327e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

Nous vivions sur un trait, nous étions heureux.
Notre union faisait des envieux.
Mon père m’avait pourtant mis les points sur les i
Mais je n’ai rien vu venir…

Laissez courir votre imagination sur quelques lignes

22 Responses

  1. Françoise - Gare du Nord dit :

    Nous vivions sur un trait, nous étions heureux. Notre union faisait des envieux.
    Mon père m’avait pourtant mis les points sur les i
    Mais je n’ai rien vu venir…

    Nous étions tout heureux à notre bonheur, certains que le trait d’union qui nous liait était indestructible et notre relation s’annonçait alors éternelle.
    Et pourtant, si j’avais été plus vigilante, je me serais bien aperçue que tout n’était pas si rose.

    Tout d’abord, son poste de commercial dans l’agro-alimentaire, ce n’était avouons-le que du bla-bla.Tout y allait cahin-caha quant au reste, c’était couci-couça.

    J’en avais fait un demi-dieu mais je m’aperçus bien tard que ses grands discours sur l’éco-énergie ne résistaient pas lors de nos face-à-face où je le trouvais un peu gnan-gnan.

    Vanter des crèmes hyper-hydratantes ne l’empêchait pas d’être un infra-intellectuel, mon Jean-Jacques. Ni un physique d’ailleurs, rien à voir avec un King-Kong qui ne m’obligerait pas le soir à éteindre la lampe-livre si vous voyez ce que je veux dire.

    Finalement un homme mini-Mir mais qui fait le minimum, un peu neu-neu et même, n’ayons pas peur des mots, carrément Oui-Oui.

    Son physique passe-partout lui permettait curieusement de faire du porte-à-porte alors que je m’escrimais à lui confectionner des quatre-quarts. Une vie ron-ron.

    Sans-le-sou, nos tête-à-tête étaient loin d’être ultra-unanimes. Nous commencions inconsciemment à ne plus supporter nos vis-à-vis.

    Aurait-il une inclination,pour sa nouvelle stagiaire d’origine asiatique, si jeune et si douce, prénommée Wang-Wang à moins que ce ne soit Xing-Xing ?

    Cette question me hante, mon moral fait du yo-yo et mes pensées partent en zig-zag.

  2. PEGGY dit :

    Nous vivions sur un trait, nous étions heureux.
    Notre union faisait des envieux.
    Mon père m’avait pourtant mis les points sur les i
    Mais je n’ai rien vu venir…

    Notre famille s’était installée confortablement sur ce trait que j’avais dessiné sur une page blanche. Il était d’une longueur et d’une largeur suffisante pour être l’un contre l’autre sans nous gêner.

    Papa trouvait que c’était dangereux et que nous aurions dû choisir une feuille quadrillée. Il me le répétait sans cesse alors je lui répondais avec les accents sur les « e » et les barres sur les « t » que j’étais sûr de mes calculs. Nous ne risquions rien.

    Notre union faisait des envieux car nous étions les seuls à ne jamais nous séparer. À deux nous ne faisions qu’un.
    Ce « un » devint plusieurs et c’est à ce moment là que les problèmes arrivèrent.

    Des jumeaux, turbulents qui adoraient galoper sur le trait avec toujours un pied dans le vide, si bien qu’un jour ils perdirent l’équilibre, se rattrapèrent in extremis mais gardèrent pour toujours la tête en bas de « p » ils devinrent « b ».

    Papa haussa les épaules et les envieux en profitèrent pour se gausser.

  3. Joe Krapov dit :

    NEUF DE CHUTE

    Nous vivions sur un trait, bien centrés en haut de la page. On était les deux U, un A, un E et Hélène M. qui faisait notre pub sur son FB.

    Petit à petit on avançait. Notre union faisait des envieux. Tout le monde nous regardait émerveillé. On était à deux doigts de tutoyer les étoiles.

    Le trait était d’acier solide. Il courait du bord gauche au bord droit de la feuille. Il fallait juste ne pas tenir compte de la hauteur : on était quand même à plus de 25 centimètres du sol. Bien sûr, pour vous ça ne semble rien mais pour nous c’est quand même cinquante fois notre hauteur.

