Exercice indédit d’écriture créative 87

C’était le plein été, mais lui était en automne.
Déjà les feuilles tombaient dans sa tête.

Il frissonna.

10 Responses

  1. Clémence dit :

    C’était le plein été, mais lui était en automne. Déjà les feuilles tombaient dans sa tête. Il frissonna.

    C’était le plein été. Ulla, journaliste suédoise free lance, décida de s ‘offrir quelques jours de liberté. Elle avait vu trop de violences, trop de misères, trop peu de joies et de liesses.. Elle s’envola pour Nîmes où elle avait déniché un adorable mazet logé au cœur de la garrigue languedocienne.

    Sur place, ce fut un ravissement éblouissant dans un isolement sauvage. Elle fit rapidement le tour de la propriété : un vieux portail grinçant, un chemin de caillasse, de hauts murs en pierres sèches, des restanques où poussaient des plants de tomates, deux ou trois figuiers et oliviers auprès desquels les thyms, romarins et lavandes s’épanouissaient paresseusement.
    La piscine était carrée et entourée de vielles dalles qui accueillait quelques chaises longues en fer forgé rouillé. Un cèdre du Liban majestueux achevait le décor.

    Le cadre parfait pour vivre de longues journées à ne rien faire. Mieux, à « faire rien ». Lever tardif puis un déroulement de journée au ralenti. Regarder, toucher, sentir…

    Elle ne pouvait cependant s’empêcher d’ouvrir son ordinateur. Ce matin, une petite icône clignotait en bas à droite.
    – J’ouvre ? J’ouvre pas ?

    Elle ouvrit et lut en diagonale…
    « Vos articles…. Professionnalisme…. Autres projets…. Tenter l’aventure…notre seul espoir… »

    – Mais qu’est-ce que c’est pour un charabia ?
    Elle relut avec attention ce courriel étrange. Il s’avéra qu’une revue artistique (arts picturaux) la sollicitait à pied levé pour rédiger un article sous le titre suivant :
    « C’était le plein été, mais lui était en automne. Déjà les feuilles tombaient dans sa tête. »

    – Pourquoi ne pas tenter l’expérience ? Je ne risque rien…

    Elle plongea dans la piscine et admirait la cime du cèdre se découper sur le bleu du ciel. Elle pensa à Vincent. Vincent Van Gogh et son oreille coupée, à l’automne de sa trop brève vie.
    Elle eut l’idée d’écrire une espèce de « parallèle paradoxal » croisant deux approches picturales.

    Quelles toiles choisir pour cette audace littéraire ?

    Elle s’installa sous les étoiles, à la fraîche et commença ses recherches. Quelques clics au son des cigales qui s’endormaient une à une.

    Pour cet automne étrange aux feuilles tombantes , elle choisit «  Le Mûrier » de Van Gogh. Une toile puissante, aux couleurs envoûtantes, aux traits noueux.

    Elle frissonna. Elle était anesthésiée. Sous le choc. Trop violent , peut-être ? Elle reprit ses recherches et s’arrêta sur « Les cueilleuses de noix » de Georges Lacombe…puis sur « La femme automne »  de Pepi Elona… effrayante…Elle resta sur son idée première, « Le Mûrier »

    Les «Quatre saisons » endiablées Nigel Kennedy l’épaulèrent dans la suite de ses investigations. Le second mouvement se terminait et tout à coup, le plein été explosa.

    « L’arbre de vie », entre l’Attente et l’Amour, de Gustave Klimt envahit l’écran de ses spirales parfaites.

    Elle ne vit pas le temps passer. Le texte était original, le style pur et dur comme le trait de van Gogh, captivant et hypnotique comme le tracé de Klimt.
    Elle cliqua sur « Envoyer » alors que la nuit laissait discrètement sa place à l’heure bleue.

    Elle alla à la cuisine. Elle tendit sa main vers la coupe de fruits :cerises, mirabelles, pêches… Sa main hésita. Elle oserait ! Elle chaparda dans un tableau d’Arcimboldo….

