opéra! »
Ça pourrait être amusant non?
Lorsque je serai lassé de m’envoler de bourrasque en courant d’air, après une dernière danse dans un rayon de lumière, j’emprunterai le vent qui me portera au plus haut et je deviendrai poussière d’étoile.
La vie de Poussirette à la ferme.
Après avoir embêté le globe oculaire de Bruno, au point de le rendre chèvre qu’il s’en étrangle avec son cocorico, Poussirette a décidé d’aller voir ce qui se passe dans la tête des cocottes du poulailler.
Sa première victime, Mado, la belle ourlée de bleu…
Il a été ardu de trouver une entrée. Il a fallu chercher un autre orifice, plus accessible que ces oreilles bien planquées, direction le grand courant d’air de la boîte crânienne de Mado.
Poussirette a quand même pu saisir une idée persistante : Mado veut tout faire pour plaire à Ronchonchon, le tombeur de la ferme de Nana, un pti cochon celui-là !
A force de tourner en rond de ce tout petit espace, Poussirette a migré vers Simone. Son arrivée dans la boîte crânienne de cette dernière a beaucoup amusé Poussirette : des tonnes (autant qu’il soit possible dans un si petit espace) de photos de Ronchonchon avec des coeurs flottaient sur un air de tadam tadam…
Qui est ce gars ? Poussirette va pousser jusqu’à la Porcherie pour examiner cela de plus près.
En attendant, Bruno demande des comptes à nos poulettes… pourquoi aujourd’hui les oeufs sont-ils poussierreux ?
Les bestioles en images : https://nadyachaffautpsy.wixsite.com/confessions-de-besti/post/e2l821-a-la-ferme-la-poussière-n-en-fait-qu-à-sa-tête
Cet homme-là ne nous laissait aucune chance de survivre. Il voulait exterminer toute poussière dans sa maison. C’est impossible et inutile. Une maison n’a pas besoin d’être stérile. Éviter l’accumulation, d’accord, traiter les problèmes d’humidité et de moisissures, passe encore, mais là, il a été beaucoup trop loin, j’ai décidé de venger tous les miens.
Hier, j’ai provoqué une sensation de grain de sable, larmoiement et rougeur. De plus, je sais être abrasif. Plus il a frotté, plus il a aggravé son cas, jusqu’à l’égratignure de la cornée. J’étais accompagné, comme souvent, de mes amis bactéries, spores de champignons et autres particules porteuses de virus. Son œil s’est infecté durablement. Sa douleur persistante s’est accompagnée d’une baisse de la vision, d’une sensibilité à la lumière et, finalement, d’un risque de perdre son œil. Si au moins il avait su quoi faire, au lieu de frotter comme un forcené, il se serait rincé avec du sérum physiologique.
Aujourd’hui, je l’ai attaqué par le nez, provoquant de nombreux éternuements. Son nez a beaucoup coulé, puis s’est bouché. Tout cela provoqué par mes amis les acariens, les moisissures ou les pollens qui m’accompagnent, à l’origine d’une belle réaction allergique. Son système de défense — mucus, cils et éternuements — n’a pas été assez efficace pour nous repousser, car nous sommes si nombreux ! Quelle réussite !
Demain, j’ai l’intention d’aller plus loin en explorant les voies respiratoires. Rien de tel que de provoquer picotements, toux, gorge sèche ou irritée. Les particules les plus fines peuvent provoquer de l’asthme ou des maladies respiratoires, le graal !
Malheureusement, je ne pourrai pas participer demain, à cause d’une poussière qui est venue irriter mon œil.
J’avais débuté ma carrière en tant que poussière dans un globe oculaire. Mais il faut savoir évoluer. N’est pas cabotine qui veut.
Aujourd’hui, j’avais décidé de renouveler mon répertoire. Et ça tombait bien. Je m’étais laissée porter par un courant d’air qui venait de s’infiltrer par une fenêtre mal fermée d’une chambre mortuaire. L’ambiance était prometteuse.
J’ai ignoré les proches du défunt, aux mines déconfites. J’avais autre chose à faire.