    Le seul problème qu’on avait c’était ce balancier qui changeait tout le temps. Mon père m’avait mis les points sur les i : « Un i à chaque bout et tiens bien le mot en son milieu ! ».

    Quand on a eu « interverti », je me suis bien agrippé au R et au V.

    Avec « Iphigénie », c’était plus difficile : j’ai pris le balancier par la queue du G mais ça penchait à gauche à cause du poids de la majuscule. J’ai donné un coup dans l’L avec N et ça a rétabli la situation.

    Avec « Ouistiti », Illogisme » et « Mississippi » on tenait encore la route.

    Mais quand le balancier est devenu « Icare » puis « Vertige » il y a eu du tangage. On a dû se raccrocher à l’ « Inaccessible ». Aussi bizarre que ça puisse paraître ça nous a stabilisés pour un temps.

    Ensuite le scénariste-démiurge a bien triché : le balancier s’est transformé en « spaghetti », en « canelloni », puis en « déséquilibre » et enfin en « dégringolade ». Fatalement, on a perdu les points des i, on a basculé dans le vide et on s’est écrasés au sol.

    Là on s’est regroupés. B était tout écrasé, les U s’étaient fait mal au cul et le M était tout tordu. Avec ce qui nous restait de voix on a crié : « Au secours ! Pompiers ! Ambulance ! A l’aide ! A lettres ! Un FUNAMBULE à la ramasse ! ».

    Mais on était au bas de la page. Il n’y avait absolument personne dans les parages à part un tout petit numéro qui n’était même pas de cirque.

    On a crié encore : « On veut remonter là-haut ! ».

    On a crié, crié, pleuré. Mais je n’ai rien vu venir.

  4. Jean-Pierre dit :

    Le trait de côte

    Nous vivions sur un trait, nous étions heureux.
    Mon père avait acheté cette jolie maison près de la mer, sur le trait de côte. Il avait pris soin de construire une digue pour la protéger des tempêtes qu’il y a parfois en hiver.

    J’y passais tous mes étés avec ma chérie. Notre union faisait des envieux.
    Quel bonheur d’arriver sur la plage dès qu’on est en bas de l’escalier !
    Nous étions les seuls à avoir ce privilège. Les voisins avaient leur maison derrière la dune. Cette dune était en pente raide, et ils devaient l’escalader pour accéder à la plage.

    Mon père m’avait pourtant mis les points sur les i. « Attention, fiston ! Une tempête un peu plus forte que celle de l’année dernière un jour de grande marée, et c’est l’inondation ! Autre chose : méfie-toi du voisin, c’est un envieux ! »
    Toujours pessimiste mon père. Il passait son temps à me raconter que le trait de côte reculait d’année en année, et me citait toujours la triste histoire de la résidence « Le Signal » que les habitants ont dû évacuer parce qu’elle va bientôt s’écrouler.

    Travaillant à Paris, où je restais presque toute l’année, je n’allais au bord de la mer que pendant les mois d’été J’avais chargé le voisin de surveiller la maison, et de m’avertir au cas où il y aurait un problème.

    Mais ce problème est arrivé, et je n’ai rien vu venir…
    Le voisin avait omis de me dire que ma digue commençait à se fissurer.

    Un jour, je reçois une lettre à en-tête de la mairie qui m’annonce que ma jolie maison s’était écroulée à la suite de la tempête Leiv, et qu’il était désormais interdit d’y pénétrer.

    Je suis allé voir sur place. Ce salaud de voisin m’a annoncé qu’il acceptait de me louer un emplacement pour une tente sur son terrain au sommet de la dune.
    « Comme ça vous pourrez voir ce qui reste de votre maison » m’a-t-il dit.

    Maintenant, je suis en prison pour meurtre. Et ma chérie est partie chez le voisin.

  5. Emmi dit :

    Nous vivions sur un trait, nous étions heureux.
    Notre union faisait des envieux.
    Mon père m’avait pourtant mis les points sur les i.
    Mais je n’ai rien vu venir…
    Il m’avait bien dit qu’il fallait savoir mettre la barre sur les t.
    Sinon ça risquait de devenir une exclamation !
    Je ne m’attendais pas à vivre avec un tréma, ni un circonflexe.
    Non, je n’attendais pas la perfection.
    Mais, même en évitant les accents,
    Je ne pensais pas que d’un trait, cette union frôlait de finir barrée…
    Cependant, grâce à cette petite apostrophe, on a finis encore mieux soulignés !

