Exercice inédit d’écriture créative 7

Un petit mouchoir sèche sur un fil à linge à côté d’un grand drap.

Imaginez ce qui pourrait lui passer par la tête

10 Responses

  1. Clémence dit :

    Un petit mouchoir sèche sur un fil à linge à côté d’un grand drap.

    Héritière d’un modeste mas, à l’écart du centre d’un adorable village haut perché du Luberon, Linette décida d’ouvrir ses portes aux vacanciers friands d’authenticité.

    Du matériel de récupération, de la créativité et un brin de persévérance…la réussite était belle. Chinant sur les brocantes, elle fit l’acquisition d’un lot de linge de maison. C’est ainsi que le lendemain, un petit mouchoir fasseyait aux côtés d’un beau grand drap de lin.

    – L’air embaume la lavande, ce matin, reniflait le petit mouchoir.
    – C’est si bon de se déployer les coins! Quand je pense que nous étions écrasés, des mois durant, dans de vieux cartons, trimbalés de brocantes en brocantes…
    – Quand je pense que j’ai été vendu pour rien du tout….
    – Et moi quand je pense que j’ai été bradé pour 1 euro symbolique….
    – Nous sommes bien peu de chose ! ponctua le petit mouchoir en éternuant.
    – Sauf …. sauf si nous parvenons à nous inventer un passé prestigieux !
    – J’ai été tenu dans les mains de l’Impératrice, le jour de son couronnement …
    – J’ai garni la couche du dernier roi de France…
    – J’ai été agité par la sublime Greta….
    – J’ai servi de grande voile sur le Nil….
    – Reste un obstacle. Comment faire part à Linette, de la grandeur de nos origines ?

    De petites histoires en anecdotes incrustées au sein de la grande histoire, ils ne virent pas le temps passer.

    Ils furent, avec douceur, ramassés, pliés, repassés et étalés, l’un sur le lit, l’autre sur la table de chevet. Linette était un peu tendue. Elle s’apprêtait à accueillir sa première voyageuse. Une Anglaise à l’accent ravissant.

    Le soir, sur la terrasse, elles firent plus ample connaissance. Linette apprit que sa visiteuse était à la recherche d’une belle demeure pour ses patrons. Elle lui promit de l’aider dès le lendemain.

    L’Anglaise gagna sa chambre. Elle déposa ses bagues sur le petit mouchoir et le trouva joliment brodé, ourlé de dentelle légère.

    Elle repoussa le couvre-lit en boutis et fut émerveillée. Le rabat du drap brillait d’amidon et révélait des broderies d’une beauté époustouflante. Un minuscule monogramme courrait le long du rebord ajouré. Elle regarda attentivement. Non, elle ne se trompait pas. Elle connaissait ce monogramme. Celui qu’elle voyait là-bas….

    Elle descendit à la cuisine où Linette préparait le plateau du petit déjeuner.
    – Linette, où avez-vous trouvé ce drap et le petit mouchoir ?
    – Sur une brocante, pour trois fois rien… Mais… pourquoi ?
    – Linette, seriez-vous prête à….

    Quelques jours plus tard, émus et fiers, le drap et le petit mouchoir firent leur entrée au Royal Château de …

    © Clémence

  2. Sabine dit :

    « Pfff…pas la peine de rouler les mécaniques. Tu verras, quand tu seras usé. Elle va te découper en 12 morceaux, tu finiras en torchons. Pire ! en chiffons. Tu essuieras la table toute grasse, tu dépoussièreras les meubles crasseux, tu nettoieras les carreaux sales, tu cireras ses chaussures toutes crottées… Bien fait, prétentieux ! Et ne viens pas pleurer sur moi. »

    Elle détendait le linge quand sa fille arriva : « Maman, tu te sers encore de mouchoirs en tissu ? Mets ça aux chiffons. Il y a des mouchoirs en papier, maintenant, c’est plus hygiénique ! »

    ©Margine

  3. DUMOUCHEL dit :

    Un petit mouchoir sèche sur un fil à linge à côté d’un grand drap.
    Le vent se mit à souffler et là Mouchoir envie Drap en effet, ce dernier dans toute sa splendeur s’envole et affiche sa grandeur! C’est à peine si Mouchoir arrive à se lever un peu…
    Dit donc demande Mouchoir à Drap… Te serait il possible dans toute ta majesté de venir t’enrouler près de moi ?
    – Pour quoi faire ?
    – Eh bien vois-tu, j’aimerai connaitre cette sensation de s’envoler… sentir le vent dans mes fibres, passer dans tout mes « recoins » dit… tu veux bien ???
    – Je peux essayer mais je ne te promets rien !
    Et voilà maintenant Drap qui enveloppe Mouchoir, mais le vent fut si fort que Drap ne sentit pas son étreinte et au moment de reprendre sa place….. Mouchoir n’était plus là..
    Mais où est il donc ? se demanda Drap….
    Mouchoir était content… il ne connaîtrait plus ni les pleurs, ni les rhumes ! Le vent l’emportait…. au paradis !

