Exercice inédit d’écriture créative 84

Chaque année, à la même date,
son imagination partait en vacances.

Ça faisait un vide dans sa raison

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13 Responses

  1. Clémence dit :

    84. Chaque année, à la même date, son imagination partait en vacances. Ça faisait un vide dans sa raison…

    Mise en garde : l’histoire est entièrement vraie, puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre.
    Boris Vian (L’Écume des jours)

    Je vouais une admiration idolâtresse à Berthy, ma voisine.
    Berthy était une femme extraordinaire. Tout le monde l’aimait, tout le monde la détestait. Certains jours, elle était adorable, d’autres jours, elle était détestable. Personne ne savait quels étaient ses moyens de subsistance, mais il se murmurait qu’elle avait hérité royalement.

    Lorsqu’elle sortait, elle portait des tenues extravagantes, excentriques, explosives , complétées par le port de chaussures et de gants assortis.
    Le maquillage de ses lèvres était impressionnant, imprévisible, voyageant des roses pâles aux violines et grenats profonds.
    La couleur de ses cheveux passait du blond platine au roux flamboyant. Ses coiffures étranges étaient toujours asymétriques et recouvertes partiellement par des couvre-chefs invraisemblables.
    Ses yeux étaient en permanence cachés derrière des lunettes noires : rondes, ovales, carrées qui lui mangeaient les haut des joues.
    Bref, personne ne la connaissait vraiment, ni physiquement et encore moins moralement.

    Tous les ans, à la même date, le même rituel se produisait. Elle revendait son cabriolet, fermait sa maison et la grille de sa propriété.
    Lorsqu’elle revenait, après trois ou quatre mois, elle ne correspondait en rien à la silhouette que l’on avait vue s’engouffrer dans le taxi.

    Mon passe-temps favori était de l’observer, de l’admirer, de copier partiellement un de ses look. Certains s’avanceront même à dire que je l’épiais, voire, que le l’espionnais. Que nenni !

    La présence de Berthy dopait mon imagination. Son absence la décuplait et créait un vide incommensurable dans ma raison.
    Plus le moindre micro-gramme de bon sens, la folle de mon logis avait envahi tous mes neurones !

    Mais que faisait donc Berthy lors de ses absences ?

    Personne ne le sut vraiment. Mais moi, en fine limière, j’ai ma petite idée. Je passe ma vie en chaise roulante, la lecture et Internet sont devenus mes meilleurs amis et une forme d’intuition s’est développée en mon esprit, jamais au repos.

    Bon, j’en conviens, mon portrait ne vous apporte pas la solution  et votre curiosité vous dévore, n’est-il pas ?

    Dans ce cas, êtes-vous prêt à débourser quelques euros ? Non ????
    Vous voulez du gratuit, assis dans votre fauteuil, sirotant le petit rosé frais du soir…
    Soit….

    Berthy…. Ah, Berthy, je vous en ai fait un portrait fidèle, à une exception près. Elle est bipolaire.
    Quand elle est près de moi, elle est dans sa phase « positive », enjouée et créatrice.
    Quand elle part, elle emporte sa part d’ombre vers des paradis tropicaux. Elle y joue les justicières , trucidant à tout va dans le « milieu ».
    Le crime parfait. Aucun indice. La police s’accommode nonchalamment de cette « zorroïsation ».
    Berthy suit avec délices les méandres des enquêtes, gave son imaginaire et a même parfois l’audace d’apporter un témoignage qui expédie l’affaire, ad patrès, dans une « cold case » …

    A son retour, Berthy revenait à sa vie, normale.

