1 avis sur écrit est souhaité par D Majkowski

1-avis-sur-ecritD’après une idée originale de : « Assis dans la rangée du fond, j’assistais au mariage de la femme de ma vie. Avec un autre. » (Harlan Coben, Six ans déjà, éd. Belfond).

Assis dans la rangée du fond, j’assistais au mariage de la femme de ma vie. Avec un autre. Carole était là, magnifique dans sa robe ivoire. Le décor était tel que nous l’avions rêvé et pourtant, je n’étais pas à ses côtés.

Pourquoi un autre, qui me ressemblait, avait-il pris ma place et si vite ? Tout se bousculait dans ma tête et il me semblait que tout avait commencé hier : le début de notre histoire comme sa fin.

Carole et moi, nous nous étions rencontrés de la manière la plus romantique qui soit. Elle voyageait dans le nord pour oublier un chagrin d’amour, elle s’arrêtait dans les villes dont la consonance lui plaisait ou parce qu’une affiche de spectacle l’interpellait. Ostende, Bruges, Bruxelles… un concert Mozart, un parcours musical dans le domaine d’un château réputé….

Moi, je vivais dans une petite ville de province. Petite ville très agréable, célèbre par ses spécialités culinaires et son folklore. Une déception amoureuse plombait mon cœur.

En cette fin d’été, une bourgade voisine rassemblait une foule mélomane pour un concert dans un cadre de toute beauté : les ruines d’une abbaye cistercienne plantées au milieu d’un océan d’arbres séculaires. Une nuit magique s’annonçait.

Elle faisait partie de la foule, déambulant au gré des extraits musicaux. Moi aussi, je faisais partie de cette même foule.

La nuit tombait et des milliers de bougies s’allumaient, soulignant les allées. Des flambeaux éclairaient les espaces où des tables nappées de blancs offraient coupes de champagne et petits fours.

Le plan dans une main, ma coupe dans l’autre, je me dirigeai vers l’ancien réfectoire des moines où une chorale slave s’installait pour chanter quelques compositions mozartiennes. Appuyé contre un pilier, j’observais les chanteurs – qui, soit dit en passant, semblaient complètement perdus – et, de temps à autre, je regardais les spectateurs. Je la vis d’abord de dos: une petite silhouette assez nerveuse, sans cesse, une main rejetait une mèche de cheveux blond derrière l’oreille…. Je me déplaçai lentement afin découvrir son visage. Elle se déplaça aussi et je ne vis que son dos.

Les spectateurs se firent plus nombreux et je décidai de profiter de ce mouvement pour me rapprocher : mes yeux ne quittaient pas la tache rouge de son manteau.

Enfin, j’étais derrière elle, impatient de voir son visage. Le concert commença poussivement… une première fausse note, un murmure …quelques mesures, une deuxième fausse note… murmures … sa main se leva, hésita, elle remit une mèche de cheveux en place et haussa les épaules. Le concert n’avait plus rien d’un concert, les spectateurs semblaient atteint de je ne sais quels tics, les visages se tournaient les uns vers les autres, les murmures se transformaient en critiques acerbes. Je profitai de ces instants pour me glisser à ses côtés, elle ne s’en aperçut pas. J’entendis cependant ce qu’elle murmurait : « C’est Mozart qu’on assassine une … » … « deuxième fois… » terminai-je.

Elle tourna la tête vivement, me jeta un regard glacial .Trop tard, j’étais tombé sous le charme de cette colère quasi enfantine. Je m’étonnais car habituellement, c’est un sourire charmant, une fossette, un rire qui fait craquer…non pas un regard d’acier.

Qui de nous deux oserait prendre la parole ? Un silence irréel, un éclair, un coup de tonnerre et la pluie inonda la foule et nos sentiments. De Mozart, il ne restait que sa magie. D’une voix douce, elle me dit :

– « Je m’appelle Carole, et vous ? »

– « Étienne »

– « Allons ailleurs, à l’abri, il y a des chanteurs corses, j’aime ce groupe et leurs polyphonies. »

C’est ainsi que notre histoire a commencé. Il n’y avait plus qu’elle. Elle et moi. Elle et moi et le monde que nous allions découvrir.

Durant deux mois, nous avons vécu avec un seul obstacle entre nous : une valise ! Et celle-ci contenait comme seul secret, les trésors cachés que révélait un guide touristique. Nous partions aussi à la découverte l’un de l’autre.

La réalité se rappela à nous par une date : celle de reprendre nos occupations. Elle repartit vers le sud, moi, je restai dans le nord. La distance ne serait pas un obstacle insurmontable car il y avait Internet, les avions et le TGV.

