Exercice inédit d’écriture créatrice 222

cravates-deuxIl ne sortait jamais sans porter deux cravates,
tout le monde se demandait pourquoi.
Autour de lui, chacun avait sa petite idée,
mais…

29 Responses

  1. Christine dit :

    Il ne sortait jamais sans porter deux cravates, tout le monde se demandait pourquoi.
    Autour de lui, chacun avait sa petite idée, mais jamais personne n’avait osé le lui demander! Il faut dire que le bonhomme était imposant, d’abord par sa taille hors du commun et surtout par l’impression qui s’en dégageait que rien ni personne ne pourrait jamais s’interposer entre lui et son destin! Le regard foudroyant, la démarche lourde du bulldozer que rien n’arrête, la mine sombre…

    Les plus jeunes doutaient même que quiconque puisse se vanter d’avoir jamais vu sourire cette montagne d’homme! Sa mère quand il était encore au berceau, peut-être? Et encore! Rien n’était moins sûr!

    Dans ce petit village où tout le monde se connaissait, Quentin, l’homme aux deux cravates, était une personnalité. Un mythe presque! Sa réputation avait dépassé les limites du canton! Pensez donc! Un colosse paysan allant aux champs en cravate, déjà, il y a de quoi surprendre, convenez-en! Avec deux cravates, il y a de quoi faire parler dans les chaumières, surtout les soirs d’hiver quand on n’a rien d’autre à faire! Et on ne s’en privait pas, croyez-moi!

    Les potins circulaient.

    Pour les uns, il avait perdu tout sens commun.

    Pour les autres, il voulait juste alimenter l’attention dont il était l’objet.

    Enfin, tout le monde savait qu’enfant, il avait failli être choisi pour l’examen de la Grande École. On lui promettait alors un bel avenir. Peut-être, lui avait-on dit, deviendrait-il enseignant ou notaire! Il irait probablement s’installer à la ville! À la ville! Avec toutes ses lumières, ses spectacles, ses belles personnes bien vêtues circulant en automobile! En automobile!

    Élu parmi les siens, il quitterait le village, sa rue principale (à vrai dire la seule qui puisse porter le nom de rue), le magasin général (général, mais avant tout le seul), la campagne boueuse et le labeur des champs.

    Mais voilà! Un autre, plus brillant que lui, avait été choisi. Il se pavanait maintenant à sa place dans les rues animées de la grande citée. Quentin était resté, arrimé au passé, affrontant le regard déçu de ses proches.

    Dans le fond, peut-être que tout le monde avait raison. Le souvenir des rêves qui lui avaient échappé lui avait peut-être fait perdre l’esprit.

    D’élève brillant, il était passé à fermier terne.

    Peut-être pour ne pas s’oublier lui-même, ou pour que son presque succès soit rappelé aux autres, il avait décidé d’afficher ostensiblement et doublement ce symbole citadin.

    Allez savoir!

    Un beau matin du mois de mai, un dimanche, alors que tranquillement se réveillait le village dans l’odeur croustillante des pains, notre Quentin descendit la Grand Rue du village, tout endimanché et, ma foi, rayonnant et souriant! Souriant! Il marchait d’un bon pas vers le parvis de l’église où commençaient à se rassembler les fidèles pour l’office. Son arrivée fit sensation. Pensez donc! Méconnaissable, le Quentin! Bien rasé, avenant et sans cravate! Sans cravate! Quelle commotion chez nos bonnes commères!

    Pendant le sermon, Monsieur le Curé y fit même une franche allusion et alla même jusqu’à saluer le retour d’un enfant prodigue. (On s’entend! L’enfant prodigue!) Dans son enthousiasme candide, il était bien proche de comparer cette soudaine métamorphose à un miracle biblique! Le Quentin impassible, tout à ses dévotions, semblait assez serein et plutôt indifférent à l’effervescence que sa radicale transformation suscitait chez ses concitoyens.

    On l’observait du coin de l’œil, se demandant si ce qui avait semblé à tous être devenu son naturel, depuis tant d’années, ne finirait pas par revenir au galop!

    À la sortie de la messe, les langues allaient bon train, plutôt les bonnes que les mauvaises d’ailleurs.

    Tandis que les hommes se dirigeaient nonchalamment vers la taverne, les femmes rentraient à la maison avec les enfants pour préparer le repas ou restaient à papoter sur la place du village, profitant du soleil printanier.

