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Ironie délicieuse à être un grain de sable — le composant même du sablier ancestral — s’introduisant dans une montre moderne pour la saboter. C’est le retour du refoulé. C’est l’ancêtre qui vient mettre une claque au descendant trop sophistiqué.
En ralentissant ces rouages, je pose une question philosophique à mon propriétaire : « Si ton temps n’est plus exact, existe-t-il encore ? »À force de frotter, je finis par créer une fine poussière de métal. Je transforme son mécanisme de précision en un moulin à café miniature.Le méta lgrine les ressorts fatiguent, et soudain… le silence. Le temps s’arrête. Pas parce que l’éternité est arrivée, mais parce qu’un fragment de silice de l’ère quaternaire a décidé que l’homme n’avait pas besoin de savoir qu’il était exactement 14h32 et 15 secondes.
Je ne suis pas qu’un grain de sable dans les rouages, je ne suis plus un grain de sable, je suis une anomalie temporelle.Alors, on se sent toujours maître de son emploi du temps ?
Le Paradoxe du Sablier Inversé
On m’a répété toute ma vie
Q’un seul grain de sable dans un engrenage
Pouvait tout enrayer
Comme je ne suis pas très sage
J’en ai bien profité
Que de moteurs j’ai détruits !
Jusqu’à ce qu’on m’expulse sur une plage
Mais je n’ai pas été plus sage !
Je me glissais dans les yeux des bébés
Et je les faisais pleurer
Je me collais sur la peau des belles endormies
Je m’incrustais, ça les piquait
Non, je ne suis pas gentil
Enquiquiner, c’est mon plus grand souhait…
On a fini par m’exfiltrer
Dans un vaste désert blanc
Mais dès qu’il y a eu du vent
Avec mes voisins on s’est envolé
On a parcouru bien des contrées
Recouvrant tout d’un voile ocré
Et puis le temps a passé
Vous avez fini par m’oublier
Mais moi je suis toujours là
Même si vous ne me voyez pas
Alors prenez bien garde à vous…
Coucou, me revoilou !
— Salut ! Comment ça va !
— On se connaît !
— Les eaux ont beau couler dans tous les sens, le sable restera toujours au fond.
— Pardon !
— Excusez-moi, je ne me suis pas présenté. C’est un proverbe géorgien.
— Et…
— Je vous ai vu, isolé au milieu de cette plage. Et j’ai pensé tout de suite que nous étions de la même origine. Alors voilà !
— Et qu’est-ce qui vous fait dire ça ?
— Le gypse en fer de lance. Je me suis dit tiens, tiens ! Je connais. Et donc je me suis permis…
— Vous me draguez en quelque sorte…
— Ne me parlez pas de drague. Mon voisin s’est fait coffrer par une pelleteuse. J’y ai échappé de justesse, dans une rivière de Géorgie, et maintenant il est confiné dans un sablier à vie. Pourquoi, je vous le demande ? Il ne peut bouger que le temps d’une cuisson d’un oeuf à la coque. Et vous ?
— Oh ! Moi, vous savez, je viens d’Angleterre. Vous voyez la mouette rieuse là-bas ?
— Oui.
— Eh, bien, c’est mon ULM, mon jet privé, si vous préférez. Enfin ! J’ai profité de l’occasion. J’étais bien tranquille dans mon chateau de sable. Elle est venue frapper à la porte de mon labyrinthe. Je ne sais pas ce qui lui a pris. Elle s’est mise à se dandiner. Elle m’a bousculé. Je me suis accroché. Après, je ne sais pas comment c’est arrivé. J’ai fait un stage en CDD comme marchand de sable. J’ai dû m’endormir un moment. Et puis, les gosses, c’est trop sérieux. Faut pas trop les enquiquiner, on ne sait jamais comment ils vont réagir. Alors, ce soir j’ai prévu un crime. Et je ne sais pas si je vais être du côté de l’assassin ou de la victime. J’ai repéré le bouquin d’Agatha. Celui que vous voyez juste à côté. Il faut que j’apprenne, parce que je n’ai pas encore la technique. Vous pouvez venir, on ne sera pas trop de deux, voire plus ! Même à plusieurs, on compte pour un. Avec le nombre, on passera inaperçus vu tous les criminels qu’elle brasse.
— Déjà, quand vous dites que vous n’êtes pas du côté de la victime, c’est immoral. C’est le premier grain de sable qui va enquiquiner le lecteur.
— C’est ça le but. Le grain de sable, on ne sait jamais à qui il est destiné. Ca peut être le grain lui-même qui en bénéficie. Et le lecteur se perd.
— Vous êtes sur la bonne voie.
— Oui. Le coupable n’est pas toujours celui qu’on croit. Le grain de sable, il faut faire croire qu’il fait partie de l’improvisation du moment, juste avant le crime. Mais, en général, l’esprit trop cartésien du criminel n’a pas prévu ce moment improvisé. En fait, c’est le dernier grain le plus important. Et ça peut être un grain de folie.
Georgette est un beau grain de sable très lisse. Elle est née d’une mère, grain de sable volage, qui les abandonne, elle et son jeune frère dès leur jeune âge.
Georgette s’est, par la suite, épris d’un riche grain de sable, héritier d’une manufacture du Nord. Désavoué par les parents de ce dernier, le jeune couple part s’installer loin de leurs géniteurs.
Georgette, en dépit de son beau mariage et de sa beauté naturelle, se révèle d’un tempérament fort jaloux. Elle envie les grains de sable qui l’entourent et toutes les situations qu’elle côtoie l’exaspèrent.
