Exercice inédit d’écriture créative 21

Imaginez ce que pense la main droite de la main gauche

13 Responses

  1. Clémence dit :

    Imaginez ce que pense la main droite de la main gauche

    Il faut peut-être se réveiller en pleine crise d’assuétude à l’Oulipo pour épiloguer sur un sujet aussi intime que son alter égo….
    Ou alors, être drogué à l’encre bleue, écrire jour et nuit entre deux lettres,et passer sa plume d’une main à l’autre…
    Voilà à quoi je pensais, un œil sur le titre, un œil sur ma messagerie ; une main sur le clavier, l’autre tenant ma tasse de café.

    Et puis, je pianotai…

    – Main gauche….sur la scène de la vie, on t’a souvent donné le mauvais rôle, bien que tu sois côté jardin.
    Les Italiens te nomment « mano sinistra ». Sinistre, dont l’étymologie est  « de mauvais présage ». Quel malheur !
    Certains enfants ont en mémoire les coups de règles, pour ne pas avoir utilisé « la belle main ». Quel triste destin !
    A toi, les jeux d’ombres chinoises, à moi la lumière et les couleurs.

    – Les deux sont du grand art, me répondit doucement ma main gauche.

    Surprise par cette répartie, je balbutiai :

    – En effet !

    En panne d’inspiration, je quittai ce clavier pour un autre, légèrement différent, avec un impératif : booster mon cerveau. Les deux hémisphères simultanément de préférence. J’appelai Beethoven et sa huitième symphonie au secours. Je sais que je peux leur faire confiance, surtout au troisième mouvement !

    – Question dynamisme, il en connaît, Ludwig ! Je crois savoir qu’il était gaucher, écrivait ma main gauche en écriture automatique.

    – Cette huitième, jouée par de célèbres gauchers, tels Hélène Grimaud ou Glenn Gould, est une belle revanche, glissais-je maladroitement.

    – Oui, mais Ravel a fait bien plus fort. Il a composé un concerto pour la main gauche, dédié au pianiste Paul Wittgenstein, amputé de son bras droit…

    Il me revint en mémoire ce concert auquel j’avais assisté un après-midi d’hiver. Je me remémorai ma stupéfaction et mon émerveillement devant cette prouesse. La main gauche seule du pianiste devant couvrir le territoire des deux mains.

    Mon hémisphère droit me lâcha traîtreusement. Panne d’inspiration pour ce dialogue insolite…
    Ma main gauche sourit avec malice et se mit à crayonner un entre-lacis aérien puis l’esquisse d’un regard…

    – Léonard ?

    – Oui, une main gauche extraordinaire, dit-elle en poursuivant son crayonnage. Les courbes devinrent croisillons. Ils évoquaient sans le moindre doute, une nef……

    – Michel-Ange ! m’écriai-je….

    – Oui, le panneau central…

    – « Dieu donnant la vie à Adam »

    – L’homme tend la main gauche à Dieu et Dieu tend la main droite à l’homme. Quelle magistrale synthèse !

    © Clémence

  2. geraldine dit :

    « Tout comme elle mes débuts ont été gauches, mais moi je suis droite maintenant ! L’évolution tout bonnement ! Je n’ai rien à ajouter… »

  3. dumouchel dit :

    Vous savez on a apprit à travailler ensemble. Nous avons eu toutes les deux nos petits dégâts, surtout avec le q et le m ! combien de fois, notre petit doigt c’est pris dans les touches ! eh oui, nous avons bosser nos gammes sur une machine mécanique avec un cache clavier, pour ne pas tricher ! maintenant, comme deux jumelles nous travaillons d’arrache pieds à servir notre maîtresse qui n’a pas oublier l’ordre des lettres sur un clavier et qui continue à écrire grâce à nous !6

