781e exercice d’écriture très créative créé par Pascal Perrat

Exercice d'écriture très créative

Un ami lui avait offert un polar en lui disant : « Tu verras, ce livre est captivant ! »
De fait, après quelques pages, l’ouvrage lui avait passé les menottes. Il était suspecté, selon le flic qui l’interrogeait, d’être…

Inventez la suite

Recevez la compilation de 780 exercices d’écriture créative publiés sur ce blogue depuis 2009. Pour l’obtenir au format PDF, faites un don de 15 € à l’association Entre2lettres. Pensez à préciser votre demande d’exercices, vous recevrez un lien pour la télécharger. FAIRE UN DON À L’ASSOCIATION.

35 réponses

  1. PEGGY dit :

    Il était suspecté, selon le flic qui l’interrogeait, d’être…
    Inventez la suite

    L’auteur de ce livre. Après avoir cherché sur ses bases de données des informations sur cet étrange personnage, le flic eut l’intime conviction qu’il n’était sûrement pas question d’un ami lui ayant offert ce polar, mais bien lui-même, sous un nom d’emprunt qui l’avait écrit. Génie de l’intelligence artificielle, il n’y avait pas de doute qu’il avait essayé une nouvelle façon de rendre un livre plus vivant ! Après l’avoir pris pour un fou, le policier rejoint par son assistant, se trouvant devant une affaire enfin plus originale que celles de leur quotidien, savouraient l’interrogatoire de cet homme, un peu bizarre, qui venait leur demander de lui enlever des menottes. N’étant pas en présence d’un prisonnier, ils se mirent de bonne grâce à l‘œuvre.
    Or, ce modèle ne correspondait pas au type administratif et le problème devenait un vrai casse-tête, puisque pas une de leurs clés ne fonctionnait.

    Le temps s’écoulait sans solution. Quant à l’ambiance au commissariat, elle ressemblait à une cour de récréation, tant elle était bon enfant. Il y avait eu l’heure du café, puis l’heure des sandwichs, puis l’heure de l’apéro, et notre ami, toujours les menottes enserrant ses mains se demandait comment toute cette histoire allait se terminer.

    Certes, c’était sympathique, néanmoins il devenait urgent de défaire d’une façon ou d’une autre ces encombrants bracelets.

    Impuissants, malgré l’essai de plusieurs techniques maison, allant du couteau de poche au tournevis pour lunettes, les policiers fondèrent leur espoir sur l’intervention d’un quincaillier du quartier.
    Celui-ci, éberlué de voir des agents hilares avec un homme menotté, crut à une plaisanterie et faillit les mettre dehors !

    Ces menottes ne ressemblaient pas à des jouets ! Il fallut déployer tout un arsenal d’outils pour enfin libérer les mains du malheureux écrivain.

    Avant de partir, le policier lança en plaisantant : « La prochaine fois, n’oubliez pas de mettre les clés à la fin de votre roman ! »

  2. Anne Le Saux dit :

    Un ami lui avait offert un polar en lui disant : « Tu verras, ce livre est captivant ! »
    De fait, après quelques pages, l’ouvrage lui avait passé les menottes. Il était suspecté, selon le flic qui l’interrogeait, d’être le millième lecteur de cet ouvrage. Il se référa à ce qui était précisé (en très petits caractères) au verso de la couverture :

    La lecture de ce livre n’est pas sans risques ! Tout lecteur peut en devenir captif. Le millième le sera pendant 5 ans et le dix millième à perpétuité.

    Il protesta avec véhémence, gesticula, argumenta, geignit… Rien n’y fit. Le représentant de la loi était inflexible « Nous exécutons les ordres et n’avons aucun droit à la désobéissance ».

    Il ne savait comment se sortir de ce pétrin. Son cerveau tournait en boucle. Il supplia « Rendez-moi le livre, laissez-moi au moins poursuivre ma lecture ; je ne sais toujours pas qui est le meurtrier».

    Conciliant le flic zélé lui rendit le livre et l’enferma dans une cellule inhospitalière et crasseuse. Il reprit sa lecture à la lueur d’une ampoule faiblarde. Après des nuits émaillées de cauchemars barbares, il lui fallut plusieurs jours pour faire chuter le suspense de ce polar « captivant » de 888 pages.

    Il s’arrêta, saisi, par la dernière phrase.

    « Bravo ! Vous êtes allé jusqu’au bout de ce livre. Vous n’êtes donc plus captif d’un texte qui vous a tenu en haleine. Vous avez désormais la clé de l’énigme. Mettez-la dans la serrure de votre cellule et retrouvez votre liberté d’être et d’agir. »

    C’est tout sourire et la tête haute qu’il franchit les portes du commissariat. Le clin d’œil du policier de service dissipa son anxiété résiduelle. Un coup de fil à son ami s’imposait !

  3. ourcqs dit :

    Un ami lui avait offert un polar en lui disant : « Tu verras, ce livre est captivant ! »
    De fait, après quelques pages, l’ouvrage lui avait passé les menottes. Il était suspecté, selon le flic qui l’interrogeait, d’être… manipulateur, voire complice dans le déroulement de cette complexe affaire . Il aurait laissé des traces informatiques dans les profondeurs du dark-web lors de recherches criminelles, bien sûr, mais l’absence de preuves formelles, de mobile, reste un problème . Captif de cet imbroglio d’hypothèses, d’interrogatoires surréalistes concernant même sa vie perso bien loin du contexte il ne voyait pas d’évolution possible, logique , de l’enquête quand il a parlé d’une éventuelle intervention de IA, ( potentiellement perfide ) , pour un nouveau regard, pour clarifier, loin des intuitions, des supputations trop subjectives .
    Le temps passait … un premier PV était en cours de rédaction, quand retentit un bruyant :
    — il manque une page !!

    La page manquante ? Tout est à re faire ….

  4. Rose Marie Huguet dit :

    Bien que sceptique, Thomas s’empressa de commencer la lecture de ce livre car il était un grand amateur de polars.