Son aigreur la rend insupportable à ses proches qui reproduisent parfois, à leur tour, des sentiments revanchards et hargneux.
Néanmoins, cette mégère sait se montrer sociable avec les grains de sable extérieurs au cercle familiale. Son appétit de conquête l’amène à fréquenter les plus beaux et plus riches cercles, grains de sable.
Pour ce faire, elle côtoie les milieux associatifs et politiques des sables de la ville. Ainsi peut-elle influer, mine de rien, sur les sols lustrés des apparatchiks fréquentés et les rayer sans vergogne quand l’occasion se présente.
Georgette prend des revanches sur les humbles grains de sable qu’elle méprise de tout son pouvoir de nuisance.
Promue responsable du service d’action sociale du secteur, elle se venge en disqualifiant les prétendants aux logements sociaux ou en refusant, par exemple, une place en crèche au bambin, grain de sable trop coloré à son goût.
Cette hyène réussit à se faire détester de tous ses proches et des petits grains de sable qui fréquentent les services associatifs et sociaux qu’elle encadre.
Le seul grain de sable qui, en dépit de tout, la vénère toujours, est son vieux conjoint, fidèle à leur amour d’antan, qui reste aveugle à la triste réalité. Sa magnifique moitié, si belle et si lisse au jour de leur union, est devenue une peste aigrie, décriée de tous et, probablement, pour toujours : « Pire-que-Folcoche », la qualifient entre eux leurs descendants…
Belle description, merci Nouchka !
Oh que non ! Pas d’improvisation ni de laisser-aller. Chaque chose à sa place. Minutie et rigueur. C’est ainsi que les choses fonctionnent. Tel est le concept de vie de Monsieur Noble.
Une sortie au restaurant ? Réservation pour 20h. Calcul du temps de trajet avec plusieurs alternatives en cas d’incidents non programmables, temps de parcours à pied avec marge de sécurité au cas où. Idem pour le retour car le coucher est à 10h45 précises.
Un voyage ? On n’en parle même pas.
C’est d’ailleurs lors d’un voyage aux Etats-Unis préparé au micron, qu’un grain de sable rancunier qui attendait son heure, entra en scène.
Roissy. Tout se passe comme prévu. Aucun incident. Départ pile à l’heure. Aucune turbulence. Monsieur Noble affiche un sourire de satisfaction lorsque l’avion se pose à l’aéroport JFK.
Le sourire disparait très rapidement. Grain de sable avait profité du voyage pour fissurer le mur de la perfection.
Contrôle américain. Présentation du passeport biométrique. La machine voit rouge et hurle ! Arrivée des gardes surarmés et sur musclés à l’hamburger.
Soulevé, Monsieur Noble est transporté vers une pièce, jeté sur une chaise et interrogé dans un americano anglais mâchouillé auquel il ne comprenait rien.
Grain de sable était aux anges. Durant toute la durée du voyage, il avait utilisé son pouvoir abrasif pour décaper la photo du passeport. Devenue illisible, les machines rejetèrent cet intrus suspecté de voyager avec des documents contrefaits.
Il ne restaient que peu de forces à grain de sable, mais suffisamment pour se réjouir de la panade dans laquelle il avait mis monsieur intransigeance.
Des mois qu’il souffrait de solitude. Sa famille du bac à sable avait été anéantie par les pelleteuses et autres instruments de torture. Il était le seul survivant.
Il n’était pas le seul à souffrir. Des bambins, des parents se lamentaient de la disparition du bac à sable.
En cause ? Monsieur Noble qui après de méthodiques recherches avait trouvé une erreur d’un centimètre dans le plan d’urbanisme qui obligea la commune à remettre les choses telles qu’elles étaient auparavant.
Grain de sable observa une dernière fois Monsieur Noble sans repères, dégoulinant de sueur, son cerveau en panne sèche.
Alors, mon vieux ? Ça fait quoi de vivre sans papier millimétré et en ayant perdu son âme ?
Good luck !
Je n’en peux plus. Les limites de ma patience sont débordées. Tous les matins, elle va se baigner. Puis elle se roule dans le sable pour faire un gommage corporel !!
Le problème, c’est qu’ensuite elle se douche et traque, sans aucune considération, le moindre grain de sable.
Voilà pourquoi tous les jours, je subis une descente aux enfers dans les égouts niçois. Je suis balayé dans un milieu pourri, nauséabond, gluant. Comme un rafiot dans la tempête, je ne contrôle rien et suis soumis à un tas de traitement violents et humiliants avant d’être vulgairement expulsé.
Alors si je dois enquiquiner quelqu’un, c’est bien elle. Je réfléchis.
Son point faible, c’est le célibat. Elle rêve au prince charmant et réalise que les aiguilles de l’horloge tournent, et qu’elle doit appuyer à fond sur la pédale de l’accélérateur. Aussi tous les jours elle fait au moins une rencontre d’un mâle susceptible de correspondre à ses souhaits.
Ils commencent par se retrouver dans un bar. Je vais m’accrocher à ses amygdales. Elle va tousser, tousser, telle Marguerite la Dame aux camélias au dix neuvième siècle. Cela fera au moins fuir tous les hypocondriaques. C’est sûr.
Les autres, elle les emmène chez elle pour un dernier verre et plus si affinités. Je me nicherai dans ses petits bourrelets, et je gigoterai à qui mieux mieux. Elle est encore assez souple pour nous faire du hip-hop sur canapé. Peut être sera-t-il assez cinglé pour croire qu’elle exprime ses émotions et son impatience. Il restera pour l’étape numéro trois.