  4. Geneviève T. dit :

    ’’Bonjour petit mouchoir, alors pas trop secoué par la mauvaise grippe de notre maître?…je l’ai entendu se moucher si bruyamment que le bruit m’est parvenu jusqu’au fond du lit!’’
    ’’ m…ouai..il y a eu des jours meilleurs…’’
    ’’ah …il ne vous épargne pas… et j’éternue, et je postillonne et je cr…..’’
    ’’oh arrêtez ce n’est pas amusant!’’
    ’’et tout ça pour finir en boule au fond de sa poche, envahit par les microbes!’’
    ’’Ne faites pas le malin grand drap, vous ne savez pas ce qui peux vous arriver! «
    ’’moi!?!? …oh là’’
    Deux mains expertes venaient de saisir le drap qui se retrouva plié au fond de la corbeille à linge, le mouchoir le rejoignit sans attendre.
    La semaine suivante sur la même corde à linge, le spectacle n’était plus le même.
    ’’alors grand drap que vous est-il arrivé?’’
    ’’gr……’’
    ’’ vous n’êtes pas bien bavard?’’
    ’’VOUS si fier, si majestueux, je ne vois qu’un tas de loques….ah ah…vous voilà dans de beaux draps!
    ’’un peu facile vous ne trouvez pas? … hum….C’EST de la faute de notre maître!’’
    ’’qui va beaucoup mieux et j’en suis fort aise, je vais donc moi aussi beaucoup mieux’’
    ’’tellement heureux que cette mauvaise grippe l’ait quitté, qu’il a fait la fête toute la nuit’’
    ’’en galante compagnie…ah ah!’’
    ’’ne vous moquez pas, je suis déchiré de partout et vais finir ma vie dans la boîte à chiffons!….sniff…sniff’’
    ’’vous voulez un mouchoir grand drap?’’……

  5. Marie-Ange dit :

    J’aimerais tout-de-même bien savoir ce que je fais ici à côté d’un tissu comme moi mais beaucoup plus grand, pourquoi m’a-t’on mis là ? je me sens si petit près de lui ! je fais des complexes !!! Est-ce qu’il mouche les gens, lui aussi , je crois qu’il doit être spécialisé dans les gros rhumes ou les rhumes des foins qui n’en finissent pas car vu sa taille… à quoi pourrait-il servir ? Je me perds en conjecture…. ça m’énerve car on vient de l’enlever et il faut deux personnes pour le plier… et on le range précieusement dans l’armoire… alors que moi je suis dessous ou dessus mes congénères !!! On me prend, on me met dans sa poche et je me retrouve tout froissé !!! c’est pas juste… Ce qui me console un peu c’est que l’on dit toujours : « ce qui est grand est charmant » et « ce qui est petit est gentil » ! alors je retrouve mon sourire !!!

  6. Marie-Ange dit :

    – Dis donc, je m’inquiète ! C’est toi qui a grandi ou moi qui ai rétréci ??? Tu es beaucoup plus grand que moi, c’est pas normal !
    – Tu te prends pour qui ? Moi j’ai TOUJOURS été comme ça, je suis un DRAP ! toi tu n’es qu’un MOUCHOIR !!!
    – Et alors ?
    – Alors, mon cher, un mouchoir est forcément plus petit qu’un drap, banane !!
    – Ah ! vraiment ? et pourquoi s’il te plaît ?
    – Tout simplement parce que TOI tu es fait pour que les gens se mouchent et MOI pour les recouvrir lorsqu’ils dorment… tu n’y es pas du tout ! J’ai une importance autrement grande que la tienne…
    – Oui, mais moi je dégage leur nez lorsqu’il est bouché alors que toi ….
    – Moi, mon vieux, ils peuvent se reposer dans mes fibres, se prélasser, s’enrouler, je ne sais pas moi,.. rien à voir avec toi !! et en plus j’ai de la couleur, moi, monsieur !
    – Que tu es prétentieux ! En tous cas, te voilà à côté de moi en train de sécher… exactement sur le même fil et dans la même position, alors, ne crâne pas trop !!! On est pareil à ce moment précis !
    Au même moment, l’amie de la maîtresse de maison arrache le drap de dessus le fil et s’écrie : « voilà enfin la couleur que je cherche pour faire une pièce à la robe de ma fille, vous voulez bien m’en couper un morceau ? L’autre femme ne voulant pas la contrarier accepta…
    Ce qui fut dit fut fait… et le mouchoir, lui, resta entier !!

