Exercice inédit d’écriture créative 98

Ce matin, très tôt, un mot est venu frapper à la porte de ma mémoire.
J’ai longuement hésité avant de lui ouvrir mon coeur, …

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14 Responses

  1. Clémence dit :

    Ce matin, très tôt, un mot est venu frapper à la porte de ma mémoire. J’ai longuement hésité avant de lui ouvrir mon cœur, …

    Le soir tombait avec une fraîcheur délicieuse et des couleurs gourmandes. Lola était assise sous la pergola et tournait doucement les pages de sa tablette lorsque son regard fut attiré par quelques mots sur un blog : «  Ce matin, très tôt, un mot est venu frapper à la porte de ma mémoire. J’ai longuement hésité avant de lui ouvrir mon cœur, … »

    Habituellement, c’est le soir ou la nuit que les mots se promènent dans mes labyrinthes, se dit Lola. Pas le matin et encore moins très tôt le matin.…

    Aussi étrange que cela puisse paraître, cette pensée lui fit prendre conscience u double cycle qui animait son rythme circadien :
    – En nocturne, la séance « cinéma d’introspection » sur écran géant de draps frais tirés,
    – En matinée, la télé-réalité: « Je ne râle pas, je constate… » dans un imbroglio de chiffons.

    De ces deux scénari, Lola vit un mot s’échapper. A peine enfui, il s’est heurté brutalement à la porte de sa mémoire et celle-ci s’est ouverte avec fracas ! Quant à son cœur, il a hésité avant de lui proposer une petite place car ce mot féminin et singulier, est un mal-aimé.

    Afin de pouvoir le nommer, Lola devient funambule et remonte le fil du temps.

    Fin de l’insouciance trop brève. Elle entame une longue quête, à coups de révoltes, sous la bannière des « pourquoi ? ».
    Pourquoi un statut différent dans la fratrie ? Pourquoi des cotes et des notes injustes ? Pourquoi les machinations et les manipulations ? Pourquoi les revirements, les trahisons et les rejets ? Chacun des pourquoi prenait bien sûr un malin plaisir à engendrer d’autres pourquoi, tout aussi perturbants.

    Après quelques années, las de combattre seul, le « Pourquoi ? » entraîne le « comment ? » . A eux deux, ils décuplent leur force titanesque et dévastatrice pour remplir un tonneau digne des Danaïdes. Le corps souffre, le cœur saigne. Il faut agir en urgence.

    De recherches en rencontres, de lectures en réflexions, Lola découvre un sésame, tapi dans une encoignure.
    Elle le saisit, avec précaution, ce sésame. Il ressemble à une lorgnette. Elle y colle un œil. C’est alors que le mot passe devant la lentille. Il éclate d’une colère noire  en huit fragments de feu : J A L O U S I E.

    En quelques secondes, Lola comprend que cette jalousie n’est pas la sienne. Elle peut enfin regarder sa vie autrement. Quelques heures encore, avant qu’un autre mot ne surgisse au grand jour…..

    Les étoiles scintillent …elle sourit et se dit que c’est peut-être un peu cela, la sagesse….

  2. Françoise -Gare du Nord dit :

    Ce matin, très tôt, un mot est venu frapper à la porte de ma mémoire.
    J’ai longuement hésité avant de lui ouvrir mon cœur, car je m’en méfiais. Son ton mielleux et obséquieux, son regard torve, ses mains moites et molles, ses courbettes serviles. Tout en lui inspirait la défiance :
    Pourtant, j’ai cédé. Et, en lui ouvrant mon cœur, j’ai vidé mon sac et les reproches se mirent à pleuvoir.
    « Tu n’es jamais venu lorsque j’ai été bousculé, humilié, blessé, martyrisé, lésé. Je t’ai espéré en vain mais tu es trop orgueilleux pour être humble ou trop lâche pour te montrer ».
    Il a tenté alors piteusement de défendre sa cause.
    Mais il était trop tard. Et je l’ai laissé partir, sachant que je ne le reverrai plus jamais, ce mot « Pardon » que j’avais pourtant attendu toute ma vie.
    Soudain, lorsque les regrets envahirent mon cœur, j’entendus toquer, à la porte de ma mémoire, narquois et perfide, le mot « Imbécile » que j’avais pourtant entendu toute ma vie.