    Quatre mois plus tard explosait dans toutes les librairies, un polar tropical, saignant à souhait, dont la dernière phrase était immuablement empruntée à Albert Einstein.
    Je vous la cite, rien que pour vos yeux…

    « La logique vous mènera d’un point A à un point B. L’imagination vous emmènera où vous voulez. »

  2. gepy dit :

    Chaque année, à la même date, son imagination partait en vacances.
    Ça faisait un vide dans sa raison.
    Imagination connaissait le ressenti de la raison mais préférait l’ignorer.
    Chaque année, à la même date, Imagination se sentait comme une adolescente, libre de partir pour la première fois sans ses parents. Enfin libre de voyager là où le vent l’emporterait, après une très longue année de bons et loyaux services auprès de la raison.
    Raison, elle, était bien malheureuse du départ d’Imagination. En même temps, elle avait conscience que le périple de sa compagne serait de courte durée, comme d’habitude.
    En fait, elles étaient comme deux sœurs. Elles avaient grandi côte à côte et se connaissaient très bien.
    Difficilement séparables, elles ne pouvaient pas vivre longtemps l’une sans l’autre sans risquer de rompre leur propre équilibre. Imagination, seule, devenait folie. Raison, sans son amie Imagination, se transformait en névrose obsessionnelle.
    C’est pour cela qu’elles restaient unies et travaillaient si efficacement ensemble.
    Elles créaient, tous les ans, un livre. Raison apportait de la discipline, de la constance dans le travail. Elle affinait l’écriture, la présentation, classait les idées. Imagination, quant à elle, volait vers d’autres horizons et ramenait en souvenirs des « copier-coller cérébraux » qu’il fallait retranscrire avec Intelligence.
    ( Intelligence était la troisième sœur de la famille. Elle se situait entre Raison et Imagination. Mais là n‘est pas le propos ).
    Bref, elles se fixaient l’objectif d’un bouquin annuel et s’y tenait. Elles étaient plutôt fières de leur coopération et du résultat obtenu.
    Par contre, lorsqu’elles envoyaient leur tapuscrit à un éditeur, toujours à la même date, Imagination disparaissait. Il lui était impossible d’affronter la moindre émotion, le moindre stress, la moindre pression. Elle en profitait donc pour s’aérer, « se libérer »selon son expression. Parler de fuite n’était pas adapté pour Imagination ; le terme « évasion » était plus approprié dans son cas.
    Alors Raison restait seule à affronter cette réalité, seule à expédier le fruit de leur labeur. Elle devait, non seulement, gérer l’absence d’Imagination mais aussi ses propres doutes sur l’éventuelle possibilité d’être reconnue en tant qu’écrivain.
    Et si, cette fois, la Chance leur souriait, si leur œuvre était publiée, quel triomphe !
    Elles seraient toujours ensemble, à développer avec plaisir de nouveaux projets de manuscrits. Peut-être, un jour, pourraient-elles produire toutes les trois ( avec leur sœur Intelligence ) des mots comme ceux de Victor Hugo :
    « La raison, c’est l’intelligence de l’exercice
    L’imagination, c’est l’intelligence de l’érection ».
    Comment savoir où les mènerait la création. Telle était leur incertitude à soutenir dans l’effort.

    Gepy

  3. Peggy dit :

    Chaque année, à la même date, son imagination partait en vacances. Ça faisait un vide dans sa raison.

    La première fois qu’Imagination avait décidé de partir en vacances, Raison avait senti un grand vide. Elle manquait d’équilibre, la tête penchait même d’un côté.

    Elle s’était lamentée quelques jours, mais à force de raisonner, elle prit une décision et finalement poussa un soupir de soulagement.

    -Ouf ! Enfin tranquille de juger seule, comme je veux sans Imagination qui vient me saouler avec ses idées abracadabrans. Moi, c’est tracer une route droite, bien droite vers un but. Une chose à sa place et une place pour chaque chose. Ce qui est bien est bien, ce qui est mal est mal. Quelle liberté !! Qu’Imagination reste en vacances aussi longtemps qu’elle en a envie et même plus. Je ne suis plus aussi pressée de la revoir.