  6. françoise dit :

    Nous vivions sur un trait, nous étions heureux.
    Notre union faisait des envieux.
    Mon père m’avait pourtant mis les points sur les i
    Mais je n’ai rien vu venir…
    en effet ma femme ou plutôt mon ex-femme qui avait un profil jeune et des traits agréables
    après m’avoir traité de façon inélégante
    me dit qu’elle s’était entichée d’un trait d’union
    c’était un de ses traits de caractère d’être volage
    Empruntant une diagonale elle était allée
    rejoindre son nouvel amant sur la tête d’un polygone
    moi je repartis au Trait (76) mon pays d’origine
    tout en me disant qu’on n’est jamais si bien traité que par soi-même
    et qu’il faut savoir tirer un trait sur son passé
    j’oubliais la traîtresse et m’installai sur un nouveau trait
    parallèle à celui-ci , je tirai des points de suspension…..

  7. Clémence dit :

    Nous vivions sur un trait, nous étions heureux. Notre union faisait des envieux.
    Mon père m’avait pourtant mis les points sur les i. Mais je n’ai rien vu venir…

    Nous vivions sur un trait, nous étions heureux.

    Notre union faisait des envieux car ce trait qui nous unissait, cette ligne de vie était d’un noir profond, velouté, absolu,.

    Notre union faisait des envieux car il fallait être expert pour lui donner ce tracé impeccable, symétrique et asymétrique à la fois. Mais ce tracé enfin maîtrisé assurait gloire et succès, le monde aux pieds et tapis rouge déroulé.

    Mon père – en fait, son père- lui avait pourtant mis les points sur les i.
    – Tenue irréprochable en toutes circonstances. Approuvé, signé, acté.

    Elle avait accepté et nous aussi.Nous n’avions pas le choix. Et personne n’a rien vu venir. Personne !

    Elle quitta le Nouveau Continent pour le Vieux.
    Elle arriva en France, discrète, réservée et gracieuse avec un rôle taillé sur mesure.
    L’héroïne parfaite. Blonde à la silhouette élégante. Le feu sous la glace.
    Des yeux bleus d’acier, des cils recourbés sur un trait d’eye-liner.
    Un partenaire tout aussi parfait : svelte, bronzé et mystérieux.

    Nous étions heureux. A.H. avait veillé à ce que tout fut impeccable, et ce le fut.
    Nous étions tous heureux.
    Et puis, elle s’envola pour son pays.

    Un an plus tard, elle revint sur la Riviera pour la promotion de son film : « To Catch a thief »

    Elle ne vit rien venir…mais elle rencontra son Prince Charmant.

    Trente ans plus tard, sur la route de la Turbie, là où les plus belles images furent filmées, elle perdit le contrôle de sa voiture.

    Le 14 septembre 1982, les journaux du monde entier annoncèrent le décès de Grace Kelly.

    Tous les traits d’eye-liners se diluèrent dans les larmes d’un chagrin infini.

    © Clémence

  8. Cétonie dit :

    Nous vivions sur un trait, nous étions heureux.
    Notre union faisait des envieux.
    Mon père m’avait pourtant mis les points sur les i
    Mais je n’ai rien vu venir…

    Et pourtant, j’aurais dû m’en douter : était-ce vraiment raisonnable d’imaginer toute une vie dans cet équilibre instable, tel des funambules progressant sur le fil si fin tendu entre hier et demain ?
    Mais trop embrasse mal étreint : nous décidâmes d’avoir un enfant, et là, tout se gâta, lorsque ma femme, doucement, s’arrondit, et contamina notre si beau trait qui, lui aussi, s’arrondit, inexorablement.
    Et, dites-moi, avez-vous déjà vu un funambule sur un fil « en rond » ?
    Je vous laisse deviner la fin…

  9. Dameleine dit :

    Trait d’union

    « Nous vivions sur un trait » , c’était l’expression de mon père pour dire que nous étions traités comme des bêtes de sommes, des animaux de trait. A cette époque là, mes parents étaient métayers dans une des fermes du conte Saint André et le régisseur était féroce quand il nous aboyait dessus.

