Exercice inédit d’écriture créative 130

Depuis qu’il trempait sa plume dans l’eau de vie
des milliers de lecteurs buvaient ses mots.
Son succès allait grandissant,
jusqu’au jour où…  

15 Responses

  1. Clémence dit :

    Depuis qu’il trempait sa plume dans l’eau de vie, des milliers de lecteurs buvaient ses mots. Son succès allait grandissant, jusqu’au jour où…  

    A l’école primaire, Harold était déjà champion en rédaction. Ses copains de classe voulaient connaître le secret de sa plume si déliée. A toutes leurs questions, il répondait invariablement :
    – Je m’assieds près de la source, je la regarde, je l’écoute et j’écris.

    Au collège, il connut le même scénario : champion en dissertation, quels que soient les thèmes imposés. Sa plume courrait sans s’essouffler.
    – Comment fais-tu donc ?
    – Je m’assieds sur les berges de la rivière, je la regarde, je l’écoute et puis, j’écris.

    Il était incapable de démonter le mécanisme de sa pensée et encore moins celui de son écriture. C’était ainsi.

    Il connut cependant ses premiers déboires lorsqu’il dut faire des dissertations sur des thèmes abstraits. Il avait beau s’asseoir près de la source ou sur les berges de la rivière, le silence lui répondait.

    – Bien, se dit-il, l’abstraction se soustrayant de mes compétences littéraires, il est temps de puiser à la source qui est la mienne. Ce n’est pas dans l’eau-de-vie que je trouverai mon inspiration, mais dans l’eau de vie, se dit Harold un soir d’été.

    Depuis, la vie quotidienne était devenue sa muse.
    Il savait regarder et trouver en chaque personne, en chaque chose, en chaque événement, en chaque geste une source de joie, de bonheur, de sérénité. Et il écrivait. Les livres se succédaient et le succès les accompagnait.

    Il éprouvait toujours de la surprise lorsque ses lecteurs le rencontraient et lui faisaient part de l’impact de ses livres sur leur vécu. Tous lui disaient invariablement et avec un même enthousiasme  qu’ils buvaient ses mots sans modération !
    Avec des paroles simples et avec modestie, il remerciait. Cependant il ne parvenait pas à se défaire de l’idée qu’il n’avait pas grand mérite puisque « ça » venait tout seul. Il lui semblait écrire des choses tellement banales, tellement quotidiennes  que tout un chacun aurait put également écrire.

    Il lui arrivait parfois d’éprouver quelques doutes…sur son inspiration, sur son écriture. Alors, il se cherchait un point d’eau et la zénitude l’habitait à nouveau.

    Quelques années plus tard, une source jaillit brutalement : celle des rumeurs, des ragots, des envies et des jalousies :
    – Trop facile d’écrire des banalités…
    – Trop facile de puiser dans le quotidien !
    – Pas le moindre suspens….
    – Pas de recherches documentaires…
    – Pas de grands frissons…
    – Pas de … ni de… et encore moins de ….

    De cette source saumâtre, les eaux s’écoulèrent et s’étalèrent sournoisement. Harold en sentis les remugles un soir d’automne.
    Laissant momentanément carnets et stylos, il partit pour un tour d’eaux.
    Sources, ruisseaux, rivières et fleuves, eaux tranquilles ou eaux tourmentées.
    Lacs, mers et océans, paisibles ou tumultueux.
    Un voyage initiatique à l’envers.

    Il rentra chez lui.
    Les rumeurs, médisances et calomnies n’avaient de cesse de défrayer la chronique littéraire.

    Harold, impassible et imperméable, s’assit à sa table.
    Il prit une rame de papier.
    Il se fit un plaisir indicible à glisser un porte-plume entre ses doigts.
    Et, en ce matin d’été, il trempa sa plume dans le vitriol.

