Exercice inédit d’écriture créative 102


C’était une petite fabrique de crimes,
spécialisée dans le parfait.

Elle n’avait pas pignon sur rue,
mais les criminels du monde entier savaient où la trouver.

Les affaires marchaient bien, l’entreprise croulait sous les commandes,
un jour…

Imaginez la suite

14 Responses

  1. Clémence dit :

    C’était une petite fabrique de crimes, Elle n’avait pas pignon sur rue, mais les criminels du monde entier savaient où la trouver. Les affaires marchaient bien, l’entreprise croulait sous les commandes. Un jour…

    Dans une petite rue de la vieille cité, jouxtant le parc par un vieil escalier de pierres usées, une maison à colombages attirait tous les regards par la beauté de son architecture. En revanche, son enseigne, en tôle finement ciselée, intriguait tout passant paisible qui passait par là.

    Durant la journée, les enfants jouaient dans la rue fleurie, les femmes papotaient sur les bancs de bois blanchis ou se parlaient de fenêtre à fenêtre si elles n’étaient pas retenues aux fourneaux.
    Le soir venu, l’atmosphère changeait, les passants aussi.
    Longues capes sombres et capuchons rabattus garantissaient l’anonymat absolu. Les silhouettes semblaient glisser sur les pavés pour disparaître dans un recoin. Par une porte secrète, dissimulées derrière un lierre touffu, on accédait à la Fabrique ès Crimes, fabrique de renommée mondiale.

    Ariane, jeune journaliste téméraire, avait fait ce pari fou de s’infiltrer en cette place de haute criminalité. Depuis deux années, elle consacrait tout son temps libre aux recherches sur ce sujet brûlant. Son entourage personnel et professionnel n’était absolument pas au courant de son projet.

    Vêtue de l’uniforme de rigueur, elle se présenta. Elle fut accueillie dans une salle minuscule équipée des technologies les plus sophistiquées. Elle passa et réussit tous les examens d’admission haut la main et obtint son brevet ès Criminalité.

    Le premier jour, on lui présenta un listing relativement long sur les offres de la maison. Elle pointa une ligne. Elle fut engagée sans réserve lorsqu’elle présenta son projet de réforme sur cette rubrique de criminalité

    Elle commença bien sûr, en bas de l’échelle. Apporter le café, prendre les commandes du déjeuner du personnel, répondre aux demandes ponctuelles.
    Ensuite, elle dût se charger des déchiqueteuses. Non pas pour déchiqueter, mais pour disperser les divers contenus avant de les porter au mini incinérateur.

    Béant d’admiration devant les compétences qu’Ariane développait de jour en jour, son patron ne tarda pas à lui confier des tâches de plus en plus importantes, surtout dans le domaine qu’elle avait choisi. Après le bloc note et le crayon, elle eut accès aux ordinateurs et aux fichiers.

    Elle se fit tour à tour, professionnelle, curieuse, ambitieuse. Elle se fit expliquer le montage de la Fabrique ès Crimes.
    Étant la seule femme dans l’équipe, elle proposa un regard croisé : la rigueur et l’objectivité des hommes, la créativité et l’intuition des femmes.

    Elle se fit convaincante, ils furent convaincus avant d’être vaincus !

    Elle devint la gestionnaire unique des sésames pour accéder au bureau des fournitures : homicides, prises d’otages, chantages, vols et viols, cambriolages, harcèlements, stupéfiants, incendies, contrefaçons et fraudes.
    Elle connaissait par cœur les codes d’accès aux ordinateurs et les tendons d’Achille des employés de la Fabrique ès crimes.

    Un soir, elle invoqua une commande urgente. Elle assura qu’elle était capable de la mener à bien, seule !
    Avec délectation, (et avec un sourire carnassier) elle ouvrit le fichier « Contrefaçon », puis le sous-répertoire « Crimes et méfaits ».

    1. Elle introduisit une clé USB et y sauvegarda la série de comptes bancaires.
    2. Elle remplaça cette série par une autre série de comptes tout aussi bancaires.

    A dater de cette seconde, chaque acheteur-criminel qui payait d’avance sa commande de délit, versait en fait le montant à une Association qui luttait contre ce délit.

    Sur les ordinateurs reliés en réseau, Ariane effaça toute trace de son passage. Elle modifia la page d’accueil. Le lendemain, à l’ouverture, tout un chacun put lire avec effroi :

    « Tel est pris qui croyait prendre. »

  2. Sabine dit :

    C’était une petite fabrique de crimes, spécialisée dans le parfait.
    Elle n’avait pas pignon sur rue, mais les criminels du monde entier savaient où la trouver. Les affaires marchaient bien, l’entreprise croulait sous les commandes.
    Un jour elle reçut un courrier de la préfecture :
    « Nous sommes au regret de vous annoncer que vos locaux sont saisis au profit de la construction d’un centre commercial ».
    Branle-bas de combat dans la petite fabrique. On insulte le préfet, on menace, on se fait procès sur procès. Mais les bulldozers firent bientôt leur travail et le centre commercial ouvrit ses portes.
    Furieux, le directeur de la fabrique de crimes s’enferma trois jours chez lui sans boire ni manger. Il réfléchissait.
    Dans la semaine qui suivit, on vit s’ouvrir une minuscule boutique dans la galerie du centre commercial : « Mr Henri, cabinet de voyance ». La réputation de Mr Henri fut vite avérée, les clients se bousculèrent au portillon.
    Il faut dire que Mr Henri ne se trompait jamais quand il vous annonçait la date de votre mort.
    ©Margine