J’ai attaqué par les bougies disposées sur une console à la tête du cercueil. Pfiiit, en voilà une d’éteinte. Pfiiit une seconde. Une vieille dame s’est levée pour les rallumer et moi pfiiit je m’attelais à souffler grâce à mon copain courant d’air, celles qui s’intercalaient entre les bouquets de fleurs. Un vieillard cacochyme a murmuré :
— Y’a peut-être des courants d’air. Fermez donc la fenêtre !
Que les humains sont naïfs. Un courant d’air ne se referme pas. Il se faufile. Il contourne. Il s’insinue et pour finir il persiste.
Je m’amusais bien. Puis une fenotte, entendre une femme de la haute bourgeoisie lyonnaise, s’est levée pour dire quelques mots. Alors, là, je me suis intéressée aux vivants.
J’ai infiltré le premier nez sur ma route. Hop, suis entré par la narine droite, quelques guilis aux sinus et zou… suis ressorti par la narine gauche dans un éternuement du plus bel effet. Oh la, la, j’étais mort de rire. L’éternueur beaucoup moins, par contre. J’ai visité quelques conduits nasaux et cela a créé une cacophonie qui j’en suis certain, a distrait le défunt engoncé dans son dernier lit.
Après une nuit de réflexion, j’étais seul avec la dépouille, les humains étaient partis reposer leurs paupières et leurs yeux irrités par le chagrin et mes souffles secs. Puis ils sont tous revenus pour le départ vers la nef. L’occasion de m’amuser encore un peu. Un petit souffle sous les chapeaux des rombières, si bien que toute une rangée a ondulé du chef sous les regards réprobateurs de l’assistance. Mais le clou du spectacle, étant lorsque je me suis immiscé sous la robe de bure du curé, révélant son pyjama à carreaux et… ses charentaises. J’y ai d’ailleurs rencontré d’autres poussières qui m’ont dit qu’elles s’amusaient beaucoup sur les « ailes de Dieu ».
Pour moi ça sentait trop la myrrhe dans cet endroit. Je me suis échappé au moment de la mise en bière, non sans avoir souffler un peu plus fort, histoire de décoller la moumoute du maître de cérémonie.
Quelle aventure ! Je suis prêt courant d’air. Envole-moi loin par-dessus les océans.
L’état d’âme d’une poussière…
Une poussière, cachée dans un courant d’air, s’interrogeait :
— Je ne suis pas de ces poussières ménagères qui passent leur existence à se reproduire en troupeaux de moutons sous les meubles… Je suis portée par le vent, la brise ou le courant d’air… et je cherche à être la plus désagréable possible. Je suis « La poussière ! », un point c’est tout… Voilà !
D’ailleurs, pas plus tard qu’hier, j’ai squatté un globe oculaire. Vous n’imaginez pas combien c’était amusant ! Une expérience exceptionnelle ! Que vais-je trouver maintenant pour rivaliser avec ce… ce…
— Désagrément ! lança une jeune poussière prise dans le même courant d’air. Je suppose que tu cherches un désagrément digne de ta réputation ?
— Tu es bien jeune pour parler ainsi !
— Peut-être. Mais je sais où tu pourrais trouver la réponse.
— Ah bon ? Où ça ?
— À la Grande Réunion des Poussières.
— La… Grande Réunion des Poussières ?
— Une assemblée mystérieuse où se retrouvent les poussières les plus expérimentées.
— Je n’en ai jamais entendu parler.
— C’est précisément pour cela qu’elle est mystérieuse.
— Et comment puis-je la trouver ?
— Fais comme moi. Laisse-toi porter par le courant d’air. Il finira bien par se glisser quelque part…
Le courant d’air les entraîna. Après quelques tourbillons, elles franchirent une fenêtre et se posèrent sur une immense corniche.
— Nous y sommes, murmura la jeune poussière.
Notre aventurière regarda autour d’elle. Il y en avait partout.
Sur les étagères, les poutres, les meubles et jusque dans les plis des vieux rideaux, des milliers de poussières étaient venues assister à la réunion. Certaines chuchotaient. D’autres, plus âgées, avaient cet air grave de celles qui avaient passé plusieurs décennies au sommet d’une armoire.
