Exercice inédit d’écriture créative 225

opere-du-coeurDepuis qu’il avait un coeur artificiel
seul le semblant l’émouvait encore.
Il n’aimait plus que les faux-culs, les faux seins
et les fausses barbes. 

 

Inventez la suite en sachant qu’il peut s’agir de « il » ou « elle »

20 Responses

  1. Delphine dit :

    Depuis qu’il avait un coeur artificiel
 , seul le semblant l’émouvait encore.
 Il n’aimait plus que les faux-culs, les faux seins
 et les fausses barbes. 

    Et encore, une légère émotion de surface , rien de plus .

    C’était un désastre , Mick le savait .

    Tous les gens attribuaient sa tristesse à sa mort prochaine – 90 jours maximum à vivre, l’opération avait raté – mais pour Mick le noeud n’était pas là . Le noeud c’était le vide, le vide dans son coeur .

    Il avait tout essayé la première semaine : trois rendez vous avec son amour d’enfance, le visionnage à l’infini des dernières scènes d’E.T. , Oliver Twist à haute voix , le voyage aller-retour sur la tombe de son père un jour venteux , la finale de Roland Garros depuis le second gradin, un tour en hélicoptère au dessus de New York (il y croyait vraiment là . . . ) sans parler de l’ouverture d’une bouteille en or offert par son meilleur ami.

    Tout avait foiré .

    Chaque échec le déchirait un peu plus mais c’est cette mini déchirure qui lui donnait de l’ espoir . Il n’était pas mort ! Quelque part un morceau de son coeur vivait . Mais où ?

    Un matin , las , il s’apprêtait à annuler sa visite aux Orphelins De France quand un bruit bizarre le sortit de sa torpeur . Une énorme mouche furetait dans la pièce en vrombissant .Vrr Vrrrr . . . elle s’agitait comme s’il n’était pas là et pourtant à cette seconde précise Mick sut que c’était gagné . Il était . . . touché dans un endroit familier.
    L’insecte de plus en plus fiévreux avait ouvert une minuscule porte en lui et ses sens frémissaient à nouveau .

    Mick se redressa énergiquement , desserra la mâchoire . La mouche cherchait à sortir à tout prix et un sentiment de puissance le gagna : sur ses épaules reposait la vie du bourdon . Délicatement , il ouvrit la fenêtre en chuchotant à l’insecte comme pour le calmer : « Ca y est , c’est bon , le monde est à toi. »
    La mouche comme par magie se tut et fila droit vers l’horizon . Mick la suivit du regard , sentit son esprit filer aussi et . . . son coeur vibrer pour la première fois .

    Heureux, il se piqua d’imiter la mouche en improvisant une danse aussi absurde que folle.
    Vrr Vrrr . . .
    Les tableaux au mur s’amusèrent de son manège, il crut entendre sa vieille horloge glousser quelques secondes et en embrassant le plafond de tout son rire, Mick sut que sa vraie vie commençait .

    Elle allait durer quarante trois jours , pas un jour de plus .

    Il commença par ouvrir une à une , chaque porte puis chaque fenêtre de sa maison . Il en compta quarante trois.
    Il s’assoupit un court moment pour reprendre ses forces ; il s’agissait maintenant d’ouvrir en grand la plus étrange fenêtre, celle qu’il avait toujours connue fermée : celle de son coeur .

    Ce qu’il découvrit ensuite ne se décrit pas avec des mots et . . . personne ne sait au juste ce qui se passa les jours suivants.

    On le retrouva six semaines plus tard , endormi à jamais sur sa terrasse, un verre de vin à la main . Le livre d’Olivier Twist trainait sur la table devant lui . Sur le S de Dickens était posé une énorme mouche, légèrement rouge.

    Elle tourna bruyamment un bon moment autour des hommes en blanc puis, sans que personne ne s’en aperçut , finit sa danse dans le verre de vin . On pouvait encore l’entendre à la nuit tombée . . .

  2. Peggy Malleret dit :

    Depuis qu’il avait un coeur artificiel 
seul le semblant l’émouvait encore.
Il n’aimait plus que les faux-culs, les faux seins
et les fausses barbes. Pourtant sa famille était vraie de vraie. Attachée vraiment à lui, l’aimant vraiment. Il était devenu spécialiste dans la découverte des « semblants » mais là, rien. Même ses amis n’étaient pas des faux.

    Comment vivre avec ce nouveau cœur, entouré de gens qui n’ont rien de factice? Comment continuer de les aimer ? Cet effet secondaire, personne ne lui en avait parlé avant l’opération.