    Nous vivions pauvrement et pourtant nous étions heureux. « Votre mère a le don du bonheur » disait souvent mon père qui avait toujours le sens des formules. C’est vrai qu’elle savait nous composer un festin avec des riens et nous fabriquer des vêtements avec tout. Et tout ce qu’elle faisait, elle le faisait en chantant.

    Nous étions une famille unie et notre union faisait des envieux dans le voisinage, surtout chez le régisseur dont la femme avait déserté la maison. Lassée de se faire aboyer dessus à longueur de temps, elle l’avait laissé seul avec quatre gosses en bas âge, pour partir avec le neveu du conte.

    Ma mère en grande dame, les recueillaient quand ils étaient en manque de tendresse et ils déjeunaient avec nous d’un ragout de topinambours en se régalant. Moi je ne voyais pas cela d’un très bon œil, nous avions déjà si peu et il fallait encore le partager.

    Ce qui nous sauvera, m’avait dit mon père, c’est la solidarité. Dans l’adversité il faut rester unis. Unis avait-il insisté en mettant bien fort le point sur le i.

    Mais j’étais dans l’âge où l’on se rebelle et je n’ai rien vu venir. Voir mes parents tout accepter avec le sourire me mettait en rage. Quand le régisseur vint rechercher ses enfants en aboyant encore, j’ai aboyé plus fort et j’ai voulu mordre ce chien. Il avait enfin trouvé quelqu’un avec qui se battre. Les chiens sont devenus loups et mon père m’a chassé de la maison. « Pas de loup dans ma bergerie » avait-il dit en me montrant la porte.

    Ensuite, ma mère est devenue triste et elle a cessé de chanter. Nous avions perdu notre trait d’union et mon père a commencé à aboyer à son tour.

    © Dameleine

  10. Sylvie W dit :

    Nous vivions sur un trait, nous étions heureux. Notre union faisait des envieux. Nous allions si bien ensemble. Contre toutes attentes, un couple en totale harmonie, disaient les habitants des autres lignes.

    Mon père n’avait pas été enchanté de notre mariage. Il m’avait toujours mis les points sur les i : pas d’originalité dans la famille, ne te laisse pas séduire par une exotique qui te jouera des airs venus d’ailleurs, tu mettrais en péril toute la portée et nous conduirais tout droit à la cacophonie. Il n’en fut rien. Il fut bien obligé de l’admettre. Le morceau plaisait et, grâce à ma nouvelle compagne, il revivait. Notre mélodie était sur toutes les lèvres, tout le monde la fredonnait.

    Pauvre de moi, je n’ai rien vu venir. En pleine répétition, était-ce la faute du chef qui, ce jour-là distrait, avait mélangé ses partitions ? Je ne sais. En tout cas, en l’espace d’un soupir, ma belle exotique prit la poudre d’escampette et alla s’accrocher à la partition d’à côté. Tempête sur la portée. Zizanie dans la symphonie. Mon père avait raison. J’aurais dû me méfier. Je fus bannie, expulsée du pays.

    Moi qui avais toujours vécu sur un trait, qu’allais-je devenir ? J’errais dans les couloirs des écoles de musique, dans les sous-sols du métro. Je rôdais dans les parcs, près des guitaristes du dimanche, et sur les parvis des églises, à la recherche de nouvelles compagnes qui voudraient bien s’accorder avec moi.

    Je désespérais et dépérissais quand un matin, allongée sous un saule, je fus brutalement saisie par la hampe. C’était le merle du jardin qui, au sortir de l’hiver, cherchait de l’inspiration pour sa nouvelle sérénade de printemps. Depuis, je le suis, de branche en branche, et pour rien au monde ne retournerai sur mon trait d’origine.