— Mais… combien sont-elles ?
— Je ne sais pas.
— Tu ne sais pas ?
— Nous sommes des poussières. Nous n’avons jamais été très fortes en comptabilité.
Au même moment, une voix s’éleva :
— … et c’est à cet instant précis que j’ai compris que j’avais devant moi deux narines parfaitement accessibles !
Toutes les poussières se turent.
— Qu’est-ce qui se passe ?
— Chut ! Nous arrivons en plein récit.
— Quel récit ?
— Celui de la doyenne : « L’Éternuement ministériel ».
— Je croyais être une poussière assez exceptionnelle…
— Tu l’es peut-être.
— Ah !
— Mais ici, tout le monde pense la même chose. Chut, écoute !
Sur le rebord d’une vieille étagère, une poussière légèrement grisâtre se redressa :
— J’ai fait éternuer un ministre.
— Un ministre ? demanda notre aventurière.
— En personne. L’homme prononçait un discours d’une importance capitale.
— Capitale ?
— Nationale, même.
— Il y avait des ambassadeurs, des journalistes et des gens très sérieux…
— Et alors ?
— Je me suis laissée porter par un courant d’air. J’ai traversé la salle, survolé le premier rang, puis j’ai aperçu deux narines parfaitement accessibles.
— Tu n’as pas osé !
— Oh que si ! Je me suis introduite dans la narine gauche.
— Le ministre venait précisément de déclarer : « Mes chers compatriotes, en ces temps difficiles, notre pays doit faire preuve de calme, de dignité et de… »
— Et là ?
— Là, j’ai commencé à chatouiller.
— Doucement ?
— Avec méthode. Le ministre a froncé le nez, cligné des yeux et tenté de poursuivre son discours : « … de dignité et de responsabilité dans l’accomplissement de nos devoirs citoyens… »
La doyenne s’immobilisa :
— Son nez a commencé à frémir.
— Il a tenté de résister.
— Et toi ?
— Je me suis accrochée.
— Alors ?
La doyenne leva les yeux vers le plafond :
— Alors, le ministre a inspiré profondément… et il a éternué.
— Fort ?
— Tellement fort que les feuilles de son discours se sont envolées. Un ambassadeur s’est baissé, un journaliste a perdu ses lunettes et un général a failli sourire.
— Et le ministre ?
— Il a déclaré qu’il devait s’agir d’une allergie.
— Et toi ?
La vieille poussière prit un air modeste :
— Moi ? Je suis repartie par la narine droite.
— Alors ? demanda la jeune poussière à notre aventurière.
— Pas mal, reconnut-elle.
— Pas mal ?
— Enfin, moi, j’ai tout de même squatté un globe oculaire.
— Un seul ?
— Comment ça, un seul ?
Une voisine intervint :
— Si tu voulais comparer les exploits, tu arrives un peu tard. Nous venons justement d’entendre le concours des plus beaux désagréments. Tu as raté celle qui avait déclenché une quinte de toux au moment précis où le maire demandait si quelqu’un s’opposait au mariage. Une autre s’était installée dans les lunettes d’un chirurgien, provoquant une intervention dont personne ne souhaitait plus parler.
Il y avait aussi celle qui s’était déposée sur les touches d’un piano et avait empêché un concertiste d’achever son récital, et celle qui, après avoir fait éternuer un chien, avait provoqué la chute d’un vase et une succession de catastrophes.
Quant à la dernière, elle s’était cachée dans un vieux réveil et avait réussi à le faire sonner trois heures trop tôt. Et ça, déclara-t-elle avec dignité, c’était un dimanche.
Pour la première fois, notre aventurière ne savait plus très bien quoi penser de son globe oculaire.
— Alors ? demanda la jeune poussière.
— Eh bien… c’était tout de même un très beau globe.
— Et maintenant, que vas-tu faire pour t’amuser autant qu’hier ?
Notre aventurière n’eut pas le temps de répondre. Un courant d’air se leva soudain et l’emporta :
— Hé ! Où m’emmenez-vous encore ?