  3. Halima BELGHITI dit :

    C’était une petite fabrique de crimes,
    spécialisée dans le parfait.
    Elle n’avait pas pignon sur rue,
    mais les criminels du monde entier savaient où la trouver.
    Les affaires marchaient bien, l’entreprise croulait sous les commandes,
    Un jour, dès l’ouverture, Ernest, un personnage de BD franchit la porte.
    Eglantine, la standardiste, l’accueille avec des yeux ronds.

    – Euh…Monsieur, bonjour, en quoi peut-on vous aider ?
    – Je voudrais commanditer un crime, je suis à la bonne adresse, n’est-ce pas ?
    – Euh, oui oui, bafouille la jeune femme
    – Puis-je en parler avec un responsable ?
    – Bien sûr, monsieur je vais prévenir M. Lusurier

    Egaltine s’absente un moment et revient flanqué d’un homme trapu et moustachu au fort accent italien.

    – Bonjour cherr Monsieurr, mone assitante me dit que vous avez une afffairre à nous confiere ?
    – Oui, absolument. Je voudrais vous charger d’un meurtre
    – Un meurrtrre ? Mais de qui signore ?
    – De mon auteur- dessinateur
    – Prego ?
    – Vous avez bien entendu, Monsieur. Je veux que mon mon auteur-dessinateur soit tué
    – Mais vous n’êtes pas rréel, vous n’êtes qu’oune dessin…
    – Mais lui est réel, non ? C’est un homme de chair et de sang, je le sais, il me dessine chaque nuit lorsqu’il ne peut pas dormir
    – Et que loui reprochez-vous exactement ?
    – Il est en panne d’inspiration, je crois. Il n’écrit que des histoires nulles et ne me fait vivre que des aventures idiotes et les dessins sont très mauvais
    – Et vous loui avez dit ?
    – Mais je ne peux pas lui parler, je n’en ai pas l’occasion
    – Qu’avez-vous fait alorrrs ?
    – Je me suis échappé de la planche à dessin quand il est parti se coucher et j’ai attendu ce matin pour venir vous voir.
    – Mais qui vous a parrlé de nous, signore ?
    – C’est le Sicilien, un ganster de la BD de Julien
    – Qui est Joulien ?
    – Un collégue de Xavier, mon auteur-dessinateur. Un jour, il a laissé son dernier album à la maison. Je me suis glissé dans les bulles de celui-ci et j’ai rencontré le Sicilien
    – Le Sicilien…Il doit faire partie de la familia. Et vous trrrouvez qu’il mérite la morte pour ça, signore ?
    – Absolument, oui…ça ne peut pas continuer comme ça…Il me massacre !

    Eglatine et Monsieur Lusurier se regadent éberlués. Ce dernier réfléchit un moment en arpentant le pièce de long en large, un cigare aux lèvres.
    – Vous êtes les meilleurs ou pas ? reprend Ernest
    – Si, bien sour, bien sour…balbutie Monsieur Lusurier
    – Alors comment allez-vous vous y prendre ?
    – On va vous gommer, signore
    – Comment ? Me gommer ?
    – Si signore, si vous disssparraissez, votre auteur-dessinateeur en mourrra. C’est bene ce que vous voulez, non ? Qu’il meuuurrrre ?
    – Oui, oui…mais…mais…
    – Alors vous serez exauçé signore, il va mourrrrrir de chagrin et de rrrage de vous avoirrr perdou.

    Monsieur Lusurier écrase son cigare sur la semelle gauche de ses mocassins cirés. Il s’approche d’Ernest d’un air menaçant, une immense gomme à la main.

    – Mais que faites-vous s’écrie Ernest, désespéré…Que …

    Il n’as pas le temps de finir sa phrase. Sa silhouette disparait rapidement sous les coups de gomme acharnés de Monsieur Lusurier.

    – Eglantine, dit-il, soyez gentile de toutte nettoyer, voulez-vous ?
    – Bien sûr, monsieur Lusurier
    – Vous voyez Eglantine, je vous l’ai toujours dit et rrrépété : il faut faire attention à ce que l’on souhaite en franchissant le seuil de notre porta !
    Le crrrime , c’est oune affairrre sériouse !