    Sa première idée fut d’aller au cabaret « chez Michou » se délecter du spectacle des transformistes. Baigner dans ce faux qui maintenant l’attirait, le séduisait, le touchait. Enfin, ce que son nouveau cœur commandait à son cerveau.

    Ensuite, il choisit pour amoureuse la femme la plus sophistiquée qui croisa son chemin. Ce fut d’un érotisme qu’il n’avait jamais connu lorsqu’elle se déshabilla, pas lorsqu’elle se dévêtit mais quand elle retira un à un chaque artifice dont elle s’était parée. Elle le fit avec grâce et il s’enflamma.

    Au réveil, gisaient sur le sol, deux seins, une perruque, des faux-cils, des collants remonte-fesses et je ne sais quoi d’autre qui lui donnèrent une drôle de sensation.

    Il souleva un coin de drap. Un rayon de soleil coquin glissa sur la peau de la jeune femme nue. Son cœur artificiel fit une embardée qui se répercuta dans son cerveau. L’harmonie d’un corps au naturel venait de créer un électrochoc.

  3. Antonio dit :

    Depuis qu’il avait un coeur artificiel seul le semblant l’émouvait encore.
    Il n’aimait plus que les faux-culs, les faux seins et les fausses barbes.
    Le véritable, l’authentique, le naturel le barbaient pour de vrai.

    Naturellement il s’engagea en politique où les fausses factures, les faux électeurs, les fausses promesses lui procurèrent quelques érections locales. Mais cela ne dura pas longtemps, déçu de n’y trouver que des vrais faux-culs et des faux-semblants qui le conduisirent devant le procureur qui prononça logiquement un non-lieu.

    Il délaissa son poste de député et sa langue de bois pour vivre une passion amoureuse avec une brésilienne, une fausse blonde refaite des pieds à la tête mais surtout avec une transsexualité à couper le souffle. Il l’avait rencontrée au Carlton de Lille chez un ami aussi fourbe que lui dans une soirée avec des prostituées qui n’en étaient pas. Le pied !

    Il l’aimait éperdument, d’un amour qu’il avait lu et qu’il s’était fait programmer par le grand chirurgien plastique Bertrand. Ca planait pour lui, à tel point qu’il prit le premier avion pour Oslo où les UV et les néons valaient tous les soleils de Rio afin d’y organiser un mariage blanc avec sa promise qu’il couvrit de faux bijoux et à qui il promit d’offrir le film de sa vie avec de vrais acteurs et que des figurants.

    Sa mère, une vraie catho, découvrant la vraie nature de sa belle-fille, fit aussitôt un infarctus. Une fausse alerte qui le rassura mais moins que la nouvelle qui l’attendait de la bouche de sa génitrice sur son lit d’hôpital.
    « Ton père n’est pas ton père » … Elle ne pouvait lui faire plus plaisir.

    Enfin ce père devenait un modèle !

    La vie coula paisiblement, au Pays Basque, pas vraiment un pays, mais où son activité de faux-monnayeur battait son plein. La famille s’agrandit. Après plusieurs fausses couches qui le comblèrent, sa femme eut un premier enfant éprouvette qui ne lui ressembla en rien, ce dont il fut très fier.
    Il en commanda alors deux autres exemplaires, deux faux jumeaux parfaitement identiques !

    Jusqu’au jour où il fut interpellé et mis en examen pour faux et usage de faux, une accusation contre laquelle il s’inscrivit en faux bien évidemment, coupant l’herbe sous le pied aux faux-jetons qui l’accusaient. Il fut condamné à trois ans de prison avec sursis. Mais pas pour longtemps.

    Il fut rattrapé par une sale affaire de corruption où il devait comparaitre comme faux-témoin pour sortir son ami politique d’un faux pas. Cette fois la chance lui fit faux bond et il se retrouva en prison après avoir garni son faux plafond pour assurer l’avenir de ses rejetons.

    A sa sortie, deux hommes le criblèrent de fausses balles à blanc, un vrai feu d’artifices qui lui explosa en plein coeur… ce coeur artificiel où seul le sang noir s’y mouvait encore.

    Il fut enterré dans une fosse dont personne ne connut l’existence … Mais avait-il existé vraiment ?