Elle tourbillonna, traversa une fenêtre restée ouverte et, quelques secondes plus tard, se retrouva dans le globe oculaire d’un ministre.
Celui-ci ferma aussitôt les paupières :
— Ah non ! Pas dans un œil, maintenant ! Mais qu’est-ce que j’ai fait aux poussières ?
Une poussière cachée dans un courant d’air s’interrogeait : que faire pour m’amuser autant qu’hier quand j’ai squatté un globe oculaire ?
Hier je n’étais pas très mature.
Aussi, depuis, j’ai grandi.
Aujourd’hui, je me fais une aventure,
Je me déguise en bandit.
On m’a dit : tu n’es que poussière.
Et je me suis lancé un défi.
J’ai répondu : il suffit !
Vivre avec des oeillères,
Plus jamais de la vie.
Un vieux débris me fit de l’oeil,
Et je fus portée par le vent.
Distraction dans un fauteuil,
Très peu !e prends les devants.
Aujourd’hui, d’une humeur aqueuse,
Il faut que j’accélère
Je sors de ma sclère.
Je me retire de la muqueuse.
Dans mon ordi, je me lâche
Je joue à cache-cache
Avec les bits et les octets
Pendant qu’on me dit où qu’t’es ?
Depuis que j’ai rencontré la rétine,
Je ne me sens plus poussière,
Je suis attirée par la lumière.
Envie de retrouver mes racines.
Je sais, c’est révolutionnaire,
Pour un p’t bout de rien.
Je refais ma vie en plein air.
Je fais adieu de mon chiffon,
Je vais passer un entretien,
Pendant que c’est l’été indien.
C’est l’heure, je coupe le cordon.
Je vous laisse à votre piédestal,
Je pars autour du globe,
Ne soyez pas tristes, les microbes !
Je vous enverrai une carte postale !
J’ai oublié un vers après la muqueuse :
Dans mon ordi, je me lâche.
bravo, j’aime bien cette forme de fable. Et, avec des rimes tantôt croisées, tantôt embrassées. C’est un joli rendu.
Hier, se vautrer dans l’œil du premier « pingouin » venu, c’était jouissif mais bien trop facile. De fait, le fameux soir du 12 août 2026, à Biarritz, vers 20h, je me suis choisi un vieux barbon, un qui radote sa vie, qui ratisse celle des autres, un qui a stocké de quoi voir fondre les banquises, avant la fin de son petit monde, son rétrécissement égotique.
Il avait chevauché des lunettes, faites sur mesure, branches en marbre allégé, verreries de Murano, à la juste taille de son appendice nasal, la proue de son intime paquebot, mais riche.
Installé sur le balcon de son avant-scène, il tentait de se peaufiner le dernier spectacle étoffé de sa vie de taffetas. Fêlé du couvercle depuis quelques mois de retraite, il croyait qu’on lui avait peaufiné, pour lui, l’unique, cette éclipse passagère, le vrai droit de voir, tout seul, contre ceux, damnés de l’obscurité.
On lui avait versé un antique whisky, la tourbe des années fûtées de croissance et il en lapait toutes les discrètes excroissances. Son chien, un croisement expérimental de barzoï et de caniche, glapissait contre les mouvements indisciplinés des planètes.
C’est alors, que, juste au moment où la lugubre allait effacer totalement la grande poêle à frire le monde que je me suis pointé sur celui qui n’avait jamais rien trotté du monde, sur son globe obtus et parasitaire.
Quelque chose lui a gâché son espérance d’une vision de couronnement de carrière mais il n’en a rien saisi. Il est rentré dans ses appartements, un petit rendez-vous avec sa pédicure, pour contenir les ongles de ses divins pieds, toujours trop rayeurs de parquet.
Demain, humble poussière, mûrie de mes diverses expériences, je vais m’attaquer à d’autres animaux, du plus gros bétail, des qui, posant n’importe comment leurs sales mains sur l’avenir du monde ne garantissent plus grand-chose de la moindre correcte survie.