    Après plusieurs pages, il commença à ressentir un certain inconfort. Cela ne venait pas de l’intrigue car aucun élément ne permettait de penser qu’un drame pouvait se produire à ce stade de la lecture. Jusque-là, il suivait la colère d’un flic qui s’en prenait à la terre entière sans rime et sans raison. Ce flic l’agaçait. L’auteur du livre encore bien plus. Il se força à continuer sa lecture, sautant les lignes, puis les pages. Il s’apprêtait à fermer le bouquin quand un gros cliquetis le fit sursauter suivi d’une voix tonitruante et triomphante qui lui disait : je t’ai enfin eu mon gaillard !

    Remis de sa frayeur, il constata qu’il était fermement menotté et qu’un individu le dévisageait d’un air bravache.
    Alors, lui dit-il, on fait moins le mariolle maintenant ? Écoute, vire-moi ta tête d’abruti et dis-moi pourquoi t’as piqué toute cette came. Plus vite tu craches le morceau et plus vite je disparais de ta vue.

    Thomas ne comprenait rien à la situation. Dans la nébuleuse qui s’était formée dans sa tête, il s’entendit demander à son interlocuteur qui il était et pourquoi il se trouvait dans cette posture.

    En guise de réponse, un grand éclat de rire suivi d’une salve de noms d’oiseaux. Tu me prends pour un con ou quoi ? J’suis flic et je t’ai pris en plein flag ! Maintenant tu déballes !
    Pourquoi t’as chouravé tous ces mots, ces phrases incomplètes, ces pages sans suite ? Et me dis pas non, on a la preuve !

    Quoi ? Mais qu’est-ce que vous racontez ? Comment voulez-vous voler ce que vous dites ? C’est irréel, impossible, grotesque ! J’étais tranquillement en train de lire un livre lorsque je me suis retrouvé brutalement menotté ! C’est vous qui me devez des explications !

    Je vais te rafraîchir la mémoire duschnock, mais avant si tu me racontais un peu l’histoire que t’ais en train de lire ? C’est un polar, non ?

    Thomas avait l’impression de perdre la raison. Mais quel rapport ? J’exige des explications !

    Tout doux mon gars. On a tout notre temps et puis j’suis curieux. C’est un polar, non ? Lis-moi quelques passages du début du bouquin.

    Thomas n’en pouvait plus. Avec difficulté, il tourna les pages du livre et manqua de s’évanouir. Des pages blanches, des lignes manquantes, des mots volatilisés. Il feuilleta les pages non lues. Tout y était. Mais que c’était-il passé avec les premières pages ?
    Le flic l’observait avec un sourire en coin. Alors ? Que t’arrive-t-il ? Je te trouve bien palot.

    Thomas déglutit avec peine, bafouilla. Il contemplait ces pages dont les mots avaient disparu. Je ne sais pas, répondit-il. Les pages se sont effacées partiellement ou entièrement. Ce n’est pas possible.

    Ah oui ? Arrête de faire l’idiot. C’est ton larcin. Tu as dépouillé une œuvre, défiguré le travail d’un auteur. Tu lui as ôté sa substance. Tu l’as tuée !

    Mais non ! Comment aurais-je pu ? C’est impossible, voyons ! Stop, vous êtes fou ! Vous délirez !

    Détrompe-toi mon cher Thomas. Tu as lu en biais, sauté des pages sans aucun scrupule ce qui a altéré le livre. Ton indifférence a provoqué une onde de choc. Le minutieux travail d’assemblage des lettres n’a pas tenu. Tout est tombé en poussière.
    Jette un œil sur ton blanc T-Shirt. Tu vois tous ces petits points noirs ? Ce sont les preuves de ton forfait. Alors, qu’as-tu à dire pour ta défense ? T’es muet ?
    Qu’à cela ne tienne. J’ai comme l’idée que tu seras convoqué à l’académie française pour t’expliquer et réparer le bordel que t’as semé et tiens-toi le pour dit, ils n’ont pas l’habitude de plaisanter. D’ici à ce qu’ils te demandent de reconstituer à la virgule près ton crime littéraire, y a qu’un pas. Fais gaffe, ils sont équipés d’épées.

    Thomas se figea. Il se voyait entouré de milliers de mots qui tournaient autour de lui comme des mouches. Jamais il n’aurait imaginé les conséquences pour quelques mots ignorés. Seraient-ils rancuniers ou se prennent-ils pour des justiciers ?

  5. Maguelonne dit :

    Un ami lui avait offert un polar en lui disant «  tu verras, ce livre est captivant ! ». De fait, après quelques pages, l’ouvrage lui avait passé les menottes. Il était, selon le flic qui l’interrogeait, pris en flagrant délit de non-intérêt, d’abandon.
    «  C’est un polar, noir, bien noir. Le suspens, ça ne se lâche pas. Le suspens, on va au bout du bout, d’une traite. Et voilà deux mois que vous faîtes le polichinelle devant la technicienne de surface. Pourtant elle est bien placée pour vous fournir des indices. Au lieu de ça, vous l’entraînez dans des polkas endiablées, des batailles de polochons mémorables. Et le suspens, qu’en faîtes vous ? Un polar, on s’affame, on s’assèche mais on va jusqu’au bout. Vous n’aimez pas le polar ? »
    « Si, mais il fait froid chez moi. On m’a coupé l’électricité. Alors faire des polissonneries, je ne vois rien de mieux pour se réchauffer. En plus, elle est belle ma technicienne, elle fait divinement bien la polenta. J’adore ! Quand au suspens, elle en connaît un bout. Elle dit oui, elle dit non puis elle dit non ou oui. Elle rit, elle pleure, elle m’engueule, elle me câline, elle me chauffe, elle me gèle…Je ne sais jamais ce qui va m’arriver.
    Oh ! mais cette lueur dans vos yeux. Vous êtes jaloux. Elles sont sévères les policières ! On ne peut pas faire joujoux chez vous. Vous êtes comme un poulet qui se grille tout seul. Ça vous rend amer »

  6. CATHERINE M.S dit :

    Un roman noir, très noir
    Un polar
    L’avait captivé
    Pas au sens figuré
    Non, non, au sens propre
    Dans la réalité !
    Que je vous raconte
    On dirait un conte
    Le roman avait passé les menottes
    A un lecteur invétéré
    Désormais prisonnier
    Bel et bien ferré
    Il faudrait presque lancer une cagnotte
    Pour le libérer
    Qu’il puisse recouvrer ses esprits
    Sa sagacité, bref sa vie

    Une enquête a été diligentée
    Des témoins auditionnés
    Pour dire sa probité
    Mais les flics l’ont soupçonné
    D’être de mèche avec un personnage
    Et qu’il s’était laissé enfermer
    Pour fomenter avec ce tueur à gages
    Pas un simple brigandage
    Mais un vrai carnage
    Donc pourquoi le délivrer ?
    Heureusement pour lui
    Un fort coup de vent a refermé les pages
    Du roman
    Relâché le lecteur en l’éjectant
    Et fait, enfin, éclater la vérité

    Alors, très cher lecteur, moralité
    Toujours sa lucidité savoir garder !