    Contrairement à son habitude, Quentin se joignit à la troupe des paroissiens qui gagnait l’auberge au bord de la place. Il dépassait d’une bonne tête la vague de chapeaux et de tignasses qui abordait maintenant l’établissement. Encouragés par sa nouvelle attitude, certains s’enhardissaient à lui donner une petite tape dans le dos pour lui signifier leur plaisir de le voir là.

    Une fois à l’intérieur, Quentin se dirigea vers le comptoir et attendit son tour pour commander une bière. Il dut élever la voix au-dessus du brouhaha ambiant pour se faire entendre. Comme un signal, cette tonalité inhabituelle éteignit tranquillement les conversations. Debout devant le bar, tournant le dos à la salle, Quentin sentait sur sa nuque les regards et le poids de la curiosité des clients. Il savait en venant qu’il aurait à leur parler. Il le voulait. Il en avait besoin, maintenant.

    Lentement, il se retourna, jaugea son auditoire et il commença à parler.

    – Vous souvenez-vous du Maître d’école, Monsieur Gaston?

    Des signes d’acquiescement l’invitaient à continuer.

    – Vous souvenez-vous de la sélection pour la grande école?

    Les échanges de regards entendus et les hochements de tête reflétaient une certaine sollicitude à son égard, une forme d’empathie qu’il avait ignorée jusqu’ici et qui le touchait profondément. Comment avait-il pu s’enliser dans ses propres préjugés si longtemps? Lui qui se croyait désavoué par ses semblables se révélait le seul responsable de l’exclusion dont il s’était fait victime toutes ces années. Courageusement, il continua.

    – Je sais que vous connaissez tous cette histoire. Ce que vous ignorez sûrement, je l’ai moi-même compris il y a peu. Jusqu’à récemment, je n’étais que regrets et doutes! Maître d’école, notaire ou, qui sait, médecin. J’aurais pu sortir ma famille de sa condition. Mes parents m’avaient offert deux cravates, certains que je l’emporterais et que mon seul défi serait de choisir entre deux carrières de prestige. Vous connaissez la suite. J’ai laissé passer cette chance. J’ai échoué aux tests. Affronter la déception de mes proches et la condescendance des voisins et des gens du village s’est avéré une épreuve terrible à laquelle je n’étais pas préparé et que je n’avais certes pas prévue.

    Un silence embarrassé écrasa l’assemblée.

    – Après le décès de mes parents, emportés par la grippe espagnole, je me suis retrouvé seul à la ferme, avec ma frustration et mon sentiment de culpabilité. Jamais aucun de vous n’a jamais osé venir me voir, me parler, me demander pourquoi je me défiais de tous et m’emmurais dans mes extravagances et ma solitude bornée. Remarquez, je ne vous blâme pas! J’aurais probablement découragé toute tentative. Je suis le seul responsable des choix que j’ai pu faire et les assume pleinement.

    Quentin fit une pause et avala une gorgée de sa bière. Il n’avait rien perdu de ses talents d’orateur et certains de ses anciens camarades de classe se souvenaient, émus, du garçon enjoué et amical, déjà bâti, qui, loin de profiter de sa stature physique ou de son intelligence plus développée pour intimider les autres élèves, au contraire, les encourageait et les aidait dans leurs travaux scolaires. C’était « un bon Jack », comme on dit! Ce qui lui était arrivé était dommage, mais, dans l’esprit de la majorité, pas insurmontable.

    Un plus jeune, qui ne l’avait pas connu autrement que comme « l’homme aux deux cravates », se risqua à l’interpeler du fond de la salle.

    – Mais dites-nous, Monsieur Quentin, qu’est-ce qui vous a fait changer d’idée et revenir parmi nous?