  2. gepy dit :

    C’était le plein été, mais lui était en automne. Déjà, les feuilles tombaient dans sa tête.
    Il frissonna.
    Quel plaisir toutes ces feuilles de différentes couleurs, de différentes tailles ou d’épaisseur ! Il aimait cette époque. Il savourait cette sensation de feuilles dans sa tête.
    Il est vrai que leur poids le fatiguait un peu mais il était solide. Et puis, elles allaient finir par disparaître avec le temps. C’était l’évidence même.
    Il se demandait pourquoi il avait toujours une saison d’avance. Sa programmation était ainsi faite.
    « Ce sont les règles du commerce » entendait-il dire. Il n’y avait guère qu’à Noël qu’il se sentait en harmonie avec son environnement.
    Peut-être qu’au printemps les fruits et légumes le recouvriraient, sait-on jamais. Mais c’était peu probable. Les organisateurs prévoyaient toujours un autre rôle pour lui, installé en bout de rayon.
    Pour l’instant, il exposait donc les feuilles. Quelques écoliers et étudiants les tripotait, les soupesait, les admirait… Il était satisfait quand ils en retiraient quelques unes.
    Lorsque trop de feuilles disparaissaient, d’autres retombaient. C’était un cycle infernal.
    Heureusement, l’été s’achevait et l’automne arrivait avec le retour de tous ces vacanciers.
    Ils allaient bientôt se jeter sur sa tête de gondole et définitivement le débarrasser de tout son chargement. Du moins, c’était son espérance.

    C’était l’automne et déjà le blanc tombait dans sa tête d’étalage.
    Il frissonna à nouveau, comme à chaque promotion commerciale, orchestrée par les saisons.

    Gepy

    Bon, d’accord, c’est loin d’être « l’éclate totale ».
    J’espère que Pascal ne se rechutera pas en lisant mon « n’importe quoi ». Désolé !

  3. Mik L dit :

    C’était le plein été mais lui était en automne. Déjà les feuilles tombaient dans sa tête, il frissonna.
    Cette avance sur le temps était une forme de mansuétude du mal qui le ronge depuis quelques mois.
    Dans son fauteuil prés de la fenêtre, il observe un roitelet qui se pose sur la branche du chêne face à lui. Figer l’image était devenu pour lui le placebo de sa maladie, une forme d’exutoire à la souffrance félonne qui le détruit de l’intérieur.
    Pierre ferma les yeux fortement à en briser ses paupières mais sa silhouette rabougrie cachait à peine son grand âge. Malgré tout les souvenirs sont là et ils se bousculent dans cette caboche qui oublie de plus en plus.
    Aucun remède à cette douleur insidieuse qui le fragilise lentement, lui retirant sa dignité et son orgueil.
    Les détails d’une vie s’effacent et le quotidien devient une lente agonie face à la dichotomie du corps et de l’esprit.
    En fait au plus loin qu’il se souvienne Pierre pose les yeux sur cette montagne de relique qui se dresse devant lui. Elle représente la varappe la plus douloureuse à entreprendre pour s’identifier face à la mort de sa conscience. Arpenter ses secrets, ses joies, ses peines et surtout ses mensonges lui donne la nausée.
    Alors avant que la maladie ne lui assène le coup de grâce il veut livrer les dernières étapes de sa vie.
    Avouer à une oreille étrangère les plus sombres pans de son histoire ne l’enchante pas trop mais pourrait être tellement salvateur à son affliction.
    Lui qui jusqu’à hier pétouillait calmement dans les allées de sa résidence pour personnes âgées, semble aujourd’hui touché par la supplication de l’aveu.
    Sa motivation puise sa source dans le fait que la maladie lui enlève petit à petit sa culpabilité mais cette odeur de naphta lui met le feu au cœur. Si même le médiocre peut disparaître en toute impunité il veut laisser une trace de son infamie. Le vice du coupable qui se cache dans l’oubli est le salut des plus lâches et Pierre le sait très bien.
    Par conséquent si demain tout doit disparaître il doit agir tout de suite pour ne pas devenir un pusillanime sans passé, sans histoire et sans mensonge.
    La chaleur de Juillet lui fait remonter une multitude de souvenirs, la pêche au libouret avec son jeune frère, l’imagination de sa grande sœur pour spolier le grand père harpagon, les verbiages incessant avec son dipsomane de père, l’acrimonie de sa mère qui avait la paluche dextre un peu lourde, sa scelie légendaire de rédacteur du journal locale et surtout la rencontre avec son premier amour qui bouleversa à jamais sa vie.
    Mais alors que le poids de l’émotion fit couler quelques larmes. Pierre scruta l’oiseau de passage, et ne pouvait oublier la traîtrise faite à son meilleur ami.
    Il lui fallait le dire, le crier s’il était nécessaire, le mettre au révélateur du jugement de l’autre.
    Malheureusement il avait enterrer tous ces proches depuis quelques années déjà et n’avait plus aucune confiance en son voisin de chambre qui le dénonça quand il voulut s’échapper de cet endroit d’aliénés.
    Il y avait bien ce piaf qui sifflait, à l’instar des sirènes d’Homer, pour le guider vers la perdition et la débauche de l’aveu. Alors devant ce constat cruel et durant cet instant de démence il souffla à l’oiseau du bout des lèvres l’effroyable confession d’un ami malheureux. Le volatile cessa de siffler à la fin de la pénitence de notre vieux bonhomme.
    Pierre reprit le fil de la réalité et appuya sur le bouton rouge pour appeler une infirmière.
    Dès que la porte s’ouvrit l’ovipare à plumes s’envola et Pierre frissonna. Il se retourna vers l’infirmière peu affable et comprit très vite qu’il avait tout oublié de ses motivations.
    Celle-ci insista sur la raison de sa présence tout en contrôlant si la dose d’Ebixa avait été administrée.
    Pierre observa de nouveau à travers le rideau diaphane de la chambre. Le décor était sans relief, sans couleurs, sans repères, un paysage totalement étranger en définitive et il regarda l’infirmière et dit simplement :
    « Et si on allait se promener dans le parc aujourd’hui… »
    Mik L