  2. Sabine dit :

    Depuis qu’il trempait sa plume dans l’eau de vie des milliers de lecteurs buvaient ses mots. Son succès allait grandissant, jusqu’au jour où il trempa sa plume dans l’eau de mer. L’eau de mer est salée. Plus on en boit, plus on a soif. La vente de livres devrait s’envoler. Effectivement, les lecteurs eurent alors une soif inextinguible de ses livres. Son éditeur le harcela. Il lui fallu écrire un livre par an, puis un livre par trimestre, un livre par mois, un livre par semaine. Travail insurmontable. Il se mit à boire. De l’eau de vie. Mais toujours ivre, il se trompait souvent d’encrier. Désormais, les lecteurs buvaient les mots alternativement empreints d’eau de vie qui enivre et d’eau de mer qui assoiffe.
    Il mourut bientôt submergé de mots et d’alcool. Plus de livres chez l’éditeur. Les lecteurs moururent à leur tour de soif de mots. L’éditeur ruiné se suicida.
    ©Margine

  3. dumouchel dit :

    Depuis qu’il trempait sa plume dans l’eau de vie
    des milliers de lecteurs buvaient ses mots.
    Son succès allait grandissant,
    jusqu’au jour où…
    se fût sa fille qui avait bu toutes ces paroles, elle était bavarde, la coquine ! Lorsque sa mère rentra du boulot, elle la trouva dans cet état et se demanda ce qu’elle avait puis, écoutant sa fillette elle reconnu là les mots de son cher époux et n’en cru pas ses oreilles… Depuis le temps, elle avait cessé de lire les écrits de Monsieur qui la snobait et ne daignait lui lâcher un sous ne serait ce que pour acheter des souliers ! La petite commença a pâlir et eu quelques remontées.. il fallait l’aider la pauvre enfant…

    Sans hésiter, la jeune maman monta réveiller l’homme de la situation, il avait su la rendre malade… il saurait la guérir… lui faire comprendre que tous ces mots ne sont qu’histoires, qu’il ne croit en rien dans ce qu’il peut évoquer, que ces mots ne sont qu’images pour les gens « pauvres d’esprit » qui veulent bien le dévorer. Grâce à ces gens, nous pouvons vivre mon enfant…. Voilà ce qu’il lui dira….

    Mais non, il décida de lui dire tout autre chose… des mots que seuls lui et sa fille pouvaient comprendre… Elle resta bouche bée car il réussi tout de même à apaiser la fillette. Lorsqu’elle demanda ce qu’il lui avait susurré, il répondit tout simplement… Tu ne pourrais pas comprendre, va te coucher tout va bien !

    Et pourquoi ne pourrait elle pas comprendre ??? Elle se remit donc à lire ses ouvrages… en commençant bien sûr par le plus ancien… Au fur et à mesure de cette lecture, elle devint elle aussi accroc et comprit ce qu’il avait dit à sa fille… Depuis, ils vivent toujours tous les trois elle ne travaille plus car nul n’est besoin ! autant profiter de son enfant et aller chercher l’eau de vie qui éveille les sens de son homme !