    – Il y a quelques semaines, j’ai fait une rencontre qui m’a ouvert les yeux et l’esprit. Je labourais dans le champ qui longe la voie intercommunale, au sud du village. Une femme est passée sur le chemin et m’a fait de grands signes de loin. Intrigué, j’ai arrêté mon cheval et stoppé la charrue. Je me suis approché. Elle me souriait. Elle s’est excusée de m’avoir interrompu dans mon travail, mais elle avait besoin qu’on lui indique sa route. Elle s’était perdue en se promenant par les sentiers et peinait à retrouver la maison de son oncle, le Père Robichaud, dans le village voisin, chez qui elle était en visite pour quelques jours. Je lui ai indiqué son chemin et m’en retournais à mes labours quand elle m’interpela de nouveau. Elle s’excusait encore, de son indiscrétion, cette fois, mais se demandait pourquoi je portais deux cravates pour travailler la terre. Voyez-vous, jamais personne ne m’avait posé la question jusque-là. Depuis toutes ces années, je nouais ces cravates chaque matin, ne sachant pas très bien pourquoi. En mémoire de mes parents, probablement. Pourquoi les deux? Je crois que je n’ai jamais su choisir. La cravate du notaire ou celle de l’enseignant? Qui suis-je ou qui aurais-je pu être? Voyant mon désarroi, la belle inconnue me sourit de nouveau et son regard bienveillant me toucha. De nous deux, le plus perdu, c’était moi! Pour la première fois, je racontais mon histoire. Debout au bout de mon champ, les deux pieds plantés dans ma terre, je mettais mon âme à nue devant une étrangère. J’étais certain de l’ennuyer par le récit de ma vie, mais je ne pouvais plus arrêter ce flot de paroles qui montait en moi et sortait par ma bouche comme un souffle trop longtemps retenu. Elle m’écoutait, sans sourciller, ses yeux plantés dans les miens. Quand j’eus terminé de me vider le cœur, elle quitta le chemin et s’approcha de moi. Elle dénoua mes deux cravates et me dit : « Voilà! Maintenant, vous n’avez plus à faire ce choix! Ce n’était pas le vôtre, de toute façon. Soyez vous-même et pardonnez-vous! » Cette femme, qui ne me connaissait pas, qui avait seulement pris la peine de me parler et de m’écouter, cette femme m’a libéré! Elle m’a aidé à retrouver mon chemin! Je ne voulais pas quitter cette terre que j’aime! Je ne voulais pas devenir un notable, vivre en ville. C’est ici, parmi vous autres, parmi les miens, que j’ai toujours voulu rester. J’ai échoué à l’examen parce que je ne voulais pas le réussir! Je ne voulais pas partir! Mon choix à moi, c’était « pas de cravate »!
    – Mon Quentin, fit un des anciens, les yeux mouillés, tu n’as jamais cessé d’être des nôtres! Peu importe tes choix, nous, tes pays, nous t’aimons et t’accueillons à bras ouverts, avec ou sans cravate!

    Ému, Quentin sourit.

    – Merci Monsieur Pelletier! J’ai l’impression d’être enfin rentré chez moi! Toutes ces années, je voyais la vie en noir et blanc. Maintenant, elle pétille de couleurs et je m’autorise enfin le bonheur. Je vous donne la primeur : demain, je pars! Mais pour mieux revenir. La demoiselle qui m’a fait renaître est restée plus longtemps que prévu chez le père Robichaud. Nous nous sommes revus. Demain, je la retrouve dans son village, aux Éboulements. Je vais lui demander sa main, officiellement!

    Ainsi, l’histoire de l’homme aux deux cravates finit par une noce! Le plus beau jour de sa vie, le marié portait son plus bel habit, celui des grandes occasions, évidemment, mais il avait le col ouvert! Jamais plus il ne portât de cravates et personne n’eût à s’en plaindre, surtout pas sa tendre épouse, ni leurs enfants, qu’ils encouragèrent tous deux à poursuivre leur propre destin.

