325e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

Il était valet de chambre dans un grand palace. 
C
hargé de faire le tri entre les bons et les mauvais rêves,
laissés par les clients dans les chambres .
La direction lui accordait toute sa confiance.
Grâce à son savoir-faire, les stars de passage pouvaient dormir tranquilles. 
Jusqu’au jour où il commit une regrettable erreur…

Inventez la suite

 

 

 

 

25 Responses

  1. Il était valet de chambre dans un grand palace, chargé de faire le ménage chaque matin, de balayer et d’envoyer à la poubelle la poussière de rêve qui polluait les draps et la moquette après le passage du client dans la chambre : Rude métier !
    D’abord parce que la poussière de rêves collait aux draps et qu’un simple plumeau n’y suffisait pas, mais aussi parce que le moindre petit coup de vent, dès qu’il ouvrait les fenêtres, la faisait s’envoler et il devait veiller à ce qu’elle n’aille pas polluer la chambre voisine. Dieu seul sait ce que des mélanges de rêves étaient capables de créer comme situations de cauchemar. Imaginez qu’une cliente se revoit petite fille lors d’une promenade et que dans la chambre voisine on rêve d’une forêt profonde, à coup sur un loup noir profiterait de l’aubaine pour se faufiler dans la brèche laissée entre les deux rêves et empoisonnerait et souvenir d’enfance et promenade sylvestre. Imaginez qu’un client rêve d’argent coulant à flots et qu’un autre s’endormant dans le même temps se voit tomber dans le vide d’un immeuble de trente étages. Il n’en faudrait pas plus pour répéter le crash boursier de 1929 ! Ou qu’on rêve d’oiseaux migrateurs dans une chambre et que juste en face une cliente trop gourmande soit victime de crampes d’estomac : Voilà comment on invente la grippe aviaire !!
    Non ! L’enjeu était vraiment trop important et nettoyeur de rêves un métier à hautes responsabilités.
    Il fallait ramasser soigneusement la poussière avec un chiffon doux et la verser sans en perdre un grain dans un seau spécial.
    On avait bien essayé l’aspirateur, efficace et rapide, mais alors tous les rêves se mélangeaient dans le même sac et donnaient les situations les plus extravagantes et surtout à haut risque : Des footballeurs africains rachetaient tous les chateaux de France, la Tour Eiffel était exportée à Pékin, le monde se créait en sept jours, un clown triste accédait à la présidence du pays le plus puissant du monde, c’était vraiment n’importe quoi et on ne pouvait pas prendre de tels risques qui menaçaient la culture et la paix mondiale.
    Aussi, le seau qui recueillait la poussière de rêves se divisait en compartiments fermés et étanches. Un cadenas à code secret garantissait l’inviolabilité du récipient.
    Quand le seau était plein, le valet empruntait un passage dissimulé interdit au public pour se débarasser de sa récolte dans un puit très très profond, creusé de toute éternité dans la roche, présent depuis la nuit des temps. De mémoire d’homme, on ne se souvenait même pas de son origine précise.
    Là disparaissaient tous les rêves avortés d’une humanité imaginative, dans un trou sans fond.
    Ce qu’on ignorait cependant, c’est que le prétendu puit était en fait un volcan, éteint depuis des milliers d’années, des dizaines et des centaines même de milliers d’années.
    Un jour, notre valet de chambre s’attarde au bord du puit. Il est fatigué – son métier l’épuise – et il s’assied un moment. Une petite douceur, une petite cigarette, un moment de pause bien mérité. Il trouve le paquet entamé dans sa poche, craque une allumette, la secoue pour l’éteindre et la jette dans le puit .
    Le volcan n’attendait que ça.
    Ravivée par l’air frais de sa chute, l’allumette rougit de nouveau et allume le volcan endormi.
    Volcan qui éructe et se met à cracher en hoquets l’intégralité des ordures qu’on a entassé dans ses souterrains pendant toutes ces années innombrables.
    Les poussières de rêves jaillissent en faisceaux de lumière incandescente, haut, très haut dans le ciel et viennent se coller en amas lumineux sur la voute céleste jusque là noir de jais. Désormais une traînée scintillante barre le ciel nocturne en un panache phosphorescent.
    La Voie Lactée est née.
    Et en l’ admirant la nuit venue, les hommes inventent de nouveaux rêves qui très bientôt la rejoindront dans le ciel nocturne.

  2. PEGGY dit :

    Il était valet de chambre dans un grand palace. 
Chargé de faire le tri entre les bons et les mauvais rêves, 
laissés par les clients dans les chambres. 
La direction lui accordait toute sa confiance. 
Grâce à son savoir-faire, les stars de passage pouvaient dormir tranquilles. 
Jusqu’au jour où il commit une regrettable erreur…

    Il gardait tous les rêves en tête pour que personne d’autre en ait l’accès. Sa responsabilité était immense. Il y avait du James Bond en lui. Service secret, absolument secret.

    Les bons et les mauvais rêves s’entrechoquaient souvent dans les chambres. Parfois il était difficile de choisir entre bons et mauvais, alors il se fiait à son instinct. L’important était qu’aucun ne traine lorsqu’un nouveau client arrivait. Discrétion, étant le maître mot du palace.

    Depuis des années au service de cet hôtel de luxe, sa bibliothèque mentale devint si volumineuse qu’il fut urgent de trouver un autre système de stockage avant une catastrophe.

    Une demande de se rendre dans le bureau du directeur fit exploser ce stress. Il fit un inventaire rapide de sa mémoire. Ouf ! Rien d’anormal, la routine.

    – Bonjour Etienne, ne vous inquiétez pas, tout va bien. Juste une mission un peu plus pointue que les autres. Le président de la république vient passer deux nuits chez nous pour être tout à fait à l’abri des médias. Comme d’habitude je vous fais confiance.

    – Merci monsieur le directeur.