    Quand elle rentrera elle verra tout bien ordonné et peut-être qu’elle ne retrouvera plus sa place et s’en ira DE-FI-NI-TI-VE-MENT. Bon vent ma belle !!

    Raison organisait sans frein sa vie. Calée dans des principes rigides, elle jugeait du vrai du faux, du bien du mal sans instinct ni émotion. Juste une argumentation et des preuves qu’elle pensait solides. Pas d’Imagination pour lui dire :

    – Tu ne crois pas qu’il y aurait une autre piste plutôt que de juger froidement. Je suis sûre qu’en extrapolant ou en émettant une hypothèse on aurait une autre solution.

    Après quelques semaines de route toute droite, de blanc et de noir, Raison s’ennuya à mourir. Alors elle se mit dans la peau d’Imagination pour trouver d’autres pistes. Elle s’amusa comme une folle et trouva que la vie d’Imagination était bien plus drôle que la sienne.

    Lorsqu’Imagination revint de vacances, elle resta interloquée : Raison lui avait proposé d’échanger leurs facultés. Comme elle refusa, il s’en suivit un crépage de chignon mémorable!!!

  4. Halima BELGHITI dit :

    Chaque année, à la même date, son imagination partait en vacances.
    Ça faisait un vide dans sa raison.
    La consternation fut la première réagir. Elle convoqua tout le monde sur le sommet du crâne, dans la salle ovale, quelque part entre le cuir chevelu et les deux oreilles. L’heure était grave. Si l’on ne s’occupait pas rapidement de la raison, elle tomberait en déraison. Non pas que la raison ne puisse pas vivre sans imagination, mais le seul fait de savoir que celle-ci partait en vacances la déprimait. Et en plus avec l’âge, la raison semblait accuser plus mal le coup. Comme chaque année, à la même date, les copains et les copines étaient appelés à la rescousse.

    Et comme chaque année, ils répondirent tous présent : l’émotion, la fantaisie, l’intuition, la compassion, la subtilité, l’insouciance, le courage, le plaisir, la curiosité, l’indépendance, la détermination, l’originalité, la joie, et pour la première fois, la folie douce et l’altruisme se joignirent au groupe. Il fallait échafauder un plan pour distraire la raison de son obsession pour son imagination. Certes le départ de celle-ci représentait un grand manque, un trou irréparable, une absence remarquée et presqu’irremplaçable… Mais la détermination était plus déterminée que jamais à ce que la raison réalise que celle-ci recelait tout de même, d’autres ressources que la seule imagination. Et quelles ressources !!

    Le matin, dès le réveil, la curiosité, le courage et l’indépendance se chargeraient d’accompagner la raison jusqu’à l’heure du déjeuner. Ensemble ils feraient des tas de choses exaltantes. Il fut aussi décidé que la fantaisie, l’insouciance et l’originalité travailleraient ensemble. La folie douce viendrait en renfort si nécessaire. Tous les jours de ce mois si particulier, elles rendraient visite à la raison et lui tiendraient compagnie une bonne partie de l’après-midi. Tout le monde savait que la raison avait un faible pour l’insouciance. Les contraires ne s’attirent-ils pas ?

    Restait à planifier les longues soirées d’été pendant lesquelles le moral de la raison risquait de flancher. Il fut décidé de sortir le grand jeu. La joie et le plaisir s’inviteraient chez cette dernière en début de soirée pour l’apéro. Et puis l’altruisme prendrait le relais et l’inciterait à aller à la rencontre des autres et à s’intéresser à eux au lieu de s’observer uniquement le nombril. L’émotion l’amènerait à mieux communiquer, la compassion à partager les peines, l’intuition à être plus réceptive, et la subtilité à saisir les nuances. Chacun mit tant de cœur à l’ouvrage que la raison semblait avoir totalement oublié l’absence de l’imagination. Le temps passait et la raison rayonnait de bien-être.