  2. Corinne BOUTINET dit :

    Il ne sortait jamais sans porter deux cravates, tout le monde se demandait pourquoi.
    Autour de lui, chacun avait sa petite idée, mais cet homme d’une discrétion exemplaire faisait parler de lui dans cette façon très particulière de se vêtir.
    Il se prénommait Charles et avait maintenant la cinquantaine, il vivait seul à ce que l’on en savait.
    Sa personnalité éveillait chez les autres tout un questionnement :
    Etait ce une façon de se faire remarquer alors qu’il passait inaperçu dans le quartier ?
    Avait-il quelque chose à se prouver, une sorte d’exercice qui amène l’être à se dépasser en créant cette fantaisie ridicule qui fait que le regard se porte sur lui, que les gens sourient.
    Peut-être était-ce cela tout simplement, le bonheur de faire sourire les personnes qui le croisent, car la plupart du temps les gens ne sourient plus, ils marchent dans la rue machinalement, étant plus intéressés bien souvent par leurs chaussures que par tout ce qui les entoure.
    Et bien en réalité, c’était un peu tout ça ! Mettre une pointe de fantaisie à sa vie et dans celle des autres, faire sourire, faire parler, afin d’éviter que chacun puisse devenir ces petits robots conditionnés par le système « métro, boulot, dodo ».
    Charles adorait que les enfants s’arrêtent, lui tirent la poche de son veston et lui demandent : dit Monsieur, pourquoi tu portes deux cravates, tu es clown ?
    Les enfants avaient tout compris, les parents se questionnaient en permanence sans oser lui poser la question, mais la spontanéité des enfants donnait à Charles la possibilité d’exister en tant que clown, un clown de la vie de tous les jours, un rêve inavoué dû à sa timidité maladive. C’était une façon d’exister tout en se cachant derrière qui il est vraiment, un artiste à sa façon…
    Il cherchait ainsi à rencontrer le Monde, à l’étudier au travers des différents comportements à son égard, à comprendre ce qui fait qu’un clown est un être à part, pas seulement là pour faire rire, non bien au contraire, mais quelqu’un qui au travers de ses propres attitudes découvre la profondeur des êtres et lui inspire soit bonheur, soit tristesse.
    Charles était un être à part, discret, mais certes pas insignifiant… Il apportait la chaleur de l’excentricité, il permettait à tous cette remise en question sur soi même, qui sommes nous dans notre vérité profonde, qu’oserions nous si nous le savions ?

  3. Dominique dit :

    Il ne sortait jamais sans porter deux cravates,
    tout le monde se demandait pourquoi.
    Autour de lui, chacun avait sa petite idée,
    mais…comment ne pas comprendre que, lorsqu’on s’appelle Camille-Dominique, que l’on est né sous le signe des gémeaux et que l’on a un frère jumeau, on est incapable de choisir ? Pourquoi la bleue plutôt que la rouge ? Pourquoi les fleurs plutôt que les nuages ? Pourquoi une seule quand on est double et qu’on les aime toutes ?

    L’usage de LA cravate date de l’époque Louis XIII. Mais si en porter une est une habitude depuis le 17ème siècle, le surplus n’est pas contingenté… Une, c’est le minimum, il n’y a pas de limite imposée.

    Il avait ainsi décidé d’en mettre toujours deux : une pour lui-même et une pour son autre lui, une claire et une foncée, une discrète et une originale, une par quasi obligation et une pour faire parler. Et pour faire parler, ça fait parler !

    Non les brav’gens n’aiment pas que

    l’on suive une autre route qu’eux !

    Certains en font des gilets, d’autres des jupes, alors il n’y a pas de quoi faire toute une histoire parce que cet homme en porte deux (cravates). D’autant plus qu’il a un argument tactique imparable : vous savez bien que ces trucs-là attirent les taches, alors, un croisement différent, et, ni vu ni connu, celle qui est sur le dessus est intacte !

  4. Virginie Durant dit :

    Il ne sortait jamais sans porter deux cravates, tout le monde se demandait pourquoi. Autour de lui, chacun avait sa petite idée, mais la petite idée d’un poids syllabaire prématuré, était en plein gestation. Des files d’attentes aux rencontres spontanées sur le trottoir, elle se développait peu à peu en rumeur. Néanmoins, l’on préférait observer.
    A pois, à rayures, à carreaux, noires, blanches ou encore rose satinée … les cravates se renouvelaient quotidiennement dans une parade bariolée. Et chaque jour, il pavoisait doublement son cou. Il en avait marre de porter le chapeau !
    Toujours à auréoler les doutes, à scander les discours analytiques ou à ponctuer les échanges problématiques ! C’était décidé, il se délestait de son CDI chez un psy. Ce point d’interrogation aspirait à nouer de nouvelles lignes d’horizon.

    Belle journée,
    Virginie
    (Je reconnais mon texte est court !)