Au gré des congés, nous nous retrouvions et c’était pour repartir vers l’une ou l’autre destination.

Ce fut à mon tour de venir auprès d’elle. Sous le ciel de Provence. Elle habitait dans un petit village qui avait gardé tout son charme moyenâgeux. Sa maison était mignonne, entourée de fleurs et d’oliviers.

Chaque jour nous offrait des plaisirs allant du plus petit au plus gigantesque : déambuler dans les allées du petit marché, s’émerveiller devant les merveilles et les chaos de la nature. Complices, attablés à une petite table de bistrot à siroter un vin blanc… complices de jour comme de nuit.

Si ce n’était pas cela le bonheur, je ne savais pas comment le décrire autrement !

Nous étions heureux dans notre duo et nous commençâmes à parler de demain, d’après demain et plus encore ! Nous partagions les mêmes idéaux, nous avions les mêmes envies.

Cependant, quelques obstacles nous faisaient encore trébucher. Qu’en serait-il de nos activités professionnelles ? Et où allions-nous nous établir ?

Nous passions nos soirées à établir des plans, à analyser objectivement les avantages et les inconvénients. L’indécision s’installait de plus en plus confortablement.

Et ce fut alors que l’inespéré, l’insoupçonnable, l’inattendu arrivèrent sous forme d’une mutation accompagnée d’une promotion. Ma boîte ouvrait une succursale dans le sud. A moi de la faire tourner.

Plus question de peser le pour ou le contre. Les dieux ou je ne sais quelle fée s’étaient mêlés à notre bonheur.

Imperceptiblement, notre vie changea. J’étais souvent pris par des réunions sans fin et le dernier verre qui soulignait l’une au l’autre réussite. En réponse, après ses journées de travail, Carole passait plus de temps avec ses amies, à visiter des expos, à assister à des concerts ou répondre aux inaugurations.

A elle le culturel.

A moi, le professionnel

Nous n’étions plus un duo, mais un trio : elle, ma boîte et moi.

Désormais installés, maison avec jardin et amis communs, nous étions devenus un couple comme les autres. Les week-ends étaient ponctués de soirées entre amis.

Ce fut lors d’une de ces soirées qu’Elle arriva. Sosie de Louise Brooks . J’en restait bouche bée : la même coiffure, le même regard, la même moue et la même allure. M’approchant d’elle, je fus envoûté par son parfum… Loulou.

Carole arriva près de nous et nous dit de sa voix douce :

« Ah, je vois que vous venez de faire connaissance… Etienne, je te présente mon amie très chère Loulou. Nous ne nous voyons pas souvent, mais … »

Des éclats de rire nous rappelèrent auprès de nos amis et je ne sus jamais ce qui devait venir après le « mais ».

Au cours de la soirée, je faisais de mon mieux pour ne pas regarder Loulou et je crois qu’elle faisait les mêmes efforts malgré un sourire mystérieux. Au moment du départ, elle me glissa un petit carton dans la main que je glissai aussitôt dans une poche de mon jean’s.

Dès le lendemain, je dus me rendre à l’évidence. J’étais obsédé par Loulou. Qui était-elle ? Pourquoi nous étions-nous sentis attirés avec une intensité diabolique ?

Je changeais et Carole s’en rendit compte par des détails que je croyais naïvement invisibles.Je prenais un peu plus de temps à répondre à une question anodine, je refusais une sortie arguant une réunion ou un coup de fatigue. Je partais un peu plus tôt, je rentrais un peu plus tard accompagné d’une haleine quelque peu parfumée…De temps à autre, j’évoquais la soirée « Loulou » sans mentionner son prénom, bien sûr…

Jusqu’alors, je n’avais pas déplié le petit carton. Et ce soir-là, après avoir avalé un whisky – ce qui n’était pas habituel – je pris le carton et le dépliai.

Une date, un lieu, un numéro de portable.

Une date : demain.

Un lieu, à peine à 30 minutes de voiture.

Une nuit infernale….à me battre et me débattre contre mes démons. J’étais ainsi. Au milieu d’un grand bonheur, je ne parvenais pas à me détacher d’un doute… n’y a-t-il pas ailleurs un bonheur encore plus vaste que je risquais de perdre…

Au matin, je partis comme d’habitude au travail, expliquant en long et en large à Carole que ma journée serait harassante et déterminante pour le succès de l’entreprise.