  4. Nadine de Bernardy dit :

    Depuis qu’il avait un coeur artificiel seul le semblant l’émouvait encore. Il n’aimait que les faux culs,les faux seins et les fausses barbes ,vivant dorénavant dans la duperie de faux témoignages,la fabrication de fausse monnaie,produisant de fausses factures à l’occasion.
    Soupçonné de faux et usage de faux il se trouvait le plus souvent en porte à faux entre faux semblant et faux fuyant, ne se privant pas de prêcher le faux pour savoir le vrai.
    Un vrai faux derche celui-là, un faux cul de première . Un faux maigre portant faux col,au faux corps boudiné,n’hésitant pas à procurer de fausses joies à de faux amis aussi peu fiables que lui.
    Cela depuis trois ans, quand il avait subit cette greffe cardiaque providentielle.
    C’est dans sa petite chambre de convalescent qu’il la rencontra.
    Une aide soignante croate,munie de faux papiers, arborant des faux cils interminables,ses faux seins tendant sa blouse de coton synthétique.
    Elle releva une mèche rebelle de sa main aux faux ongles manucurés et demanda d’une voix de fausset :
    – Monsieur c’est l’heure du goûter, du faux sucre dans votre infusions ? –
    Ce fut le coup de foudre immédiat, réciproque, dont on parle encore dans les couloirs de la clinique.

  5. Christine dit :

    Depuis qu’il avait un cœur artificiel, seul le semblant l’émouvait encore.
    Il n’aimait plus que les faux-culs, les faux seins et les fausses barbes.

    Avant, son cœur d’enfant s’émerveillait, s’attendrissait, s’exaltait et se serrait parfois, avec une facilité déconcertante. Il savait pleurer de joie, de tristesse et d’amour aussi.

    Le cœur léger ou lourd, selon les circonstances, il traversait la vie avec une sensibilité naturelle et sincère. Généreux de ses émotions, il les partageait spontanément.

    Un jour, son cœur tendre se heurta à un cœur de pierre sur lequel il se brisa. Il vola en éclats, lui laissant un immense trou dans la poitrine. Un trou béant sur le néant de sa vie dévastée.

    Pour occuper ce vide, il se bâtit de toutes pièces un nouveau cœur, fait de souvenirs inventés, propres et bien rangés, de ceux qui ne laissent pas de traces. Un cœur sans cicatrices.

    Il n’avait plus d’intérêt que pour les choses factices et pour les relations superficielles. Rien à quoi il put attacher de la valeur. Rien dont il ne pourrait se défaire sans douleur ou regret.

    Les étoiles dans le ciel pouvaient bien scintiller, le soleil pouvait bien se coucher dans une éruption de couleurs, il restait de marbre. D’ailleurs, il ne portait même plus le regard sur ce qui, avant, lui aurait mouillé les yeux et tiré un sourire béat. Les témoignages d’affection comme les terribles nouvelles diffusées chaque jour aux informations, la beauté ou la laideur, rien ne semblait plus pouvoir le toucher.

    Il façonna son existence selon les conventions. Il se plia aux normes et observa le décorum. Il épousa une femme de sa condition, par intérêt mutuel et calculé. Elle était, elle aussi, indifférente à la beauté du monde, pratiquait, comme lui, l’art du clinquant et du faux-semblant.

    À l’abri d’une façade à toute épreuve, leurs jours auraient pu s’écouler sans surprises.

    Mais voilà! Parfois, la vie s’en mêle!

    Un petit être naquit. Innocent, fragile et pourtant si fort que dans ses petits poings fermés et tout fripés, il apportait pour chacun un cœur tout neuf. Un nouveau cœur d’enfant, prêt à s’émerveiller, s’attendrir, s’exalter et se serrer, aussi!

  6. waryam dit :