  3. gepy dit :

    Ce matin, très tôt, un mot est venu frapper à la porte de ma mémoire.
    J’ai longuement hésité avant de lui ouvrir mon cœur, …

    toc-toc.Toc-toc.

    Ma mémoire, affectueuse :« Chéri, les toc-toc font vibrer mes méninges. Va ouvrir, s’il te plaît.»
    Mon cœur : « Ton nerf optique a t-il regardé de qui il s’agissait ? »
    Ma mémoire :« Mon cœur, ne sois pas si suspicieux, ouvre donc ! »
    Mon cœur : « Ton nerf auditif a t-il capté des signaux anormaux ? »
    Ma mémoire : « Je ne ressens pas de souvenirs désagréables si c’est ce que tu veux savoir. Allez, laisse-le entrer »
    Mon cœur, interpelé : « Le ! il s’agit d’un nom masculin. Cela perturbe mon rythme »
    Ma mémoire : « tu ne vas tout de même pas t’arrêter de battre pour ce détail. J’en serais fort malheureuse.»
    Mon cœur, très agacé : « Un détail ! La colère me monte à l’aorte. Je sens que la pression augmente»
    Ma mémoire, encore plus énervée : « ça y est ! Ton éternelle jalousie recommence. Tu m’agaces. Je ne peux plus me concentrer, j’ai de nouveaux des trous. Mais, ouvre, il va partir.»
    Mon cœur, satisfait : « Tant mieux »
    Ma mémoire, dépitée : « Comment peux-tu être aussi froid et distant !»

    Le mot, impatient : TOC-TOC. TOC-TOC.

    Ma mémoire,soulagée : « ouf, il est encore là ! Je l’aurais presque oublié avec tes boum-boum cardiaques de plus en plus rapides et sonores. Et cette tension que tu dégages, tu me troubles les idées.»
    Mon cœur : « Devant le peu d’attention que tu me portes, je pense qu’il va falloir nous séparer.»
    Ma mémoire, affolée : « non, pas ça, je serais perdue »
    Mon cœur, agressif : « Alors, renonce à ce mot ! »
    La mémoire ne se dégonfle pas : « Hors de question, je t’ordonne de le laisser entrer. N’oublie pas que j’ai aussi ma part de choix dans notre couple.»
    Le cœur : « tu choisis tout le temps, je ne suis qu’un automate pour toi.»
    Ma mémoire, révoltée : « Comment oses-tu dire de telles inepties ? Qui m’a rappelé d’acheter des fleurs pour la «petite princesse» l’autre jour, avec cette accélération de pulsations ? Je n’ai rien dit, j’ai transmis ton désir avec gentillesse, me semble-t-il.»
    Mon cœur, adouci et un peu honteux: « c’est vrai. Bon, pour cette fois, je vais ouvrir.»

    Palpitant, mon cœur s’exécute.
    Flûte, le mot s’est éloigné ! mais il l’a reconnu, avec son allure débraillée et désinvolte.
    « Alors, qui est-ce ?» demande ma mémoire.
    Mon cœur, désolé : « C’est l’Imaginaire. Il est parti.»

    En chœur : « ce n’est pas grave. On sait qu’il reviendra, comme toujours. Il n’existerait pas sans nous».

    Gepy

  4. Caroline Basciani dit :

    Ce matin, très tôt, un mot est venu frapper à la porte de ma mémoire. J’ai longuement hésité avant de lui ouvrir mon coeur…

    Il faut dire qu’il m’avait fait faux bond un de ces matins d’printemps envers lequel j’avais fondé tant d’espoirs…Et puis, hier, voilà qu’en me promenant dans le grand magasin à livres où je vais quelques fois me réfugier lorsque mes écritures et pensées se mélangent les crayons, le mot fit son apparition, « mine de rien », au beau milieu du titre d’un bouquin, d’une personne que j’aime bien.