    @ Halima BELGHITI

  4. isabelle hosten dit :

    C’était une petite fabrique de crimes, spécialisée dans le parfait.Elle n’avait pas pignon sur rue, mais les criminels du monde entier savaient où la trouver. Les affaires marchaient bien, l’entreprise croulait sous les commandes. Giani avait longtemps hésité avant de prendre contact. Dans la famille, les habitudes n’étaient pas à la sous-traitance. Mais à vingt deux ans passés, sa situation virait à l’intenable. Il fallait affronter le regard humiliant de son père au repas dominical, les jérémiades appesanties de sa mère qui minimisait. Il pris son téléphone.
    -« Killingmesoftly » bonjour! Priscilla à votre écoute!
    Giani inspira profondément. La honte, il connaissait, il n’était plus à ça près.
    -Bonjour, dit-il d’une voix blanche. Voilà, j’ai une demande un peu particulière…
    -Aucun souci Monsieur, nous faisons dans le sur mesure…Quel est votre nom? Détendez-vous, vous êtes sur une ligne entièrement sécurisée…
    -Euh, Giani…Giani Provolone
    -Pardonnez…C’est un peu indiscret mais vous êtes de la famille de Luiggi?…
    Et voilà, impossible d’échapper à cette question.
    -C’est mon père…
    -Ah… Bien, bien ,bien…Dans ce cas, que puis-je pour vous?
    -Le cas est sérieux. Je suis largement en âge d’avoir commis mon premier acte commandité. La pression familiale, les traditions, enfin je ne vous fais pas un dessin…Malgré tout, ça m’est impossible. je n’y arrive pas…
    -Je comprends…Et donc?
    -J’ai besoin de vos services mais je veux que vous vous débrouilliez pour que ce soit signé. Bref, que l’on sache dans le milieu que c’est moi!
    -Ouh là! Mais c’est totalement à l’encontre de notre charte ça…Discrétion garantie, mettez-vous à notre place…
    -en l’occurrence je vous demande de vous mettre à la mienne. Juste un petit meurtre à mon actif, un seul… c’est pas le bout du monde! je ne vais pas vous apprendre votre métier tout de même!
    Giani perdait patience. Que le fils du plus grand parrain de la mafia s’abaisse à faire appel aux services de cette fichue boite ne suffisait pas, il fallait encore qu’il suppliât. Du plombier au mercenaire, plus personne ne faisait preuve de professionnalisme.
    -Très bien, ne vous énervez pas, je vais voir ce que je peux faire. Vous avez quelques détails à nous fournir?
    -Bien sûr. Tout est prévu. Photos, lieu de travail, sa bagnole. Vous aurez tout sous pli sur votre bureau demain. C’est une petite frappe de Little Italy dont tout le monde se tape sauf mon père qui l’a dans le nez. Je suis censé l’abattre depuis trois ans. Comprenez qu’il perde patience…
    -Mais alors comment fait-on pour la « signature »?
    -Vous vous fichez de moi? Chez les Provolone on règle ses dettes. La moitié demain, le reste à exécution du contrat; enfin si je puis dire…
    Giani s’entendit user du même ton que son père, ce qui le rassura momentanément sur la transmission d’un certain capital génétique.
    -Non, non, je vous parle de « votre signature »…
    -Ah…Oui! Et bien deux balles, une dans la nuque, une dans le dos. Trois générations que c’est comme ça.
    -Attendez, je note…dans le dos…voilà. c’est parfait. Nous vous contactons une heure avant pour vous laisser le temps d’un alibi puis quand la mission est terminée.
    -Très bien, je compte sur vous alors!
    Giani raccrocha, certain que Giovane, dit « le Borgne », ne passerait pas la semaine. Cette simple idée desserra le noeud autour de sa gorge. Son père allait exulter. Il le féliciterait. Entre transfuge et usurpateur, autant choisir la dernière possibilité et sauver les apparences.
    Priscilla téléphona à Marcus, le seul homme de main disponible ce week-end.
    -C’est moi. tu devineras jamais avec qui on vient de signer?
    Marcus émit un vague grognement. Priscilla ergotait souvent, ce qu’il trouvait parfaitement contraire à l’éthique des tueurs.
    -Le fils Provolone!!! Bloqué! Tu le crois? Ils ont des colts en guise de hochets à la naissance mais là, il peut pas passer à l’acte. Il a la pression du paternel…C’est dingue non?Comme quoi, l’inné et l’acquis…
    Marcus coupa net les commentaires de concierge de la secrétaire.
    -On s’en fout Priscilla…Tu me fais perdre mon temps.
    -Oui mais quand même…Il veut de la mise en scène en plus. grosso modo, tu fais le boulot et il récolte les lauriers. On croit rêver mon pauvre Marcus…
    -Pour ce que j’en ai à faire de la gloire…On reste des prestataires de service…Ca ou coller les affiches…Allez à plus, envoie moi le dossier et bon week-end!
    Priscilla reposa le combiné, dépitée. Le crime organisé n’était plus ce qu’il était. Si la Mafia ne prenait plus ses responsabilités, c’est que le navire de cette foutue société prenait vraiment l’eau. Elle se lima les ongles. Finalement, sa boite avait un avenir florissant et avec un peu de chance, Marcus finirait par l’inviter au cinéma.