    Après le départ du président et le ménage de la femme de chambre, Etienne s’occupa du nettoyage des bons et des mauvais rêves qui encombraient l’appartement. Pauvre président, il a dû mal dormir ! Je n’ai jamais eu autant de boulot !
    Le valet de chambre organisa méticuleusement le rangement dans sa bibliothèque mentale, mais elle était si pleine qu’un rêve s’en évada par la fenêtre ouverte et s’envola avec le vent.
    Très conscient du secret professionnel, même s’il eut une période de curiosité, il ne donna pas suite. Plus jamais il ne chercha à fouiller les rêves des stars.
    Pourtant, cette fois-ci, quelque chose de différent retint son attention. Un mélange de lettres et de chiffres. « Mon Dieu, pourvu que ce ne soit pas un code, sinon je suis foutu ». Sa première pensée fut pour Vatel ! Puis il se calma en pensant qu’il n’y avait eu aucun témoin.

    Le lendemain sur tous les médias :

    L’EUROPE TREMBLE

    LES SERVICES SECRETS INQUIETS
    Un code dont personne n’a encore réussi à trouver la clef met en effervescence toute l’Europe.
    Par mesure de prévention, un Euro-Plan Vigipirate renforcé est décrété avec un niveau d’alerte « urgence attentat » dans les vingt-huit états membres.

    Peggy Malleret 27 Février 2017

  3. Sylvianne dit :

    Il était valet de chambre dans un grand palace.
    Chargé de faire le tri entre les bons et les mauvais rêves,
    laissés par les clients dans les chambres .
    La direction lui accordait toute sa confiance.
    Grâce à son savoir-faire, les stars de passage pouvaient dormir tranquilles.
    Jusqu’au jour où il commit une regrettable erreur. Un rêve l’avait particulièrement plu. Il l’avait trouvé blotti sur l’oreiller froissé. Il était encore tout guilleret. Pas du tout endormi. Alors, au lieu de le mettre au tri sélectif, il l’enveloppa dans du papier de soie pour le protéger et le glissa dans sa poche.
    Le soir, il regarda sous toutes ses coutures ce rêve particulier. Il l’écouta. Et le transcrit. Ce rêve devint roman. Et ce roman devint un best seller.
    Et… le possesseur du rêve de la chambre 22 du 22 février l’attaqua en justice. C’était son rêve ! Le valet de chambre avait transgressé le règlement.

  4. françoise dit :

    Il était valet de chambre dans un grand palace. 
    Chargé de faire le tri entre les bons et les mauvais rêves,
    laissés par les clients dans les chambres .
    La direction lui accordait toute sa confiance.
    Grâce à son savoir-faire, les stars de passage pouvaient dormir tranquilles. 
    Jusqu’au jour où il commit une regrettable erreur…
    Insomniaque et confondant les heures, il commença sa journée à 3 H du matin.
    il entra dans la chambre où Penelope Cruz était en plein rêve , sans doute érotique car elle murmurait « ven ven ». Ce n’était pas possible, elle le prenait pour un autre. Affolé, il repartit en claquant la porte au moment où le Directeur passait dans le couloir. Il l’interpella lui demandant ce qu’il faisait ici, à pareille heure.
    Balbutiant, il lui répondit qu’étant donné certaines obligations il quitterait son service à 6 H du matin et de ce fait il commençait à faire le tri des bons et des mauvais rêves plus tôt. Soudain ils entendirent « ven ven ». Le Directeur lui dit qu’il prenait la situation en mains et qu’il pouvait quitter son service dès maintenant ! Il le remercia mais quelle ne fut pas sa surprise de voir ce dernier entrer dans la chambre. Il s’assit dans l’escalier curieux de connaître la suite….
    Soudain, il entendit Penelope crier « cerdo cerdo » et vit le Directeur sortir de la chambre le pantalon sur les genoux….
    L’incident fit grand bruit et notre Directeur fut viré avec pertes et fracas….
    Quant à notre valet de chambre, il fut promu Principal des chasseurs de cauchemars. Cette nouvelle charge eut un impact sur sa santé : lui qui était jovial il devint sombre. La direction, pour son bien et celui du palace, le mit en préretraite.
    A un collègue qui le croisa quelques années plus tard dans la rue, il dit qu’il était « Happy as a colt in clover. », qu’il faisait partie d’un club du troisième âge où, entre autres choses, il apprenait l’espagnol.Il demanda à son collègue si Penelope avait séjourné à nouveau à l’hôtel ? Non lui répondit-il, tu sais entre ses films, son mari, ses deux enfants, son association, elle ne doit avoir le temps ; mais je ne désespère pas de la voir franchir un jour la porte de notre palace. Je te le dirai et ainsi tu pourras veiller sur elle et chasser les mauvais rêves qu’elle pourrait faire.
    Soudain notre valet de chambre le quitta brusquement pour ne pas être en retard à son cours d’espagnol.

    l

  5. Clémence dit :

    Il était valet de chambre dans un grand palace.  Chargé de faire le tri entre les bons et les mauvais rêves, laissés par les clients dans les chambres .
    La direction lui accordait toute sa confiance. Grâce à son savoir-faire, les stars de passage pouvaient dormir tranquilles. 
    Jusqu’au jour où il commit une regrettable erreur…

    Ce matin, il avait constaté que la télécommande donnait quelques signes de faiblesse. Sans tarder, il se rendit à l’office afin de remplacer les piles ordinaires par des piles rechargeables. Alors qu’il refermait l’opercule, il frôla la touche « reset ». Une chaleur anormale s’empara de son corps et de gouttes de sueur perlèrent sur son front. Aurait-il commis une erreur regrettable ?
    La télécommande en poche, il fit une inspection rapide du Palace. Tout était normal.
    Il recommença à la tombée du jour. Tout était normal. Pas de quoi s’inquiéter.

    Le soir venu, il se dévêtit, posa soigneusement sa livrée sur le valet de bois patiné, il fit sa toilette, enfila son pyjama et sa robe de chambre. Il se servit un verre de cognac et s’installa dans son Voltaire et alluma la télévision. Il fut captivé par le thriller et ne prêta aucune attention aux bruissements et aux légers craquements qui couraient le long des murs.

    Aucun appel ne troubla sa soirée. Avec un soupir d’aise, il se glissa entre les draps de lin et éteignit la lampe de chevet. Il ferma les yeux…
    Un éclair aveuglant zébra la pièce et un roulement de tonnerre gronda. Les murs frémirent, le Palace vibra, la ville frémit, le pays trembla…la terre entière entra dans une colère sourde. Puis, ce fut le silence absolu.