Elle le fut effectivement, mais un simple coup de téléphone, discrètement donné vers midi, me permit d’assumer avec brio et d’attendre avec impatience la tombée du jour.

Je téléphonai à Carole pour l’informer que je rentrerais tard car nous allions fêter cette journée mémorable dans un  relais-château  des environs. Trois heures plus tard, un nouvel appel pour la prévenir que j’avais oublié de compter les verres et qu’il valait mieux que je reste sur place. Ce qu’elle approuva immédiatement.

Le danger ne venait pas de quelques verres de trop, mais de la présence de Loulou….

Le lendemain, je rentrai chez nous aux heures habituelles. Rien n’avait changé. La maison était illuminée par le sourire de Carole et la lumière dorée de cette fin de journée. J’avais apporté, comme bien souvent, un bouquet de fleurs. Dérogeant à mes habitudes, j’avais choisi des lis blancs.

Carole me regarda… je crus percevoir un sourcil se hausser légèrement… Elle posa le bouquet sur la table et nous nous enlaçâmes…

La soirée, piquée d’étoiles et du crissement des grillons, fut aussi belle que toutes nos autres soirées.

Rien n’avait changé…

Rien ? Vraiment ? Non, rien…

Carole n’avait pas changé. Elle était toujours aussi merveilleuse.

Moi, je n’avais pas changé non plus….j’avais répété une fois de plus ce qui me conduirait à la rupture.

Le lendemain matin, je me réveillai avec une sensation étrange, j’étais seul dans le lit…j’appelai Carole et le silence, le vide me répondirent.

J’ouvris le dressing, tout était là. Bien ! Je regardai par la fenêtre, sa voiture était là. Bien !

Elle buvait son bol de café, assise sur une grosse pierre, au soleil….

Je m’approchai d’elle, me penchai pour l’embrasser dans le cou et je frissonnai… sur la soucoupe, un petit carton….

Lentement, elle se retourna et me dit d’une voix sombre…

« Salaud »

Je savais ce qu’il me restait faire. Partir.

Des jours et des mois.

Elle, à surmonter cette trahison.

Moi, à tenter d’assassiner mes démons.

Un an plus tard, ma secrétaire apporta le courrier du jour au-dessus duquel était posée une enveloppe fermée.

« Ouvrez-la  et lisez» lui demandai-je.

C’est ainsi que je me retrouvai assis dans la rangée du fond, j’assistais au mariage de la femme de ma vie. Avec un autre.

Un tapotement léger sur mon bras me fit sursauter…

« Étienne, voulez-vous prendre pour épouse Carole, ici présente…. »

Je me retournai, la rangée du fond était vide.

15 Responses

  1. Miel dit :

    Je suis de l’avis de Fanny et de Françoise. Je n’ai pas compris non plus, la fin de votre nouvelle même si, par son style simple, elle était agréable à lire. Fin que pour nous lecteur, nous sommes libres d’interpréter à notre aise. C’est le principe de la lecture, l’auteur suggère, le lecteur dispose… Il n’aime pas qu’on lui explique.
    Je suis de l’avis également de Pascal, vous demandez un avis sur votre texte et vous vous justifiez… Acceptez… L’écriture va de pair avec l’humilité… il ne faut pas accorder une importance démesurée à ce que l’on écrit… Cordialement,

  2. Fanny dit :

    J’ai beau relire cette nouvelle mais, désolée, je ne la comprends pas. Le fait que vous soyez obligée de l’expliquer ligne par ligne prouve qu’elle est confuse. Pascal a raison : si vous demandez des avis c’est pour en avoir, non ? La critique négative ou positive est toujours constructive. Cordialement. Fanny

  3. Françoise - Gare du Nord dit :

    A l’attention de DM
    je souhaiterais répondre à votre remarque suivante « Permettez-moi également de rebondir sur le terme « empathie ». je n’ai jamais parlé d’empathie mais de style parfois emphatique

    en revanche, j’accepte très bien votre seconde remarque sur le rêve prémonitoire. Il ne s’agissait de ma part que d’un ressenti et j’avais bien précisé que vous pouviez « rectifier et préciser son « votre  » intention

  4. DM dit :

    Waryam :
    Vous avez effectivement posé la bonne question.

    Dès lors, permettez-moi de remonter le fil des avis.

    A Beautreillis :
    Je peux comprendre ce regret. Néanmoins des contraintes étaient posées pour l’écriture de cette nouvelle :
    – un concours de nouvelles,
    – titre imposé
    – texte devant commencer impérativement par cette phrase extraite d’un roman de Harlan Coben.
    – longueur : 10 000 caractères.