    A son retour de vacances, l’imagination – bronzée et frétillante – fut surprise de trouver une telle effervescence. Elle fut également fort chagrine de remarquer que la raison s’était accommodée de son absence. Elle s’attendait, comme chaque année, à être reçue en grande fanfare, avec pot de bienvenue et discours de la raison. Il n’en fut rien. Lorsqu’elle la croisa, la raison la salua amicalement mais sans plus. L’imagination n’en revenait pas. Elle qui régnait en maître…Que s’était-il donc passé en son absence ?

    La raison avait changé, mûrit. Désormais libérée de pensées aliénantes, celle-ci ne ressentirait plus jamais de vide. Car elle avait, enfin, découvert son inépuisable richesse intérieure.

  5. MAGNIEN dit :

    Chaque année, à la même date, son imagination partait en vacances.
    Ça faisait un vide dans sa raison.
    Il avait – enfin – du cerveau disponible pour regarder la TELE. Inutile de consulter un programme, il lui suffisait d’appuyer sur le bouton ON et de laisser défiler les images, de donner au bruit échappé de l’écran l’autorisation de se répandre dans la pièce. JT, images de guerre, interviews de star sur le déclin, commentées par un individu assis derrière une table, METEO avec animateur en pied s’agitant devant une carte constellée de soleils inexpressifs ou de nuages puérils. SPECTACLES incompréhensibles autorisant hommes et femmes à venir exposer leurs petites frustrations ou leurs grands malheurs. PUB vantant les mérites de voitures ou de produits pour déboucher sa fosse septique. TOUT pouvait s’installer, à l’aise dans sa part de cerveau disponible. Il pouvait tenter de combler le vide. En vain. Sa raison sans imagination s’avouait vaincue et se gavait d’images, prête à suivre n’importe qui. Jusqu’à en mourir.

  6. alma dit :

    Chaque année, à la même date, son imagination partait en vacances. Ca faisait un vide dans sa raison.
    Et chaque année c’était la même chanson que lui chantait sa raison: » cogito ergo sum » alors tu peux très bien te débrouiller sans mademoiselle et sa folie douce!
    Je vais enfin pouvoir être efficace, rentable et opérationnel, tracer la route quoi!
    Je suis fatiguée des détours et des chemins de traverse qu’elle m’oblige à prendre, sans parler des vessies qu’elle me fait prendre pour des lanternes, ni de ma tête toujours ailleurs. L’autre jour encore, j’ai crû que le beau Serge en pinçait pour moi alors que ce n’était que le fruit de cette folle! Non vraiment quelques jours sans elle me fera le plus grand bien…
    Soudain la voix de la raison:
    Et si elle revenait pas?
    Plus de douce rêverie devant les feuilles du peuplier qui dansent dans le vent, plus de rencontres incongrues parce que j’ai perdu mes clés ou que je ne sais plus où je suis garée! Ne plus s’égarer?

    Si elle ne revient pas, je crois que j’en perdrais la raison.

  7. Christine Macé dit :

    Chaque année, à la même date, son imagination partait en vacances.
    Ça faisait un vide dans sa raison…

    Pas moyen de la retenir. Même en la suppliant, rien n’y faisait : elle bouclait sa valise et pfttt ! En un rien de temps, elle avait disparu. Et quant à savoir où, et avec qui, c’était peine perdue. La traîtresse laissait bien traîner quelques indices, par-ci, par-là : une carte, un bouquin, un CD de musique. Mais pas le moindre petit mot, oubliant même volontairement son téléphone portable sur le bureau près de l’ordinateur. Je n’avais qu’à ressasser toutes mes mauvaises humeurs jusqu’à son retour… dont elle s’était bien gardée de me préciser la date ! Tant qu’à me faire ronchonner, autant que ce soit pour une bonne cause et pendant une paire de jours !