    Lorsqu’il ouvrit les yeux il vit des mots s’envoler, des phrases virevolter, des pans de pages s’effacer, des livres s’enflammer, ….
    Avec une lucidité insoupçonnée, il visionna un film au scénario époustouflant. Les premières images zoomaient sur le visage de Klara Polzi, pleurant à chaude larmes le décès de son petit Hitler, mort d’une méningite à trois ans puis sur le corps d’un adolescent corse baignant dans son sang sur une des Iles Sanguinaires. Suivait un travelling sur une forêt de feuillus où Emile, pris d’un coup de folie, plongeait avec volupté une dague dans les entrailles de Jean-Jacques et, à bout de souffle, le traîna dans un ruisseau.

    Les sous-titres crachaient les news : Mozart atteint d’une soudaine amnésie, Corneille laminé par une dystonie irréversible, Michel-Ange paraplégique après une chute vertigineuse dans la Chapelle Sixtine, Christophe Colomb, épris de la Belle Nina, coulait des jours heureux à Santorin, Copernic et Galilée créant leur ligne de soins cosmétiques, Ravaillac en couple avec Henri, Charlemagne avouant son illettrisme génétique et Einstein sa dyscalculie héréditaire, César déposant les armes aux pieds de Vercingétorix, …

    Des images, plus floues, envahissaient à nouveau l’écran alors qu’une étoile mystérieuse brillait de tout son Orient. Les civilisations perdues sortirent de leur torpeur et inventèrent le concept des migrations touristiques après avoir été frappées par un bozon égaré.
    Oasis, paradis tropicaux, dolce vita…
    Les couleurs délicates, évanescentes se mouvaient sur la toile en fractales fascinantes et hypnotiques….

    Dans ce décor édénique, une jeune femme au corps de liane et à la longue chevelure rousse appela ses deux fils :
    – Abel, Caïn, venez prendre votre goûter, je vous ai trouvé une pomme !

    Silence absolu.

    Le palimpseste de l’humanité retrouvait sa virginité initiale.

    La voix du Patron s’éleva et ordonna :
    – A toi la charge d’une nouvelle programmation….

    © Clémence

  6. Grumpy dit :

    Andy était le valet de chambre attitré de l’étage-terrasse du Sofitel de New-York celui des suites les plus luxueuses réservées aux stars et autres Very Important Personalities.

    Ce jour de mai 2011, et c’était très exceptionnel, terrassé par une crise de foie carabinée, Andy, flageolant, n’avait pas pu prendre son service.

    C’est Nafissatou qui fut désignée, faute de mieux, pour le remplacer et s’occuper des VIP de cet étage dont l’appartement 2806.

    Le monde entier connait la suite, mais au fond, qui peut être sûr qu’il ne s’agit pas que du mauvais rêve d’un valet de chambre à l’estomac momentanément dérangé ?

    isn’it ?

  7. Michel-Denis ROBERT dit :

    La femme à l’étoile menaçait la tenancière de sa winchester. Jo le Matois mit en joue la femme à l’étoile. Celui-ci était inquiété par le couteau du nouveau chérif qui, lui-même recevait la sommation de lever les mains en l’air… Le commissaire Labrousse se résolut à éteindre la télé. Il s’était réveillé avec un western, lorsque son portable vibra dans la poche de son imper. Ses empreintes venaient d’être vérifiées sur une voiture volée à demi calcinée en plein centre-ville. Il avait passé le reste de sa nuit sur le canapé, et son second, à l’esprit soupçonneux et tordu à l’excès comptait le confondre avec ça. Depuis le début de cette enquête sur un trafic de berlines de luxe, son lieutenant était devenu anormalement agressif. Il ne s’en inquiétait pas, l’expérience du caméléon aurait raison de la fougue du novice. Il le remit vertement à sa place :
    – Occupez-vous plutôt de conclure l’enquête bolide avec votre collègue, il a tous les éléments, dit Labrousse. Quelle heure est-il ?
    – Neuf heures commissaire, répondit Roussel.
    – Vous terminez ce dossier et vous m’attendez au bureau en fin d’après-midi, ordonna le supérieur. J’ai un rendez-vous.
    – Bien commissaire.
    Après un rafraîchissement efficace sous la douche, le commissaire enfila son costume à rayures et ses vernis. Il se rendit au Grand Palace. Et, dans l’immense hall grouillant d’allées et venues où tout était normal, il s’approcha du comptoir et glissa discrètement sa carte pour se présenter au réceptionniste :
    – Avez-vous remarqué quelque chose de particulier ce matin, demanda Labrousse ?
    – Non Monsieur, répondit l’employé de l’hôtel.
    – Et ces quinze derniers jours, dit-il avec une pincée de suspicion, pas d’incident ?
    – Non plus. Les gens sont très classe ici, Monsieur.
    – Si quelque chose d’inhabituel vous revient, veuillez m’appeler à ce numéro, s’il vous plaît.
    – Bien Monsieur.
    Labrousse connaît le grand hôtel depuis sa rénovation. Trois personnes attendaient derrière lui. L’une d’elle remettait une vidéo. Une deuxième écourtait son séjour et demandait la note. Il remarqua les ongles longs de la troisième. Il mémorisait les détails. Il s’est assis à l’écart, au salon, cinq minutes, pour observer les créatures et s’éclipsa comme il était venu, dans la fourmilière, à l’heure où la journée des clients s’organisait.
    Les couloirs tendus de tissus dont la couleur était différente à chaque étage racontaient l’histoire des tableaux venant des salles des ventes du monde entier. Les oeuvres donnaient un cachet unique au palace. Il s’arrêta devant la Vénus Rouge de l’Union Soviétique. Il aimait particulièrement le romantisme de son voyage à travers l’Europe.
    Il procédait avec prudence. Il mit sa main à la poche. En jouant de l’effet surprise, il gardait le contrôle. Cette fois, il s’agissait de quelque chose qu’il n’appréhendait pas d’emblée. Il prit l’ascenseur, un des plus vieux du continent, entretenu comme une horloge de luxe. Il frappa à la porte du directeur qui ne l’attendait pas. Il pourrait interpréter le moindre sourcillement à ses questions. La voix claire du patron ne lui revint pas en écho, il n’était pas dans ses quartiers. La porte était fermée à clé.
    Sur la table, un dossier, comme s’il avait été abandonné en cours d’écriture et un étui à cassette, vide. Un battant de la fenêtre empêchait le retour du rideau aspiré à l’extérieur par un courant d’air. Il regarda du septième la cour fleurie. Une voiture attendait devant l’entrée, un parapluie aux couleurs de l’hôtel était ouvert. Un orage se préparait, quelques gouttes commençaient à tomber. Il rangea son passe et prit connaissance des croquis sur le cahier. Ils étaient numérotés et décrivaient des scènes de mimes, en en-tête, la photo de stars renommées et leurs goûts préférés.
    Il n’avait jamais remarqué la porte dérobée du fond du bureau restée entrouverte. Il entra et découvrit une pièce laquée de rouge et de noir. Un magnétoscope lisait une cassette sans le son. Il fit défiler le film. Le titre « Prémonition lucrative » en disait long. Il ouvrit une seconde porte, Monsieur le directeur à moitié nu, bâillonné était attaché les bras en croix contre le mur. Albert contempla la scène devant les yeux exorbités du supplicié qui gardait courageusement son calme. Enfin, le commissaire consentit à le détacher avec un sourire non dissimulé.
    – Alors Monsieur le directeur, on s’amuse, dit Albert narquois !
    – Il m’a eu l’enfoiré. Je lui ai fait confiance avec son histoire de mimes ! J’ai augmenté mon chiffre d’affaire, certes ! Il captait les rêves, il m’a hypnotisé, oui ! Il vient de partir avec mon Porsche Cayenne. Rattrapez-le commissaire !