    ©Sylvie Wojcik

  11. ISABELLE PIERRET dit :

    Lion
    Nous vivions sur un trait, notre union faisait des envieux. Nos études nous passionnaient, lui en Aménagement du Territoire, moi en Philosophie. Nous aimions les soirées-débat avec nos copains, les we de surf, de musique et de boissons sur la plage, le cinéma, la bibliothèque et notre lit : nous étions heureux. Enfin…presque totalement heureux. J’interprétais les insomnies de L. comme l’approche des examens, je le retrouvais accroché à Google earth, cherchant une ligne, un trait sur un territoire immense de l’Inde. Je ne comprenais pas sa quête. Mon père m’avait pourtant alertée : « ce garçon a une faille, sera-t-elle réparable ? », puis il était passé à : « tu ne vois pas qu’il est ailleurs ? » avant de me mettre carrément les points sur les i : « vous m’inquiétez, tous les deux ».
    Je n’avais rien vu venir et cependant c’est vrai, je me repliais sur mes bouquins tandis que L. voyageait seul sur le canapé et sur son planisphère. Jusqu’au jour où une dispute irrémédiable nous sépara. Je n’avais rien vu venir.
    Nous vivions sur un trait ; ce n’était pas le bon. Perdu, il l’était vraiment : il cherchait son village de naissance d’avant son adoption en Australie. Il suivait des lignes pouvant le ramener à ses origines ; je le suppliai de me parler, je voulais l’aider, j’étais désarmée.
    Il poursuivit sa quête au même rythme que sa descente jusqu’à ce nous nous perdîmes sur ce trait infini.
    Un jour je l’ai revu : il avait retrouvé son village, sa mère, sa sœur.
    Il ne put revoir son frère, qui l’avait posé sur un banc de la gare -il avait 5 ans- en l’intimant d’attendre son retour ; il s’était fait renverser par un train cette nuit-là, pendant que lui, était monté dans un train vide qui avait fini par le rejeter à des centaines de km de là.
    80 000 enfants disparaissent chaque année en Inde.

  12. Grumpy dit :

    Nous vivions sur un trait : un trait dans le ciel : un fil à linge.

    On s’y trouvait bien, habiter là était notre choix, une vie de nomades au gré des lessives.

    L’étendoir comme il se doit était planté au fond du jardin de la villa où vivait une famille nombreuse grouillante de petits galopins. Tant mieux, les lessives y étaient fréquentes, le tambour de la machine à laver heureux de battre son plein quotidien, c’était sa musique à lui.

    Le tout bien essoré à 1.000 tours/minute, la maman s’approchait soufflant sous le poids de la grosse bassine bloquée sur sa hanche.

    A sa vue, les poteaux de l’étendoir se mettaient aussitôt au garde-à-vous, raides comme des piquets. Les pinces à ligne frémissaient de joie dans leur panier bercé au rythme de leurs émois. Elles allaient être utiles et respirer un peu de liberté le temps d’un séchage.

    Le fil à linge s’étirait aussi raide que s’il venait d’avaler un manche à balai.

    Une pièce après l’autre, l’étendage se faisait, toujours dans le même ordre.

    Le caleçon à pois rouges, c’était Papa (vite pète-sec si bien essoré)
    La petite culotte en dentelle rose, Maman (effluves d’assouplisseur)
    Le string rouge, ma sœur (sec en 1 seconde chrono)
    Et naturellement, les chaussettes, c’était moi.

    Nous nous trouvions si bien sur ce fil, le meilleur que nous ayons jamais squatté. Aucune envie de déménager. Vraiment.

    C’était alors que Papa mettait les points sur les i :
    – n’oubliez pas que nous sommes du beau linge
    – qu’ici nous ne sommes ni à la laverie ni au nettoyage à sec
    – une fois suspendus ne vous amusez pas à faire du trapèze
    – si le vent vous entortille débrouillez-vous pour vous défaire en douceur
    – sinon au premier accroc … tous virés
    et alors si nous devions tirer un trait sur notre vie pépère ici au soleil et au grand air, je vous garantis que vous verrez comment le linge sale se lave en famille.

    Tout ne tient qu’à ce fil que nous devrons par courtoisie et respect des habitudes céder aux hirondelles l’automne venue.

  13. Cécile dit :

    Nous vivions sur un trait, nous étions heureux. Notre union faisait des envieux. Mon père m’avait pourtant mis les points sur les i mais je n’ai rien vu venir…

    Insouciants, nous avions voulu ne former qu’un seul et même mot, immense, gigantesque, unissant nos lettres en un seul et même trait.

    Notre lecture devenait difficile mais nous revendiquions la solidarité, l’échange, le partage. Nous souhaitions user de nos diversités. Nous libérer des conventions.