  5. Virginie Durant dit :

    Il ne sortait jamais sans porter deux cravates, tout le monde se demandait pourquoi. Autour de lui, chacun avait sa petite idée, mais la petite idée, d’un poids syllabaire trop prématuré, était en pleine gestation. Des files d’attentes aux rencontres spontanées sur le trottoir, elle se développait en soupçon. Néanmoins, l’on préférait observer.
    A pois, à rayures, à carreaux, noir, bleu, ou encore rose satiné … les cravates se renouvelaient quotidiennement dans une parade bariolée. Et chaque jour, il pavoisait doublement son cou. Il en avait marre de porter le chapeau !
    Toujours à auréoler des doutes, à scander les discours analytiques ou à ponctuer les échanges
    problématiques, c’était décidé il se délestait de son CDI auprès d’un psy. Ce point d’interrogation aspirait à nouer de nouvelles lignes d’horizon.

  6. Virginie Durant dit :

    Il ne sortait jamais sans porter deux cravates, tout le monde se demandait pourquoi. Autour de lui, chacun avait sa petite idée, mais la petite idée, d’un poids syllabaire trop prématuré, était en pleine gestation. Des files d’attentes aux rencontres spontanées sur le trottoir, elle se développait en soupçon. Néanmoins, l’on préférait observer.
    A pois, à rayures, à carreaux, noir, bleu, ou encore rose satiné … les cravates se renouvelaient quotidiennement dans une parade bariolée. Et chaque jour, il pavoisait doublement son cou. Il en avait marre de porter le chapeau !
    Toujours à auréoler des doutes, à scander les discours analytiques ou à ponctuer les échanges problématiques, c’était décidé il se délestait de son CDI auprès d’un psy. Ce point d’interrogation aspirait à nouer de nouvelles lignes d’horizon.

    Belle journée,
    Virginie
    (je reconnais mon texte est très court! !)

  7. Il ne sortait jamais sans porter deux cravates,
    tout le monde se demandait pourquoi.
    Autour de lui, chacun avait sa petite idée,
    mais…il suffisait de regarder.
    Il portait ce qu’il appelait des cravates 2 plans
    L’une figurait le décor l’autre le sujet. Il possédait plusieurs modèles :
    La cravate arrière-plan montrait par exemple un motif de branches et la cravate premier plan, les feuilles.
    Sur un autre modèle la cravate arrière-plan représentait un nid et la cravate premier plan, les oiseaux.
    Il y avait également la mer et les bateaux ; le vase et les fleurs; le gâteau et les bougies.
    Mais sur son modèle préféré, figurait un homme qui portait deux cravates où figurait un homme qui portait deux cravates où figurait un homme qui portait deux cravates…

  8. Truffier Gaëlle dit :

    Il ne sortait jamais sans porter deux cravates, tout le monde se demandait pourquoi. Autour de lui, chacun avait sa petite idée, mais c’était un locataire très discret. Moi, je savais. J’étais tombée sur lui par hasard, une chaude soirée de juin. J’avais rendez-vous avec Alice pour boire un pot en terrasse. J’avais un peu d’avance et comme il y avait un petit attroupement près de la fontaine, ma curiosité l’a emporté. Il était là, dans son costume doré. Il portait la cravate rouge avec les pois jaunes, un peu de travers. Celle vert pomme avec les rayures roses bandait les yeux d’un autre gars. Puis très vite, tout a changé. Le type s’est retrouvé avec la cravate rouge parfaitement nouée autour du cou alors que mon voisin portait la verte. En un éclair, on a vu le gars les mains liées dans le dos avec la même cravate puis, l’instant d’après avec la rouge sur les yeux, puis la verte autour de la taille… On ne savait plus où regarder. Il a fini attaché à la grille du parc, un bras avec la verte, l’autre avec la rouge. Que c’était drôle ! Tout le public riait. C’est au moment du passage du chapeau, je crois, qu’il m’a reconnue et m’a fait un clin d’œil. En voyant sa pancarte « Le gentleman prestidigitateur », j’ai su aussi ce qu’il cachait chaque matin dans son grand attaché case.
    Je n’en ai jamais parlé à nos voisins. Je crois que, s’il l’avait voulu, il aurait fait sa pub lui-même ! C’est notre petit secret…

  9. eleonore dit :