Foi de poussière des hommes, Le tourbillon des miennes vaincra ses vieux débris.
PS : Je tiens à préciser qu’aucun réel pingouin n’a souffert de l’écriture de mon texte. Le Hauteur
Eureka ! J’avais trouvé. Pour m’amuser autant qu’hier, et même plus, je vais me glisser dans un nez pour le gratouiller et pouvoir chanter à tu tête : «
C’est nous les gars de la narine !
Quand on est dans ce milieu
On n’a jamais froid aux yeux
C’est nous les gars de la narine
Du plus p’tit au plus grand
On s’amuse bien là-dedans »
Je repérais un nez bien volumineux, aux ouvertures bien poilues puis je frôlais plusieurs poils histoire de provoquer une réaction. Celle-ci ne se fit guère attendre. Après ces gratouillements, j’entendis un :
– Haaaa ! Haaaa ! Atchoummmm !
Je fus propulsé comme un avion à réaction. Formidable ! C’était comme un manège à sensations. Trop amusant ! Il fallait remettre ça. Même gratouillage des poils et des muqueuses, même effet. L’éternuement fut encore plus fort. Je partis dans les airs avec un bruit de tempête. Y’avait même des gouttelettes de pluie mais en plus épais et plus collant. Je recommençais jusqu’a ce qu’un mouchoir vienne obstruer ma sortie. Bruit de trompette et je terminais ma journée dans les plis gluants d’un mouchoir à carreaux, au fond d’une poche. Bah ! C’était pas très grave. Quelle journée ! Je m’étais vraiment bien amusé. Obligé de me tenir à carreaux jusqu’à ce que la matière sèche. Je pourrais alors sortir de la poche et m’envoler pour une prochaine journée d’amusement. Demain ce sera direction une oreille où je suis sure de trouver une cire humaine.
Comme bien souvent, je me suis régalée. Une richesse de vocabulaire, une gouaille qui donne immédiatement une voix à cette poussière. Vraiment une belle réussite.
Comme toujours, des jeux de mots et un écrit vivant. Ça m’a donné envie de rester en compagnie de cette poussière. Et tant pis si , c’est pour finir dans un mouchoir souillé 😜
Il faut que je vous raconte mes derniers exploits !
Hier, j’ai bien embêté une jolie fille en me collant sur sa cornée. Je ne l’ai pas fait volontairement ; un courant d’air a soulevé tous les débris de plants desséchés qui couvraient le sol et nous a projeté vers la terrasse du restaurant à côté. Je me suis retrouvé dans l’oeil de la belle qui a tenté de résister aux désagréments de ma présence pour épargner son maquillage mais elle s’est rapidement mise à pleurer comme une fontaine à la fonte des glaces et le Rimmel s’est répondu sur les ridules et ses joues de telle manière qu’elle a été transformée en clown triste en un rien de temps.
Aujourd’hui, le courant d’air m’a envoyé dans l’entrée d’une maison. Je me suis installée dans le mécanisme d’une belle horloge. Elle me plait bien cette situation en hauteur. De là, je peux observer les allers et venues des occupants du lieu.
La pendule murale dite « squelette » a un cadran ajouré vieil or aux chiffres romains noirs qui laisse voir le mécanisme. Le mouvement dans une cage métallique est activé par le balancier, à côté du poids de fonte qui déclenche également la sonnerie. Des aiguilles, de style fleur de lys, tournent et la petite cloche sur le haut s’active d’un coup unique, toutes les heures.
Ma présence dans cette belle machinerie perturbe la régularité de l’écoulement du temps. La femme presente dans la maison regarde vers l’horloge à chacun de ses passages dans l’entrée. De toute évidence, elle porte un tendre regard sur l’horloge. Je ne sais, si c’est en raison de la beauté de l’objet ou pour le souvenir qu’il lui inspire. Elle compare l’heure de l’horloge avec celle de la montre connectée qu’elle porte au poignet. Elle a observé le décalage entre les deux et s’empresse de jouer sur la grande aiguille pour rectifier le manque.