Il l’embarquera dans la chambre. Et là, j’en aurai deux à enquiquiner. Et je sais très bien où je vais me cacher et faire la danse de Saint Guy. Ça va tellement démanger qu’ils se croiront envahis par des morpions. Ce sera le bal des morbacs dans le lit de la belle au grain de sable.
J’imagine très bien la scène. -1,2,3..action, puis – Couper. Ce sera un film complètement dingue et jubilatoire pour moi.
Et elle, ça devrait la dégoutter de la plage. Qu’elle m’oublie !
Midi sonne à l’horloge de l’hôtel de ville.
Monsieur Gustave sort sa montre gousset de la poche de son gilet.
Monsieur Gustave est une institution de la Brasserie de la Place de l’hôtel de ville.
Retraité des chemins de fer, un des derniers à se servir d’une montre à cadran, la ponctualité est pour lui une religion, un sacerdoce.
Vous le trouverez tous les jours attablé près de la fenêtre devant un demi pression en train de lire Simenon.
A midi sonnant, il referme son livre, vérifie par habitude l’heure à sa montre et satisfait de la concordance parfaite avec celle de la tour, il paie sa consommation, salue Geoffrey le patron et rentre sereinement chez lui.
Mais aujourd’hui c’est le choc, l’incompréhension, presqu’une insulte:12h 07 affichent insolemment les aiguilles de sa montre gousset, celle qui l’a accompagné fidèlement durant toute sa carrière!
Monsieur Gustave se lève brusquement, oublie son livre et devant l’air interloqué de Geoffrey quitte la brasserie en courant.
– Monsieur Gustave! Votre livre!
Et dans sa précipitation, Geoffrey bouscule un client et l’arrose du café qu’il vient lui servir.
Préoccupé ne comprenant pas la trahison de sa montre fidèle, dans un état proche de l’hébètement, Monsieur Gustave emprunte le passage pour piétons alors que le feu est passé au rouge.
Il n’entend pas le crissement désespéré des pneus de la voiture qui l’évite in extremis.
Pas plus qu’il n’aura conscience de la consternation et du dépit du chauffeur de la camionnette constatant que le gâteau de mariage qu’il transportait a glissé irrémédiablement et s’est écrasé sur le sol.
Dans la rue étroite et encombrée de voitures ralenties par l’incident, Lola voit ses dernières chances d’arriver à l’heure à son rendez-vous s’envoler.
Quentin l’avait prévenue: cette fois, c’était la dernière…
Monsieur Gustave rumine son malheur. Et Germaine qui va lui reprocher le rôti trop cuit bien sûr!
Personne ne comprendra le malheureux hasard, le « mauvais endroit au mauvais moment » qui a gâché une journée de printemps qui s’annonçait si bien.
Non, personne… Sauf moi… le grain de sable qui s’est incrusté insidieusement dans un minuscule rouage du mécanisme de l’horloge de l’hôtel de ville, celui qui a retardé l’heure de l’horloge de la tour.
Je suis assez content de moi.
Ce soir à la faveur d’un coup de vent, je m’envolerai pour aller me nicher peut-être « Entre 2 Lettres » où j’irai découvrir d’autres idées créatives pour enquiquiner mon monde.
» Ce soir il me vient des idées… » ( air connu)
🐻TOI, L’ÉMERI
C’est en contemplant la falaise des Mées en Provence que je fis le bilan, ma vie avec lui n’était pas une existence. Je la traînais comme un boulet. Je lui rendis la monnaie de sa pièce. Disparaître de sa vue, être un grain de sable, ça lui fera les pieds. C’était un proche. J’aurais dû prendre mes distances, éviter les frictions. Il avait le cuir épais. Rien ne peut l’atteindre, ni les remarques, ni les attentions. Comment m’y prendre pour l’enquiquiner? Il est vulnérable, sa bonne conscience, il pense, il croit, il sait. Pour lui la «guerre est agréable car il ne la fait pas» je l’userai jusqu’à la corde de ses espadrilles, je l’éroderai, je lui ferai porter la corne qu’il souffrît ou qu’un beau désespoir le secourût – pifft ! Quand j’aurai disparu. Quant à moi, je m’amalgamerai en pouddingue, je le dominerai, je serai une cheminée des fées relief ou reliquat jamais ne m’oubliera.🐻
Toi, l’Émeri… très beau jeu de mots pour panser les maux… Bravo, c’est bien tourné !
Éloge du grain de sable…
En ce premier jour de mai, je ne demandais qu’une chose : savourer mon café, tranquillement installé sur la terrasse, dans le calme matinal.
Le soleil était déjà là, tiède, prometteur. Tout semblait parfaitement à sa place. Jusqu’au moment où le bruit a commencé. Un vrombissement sec, insistant — une tondeuse.
J’ai fermé les yeux un instant, espérant que cela cesse.
Mais non.
Le bruit s’est installé, obstiné, comme s’il avait décidé de me gâcher la matinée.
Inutile de chercher qui en était responsable.
Dans ce lotissement, il y a toujours quelqu’un pour troubler la tranquillité des autres.
Toujours le même genre de personne.
Celui qui dérange.
Celui qui s’impose.
Celui qui ne respecte rien.
J’ai reposé ma tasse.
Le café avait perdu son goût.