    Waryam :
    Les rêves et prémonitions ont, de tous temps, interpellé l’homme.

    Françoise :
    Naïve, je le suis certes et candide et je le revendique !
    Que cette histoire d’amour soit conventionnelle, pourquoi pas ? Que voulez-vous, je suis candide !
    Que cette histoire d’adultère soit conventionnelle, pourquoi pas ? Que voulez-vous, je suis naïve !
    Que l’histoire soit banale, pourquoi pas ? Mais la banalité révèle parfois des charmes insoupçonnés !
    En revanche, que vous proposiez le titre « Chronique d’un divorce annoncé », je ne puis adhérer.
    Aucun indice ne laisse penser – ou croire – que ce rêve soit prémonitoire. La dernière phrase, en rupture avec la première marque le décalage entre rêve et réalité.
    Permettez-moi également de rebondir sur le terme « empathie ». Il me semble qu’une des fonction de la lecture « pour le plaisir » est d’inviter le lecteur à se laisser guider sur les chemins de l’auteur … et non de vouloir y trouver ce que l’on veut (y trouver)

    Anselme :
    Style ampoulé : critiqué et critiquable
    Style simple : critiqué et critiquable
    Mais où donc se cache le style juste ?

    Durand JM :
    Quel joli paradoxe !

    Waryam :
    Ce texte nous fait voyager du rêve à la réalité tout simplement. Non… Etienne n’a pas trompé Carole !
    1° ligne du récit : début du rêve ;
    « Carole et moi….jusqu’à le venue de Loulou » : la réelle histoire d’Etienne et Carole.
    « Jusqu’alors, je n’avais pas déplié le carton »…le rêve se poursuit.
    « Un tapotement… » retour à la réalité (demande de consentement) confirmé par la dernière phrase…

    Françoise :
    Désolée de vous contredire, ce n’est pas un rêve prémonitoire, c’est l’histoire d’un futur jeune marié qui a une seconde distraction , décrite très longuement, très banalement somme toute…

    DM

    • Perrat Pascal dit :

      Un avis n’est pas une vérité mais une opinion.
      Si vous demandez un avis sur votre écrit attendez-vous à ce que cela ne vous fasse pas toujours plaisir, c’est le jeu.
      Quand une personne donne son avis à une autre il ne s’agit pas d’un rapport de maître à élève.
      Publier un texte, ici, c’est accepter l’idée qu’il ne sera peut-être pas apprécié par certains lecteurs.

      Profitez des critiques ne les subissez pas.

      Amicalement.

    • waryam dit :

      C’est effectivement ce que j’avais compris, et c’est pourquoi j’avais utilise le terme cauchemar dans ma premiere reflexion et c’est ce que j’ai le plus apprécié dans votre écrit.

  5. Françoise - Gare du Nord dit :

    C’était, selon moi, un rêve prémonitoire. Donc il n’avait pas encore trompé sa femme mais tout ce qui est narré va se produire. Mais évidemment, D.Majkowski peut rectifier et préciser son intention

  6. waryam dit :

    Est-ce qu’on a compris la même chose? Est-ce que le narrateur rêvait ou est-ce qu’il avait vraiment trompé sa fiancée?

  7. Durand Jean Marc dit :

    J’allais dire…et puis zut, je le dis: « Tout ça pour ça! »

    Beaucoup….beaucoup trop peu…de tout!

    Sans rancune!

  8. Anselme dit :

    D’accord avec Gare du Nord. Histoire banale, style simple, pas très original dans l’ensemble.

  9. Françoise - Gare du Nord dit :

    La longueur aurait pu me décourager mais je suis facilement entrée dans votre récit et j’ai poursuivi la lecture même s’il s’agit d’une histoire d’amour et d’adultère conventionnelle

    Votre texte souffre surtout du style le plus souvent simple quelquefois naïf mais également parfois emphatique

    J’ai lu les commentaires de Beautreillis et Waryam, alors je m’attendais à une histoire moins banale, quelque chose de l’ordre du fantastique ou de la frayeur, donc j’ai été un déçue par sa banalité

    Ceci dit, j’ai beaucoup aimé la chute et trouvé que c’était une bonne idée d’emprunter les toutes premières lignes d’un roman pour partir ensuite sur une tout autre histoire

    Votre histoire aurait pu s’appeler « Chronique d’un divorce annoncé »

  10. waryam dit :

    Des cauchemars comme celui là peuvent sauver des vies.

  11. A Beautreillis dit :

    Belle histoire d’amour. Dommage que ce soit inspiré par Coben.

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