  4. Sabine dit :

    Imaginez ce que pense la main droite de la main gauche

    « Ho la la, j’espère qu’elle va s’en sortir, sans moi. Elle n’a pas l’habitude de travailler. Mais ce n’est pas de sa faute, la pauvre, elle n’a jamais appris. Brrr.. il fait vraiment froid ici. Après tout, ça ne durera que 6 mois, il faudra bien qu’elle se débrouille. Vraiment, j’ai froid dans ce tas de glace. Et j’étouffe, dans ce sac en plastique. Pourvu qu’on arrive vite à l’hôpital. Et surtout, pourvu que le chirurgien ne me recouse pas à l’envers. De quoi j’aurais l’air ? Parce que là, c’est ma copine de gauche qui prendrait la vedette. Et ça, je ne le supporterais pas. Elle est bien gentille, mais bon… C’est moi la star, quand même. Je ne supporterais pas. Non, je ne supporterais pas.
    ©Margine

  5. Halima BELGHITI dit :

    « Ce que je pense de la main gauche ? En tant ue main droite, je me dois d’être totalement honnête. Je dirais que j’entretiens avec la main gauche une relation plutôt cordiale. Nous sommes en bon termes. Pas une franche camaraderie non plus, mais une relation respectueuse. Bien sûr, je pense qu’elle est gauche mais elle n’est pas antipathique. Elle est juste maladroite et imprécise. C’est pour ça que depuis la nuit des temps, on loue mon adresse, je suis du bon côté du cerveau. Elle, de l’autre côté. Alors comme lot de consolation, elle a eu les bijoux. C’est elle qui porte alliances et autres solitaires. C’est elle aussi qui le plus souvent arbore une montre à son poignet. Il fallait bien compenser sa frustration…de ne pas être moi. Moi je suis la main intellectuelle. Le penseur de Rodin en témoigne parfaitement, sa tête appuyée sur sa main droite. Tout le monde sait que je suis adroite, alors je restaure un peu l’équilibre. La main gauche est impétueuse et insouciante, je suis posée et responsable. Je suis à la pointe de l’évolution. Sauf aménagement spécifique, c’est moi qu pilote la souris de l’ordinateur. C’est moi encore qui passe les vitesses dans une voture. J’ai peut-être l’air de me vanter, mais il faut tout de même que les choses soient dites. Surtout lorsqu’il s’agit de la main gauche d’une gauchère! Sa main droite, en somme, sauf qu’elle est à gauche. Du coup sa main gauche, au lieu de rester naturellement gauche est adroite. Va maintenir l’équilibre dans tout ça! Je ne suis pas véritablement jalouse, jalouse. Je connais ma valeur. Mais c’est elle qui écrit. Et cela me chagrine beaucoup. Passe pour les bijoux et le reste…Mais l’écriture…Traduire la pensée de l’auteur en mots…ça j’avoue que ce me reste en travers de la gorge… Heureusement que nous avons certaines activités en commun, ça crée des liens. Disons que l’on collabore si nécessaire. On se soutient, on s’entraide. La vaiselle, par exemple, on la fait à deux. se rouler les pouces aussi. Ou encore applaudir, nager, que sais-je encore ? Chacune est différente, certes, – elle écrit et pas moi- mais à deux nous nous serrons les coudes !

  6. Sylvie H. dit :

    Je m’escrime, je trime. Doigts en griffe, poigne bloquée, j’y mets toute ma force.
    Je t’aurais, tu céderas.
    Je ressens la douleur de la pression jusqu’au bout des nerfs. Muscles crochetés, peau en souffrance, les rainures pénètrent la chair de mon pouce.
    Efforts des articulations qui ne font pas bouger l’ennemi d’un millimètre. Entêtement pénible du soldat qui met son honneur à vaincre.
    Et cette idiote qui n’est même pas capable de maintenir sa prise !
    Une fois encore, le goulot de la bouteille de Saint-Yorre lui a glissé entre les doigts.
    ……
    Vas-y ! Passe-la moi. Ta force brutale ne te sert à rien. Regarde ! Tout en douceur, je l’ai ouverte. Dévisser m’est favorable. Un mouvement naturel, comme une valse à l’envers.