    Je l’imaginais marchant face au vent salé, ses petits pieds foulant le sable chaud des plages infinies à marée basse, le nez vibrant de senteurs océanes. Pendant que je restais coincé là, enfermé dans ce crâne exigu, poussiéreux, qui sentait le renfermé à force de n’avoir pas ouvert les fenêtres par crainte de m’enrhumer ! Sans elle tout à coup, l’endroit me devenait insupportable : elle avait subtilisé les couleurs, les sons et même l’air qui commençait à manquer. Pour un peu, j’aurais tout plaqué et je lui aurais filé le train. En douce, juste à bonne distance pour ne pas la perdre de vue. Je serais parti moi aussi respirer l’air du large, regarder les bateaux, me mêler à la foule, prendre un demi à la terrasse d’un troquet sur le port. J’aurais même pu aller jusqu’à me faire draguer par une jeunesse…

    Ça, c’est quand elle était là que j’en rêvais parfois. À en rougir de plaisir autant que de honte en me disant que je n’avais pas été élevé comme ça ! Parce que je le savais désormais : elle était ma petite folie, légère, inconstante, riant ou pleurant pour des riens, charmante, chiante parfois mais si vivante !

    Un courant d’air passa brusquement… serait-ce la porte d’entrée, elle rentrerait ?…
    Mais le silence retomba et je réalisais que le vent venait de me voler son ultime effluve parfumée, le dernier petit grain d’imagination encore en ma possession.

    Bon dimanche, Christine

  8. Carabin JP dit :

    Chaque année, à la même date, son imagination partait en vacances.
    Ça faisait un vide dans sa raison et ce vide il le comblait par de la fantaisie, du déraisonnable. A tort ou à raison il débranchait son moi de onze mois pour un moi d’un mois pendant lequel il préférait ne pas avoir raison. Ecouter tout le temps la voix de la raison est épuisant. Il la perdait souvent, plus que de raison depuis qu’il avait eu 7 ans. La seule fois qu’il avait su résister, c’était quand il avait fait un mariage d’amour. Aimer à perdre la raison, à ne savoir que dire…chanson. Une raison d’être, son épanouissement.
    Avant la fin des vacances il se préparait au retour de son imagination. Il savait qu’il fallait se faire une raison. A plus forte raison si cette imagination, reposée, allait lui donner raison sur cette idée de vacances.
    Il avait reçu 2 lettres de son imagination en vacances. Entre 2 lettres il l’avait compris : un jour ou l’autre cela paiera !
    (oui, c’est un peu capilotracté, mais mon imagination à moi est aussi partie en vacances !)

  9. Antonio dit :

    Chaque année, à la même date, son imagination partait en vacances. Ça faisait un vide dans sa raison.

    Mais d’un autre côté, il n’était pas mécontent qu’elle se casse. Parce que je ne vous raconte pas le bordel que c’est quand elle est là. Elle ouvre tous les placards, prend tout ce qu’elle trouve, s’affale sur les pensées sans laisser la moindre place. Mademoiselle a besoin de s’étaler, vous comprenez. Et hop ! Elle se colle devant l’écran et picore toute la journée, car elle grignote plus qu’elle ne mange, laissant toutes les idées traîner par terre. Et vous croyez qu’elle se lèverait pour les ranger ou les mettre à la poubelle. Non, chaque fois, c’est lui qui les ramasse, récupère ce qui est encore comestible et jette le reste. Quand elle se lève, c’est pour se connecter à ses neurones et elle surfe toute la nuit pour télécharger tout et n’importe quoi.
    Ce n’est pas une vie, ça pour un cerveau, même d’un QI aisé. C’est trop facile de se faire entretenir et laisser les tâches ingrates aux autres.

    Il n’empêche qu’elle était partie en vacances, comme chaque année, le jour de l’anniversaire de sa femme. Et sa raison avait beau être propre et rangée, il ne trouvait pas une idée qui vaille.