Après avoir réajusté plusieurs fois l’affichage, elle revient avec l’homme de la maison qui regarde l’heure sur son smartphone pour vérifier ce que la femme lui a indiqué. Lui, délaisse les aiguilles et joue sur le balancier dont le moment d’inertie peut être ajusté.
Je dirais que leurs différentes interventions se comptent par dizaine avant qu’ils ne se penchent sur la cage arrière où les roues crantées déroulent leurs mouvements conjoints.
Et c’est là que je suis installée, tantôt la tête en l’air, tantôt la tête en bas.
Le couple a de la chance, je suis toute blanche dans cet environnement laitonné.
Ils vont prendre un petit outil en firme de pincette pour me libérer des roues.
C’est surprenant les différents contextes dans lesquels je me retrouve. J’aime bien observer la réaction des vivants face à ma présence perturbante. Souvent, je les trouve peu doués dans leurs hypothèses de résolution des problèmes que je crée.
Allez, voyons où le prochain courant d’air va me déposer pour de nouvelles aventures…
Je suis pouce hier, ce faisant je m’amuse à me poser sur ou dans les endroits les plus inattendus. Le coup du globe oculaire était un peu périlleux, mais n’avait il pas dit:
tu te fourres le doigt dans l’oeil si tu crois …..
Grâce à ma faculté de changer de taille pour m’adapter à la situation, je pouvais me glisser dans la bouche d’un bébé afin de l’aider à s’endormir, m’allonger pour que le pouce de l’autostoppeur soit bien visible, je me régalais à me dresser sur la main d’un sportif vainqueur.
Il y a très longtemps, j’ai décidé avec Jules César, de la vie ou la mort de gladiateurs dans l’arène.
Mais là, j’étais à court d’idées
Ah! Et si je choisissais un geek au pouce véloce penché sur son téléphone à longueur de journée ?
Je multiplierai sa vitesse par deux, il obtiendrait des scores faramineux.
J’en sélectionnais un, 14-15 ans, marchant sur le trottoir, le dos déjà voûté, les lunettes sur le nez , ne regardant rien autour de lui, un vair accro.
Le voilà qui me fait glisser à une vitesse folle sur l’écran, gagnant partie après partie, poussant des cris de joie devant nos victoires.
Les passants le croisaient en haussant les épaules. Un vieux monsieur promenant tranquillement son chien marmonna :
Encore un qui se prépare une bonne arthrose du pouce dans quelques années .
« C’était géant ! Le globe tournait dans tous les sens, les cils semblaient battre des ailes, j’avais l’impression de voler en looping sur le dos d’un grand condor. J’ai juste eu à attendre que le grand con se réveille et, là, ça a été la piste aux étoiles, le ciel grand ouvert à 360 degrés, le frisson garanti. Qu’est-ce que je ne donnerais pas pour m’amuser autant aujourd’hui. Il faut que j’essaie un autre manège. La foire du Grand Ménage n’a lieu qu’une fois le printemps. Et comme j’ai un ticket avec Maria, elle me fait entrer partout. Elle est géniale. Pas le genre à me cacher sous le tapis. Elle nous secoue, nous secoue et on se marre bien, avec les copains. Ah ! Tiens, revoilà l’allergique au pollen. Elle nous a dans le nez mais ses éternuements, c’est un truc de dingue ! Faut bien s’accrocher si on ne veut pas se retrouver en constellations. Moi, je n’y résiste pas, je préfère lâcher prise. C’est dans ma nature. Et c’est parti ! »
AAAAAAAATCHIOUUUM !
« Waouuuuh ! »
Hi Hi… C’était trop bien hier !!!
J’étais dans l’œil de Dieu et de ma vie, je ne m’étais jamais retrouvée dans un aussi beau globe oculaire !
Sur la tête de ma mère, c’était Divin !
Un globe énorme, lubrifié à souhait, un miraculeux terrain de jeu !
Et j’en ai fait des loopings, des doubles-boucles, des vols planés : mon Dieu que c’était drôle.
Pendant ce temps, Dieu essayait de rester imperturbable, droit dans ses bottes.
On ne déstabilise pas Dieu comme ça !