  7. Sylvianne Perrat dit :

    Un ami lui avait offert un polar en lui disant : « Tu verras, ce livre est captivant ! »
De fait, après quelques pages, l’ouvrage lui avait passé les menottes. Il était suspecté, selon le flic qui l’interrogeait, de s’être introduit dans l’histoire sans autorisation. Emprisonné par l’intrigue, il était comme ligoté sur son fauteuil depuis deux jours. Il avait lu ou plutôt dévoré le roman sans même manger, ni dormir. Happé, il avait d’abord abordé l’héroïne. Très vite, ils s’étaient tutoyés. Ils s’étaient pris au jeu. Il était dans l’histoire à part entière. Au début, surpris, les autres personnages l’avaient vite accueilli. Un rôle lui avait été attribué. Il était ravi. Son rêve se réalisait. Enfant, il avait tant espéré être Peter Pan ou le Prince charmant. Le flic ne l’entendait pas de cette oreille, il se moquait pas mal des élucubrations d’un enfant. Entrer par effraction dans un livre était strictement interdit ! L’histoire est une propriété privée, protégée par les droits d’auteur. Les peines encourues sont une amende de 10000 € et de 3 ans de prison sans aucun livre. Le souci était que notre homme ne pouvait plus sortir du roman. La porte de sortie était bouclée. Alors, le flic pour lui passer les menottes était entré, lui aussi, dans le livre. Et… il ne pouvait plus sortir. Le procureur appela à la rescousse l’auteur. Stupéfait, un peu en colère, il se retrouvait avec deux personnages en plus dans son histoire. Un lecteur lambda et un policier ! Très créatif, il décida de modifier son histoire pour les intégrer. D’ailleurs, cela apportait un petit plus intéressant.
    Un lecteur et un flic disparurent de la surface de la terre. Ils avaient rejoint les étagères des bibliothèques !

  8. Nadine de Bernardy dit :

    Un ami lui avait offert un polar en lui disant :
    tu verras, ce livre est captivant.
    De fait, après quelques pages, l’ouvrage lui avait passé les menottes. Il était suspecté, selon le flic qui l’interrogeait, de dévorer les livres.
    Qu’avez vous à dire à ce sujet
    Mais mais mais….
    Mais quoi, vous les dévorez ou pas ?
    Oui, ils sont faits pour ça non ? Intrigues bien ficelées où l’on est happé dès la troisième page, intensité du récit , suspens qui s’épaissit …
    Oh là! doucement, vous cherchez à m’embrouiller ou quoi ?
    Loin de moi cette idée, je veux juste dire que j’adore les romans policiers, que celui ci m’a piégé et me voilà devant vous, menottes aux poignets.
    Heureusement car vous l’auriez bien avalé lui aussi, comme les autres.
    Lors d’une perquisition à votre domicile, nous avons trouvé les couvertures de vos victimes bien alignées dans la bibliothèque, afin de masquer vos crimes sans doute.
    Non non pas du tout, c’est pour en garder le souvenir
    Une sorte de cimetière des livres ?
    C’est exactement cela monsieur le policier, ces livres sont ma vie,la source de mes rêves. A mon grand désespoir je suis malheureusement atteint de papyvoravidité qui m’oblige à ces actes illicites, cependant je laisse les couvertures, trop difficiles à digérer.
    La loi le condamna à 99 jours de TIG dans une usine de pilonnage des ouvrages destinés au rebut.
    Il y goba toute sorte de littérature, des livres de huit cents pages, tout Agatha Christie, les Misérables , Harry Potter en VO. Il en eut une indigestion et mourut sur son lieu de travail, assis sur une pile d’Encyclopédie Universelle rongée par les poissons d’argent.

  9. Jean Marc Durand dit :

    Un « ami » lui avait offert un polar en lui disant. « Tu verras, ce livre est captivant ! »

    De fait, après quelques pages, l’ouvrage lui avait passé les menottes. Il était suspecté, selon le flic qui l’interrogeait, d’être l’assassin de sa femme. Il l’aurait frappé violemment suite à une dispute. Elle serait tombée contre la table basse et, terminé. Il aurait emballé le corps dans une couverture, transporté dans un bois de sa connaissance, creusé un trou, brûlé le corps et …ni vu ni connu serait passé au bistrot, se prendre une cuite, faire un peu de scandale…histoire de se construire un alibi.

    Puis il serait rentré chez lui pour cuver. Il aurait averti la gendarmerie 3 jours après de la disparition de sa femme.

    Du fond de sa cellule, l’homme appela son « ami ».

    « Oui, le livre est bien foutu, ça colle bien à mes souvenirs, ça devrait bien se vendre. Par contre, pour ton idée de crime parfait, tu repasseras. »

  10. iris79 dit :