  7. Pascal Perrat dit :

    Grande forme créative. Très agréable à lire, beaucoup de retenue.
    Je retrouve là, ton plaisir d’écrire

  8. Antonio dit :

    « Hé le gros mouchoir, si on se tirait de là ?
    – C’est moi que tu traites de gros mouchoir ?
    – Je ne te traite pas, je t’appelle juste par ce que tu es, un gros mouchoir !
    – Primo je ne suis pas un mouchoir mais un drap, deuxio je ne suis pas gros mais grand, OK – PE-TIT ?
    – Ok grand drap, et si on se tirait de là ?
    – Quelle idée ? Et elle est sensée nous mener où cette évasion ?
    – Je ne sais pas. Mais au moins pas au fond d’un tiroir en attendant que la maîtresse de maison nous crache dessus de ses immondices avant de nous enfouir de honte au fond de sa poche.
    – Ca c’est ton destin, petit, pas le mien. Je n’ai pas à me plaindre, moi !
    – Elle ne te souille pas, toi ?
    – Au contraire, elle prend bien soin de moi. Chaque matin, elle m’aère, elle m’étire pour que je sois en bonne forme entre mes compères, le drap-housse et la couverture.
    – Ah ouais ?
    – Et c’est pas tout. Toute la journée, je dors tranquille et je me prépare pour le coucher de mademoiselle, à 23h précises. Elle est rarement en retard.
    – Et alors ?
    – Là, c’est toujours le même rituel. Elle me soulève délicatement jusqu’à sortir mon bord de dessous le matelas. Elle entre une première jambe dénudée qui se frotte à moi comme une première caresse. La deuxième suit, elle est aussi douce que la première. Et voilà qu’elle me referme sur elle comme si je la tenais dans mes bras. Elle me tient toujours entre ses mains délicates et semble fixer le plafond. L’air qui s’était immiscé entre nous un instant s’échappe enfin laissant mon corps épouser le sien de tout son long et de toutes ses formes.
    – Whouah ! … et alors ?
    – Elle fixe toujours le plafond, elle parle toute seule même.
    – Qu’est-ce qu’elle dit ?
    – Aucune idée ! … Je n’écoute pas, je la sens tout contre moi. Très vite, j’ai chaud. Et puis au bout de dix minutes, elle se retourne, sur le côté droit, toujours, sans me lâcher un instant. Elle me porte à sa bouche. Elle me sent, plus qu’elle ne m’embrasse.
    – Pourquoi elle te sent ?
    – Parce que je sens bon ! Elle me lave toute les semaines, ce qui est assez exceptionnel ! Et c’est toujours moi qu’elle reprend dès que je suis sec, jamais un autre. Va savoir pourquoi !
    – C’est du fétichisme !
    – En quelque sorte. Je l’ai connue toute petite chez ses parents !
    – Et après t’avoir senti ?
    – Après elle me jette à son cou, j’en frissonne à chaque courant d’air qui passe. Elle garde les yeux ouverts, parfois elle pleure, puis elle s’endort. Chaque nuit je la regarde, les yeux fermés et je me demande à quoi elle rêve.
    – Un garçon sans doute…
    – Sans doute. J’espère juste que le jour où il viendra il me considèrera aussi bien. Parce qu’un drap-housse m’a raconté la misère que c’est la vie avec un garçon !
    – Oh, j’aimerais tellement passer une nuit avec elle aussi !
    – Tu ne voulais pas te tirer d’ici ?
    – Non j’ai changé d’avis. Il n’est pas question que ses pleurs soient séchés par quelqu’un d’autre que moi. Tiens la voilà ! »

  9. Catherine Boissy dit :

    Comme c’est bon de pouvoir se balancer au soleil… Je plains le drap qui passe sa vie allongé sur le lit ou plié dans l’armoire et ne sort que de temps en temps au moment du lavage. Moi je vais à l’école, le dimanche je vais chez grand-mère, quelquefois je me rends aux anniversaires et je change souvent de poche. J’aime bien ma vie, toujours en mouvement, toujours en ballade! Il faut dire que j’ai de la chance d’être né à cette époque car je ne sers la plupart du temps qu’à essuyer les lunettes. Avant l’invention des mouchoirs en papier, mes ancêtres ont beaucoup souffert, surtout l’hiver. Moi, je suis un mouchoir du troisième millénaire, je suis chic et à peine utilitaire, un peu en voie de disparition faut dire, c’est vrai qu’on en voit pas beaucoup par ici… Ca me rend triste d’un coup, je me pose des questions sur mon avenir…

  10. Anne et Adele dit :

    En regardant ce géant, le petit mouchoir se dit :  » Attends un peu mon gaillard, quand le vent se lèvera, c’est toi qu’il emportera ».
    Quelques jours plus tard, c’est ce qui se passa. Le grand drap se trouva fort malmené lorsque la tempête le tira hors de son perchoir en le faisant choir dans une mare de boue noire.
    Le petit mouchoir résista et contempla le prétentieux en plein désarroi.
    Moralité : rien ne sert d’être grand, juste être résistant.

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