    Comme un appel, comme un « dépêche toi ! » Ce mot vint tout d’suite me sauter dans le regard en faisant une descente en direct vers le coeur si fort et si violemment, que je crus bien alors éclater en mille particules en chaque point, angle, fissure, commissure du grand magasin à livres, une de ces explosions à crevé le plafond de tous les étages, à faire bondir et se soulever la multitude des paroles « enlivrées » dans ce lieux de lecture marchande, et même, à me faire voler par jaillissement d’une source intérieure, que dis je ? D’un torrent, à débroussailler les mille formules du verbe aimer, une sorte « d’entraîne-tout » venu noyer à perte de vue l’environnement, les graphies aux mille genres, les lettre d’où qu’elles viennent, chaque signe, trace, empreinte et puis aussi les gens à la recherche en ce lieu de leur propre ouvrage, eux qui n’avaient sans doute rien à faire de mon mot à moi, débarqué d’un coup, sans crier gare, à la porte de mes souvenirs.

    C’est ainsi, que reprise par la -réalité oblige- par le « biencommyfaut », soucieuse par expérience vitale de la difficulté à la nage forcée ou par accident, avec efforts si complexes mais nécessaires, dus à la coordination jambes-bras-bras-jambes et tête ajoutée pour multiplier l’obligation de garder la face hors de l’eau et le fil du courant, je n’avais finalement rien bousculé, rien éclater. juste délicatement, je m’étais rapprochée un peu du livre, j’avais dessiné une à une les lettres du mot de mes souvenirs, et puis j’avais tracé son contour plusieurs fois pour imprégner son histoire dans mes doigts, mes mains, ma peau, en caressant l’ultime espoir que son « flow » s’infiltre et coule jusque dans mes veines, mon sang, et qu’il circule enfin une bonne fois pour toutes.

    L’essentiel se trouvait là, écrit comme par enchantement en lettres rouges sur la couverture du bouquin devant moi, par la personne que j’aime bien, et comme un souvenir n’arrive jamais seul, le mot était accompagné de quelques proches pour l’occasion :
    « Sauve toi, la vie t’appelle ! »

  5. Gwenaëlle dit :

    Ce matin, très tôt, un mot est venu frapper à la porte de ma mémoire.
    J’ai longuement hésité avant de lui ouvrir mon coeur… et j’ai cédé ! Depuis le temps qu’il frappait à ma porte dans mes moments de plus grands relâchements, m’arrachant inlassablement à mon sommeil à l’aube et me laissant pantelante, sans force pour le recevoir et lui faire face. Peur, trop peur de cette douleur que je n’ai pas acceptée, que j’ai refoulée et qui m’a laissée froide, sans larmes, comme indifférente aux événements. Ce matin, pour la première fois depuis dix ans, mes lèvres prononcent ton nom ‘Mamie’ et je sais que c’est toi qui frappe à ma porte. Et pour la première fois depuis dix ans mes larmes coulent à n’en plus finir, une digue s’est rompue, mon cœur s’emballe, ma gorge est si serrée, qu’elle ne peut te crier sa détresse, te dire qu’elle t’en a tellement voulu de l’avoir abandonnée, là, brutalement, sur le chemin de ses onze ans ! Tu n’y étais pour rien, mamie, ce voyage, ce camion… Mais tu es partie. Et ce chemin je ne l’envisageais pas sans toi, sans ton soutien, sans la chaleur de ta peau plissée contre ma joue d’enfant. J’étais perdue. J’ai avancé, branlante et sans confiance. Toi, ma grand- mère, ma compagne, ma confidente, ma belle-âme que j’aimais tant, c’est si bon et si violent de te laisser envahir mes pensées ce matin, cela faisait si longtemps… si longtemps! Je suis prête. Tu as bien fait de venir de bonne heure, j’ai tant de choses à te dire…. 