    Il ne sortait jamais sans porter deux cravates,
    tout le monde se demandait pourquoi.
    Autour de lui, chacun…se posait mille questions, on le savait original mais de là à porter 2 cravates ?
    Sa femme lui en offrait à chaque fête et pour son anniversaire elle ne manquait jamais de choisir la plus jolie, en soie, avec des fleurs roses et des petites brindilles tissées du plus bel effet.
    Sa grande fille Valérie travaillait dans un magasin de luxe et se pâmait devant les œuvres d’art qu’étaient les lavallières orientales, toute d’or et de pourpre. Tant et si bien que son placard à vêtements en regorgeait, des cintres croulaient sous la charge soyeuse.
    Il adorait les douces attentions de ses proches et aimait tellement leur faire plaisir ! Quant-il s’habillait le matin il choisissait avec soin celle qui s’accorderait le mieux à son costume, mais régulièrement soit sa femme, soit sa fille le voyant partir pour son dur labeur de représentant en tournevis électriques, le regardait avec désolation. Il entendait ces mots qui lui brisaient le cœur : » tu n’as pas mis la rose, si jolie et qui s’accorderait si bien à ta chemise violine ? » « tu n’as pas mis la pourpre qui ferait si bel effet avec ton gilet mordoré ? Je l’ai choisie exprès en pensant à cette tenue précieuse »
    Albert ne savait plus que faire ? 250 cravates, toutes plus belles les unes que les autres attendaient sagement leur heure de gloire.
    Un matin d’automne il vit une larme perler dans les yeux bleus de Valérie et une autre couler sur la joue duveteuse de Jeanne, son épouse adorée.
    Eperdu de chagrin se sentant coupable de troubler ainsi la journée de « ses » chéries il remonta dans la chambre et attrapa une poignée de cravates sans ménagement, les roula en boule et les jeta devant « ses » femmes.
    Jeanne en choisi une verte, ignoble offerte par je ne sais qu’elle nièce perverse.
    Valérie en larme se saisit de la jaune canari, criblée de taches noires ! Celle-ci avait été gagnée par Eglantine, la petite cousine de Jeanne, à la fête du village il y a 10 ans !
    Il prit les deux horreurs et sans réfléchir les noua autour de son col. Son visage exprimait l’exaspération. Les deux femmes le regardaient en se souriant l’une , l’autre. Il partit en claquant la porte d’entrée. Restée seules, Valérie et Jeanne se tordaient de rire.
    Enfin, c’en est fini de ses cadeaux stupides ! Plus de cravates pour Albert. Elles étaient libérées du pensum … mais lui ? Condamné à porter 2 cravates jusqu’ au jour béni de sa retraite et encore, il en resterait bien après lui, pour son fils, peut-être ? Mais Didier aura tôt fait de bazarder le stock à la première brocante venue. Pas question pour lui des laisser enchaîner avec deux cordes au cou !

  10. Perrat Pascal dit :

    Vous êtes nombreux à me demander comment me remercier pour ce que j’apporte sur ce blog.
    Cela me touche beaucoup et mon ego prend la grosse tête.
    Si vous souhaitez me remercier faites connaître le site “Entre2lettres”, invitez vos amis à s’inscrire, participer aux exercices et lire les articles.
    Merci à toutes et à tous.