  4. Pascal Perrat dit :

    Comme lui, le soleil se couchait plus tôt. Il arrêtait sa course à la cime des arbres.

    Il pensa
    Naître et renaître. Le temps nous fais mûrir mais mourrons-nous vraiment ?

    Il sourit
    Chaque saison plante une graine dans le cœur des hommes.
    L’hiver, l’odeur douce de la cannelle et du chocolat chaud.
    Le printemps, les gros moutons blancs dans le ciel bleu.
    L’été, la douce caresse de l’eau sur mon visage
    L’automne, le bruissement des feuilles sous les pas des enfants.

    Il rit : il est une saison que je ne connais pas encore, des sensations que je n’imagine pas, des rencontres surprenantes qui m’ouvriront la voie.

    Ma mémoire vous les racontera.  »

    Texte écrit par Monique Zinet et posté par moi selon son souhait

  5. Micheline PERETTI dit :

    C’était le plein été, mais lui était en automne. Déjà les feuilles tombaient dans sa tête. 
Il frissonna : soixante dix ans.

    Faire la fête, boire et trinquer en souriant béatement avec tant de monde, c’est ce qui l’attendait ce soir. Tradition barbare. Sa femme y tenait tellement.
    Perdu dans ses pensées, il commençait à grimper la côte pour rentrer chez lui, quand il s’arrêta, fit volte face et d’un pas ferme se dirigea vers la mer où un banc chaleureux accueillit son âme douloureuse.

  6. Laurence dit :

    C’était le plein été, mais lui était en automne. Déjà les feuilles tombaient dans sa tête. Il frissonna.

    Le journal d’hier était à sa portée, il demanda des allumettes, démonta le plancher et fit une flambée. Les flammes rougeoyantes, le craquement du bois le réchauffèrent. La chaleur du feu aussi.

    Du grand bouquet de branches de magnolia, il détacha trois feuilles grasses bien grasses, les déposa sur le brasier, et la fumée s’épaissit aussitôt. Blanche, dense, elle monta à la vue de tous, à cent mille kilomètres à la ronde.
    Il souffla à travers.

    Parce qu’il grelottait, il avait pensé « écharpe, bonnet ». Une écharpe en laine blanche s’enroula autour de son cou, un bonnet lui recouvrit soudain le chef.

    Il pensa « pompons rouges », souffla à nouveau à travers la colonne de fumée : fou, fou. Et de gros pompons rouges agrémentèrent bonnet et écharpe.
    Il sourit et souffla encore.

    Fou, une cuisse rôtie de poulet élevé en plein en air. Fou, fou, une bouteille de son cru favori dans une grande tulipe à la tige longue et fine, fine.
    Il souffla encore, encore.

    Du bon pain, un camembert bien fait, des poires. Et des scoubidous. Ou. Il s’amusa.

    Fou. Fou. Fou. Un « a », un « b », un « c ». Fou, fou, fou, fou, « d », « e », « f », « g ». Fou, fou, fou, fou, fou. Fou jusqu’à « z ». Il ria, écrivit dans le ciel.

    Fou, fou, fou. Des ballons, des langues de belle-mère et des chapeaux pointus. Turlututu. Fouuu, un gros nez rouge.

    « Alors, c’est l’histoire d’un mec… »

  7. Christine Macé dit :

    C’était un vieux sage dont la vie avait été riche en évènements de toutes sortes, pas toujours à son avantage. Mais avec le temps, il s’était assagi et avait trouvé ce qu’on appelle la paix. D’aucuns venaient le consulter pour quantités de maux : il lui suffisait d’un regard pour deviner l’origine de leurs souffrances. Invariablement, il leur souriait en disant « va maintenant, ça ira ! » Personne ne comprenait : pourtant, c’était vrai que ça allait mieux, beaucoup mieux, après. Ceux qui l’avaient consulté étaient unanimes : leur vie même s’en trouvait changée, tout était devenu plus grand, plus beau.