    © Gwenaëlle Joly

  6. Smoreau dit :

    Ce matin, très tôt, un mot est venu frapper à la porte de ma mémoire.
    J’ai longuement hésité avant de lui ouvrir mon coeur mais il insistait. Je n’avais pas vraiment le choix. Le mot cognait, mon coeur battait à l’unisson. Le mot frappait, mon sang s’accélérait. Le mot tambourinait, mes veines s’affolaient. Le mot forçait la porte, mes souvenirs me submergeaient. Avec violence, sans respect le mot pénétrait et mon coeur s’affolait. Ce mot se pose, le souvenir s’impose, une suée m’inonde. Il est là tout près. Je ne veux pas. Je le mets dehors. Le mot est sorti mais le souvenir est installé. Il m’a envahi. Le mot a gagné, je suis triste…

  7. Plume dit :

    Ce matin, très tôt, un mot est venu frapper à la porte de ma mémoire.

    J’ai longuement hésité avant de lui ouvrir mon cœur, de le laisser pénétrer dans cette citadelle maintes fois prise d’assaut et qui a érigé, pour se protéger, de vaillantes murailles.

    Ce mot simple, tissé de quelques lettres, me rappelle tant de choses, tant de moments magiques, perdus dans un passé qui chaque jour m’assassine. Ce passé qui ne reviendra jamais, qui a laissé sa trace et qui murmure souvent… « Ne m’oublie pas »…
    J’ai pourtant essayé de pousser vers le large ces instants solidement ancrés dans ma mémoire … Mais comme une cicatrice béante, ils sont toujours présents…

    Ce mot souvent dénaturé, car trop utilisé, ce mot qui porte en lui l’espoir et la détresse, ce mot… L’amour.

    Ce matin, très tôt, alors que je regarde cette femme dormant à mes côtés, cette femme rencontrée il y a seulement quelques jours, blonde comme les blés, aux yeux d’un bleu parfait, je me dis qu’elle s’apprête à devenir reine d’une citadelle et à pousser vers le large mes douloureuses pensées.

    Ça y est, j’ai laissé entrer l’amour qui frappe à la porte de ma mémoire.

  8. laurenced dit :

    Ce matin, très tôt, un mot est venu frapper à la porte de ma mémoire. j’ai longtemps hésité avant de lui ouvrir mon coeur.
    Je me suis d’abord recouchée car il était vraiment trop tôt. Une fois dans mon lit, le mot a crié  » réveille toi, sors de ce satané lit, c’est l’heure ! ». Je lui ai fait fermé sa bouche je n’étais pas prête. Cela fait si longtemps que je l’avais enfoui dans les vestiges du passé, coincé entre les cicatrices du deuil et les boursoufflures du temps. Il est revenu à la charge et m’a dit qu’il était temps. Temps de quoi ? de gémir, de pleurer ? Rien à faire j’ai refermé la porte de ma mémoire.
    Mon mari est entré dans la chambre et m’a découverte les jambes écartées en plein travail. Je transpirais à grosses gouttes mais je ne criais pas. Il m’a traité de folle et ne comprenait pas que je ne sois pas dans un lit d’hopital pour donner naissance à notre enfant.
    Ce n’était pas vraiment le moment de lui expliquer…Notre bébé allait naitre entrainant avec lui le mot oublié  » maman ».

  9. George Kassabgi dit :

    Ce matin, très tôt, un mot est venu frapper à la porte de ma mémoire. j’ai longtemps hésité avant de lui ouvrir mon coeur.

    La mémoire est semblable à un système organisé. Comme une bibliothèque. On peut y retrouver aussi vite un texte ancien que le dernier texte publié.

    Le coeur est comme la rue dans un village, un quartier dans une grande ville, une grand aglomération sur un continent. Chaque marchand est confiant. Chaque passant est inconnu.

    Ah, le mot du jour… Amour.