  7. valy dit :

    Délicate et reposée : ma jumelle symétrique, tu es si belle…Ornée de cet anneau aux mille éclats de joie, que t’a remis un jour celui qui porte si bien le gant et me sert tout contre lui lors de nos promenades hivernales. J’adorerais avoir ta douceur, ta blancheur et je sais que tu aimerais parfois disposer de mon ardeur . Mais aucune jalousie ne peut nous dévorer et nous nous complaisons dans ce plaisir d’exercer nos latérales complémentarités lorsqu’à d’habiles partitions, savants jeux de cartes ou gourmande cuisine nous nous livrons. Unies ou désunies, mais jamais loin l’une de l’autre. Jusqu’à la fin, main dans la main : ma soeur.

  8. Gwenaëlle dit :

    Ma main gauche c’est ma jumelle, mon inséparable, mon alter ego. Sans elle je suis gauche et totalement malhabile. Elle me ressemble comme deux gouttes d’eau, un peu plus fine, un peu moins dextre, elle vit à l’opposé de moi, telle mon reflet dans une glace, mon vis à vis, ma soeur. A nous deux nous créons l’équilibre, comme nos frères, les deux pieds. Parfois c’est à nous quatre que nous faisons l’harmonie ! Que ferais-je sans elle ? Pas grand chose je crois, même si moi c’est sûr, je sais tenir le stylo, si elle ne tenait pas la feuille, je zigzaguerais. Nous sommes solidaires comme nos dix doigts réunis. Comment sans elle attraper le bébé pour le mettre contre son sein ? Comment la coiffer, tenir la brosse et le sèche cheveux ? Comment l’aider à réfléchir la tête bien calée entre nous deux ? Comment prendre la voiture, faire du ski, nager harmonieusement avec de beaux gestes symétriques ? Comment s’en laver les mains sans se prendre la tête ? Comment saisir la vie à pleines mains ? Moi sans ma main gauche, je serai une orpheline impuissante. Tiens la voilà qu’elle m’attrape, me serre, nos doigts se mélangent et cela me fait si chaud au coeur de la sentir si proche. Allez allons manger, j’attrape la fourchette, elle le couteau, et c’est parti pour une nouvelle danse en commun. Allez au revoir, à ‘deux’ mains !

  9. Marie-Ange dit :

    Ah ! que je suis vexée ! D’habitude c’est moi qui ai la vedette… mais là, je me retrouve reléguée au second plan ; un gaucher, rien que ça ! Nom mais !!!
    Tu veux bien te cacher ? En plus elle est plus a-droite que moi, je suis dégouttée !!! Des mains gauches habiles il y en a ! Même chez les sportifs… Mac Enroe, par exemple ! De quoi j’ai l’air hein ? La modestie, moi, connais pas ! J’ai toujours été à l’honneur… Avant on disait : « la belle main »… et maintenant… on ne me vois même plus…Quelle époque !!!!

  10. Antonio dit :

    Oh moi vous savez, je n’ai pas grand-chose à dire. C’est elle qui parle d’habitude. Moi je la regarde, au mieux je répète. Elle, elle sait. Elle est précise, elle ne tremble pas.

    Regardez-la sur la souris, elle n’arrête pas. Quelle dextérité, quelle souplesse !
    Ah !… excusez-moi, elle a besoin de moi, une partition sur le clavier. J’aime bien quand elle me sollicite. Je l’observe, je ne la quitte pas des yeux, je copie tous ses gestes, j’apprends. Seulement moi je dois me concentrer dix fois plus qu’elle. Elle a l’assurance que je n’ai pas. Je ne lui arrive même pas à la première phalange. Pourtant chaque jour elle me pousse à me surpasser comme là quand je vous parle sur ce clavier.

    Je la soutiens dans toutes ses actions, quoi qu’elle fasse. C’est plus fort que moi. Elle pourrait tuer que je me plaquerais instinctivement contre la bouche de la victime pendant qu’elle assène le coup.