    Depuis qu’il avait un cœur artificiel seul le semblant l’émouvait encore.
    Il n’aimait plus que les faux-culs, les faux seins et les fausses barbes. Tout ce qui était vrai le repoussait.
    A son réveil, j’étais venu lui rendre visite. J’étais inquiet et j’avais peur de provoquer la moindre émotion inutile. Ma surprise était grande, quand il n’avait manifesté aucune joie à ma vue. J’avais mis ça sur le compte de la fatigue et de la lourdeur de l’intervention. Il était en vie. C’était ça le plus important. Qui aurait cru qu’il s’en sortirait. C’était le seul ami qui me restait. J’espérais qu’il me tiendrait compagnie sur ce bout de chemin qui me restait à faire.
    Mais, avec le temps, et à ma grande peine, il commençait à s’éloigner de moi, son meilleur ami. Plus je lui étais dévoué et plus il me repoussait. Il ne voulait plus de nos longues marches pendant lesquelles nous partagions nos souvenirs. Il n’aimait plus mon rire franc. Il n’aimait plus les vrais plats mijotés avec passion. Il me préférait de nouveaux amis dont l’effrayante hypocrisie me donnait la chaire de poule. Il les recevait avec un enthousiasme déroutant, des accolades dignes d’un mauvais film et des mots de sympathie à faire vomir.
    Un jour, n’en pouvant plus, j’en ai parlé à son médecin.
    – « Docteur, tout ça est bien triste ! »
    – « Triste peut être mais la technologie a ses limites. »
    – « Vous n’avez pas peur qu’avec le temps, mon ami se transforme en un être aussi faux et artificiel que sa machine ? »
    – « Cher Monsieur, j’ai sauvé cet homme de la mort, et c’est vous qui me l’aviez demandé. Ou est ce que je me trompe ? »
    – « Mais moi je voulais sauver mon meilleur ami et non cet inconnu ! »
    – « Eh bien trouvez-vous un autre ami ! »
    – « Vous croyez que c’est facile de nos jours de trouver des amis ? »
    – « Il en a bien trouvé lui ! »
    Pendant quelques temps, j’ai continué à être choqué par son comportement puis, je l’ai envié. Au moins lui il peut se fondre dans la masse maintenant. Tout est si faux de nos jours. Il n’a plus à courir derrière les vrais amis, l’amour vrai et toutes ces sornettes. Il est content avec cette machine qui bat régulièrement sans être chamboulée. J’ai continué à lui rendre visite, de temps en temps, juste dans l’espoir de retrouver dans un petit coin de sa machine, une partie du cœur de mon meilleur ami.

  7. Depuis qu’il n’avait plus un coeur d’artichaut
    seule l’inconstance l’émouvait encore.
    Il n’aimait plus que les faux-amis

    Depuis qu’elle lui avait brisé le cœur
    seules ses tromperies l’émouvaient encore
    Il n’aimait plus que les faux fuyants

    Depuis qu’il n’avait plus de coeur au ventre
    seule la perfidie l’émouvait encore.
    Il n’aimait plus que les faux-témoignages

    Depuis qu’elle lui avait fendu le cœur
    Seule la trahison l’émouvait encore
    Il n’aimait plus que les faux-frères

    Depuis qu’il n’avait plus le coeur gros
    seul le futile l’émouvait encore.
    Il n’aimait plus que les faux-bonds.

    Le cœur de Pierre vraisemblablement
    N’était fait que de faux-semblant
    Car il est vrai, vrai de vrai
    Qu’un cœur en s’emballant
    N’est pas vraisemblant
    Mais vivant.

  8. ourcqs dit :

    Depuis qu’elle avait un coeur artificiel seul le semblant l’émouvait encore. Elle n’aimait plus que les faux-culs, les faux seins et les fausses barbes. 
    Ouf, son nouveau coeur battait allègrement, la mécanique était en marche mais elle était troublée par cette attirance pour les apparences, trompeuses ou pas.
    Bien sûr, les artifices il connaissait bien, mais elle se sentait flouée, elle ne retrouvait pas ces émotions qui vous ébranlent profondément. Peut-être était-il mal programmé ? Elle devait composer avec lui, lui faire apprécier la réalité. Avec quelques simulacres, elle décida de traverser le trompe-l’oeil pour faire découvrir à son pseudo-robot- high-tech, les frissons d’une voix non désincarnée, les troubles d’un vrai regard, tressaillements d’une peau caressée, vertiges face à une nature somptueuse, troubles dégustatifs de vin, fromage ou chocolat. Après quelques sursauts d’hésitation, la carapace standardisée se fendilla, craqua, le palpitant fut séduit et s’épanouit enfin
    Au diable tous ces faux-semblants !