J’ignore si ma réaction est dictée par un désir de vengeance, mais j’imagine alors que je suis un grain de sable qui n’aurait qu’une seule envie : enquiquiner ce voisin rebelle. Et pour cela, j’aurais voulu être porté par le vent, insaisissable, presque invisible, et pourtant assez présent pour venir se loger là où il ne faut pas. Dans l’œil, par exemple. Pas pour blesser vraiment, mais pour troubler, forcer à cligner, à pleurer un peu, à voir le monde autrement, ne serait-ce qu’une journée.
J’aurais voulu être cette gêne qu’on ne peut pas ignorer, ce détail qui dérange le confort, qui empêche de regarder droit devant sans y penser. Quelque chose de minuscule, mais qui prend toute la place. Ce petit imprévu qui vient perturber une situation pourtant bien organisée. Ce ne sont pas des catastrophes, mais ces désagréments suffisent parfois à bloquer ou compliquer les choses.
J’aurais pu tout aussi bien être un grain de sable soulevé par un enfant lancé à toute vitesse derrière son ballon, pris dans l’élan, dans la vie, dans le jeu. Et finir entre les dents de mon voisin, craquer sous la pression, ou me glisser dans sa chaussure, laissant une gêne brève mais nette — un rappel que même au cœur de la légèreté, subsiste toujours une aspérité.
J’aurais pu me contenter d’être cela : un incident, une contrariété passagère, presque excusable. Ou bien devenir celui qui enraye la machine, l’intrus tapi dans les rouages, invisible mais suffisant pour ralentir l’ensemble.
Mais je n’aurais pas voulu être anodin. Un grain de sable, oui — mais celui qu’on n’oublie pas.
Le petit grain de sable d’un sabotage discret mais efficace. Le grain minuscule qui provoque un dysfonctionnement dans un système bien huilé… Ce qui importe n’est pas la taille, mais le pouvoir de rupture. Un détail infime qui monopolise l’esprit, parce qu’il devient impossible de penser à autre chose.
Tout semble parfait à ce perturbateur, dirigeant sa tondeuse d’une main ferme… cet homme sûr de lui, le regard fixé droit devant. Mais il ne voit rien d’autre que son bon vouloir… jusqu’à l’instant où ce petit grain lui démontre que l’équilibre repose sur peu de chose. Un grain de sable qui ne fait pas dans le spectaculaire, mais qui choisit précisément où cela dérange le plus, avec le moins d’effort.
Alors j’aurais choisi…
Une trajectoire plus franche, plus dérangeante. Me porter vers son visage, atteindre un œil… non pas par hasard, mais avec une précision presque délibérée. Sans violence excessive, sans éclat — juste assez pour troubler, irriter, s’imposer. Juste assez pour qu’il ne puisse plus ignorer ce qui le dérange.
Certes, le vent m’aurait aidé — il aurait suffi d’un souffle. Je me serais élevé, à peine, j’aurais tournoyé, hésité, puis j’aurais plongé… dans son œil pour y déposer ma petite dissonance.
Il aurait frotté,
il se serait agacé,
il aurait pesté.
Il se serait arrêté. Enfin…
Mission accomplie ? Pas encore.
J’aurais pu partir, disparaître avec une larme, mais j’aurais résisté un peu. Juste assez pour qu’il se rende compte qu’il ne contrôlait pas tout.
Pourtant, je n’aurais été qu’un grain de sable. Rien de plus. Rien de moins. Que l’on croit insignifiant, perdu parmi des milliards d’autres, mais moi, avec mon projet, je n’aurais pas voulu déranger n’importe qui. J’aurais choisi le perturbateur…
Un grain de sable, oui.
Cherchant simplement à tomber au bon endroit… et au bon moment…
J’adore ce petit grain de sable, du voisin indélicat qui vient enrayer le plaisir d’un café, un dimanche matin ensoleillé. La vengeance, en pensée, avec ce grain de folie, qui vient entraver à son tour le fauteur de trouble, est délicieuse. Merci Gilaber
Merci Nicolas… Je suis le petit grain de sable justicier…
Bon dimanche.
Heureusement, il y a les grains de café qui permettent de maîtriser les grains de sable !
Je suis un grain de sable, aussi vieux que la création du monde. Né d’un galet érodé depuis des millions d’années, j’ai passé toute mon existence à être balloté par le ressac : tantôt noyé dans l’océan, tantôt échoué à sécher sur des plages parmi mes milliards de frères. J’en avais assez d’être piétiné, égratigné par des parasols, manipulé par des bâtisseurs de châteaux, puis dispersé à coups de pied par ces mômes lassés de leurs jeux. Je ne retrouvais jamais mes amis, toujours éparpillés.
Un jour pourtant, je me suis retrouvé pris au piège dans une pelleteuse, enfermé dans un grand sac. J’ai voyagé je ne sais combien de temps avant d’atterrir, avec mes camarades, sur un terrain perdu en pleine campagne. Finis les embruns revigorants, les rires des enfants. On dépérissait d’ennui dans ce tas.
Quand j’ai vu un type armé d’une pelle et compris le sort de mes compagnons, broyés dans une bétonnière avant de finir prisonniers d’un mur, moi le minuscule, j’ai décidé de lui jouer un tour à ce gars. Ni une ni deux, j’ai eu la brillante idée de profiter d’un courant d’air pour lui sauter dans l’œil. Il a lâché sa pelle en poussant un juron tonitruant. Il se frottait tant et plus la paupière irritée qu’il en pleurait. Profitant de cet écoulement, je me suis réfugié dans son grand mouchoir à carreaux.
Quelque temps plus tard, j’étais balloté dans une eau mousseuse et parfumée. Puis j’ai dévalé des tuyaux dans une descente vertigineuse et, après un long périple, j’ai fini dans un cours d’eau, tout fier d’avoir enquiquiné ce tortionnaire.