    Ma mémoire veut remplir une case vide. Le temps est une considération technique. Chaque mot n’est qu’un ensemble de symboles.

    Mon coeur en a la frousse. Le passé et le présent se poursuivent dans le futur. Certains mots représentent une éternité.

  10. Antonio dit :

    J’ai longuement hésité, oui. Le café coulait lentement comme un compte à rebours. La cafetière ronflait laissant échapper des vapeurs de sa tête. J’ai très mal dormi. Les mots s’entrechoquaient dans un désaccord qui les rendait presque violents entre eux.
    Taisez-vous, bon sang ! … Taisez-vous !
    Laissez-moi dormir ! … On verra demain.

    Et dès les premiers rayons du soleil, une heure avant la sonnerie du réveil, il était là, à ma porte. Petit, rondelet, tel un huissier à la première heure légale, le point d’exclamation en main, avis d’expulsion légitime et convaincant.
    Allais-je finir par lui ouvrir ou allait-il me pousser dehors lui-même avec ses petits bras enrobés. J’en doutais.
    Je me dirigeai vers la douche comme une parenthèse chaude et rassurante à ce qui m’attendait.
    Lui ouvrir menait à une issue irrévocable. Finie ma petite vie pépère dans ce bel appartement, finis les voyages, les grands restaurants, les comptes d’épargne bien garnis.
    Je savais que je pouvais me défaire de ce petit opportun. J’avais un coup de tête à passer et des milliers de raisons bien placées m’en débarrasseraient sur le champ.

    Un malheur n’arrivant jamais seul, pensais-je, l’eau chaude était froide. Un vrai électrochoc. Je coupai l’eau, terminai ma toilette avec courage au lavabo, me versai un café noir, sans sucre, tartinai les deux bouts de baguette tranchée. Je décidai que j’irais travailler comme les autres jours, que je ne le regarderais même pas, je fermerais ma porte à double tour comme chaque jour, qu’il ose rentrer !

    Sauf que je ne sais pourquoi, quand j’ai ouvert la porte, son regard était clair et non équivoque, comme une lumière qui jaillit, et croyez-moi que je n’y ai pas vu l’ombre d’un Dieu tout puissant moi qui ne suis pas croyant, je l’ai laissé entrer, cela me paraissait soudain évident, inexorable.
    A cet instant, je le savais, ma vie basculait. Fonce !

  11. Durand Jean Marc dit :

    Ce matin, très tôt, un mot est venu frapper à la porte de ma mémoire. j’ai longtemps hésité avant de lui ouvrir mon coeur.

    J’en avais déjà rencontré, de ces mots marchands, ces petits commerciaux du sentiment. Ils entrouvaient votre coeur battant, glissaient délicatement un pied dans le montant. Les mots d’amour demandaient toujours s’ils devaient utiliser les patins avant de lustrer le parquet.

    Puis ils vous en roulaient un, vite fait, mais profond, cravataient votre solitude, accrochaient votre coeur dans la penderie, installaient leurs pantoufles.

    Celui là, ne présentait pas la valise habituelle. Il n’avait rien à étaler, rien à démontrer. Il présentait mal, écorché du dehors, humide dedans.

    J’ai bavardé deux secondes avec mon paillasson « Welcome ». On y perd toujours à étaler ses idées. Je n’ai pas tourné sept fois ma cervelle dans mon crâne.

    Il parait que toute porte possède des paumelles à gond mâle et à gond femelle. J’ai donc laissé faire la nature. Il me restait du poisson de la veille, froid.

    Je lui ai proposé. Il n’a pas refusé. La sauce ne l’interessait pas. Nous étions déjà deux à préférer la simplicité, la sobriété, les angles arrondis, la douceur des siestes.