  9. Miel dit :

    « Depuis qu’il avait un coeur artificiel
seul le semblant l’émouvait encore.
Il n’aimait plus que les faux-culs, les faux seins
et les fausses barbes ! »
    « fausses barbes », elle y allait un peut fort ! Un murmure d’opprobre courut parmi le comité venu se recueillir. On ne parlait pas ainsi d’un mort !
    D’autant plus que cette remarque acerbe était sortie de la bouche même de sa veuve. Une femme dont le naturel exacerbé aurait bien supporté quelques artifices : des implants dentaires ou mammaires par exemple, pour venir en remplacement des chicots ou mornes lolos qu’avait dû endurer son défunt mari.
    Chacun se remémorait le couple. Lui, le physique avantageux, élégant, à la mode, elle, faisant peu cas de ses imperfections physiques en progression constante pourtant avec l’âge et pour laquelle les produits de beauté devaient se résumer à un unique savon de Marseille.
    Ses cheveux atteignaient la cendre de la maturité sans espoir de retouche tandis qu’elle laissait la nature et le poids des ans œuvrer sur son corps avec un fatalisme déroutant.
    A force de lui déplaire à défaut de lui plaire, le cœur de son mari était devenu d’artichaut, papillonnant d’une fleur à l’autre jusqu’à l’usure.
    Votre cœur est en bout de course, avait dit le chirurgien, il vous faut un donneur.
    Il avait survécu avec ce nouveau cœur, reçu d’un accidenté de la route, six mois encore. Tandis que celui de sa femme, sous le joug de la jalousie, les folles fredaines de son époux se sextuplant (une nouvelle fleur par nouvelle lune), devenait aussi sec qu’un vieux figuier.
    A l’hôpital, un interne embarrassé lui avait demandé si elle acceptait la donation d’organes prélevés sur le corps de son époux. On avait besoin de ses rétines, reins et foie, et plus encore peut-être….
    Prenez, prenez, avait-elle dit, retenant à grand peine son allégresse. Servez-vous donc !
    Il allait partir en kit comme chez IKEA. Ca, il ne l’aurait pas volé !
    Elle eut un rire mauvais : ah, il aurait bonne mine d’arriver au paradis en pièces détachées.
    Et cette fois, sans recours aux faux-semblants.

  10. Henriette Delascazes dit :

    Depuis qu’Artémise avait un cœur artificiel seul le semblant l’émouvait encore. Elle n’aimait plus que les faux-culs, les faux seins et les fausses barbes, bien évidemment elle se cachait des indiscrets, qui ne la reconnaissaient plus.
    En effet jusqu’à ce jour fatal où son cœur décida de faire de temps en temps l’école buissonnière et de n’en faire qu’à se tête, Artémise était une femme rangée, pointilleuse, tout était clean et au carré chez elle. Elle ne supportait pas la moindre entorse à l’ordre, lles bonnes moeurs
    En ce 13 juillet, juste le jour du mariage de Meredith son cœur battit la chamade, et ce n’était pas pour le beau gosse que son amie épousait, elle avait tout ce qui lui fallait chez elle (pensait-elle !). Ce n’était d’ailleurs pas dans les habitudes d’une femme pareillement stricte sur la morale de s’émouvoir pour le mari d’une autre, aussi charmant et aussi riche qu’il soit. Artémise avait des principes.
    Pourtant ce fut ce jour-là que sa vie changea, la sienne, pas celle de Meredith, qui soit dit en passant vivait depuis cinq ans avec son bel amant !
    Le Docteur Boncoeur, Chef de Clinique au Grand Hôpital dut opérer en urgence et la chance ce jour-là lui sourit… enfin, si l’on peut dire !
    Le fils du vieil horloger du village voisin venait de s’endormir autour d’un platane dans sa superbe voiture rouge. L’aubaine arrivait à point précis. Ils étaient compatibles ! Le secret étant obligatoire, personne ne sut que le cœur provenait de Perceval.
    L’intervention fut une réussite, on parla d’elle dans la presse locale, et aussi aux actualités régionales.
    Mais à peine sortie de la clinique, sa vie commença à être vraiment difficile ! Elle vivait, oui, c’était bien, son cœur battait, oui, mais de manière fort curieuse !
    Son nouveau cœur sonnait les heures, toutes les heures, on pouvait les compter : imaginez les douze coups de minuit ou le timbre strident de douze heures ! C’est dur lorsqu’on est professeur de mathématiques.
    Les élèves se munirent rapidement de toutes sortes de réveils ou objets alarmants. Ses cours étaient tout chamboulés. À tel point que le Proviseur ne tarda pas à la convoquer et lui conseilla de prendre un congé de longue durée.
    — Vous auriez pu trouver un autre cœur, moins dérangeant !
    — Quand ça presse, on ne choisit pas, et l’on ne m’a d’ailleurs pas demandé mon avis !
    La voilà donc sans emploi !

