Faut-il illustrer un texte ?

images-1Dernièrement, Alain Laboile, sculpteur et photographe surdoué, m’a montré les photos du nichoir qu’il a créé et installé sur un mur de notre maison.
Je lui ai demandé où en était son projet de livre avec son éditeur . « Ça se concrétise, m’a-t-il dit, mais je crois que l’on va abandonner les textes qui devaient légender les images. Je me suis rendu compte que mes photos publiées sur le web parlent à tout le monde, aussi bien en Chine, en Norvège ou aux États-Unis. Les mots n’apportent rien de plus. »

Cette conversation m’a ramené au premier recueil de poésies que j’ai publié.
A cette époque j’habitais en Seine et Marne, proche de chez Bernard Leblanc un créatif, sculpteur également, qui avait un joli coup de crayon.
J’aimais beaucoup ses dessins, si bien que j’ai tenu à ce qu’il illustre mon recueil.
Quand il fut édité, de nombreux lecteurs me dirent : « On aime bien les dessins mais ils sont inutiles, ils gênent la lecture de vos poèmes. »
Ces remarques m’ont surpris et déçu, je tenais beaucoup à mon recueil illustré.
Aujourd’hui, l’expérience m’a montré qu’ils avaient raison.

Comme une bonne photo peut se passer de mots, un texte fort peut se dispenser d’images.
Réfléchissez bien avant de chercher à illustrer vos textes.
Méfiez-vous, l’image tue souvent les mots.

Vérifiez toujours si les images n’écrasent pas votre texte.
Les images attirent davantage le regard que l’écrit.
Il est primordial de veiller à ce que les illustrations employées ne contiennent pas trop d’éléments car l’image est polysémique.
Un mot a un sens, une image en a de multiples. Plus une image contient d’éléments visuels différents plus elle distrait le lecteur et l’éloigne du texte.
L’illustration doit donner à voir ce que votre texte raconte, pas plus.

Dans un ouvrage les illustrations doivent rester secondaires et être au service du texte. Sinon, mieux vaut s’en passer.

Si vous souhaitez écrire un livre pour enfants et l’illustrer, vous pouvez proposer à l’éditeur un illustrateur que vous appréciez, mais acceptez qu’il ne le choisisse pas.
La plupart aiment décider eux-mêmes.

Le site d’Alain Laboile  

Je suis dyslexique. De facétieux neurones font des croche-pieds aux mots dans mon cerveau. Mon orthographe trébuche souvent quand j’écris. Peut-être avez-vous remarqué une faute. Merci de me la signaler : blog.entre2lettres(at)gmail.com

5 Responses

  1. Soize dit :

    Je lis avec intérêt toutes vos remarques, très pertinentes sur la question et qui m’invitent à me creuser la cervelle avec vous.
    Une photo peut effectivement perturber une lecture mais je ne crois pas qu’elle puisse se passer de mots, justement parce qu’elle est polysémique. Elle peut devenir alors trompeuse et prendre un sens détourné, voire être détournée de son sens. Je viens de la presse où il est recommandé de légender une photo pour éviter des contresens dangereux voire de la manipulation. Mais là je parle d’illustration.
    Car l’image peut aussi être considérée sur le même plan que le texte, avec la même valeur, comme une discipline complémentaire et non comme une illustration. Je pense à l’acharnement de Nicolas Bouvier pour voir « L’usage du monde » édité avec les illustrations de son ami peintre Thierry Vernet. Ils ont mis plusieurs années à trouver un éditeur qui accepte de publier leur ouvrage au complet. Et aujourd’hui je ne pourrais imaginer de lire (et relire) ce livre sans avoir sous le regard les peintures de Vernet qui n’illustrent pas le texte de Bouvier mais en sont le parfait complément et inversement.
    La pluridisciplinarité se conçoit dans le spectacle (danse et musique ne se font pas d’ombre dans « Le lac des cygnes » et ce n’est qu’un exemple). Pourquoi pas dans la publication ?
    Je prêche sans doute pour ma paroisse car j’utilise photo et écriture y compris en ateliers, en essayant d’inviter les gens à les considérer comme complémentaires. Ça n’est pas toujours facile ni réussi mais on peut y arriver. D’autant plus tranquille avec mon « égo » que les meilleurs billets sont postés par d’autres que moi, je me permets de vous inviter à aller jeter un coup d’œil par ici : http://explosphotos.canalblog.com

  2. Jean de Marque dit :

    L’idée m’était venue, pratiquant et la photo et l’écriture. Mais rien finalement ne s’est concrétisé. Je me tâte toujours.

    En passant, un grand bravo à Alain Laboile pour ces joyeux clichés utilisant la technique pour libérer un bel imaginaire, une fantasmagorie de tous les instants. Il faut dire qu’avec sa « tribu », il semble avoir des sujets en or.

  3. Sophie Mouton-Perrat dit :

    J’aime beaucoup les textes illustrés mais en effet l’exercice est difficile, on est sur un fil.
    Ils doivent se compléter et s’enrichir l’un l’autre, former un tout.
    Est-ce qu’on regrette le cinéma muet ? Est-ce que le parlant empêche d’apprécier l’image et la réalisation ?
    Que pensez-vous des pièces de théâtre sans décor, sans costumes ?

    Tout créateur a son propre univers, son propre imaginaire.
    Vouloir que le lecteur, le spectateur s’approprie sa création en lui en disant le moins possible c’est bien, mais moi j’aime plonger dans l’imaginaire des autres ! L’image liée à un texte, la légende liée à une image m’accompagne.

  4. Françoise - Gare du Nord dit :

    Dans un autre registre.
    Je crois, que c’est également le cas des commentaires dans les reportages filmés : parfois ils suppléent l’image, parfois ils sont superflus, parfois même ils la détournent et la dénaturent

    A l’inverse, les reportages à la radio démontrent bien que l’image n’est pas forcément indispensable.

  5. Marie-José Leclercq dit :

    Tout à fait d’accord dans le cas d’une production artistique. La photo, comme le texte sont individuellement évocateurs et ils n’ont nul besoin l’un de l’autre pour remplir cette fonction.

    En revanche, un texte professionnel (rapport, mémoire, compte-rendu) peut nécessiter des photos, graphiques et autres schémas : cela donne du sens et des repères au lecteur. Alors, ils doivent toujours être légendés.

    Chaque type d’écrit a une typologie, une structure, un contenu et un objectif différents. Le seul point commun, c’est le lecteur : qu’a-t-il besoin de savoir, d’éprouver, d’analyser ? C’est en pensant au lecteur et à ses besoins que le rédacteur trouvera la juste mesure.

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