  4. FROGER-DESLIS dit :

    Depuis qu’il trempait sa plume dans l’eau de vie, des milliers de lecteurs buvaient ses mots. Son succès allait grandissant, jusqu’au jour où… la source tarit ! Sur le moment, il n’y prit garde, sachant que les pluies ne tarderaient guère à inonder la terre. Pensez donc ! Il était en Afrique, qui plus est au Congo, là où la palabre est reine, les orages cataclysmiques. Lui le Mundele (terme dont on affublait les Blancs…, en quoi étaient-ils des modèles ?) était devenu un sorcier de l’imagination. On le vénérait, car il apportait des mots inconnus. Mais, d’un coup d’un seul, sa plume s’était asséchée ! Il avait essayé l’oralité. Peine perdue ! Salive et postillons avaient disparu. Qu’allait-il devenir si les dieux refusaient de participer à son œuvre ? Le ciel restait désespérément serein, se parant d’or, d’azur ou de flamboiement ; pas un seul petit nuage, aucune brise annonciatrice d’orage. L’écrivain, atteint d’anorexie littéraire, se résolut à consulter un sorcier – un nganga, fripé, tordu, mais avec un sourire fendant en permanence son visage. Le nganga l’écouta, partit d’un grand éclat de rire :
    — Mon ami, tu fais fausse route. Tes mots, tu les ponds dans l’obscurité, cloîtré chez toi sous climatiseur. Or, les mots, ils ont besoin de la vie qui remue, des cris du marché, des enfants qui jouent sous les manguiers, des hommes qui recréent le monde autour d’une bière, des mamans qui se crêpent les tresses. Les mots viennent du dehors. Ils s’attrapent avec un filet, comme les papillons. Gobe-les, engrange-les, place-les dans un bocal, rajoute piment, sucre ou citron, laisse macérer… Comment crois-tu que nous faisons, nous autres ? Nous écoutons, nous absorbons. De la réalité naît l’imaginaire.
    Le lendemain, le littérateur sortit son objet fétiche : un dictaphone, et il arpenta les parcelles, les ruelles, se mêla aux attroupements. Son filet-dictaphone dénichait tous les mots-papillons qui voletaient à l’entour. Le soir, malgré chaleur et moustiques, il écoutait ses enregistrements. Soudain, au milieu de la nuit africaine, mille mots et expressions surgissaient. Dehors, tout était calme, hormis le raffut des insectes et crapauds-buffles. Dans la villa sans climatisation, c’était une joyeuse cacophonie. À entendre cette polyphonie, la tête de l’écrivain enfla, enfla. Le cerveau enclencha ses capteurs, et dans une hémorragie déversa des milliers de voyelles et consonnes. La main tremblota, s’empara d’une feuille, d’un crayon, ignora la gomme, et se lança dans une frénésie d’écriture.
    De ce jour, la ville fut inondée de romans-fleuves ; en pirogues, ils remontèrent les rivières, se jetèrent dans l’océan, naviguèrent jusqu’au Golf Stream, envahirent tous les continents. L’écrivain fut à nouveau encensé.
    Comme quoi, pour écrire, il faut vivre. Et quand on vit, on écoute, on partage, on reçoit, on offre. L’écriture est un nectar qui se boit, qui se lit. L’écriture est un fluide qui unit les hommes. Elle est une eau qui assoiffe et désaltère.
    Béné – 26 mai 2013

  5. Sandrine H dit :

    Depuis qu’il trempait sa plume dans l’eau de vie, des milliers de lecteurs buvaient ses mots. Son succès allait grandissant, jusqu’au jour où … il perdit son eau de vie ou plutôt la vie dans l’eau !
    Le vague à l’âme l’avait emporté d’un seul coup. Il avait pris l’habitude de voguer sur les flots. Au fil de l’eau, ses pensées vagabondaient. Là, il trouvait l’inspiration loin du brouhaha du monde. Il se noyait dans la contemplation du ciel et de la mer.

    Ses admirateurs ne comprenaient pas pourquoi son bateau ivre avait avalé la tasse jusqu’à s’évanouir. Peut-être avait il choisi l’immensité plutôt que l’humanité ? Peut-être s’est il sauvé loin de la folie des hommes ? Peut-être avait-il omis de mettre de l’eau dans son vin ?

    Il avait préféré fuir.
    Loin, Loin, Loin
    Il était parti toujours plus loin…
    toujours plus seul,
    Et il n’avait plus ressenti le désir de rejoindre le rivage.

    Ainsi, il perdit son eau de vie ou plutôt sa vie dans l’eau.

  6. Smoreau dit :

    Depuis qu’il trempait sa plume dans l’eau de vie
    des milliers de lecteurs buvaient ses mots.
    Son succès allait grandissant, jusqu’au jour où un lecteur assidu fut arrêté à la bibliothèque municipale pour ivresse sur la voie publique. A grandes lampées, il avait lu toute sa collection d’un trait. Il était ivre de mots, ivre mort. Il s’était saoulé d’idées. Il avait vite perturbé le fonctionnement des fonctionnaires. Il s’était livré à une débauche de verbes, de noms et d’adjectifs. Livre par dessus tête. Il s’était pris les pieds dans le mot « tapis ». Il errait en vacillant entre les étagères, il cherchait Zola à côté d’Aristote. Il cherchait comme un malade, un auteur qui pourrait lui aussi l’abreuver, l’enivrer. Il dégota « Alcool » mais Guillaume ne fut pas à la hauteur. Cela lui prenait la tête.
    La tête lui tournait. Il ne comprenait pas. Que se passait-il ? Aucun auteur ne lui avait fait cet effet.
    Alors, il prit un dictionnaire et se délecta des mots qui lui faisaient du bien : verre, zinc, bouteille, degrés, vin, alcool, carafe, bière, apéritif, digestif, pousse-café, etc. Ils les lut, relut, appris par coeur, les écrivit jusqu’à plus soif.
    Les vapeurs de l’eau de vie s’estompaient.
    Et il partit ses mots sous le bras, l’eau à la bouche.