    Chez elle, les choses ne se passaient pas mieux. Les quarts et les demis étaient assez discrets, mais imaginez le cocorico strident à Laudes, et le carillon de Mâtine, qui réveillaient en sursaut son mari et ses enfants. Ils l’exilèrent dans la chambre d’amis, celle installée tout en haut dans les combles. Eux non plus n’avaient pas saisi son tourment ! Une nuit entre Matines et Laudes, exaspérés, ils s’enfuirent à la dérobée, ne comprenant rien à ses maux.
    La voilà donc sans famille !
    Sa grande angoisse était d’apprendre un décès ou une guerre dans le pays. Sonnerait-elle le glas ou le tocsin ?
    Elle usa plusieurs psychologues qui durent se faire interner.
    Elle réalisa qu’on la montrait du doigt et que les enfants riaient sur son passage.
    Bon, se dit-elle ils ne veulent pas jouer, ils se moquent de moi, pourtant je ne suis pour rien si mon nouveau cœur bat de manière bizarre. Elle avait appris par une indiscrétion de la sœur de la mère de son beau-frère qui était infirmière au Grand Hôpital que son cœur provenait du fils du vieil horloger travaillant à l’ancienne. Un cœur de fils d’horloger vaut bien un cœur d’artichaut ou un cœur d’égoïste. Un cœur d’artiste, de musicien, un cœur sec ou triste auraient-ils mieux été à leur place de son vieux cœur flageolant ?
    Moi, comme je n’ai plus rien à perdre je vais jouer, après tout il me faut bien un avantage. Puisqu’on me montre du doigt, rit dans mon dos, je vais leur donner du grain à moudre !
    Elle orna son bonnet de multiples grelots, couru les antiquaires et les prêteurs sur gages pour trouver des montres à gousset, des montres pendentifs, ou sous forme de bagues, une pour chacun de ses doigts… ! S’habilla de teintes vives et multicolores qu’elle n’aurait jamais imaginé porter avec son vieux cœur tout chancelant. Finalement, la nouvelle Artémise se plaisait bien ainsi transformée. Sa garde-robe audacieuse l’avait transcendée.
    Mais il lui fallait un emploi ! Vers quoi se diriger, un CAPES de mathématiques n’ouvre pas forcément des portes lorsque l’on a un look aussi singulier.
    Après mures réflexions, une idée lui vint !
    Armée d’une jolie feuille de papier multicolore et d’une belle plume blanche elle écrivit au Président de la République pour lui suggérer une conception inédite de gouverner qui lui permettrait de rétablir les finances du pays qui brinquebalaient fortement.
    Elle prépara un dossier bien ficelé, bien chiffré, avec de nombreux graphiques… il ne fallait pas l’encombrer de mots, il n’avait sans doute pas le temps de lire !
    Artémise proposa donc la création d’un nouveau ministère ! Rien que çà ! Quel toupet.
    Mais quel ministère ? Juste celui du « temps perdu ».
    Bien sûr le Président et son Premier Ministre s’écroulèrent de rire. Mais cette idée fit son chemin. Artémise avait bien décliné son projet, évalué de manière fort perspicace son besoin d’adjoints semblablement équipés qui seraient répartis dans les bureaux administratifs, les Mairies, la Sécurité Sociale, …. les banques, et mêmes dans les entreprises privées. Tout ce temps gagné relèverait le PIB du pays, elle en était convaincue.
    Son point sur les heures improductives qui étaient payées fit mouche, puis l’idée germa peu à peu. Le Ministère fut créé malgré la grogne et les menaces de grèves et de coalitions. Le pays redressa son déficit, le chômage baissa…
    Les horlogers décrétèrent une grève illimitée, car ils étaient pourchassés, ils fuirent loin du pays. Pourtant leur cœur valait de l’or, les enchères montaient. Mais s’il y a une chose à laquelle on tient tout de même c’est bien à son cœur.
    Bientôt on ne sut plus à quelle heure se fier.

    Henriette

  11. Sylvie dit :

    Il était une fois un homme qui avait un cœur artificiel. Après son accident suicidaire conjugal et la transplantation qui avait suivi, il avait été certes tiré d’affaire mais il n’était plus le même. Il perdait pied peu à peu et se laissait aller.

    Un soir, errant sans but dans les bas-fonds de la vie, il avait pris une fausse piste, de l’autre côté du réel. Il était entré dans un de ces endroits mal famés, où il pouvait se prélasser des nuits entières aux côtés de fausses blondes avachies dans des canapés de simili-cuir, en écoutant de la musique qui sonnait toujours faux. Là il rencontra un jour une bande de faux jetons de la pire espèce qui fabriquaient de la fausse monnaie et l’entraînèrent avec eux. Il se prit au jeu et devint maître dans le commerce du faux en tout genre, du falsifié, du trafiqué, du frelaté. Il exporta même outre Manche où il se fit un cercle de faux amis.