    Un ami lui avait offert un polar en lui disant : « Tu verras, ce livre est captivant ! »
    De fait, après quelques pages, l’ouvrage lui avait passé les menottes. Il était suspecté, selon le flic qui l’interrogeait, d’être…
    Un obstacle qui faisait obstruction à l’enquête en cours…à force de trimbaler le roman partout sans aucun ménagement ni considération notable de sa part. Il était également accusé de destruction de preuves. Trimballé constamment avec lui, il le faisait chuter dans des sacs plus ou moins confortables, des sacs de plage (bonjour l’humidité et les grains de sable coincés entre les pages !) des boites à gants de voiture (la poussière à tous les étages dans le noir absolu), jeté dans le tiroir d’un bureau entre deux grosses piles de documents qui l’oppressaient, mouillé par la pluie par l’entrebâillement du sac à dos mal refermé pendant les trajets à vélo du lecteur…. Comment fait-on pour avancer dans l’enquête dans ces conditions ? A sa décharge, le lecteur avait été happé par les premières lignes du polar et ne pouvait plus sans défaire. Le suspens lui était si insoutenable qu’il ne pouvait plus se déplacer sans lui. Malheureusement, ce road trip sans fin empêchait le bon déroulé des investigations du polar et un final digne de ce nom. Refermé sans cesse, abîmé, molesté bien malgré lui (les filles du lecteur s’étaient même amusées à le prendre pour taper sur les fourmis qui se dirigeaient en ligne vers leurs chambres), ce qui avait eu pour effet de déchirer des pages décisives à la résolution de l’enquête. Non décidément, rien n’allait. Il fallait absolument isoler et neutraliser le suspect afin que le roman aille à son terme.
    Placé en cellule de dégrisement, le lecteur n’eut d’autre choix que de se calmer et d’aller le plus sereinement possible vers la fin du roman (non sans avoir auparavant réparer les pages endommagées qui freinaient l’enquête). Il était pris d’une véritable frénésie, coincé entre l’enthousiasme de la découverte et la gourmandise de dévorer toujours plus et toujours plus vite l’histoire, et l’appréhension de l’inéluctable fin qui approchait. Il ne voulait pas en voir la fin justement. Il se demanda alors si un sacrifice n’en valait pas la peine. Déchirer volontairement les dernières pages du livre pourrait peut-être lui valoir quelques heures supplémentaires en cellule ? Pour finir l’histoire quand il le souhaiterait ou connaitre un revers inattendu comme il était légion dans nombre de polars. Alors, allait-il prendre le risque ?

  11. camomille dit :

    Il était suspecté, selon le flic qui l’interrogeait, d’être le voleur de la vie du protagoniste.

    – Mais c’est une plaisanterie n’est-ce pas ?

    – Pas du tout Monsieur ! La vie de M. Yamada était en vente n’est-ce pas ? Et vous, vous la lui avez usurpée. Vous devriez avoir honte.

    – Mais c’est un malentendu, tout ça n’est qu’un malentendu.
    Il n’en veut plus de sa vie… c’est bien écrit dès la première page !
    Oui, je me suis intéressé à lui,
    Oui je me suis trouvé menotté par cette étrange histoire,
    Oui…. Mais de là à lui acheter sa vie : NON ! Je refuse :
    1/ Je n’ai pas les moyens,
    2/ Qu’est ce que vous voulez que j’en fasse de sa vie inutile hein ?

    – Ben, ça, ça ne me regarde pas Monsieur.
    Ce que je sais, c’est que M. Yamada demande que vous lui rendiez sa vie.
    Vous êtes entré par effraction dans son existence et vous en êtes ressorti sans rien payer.
    Alors soit vous payez, soit vous lui rendez sa vie…. Et vite !

    – Mais… Mais…

    Sur ces entrefaites, arrive M. Yamada encombré d’un large sourire et qui s’écrie :

    – Je vous prie de m’excuser Messieurs… Mais ce qui est en train de se passer est incroyable.
    Finalement, Je ne me suis jamais senti aussi bien depuis que ma vie ne m’appartient plus.
    Alors, gardez là je vous en prie, je vous la donne. Je suis trop soulagé !

    – Mais je n’en veux pas moi de cette horrible vie. Depuis que j’ai commencé ce livre, elle me colle à la peau… Je ne peux plus m’en débarrasser…

    M. Yamada se met à genou et supplie en pleurant,
    Le flic est visiblement dépassé par la situation,
    Le pauvre lecteur est désemparé.

    et si vous voulez mieux comprendre ce que vous venez de lire, vous aussi intéressez-vous au fabuleux ouvrage « VIE À VENDRE » de Yukio MISHIMA.
    Mais, faites bien attention, ne vous laissez pas menotter… Ce livre est vraiment captivant !
    PS : je vous aurai avertis 🙂

  12. FANNY DUMOND dit :

    Un ami lui avait offert un polar en lui disant :

    – Tu verras, ce livre est captivant.

    De fait, après quelques pages, l’ouvrage lui avait passé les menottes. Elle était suspectée, selon le flic qui l’interrogeait, d’être l’auteure d’une série noire de meurtres non élucidés.

    – Nous vous surveillons depuis le milieu d’après-midi et nous avons les preuves que tous les crimes et délits perpétrés dans le pays sont les copies conformes de votre scénario de ‘L’épouvantail à moineaux » que vous avez écrit sous pseudo.

    – Hein ! Vous fumez la moquette ou quoi ! Vous délirez complètement. C’est mon ami Rémi qui m’a offert hier matin ce bouquin de Charles Attend, soi-disant époustouflant. En fait, je n’osais pas lui dire pour ne pas le vexer, mais ce livre m’est tombé des mains au bout d’une trentaine de pages, tant cette intrigue est cousue de fil blanc, pleine d’incohérences.

    – Que vous dites ! se gaussa le commissaire. Nous avons les preuves que vous écrivez.

    – Jusqu’à preuve du contraire, il n’est pas interdit d’écrire, il me semble, s’agaça la lectrice se tortillant dans son fauteuil. Si vous étiez un peu plus malin, vous auriez remarqué que je n’écris QUE
    des feel-good qui, entre nous soit dit, restent dans mes fichiers. Vous avez piraté mon ordinateur ?

    – Allez savoir ! Mais c’est quoi des fils, chais pas quoi ? Vous ne pouvez pas parler français comme tout le monde.

    – Des romans à l’eau de rose, si vous préférez. Dans le style Barbara, la romancière aux 723 romans qui voyait la vie tout en rose.

    – Connais pas. Je prolonge votre garde à vue jusqu’à ce que mon enquête soit bouclée, pontifia le flic.

    La sonnerie du téléphone fit sursauter la bouquineuse et l’ouvrage qui l’avait endormie tomba sur la moquette.

    – Alors comment tu le trouves mon polar ? Je suis impatient de connaître ton avis.

    – Je n’ai pas encore eu le temps de me plonger dedans, mentit-elle effrontément. En fait, je ne m’en sors pas dans un exercice d’écriture que je suis en train d’écrire.

    – Ah ! parce que toi aussi tu écris ! s’étonna Rémi.

    – Comment ça, toi aussi ?