  7. Griselda dit :

    Depuis qu’il trempait sa plume dans l’eau de vie
    des milliers de lecteurs buvaient ses mots.
    Son succès allait grandissant,
    jusqu’au jour où un jaloux avec bien moins de bouteille
    lui vola tous ses écrits et les dilua dans du jus de chaussette.
    Ses fans, ivres de désespoir, noyèrent leur chagrin dans d’autres pages.
    Quant à lui, il resta en carafe.

  8. Magali dit :

    Détournement prohibitionnesque
    Depuis qu’il trempait sa plume dans l’eau-de-vie, des milliers de lecteurs buvaient ses mots. Son succès allait grandissant, jusqu’au jour où… tous ses lecteurs se noyèrent. Car s’ils savaient nager en eaux claires, ils éprouvaient plus de mal dans les eaux troublées par cette encre, celle d’une pieuvre qui les entraînait vers des fonds toujours plus sombres.
    Il se résolut alors à remplacer l’eau-de-vie par bien breuvage plus pétillant, celui de ses rêves.

  9. Sylvie dit :

    Depuis qu’il trempait sa plume dans l’eau de vie, des milliers de lecteurs buvaient ses mots. Son succès allait grandissant, jusqu’au jour où le fruit distillé qui lui avait donné le liquide miraculeux vint à disparaître. Son encre peu à peu se desséchait. Il essaya de la couper avec de l’eau, mais elle perdit de son liant, de son piquant et de son mordant. Ses histoires devinrent diluées, délavées et pour finir, complètement insipides. Ses lecteurs, déçus, se tournèrent vers d’autres horizons. Pour survivre, l’écrivain continua d’écrire des histoires sans goût, qui, à sa grande surprise, intéressèrent bon nombre d’autres lecteurs, assoiffés d’intrigues faciles, qu’ils descendaient d’un trait dans un métro ou un hall de gare. Non satisfait de ses nouveaux romans, l’écrivain recherchait toujours le fruit qui avait nourri et fortifié son encre pendant tant d’années. Un jour il fut saisi par un tourbillon de pétales et goûta à l’eau de rose. Son encre s’en teinta immédiatement et de sa plume coula un flot de nouvelles, couleur sirop de fraise. Au début, il trouvait cela drôle et reposant et, au moins, il ne perdait pas la plume. Mais peu à peu l’eau de rose devient pâlotte et le piment fuchsia s’estompa. Une fois de plus, l’encrier était vide. Cette fois-ci, l’écrivain sombra dans le désespoir : le fruit magique était perdu à jamais, son encre ne retrouvera plus la saveur qui enivrait les lecteurs à ses débuts. Alors qu’il s’enfonçait dans les ténèbres, l’écrivain y rencontra une idée de roman noir qui lubrifia sa plume, mais acidifia considérablement son encre, avec des portraits de personnages au vitriol et une atmosphère corrosive. Il touchait le fond de l’horreur quand il fut soudain ébloui par un éclair de poésie. Son corps en fut traversé de part en part et son encre se gonfla d’un nectar intarissable de rimes et de belles figures. C’est ainsi que l’écrivain devint poète.

    ©Sylvie Wojcik

  10. Françoise - Gare du Nord dit :

    Depuis qu’il trempait sa plume dans l’eau de vie, des milliers de lecteurs buvaient ses mots et les critiques encensaient son style truculent et coloré, ses personnages opaques et déjantés, ses intrigues sombres et foisonnantes.

    Régulièrement invité sur les plateaux des émissions littéraires, il était saisonnièrement couronné des prix les plus prestigieux. Son succès allait grandissant, le Prix Nobel n’attendait que lui.

    Jusqu’au jour où, peu après la parution de son dernier ouvrage, un roman fleuve de près de 900 pages, « Chienne de vie, je t’aime », il remarqua, au sein du concert de louanges habituelles, la remarque suivante : « … Mais il serait maintenant temps que cet auteur songe à changer d’eau ; il commence à nous saouler avec toujours le même breuvage aussi divin soit-il».