Les petites rivières font les grands océans alors, je ne désespère pas de revoir un jour mon chez moi.
Qui n’a jamais reçu de grain de sable dans un œil ? Un thème que nous serons plusieurs à choisir… Votre grain de sable a fait un beau voyage !
bonjour @Gilabert et Nicolas. Après avoir envoyé mes textes, je lis les précédents pour savoir comment le sujet a été traité. C’est intéressant, voire étonnant de lire la diversité des textes qui oui, parfois, se rejoignent plus ou moins avec le même idée. Si je sèche, je laisse tomber jusqu’à la fois suivante et je ne m’inspire pas des autres pour participer coûte que coûte. Après avoir posté, je retourne très rarement sur la proposition, ce qui fait que je rate de sympathiques commentaires. C’est un peu dommage (ce n’est pas un reproche) de ne pas recevoir de notifications comme sur une plate-forme sur laquelle je suis inscrite. J’en profite pour remercier les abonnés qui me commentent. Fort occupée par ailleurs, de mon côté je n’ai pas le temps d’en faire autant. Je vous souhaite un excellent dimanche et vous dis à la prochaine fois chez l’ami Pascal. Bien cordialement. Fanny
Joli voyage d’un galet devenu grain de sable, rendu à son élément liquide. Entre-temps, il enquiquine un ouvrier du bâtiment, celui qui, en bout de cette chaîne solidifiante le mérite peut-être le moins. C’est le prix de la liberté 🙂
Moi, je suis un grain de sable. Ce minuscule, voire ridicule, grain de sable coincé entre deux pierres de Compostelle. Insignifiant, croient les marcheurs pressés qui me piétinent sans vergogne, avec leurs chaussures techniques à deux cents euros, achetées en promotion sur Vinted. Mais s’ils savaient. Je suis l’acteur perturbateur dans des situations établies. J’aime enquiquiner. C’est dans mon ADN.
Alors, toi, le gars qui abreuve tout le monde de ton expérience Compostelle pour te retrouver et qui répond à tes mails en marchant, et toi, l’influenceuse qui filme tes larmes au lever du soleil dans ta tenue in-tem-po-relle, votre grain de sable vous attend.
Je les vois arriver : sac ultraléger, bâtons carbone, appli GPS. Objectif : 26 à 40km par jour (et pourquoi pas un marathon quotidien ?) et photo d’ampoules sur Insta-gram. Sans oublier toutes les églises et chapelles, pour le côté spirit.
Ils traversent des plaines, gravissent des collines sans lever la tête. Ratent le vol des milans. Ignorent l’odeur des orangers chauffés au soleil. Tout de même s’extasient devant les parfums d’Eucalyptus comme le topo guide, leur signale en gras.
Ils traquent les donativos, ignorent les natifs, laissent leurs déchets. Alors j’agis subrepticement : je gratte la chair tendre des tendons d’Achille, et c’est ampoules assurées ; gourdes percées, là c’est favorable pour oser toquer à la porte des habitants pour communiquer, enfin ; lacets défaits et c’est arrêt obligatoire. De facto, ils se po-sent et regardent autour d’eux… parfois, ils apprennent à marcher autrement. Mission accomplie.
Alors que je m’amusais avec des copains sur la plage à m’infiltrer entre les doigts de pieds d’un humain, ma riche-mère m’appela auprès d’elle.
– Grenat, viens un peu par ici.
– Tout à l’heure maman.
– Viens tout de suite ou je t’amène de Grès ou de force.
– Bon, j’arrive.
Je laissais donc Mica, que j’aimais bien pour son grain de voix ; Silice et son chant de cristal ; Carbone, un noir très volcanique ; Quartz, un blanc qui regardait toujours sa montre et Gros grain avec qui je jouais souvent à cache-cache avec les coques, les palourdes ou les couteaux alors que lui préférait se baigner en rivière de part sa forte énergie. Je leur dit :
– A bientôt pour prendre notre pied une nouvelle fois ensemble.
– Dommage, on était à deux doigts de l’irritation pour cet English à la peau rose.
Je retrouvais ma mère après avoir fais signe à un autre copain, un breton en granit rose. A peine avais-je roulé près d’elle qu’elle me sortit :
– C’est bien beau de jouer sur la plage ou fréquenter des sables grossiers pour aller aux Arènes ou aller au ciné pour voir Dune ou des films Gore, mais à la rentrée tu vas être majeur. Il va falloir penser à ton avenir professionnel.
– Oh, maman, lâche-moi un peu.
– Grenat, tu n’as pas de particule. L’argent ne viendra pas tout seul. Regarde ton oncle. Lui, il a su se donner du bon temps. Il travail comme sablier. Ne vois-tu-pas comme il se la coule douce ?
– Oui, maman, t’as raison. Tu lui as demandé de me faire embaucher ?
– Désolé. Ça tombe à l’eau. Son patron est désormais dans les clepsydres. Sinon il y a le bâtiment comme ton cousin. Il travail dans les agrégats.
– Le ciment, ça ne me dit rien. un peu rigide comme job.
– Ne fait pas la fine bouche. Pas d’agrégat d’accord mais tu peux finir agrégé.
– Ah oui, l’enseignement, ça me plait.
– Mais non, pas agrégé de lettres mais agrégé pour devenir moule dans une fonderie ou fondu pour être transformé en verre. Rappelle-toi tante Silice, elle est devenue Crystal.