    – Eh ben, comment te dire ? J’écris en secret depuis mon adolescence. Je voulais te faire la surprise que mon ouvrage palpitant est édité depuis trois jours.

    – Waouh ! s’exclama l’auteure/lectrice estomaquée. Félicitations !

  13. MICHEL-DENIS ROBERT dit :

    Un ami lui avait passé un polar en lui disant :  » Tu verras ce livre est captivant ! »
    De fait, en quelques pages, l’ouvrage lui avait passé les menottes. Il ne s’en est pas rendu compte dans l’immédiat. L’envoûtement fut progressif.
    Déjà l’image de la première de couverture l’engagea à caresser la fille déshabillée. Pas totalement dénudée, en maillot comme il se doit. Sur une plage, au soleil ! Ou bien, elle était dans un salon allongée sur un divan ? La photo laissant voguer l’imagination entre le réel et le poétique ! Le glaçage parfait, incitatif à la sensation du toucher. Une blonde silhouette aux formes avantageuses. Superbe prise de vue. Ce sont ses yeux fascinants qui attiraient de suite ! Quels mystères cachaient-ils !
    Qu’inspirait cette jeune femme en reflet avec le titre provocateur ? « Venez me voir ! » » N’était-ce pas un attrape-nigauds ? Il se vit d’emblée en train de la dessiner. Est-ce qu’après la lecture, il aurait toujours la même impression d’envie de goûter ?
    En contemplation d’abord, se donnant un premier indice de dialogue. En aparté avec l’auteur. Pourquoi avait-il choisi une image si séduisante ? Est-ce qu’il l’avait vraiment élue ? Est-ce qu’il s’était penché sur ce que son texte suggérerait au lecteur ? Est-ce que son éditeur ne l’aurait pas un peu aidé dans ce choix ?  » C’est chaud, pensa-t-il. » Il se garda d’émettre une seule idée. Est-ce que le premier paragraphe parlait de dégrafer ? Est-ce qu’il eût les mêmes réactions dans la réalité ?
    Encore faudrait-il qu’il fût en présence d’une telle créature, aussi angélique physiquement, aussi, de par sa séduction, quelle arme préférerait-elle ?
    En une seconde, il eût passé toutes ces questions en images rapides devant ses yeux. Il parvint à maîtriser son émotion.
    — Merci, dit-il simplement !
    En son for intérieur et si plantureuse compagnie, je vais m’amuser
    Il lut pour lui-même la quatrième de couverture. Son ami le laissa déguster son approche. Un seul cliché pourrait le décevoir.
     » Depuis que les départs préparés minutieusement en hélicoptère avaient été disqualifiés, on ne pouvait plus s’évader que par les polars à la Santé. Par ses envolées, l’auteur vous emmènera-t-il en ces lieux et ces situations inextricables d’où vous n’aurez plus envie de vous échapper, comme lui-même y fut tenté, sachant qu’il se crut au paradis ? Et vous, qu’en pensez-vous ? »

  14. Nouchka dit :

    Un ami lui avait offert una cerveza Polar, cette bière vénézuélienne qu’il apprécie tant, en lui disant : « Tu verras, cet épisode de la livre de Troy est captivant ! »
    Il en avait retenu qu’après avoir échangé avec quelques pages au service de la Dame locale sur l’ouvrage d’orfèvrerie qui entravait, semble-t-il ses menottes, ce dernier fut suspecté, selon celui qui surveillait l’endroit et s’interrogeait sur le manque de souplesse et de finition du bijou, d’être à l’origine des rougeurs et griffures observées sur les gracieux poignets de la belle.

    Pour rester honnête et digne de confiance envers son ami, il se résolut à lui confesser que l’épisode conseillé ne l’avait pas captivé. Ces anecdotes historiques sur les métaux précieux utilisés pour créer de splendides œuvres d’art, n’étaient pas sa tasse de thé mais… qu’il ne refuserait pas una segunda cerveza Polar.

  15. Antonio dit :

    Un ami lui avait offert un polar en lui disant : « Tu verras, ce livre est captivant ! » De fait, après quelques pages, l’ouvrage lui avait passé les menottes. Il était suspecté, selon le flic qui l’interrogeait, d’être entré par effraction et d’avoir séquestré le narrateur pour se faire passer pour lui et en profiter pour violer les droits d’auteur sous les yeux des personnages impuissants contraints de se soumettre sous la terreur.

    « Vous êtes entré par la porte arrière de l’ouvrage, en faisant sauter le verrou de l’intrigue à l’explosif dont votre ami venait de vous vendre la mèche. Ne dites pas le contraire ! … Ne m’interrompez pas. Dans cet ouvrage, c’est moi qui interroge le lecteur. Je peux vous garder aussi longtemps que nécessaire dans cette page de garde, au vu du délit. Vous ne vous êtes pas contenté de sauter de pauvres pages sans leur consentement pour aller au plus direct de l’ignominie. Jouir du dénouement sans préliminaires…

    « Non, elles n’étaient pas consentantes pour cela. Elles vous ont accordé leur confiance, se sont ouvertes à vous, en confidentes, rien de plus, comme on se livre dans tout ouvrage. Mais vous n’avez pu supporter d’attendre, vous étiez sûr de votre coup, c’était Mademoiselle Rose avec le chandelier, dans la cuisine. C’était tout vu. Comment peut-on être si ignorant et arrogant. Si seulement vous aviez pris la peine de les écouter, vous auriez su qu’ils jouaient juste au Cluedo, que l’intrigue se trouvait ailleurs. Mais non, vous avez continué à avancer, en sautant d’autres malheureuses pages qui n’avaient rien demandé…

    « Non, vous ne vouliez pas savoir, vous vouliez avoir, AVOIR raison, avoir la solution pour aller vous en vanter auprès de votre ami. Le temps de lecture était trop long. Forcément. Trois cents pages. Oui mais voilà, vous êtes tombé sur un os. Plus rien n’avait de sens, vous étiez perdu. Et au détour d’une page sur laquelle vous étiez revenu, comme un assassin sur le lieu de son crime, on vous a interpellé, pris la main dans le ressac de vos interrogations…

    « Ce que vous risquez ? Ahah ! Mais la perpétuité, à la lecture forcée, au bagne des Misérables. Celui de Victor Hugo. 1600 pages fermes. Elles vous feront le plus grand bien, croyez-moi ! »

  16. Gilaber dit :

    Un ami lui avait offert un polar en lui disant : — Tu verras, ce livre est captivant ! De fait, après quelques pages, l’ouvrage lui avait passé les menottes. Il était, selon le flic qui l’interrogeait… le principal suspect… les mots ricochaient encore sur les murs de la salle d’interrogatoire… quelque part dans les sous-sols de l’Évêché, le célèbre hôtel de police de la cité phocéenne.