    Cette critique le plongea dans une profonde introspection au bout de laquelle il décida, que oui, il devait changer son encre sous peine de lasser éditeurs, critiques et lecteurs. Ce qui faisait, il en convenait, beaucoup de monde pour un seul homme.

    Et comme il n’était pas dans la demi-mesure, il décida également de choisir une encre différente pour chacun de ses ouvrages suivants.

    C’est ainsi qu’il trempa sa plume dans l’eau de Cologne pour rédiger un roman épistolaire « Lettres rhénanes », dans l’eau de rose pour une magnifique romance, dans l’eau de fleur d‘oranger pour un recueil de poèmes « Néroli », dans l’eau de Vichy pour une thèse sur la Collaboration, dans l’eau de mer pour un nouvelle sur le naufrage du Titanic, de l’eau de mélisse pour légender un herbier, dans l’eau bénite pour une biographie de Sainte-Bernadette.

    Hélas, à la sortie de chacun de ces ouvrages, les attaques se firent de plus en plus nombreuses et virulentes. Bientôt, la critique lui fut unanimement hostile. Il perdait pied peu à peu et s’enlisait, sa verve se diluait, ses personnages se noyaient dans des intrigues embrouillées et fumeuses.

    Au printemps dernier parut son dernier roman « Fragrances » pour lequel il avait trempé sa plume dans du Chanel n°5. Pourtant, la critique l’éreinta une fois de plus et le trait le plus cruel fut lancé par le chroniqueur littéraire du journal l’Equipe : « Il a probablement dû tremper sa plume dans son urine. Pas d’autre explication possible pour cet exécrable roman écrit par un pisseur d’encre qui se prétend écrivain ».

  11. ourcqs dit :

    Depuis qu’il trempait sa plume dans l’eau de vie, des milliers de lecteurs dégustaient à petites gorgées ses textes bien charpentés, corsés même, se gargarisaient des formules humoristiques. Certains se désaltéraient avidement avec ses fameuses tirades politico-poétiques, d’autres étanchaient leur soif de mots rares, incongrus. les joyeux drilles trinquaient à toutes ses trouvailles effervescentes. Mais, bien sûr trop subtil pour certains décidant qu’il était urgent de diluer cette originalité dans la plate neutralité. Du creux, de l’éventé, voilà ce qui lui fût imposé. Pas question d’imbiber ses lecteurs de propos doucereux, pâteux, ou même bouchonnés. Il délaissa l’eau de vie, et plongea dans la fontaine de jouvence.

  12. nathalie dit :

    Depuis qu’il trempait sa plume dans l’eau de vie, des milliers de lecteurs buvaient ses mots. Son succès allaient grandissant jusqu’au jour où sa plume fit grève. « Sois moderne : adopte une souris. Moi je suis fatiguée. A force de gratter du papier, ma pointe est toute émoussée et mon duvet terne. »
    Aïe, après l’ivresse du succès, la gueule de bois sera sévère et la traversée du désert longue. Il est impossible de tremper une souris dans l’eau de vie. Tout le monde sait qu’elle se noie et court-circuite son unité centrale …
    Il devait trouver une solution. Il présenta à sa plume différents breuvages : eau de cologne, eau de parfum raffiné, même de l’eau-forte plutôt acide,… Négatif. Rien ne lui donnait l’eau à la bouche et l’envie d’y tremper sa tige. Il consulta les ornithologues les plus réputés. Sans succès. Il engagea des oiseliers. Rien à faire. Jusqu’au jour où il rencontra le maître-chanteur le plus doué de sa génération, celui qui avait élevé la pie qui chante à son niveau de star internationale en exploitant sa joie de vivre.
    Le maître-chanteur entreprit ses consultations avec la plume, prêta une oreille attentive à ses doléances, écouta sa mélopée sans broncher. Verdict : surmenage.
    La plume participa à des groupes de paroles anonymes, avec des stylets, des crayons, des pinceaux, des craies, … Puis elle commença sa rééducation, retrouva son entrain et reprit le travail. Mais l’eau de vie était dorénavant coupée avec de l’eau de pluie. Car il avait comprit que la vie est indissociable de la tristesse, même sur le papier.

  13. Jean de Marque dit :

    LE BUVEUR DU VAL.

    Depuis qu’il se trempait sa plume dans l’eau de vie, des milliers de lecteurs buvaient ses mots. Son succès grandissait jusqu’au jour où il entama une histoire improbable des animaux.