    La chute fut brutale.
    L’imprimeur nous balança au fond de sa poubelle.
    Recyclage.
    Il mit fin à nos rêves par un gros point final.

  14. Blackrain dit :

    Aujourd’hui nous vivons sur un trait de plume, celui du banquier. Ce financier au cœur d’acier, par un simple avis, peut supprimer notre traite du lait, pour nous seul attrait de la vie rurale.

    Avant la finance nous vivions heureux. C’était une évidence. Nous faisions des envieux avec notre désir de vivre ensemble des ans vieux.

    Pourtant je n’étais pas fait pour le bonheur. Pourtant mon père m’avait appris le B.A-BA du fric, l’ABC du fric-frac sur les pauvres, la spéculation, la bombe H de la finance, le point G de la bourse.

    Je l’avais cru avant que l’affaire des Subprimes ne supprime le peu d’appétence que j’avais pour ces Hold-up en col blanc et me laisse cuit sur le bord de la déroute, droit comme un I mais en T par la honte. Je sombrais à vitesse grand V, survivant dans les squats, dormant au bord des plinthes contre X ou Y, vivant chaque jour mon heure H et mon jour J grâce au Système D, revisitant de A à Z la cloche jusqu’à …

    Jusqu’à La miraculeuse rencontre. Elle me sortit le grand jeu sur une série B, oubliant le T-shirt sale de mon No-Future, pour me rendre le grand JE, pour me donner un avenir à la ferme tout en ouvrant ma gueule pour manger ses baisers.

  15. Nous vivions sur un trait, un de ces traits qu’on nomme générallement « frontière », barrant les cartes géopolitiques de grandes striures qui se veulent définitives. Un de ces traits sur le papier, sensé cloisonner les hommes selon leur appartenance ethnique ou religieuse…
    Notre maison était donc posée juste sur une frontière, mais aucun de nous n’en avait conscience, et on aurait cherché en vain dans le paysage lisse de champs à perte de vue une seule preuve tangible de cette ligne imaginaire.
    Nous vivions simplement et nous étions heureux.
    Notre petite communauté, dans le hameau, était enviée. Autosuffisante, autogérée, elle échappait à l’économie locale
    et la qualité de ses produits, cultivés par notre groupe, d’une dizaine de personnes, selon les principes de l’agriculture responsable, faisait notre fierté.
    Nous nous entendions bien, nous étions solidaires et nous croyions à l’avenir. Aucune raison que cela change.
    Et les mises en garde de mon père, qui tapait du poing sur la table pour appuyer ses sentences pessimistes, ne m’impressionnaient pas.
    Pourtant, il avait vécu, et il savait.
    Car l’Histoire ne s’arrête jamais. A peine une pause.
    Moi, je n’ai rien vu venir.
    Tout a commencé de façon anodine.
    Un stagiaire a passé trois mois dans notre petite communauté et nous a rapporté que des émeutes avaient éclaté aux alentours. Je ne sais même plus la raison exacte.
    Mais quand il est reparti, trois d’entre nous avaient bougé leur lit et s’étaient regroupés dans une petite pièce à part de la maison. Un camarade demanda une clé pour son placard personnel, bientôt suivi par les autres. Et la veillée le soir se faisait désormais en petits groupes séparés.
    Un matin, on entendit des éclats de voix.
    Une dispute, ça peut arriver.
    Sauf qu’un « Sale musulman ! » traversa la pièce comme un coup de tonnerre… Puis : « Oh ! Vous ! Les cathos !! » suivi presque aussitôt d’un « Fichu Bosniaque ! »
    Jusque là, j’ignorais que nous étions de nationalité et de confession différente.
    Mais les aigreurs et les conflits se multiplièrent.
    La belle entente n’était plus qu’un souvenir.
    Après ?
    Après tout a été très vite.
    Et si on me demande aujourd’hui quand a éclaté cette première brouille, je ne suis pas sûr de pouvoir répondre.
    Pour avoir des souvenirs datés, il faut avoir du temps devant soi. Quand on vit au jour le jour, on perd la notion de temps.
    Aujourd’hui, avec d’autres que je ne connais pas, je suis planqué derrière une butte, caché, dans la boue, loin de chez moi. J ‘attends un convoi « ennemi ».
    Je serre nerveusement un fusil contre moi.
    C’est l’époque de la moisson et je me souviens quand je me tenais debout, au milieu du champ, ma faux à bout de bras et que je donnais de grands coups joyeux dans le blé mûr…
    Mais cette année il ne lèvera pas …