    Un jour, il fut arrêté alors qu’il tentait de passer la frontière vers un pays neutre. Au douanier qui lui demanda ses papiers, il déclina une fausse identité mais, heureusement pour lui, présenta un vrai faux passeport : il l’avait échappé belle. Sorti in extremis de cette fâcheuse situation, il comprit que le semblant avait peut-être ses limites et que cette vie en trompe l’œil n’était qu’une façade. Il en fut convaincu quand un soir au clair de lune, traversant la rue Gît-le-Cœur, il fut foudroyé par une jeune infirmière de retour de mission humanitaire. La jeune femme, authentique corps et âme, opéra sur lui une mystérieuse chirurgie et lui administra un traitement miraculeux. Cette délicieuse thérapie ramena tout de suite l’homme qui avait fait fausse route sur les chemins de la vraie vie et lui redonna un cœur tout neuf. Ensemble ils connurent un bonheur véritable et eurent de vrais petits garnements.

    ©Sylvie Wojcik

  12. Fanny dit :

    Depuis qu’elle avait un cœur artificiel seul le semblant l’émouvait encore.

    Dans la salle de réveil, elle constata qu’elle avait perdu, outre ses courbes de danseuse de flamenco, ses tétons proéminents que dix doigts effleuraient en cadence, son bras recourbé au-dessus de sa jupe et que, ses castagnettes ne claqueraient plus.

    – Il faut vivre avec son temps, se dit-elle un tantinet dépitée. Je n’aurais plus le même caractère mais, j’aurais un cœur universel.

    Désormais, elle n’aimait plus que le faux-culs se prenant pour l’encyclopédie universelle, les intempestifs faux seins et les fausses barbes piratant son cœur.

  13. Clémence dit :

    225 : Depuis qu’il avait un coeur artificiel ,seul le semblant l’émouvait encore. Il n’aimait plus que les faux-culs, les faux seins et les fausses barbes. 

    Je suis la première femme au cœur greffé et, je vous jure, cela chamboule copieusement votre vie !
    Vous imaginez mon parcours : petite fille modèle, adolescence sans problèmes caractériels ni acné, juvénile, étudiante brillante, avocate qui se défend, épouse d’un illustre chercheur (qui ne s’est pas contenté de cherche, mais qui a trouvé), mère de famille presque parfaite (enfants aussi!),… je m’arrête là, car vous pourriez dire que je veux épater la galerie !
    Mais, comme dans toute histoire qui est trop belle pour être vraie, il arrive qu’un petit grain de sable vienne enrayer ce long fleuve tranquille et voilà qu’un tournant sournois et des phares éblouissants s’en prennent à votre cabriolet et à vos yeux, et vous voilà cabriolant dans le vide.
    C’est ce passage force en centre hospitalier qui a mis le feu aux poudres et vlan, première dame greffée d’un cœur artificiel !
    Je vous le disais, cela chamboule la vie !
    Moi qui était une vraie « da-dame », me voilà devenue polissonne et faux-cul par excellence !
    Mais oui, belle-maman, vous êtes adorable même si vous n’avez qu’une seule envie : reprendre fiston chéri !
    Mais oui, cher voisin, vous avez mille fois raison, il ne faut pas débroussailler votre jardin ainsi, aux premiers soleils ardents, il cramera, votre maison aussi et je rirai dans ma fausse barbe !
    Mais oui, mon Médor, j’adore te voir déjeuner de mes escarpins Louboutins ! Un par repas, ça suffit !
    Mais oui, mon amour, je t’adore, mais qu’est-ce que ces Adonis me font fantasmer !
    Mais oui, je reste fidèle à Chanel, Dior et Saint Laurent, mais une lingerie super sexy à la Madona me plairait tant pour me promener… où ? Je n’ai pas encore réfléchi.
    Oui encore, je sais me tenir à table, mais en cachette, quand un fringale m’appelle en urgence de nuit, je dévore à la cannibale et dans la foulée, je rêve d’être recouverte d’une peau de louve !
    A moins que je ne craque pour les robes à faux cul, à paniers, à volants et crinolines avec des bustiers pousse-poitrine. J’y ajouterais les mouches-codées sur mon visage au teint pâle…La Don Juan, la Casanova, aujourd’hui….cougar !
    Avec ma silhouette longiligne, je pourrais aussi tromper mon monde, je pourrais mettre une fausse barbe, un costume queue de pie, un chapeau haut de forme, un lorgnon cerclé d’or, déguiser ma voix ainsi que mon écriture puis, m’empresser d’aller hanter….

    Madame, madame, réveillez-vous…. L’opération a parfaitement réussi ! Vous êtes saine et sauve… clavicule cassée ; jambe gauche, bras droit et petit doigt de la main gauche plâtrés, trois côtes fêlées. Gracieusement, je vous ai enlevé cette vilaine cicatrice au milieu du front !
    Mais c’est qu’il est beau comme un Adonis, ce toubib, je me ….My God… n’a-t-il vraiment rien oublié dans la liste  de mes bobos?