  8. ANNE-MARIE dit :

    Après un rapide coup de sonnette pour s’assurer que la suite du Palace est vide, il ouvre la porte d’acajou, capitonnée. Un rayon de soleil filtre à travers les rideaux entrouverts et semble sublimer les dernières fragrances d’un parfum aux notes de jasmin. Il s’arrête un instant, hume ces arômes et contemple le petit salon aux tons mordorés. Tout est en ordre, sur un plateau en argent, dans une soucoupe en porcelaine, deux biscuits de Reims semblent narguer la coupe de cristal gravé, vide. Il serait bien tenté d’en grignoter un, mais même cela lui est interdit. Il doit vérifier l’état de cette suite avant que le ballet du ménage ne s’en empare. Les stars sont distraites et toujours susceptibles d’oublier quelque chose. Puis, discrètement, il ira s’assurer qu’ aucun rêve ne traîne. C’est son don, capter et supprimer les rêves qu’ont laissé les clients, pour assurer une bonne nuit au prochain hôte. Ce matin, dans les suites précédentes, il a déjà détruit un violent cauchemar d’une chambre aux odeurs de cigare et un songe, aux couleurs psychédéliques, accroché dans une pièce étrangement enfumée.
    Ici tout parait serein. Il pousse doucement la porte de la chambre. Le grand lit aux draps de lin blanc brodé est ouvert et dégage de subtils effluves. Il s’approche, un rêve bleu semble agrippé à la taie d’oreiller, bordée de dentelle, sur laquelle court un cheveu d’or. Il lui faut attraper ce rêve. Il pose sa tête, mais le rêve s’échappe, se glisse sous la couette de plumes. Il ouvre le lit, le rêve se love entre les draps. Il fronce les sourcils. Le rêve, narquois, séducteur, murmure à son oreille : « Viens donc me chercher ! » Julien s’allonge, ses vêtements font barrage à sa perception. Il les ôte un à un, se couche, nu, entre les draps. Il saisit enfin un fil du rêve, le tire doucement. Ce fil s’enroule autour de lui, comme une gaze douce et cotonneuse, l’enveloppe peu à peu, s’empare de ses pensées, l’habite tout entier… Il se retrouve dans une contrée merveilleuse, des palmiers qu’agitent un doux zéphyr bordent un lagon turquoise. Elle est là, devant lui, une fleur de tiaré dans les cheveux ; un voile de lin blanc lui ceint les hanches, fait ressortir le hâle doré de sa peau soyeuse. Il avance vers elle, lui prend la main. Ensemble, ils pénètrent dans l’eau. Ils nagent un moment, dansant sous l’eau une longue parade amoureuse qui les entraîne vers un désir sans fin, à la fois doux et puissant. Doigts entrelacés, baisers à fleur de lèvres, ils rejoignent la plage déserte, un tapis de fleurs accueille leurs corps enivrés.
    Un choc violent ! Est-ce une noix de coco tombée du ciel ?
    – « Mais qu’est-ce que tu fais là ? Couché dans ce lit, et à poil! C’est du joli! C’est comme ça que tu travailles maintenant… Tu sais que c’est interdit ! Et à ce rythme tu n’es pas prêt d’avoir fini et tu mets tout le monde en retard. Va t’expliquer chez le Directeur.  »
    Il s’habille en vitesse, descend… la tête encore dans ses fantasmes. Dans le salon qui jouxte la réception, Elle est là, plongée dans un magazine… Julien s’approche, et d’une voix mi- sérieuse, mi- charmeuse s’enquiert :
    – « Mademoiselle, auriez-vous besoin d’un majordome ?  »
    © ammk