  16. ourcqs dit :

    Nous vivions sur un trait, nous étions heureux.
    Notre union faisait des envieux. Mon père m’avait pourtant mis les points sur les iMais je n’ai rien vu venir…

    Je ne voyais que des points d’exclamation à l’horizon.Nous vivions dans les marges, franchissant les lignes, sans interrogation, la tête dans les étoiles***. Les apostrophes ‘’’’de nos grammaires, pourtant impertinentes, ne nous touchaient pas.
    Une virgule insignifiante, jalouse sans doute, elle avait perdu son point, se plaça en contre-sens, catastrophe. Malgré notre sixième sens ce fut la débandade, les aigus et les graves s’en mêlèrent, les circonflexes remplaçant quelques S sans rien demander à personne. La disparition des E plomba la f.t., plus de li.ss.. Les points d’ironie me narguaient. Que faire ?
    Terminer entre deux crochets, sûrement pas , plutôt s’accrocher entre deux //
    plus original, plus romantique …. il faut savoir prendre des asté risques                  

  17. Sacha64 dit :

    Nous vivions sur un trait, nous étions heureux.
    Notre union faisait des envieux.
    Mon père m’avait pourtant mis les points sur les i
    Mais je n’ai rien vu venir…
    Trop de bonheur tue le bonheur me répétait mon mari depuis quelques semaines. Et moi de le traiter d’oiseau de malheur. A force d’en parler tu finiras bien par nous porter la poisse. Entre mon père qui ne ratait pas une occasion d’inventorier ses défaut, de pointer les tares de notre union (pas d’enfants) et lui qui finissait par se complaire dans le gémissement d’une potentielle défaite je commençais à entrevoir un après, un ailleurs, un autrement.
    Il finit même par avoir raison des envieux et tant mieux sauf que ceux-ci ne supportaient plus de le voir creuser la tombe dans laquelle il se voyait enterrer notre mariage, lui-même… et pourquoi pas moi ?
    Sauve qui peut, il vaut mieux être seul(e) que mal accompagné(e) me serinait mon père. Advienne que pourra lui répondais-je. Va au Diable lançais-je à mon mari.
    Pour faire un bon mariage, il faut que le mari soit sourd et la femme aveugle me répétait mon père. Evidemment tu sais de quoi tu parles lui répliquais-je, puisque toi tu es les deux à la fois et que tu n’as pas réussi à garder une femme.
    Il fallut que je me rende à l’évidence, je n’en pouvais plus. Coincée entre un mari à l’électrocardiogramme presque plat et un père bouffi d’égoïstes certitudes. Je ne vis rien venir parce que cela me prit par surprise. D’une pierre deux coups, l’occasion faisant le larron, le déjeuner dominical mensuel, mortel, se termina par une explosion non pas de joie mais de gaz que je lassais filer tandis que j’allumais ostensiblement ma dernière cigarette !

  18. Laurence Noyer dit :

    Nous vivions sur un trait_________
    nous étions heureux.
    Notre union faisait des envieux.
    Mon père m’avait mis
    les points sur les i
    Mais je n’ai rien vu venir…

    Nous étions ben aise
    comme entre ( )
    d’une vie sans histoire.
    Ma mère avait mis l’accent
    Sur notre isolement.
    Mais je n’ai pas su le voir

    Nous laissions nos guillemets
    ouverts à toutes les causes.
    En vers ou bien en prose
    Mon frère me disait : « … »
    Mais je n’ai jamais pu
    vraiment les fermer.

    Nous vivions les deux mains
    posées sur le clavier
    chaque jour nous étions prêts
    à typodactylographier
    Ma sœur m’avait présenté §.
    Mais il était pour moi un parfait étranger.

    Nous avions donc installé §
    auprès d’&
    Pour qu’ils pourcentagent %
    Ma famille m’avait donné des signes
    deponctuation @ toutattaché
    Mais moi, ce que je voulais
    c’était
    de l’ e s p a c e.

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