  5. Françoise -Gare du Nord dit :

    C’était une petite fabrique de crimes, spécialisée dans le parfait.
    Elle n’avait pas pignon sur rue, mais les criminels du monde entier savaient où la trouver.
    Les affaires marchaient bien, l’entreprise croulait sous les commandes, les bénéfices s’affichaient à un niveau jamais atteint, les effectifs étaient en constante augmentation, la concurrence s’avouait vaincue.
    Un jour, une idée lumineuse germa, dans l’esprit pourtant éteint, du nouveau Premier ministre : ayant eu connaissance des derniers chiffres de la délinquance, il décida de proclamer cette entreprise illégale et de la dissoudre.
    Cette décision suscita un tollé général lors du Conseil des ministres qui suivit :
    – C’est une décision suicidaire clama le Ministre de l’Intérieur. Déclarer illégale cette société contribuera à voir cette activité sortir de notre surveillance et tomber entre les mains de gangsters que nous mettrons probablement des années à identifier, à surveiller et à neutraliser
    – Je m’étonne de voir un Ministre de l’Intérieur défendre une activité criminelle, susurra le Chef du gouvernement
    – Je souhaiterais abonder dans le sens de mon collègue de l’Intérieur intervint le Ministre du Travail. Fermer cette entreprise mettra plus de 120 personnes sur le carreau et je ne vous rappelle pas les chiffres calamiteux du chômage !
    – Sans compter qu’il s’agit d’une entreprise française qui possède le monopole mondial renchérit le Ministre du Commerce Extérieur, la voix vibrante de trémolos aux accents de Marseillaise. Tout cela est excellent pour notre balance commerciale
    – Mes homologues de l‘Union Européenne s’en montrent très jaloux approuva son collègue des Affaires Européennes
    – Et même mes homologues du monde entier s’empressa d’ajouter, ne voulant pas être en reste, le Ministre des Affaires étrangères
    – Déclarer cette activité illégale, c’est donner le champ libre à une criminalité clandestine qui elle-même génèrera une économie souterraine. Et alors, adieu impôts et taxes. Ce sera un manque à gagner dont je n’ose imaginer l’ampleur argumenta Ministre de l’Économie et des Finances
    – Nous avions envisagé avec les délégations de parents d’élèves et les syndicats d’enseignants de créer une nouvelle filière d’études consacrée aux professions en relation avec els milieu des crimes et des délits, professions qui ouvrent de larges perspectives en matière d’emplois déclara le Ministre de l’Éducation nationale
    – Je m’étonne de voir un Ministre de l’Éducation soutenir une activité illicite, susurra le Chef du gouvernement
    – Je souhaiterais abonder dans le sens de mes collègues déclara le Ministre des Affaires sociales et de la Santé.

    Et c’est ainsi que tous les ministres présents prirent la parole pour défendre le maintien de cette fabrique : l’écologiste, idéaliste et naïf, parce que ce secteur ne tomberait entre les mains de l’économie chinoise, si peu respectueuse de la planète ; la déléguée des Droits de la Femme car enfin une branche s’ouvrait à l’égalité des sexes etc…

    Le Premier ministre était sidéré. Chaque mercredi, le Conseil des ministres virait à la foire d’empoigne. Or aujourd’hui, sur un sujet pourtant très sensible, un consensus semblait s’être mis en place.
    Un couac était toutefois apparu au cours des âpres discussions. La petite voix du Ministre des PME se fit entendre. En effet, il s’insurgea lorsque le Conseil des Ministres prit la décision, à la totalité des voix moins une – la sienne- de développer cette entreprise à un niveau industriel et la faire entrer du même coup sous le giron du Ministre de l’Industrie.

    Et comme chaque mercredi, le Président était demeure silencieux.

  6. Smoreau dit :

    Super bravo Sylvie ! On s’y croirait. Le début d’une grande histoire…
    Sylvianne pas qu’un peu fière