  14. LNAO dit :

    Depuis qu’elle avait un coeur artificiel
    seul le semblant l’émouvait encore.
    Elle n’aimait plus que les faux-culs, les faux seins,
    les fausses barbes.
    N’entendait plus parler que de faux et usages de faux,
    livrant elle-même de faux témoignages.
    Sous le faux plafond de sa salle de bain,
    elle fixait ses faux cils, ajustait ses faux ongles.
    Devant sa fausse cheminée de faux marbre,
    elle enfilait sa fausse fourrure.
    Bien sûr, c’était une fausse blonde.

  15. Christine Macé dit :

    Depuis qu’il avait un coeur artificiel…

    On l’avait pourtant bien prévenu que ça allait mal finir. Mais il n’en faisait qu’à sa tête comme toujours. N’écoutant que son cœur ! Ces deux-là, Ils en avaient fait des fredaines ! Jusqu’au bout du plaisir, jusqu’à en mourir. Ce qui bien avait failli lui arriver. Et quand il s’était réveillé, ils étaient tous là, à son chevet. Contents de voir qu’il était vivant. Sans lui dire ni pourquoi, ni comment. Et qu’au lieu de son palpitant, c’est une mécanique bien réglée qui battait là-dedans. Tu verras, plus de soucis, la belle vie. Mais quelque chose avait changé, ça n’avait plus le goût d’avant, il sentait bien qu’il manquait… quoi ?
    Quand les battements de son nouvel organe lui tapaient sur le système, il filait se réfugier dans la boutique de farces et attrapes au coin de la rue. Se glissant dans des costumes chatoyants, essayant capes et manteaux, masques et chapeaux, il retrouvait un peu de son allant, quelques bribes de rêves fugaces, jouait à être celui d’avant : l’amant, le poète, l’enfant. Avant de rentrer sagement entre ses quatre murs un peu trop blancs, à pas lents. Fallait pas user la mécanique prématurément, on l’en avait prié instamment. Tout le monde tenait à lui. Assurément. Plus que lui-même, apparemment ! Lassé de ces jours qu’il enfilait comme des perles. De ces heures sans bonheur, sans malheur. De toute cette facilité qui conférait au vide. Il avait un cœur tout neuf, certes ! mais pour qui battait-il maintenant ?…

    Bon week-end, Christine

  16. Adrienne dit :

    Le « il » va très bien, c’est l' »Homme », c’est l’humain qui depuis la nuit des temps préfère l’illusion à la réalité 😉
    Merci pour cette idée, j’en fais un billet pour demain matin!

  17. Durand Jean Marc dit :

    Depuis qu’il avait un coeur artificiel seul le semblant l’émouvait encore. Il

    n’aimait plus que les faux culs, les faux seins et les fausses barbes. Il ne voyait

    plus que le vernis sur les femmes, les talonnettes au pied des grands hommes.

    Lui aussi passait pour fourbe avec son simulateur de battements. Mais ça ne

    le dérangeait pas. Il assumait le synthétique de sa pompe à émotions.

    Sa nouvelle vie en trompe l’œil ne lui paraissait pas si factice. Au contraire il y

    trouvait de la fantaisie. Jamais avant, il n’aurait pu s’amouracher de ce gentil

    marin à la jambe de bois. L’authenticité de ce membre s’avérait bien réelle

    lorsqu’il le lui badigeonnait, à petits coups de pinceau chargés en xylophène.

    Il mesurait mieux ce qui en chacun de nous peut être rongé.

    Par la douleur du dos des choses, le grain du doute, la mâladie, l’altitude

    féminine….tous ces simulacres du réel.

    Tant qu’à déjouer le jeu des apparences, il organisa sa réfection de façade, la

    révision intégrale de ses services d’écoulements et quelques éléments internes

    d’une décoration vieillissante. Pour éviter de passer inaperçu, il se fit greffer un

    nez de juif et tatouer une étoile jaune sur la poitrine. On lui installa un nouveau

    foie, distillateur de tous les excès, et un calme estomac de béton, jamais ulcéré.

    Il prévoyait la greffe d’un sexe que quelques chirurgiens coréens venaient de

    réussir! Mais ça le fatiguait d’encore faire la queue pour un faux petit double.

    Tous les paradis demeuraient artificiels.

    Même Baudelaire était une peluche dans le Dysneyland du Monde.

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