    Je la soutiens autant que je l’admire. Quelle classe dans ses lancers, ses fourchetées, sec coups de poings, ses pas de doigts … Sur ce clavier, encore, ce n’est rien, il faut la voir comme elle se plaque sur une guitare. Elle exécute des mouvements de danse diaboliques, sur des rythmes effrénés, au dessus de la caisse de résonnance. Et ça sonne quand elle est en transe. Tandis que moi j’appuie sur les cordes du manche que je suis avec beaucoup d’attention. Et ce n’est pas facile à suivre, tous ces accords qui s’enchainent, il faut muscler ses doigts et se couper les ongles à ras. Une fois, on a inversé les rôles parce qu’on n’avait pas de guitare de gaucher. Et ben, vous savez quoi … elle était plus nulle que moi !

    Mais faut pas croire, il y a des tâches où je suis aussi fortiche qu’elle. Si !! … quand on soulève toutes les deux la brouette, quand on applaudit, quand on danse un slow, quand … quand on la couvre de caresses … l’amoureuse du maître. Quel pied sous la main quand j’y repense. J’ai beau être gauche pour une main droite, je n’en perds pas moins mon bon sens.

    Alors pas étonnant que notre maître nous ait remis sa vie entre nous. Il nous fait confiance et on le lui rend bien, sur cette scène, de chaque côté de cette guitare, la main gauche aux commandes que je suis et que je suivrai jusqu’au bout des ongles… ras !

    La main gauche, non vraiment, vous perdez votre temps, je n’ai pas grand-chose à dire !

  11. Cécile Lenormand dit :

    Quelle mijaurée celle-la ! Elle se la joue précieuse depuis qu’à son annulaire brille un anneau de diamants. Elle se voit déjà lien unique entre deux êtres, s’arroge des prérogatives, se prend pour Cendrillon délivrée des tâches ménagères. Elle se la joue main gauche devant toutes les corvées, refuse de se salir les doigts, laisse pousser ses ongles colorés. Croit-elle que je vais me laisser faire ? De mes longs doigts musclés, j’attrape ses phalanges et les lui tord jusqu’à qu’elle demande grâce. Je lui mets le marché entre la main : si elle continue ainsi, nous allons devoir en venir aux mains, je suis prête à me battre à main nue. Elle n’a pas mauvais fond, avoue s’être laissé éblouir, promets qu’elle va faire des efforts. Pour sceller notre accord, et soulager les meurtrissures que je lui ai infligées, je lui offre un doigt d’eau glacée.

  12. Margaux dit :

    Une main gauche qui sert une bonne plume !

  13. Mariefly dit :

    Tu est maladroite, malhabile et inutile.

    Une sous-main en quelque sorte.

    Tu es une piètre pianiste, à peine bonne à taper quelques accords, alors que je coure sur les touches, aussi rapide que l’athlète sur le stade.

    Tu es une mauvaise scribe, à peine capable d’aligner graphiquement une phrase entière sur la page blanche, telle une enfant en classe maternelle.

    Tu es une affreuse tailleuse de tifs, même si tu coupes si bien les cheveux en quatre!

    Tu es une déplorable amante, tout juste bonne à tenir la chandelle, tandis que je caresse avec grâce et volupté le corps de l’être aimé!

    Tu promettais pourtant au départ. Si tu avais bien voulu travailler et t’entraîner comme moi!
    Dire que tu aurais pu être ma jumelle, aussi agile et volubile avec tes doigts que moi!

    Mais tu m’a déçue. Tu m’arrives à peine au poignet désormais.
    Et pourtant nous sommes mains et poings liés, toujours ensemble, quoiqu’il arrive.

    Allez tiens, finalement, je te serre fort entre mes doigts, soeur de sang, tu m’a tout de même aidé à écrire ce papier pour lequel nous avons collaboré à égalité!

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