    Le Polar assassin…

    Il avait accepté le livre de son ami par politesse. Un énième conseil de lecture parmi d’autres, qu’on empile sur une table basse en se promettant d’y jeter un œil. Le soir même, l’ennui le saisit, il attrapa le livre en question, une couverture criarde, un titre boursouflé, Les Ombres du Vieux-Port, et s’installa dans son fauteuil.

    Après quelques pages, il sentit une sensation étrange, comme si les mots se resserraient autour de lui. L’ouvrage, à défaut d’être un chef-d’œuvre, jouait de ses effets : phrases courtes, chapitres nerveux, ambiance de trottoir mouillé et à l’éclairage vacillant. Mais c’était autre chose… une impression physique, presque tangible. L’histoire semblait l’inclure sans prévenir.

    Il continua malgré tout. Ce n’était sans doute qu’un emballement de lecteur.

    Le chapitre trois décrivait un bar du Panier, où un certain « homme solitaire » prenait d’habitude son café matinal. Il leva un sourcil. C’était son bar… Le comptoir bancal, le serveur qui disait toujours « mon joli », même aux types qui faisaient deux mètres : tout y était, jusqu’aux odeurs.

    Dans le chapitre suivant – un journaliste raté, bien évidemment – poursuivait un indic jusqu’au boulevard d’Athènes. Il y croisait un vendeur de journaux qui se plaignait des travaux, des ordures et des rats « plus gros que des chats ». Le lecteur esquissa un sourire crispé. C’était son vendeur de journaux. Celui qui connaissait les résultats de l’OM avant même que les matchs ne se jouent.

    « C’est fou, quand même, ces coïncidences… » murmura-t-il.

    Mais il continua, comme on gratte une piqûre de moustique en sachant qu’on le regrettera.

    Deux chapitres plus loin, le récit s’assombrissait : une femme avait été retrouvée poignardée près du fort Saint-Jean. Le meurtre n’avait rien d’exceptionnel dans un polar marseillais ; c’était même une obligation générique. Ce qui lui glaça les veines fut la description du suspect aperçu en fuite par une caméra de la police municipale : « Homme entre trente-cinq et quarante ans, manteau gris anthracite, écharpe bordeaux, marche légèrement voûtée du côté droit, dû à une vieille cicatrice. »

    Il frissonna. C’était son manteau… Son écharpe… Et cette façon de marcher, oui, depuis ce foutu accident de scooter en 2009, il penchait un peu à droite, comme un arbre mal planté. Mais comment un auteur pouvait-il connaître autant de détails ? Et pourquoi les utiliser dans la description d’un tueur imaginaire ?

    Il referma le livre, brusquement. Tenta d’appeler l’ami qui lui avait offert le polar. Pas de réponse. Ni message ni accusé de réception. Il enchaîna par un SMS : « Tu peux me rappeler ? C’est urgent. »

    Aucune réaction. Un silence suspect. Il reprit le livre. C’était plus fort que lui : il voulait savoir. Le chapitre suivant commençait par une phrase qui le stoppa net : « Le suspect lisait justement ce livre avant chaque passage à l’action. »

    Il resta figé. Le suspect lisait ce livre, ce qui signifiait, si l’on suivait la logique interne du récit, que lui, lecteur réel, était en train d’adopter exactement le comportement du meurtrier fictionnel. La sueur lui coulait dans le dos. Il arriva à la page suivante. Un dialogue, sec et précis. Un commissariat. Une salle d’interrogatoire. Le commissaire principal de la BAC de l’Évêché, un lieu bien connu des Marseillais, et le genre de flic dont on dit qu’il peut faire avouer un mur.

    Le texte disait : Le commissaire se tenait face à lui, visage fermé. Il déclara d’une voix calme : « Vous êtes notre principal suspect. »

    Il eut l’impression d’entendre la voix derrière son fauteuil. Le téléphone vibra enfin. Il se précipita. Un message de son ami : « Si tu lis le livre, ne panique pas. Appelle-moi quand tu arrives page 143. »

    Il en était tout proche :
    « Qu’est-ce que c’est que cette histoire, merde… » Il était à la fois soulagé et inquiet. Son ami savait donc ce qu’il y avait dans ce fichu polar. Il tourna la page. 140.
    141.
    142.
    143… Une phrase unique, centrée, l’attendait : Pose ce livre. On arrive.

    Il le lâcha aussitôt, comme s’il s’agissait d’une grenade dégoupillée. Trois coups frappés à sa porte retentirent presque simultanément. TOC. TOC. TOC. Une synchronicité trop parfaite. Son cœur accéléra. Il se leva avec précaution, s’approcha de la porte et demanda, d’une voix qu’il voulut ferme :
    — C’est qui ?
    — Police nationale. Ouvrez, s’il vous plaît.

    Il resta un instant immobile, incapable de décider s’il devait obéir ou s’enfuir par la fenêtre. Mais on n’échappe pas à la police en charentaises. Il ouvrit. Deux agents en uniforme se tenaient là, visages sérieux :
    — Monsieur Lemaître ?
    — Oui…
    — Vous devez nous suivre pour quelques questions. Leurs regards ne laissaient aucune place à la négociation.

    Dix minutes plus tard, on le fit asseoir dans une salle d’interrogatoire. Une chaise en métal. Une table. Un néon bourdonnant. Le décor standard, mais efficace : il se sentit immédiatement à sa place de… suspect…

    Le commissaire entra. Un colosse. Tempes grises, mâchoire carrée, regard qui jauge comme un scanner :
    — Monsieur Lemaître, dit-il en s’asseyant. Vous savez pourquoi vous êtes ici ?
    — Absolument pas.
    — Vraiment ?