– Gand bien lui fasse mais je ne suis pas un fondu, moi. j’ai toute ma tête. Je veux faire carrière avec les enfants. Pourquoi pas marchand de sable pour les endormir le soir ?
– Tu rêves, mon petit. C’était une autre époque. Maintenant les mobiles font le travail au dessus du lit.
– Alors…pourquoi pas travailler dans un delta, un estuaire ou une lagune. Ça me plairait bien. Il parait qu’on peut s’y faire draguer. Rappelle-toi les voisins Minéral, partis au Mont Saint Michel ou bien les Organique partis vers la lagune de Venise.
– Désolé, mon poussin, mais ces boulots sont plutôt réservés aux sables fins. Toi mon Grenat, tu as trop d’éclat.
– C’est gentil maman de me dire ça.
– Attend, il te reste les compagnies des eaux pour filtrer certains déchets.
– Oh non. Je préférerais travailler chez une esthéticienne pour caresser les corps et devenir drainant.
– Pourquoi pas. Mais tu connais du monde pour t’embaucher ? … t’as même pas le diplôme d’exfoliant.
– Ce que tu peux être défaitiste. Tu me casses le moral.
– Ne couine pas. T’as encore des débouchés dans la cuisine pour conserver les viandes, les fertilisant pour amander les sols agricoles, lgros grain pour des tissus abrasifs ou tu peux même te projeter plus loin…
– Où ça ?
– Dans le sablage, bien sûr. Tu serais projeté à forte pression sur des objets pour les nettoyer.
– Tu te trouves drôle ? …Non, tout ça ne me donne pas bonne impression.
– Bon, c’est pas grave…. Tu as encore tout l’été pour y songer, mon fils.
– Bon, d’accord. Alors, je peux retourner jouer entre les doigts de pied du monsieur ?
– Oui, vas y Grenat, éclate toi !
Bravo, il fallait avoir de belles connaissances en géologie, pour penser à inclure plusieurs roches constituant un amas de tas de sable. J’ai beaucoup aimé
Comme toujours, de beaux jeux de mots et des rimes, pour envisager les différents usages de toutes les natures de grains de sable … et finalement retourner enquiquiner le Monsieur 🤣 bravo Alain !
Imaginez que vous êtes un grain de sable. Racontez qui vous souhaitez enquiquiner et comment vous allez vous y prendre.
Ah enfin seul ! Ah on voit que le printemps est là et qu’ils ont un besoin irrépressible de venir voir la mer et de nous marcher dessus par la même occasion…Je commence à en avoir ras la casquette de disparaitre sous leur serviette et respirer leur crème solaire ! Au moins l’hiver, ça secoue, on voit moins de monde et on décolle ! Ras le bol de me faire dorer la pilule et attendre que l’eau vienne me doucher. J’irai bien faire un petit tour moi. Il y a bien moyen de quitter cette plage. Depuis le temps que je suis là, j’en connais des techniques ! Alors qu’est-ce que j’attends ? Hein ? non mais c’est vrai ça ! Allez je vais me lancer tiens. Me glisser entre deux orteils, sous les ongles, entre les fesses, sous un sein, entre deux pages d’un libre, sous les claquettes d’un papy, peut-être même dans la bouche d’un bébé ah ! ah ! …Non je plaisante…Dans le bouchon du flacon de crème solaire, dans l’étui de téléphone, le paquet de gaufrettes ! Oh mais oui ! Idéal les gaufrettes ! Avec toutes les alvéoles, je vais même pouvoir embarquer les copains ! Facile ! Les gosses affamés reviennent vers leur serviette, posent les mains sur moi, impossible de faire autrement…je me colle dans un des plis de la paume de main puis je saute direct dans le paquet de gaufrettes. C’est sur ça va marcher !
Et si on me découvre (et j’espère qu’ils me découvriront de retour chez eux !), ils sacrifieront la gaufrette sur laquelle je me serais installé, personne n’a envie de manger du sable (à part les bébés) et je n’ai pas non plus envie de faire le grand voyage intérieur…Les tubes digestifs et compagnie, très peu pour moi ! Donc, ils vont me jeter au compost où il va falloir que je sois patient (pourvu qu’ils fassent un compost, il serait temps quand même). Une fois le compost prêt, avec un peu de chance, je me retrouverai en terreau sur les platebandes au pied de jolies fleurs à l’ombre des grands arbres. Pas mal comme programme ! Mouais, pas sûr que mon plan soit hyper sécurisé. Qui serait le plus enquiquiné en fait ? Ça mérite encore réflexion. Il faut que je continue à réfléchir et que j’affine mon projet. A l’ombre si possible, oui par là le parasol, voilà !
Ouh là là
Panique dans mon agenda
Un grain de sable
Est passé par là
Le Dr X a perdu sa place
Qui va à la chasse …
Il était prévu en mars
Le voilà propulsé en janvier
De la prochaine année
Quant à son confrère
La star des artères
Il est passé de mardi
« Quinze heures pétantes
Non, non, pas d’attente
Promis »
A samedi minuit !
Je me frotte les yeux
Me gratte les cheveux
Ouvre une page au milieu
Tudieu !