  11. Henriette Delascazes dit :

    Il ne sortait jamais sans porter deux cravates,
    tout le monde se demandait pourquoi.
    Autour de lui, chacun avait sa petite idée,
    Christian finissait l’installation de son loft, dans cette ville de province, où il allait devoir vivre.
    Après un long burn out, il avait enfin trouvé l’emploi qui lui convenait… à l’autre bout du pays, dans une région fort éloignée de ses habitudes, là où on ne le connaissait pas. C’était un choix fait sur les conseils de son psy. On avait tant parlé de lui, et surtout d’elle… elle qui était partie, sans un mot, juste sur un coup de colère.
    Il avait fait des rêves de renouveau et de liberté. Il aménagerait son « nid » selon ses goûts et dès que tout serait parfait il commencerait par se présenter à ses voisins pour les inviter à un apéro convivial. Christian avait tout perdu, amour, argent, réputation.
    Cependant, il s’aperçut bien vite que les portes s’entrebâillaient à peine lorsqu’il sortait de chez lui. Dans l’ascenseur, on répondait juste d’un mouvement de tête à ses « bonjour madame, bonjour monsieur ».
    Savent-ils ? Non, il faut les apprivoiser pensa-t-il !
    La semaine passa en emménagement, coups de pinceau par ci et par là ! Christian était maniaque, il voulait que tout soit parfait autour de lui. Il ne pourrait rien changer à cela.
    Au cours du week-end, il eut l’impression que l’immeuble s’était vidé… c’est vrai il faisait encore chaud pour la saison. Ils ont dû tous partir se reposer au bord de la mer, ou ailleurs, s’imagina-t-il.
    Lundi matin, il était fin prêt, même s’il n’avait pas eu la possibilité de nouer des connaissances avec ses voisins, il commençait enfin à travailler, il repartait au bas de l’échelle, là aussi c’était un choix et un conseil de son psy.
    Rasage parfait, parfum discret, chemise bien repassée, costume neuf, chaussures bien cirées, cravate impeccable… la tenue parfaite du futur « homme d’affaires », son look n’avait pas changé, même si de P-DG il devenait commercial !
    Au moment de partir dans un instant d’affolement, il pensa à son père dont il avait hérité les qualités et aussi les défauts. Il avait toujours dans sa sacoche une cravate et une chemise de rechange… au cas où au cours du déjeuner, une tâche malencontreuse de graisse ou de tomate le donnerait un aspect négligé.
    Il fonça dans sa chambre, choisit une nouvelle cravate, hésita, ne pouvant trancher sur celle qui ferait ressortir l’éclat de ses yeux gris, une coquetterie de sa part, mais après tout il pouvait bien se le permettre. Il en noua une grise rayée de bleue à côté de l’autre d’un gris plus soutenu.
    Bon, il déciderait en route.
    Dans l’ascenseur, il croisa plusieurs personnes qui comme lui reprenaient le chemin du boulot. Personne ne lui dit même bonjour, mais il remarqua des sourires en coin, des regards furtifs, bref on le testait, s’imagina-t-il !
    En arrivant devant la Société, il avait choisi celle qu’il porterait pour faire son entrée, et glissa l’autre dans sa poche, finalement son idée n’était pas si mal pour pouvoir faire un choix. Son aisance naturelle ferait le reste.
    Les rumeurs vont vite, les textos encore plus et toute la journée les cancans affluèrent du Smartphone du cinquième porte droite, au filaire de la concierge, en passant par le quatrième gauche et droite aussi, enfin tout l’immeuble fut au courant de son originalité avant que la journée de labeur ne se termine.
    «Vous savez le bel homme qui vient d’emménager tout seul et qui vient d’on ne sait où il est bien bizarre !
    — Et pourquoi ?
    — Il porte deux cravates à son cou
    — Deux et pourquoi ? »
    Les commérages allèrent bon train dans le petit immeuble.
    Après sa première journée dans la Société, Christian rentra en sifflotant chez lui. Trouvant dans sa poche la seconde cravate un peu froissée, il eut envie de la remettre à son cou. Cela lui avait porté chance le matin, il renouvellerait le principe.
    Sur le trottoir, deux voisines papotaient, plus loin sur le parking trois jeunes se lançaient des regards de connivence. Il comprit vaguement les mots qui se prononçaient sous cape !
    Il ne s’agissait que de ses cravates. Là il se sentit soulagé.
    C’est donc ça se dit-il, je suis l’étranger bizarre qui porte deux cravates, vous voulez jouer ! Moi j’aime ça. Vous allez avoir matière à bavasser et glousser dans mon dos, vous qui n’avez même pas eu le courage de me serrer la main que je tendais ou de répondre à mes sourires. Dès demain, je vais vous donner de quoi caqueter toute la journée.
    À partir de ce jour, il multiplia les cravates autour de son cou, il acheta des lavallières et des jabots. Il les choisit de couleurs éclatantes cela le changerait des nuances de Grey… !
    Il avait sans doute trouvé le moyen de faire parler les bavards, et d’éloigner les soupçons, mais il attendrait toujours l’appel d’Anastasia.

  12. Catherine M.S dit :

    Chercher la définition

    Il ne sortait jamais sans porter deux cravates
    Tout le monde se demandait pourquoi
    Autour de lui, chacun avait sa petite idée :
    Il était un peu fou ou légèrement fêlé
    C’était un gentil maboul, pas de quoi s’affoler.