  9. Jean-Pierre dit :

    Hector était valet de chambre dans un grand palace. Chargé de faire le tri entre les bons et les mauvais rêves, laissés par les clients dans les chambres. La direction lui accordait toute sa confiance. Grâce à son savoir-faire, les stars de passage pouvaient dormir tranquilles. Jusqu’à la nuit où il s’était trompé de rêve.
    Ce n’était pas le rêve de Pascal Zitrone, mais celui de la jeune Lolita qui était dans son lit cette nuit-là.
    Pascal Zitrone est le présentateur d’une petite chaîne télé, et il a peu de points communs avec le célèbre Léon. Peut-être des ancêtres qui cultivaient les agrumes au 16ème siècle, et encore.
    Comme beaucoup de clients des palaces, c’est un angoissé. Les paparazzi, les milliards qui changent de main sur un simple battement de cils, les gens qui veulent votre peau ou votre fric, les épouses jalouses, etc… il y a de quoi perturber les nuits de la plupart des clients.
    C’est pourquoi on est aux petits soins avec eux.
    Une nuit, un crime s’était produit dans une des plus belles suites de l’établissement. L’affaire avait été étouffée, et le personnel même pas au courant (sauf une femme de ménage qui a été mutée au Caire).
    En entrant dans la pièce avec un client quelques jours plus tard, Hector a ressenti quelque chose de bizarre. Une sorte de rêve éveillé où il entendait les cris désespérés de la cliente de l’autre jour. Et il a dit tout de go au client « à votre place, je choisirais une autre chambre ; vous risquez de mal dormir ». Le client, habitué à cette suite, a remercié Hector de sa sollicitude avec un billet, mais il est resté quand même, et a très mal dormi.
    C’est ainsi qu’Hector a découvert qu’il avait le don d’entendre « la mémoire des murs », celle qui enregistre les rêves (et parfois les insomnies) des occupants de la pièce. Il ne se trompait jamais, et les clients les plus angoissés n’hésitaient pas à changer de chambre au moindre froncement de sourcils d’Hector, quand il collait son oreille au mur.
    Tout allait bien jusqu’au passage de Pascal Zitrone que Lolita était venue rejoindre en douce vers minuit, et qu’elle avait quitté au petit matin.
    Le malheur a voulu que le « petit Pascalou » de Lolita (il n’aimait pas le diminutif « Zizi »), trop occupé par celle-ci, a très peu rêvé, et que les murs de la suite 21 étaient imprégnés des rêves de gloire et de fortune de Lolita.
    Le client qu’Hector y a envoyé le lendemain a merveilleusement dormi, bercé par des rêves de bonheur, de gloire et de fric.

    Vera, la femme de Pascal Zitrone était fort jalouse. Elle connaissait la réceptionniste de l’hôtel et lui a téléphoné. Cette dernière lui a confirmé qui son mari était bien entré et sorti seul de l’établissement. Elle pourrait vérifier elle-même les enregistrements des caméras vidéo si la direction lui en donne l’autorisation. Mais ça ne suffisait pas à Vera qui a insisté en proposant une somme rondelette à l’employée, car elle était sûre que son mari n’avait pas dormi seul cette nuit-là. Tant et si bien que celle-ci a promis qu’elle en parlerait à Hector dès qu’elle recevrait le chèque.
    Hector se souvenait très bien du rêve de la suite 21 cette nuit-là et avait noté « enfin le bonheur d’être admiré sur un plateau télé ! ».
    La réceptionniste a transmis ce message à Vera.
    Pour celle-ci, il était évident que ce rêve ne pouvait provenir que de la roulure qui avait couché avec son mari pour conquérir la célébrité.
    Après une analyse fine de la presse people et des interviews donnés par son mari, Vera a patiemment cuisiné celui-ci pour obtenir enfin ses aveux, à défaut de preuves.
    Leur divorce a fait le tour de la presse people.
    Hector et la réceptionniste ont été mutés au Caire.
    Beaucoup de clients dorment mal, faute de conseils judicieux pour le choix d’une chambre.

  10. chantal sallibartant dit :

    Il était valet de chambre dans un grand palace.
    Chargé de faire le tri entre les bons et les mauvais rêves,
    laissés par les clients dans les chambres.
    La direction lui accordait toute sa confiance.
    Grâce à son savoir-faire, les stars de passage pouvaient dormir tranquilles.
    Jusqu’au jour où il commit une regrettable erreur…
    Appelons-le R. C’était un très gentil garçon. Petite trentaine. Physique passe-partout. Taille moyenne. Intelligence moyenne. Culture moyenne. D’un naturel inquiet, besogneux, fataliste. Ayant un atout de taille ! Il était capable de capter les rêves d’autrui, de les mémoriser.
    C’était cette qualité exceptionnelle (partagée par seulement 0.02 % de la population) qui lui avait permis de rejoindre l’équipe du Grand Palace. Il avait répondu à une petite annonce stipulant : « Cherchons valet de chambre sachant lire les rêves. Diplômes non exigés mais expérience recommandée. »
    Il avait été embauché après une semaine d’essai. Seul le directeur était au courant de ce talent si particulier. Ses collègues ne comprenaient pas bien quel pouvait être son rôle et cela pouvait de temps à autre créer quelque jalousie.
    R. était chargé d’investir les chambres dès le départ des clients et de noter dans le détail les rêves de ces derniers. Muni d’un crayon à papier et d’un petit carnet, on pouvait le voir renifler la chambre, marcher de long en large, et enfin noter d’une écriture de pattes de mouches, la beauté, les turpitudes, les folies, hantant les nuits de cette clientèle si spéciale.
    Ce petit carnet était précieux et ne quittait pas sa poche. Il ne l’en sortait que pour prendre ses notes, puis lorsque le directeur le lui demandait. Tous les soirs il le déposait sous son oreiller. Tous les matins il le mettait dans la poche poitrine de sa veste.
    Mais un jour… un jour il fut pris d’un coup de folie : il demanda une journée de congé ! Diantre ! Comment ça une journée de congé ? Vous n’êtes pas bien parmi nous ? Besoin de vous reposer ? Mais vous n’êtes pas fatigué, pas déjà !
    Il avait omis de dire au directeur que de temps à autres il avait besoin de « se laver la tête », d’oublier les rêves, les clients, le directeur lui-même. Il fallait qu’il recharge ses batteries. Ce n’était pas rien d’avoir la tête remplie des rêves des autres. Il allait s’absenter un jour, c’était comme ça et pas autrement. Il rattraperait son retard, il le garantissait.
    Le jour tant attendu arriva. R. fit comme les autres jours, il mit le petit carnet dans sa poche poitrine. C’était une très belle journée, ensoleillée, chaude, une journée à aller à la plage, à manger une glace, à paresser à la terrasse d’un café, à déambuler. Il faisait tellement chaud qu’il ôta sa veste (en ayant bien vérifié que le petit carnet était toujours en place) et la mit sur son épaule droite. Il fut bousculé par un groupe de jeunes filles. La veste lui échappa. La plus jolie l’aida à la ramasser et à l’épousseter. Tout ce petit monde s’égailla et le laissa à sa solitude. Contrarié de ce qui venait d’arriver il préféra remettre la veste et tâtant la poche poitrine par pur réflexe il sentit un vide. Rien dans la poche. Il la retourna, regarda dans les autres poches, regarda par terre, et même dans les poches de son pantalon (c’est dire s’il était tourneboulé). Rien ! Ce n’était possible. C’était un cauchemar, un mauvais rêve
    Transpirant, tremblotant, il se projeta au lendemain et vit la une d’ « Ici dimanche » : X. Y. l’idole des minettes rêvait de tuer son producteur, Z. A. le mannequin vedette de Jean-Luc Gotier rêvait de manger un bœuf bourguignon, I. S. la vedette de téléréalité rêvait de se marier avec son ami d’enfance J. U., M. R. l’industriel de l’agroalimentaire rêvait de l’épicerie de ses parents… etc.
    Après un moment de flottement il y vit comme un signe du destin. Il était temps de passer à autre chose. Foin des rêves des autres ! Il était temps de s’occuper des siens propres.