    Il posa un livre sur la table. Le même. Les Ombres du Vieux-Port. Lemaître sentit sa gorge se serrer :
    — Je… je l’ai reçu hier. Je ne comprends pas…
    — Nous non plus, répondit calmement le commissaire. Voilà pourquoi nous devons parler.

    Il ouvrit le livre à une page cornée. Une photo imprimée de l’image floue d’une caméra de la police municipale. Un homme en manteau gris anthracite, écharpe bordeaux… Lemaître… Ou son sosie parfait…

    — Cette photo, reprit le commissaire, n’existe nulle part ailleurs que dans ce roman. Et pourtant, elle vous ressemble. Beaucoup.
    — Ce n’est pas moi !
    — Peut-être. Peut-être pas. Ces vêtements ont été retrouvés dans votre penderie… vous pouvez m’expliquer ? Parce que, selon nos analystes, ce roman serait lié à une série de messages anonymes signalant des menaces d’attentats autour du Vieux-Port. Ils reprennent mot pour mot des passages du polar.
    — Quoi ?
    — Et la personne qui vous l’a offert, votre ami, a disparu depuis hier soir.

    Lemaître blêmit :
    — Mais… mais pourquoi moi ? Je n’ai rien fait !
    — C’est ce que disent tous les protagonistes, dans les livres comme dans la vie. Il se pencha :
    — Où étiez-vous hier soir, entre 20h et 22h ?
    — Chez moi. Seul.
    — Sans témoin ?
    — Sans témoin.

    Le commissaire se redressa :
    — Le problème, monsieur Lemaître, c’est que tout dans ce roman semble pointer vers vous. Et ce livre dépasse toutes fictions. Il tapa du doigt sur la couverture – Alors je vous pose la question clairement : que savez-vous de tout cela ?
    Lemaître se passa une main tremblante sur le visage :
    — Rien…
    — Pourtant, dit le commissaire en se levant, il va falloir nous aider à découvrir qui, dans cette ville, veut transformer votre vie en polar.

    Ce fut la dernière phrase qu’il entendit avant qu’on ne referme la porte sur lui. Le néon continua de bourdonner. Le livre resta ouvert devant lui. Et Lemaître comprit soudain que, quoi qu’il fasse désormais, l’intrigue l’avait rattrapé. Il n’était plus lecteur. Ni innocent ni coupable. Il était personnage. Et l’histoire, visiblement, ne faisait que commencer.

  17. Alain Granger dit :

    Il était suspecté, selon le flic qui l’interrogeait, d’être cause du déclin des ventes.
    – Comment ça ? J’adore cet auteur.
    L’homme à la moustache fine qui se tenait debout face à lui rétorqua :
    – Et tu l’as acheté ce bouquin ?
    – Non, on me l’a offert.
    – Là est ton crime. Ton ami te l’as donné alors qu’il ne l’avait même pas acheté lui-même. Il l’a trouvé sur une étagère, une bibliothèque libre dans l’allée d’une grande surface.
    – Mais je n’y suis pour rien.
    – Ta,ta, ta ! Les coupables disent tous ça ! Tu te délectes des pages qu’un auteur à sué sang et eau pour les écrire.
    – Euh…oui, peut-être…
    – Et le pauvre auteur qui ne gagne rien de ta lecture. Tu lui ôtes le pain de la bouche …
    – Mais, pas du tout. J’achèterai surement son prochain livre.
    – On dit ça…. mais tu es bien capable d’attendre qu’il soit présent à la médiathèque pour l’emprunter. Tu es coutumier du fait. Nous sommes au courant.
    – Ben, quoi ? Oui, j’ai un abonnement à la médiathèque.
    – C’est criminel. Tu es un récidiviste. Plusieurs auteurs nous ont signalé ton comportement. A cause de toi, des vocations vont s’arrêter. Des livres ne s’imprimeront plus. tu vas aller en prison.
    – En prison, pour ça ? Il y a une loi pour ce délit ?
    – Nul n’est censé ignorer la loi. Tu fais celui qui n’est pas au courant. Trop simple !
    – Mais, je vous jure !
    – Ton cas est grave. Tu sera probablement condamné à plusieurs mois de prison. Pas de télévision ni aucun autre loisir.
    – Merde, alors ?
    – Tu pourras quand même lire.
    – Ah bon, quand même !
    – Oui mais tu devras commander le livre et l’acheter.
    – Ah, je comprends, c’est là ma punition.
    – Le syndicat des auteurs a été autorisé à gérer des lieux de détention où la lecture est obligatoire.
    – Mon dieu, nous allons tout droit vers la dictature.
    – Ha ! Ha ! Ha ! Terminé images, les réseaux sociaux et les jeux vidéo. Ce sera la dictature des mots et de l’imaginaire.

    • Nicolas Thebault dit :

      Intéressant d’être arrêté pour n’avoir pas contribué aux droits d’auteur. J’ai parfois des scrupules a ne lire que des oubrages de la médiathèque 😆

  18. mijoroy dit :

    Un ami lui avait offert un polar en lui disant : « Tu verras, ce livre est captivant ! »
    De fait, après quelques pages, l’ouvrage lui avait passé les menottes. Il était suspecté, selon le flic qui l’interrogeait, d’être l’auteur des crimes décrits avec un détail troublant. Surtout depuis qu’une photographie de son propre salon avait été retrouvée glissée entre la dernière page et la couverture. Chaque chapitre semblait tracer le fil de son quotidien, et ses notes griffonnées dans la marge ne faisaient qu’ajouter au soupçon. Il expliquait que ce n’était qu’une lecture, un passe-temps inoffensif, mais le détective ne voyait que coïncidences trop précises. Les empreintes relevées sur la victime étaient les siennes. Sous la pluie battante, frappant les fenêtres comme un compte à rebours, le polar devenait prisonnier et geôlier à la fois, et lui se demandait, la gorge nouée, si un simple roman pouvait transformer un lecteur en suspect…

  19. 🐻 Luron'Ours dit :

    781/BALLON CAPTIF
    Le commissaire, en personne, énumérait les chefs d’accusation : coupable, évidemment, il avait distribué les rôles. Pour ma part, j’avais d’abord été captivé par un récit, un polar recommandé par un ami., à qui se fier !? Je me retrouve menottes aux poignets, une situation inattendue dont je ne goûtai que peu la nouveauté. Pour le confort, c’était pas le divan du psy, encore que se soumettre à une analyse, c’est fastidieux. Là au moins, c’est du direct avec le tarif à la clé en délit mineur. Je me pris à imaginer que c’était un sketch, que, trop sérieux s’abstenir. Mes réponses attendues, c’était un hochement de tête. Pour les détails, je demandais un crayon et du papier. Et d’écrire, j’écris un véritable roman. Quand il le lut…
    Imaginez la suite, il fut interloqué, subjugué, confondu !🐻

    • mijoroy dit :

      bravo. Je retiens: « , c’est du direct avec le tarif à la clé en délit mineur. » belle trouvaille, qui colle parfaitement au ton du polar.