  7. Sylvie dit :

    C’était une petite fabrique de crimes, spécialisée dans le parfait. Elle n’avait pas pignon sur rue, mais les criminels du monde entier savaient où la trouver. Les affaires marchaient bien, l’entreprise croulait sous les commandes. Un jour, deux hommes se présentèrent à l’accueil. Ils avaient rendez-vous avec la directrice de l’établissement, Lady Sally Mortifer.
    – World Crime Corporation, dit l’un d’eux, arrogant, en tendant sa carte de visite à l’hôtesse.
    Lady Mortifer les reçut dans une petite salle de réunion poussiéreuse et obscure. Les deux hommes présentèrent tout d’abord en long, en large et en travers, ce formidable groupe qu’était la World Crime Corporation, la référence mondiale par excellence dans le secteur du crime. Grâce à une infrastructure hors du commun, un réseau planétaire d’agents ultraperformants, elle pouvait répondre aux besoins de ses clients à tout instant, partout dans le monde. Il était donc dans l’intérêt de tous les professionnels du crime, surtout des plus petits, d’entrer dans le giron de ce groupe générateur de profits monstrueux. Les petites entreprises étaient appelées à disparaître et leur seul avenir, c’était la World Crime Corporation. Les méthodes de travail étaient exemplaires : planification, organisation, satisfaction client. Des équipes de consultants, gestionnaires de projets, etc. agissaient en amont, faisaient des études préliminaires, mettaient en place des enquêtes préparatoires, réalisaient des avant-projets, des premiers projets, des prospectives, etc. Bref, la petite fabrique de crimes artisanale, c’était de l’histoire ancienne. La World Crime voulait la racheter, elle et l’ensemble de son personnel. Mais concrètement, de l’activité et du métier du crime en lui-même, il n’en avait pas été question dans le discours des deux hommes.
    Lady Mortifer, après avoir écouté patiemment les deux individus sans les interrompre, leur dit calmement :
    – Vous savez, notre atout, c’est la proximité.
    Aussitôt l’un des hommes rétorqua :
    – Lady Mortifer, la proximité, c’est fini. Aujourd’hui, il faut « penser global ». Vous n’avez pas d’autre choix que d’entrer dans la World Crime. Tous vos concurrents ont déjà fait le pas, c’est dans votre intérêt et dans celui de votre entreprise.
    Lady Mortifer esquissa un sourire en coin.
    – Merci, Messieurs. Mes services reprendront contact avec vous d’ici peu.
    Aussitôt après avoir raccompagné les deux hommes, Lady Mortifer convoqua ses plus proches et plus brillants collaborateurs. La réunion dura à peine dix minutes. Puis chacun regagna son bureau et se mit au travail.
    Le lendemain matin, à l’arrière du vieux taxi noir, sur le chemin de la fabrique, Lady Mortifer entendit à la radio : « Prise d’otages hier soir au siège de la World Crime Corporation : deux cadres de la direction générale du groupe, seuls au 25ème étage de l’immeuble à une heure tardive, ont été ligotés dans leur bureau et forcés par deux hommes cagoulés d’apprendre par cœur et de réciter sans bafouiller le Code de déontologie de la Fédération internationale du Crime de proximité. Faute de quoi les deux hommes cagoulés les obligeaient à ingérer la version papier du Code, découpée en petits morceaux. Les deux cadres de la World Crime ont été retrouvés ligotés, exténués mais sains et saufs, ce matin, par leurs collègues. La direction de la World Crime n’a pas souhaité faire de déclaration et la police n’a pour l’instant aucune piste. »
    Le regard de Lady Mortifer croisa alors les yeux amusés de son chauffeur dans le rétroviseur.

  8. nathalie dit :

    C’était un petite fabrique de crimes, spécialisée dans le parfait. Elle n’avait pas pignon sur rue, mais les criminels du monde entier savaient où la trouver. Les affaires marchaient bien, l’entreprise croulait sous les demandes, un jour…. y entra une enfant.
    Une belle enfant, avec ses boucles blondes et ses grands yeux bleus, qui toisait le vendeur du haut de ses 8 ans, avec un air suffisamment déterminé et un lien de parenté qui interdisaient de l’éconduire : c’était la fille du patron.
    Dilemme. Le code d’honneur imposait de ne jamais poser de question, de ne jamais savoir qui était la victime, et de ne jamais refuser de commande sous des prétextes moraux. Or, les mauvaises relations entre le patron et la fillette étaient notoires même au sein de l’entreprise.
    Le vendeur allait-il écouter sa conscience professionnelle ? Son bon sens ? Allait-il contribuer à l’élimination de son patron, à perdre son travail, ou peut être à devenir lui-même le boss ?
    Pourquoi pas ? L’entreprise est florissante et sa réputation internationale. Le commerçant connaissait parfaitement les rouages du business.
    Il avala sa salive, questionna l’enfant, nota la demande et partit aussitôt préparer le crime parfait. Dix minutes plus tard, il réapparut avec un carton qu’il remit gracieusement, avec un grand sourire, à la fillette. Celle-ci allait enfin pouvoir éliminer, sans pitié, irrémédiablement, tous les monstres qui se tapissaient sous son lit à la tombée de la nuit. « Non mais ! »

  9. Durand Jean Marc dit :

    Service après vente

    C’était une petite fabrique de crimes, spécialisée dans le parfait. Elle n’avait pas pignon sur rue, mais les criminels du monde entier savaient où la trouver.Les affaires marchaient bien, l’entrprise croulait sous les commandes.

    Un jour, un monsieur triste insista pour obtenir un rendez vous avec le Grand Patron.

    – C’est pour quel type de service, lui murmura la secrétaire?
    – Pour une réclamation, Madame!
    – Ah, je suis désolée, mais chez nous, ce type de service n’existe pas, vous avez du vous tromper d’adresse!
    – Certainement pas! J’ai en ma possesion une copie du contrat. Si je n’obtiens pas un rendez vous dans la journée, je vous garantis que la parution d’un article va faire du bruit et votre réputation en prendre un coup!

    Le monsieur triste obtint dans les deux heures le rendez vous souhaité.