  11. Cétonie dit :

    Ce qui faisait la réputation du Ginesta Palace, c’était le soin apporté au ménage chaque matin. Tout le monde ignorait pourquoi, mais c’était un fait : on se sentait bien en entrant dans la chambre, et on y dormait merveilleusement.
    Le secret de ce bien-être : l’intervention de Jonathan, équipé d’un appareil unique et mystérieux qui lui permettait de capter et surtout analyser les ondes laissées par les occupants. Jonathan ne savait pas exactement comment cela fonctionnait, il savait juste lancer l’analyse puis le nettoyage, comme l’anti-virus de son ordinateur, et toutes les ondes négatives disparaissaient comme par miracle. Il restait uniquement les ondes des bons rêves, qui se transmettaient ainsi aux occupants suivants.
    Mais ce jour-là, Jonathan était pressé de rentrer chez lui, et ne prit pas le temps de ranger son instrument magique dans son coffre habituel, il le mit simplement dans sa poche avant de se diriger vers sa station de métro habituelle.
    Il y avait du monde, les voyageurs étaient serrés les uns contre les autres, il fut soulagé d’arriver enfin et de se détendre chez lui, oubliant son instrument dans la poche de sa veste.
    Mais il n’avait pas vu que l’un de ses compagnons de voyage laisserait un souvenir de leur promiscuité : une minuscule punaise qui, très curieuse, avait entrepris l’exploration de sa poche, et trouvé cet objet bizarre riche en ondes nourrissantes : elle s’y installa confortablement, bien décidée à ne plus le quitter et à se nourrir exclusivement de ces ondes si bénéfiques.
    Et ce qui devait arriver se produisit dès le lendemain : comme d’habitude et sans se douter de rien, Jonathan passa dans chaque chambre pour la débarrasser des mauvais rêves, mais la direction eut la surprise d’entendre tous les clients se plaindre dès le lendemain matin, après une nuit affreuse peuplée de cauchemars, et extrêmement déçus de ne pas avoir trouvé la sérénité tellement vantée du palace.
    Jonathan se garda bien d’avouer que son précieux détecteur avait fait un séjour hors de toute protection, et l’on attribua le « bug » à une malveillance des services secrets d’une chaine concurrente.

  12. Blackrain dit :

    Après avoir offert des songes à la carte au Bristol, Michel Lange était devenu nettoyeur de rêve au pôle Meurice. Il suivait le passage des femmes de chambre afin d’ôter ce qui restait de pas sage et d’infâme aux imprégnations de la nuit. Grace à une infusion, thé lait guidé par un désir d’essence ciel, il en séparait le rêve. Puis il rangeait cauchemars et rêves dans les tiroirs de « l’inconscient », un meuble fort commode pour retrouver le Moi de chaque client.
    Plus qu’au Paris Hilton, les peoples se plaisaient à retrouver au Meurice, leurs visions et leurs fantasmes.

    Mais un jour, apprenant l’arrivé du prince de Galle, Lange enduisit ses oreillers d’une couche de songe, d’un manteau de vision pour câliner sa nuit. Lorsque Lange apprit par le SUN que William, le Diana’s son, avait fait la fête habillé en officier SS, il se demanda s’il n’était pas responsable de ce « Wind sort ». Après avoir ouvert les tiroirs de son « inconscient » il se rendit compte qu’il avait déporté un bon souvenir de Jean-Marie Le Pen dans la chambre princière par manque de concentration.

    Il eut beau s’excuser d’une voix nasillarde auprès de son directeur de ce mauvais Shoah, il n’émit aucune résistance à l’énoncée de son renvoi.

  13. Jean-Pierre Peyrard dit :

    – Alors, il se disait… onirologue, c’est bien ça ?
    – Onirologue, oui, monsieur le commissaire ! Il m’avait expliqué que, toutes les nuits, il faisait le même rêve : le rêve étrange et pénétrant d’une femme inconnue qui n’était ni tout à fait la même ni tout à fait une autre… Il me l’a écrit sur ce bout de papier… Tenez, regardez !… J’ai trouvé ça très professionnel… Je cherchais un trieur de rêves… Si j’avais pu me douter !
    – Vous trouvez beaucoup de rêves oubliés dans les chambres de l’hôtel ? L’Hôtel du Nord, c’est bien ça ?
    – L’Hôtel du Nord, oui… Les voyageurs y oublient souvent leurs rêves… Peut-être à cause de l’atmosphère…
    – Le voyageur d’hier, par exemple…
    – Ah lui ! Oublier son bateau ! Vous imaginez ? Et un bateau ivre ! Quand le garçon d’étage m’a prévenu, j’ai appelé vos collègues de la gendarmerie… C’était après que… Enfin… Il paraît qu’il n’est pas gravement blessé… Ils sont venus le chercher pour le mettre en cellule de dégrisement… Un deux mâts de huit mètres cinquante, plein de brumes et de lichens… Ils ont dû le descendre par le monte-charge… A l’aube… Navrant…
    – D’où venait-il, ce client rêveur et distrait ?
    – De Charleville-Mézières.
    – Hum… Je vois… C’est vers l’Aisne.
    – Il faut dire qu’il était vraiment bizarre… Il parlait d’aller rêver en hiver dans un petit wagon rose… C’est peut-être pour ça qu’il n’avait plus besoin de son bateau…
    – Je ne savais pas que la SNCF avait des wagons roses !
    – C’est comme je vous dis, monsieur le commissaire… C’était un rêve étrange, lui aussi… Alors, forcément, il en a parlé à l’autre… Un drôle de pistolet, allez !