    Bien que, de toute évidence innommable, je lui en trouvais un, rapidement:

    « Chat »

  12. Christine, écrivaine publique dit :

    J’ai ouvert un œil, que j’ai aussitôt refermé. Un intrus osait se pointer le premier jour de mes vacances, quel culot ! Il n’avait qu’à repasser, plus tard, ou un autre jour.
    Mais celui-là ne semblait pas l’entendre de cette oreille et la mienne s’est remise à bourdonner. J’ai bien essayé de me recoucher dessus : il a purement et simplement changé de côté. Et avant que j’ai le temps de me boucher les deux oreilles, il a filé sous ma boîte crânienne. J’ai fait semblant de continuer à dormir, il s’est arrêté de bouger. J’ai pensé qu’il s’était calmé, qu’il allait lui aussi rejoindre Morphée et me fiche la paix. Mais en me retournant, j’ai senti qu’il avait bougé : retenant ma respiration, je l’ai écouté marcher à petits pas, s’arrêtant par moment, puis reprenant son incessant manège. Dieu que c’était énervant. D’autant qu’on le sentait chez lui, inspectant son domaine, allant et venant sur ses terres qui étaient (encore, je l’espérais) les miennes ! Un étranger sous la cafetière, manquait plus que ça ! Je me suis assise rageusement, les bras croisés, pour lui intimer l’ordre de se montrer, au grand jour, ou de se taire définitivement. Il s’est mis à rire en reprenant sa course effrénée, glissant d’un hémisphère à l’autre, sautant du pariétal au frontal, jouant à la baballe avec quelques milliards de neurones encore endormis.
    – Hé ! on n’est pas au Club Med ! ai-je hurlé désespérément.
    Ce qui a eu pour effet de l’exciter davantage. Ç’en était fini de ma nuit, je pouvais dire adieu à ma grasse matinée paresseuse. De fort méchante humeur, je me suis levée d’un bond et j’ai senti l’autre qui avait failli en perdre l’équilibre. Cette fois, c’est moi qui ai ri, d’un rire méchant et sarcastique, pressentant que le combat ne serait pas à mon avantage, même si l’adversaire était à terre. J’ai joué l’indifférente, comme si de rien n’était. Comme si j’avais cessé tout bonnement d’y penser ; tout en écoutant le soudain silence qui envahissait mon crâne. Certaine que ça n’allait pas durer. Juste une ou deux minutes. Puis je me suis mise à jeter des regards à la pendule dont les aiguilles cavalaient. Et toujours ce silence.
    – Ola ! Y’a quelqu’un ?…
    Mais rien. Il avait disparu. Sans laisser la moindre trace. Juste une impression, diffuse. À peine la sensation de son passage et puis le vide, le questionnement incessant, le doute, la joie avortée. Ça m’a rendue triste pour le reste de la journée. Et chaque soir, en m’endormant désormais, je le guette, je l’attends, je l’appelle en secret ce petit mot que je ne connaîtrais peut-être jamais.

  13. Monique Lachaux dit :

    Ce matin, très tôt, un mot est venu frapper à la porte de ma mémoire.
    J’ai longuement hésité avant de lui ouvrir mon coeur, il a fait : toc-toc-toc, et j’ai revu le loup taper aux cabanes des petits cochons, la méchante reine arriver chez Blanche-Neige, Hansel frappant chez la sorcière. Des histoires d’embrouilles. Toc-toc-toc, méfiance, la vie va basculer, l’intrusion annonce le malheur. Ce constat n’a fait ensuite que se confirmer : Derrick : toc-toc-toc, c’est la police…toc-toc-toc : bonjour Monsieur le Chef, le banquier, le percepteur…Toc-toc-toc, c’est l’huissier…Des trucs à vous rendre TOC-TOC ou à vous filer des TOCS.

  14. Fred Nache dit :

    Ce matin, très tôt, un mot est venu frapper à la porte de ma mémoire.
    J’ai longuement hésité avant de lui ouvrir mon coeur, je ne me souvenais qu’il existait mais comment aurais je pu le savoir puisqu’il exprime l’inconnu, l’indicible. C’est celui derrière lequel se cachent les plus belles histoires, celles difficiles à conter, ce mot c’est « l’inénarrable ».

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