    Mr Ernesto Stabilo, directeur général de la FCP le reçut:  » Mais quel est donc votre problème…Monsieur…Monsieur …??
    – Appelez moi Triste, ça ira!
    – Et alors, quel est votre problème, Mr Triste ?
    – Votre contrat 58 412 n’a pas été rempli.
    – Et il date de ?
    -10 ans, un comble!
    – 10 ans, ça fait un bail. Je ne pense pas que la garantie puisse s’étaler sur une aussi longue période!
    – Mais si, justement, j’avais à la fois profité d’une promotion estivale et payé un supplément pour élargir la garantie. Je voulais assurer le coup.
    – Excusez moi, permettez moi de consulter votre exemplaire du contrat. Au delà de 5 ans, nous n’archivons plus. Comprenez que cela prendrait trop de place…et de plus s’avèrerait inutile dans 99,999% des cas…!
    …s’il vous plaît, rappelez moi votre histoire!
    – A l’époque, j’étais condamné par le monde médical. Je n’en avais plus qu pour 6 mois. Je vous avais donc commandé un crime parfait tout simple. Je n’avais à souffrir ni de la maladie, ni de l’assassinat. Cela passait pour un accident et mon épouse touchait le pactole avec l’assurance vie.
    – Oui…mais alors ?
    – Alors, je ne sais quelle formation vous proposez à vos criminels, mais le mien m’a raté au moins deux fois. La première pour une soi disante histoire de montre, la seconde parce que votre gars est passé sous un tramway!
    – Oui…bon, mais dans ce cas, l’alinea 12 prévoit la mise en place d’un remplaçant.
    – Je le sais bien. Mais vu notre déménagement et les problèmes de fiabilité informatique, votre homme a perdu notre trace!
    – Bien, bien…!
    – Ensuite, il s’est avéré que la recherche réalise des prouesses. Un traitement a été trouvé et je me porte comme un charme!
    – Bien, donc maintenant, je crois deviner votre crainte…que l’on vous retrouve…et que l’on vous exécute!
    – Entre autres…évidemment!
    – Bon, écoutez, je pense que cela peut se régler aisément. Par contre, la signature d’une décharge me sera absolument nécessaire. J’appelle ma secrétaire.
    – Franchement, monsieur, j’espérai un geste commercial un peu plus conséquent!
    – Ah bon…et…par exemple?
    – Ecoutez, j’ai retrouvé la santé…vous l’avez entendu.
    – Oui!
    – L’assurance vie a fructifié. Pourquoi s’encombrer encore de paperasses. Ma femme vient de partir avec son prof de tennis…pourquoi ne pas faire basculer le contrat…sur sa tête ?

  10. Fred Nache dit :

    AUCUN PROBLEME

    C’était une petite fabrique de crimes, spécialisée dans le parfait.
    Elle n’avait pas pignon sur rue, mais les criminels du monde entier savaient où la trouver.
    Les affaires marchaient bien, l’entreprise croulait sous les commandes, et un jour elle reçut l’appel d’un multi-millionnaire, William, qui voulait pouvoir profiter impunément des grâces d’une de ses collaboratrices, Roxane.
    Il voulait la voir rester au bureau tard et pouvoir repartir avec elle pour l’amener dîner chez lui mais comment le faire quand la belle est mariée et donne la priorité à « son homme » ?
    Ainsi petit à petit l’idée germa dans sa tête. Si je me débarrasse de son Jules, je pourrai l’avoir près de moi et même la consoler de la perte d’un être cher, son mari.
    Un ami lui parla de l’agence XKY qui obéissait efficacement aux souhaits de ceux qui veulent éliminer les gêneurs et il décida de contacter l’agence.
    Comme XKY était surchargé de travail, William dut attendre que le couple parte en vacances et se dit que c’était encore mieux puisque le lien entre un assassinat perpétré en République Dominicaine et lui serait impossible à établir. Il attendit le jour où elle avait acheté le billet qu’il vit traîner sur son bureau à elle et l’envoya chercher un document dans la salle des archives. Pendant ce temps, il trouva dans le sac de Roxane l’information voulue, l’adresse tant convoitée de l’endroit où elle habiterait 15 jours près de « la Romana » au bord de la mer bien loin de tout.
    Il téléphona à XKY pour s’entendre sur le contrat et rencontra dans un parc un homme froid, poli, ganté, bien habillé, pour tout dire glacial et ils s’entendirent sur le prix de la liquidation du Jules. William donna l’adresse et les dates de séjour du couple trop aimant et lui demanda s’il voyait un problème.
    « Non Monsieur, avec moi il n’y a jamais de problème car je ne laisse aucune trace. N’ayez aucune inquiétude sur les risques que vous pourriez encourir. »
    « Et le coût ? »
    « Ce n’est pas bien cher compte tenu des bénéfices : 100,000 livres dont 50 % payables en cash maintenant si vous le pouvez, sinon demain et le restant à mon retour. En outre vous me rembourserez tous les frais de voyage et de séjour pour mes 15 jours là-bas car il faut que j’observe la vie du couple avant d’agir. »
    William trouva le tarif un peu élevé mais étant donné la façon d’agir fort professionnelle de l’individu, il se dit que cela en valait la peine puisque cela lui permettrait de continuer à vivre avec Roxane, et de ne pas être inquiété par la police.
    Le couple trop aimant partit en vacances et William attendit impatiemment le retour de Roxane.
    Le jour prévu pour son retour, il fut contacté par le tueur à qui il donna rendez vous dans un endroit isolé surplombant la Tamise.
    Il était assis sur un banc à la contempler lorsque le tueur s’assit près de lui sans qu’il l’ait entendu arriver et lui dit :
    « Beau paysage n’est ce pas ? »
    William pensa « tiens, il est humain malgré tout » tout en tâtant dans sa poche le paquet contenant les 50,000 livres restantes et le montant permettant de rembourser les dépenses afférentes.
    « Oui, c’est beau, comment cela s’est il passé ? »
    « Bien, j’ai liquidé l’homme sans aucun problème. Il a eu à peine le temps de se lever de sa table de travail pour me demander ce que je faisais chez lui et je l’ai abattu mais avec mon silencieux. Les voisins n’ont rien entendu. »
    William se sentit rassuré mais demanda :
    « Et il n’y avait personne d’autre dans la maison à ce moment là ? »
    « Oui, il y avait bien quelqu’un, une femme blonde aux cheveux longs qui est rentrée peu après dans la pièce mais avant qu’elle n’ait pu crier, je l’ai abattue aussi. »
    « A ces mots, William pâlit, blêmit et allait exploser lorsque l’homme lui dit :
    « Mais je vous l’avais dit, je ne laisse jamais de traces. Ne vous en faites pas pour l’argent, vous n’avez rien à payer en plus. Je me conforme strictement aux termes de notre contrat. Il n’y a aucun problème. »