  14. ourcqs dit :

    Il était valet de chambre dans un grand palace. Chargé de faire le tri entre les bons et les mauvais rêves, 
laissés par les clients dans les chambres . La direction lui accordait toute sa confiance. Grâce à son savoir-faire, les stars de passage pouvaient dormir tranquilles. Jusqu’au jour où il commit une regrettable erreur…

    Il avait testé cet emploi pour explorer les fantasmes refoulés de toutes ces images de pub et couvertures de revues.
    Il s’était bien amusé en découvrant les angoisses esthétiques , vestimentaires, érotiques ou amoureuses de nouvelles starlettes . Très ému par la peur de vieillir d’actrices ou d’acteurs ayant beaucoup joué, il faisait des choix pour rassurer, escamoter les regrets. Les hommes d’affaires le troublaient avec leurs pulsions de pouvoir, conquêtes infinies, mais il trouvait le moyen de sublimer, positiver. Une ambiance zen régnait toujours dans ses étages. Mais il commença à s’ennuyer, il avait de plus en plus de mal à fouiller dans tous ces rêves, à masquer la réalité, à faire vivre dans de folles illusions . IL ne supportait plus l’artificiel, et décida de mettre fin à ce drôle d’emploi. Il ne voulait pas devenir un contrôleur, manipulateur des pensées souterraines . Il mélangea les rêves de ce beau monde troquant les aspirations légères de certaines avec les problèmes d’âge, de puissance, de remise en question, doute.Tous ces délires en vrac le submergeaient. Il s’attendait à des réveils difficiles, des mines fripées, colères, incompréhension … , et ne fut pas déçu. L’atmosphère avait changé, et au grand dam de la direction les plaintes s’accumulaient. Il s’éclipsa sans bruit et disparut, pour toujours ???
    On découvrit, quelques mois plus tard, la publication d’un livre étrange racontant son expérience, certains, parait-il, se reconnurent ????

  15. Grumpy dit :

    Au Paris Palace Hôtel, les stars dormaient tranquilles et posaient sans crainte leurs têtes sur les moelleux oreillers. Elles y laissaient sans arrière-pensée leurs bons ou mauvais rêves sachant que Félix viendrait les récupérer : discrétion assurée, personne n’incarnait mieux que lui la légendaire formule : « tout voir, tout entendre, rien dire». C’est ainsi qu’il collecta des milliers de rêves dont voici quelques-uns :

    Parmi les bons rêves on trouvait :

    – Marylin : JFK lui demandant de l’épouser
    – Ava : la comtesse aux pieds nus rechaussant enfin ses escarpins
    – BB : production de foie gras prohibée, fermeture définitive des abattoirs
    – Kim K : retrouvant son diamant coincé entre ses seins
    – Taylor : Burton la demandant en mariage pour la 3ème fois
    – Lennon : ‘Imagine’ devenant réalité …

    Et dans les mauvais rêves :

    – James Dean : les freins de sa Porsche ne répondant plus
    – Dalida : craignant que chanter ‘je suis malade’ ne lui porte malheur
    – Romy : constatant la piscine vide et Alain parti avec l’eau du bain
    – Cloclo : comme d’habitude pétant les plombs
    – Gainsbarre : regardant son inspiration se noyer dans du 51
    – Mireille : attaquée par les 1.000 colombes auxquelles elle a tant cassé les oreilles

    Etc ….

    Le dernier bagage emporté par le groom, la limousine à peine partie, Félix se précipitait dans la chambre désertée où il se délectait des effluves de la star flottant encore quelques instants. Il glissait sa main sous l’oreiller pour y glaner les rêves abandonnés à ses bons soins, accompagnés parfois de quelque billet caché là avec tact.

    Il déposait délicatement ces rêves dans un carton à chapeau décoré d’étoiles qu’avait un jour oublié Garbo. Quel bonheur pour lui de sortir de son casier de service sa boîte aux rêves pendant ses moments de repos. Son imagination l’envolait très très haut, jusqu’au ciel du 7ème Art. Jusqu’au jour où il commit une regrettable erreur.

    Appelé précipitamment en étage pour le service d’un nouveau pensionnaire prestigieux (Marlon, rien que ça !), il oublia son casier ouvert. De retour, il constata effaré qu’il avait été fouillé, horrible catastrophe : la boîte à rêves avait disparu. Elle fut signalée retrouvée dans les journaux au bout de quelques jours, et comme si cette disgrâce ne suffisait pas à son effondrement, voilà que les rêves étaient publiés dans l’ignoble revue « Secrets de Stars ». Et de la pire manière : tout mélangés. Ce qui donnait :

    – BB recueillant les 1.000 colombes lâchement abandonnées par Mireille
    – Lennon : chanté par Gainsbarre complètement bourré
    – Romy : obligée d’enfiler les escarpins trop grands d’Ava
    – Kim K : voyant Burton offrir ‘son’ diamant à Liz
    – James Dean : payant son rôle de délinquant dans la Fureur de vivre sur la chaise électrifiée par Cloclo
    – Marylin : rendant son dernier souffle en murmurant ‘je suis malade’ pendant que Dalida ointe de N°5 rejoignait un président dans son lit.

    Finis les rêves bons ou mauvais, maintenant il ne rêvait plus qu’un cauchemar.

    • Blackrain dit :

      J’adore le jus acide de ces rêves mélangés, le zeste de Lennon pour accompagner le bar d’eau, l’epitre des « oiseaux » selon Mathieu, les souliers Dewaere pour Romy, mais pas les bijoux de famille de Kim car là « chiant ».
      Bravo !

