Passer pour un guignol

C’était au début des années 2000, j’intervenais à l’École supérieure de publicité, rue Léo Delibes, dans le 16ᵉ arrondissement, près du Trocadéro.

Devant moi, un groupe de jeunes gens. Les plus nantis possédaient déjà les premiers téléphones portables permettant de prendre des photos. Ils n’arrêtaient pas de les sortir pour photographier, téléphoner, jouer, les montrer…

Certains se croyaient tout permis. Ils venaient de familles fortunées, leurs parents étaient à la tête de de grandes agences de pub ou de com, leur avenir était déjà tout tracé. Mais il se trouvait aussi, dans ce groupe, quelques jeunes moins favorisés. Ayant envie de découvrir, d’apprendre. Ils écoutaient, participaient, essayaient les exercices que je proposais.

Au bout d’un moment, j’en ai eu marre d’être photographié et de servir de spectacle. J’ai posé les choses fermement.

« Vous êtes des adultes, si vous êtes des hommes, prouvez-le ! Ceux qui ne sont là que pour s’amuser et jouer avec leur téléphone, sortez, allez vous balader. Je partagerai avec les autres ce que je suis venu transmettre. »

J’étais conscient de prendre un risque. Cette école me faisait vivre régulièrement. Elle pouvait très bien ne plus me solliciter. Pourtant, je ne voulais pas me laisser traiter comme un guignol.

Presque personne n’est sorti. Deux ou trois jeunes cons ont quitté la salle. Les autres sont restés.

J’étais fier de moi, j’avais sauvé mon honneur. Je n’avais pas accepté qu’on me marche sur les pieds sous prétexte que certains se croyaient au-dessus des autres.

Ce souvenir m’est revenu en voyant les émeutes. Ceux qui saccagent tout sur leur passage ne sont pas des milliardaires. Beaucoup rêvent d’un niveau de vie qu’ils n’ont pas, ont envie de tout ce qu’on leur montre et qu’ils ne peuvent pas s’offrir.

Mais quand la colère éclate, faut-il laisser faire ? Si on ne pose aucune limite, les mêmes scènes recommencent. L’autorité perd sa crédibilité. Un responsable ne peut pas se contenter de regarder et attendre que ça passe.

II faut intervenir rapidement et rigoureusement. Arrêter les violences, empêcher les meneurs d’entraîner les autres. Être ferme, mais sans confondre détermination et vengeance.

À l’École supérieure de publicité, j’avais simplement dit : « On ne me prend pas pour un guignol. » Il m’a suffi de le dire pour que la salle m’écoute. Être respecté, ce n’est pas écraser les autres. C’est savoir poser une limite. Montrer qu’on n’a pas peur.


Je suis hors-n’homme. Un neuroatypique à dominance dyslexique atteint d’aphantasie : incapable de fabriquer des images mentales et de se représenter un lieu ou un visage. Mes facétieux neurones font des croche-pieds aux mots dans mon cerveau et mon orthographe trébuche souvent quand j’écris. Si vous remarquez une faute, merci de me la signaler : association.entre2lettre@gmail.com

2 réponses

  1. PEGGY dit :

    Cher Pascal, quand tu vois que l’on peut avoir 800.000 personnes sur les Champs Élysées sans une anicroche, alors on se pose des questions

  2. 🐁Souris verte dit :

    Mais voilà le problème ! On a peur ! Peur ate ça dégénêre… peur d’être ruinés… peur de ne plus exister pour ce que l’on est et qui a fait notre pays. S’ils ne sont pas ecoutés nous, nous ne sommes pas entendus. Cette période est bien difficile et l’écriture est notre fenêtre ouverte. Merci Pascal

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