    Adapté de Frederick Forsyth (Sans bavures)

  11. Antonio dit :

    C’était une petite fabrique de crimes, spécialisée dans le parfait.
    Elle n’avait pas pignon sur rue, mais les criminels du monde entier savaient où la trouver. Les affaires marchaient bien, l’entreprise croulait sous les commandes, en cette période de prohibition.
    Quand un jour, elle eut à traiter un cas tout à fait inédit qui mobilisa tous les fins stratèges de la fabrique.

    On lui commandait un crime contre l’humanité.
    C’était très risqué pour la petite société dont la réputation pouvait en prendre un coup. La discrétion étant le facteur essentiel de la réussite d’un crime, tuer des milliers, voire des millions de gens sans éveiller les soupçons, la tâche s’annonçait autant difficile qu’excitante dans les bureaux de la compagnie.

    Car elle avait gros à gagner.
    Tous les ingénieurs s’agitaient, se concertaient, démontraient, argumentaient, démontaient, se charriaient, réargumentaient, parfois gênés par leurs trouvailles diaboliques, jusqu’à ce que l’un d’entre eux jubila plus que les autres. Sa démonstration était phénoménale, ingénieuse et implacable.
    Tous applaudirent et lorsque le patron présenta, en grande pompe, le produit à son client, un dénommé Charles Ponzi, il sut que la petite fabrique deviendrait une compagnie de grand renom sur la place de Wall Street.

    Cela ne tarda pas quand un certain Samuel Sachs sollicita ses services, tout comme le non moins connu Philip Lehman, dont la cible commune des petits épargnants fut atteinte dans le mille, ou plus exactement dans le million à travers le monde, toutes ces petites morts lentes dont les commanditaires n’ont eu à souffrir, 80 ans plus tard, d’aucune condamnation.

    Chapeau l’artiste !

  12. Smoreau dit :

    C’était une petite fabrique de crimes, spécialisée dans le parfait. Elle n’avait pas pignon sur rue, mais les criminels du monde entier savaient où la trouver. Les affaires marchaient bien, l’entreprise croulait sous les commandes, un jour une veuve vint se plaindre. Son mari avait été retrouvé au fond du puits. Aucune enquête, aucun soupçon, le médecin avait, sans hésitation, signé le droit d’inhumer : » »Le pauvre homme qui aimait se pencher sur la bouteille, avait plongé dans le puits malencontreusement. Un accident bête ». Chacun connaissait ses envolées lyriques et ses chutes vertigineuses grâce à la bibine. Personne ne fut étonné. Sauf sa veuve qui connaissait l’oiseau. Elle savait que son ivrogne n’était pas tombé dans le puits. Il détestait l’eau et ne s’en s’approchait jamais. Pour lui, cela portait malheur, cette eau venue des tréfonds de la terre. Comment l’expliquer au médecin si rationnel ? S’il n’était pas mort accidentellement, c’est qu’il y avait été jeté. QUI ? Le voisin jaloux, la belle-soeur en colère, l’épicier créancier ? Comment tuait-on quelqu’un ? Elle surfa et trouva cette drôle de fabrique de crimes. Avec eux, elle saurait, apprendrait. Vêtue de ses habits du dimanche, elle pédala jusqu’au bourg. Elle pénétra vivement. Elle interrogea un homme déguisé en corbeau. Très rapidement, il consulta le fichier en inscrivant dans son moteur de recherche ‘ »puits et ivrogne ». il lui dit froidement :  » Votre mari est le commanditaire de son propre crime. Tout est payé. Tout est en règle. Le travail a été soigneusement fait. Sa seule demande a été de verser 50 litres de vin dans le puits avant le crime. Il est mort ivre de joie ».