  16. Nadine de Bernardy dit :

    Du palace te voilà banni
    Qu’as tu donc fait ?
    Valet trieur de rêves

  17. Odile Zeller dit :

    Maurice est valet de chambre en chef depuis 30 ans à l’hôtel de Russie. Hier confusion générale arrivée d’un mariage saoudien et départ de trente couples de cowboys albertains. Et la la fiche destinée à être purgée a été transmise à la jeune fiancée saoudienne. Une fiche cotée 10 sur l’échelle erotique de Maurice. Le lendemain il comprend sa bévue à l’affolement de la femme de chambre. Elle a trouvé la jeune princesse nue et racontant avec force gestes évocateurs sa nuit à sa suivante.
    Maurice désespéré écrit sa lettre de démission. Le Directeur ne lui en laisse pas le temps. Rouge et essoufflé il entre dans le placard qui sert de bureau au majordome. Maurice Maurice les saoudiens rachètent l’hôtel….salaires doublés doublés mais une condition vous formez leur intendant à votre mode de gestion, vos fiches. C’est oui n’est-ce pas Maurice j’ai dit oui piur vous !

  18. Laurence Noyer dit :

    C’était un jour de grand ménage
    Le valet de chambre eut une idée :
    Le méticuleux écrémage
    d’un tas de rêves périmés

    Il croisa un éléphant dans le hall central

    Dans une chambre isolée
    depuis longtemps inoccupée
    il tenta d’ouvrir le tiroir
    d’une commode style Dérisoire

    Il vit Napoléon dans le miroir

    Le meuble était cadenassé
    Ce qui, chez notre valet
    éveilla la curiosité.
    Il partit donc chercher la clé

    Il rencontra un gladiateur dans le couloir

    Quand enfin, du sésame pourvu
    dans la pièce il réapparut
    de ses yeux il ne l’a pas cru;
    La commode avait disparu.

    Des spaghettis tombèrent du plafond

    C’est incroyable, pensa-t-il
    C’est un cauchemar ou j’hallucine,
    Ouvre les yeux, réveille-toi !
    Et de ton rêve tu sortiras.

    C’est ce qu’il a fait, ma foi !

  19. Odile Zeller dit :

    Je crois que j’ai créé un doublon mais je ne vois rien desolee

  20. Odile Zeller dit :

    Maurice etait valet de chambre en chef à l’hôtel de Russie à Rome depuis 30 ans. Il veillait à la fraîcheur des bouquets, chassait la,moindre poussière et s’assurait du bon réassort des boissons dans les minibars. Tout devait être parfait. Une autre mission, secrète celle ci lui revenait. Elle avait fait peu à peu la notoriété du palace. La qualité du sommeil et des rêves était hors pair. Pour ce faire Maurice avait le secret des fiches établies à l’arrivée de chaque client et qu’il détruisait à son départ. Ce jour là un mariage saoudien croisait une trentaine de couples canadiens de l’Alberta. La fatigue aidant Maurice effectua une erreur de manipulation et la jeune fiancée se vit attribuer par erreur la fiche d’un canadien, un ancien cowboy, époux de la ministre des finances. Le couple, (fiche numéro 71 pour lui et 70 pour elle) souvent épuisé au retour de mondanités répétées ne connaissait plus l’enthousiasme de leurs années de fiançailles. Maurice avait donc dédié au 71 une série de rêves étalonnée 10 sur l’échelle mauricienne des rêves, le seuil maximal d’érotisme. C’est cette fiche qui par un clic malencontreux avait été attribuée à la jeune fiancée saoudienne.
    Maurice ne réalisa son erreur qu’en cours de matinée quand Maria, l’une des femmes de chambre accourut affolée. Monsieur Maurice la princesse, elle circulait nue dans la suite et après quand je l’ai couverte d’un peignoir, elle racontait en arabe des choses à sa suivante avec des gestes, oh, des gestes !!! Quand il la croisa, Maurice put juger à quel point la jeune femme semblait transformée. Elle roulait les hanches et derrière son voile essayait a tout instant d’accrocher les regards masculins sur elle. Le fiancé quant à lui semblait s’étonner de cette tenue inhabituelle de la princesse tout en cherchant à l’enterrer plus amoureusement. Maurice s’enfermanalors dans son bureau pour rédiger sa lettre de démission. Quelques minutes plus tard le directeur de l’hôtel entra sans même frapper. Ah Maurice vous voilà, mon cher Maurice, les Saoudiens…
    je sais … laissez moi terminer Maurice … sont si contents de … qu’ils veulent acheter l’hôtel. Vous me suivez Maurice. Nos salaires seraient doublés ! Oui doublés ! Mais ils mettent une condition que vous formiez leur intendant à vos méthodes. Une mission d’un an la bas avec un salaire… vous n’avez pas le choix Maurice, sans vous, sans toi Maurice … une chance pareille !!! C’est oui, n’est-ce pas ! Eh bien Maurice…

  21. durand dit :

    Il était valet de chambre dans un grand palace. Il aurait préféré valet de cœur dans un petit hôtel de bout de rue, face à la mer.

    Chargé de faire le tri entre les bons et les mauvais rêves, laissés par les clients dans les chambres, certains jours,il ramait.

    La direction lui accordait toute sa confiance. Elle ne savait plus rien des rêves….pour elle juste un gros matelas de billets.

    Grâce à son savoir-faire, les stars de passage pouvaient dormir tranquilles. Ce n’était pas bien épuisant pour lui. Il évacuait tous les bouquets de fleurs, les empotés de la gloire et déposait juste au fond d’une armoire une goutte d’huile de lavande.

    Le lendemain, au lieu d’une limousine, il leur proposait un petit tour à vélo.

    Il existe toujours un moment de la vie où il fait bon pédaler, écouter la puissance de ses mollets, la douceur de cette chaîne là, docile, transmettant l’indolence de la tête à l’élégance de la cheville.

    Il faisait si bon d’aplanir les côtes, d’escalader les falaises des pavés.

    Jusqu’au jour où il commit une regrettable erreur. Il monta le vélo dans la chambre.

    On le trouva, en extase, aspergeant les luminaires de litres d’huiles odorantes, une starlette sur le porte bagage. Ca fumait partout, dans la pièce et dans sa tête.

    La direction lui dégota un lieu momentanément extensible en maison de repos, au bout d’une rue, dos à la mer, face à la dune.

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