    « Chérie, tu veux quoi pour ton anniversaire ? »

  10. Jennifer dit :

    Chaque année, à la même date, son imagination partait en vacances. Ça faisait un vide dans sa raison. Sentiment restait dans son coin, il boudait. Jamais le doit de partir lui! Toujours là, sinon que deviendrait l’être aimé, et nia nia nia… Alors qu’imagination… Il pouvait bien partir au bout du monde, jamais personne ne l’entravait. Pour ce que cela changeait! Rêves de grandeur ou non, rien n’était réel.
    Insouciance sautillait de long en large dans toute la raison. Elle n’essayait même plus d’emporter avarice dans sa folle danse, occupée à économiser temps et énergie. Fierté pouvait se laisser convaincre sous couvert de vanité. Trop d’entrave, soupirait alors insouciance. Vraiment, rien de plus ennuyeux qu’une raison sans imagination!

  11. Christophe dit :

    Chaque année, à la même date, son imagination partait en vacances. Ça faisait un vide dans sa raison. Sans imagination les raisons sont pleines de courants d’air, on leur ferme les portes, elles deviennent aveugles. Depuis dix ans, l’imagination le quittait à chaque anniversaire de Marie, quand il allait fleurir sa tombe. Depuis qu’elle était partie sur la pointe des pieds, il lui fallait chaque matin beaucoup d’imagination pour se trouver une raison de vivre. Jean y parvenait, en s’accrochant aux beautés du monde. Il s’en faisait un voile que le calendrier venait déchirer, le vingt-huit mai, le jour de la fête de Marie. Oui, ça avait été un jour de fête. Il n’était pas encore parvenu à transformer ce souvenir de joie en joie du souvenir. Insignifiante rose d’imagination posée sur une si lourde tombe de raison. Ce jour là, il s’attarda sur le petit médaillon émaillé d’où Marie lui souriait. C’était la première fois qu’il osait le regarder vraiment. Alors cela se produisit. Il ressentit une joie fugace et lui rendit son sourire.

    En rentrant lentement chez lui, il eût le sentiment que sa raison avait rejoint son imagination en vacances. Ne lui restait plus qu’une émotion retrouvée.

  12. Catherine dit :

    Chaque année, à la même date, son imagination partait en vacances.
    Ça faisait un vide dans sa raison.
    Chaque année, à la même date, il devenait un être parfaitement adapté aux « exigences de la société ». Enfant, il devenait à cette même date parfaitement adapté à l’école. Son imagination partait heureusement en vacances durant de juin à début septembre ce qui lui avait permis de passer le bac, le permis de conduire et quelques autres examens avec succès. Pendant les vacances de son imagination, il devenait capable d’emmagasiner sans état d’âme leçons et règlements et affrontait les situations d’examen ou les entretiens d’embauche sans émotion. Durant une saison, il devenait opérationnel, l’employé modèle, le gendre idéal.
    La rentrée de septembre était bien sûr folklorique, plutôt gaie mais assez cahotique.

  13. Smoreau dit :

    Chaque annee son imagination partait en vacances. Cela faisait un vide dans sa raison. Plus moyen de trouver une idee. Sa raison redevenait carthesienne. Tout etait logique, droit, carré. C etait affreux ! Chaque annee, il vivait l’enfer. Un mois sans son imaginaire chéri. Alors, frustré, il traversait dans les clous. Respectait son agenda à la lettre. Obeissait au doigt et à l’oeil. il ne pouvait plus ni dessiner ni jouer.
    Même écrire lui posait des problèmes. Sans idée possible, il etait obligé de recopier tristement. Inventer ? Interdit ! Créer ? Il ne connaissait même plus le sens.
    Aimer ? Ses jours et nuits étaient plates, sans saveur, il ne pouvait plus surprendre sa belle. Que lui restait-il ? Compter, respecter les règles de grammaire, apprendre par coeur. Le temps s’étirait. Un mois sans idée c’est comme un mois sans soleil. Sa raison triomphait, son coeur s’attrophiait. Vivement la fin des vacances !

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