  20. 🐁 Sourisverte dit :

    781e/
    Un ami lui avait offert un polar : tu verras ce livre est captivant.
    De fait il s’etait trouvé menotté, ligoté par l’intéret, captif d’un texte pourtant moyennement écrit. Une similitude avec une histoire vécue l’avait enchaîné dont, malgré ses efforts, il ne parvenait plus a se libérer. Des liens très forts l’unissaient à ce bouquin mais de là à s’en trouver prisonnier ! Et plus il tentait de s’en extirper plus les liens se serraient. Son obsession : tourner la page avant de sombrer définitivement. Alors il essaya de maintenir sa tête hors du puits des mots mais ils coulaient comme une parfumée qui sentait délicieusement le jasmin. Il en but une gorgée puis deux et lorsqu’il se retrouva a sec, se sentant enfin libèré et put enfin … tourner la page jusqu’au mot fin. 🐁

  21. Béatrice Dassonville dit :

    Cet ouvrage était captivant, dans tous les sens du terme. Non seulement, après quelques pages, vous étiez plongé dans la lie du récit, frémissant de peur devant tant d’horreur, mais en même temps vous vous sentiez envahi d’un sentiment trouble, honteux et paradoxalement jubilatoire. Les filtres habituels — la morale, vos valeurs — cédaient peu à peu.
    Quelque chose venait vous chercher au plus profond de vous-même et révélait brutalement des pulsions primaires longtemps refoulées.

    Dans ce roman, vous adoriez ces foules soudain délirantes de joie, ce réveil des masses prenant conscience de leur servitude et s’unissant enfin pour briser leurs chaînes.
    Les oppresseurs n’avaient plus de pouvoir. La peur avait changé de camp. Ils étaient traqués, arrêtés, jetés en prison. Ils auraient tous à répondre de leurs crimes : ceux des guerres inutiles, et ceux, plus sournois, qui nient les droits fondamentaux d’un individu ou d’une nation.

    Mais voilà : il y a ce flic, au fond de vous, qui menotte votre plaisir lorsque cette colère longtemps contenue voudrait réclamer vengeance. Vous rêviez de bagne à perpétuité, de carrières gelées en Sibérie, de pierres à casser pour l’éternité… Eh bien non.
    Ce livre que vous lisez — dont vous vous délectez parce qu’il fait surgir en vous des mots et des images que vous censuriez jusqu’alors — fait de vous un complice.
    « La R-évolution s’écrira sans R », disiez-vous ? Peut-être. Mais tout cela n’est pas si clair.

    Le flic intérieur a son binôme : celui qu’on nomme communément « la petite voix ». Elle vous parle plus gentiment, vous caresse dans le sens du poil, tout en vous rappelant à la raison.
    Vous convenez alors que céder à des pulsions primaires n’a rien de bon ni de constructif. Qu’une R-évolution sans R est absolument nécessaire — une révolution intérieure, lente, patiente, qui doit se réaliser en chacun de nous. Dénuée de rage destructrice. Progressant vers une conscience éthique.

    Cela demandera du temps et se fera par étapes : un livre captivant qu’il nous reste à écrire.

  22. Nicolas Thebault dit :

    Entre2lettres – Nicolas Thébault – 15/11/25

    Un ami lui avait offert un polar en lui disant : « Tu verras, ce livre est captivant ! » De fait, après quelques pages, l’ouvrage lui avait passé les menottes. Il était suspecté, selon le flic qui l’interrogeait, d’être …

    … Un meurtrier en puissance !

    L’inspecteur écrasa sa cigarette dans une soucoupe ébréchée. Les volutes de fumée se dispersent encore. L’éclairage blafard de la lampe de bureau les soulignent.

    — Vous êtes en train de les tuer, dit-il sans même lever les yeux.

    Le lecteur n’en croit pas ses yeux et cligne des paupières pour s’assurer qu’il ne rêve pas. Quelques secondes plus tôt, il était assis dans son canapé, un thé encore fumant à côté de lui.

    À présent, il avait les poignets entravés par des menottes froides, vissées à une table métallique. La lumière dirigée vers son visage, grésille comme pour un interrogatoire dans un film policier.

    — Tuer qui ?

    L’inspecteur lui lance enfin un regard fatigué mais lucide.

    — L’auteur, évidemment. Et le lecteur précédent. Tous les deux vont mourir, à cause de vous.

    Il sortit un livre de la poche intérieure de sa veste. Le même polar qu’on lui avait offert, mais avec, sur la couverture, la marque d’un doigt, mouillé de sang.

    — Ils sont morts à la page 142, dit le flic d’un ton factuel.

    Le lecteur voulut se lever, protester, dire que tout ça était absurde, mais les menottes le retenaient. Il attrapa le livre que l’inspecteur lui tendit et tenta de sauver l’auteur en fermant le livre. Mais celui-ci résiste, les pages tournent toutes seules comme muent par un vent puissant et se déploient comme des mains avides. Il parvient finalement à claquer la couverture … et tout se fige. Le silence tombe. Il croit avoir gagné.

    Puis il regarde autour de lui : la pièce d’interrogatoire a disparu. Les murs de son salon aussi. Tout est blanc. Lisse. Vide. Exactement comme une page vierge.

    La voix du livre lui murmure :

    – Merci de bien vouloir finir mon histoire, il me fallait un auteur de rechange.

    Et le lecteur disparaît, absorbé par cette fin alternative qu’il construit avec ferveur. Il est la nouvelle conscience du roman et met tout en œuvre pour casser la boucle infernale, en évitant ainsi une prochaine victime.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Répondez à ce calcul pour prouver que vous n'êtes pas un robot *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.