    Ce matin là, il avait achevé sa dernière bouteille de scotch russe ou de vodka italienne…Il ne savait plus. L’important était dans le livresque, pas dans la taille du flocon… la plus grande transparence de l’ hiver, sa lecture du vide.

    Il ne savait plus bien si à force de boire il allait trinquer ou si à force de trinquer il allait conserver l’art de boire à ses futurs succès.

    Le lézard le regardait fixement et il lui servit un verre de rouge:
    « Tiens, lézard, noble fissure de l’évolution, à la nôtre…!! Quand j’en aurai fini de ton portrait, tu redeviendras l’authentique Dieu de la sieste, du repos fuyant les labeurs, les encorbellements rampants du devoir. Tu reposeras la Création du Monde, tu y laisseras ta queue. Tu ne croqueras dans rien et personne ne te mordra plus, même le soleil. Tu ne brilleras plus que du sort littéraire que je te réserve, à toi, et à toi, et à tes frères. »

    L’écrivain se leva…les autres animaux attendaient dans le couloir. Il ouvrit la porte de la salle de bains, se servit un grand verre d’after shave. Le rat, sur le bord de la baignoire lui sourit. Cela faisait longtemps que l’écrivain n’effarouchait plus le muridé. Il bondit donc sur son épaule, l’accompagna jusqu’au réduit. Là, il grimpa sur la dernière étagère et entama la relecture du quatrième volume de la Recherche du Temps Perdu. Le cuir et le papier jauni glissaient le long de sa gorge. Il n’y voyait pas l’affront. Et qui voit le tort des autres, pour peu que les circonstances le grisent un peu, y succombe souvent lui même.

    Expédiée la caricature du rat, dévoreur de civilisations, égoûtteur de maladies insidieuses, l’écrivain tomba dans un sommeil morne, le nez emmanché dans la table, oscillant vers la chute.

    Quand il émergea de sa torpeur, il se décida pour un rafraîchissement à base de vinaigre stocké dans la cuisine. Pour cela, il lui fallait rejoindre le rez de chaussée. Et donc désescalader les six marches de l’escalier. En entamant la première il ressentit une explosion jaunâtre en lui, une déflagration assassine, comme un gros sac surchargé dont les poignées lâchaient.

    Il savait qu’il allait mourir d’une obésité mais pas de laquelle.

    Le corps s’étala sur le carrelage, glissa jusqu’à la plinthe, buta sur la cloison…s’allongea.

    Il portait deux trous rouges au côté du foie.

  14. laurenced dit :

    Depuis qu’il trempait sa plume dans l’eau de vie, des milliers de lecteurs buvaient ses mots.
    Son succès allait grandissant, jusqu’au jour où, la terre fut partagée en deux. D’un coté les lecteurs ivres et de l’autre des âmes sèches.
    L’encrier de l’écrivain était percé. Ceux qui se situaient du côté de l’abondance riaient, regardaient la vie avec des lunettes roses. Les autres étaient en manque d’espoir.
    Il ne savait plus quoi faire sinon changer d’encre. L’eau de vie détenait de sérieuses qualités mais quand on la stoppait les gens redevenaient gris.
    Un matin, un sorcier vient le voir pour lui faire une proposition : réparer l’encrier et poursuivre l’ivresse collective ou faire disparaitre l’encre enivrante pour la remplacer par de l’eau de pluie. Cette deuxième solution remplirait les mers et rendrait fertiles toutes les terres. Les âmes n’auraient plus besoin de lui.
    L’écrivain pure produit d’égoïsme réfléchit une nuit et décida de sacrifier une partie de l’humanité pour continuer à rendre heureux quelqu’une.

  15. brigitte le guilcher dit :

    Depuis qu’il trempait sa plume dans l’eau de vie
    des milliers de lecteurs buvaient ses mots. Son succès allait grandissant, jusqu’au jour où, ivre de jalousie, une association baptisée « les incorruptibles » exigea des autorités une loi. Cette loi « anti-poche’ART » organisait la prohibition. Gare à celui dont les Gama GT dépassaient la norme. Une condamnation sans appel : Abstinence de lecture. Alors sous le manteau ses livres connurent un engouement frisant la dépendance

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