    C’était le plein été mais lui se sentait en automne : était-ce déjà le grand moment, la fin du chemin, le grand lâcher-prise de l’après ? Une feuille vola, cueillie par le vent : il se dit qu’il n’allait pas tarder à en faire autant, s’envoler comme elle avant toutes les autres encore solidement accrochées aux branches des arbres en pleine floraison.

    C’était une fin de journée où le soleil avait durement chauffé et la terre craquait dans l’attente d’une pluie bénéfique. Une larme coula sur sa joue à la peau ridée par les ans : l’eau de ma vie, pensa-t-il, elle se tarira bientôt et c’est à cette terre aride que je retournerai.

    C’était déjà tard et ses yeux se fermaient quand il sentit un insecte grimper le long de sa jambe. La bestiole cavalait de toutes ses pattes, indifférente à cet humain qui, d’un geste, pouvait lui rappeler son état d’insignifiance. Mais le vieil homme soudain s’intéressa à ses allées et venues désordonnées, son visage s’illumina et il s’endormit paisiblement pendant que la bestiole ouvrait ses ailes pour rejoindre la feuille qui dansait dans le vent du soir.

    Christine

  8. Durand Jean Marc dit :

    C’était le plein été, mais lui était en automne. Déjà les feuilles tombaient dans sa tête. Il frissonna. Non pas du temps perdu, qui ne faisait que passer comme passent les cigognes, ni du temps stable, celui qui reçoit les factures.

    Il regrettait juste d’avoir raté un Automne à Pékin, un voyage à côté du temps déterminé, une parenthèse littéraire, une antithèse, un pourquoi pas de libertaire, d’insouciant et de gai.

    Dans Vian, il y a viande et il craignait que l’actuelle cuisine hospitalière ne lui réserve quelque improvisation culinaire, de celle qui vous propulse dans le ciel étoilé de la reconnaissance ou vous plombe l’avenir du moindre restoroute.

    A ce momment précis de l’inexplicable, il aurait accepté le moindre des sandwiches, ce mélange subtil du tout et du rien, ce concombre snob marié au jambon parisien, au saucisson, à la feuille de salade, au cornichon de consommateur.

    Il ramassa les feuilles dans sa tête, y écrivit des mots.

  9. Hazem dit :

    C’était le plein été, mais lui était en automne. Déjà les feuilles tombaient dans sa tête.
    Il frissonna.
    Pour lui, plus de blés, mais des moissons tardives. Déjà les feuilles tombaient de ses mains.
    Il frissonna.
    «J’aime cette odeur de l’humide automne.»
    Une fois ces feuilles tombées, en proie aux pluies et vents de l’automne à présent venu, il frissonnait plus encore, pour lui c’était l’hiver.
    Il grelotta.
    Sous son nez des gouttes. Ses chaires mourraient, l’hiver tue la nature et le fit se reposer.
    Il dormit.
    Le voilà notre ami, sorti de la neige. Il bâille à l’aurore d’un printemps fertile. Mais ici, tout est mort et sommeil, dehors c’est l’hiver, mais lui reverdit.
    «Tu devras mon ami, au moment venu, sortir ton clairon. Sonner la fin de la sieste et montrer le soleil aux gens.»
    Il rêva.

    Hazem AAH
    aka Georges DA COSTA

  10. Antonio dit :

    C’était le plein été, mais lui était en automne. Déjà les feuilles tombaient dans sa tête.
    Il frissonna.

    Sa main ne tenait plus en place, sa tête allait exploser. Il ne voulait pas lâcher prise. Elle était en lui, il allait la faire sortir, cette nuit, demain. Il ne mangeait plus. Seul l’appétit d’en finir lui hantait l’esprit. Sa femme lui concoctait sa soupe préférée qu’il avalait à la paille tellement sa main droite ne tenait pas en place. Rien ne pouvait l’arrêter.
    « Tu devrais essayer de dormir » lui suggéra sa femme au beau milieu de la nuit.
    Non, il se battait pour venir à bout d’elle. Elle l’avait provoqué, elle l’habitait désormais, le bouffait en dedans. Elle était forte, trop forte, elle le dépassait. Mais il voulait la contenir et l’extirper de cette tête qui allait exploser.
    « Je la tiens, je la tiens ! »
    Sa femme s’endormait chaque soir en se rongeant les sangs. Elle sentait qu’elle le perdait chaque jour un peu plus.
    Quand l’automne arriva. Les feuilles étaient déjà ramassées, empilées en un seul tas. Il avait eu raison d’elle. Son intrigue était époustouflante d’après son éditeur.

    « C’est tout simplement époustouflant, Jacques ! »

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