Ma fidèle coiffeuse du jeudi
A totalement disparu
Qu’est-ce qui lui a pris
Elle ne m’a rien dit
Je n’ose plus tourner les pages
Je suis en nage
J’ai le tournis
Maintenant et ici
Qui donc contrôle ma vie
Je peste et j’enrage
Victime de cet outrage
Aujourd’hui,
Une seule chose me réjouit
Faire la liste de mes ennemis
Et fomenter une tragédie …
Bertrand le robot se pavanait comme à son habitude dans le salon, passant l’aspirateur, changeant l’eau des fleurs et disposant ce qu’il fallait pour l’apéritif du soir
Oublié par ce zélé, un grain de sable l’observait depuis longtemps de dessous le canapé, cherchant comment enquiquiner le prétentieux trop bruyant. Il ne supportait plus ce soi disant humain vaquant en tablier, le plumeau à la main. Car il avait même des mains!
Il avalait tout, les miettes, la poussière, les poils du chat qui disparaissaient sans laisser de traces.
Le grain de sable songeât que le mieux était d’être aspiré lui aussi, afin de faire un état des lieux une fois à l’intérieur. Lorsque l’ennemi passa tout près, il se jetât dans l’ouverture. Un petit cliquetis , le voilà au coeur des rouages robotiniens.
Il en fit le tour, repérât le point sensible , s’y logeât profondément.
Il n’eut pas longtemps à attendre, un crissement épouvantable,quelques dents qui sautent, le robot tombe à terre dans un râle d’agonie, renversant la table et les cacahuètes grillées.
Quand les propriétaires revinrent le soir, ils poussèrent des cris d’orfraie
– Que s’est-il passé ? C’est horrible, un robot qui n’avait pas deux ans
– Tu vois, avec ta manie d’acheter du bas de gamme, il n’est plus sous garantie !
Et les invités qui arrivent dans vingt minutes
Il allèrent jeter le malheureux au fond du jardin.
Le grain de sable, honteux de ne pas avoir anticipé un résultat aussi définitif, se retrouva coincé pour toujours au coeur même de sa victime.
Hello, pauvres humains en mal de sensations !
J’ai pensé à vous et je vous réserve une belle surprise.
Ce soir, à partir de 21 heures :
– SORTEZ et LEVEZ LA TÊTE !
Abandonnez vos télés, vos portables, vos tablettes, vos trucs, vos bidules et regardez la lune droit dans les yeux.
Si vous avez suffisamment d’imagination, vous verrez qu’elle vous fait de l’œil.
Oui ! Ce soir je vais l’enquiquiner en me glissant dans son œil droit, et vous la verrez cligner de l’œil !
Profitez-en bien…. Car je ne ferai pas ça tous les jours.
Emmenez vos enfants,
Racontez leur une belle histoire et surtout… FAITES LES RÊVER.
Je compte sur vous, pauvres humains !
Non mais, moi, je ne veux enquiquiner personne. C’est quoi ce procès d’intention !
Oui, je suis un grain de sable. Et alors ? Vous êtes bien un grain de poussière, vous, que je sache ! Et vous ne trépassez pas votre temps à enquiquiner les femmes de ménage en vous dorant la particule sur les meubles d’un salon. Si ?
Qu’est-ce qu’elles vous ont fait ? Rien ? Comment ça, faut bien se poser quelque part ? Ah ! Vous êtes attaché à cette terre. Votre mère ! Et ça ne vous dérange pas de coller aux bottines, bloquer les machines, faire d’une ville un désert ? Ah ! Vous avez été longtemps prisonnier du vent. Votre père ! Vous étiez pilote de l’air ? Je comprends mieux. Restez allongé et racontez-moi… Mon Dieu ! Vous semblez perdu comme un enfant qui erre à la lisière du ciel et de l’enfer.
Votre esprit semble encore hanté par ce dernier vol. Et vous voilà revenu au sein de votre terre mère. Quel long voyage vous avez dû entreprendre. Reposez-vous le temps qu’il faudra sur cette table de salon. Et ne vous inquiétez pas si une femme de ménage vous chiffonne, vous apprendrez à voyage autrement dans cette maison.
Un jour je vous raconterai comment j’ai atterri, depuis une plage de Borgo, ici.
(Dédicace à mes deux pères spirituels, Jacquot et Saint-Ex)
Dans la grande famille Grains de Sable il y en a un qui donne du fil a retordre. Malicieux, fouineur, oh pas un mauvais bougre non ! mais un bel enquiquineur, ça oui on peut le dire !
Déja sa couleur accroche, il n’est pas doré non, mais légèrement rouge vers midi et le soir il tire sur gris. Il en joue de ce côté caméléon et dans un moment d’inattention pan ! Il a choisi sa proie. Mais je vais vous le laisser raconter il est bien trop content de prendre la parole !
Oui c’est moi ! LeTiti de la plage qu’on m’appelle ! Parce que je titille pardi ! Mon terrain jeu : c’est les montres. Prace que c’est un jeu dangereux tiens ! J’ai toujours été attiré par les rouages, de vrais labyrinthes mais aussi des coupe-gorges. J’ai une de ces montées d’adrénaline quand je m’y glisse par le remontoire !.. Les roues dentelées sont de véritables guillotines qui vous dissèquent en un rien de temps. J’ai vu de mes propres yeux un copain pulvérisé… d’un, elles en font dix et moi, avec tout ce qui se passe, je ne suis pas près à fonder une famille.🐁
Hé oui, le grain de sable, hantise des montres mécaniques, pas très étanches, d’antan. Des dégâts collatéraux auxquels échappent désormais nos tocantes numériques étanches. 🙂
805 – Imaginez que vous êtes un grain de sable. Racontez qui vous souhaitez enquiquiner et comment vous allez vous y prendre.
Je suis né d’un chaos minéral, arraché à une falaise arrogante qui croyait défier le temps. Me voilà réduit à presque rien, mais ne vous y trompez pas : c’est dans l’infiniment petit que se loge le pouvoir de nuisance le plus tenace.