  13. Christine Macé dit :

    C’était une petite fabrique de crimes, spécialisée dans le parfait. Elle n’avait pas pignon sur rue, mais les criminels du monde entier savaient où la trouver. Les affaires marchaient bien, l’entreprise croulait sous les commandes, un jour…

    Un jour, « ce jour » devrais-je dire, marqué à jamais dans la mémoire de l’entreprise, fut celui où ils reçurent l’appel du grand Cherlock lui-même ! Le préposé à la réception faillit en avaler son téléphone. Une fois l’effet de surprise dissipé, il dût se rendre à l’évidence et s’empressa de passer le correspondant à son supérieur. La conversation, dont il avait vainement tenté de capter quelques bribes, fut brève. Suivie d’un grand silence derrière la porte du bureau directorial, un silence de mort. Imaginant son patron brusquement terrassé par une crise cardiaque, l’employé osa frapper à la porte, un coup, deux coups. Toujours rien. Jamais il ne s’était autorisé à franchir le seuil de ce sérail sans y être invité par un tonitruant « Entrez ! » qui le faisait toujours trembler. Mais là, il y avait peut-être matière à enfreindre la loi des habitudes. Quitte à prendre une balle dans la tête pour insubordination. Ce qu’il vit alors le cloua sur place : l’illustre directeur de la non moins illustre fabrique de crimes parfaits pleurait comme un veau ! C’en était pitié de voir cet homme habitué à côtoyer les plus grands criminels de la terre la tête enfouie dans sa boîte de kleenex, le nez dégoulinant et le visage ravagé par les larmes. L’homme sortit à reculons et regagna son bureau en proie à une violente crise de doutes.

    Le lendemain de ce sinistre jour, le patron commanda une réunion de tout le personnel. Sans fleurs ni couronnes, il leur confirma ce que tous redoutaient déjà : ils avaient le couteau sous la gorge, pas moyen de changer le cours des choses, sous peine de sombrer. Cherlock, le fameux détective, était passé par là et il venait de les mettre à terre, eux et leur carnet de mauvaises adresses. Tout, il rachetait tout le catalogue, en bloc, du plus petit larcin au grand banditisme ! Pour mieux les en convaincre, le boss exhiba le chèque bardé de zéros qu’il avait reçu pour solde de tout compte. Personne ne mouftait. Même le syndicaliste qui tenta de suggérer qu’on pourrait peut-être se mobiliser, déclencher un mouvement de grève, en fut pour ses frais. L’heure n’était plus à la contestation, chacun ruminait les mots fatals : licenciement, misère et décrépitude. Un à un, ils quittèrent la salle de réunion, saluant leur patron comme on présente ses condoléances.

    Le surlendemain de ce jour funeste, le patron convoqua à nouveau ses troupes : son visage portait les marques de l’insomnie. Pas bon signe !

    – Mes amis…
    Là, c’était carrément la Bérézina, Waterloo morne plaine.
    – Mes amis… J’ai pris une décision. La seule qui s’impose et nous sauvera tous : nous devons accepter ce rachat. Cherlock and Co sera bientôt coté en bourse, il s’apprête à racheter le Yard. Il faut nous y résoudre. J’ai déjà contacté nos principaux partenaires, si certains sont encore réticents tous s’accordent à dire que c’est la seule issue. La crise n’épargne personne, les caisses sont vides, nos commanditaires ont de plus en plus de mal à régler leurs échéances. Cherlock le sait. Et il nous tient. Dès demain, nous étudierons avec lui les plans de restructuration de la future société. Il y aura des sessions de recyclage, des formations intensives et des cours de bonne conduite. Une nouvelle culture d’entreprise va voir le jour avec des concepts novateurs : convivialité, honneur et dignité. Je sais que pour les plus anciens d’entre vous, la tâche sera ardue. Je vous y aiderai. Nos actionnaires se sont engagés également dans ce nouveau challenge. Relevons nos manches, mes amis ! Si le crime ne paie plus, il est temps d’aborder de nouveaux rivages : ceux que nous offre Cherlock sont de verts pâturages sur lesquels nous bâtiront bientôt un eldorado où tout et chacun viendra s’acheter une conscience. Aujourd’hui, je le déclare solennellement, nous entrons dans la nouvelle ère, nous serons les pionniers de l’industrie du nettoyage ! Ce que nous offrirons à notre clientèle ira du simple dépoussiérage au grand ménage, nos prix seront attractifs, déductibles d’impôts ! Quant à nos anciens clients, nous n’avons pas l’intention de nous en séparer car il est évident qu’une organisation telle que celle-ci aura besoin de conseils avisés afin de réaliser les meilleurs placements, ceci en toute illégalité, naturellement : une façon de ne pas perdre complètement la face. Je vous le dis, mes amis : nous aurons le monde à nos pieds ! Le blanchiment est en marche !

    Tout ceci fut fait comme il avait été dit. On prétend que le grand saint Pierre en personne consulta en secret l’entreprise. Satan lui-même céda à cette nouvelle toquade du relooking, ce qui lui valut une baisse notoire de son chiffre d’affaire, obligé d’offrir des prestations low-cost sous peine de mettre la clé sous la porte. Pas facile la vie d’aujourd’hui, pas plus que la mort : c’est la crise !

    Christine

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