Il se contentait de cligner de l’œil sans mettre ses mains sur ses paupières, ce qui m’arrangeait grandement. J’avais le champ libre…
Mais quand Dieu cligne de l’œil, ça fait du grabuge… et des tonnerres, et des éclairs… et des orages monstrueux…
Je me suis bien régalée toute la nuit et je me suis promise d’y retourner un de ces jours.
En attendant, il faut que je récupère et je vais un peu me reposer.
Tiens…là, sous ce tapis par exemple.
Mais chut !… Ne venez pas me réveiller s’il vous plaît !
Il y a des règles dans la vie : on ne dérange jamais une poussière qui dort sous un tapis, sinon elle va chatouiller l’œil de Dieu et ça va encore faire du grabuge.
Qu’on se le dise !
Une poussière, cachée dans un courant d’air, s’interrogeait : que faire pour m’amuser autant qu’hier quand j’ai squatté un globe oculaire ?
Qu’est-ce que c’était bien ! Je recommencerais bien aujourd’hui en fait ! Je me suis promenée sous la paupière, j’ai circulé comme une folle, jouant à cache-cache avec l’autre œil qui essayait de voir où je me cachais. Je suis une pro ! Il en a fallu du temps pour me déloger. Et encore, je l’ai un peu aidé…Oui parce que quand j’ai vu le sérum physiologique arriver, je me suis dit que ça allait devenir compliqué. Pas trop envie de finir noyée et jetée je ne sais où. Alors je me suis gentiment mise sur le bord et j’ai sauté dans le vide ! J’adore les sensations fortes ! Aujourd’hui je suis planquée dans les franges du tapis…Je me glisserais bien entre les orteils de la petite. Je sais qu’elle va aller courir sur la terrasse pieds-nus, elle adore ça ! Ça ne me fera pas de mal de prendre l’air et je diminue les risques de finir dans l’aspirateur. Allez, il faut que je sois stratège…Je vais me rapprocher des miettes de son gâteau laissées hier…Ça devrait le faire…
Aujourd’hui , dimanche, je danse , un rayon de soleil, une légère brise , je m’infiltre . Je deviens visible , (globes oculaires dégagés !), je révèle l’invisible, j’intrigue les enfants, je poétise les minuscules particules je m’épanouis avec des reflets irisés .
Quelle expérience, on me découvre, on me regarde , va-t-on immortaliser cet instant éphémère. ?? un artiste inspiré voit déjà une sculpture des grains figés dans la lumière ..
SQUATT BATH
J’étais une poussière
Je suis ‘la’ poussière
Sans rien qui pèse et qui pose
Je gène parfois
Au grè du vent je vogue
J’ai regardé la dernière émission
Samedi d’en rire
Je squatte une oreille
Tout finit par des chansons
Ouie.. sur un air de déjà vu
Su. Bu. Quu. Du
Le soir je suis dans la soupière
L’œil est dans le bouillon
🐼
UN BIEN GÊNANT
– Tu parles d’un amusement !
On mettait une plombe à s’installer sous les cils pendant qu’il dormait et, dès qu’il ouvrait les yeux nous descendions tout shuss en zigzaguant le plus possible pour prolonger la descente. La gène s’établissait selon que nous étions poids coq ou plume. Moi j’étais coq directement issue de la basse-cour et propulsée par icelui. Un cocorico un peu trop enjoué a secoué l’animal de bonheur et, de bonne humeur je fus propulsée à l’extérieur des rémiges où j’étais bien au chaud… et pan dans l’œil droit du fermier qui l’avait globuleux. Je gènais ! Eh bien oui que voulez-vous que je fasse d’autre ! Je dosais mes efforts tandis que le poids plume lui, dès son arrivée dans le gauche a bien essayé de nous emplumer avec ses beaux discours et ses claquements de manchettes comme quoi nous les coqs on étaient des moins que rien… tant et si bien qu’il a fatigué le fermier qui en a pleuré d’énervement, sorti son mouchoir et roule ma poule l’a évacué tout content de s’être débarrassé de cet agitateur dont le commerce était bien d’aveugler ! 🐁