Moi, grain de sable anodin, j’ai choisi ma cible. Pas un général et l’engrenage de son lanceur de missile, pas un milliardaire et son ordinateur d’où il contrôle les finances du monde. Non. Bien plus satisfaisant encore : un vacancier arrogant et sûr de lui, allongé sur sa serviette flambant neuve, convaincu que la mer, le soleil et le monde entier sont à son service.
Je vais l’enquiquiner. Subtilement. Méthodiquement. D’abord, je m’insinue dans sa chaussure. Un classique, oui, mais d’une efficacité redoutable. À chaque pas, je me fais sentir, entre ses doigts de pieds. Pas assez pour qu’il comprenne immédiatement. Juste ce qu’il faut pour le troubler. Il s’arrête, enlève sa sandale, me cherche… mais je me suis déjà glissé ailleurs.
Profitant d’un coup de vent complice. Me voilà propulsé sur sa peau huilée. Je m’accroche. Il transpire ? Parfait. Je colle davantage. Il tente de m’essuyer, mais je me multiplie dans sa perception : suis-je seul, ou sommes-nous cent ?
Mais mon chef-d’œuvre approche. Quand il décide enfin de se baigner pour se débarrasser de moi, je m’infiltre là où il ne m’attend pas. Dans le pli du genou ou dans ce maillot qu’il pensait protecteur. Là, je deviens obsession. Chaque mouvement est une friction. Chaque pas, un rappel de mon existence.
Je ne fais pas de bruit. Je ne laisse pas de trace durable. Mais je perturbe, j’irrite, j’insiste. Car tel est mon art : être insignifiant… et inoubliable. Et pendant qu’il râle, qu’il se contorsionne et qu’il jure contre “ce fichu sable”, moi, je me demande la trace qu’il laissera, lui, dans le monde. Insignifiant sûrement aussi, mais si vite oublié !
C’est l’histoire du cailloux dans la godasse ! Il agace et puis tout de suite après il fait mal ! 👏
Bien, Nicola. Je sens que tu as jubilé à enquiquiner l’être humain qui est hautain et pourtant si irritable…aux deux sens du terme…
Chatouiller ou gratouiller ? Pouvoir faire les deux… c’est tout l’art du grain de sable !
Grain de sable, ce n’est pas une vie, proclamait notre professeur de philosophie. Le jeune homme aux cheveux longs et à la chemise de travers tentait de harponner nos illusoires ivresses. Nous, on ne tenait à enquiquiner personne et que personne ne nous enquiquine. On s’avérait déjà très mou de la survie.
On aurait bien songé à se glisser dans une fastidieuse opération mathématique, à lui enrayer le fonctionnement, mais l’abondance de poils obstruant les narines de cet autre professeur nous faisait pitié, nous empêchait toute action un tant soit peu convaincante, contre ce pauvre bougre, rapporteur d’hypoténuse.
Grain de sable seul, on se sentait quand même très malingre et un peu ridicule. L’illusionniste de la pensée ne déméritait pas de tenter de faire naître en nous un sentiment de révolte, la confrontation des concepts, les perspectives de maigres élucubrations.
Grain de sable face aux chenilles d’un char on ne pesait pas bien lourd. Ça ne rimait à rien, cette poésie de l’héroïsme. A plusieurs, peut-être, on aurait pu enterrer les palais dorés des sangsues couronnées. Mais chaque petit artisan protégeait sa combine. Certains s’installaient pour la vie dans le triste cerveau d’un voisin, encrassant le roulement à billes des structures hospitalières. D’autres grattaient leurs journées, vaille que vaille, parfois, en fin de semaine, s’auto gratouiller l’eczéma de l’existence ou s’auto gratifier d’un barbecue sexuel.
Mais finalement, grain de sable parmi les grains de sable, on se laissait le plus souvent porter par l’autobus du vent jusqu’à la dune du Pilat. On planifiait l’expédition d’une vie. En deux semaines on se payait l’escalade.
Et parvenu là-haut, on contemplait, soucieux et impuissants, le triste glissement des horizons poisseux.
Je suis un minuscule grain de sable, insignifiant, invisible, innocent. Trop longtemps assimilé, absorbé au milieu de milliers de mes semblables ; jamais différencié ni reconnu pour un être unique.
J’ai décidé de me venger et de les enquiquiner tous : ces arrogants qui évoquent les petites gens en les traitant de misérables grains de sable ; ces cailloux qui se prennent pour des rochers et ces rochers pour des montagnes et me méprisent ; ces architectes et constructeurs qui me jugent faible et peu fiable ; ces policiers et magistrats qui m’accusent d’association de malfaiteurs avec les sables mouvants etc..
Je vais donc me glisser dans :
– une salade de homard au Grand Véfour à Paris
– une tempête de sable lors du Paris-Dakar
– la chaussure d’un sprinter au moment du départ d’un 100m aux J.O
– un sablier et rendre le compteur du temps irrémédiablement perturbé
– un grand château de sable et le voir s’effondrer
– l’œil d’un tireur d’élite du GIGN au moment du coup de feu
-la bétonnière du chantier de construction de la Tour Triangle qui sera ainsi qualifiée de bâtie sur du sable
Je termine ici et maintenant cette liste qui pourrait ne jamais finir tant je suis amer et revanchard
Mais je suis épuisé, je vais me coucher
Le marchand de sable va passer
Bravo Françoise pour ce grain de sable envahisseur!