    Mais un jour il se pointa avec deux paires de lunettes sur le nez
    Le lendemain ses chaussons dépassaient de ses souliers
    Et la semaine suivante ce sont les jambes d’un pyjama
    Qu’on apercevait sous le pantalon
    N’importe quoi !
    L’entourage commença sérieusement à s’inquiéter
    Sans vraiment oser aborder le sujet
    On ne sait jamais avec un Original
    Ses réactions sont rarement banales
    Et puis, après tout, on vivait dans un pays de liberté
    De quoi j’me mêle, pouvait-il rétorquer.

    L’histoire pourrait s’arrêter là
    Mais c’était sans compter sur la curiosité de la petite stagiaire
    Qui, sans en avoir l’air,
    Fourrait son nez dans tout ce qui ne la regardait pas
    Elle n’avait, disait-elle, rien de mieux à faire.
    – Pardonnez-moi, Monsieur, j’ai une question à vous poser :
    Pourquoi toujours en mettre deux ?
    Et elle d’énumérer ses fantaisies vestimentaires
    – Chut, c’est un secret, j’ai un don particulier
    Et la petite de se taire
    – J’ai le don d’ubiquité
    Et la petite, lèvres entr’ouvertes et yeux écarquillés
    – Ubi … quoi ?
    – Quand je suis ici, je suis aussi là-bas, au bureau et à la maison à la fois
    Alors je dois m’habiller en conséquence.
    – Vous mentez, cela n’a aucun sens !
    Et c’est avec un petit sourire de travers, cachant une sourde colère
    Qu’il tendit prestement à la jeune effrontée un énorme dictionnaire.

  13. ourcqs dit :

    Il ne sortait jamais sans porter deux cravates, tout le monde se demandait pourquoi.
    Autour de lui, chacun… échafaudait des hypothèses, mais il faisait partie de tous ces personnages qui avaient
    deux téléphones,
    deux montres,
    deux alliances,
    deux mains gauches …
    deux cordes à son arc, malgré
    les deux pieds sur terre,
    toujours entre deux eaux, il tergiversait,
    avec deux poids deux mesures,

    Avait-il une double vie ???

  14. Miel dit :

    Il ne sortait jamais sans porter deux cravates,
tout le monde se demandait pourquoi.
Autour de lui, chacun avait sa petite idée,
mais…
    personne n’avait encore osé le questionner sur son étrange manie qui consistait à superposer ses deux cravates, l’une, d’un noir classique, l’autre, lumineuse grâce à ses smileys d’un jaune hilare. Une pince à cravate était sensée maintenir les deux mais souvent l’une d’elle s’échappait, le plus souvent celle aux smileys à la mine épanouie, ce qui amenait la perplexité dans son entourage. Un huluberlu trop distrait pensaient les uns, un superstitieux pensaient les autres. Jusqu’à ce que Elise, sa dernière conquête, s’en inquiétât.
    C’était une femme pragmatique, sage et ordonnée. Avec elle, les choses et les gens devaient être rangés, marqués chacun à leur place ; les gens, par une étiquette collée au front, les choses, reléguées dans des casiers répertoriés…
    La marotte de Louis l’avait perturbée. Qu’il portât la cravate pour courir au parc le dimanche ou pour s’acheter ses cigarillos au tabac du coin ne la rebutait pas. Au contraire. Un peu de raffinement dans ce monde débraillé à la désinvolture grandissante n’était pas pour lui déplaire. Et puis, ne jugeait-on pas un homme sur sa cravate ? Celle-ci faisait partie de la civilisation. Si quelques hommes du monde allaient jusqu’à nouer leur lavallière, en double nœuds, désuet mais charmant, porter une cravate en double ! Voilà qui dépassait l’entendement !

    Elle l’attaqua de front alors qu’il s’attelait au deuxième nœud de sa deuxième cravate avec un calme désespérant : Louis, mon ami, pourquoi vous acharnez-vous à porter deux cravates ? Une seule ne suffirait-elle pas ?
    Il leva sur elle un regard surpris. En posait-elle des questions ! Qui donc était-elle pour se permettre cette intrusion dans sa manière de se vêtir ? Est-ce qu’il lui demandait, lui, le nombre de crèmes ou autres artifices de beauté qu’elle utilisait pour cacher son âge ?
    Ces deux cravates sur son cœur faisaient partie de son jardin secret. Et comme tout jardin secret qui se respecte, cela ne se partageait pas, n’en déplaise aux curieux.

    Les années passèrent. Elise se lassa de ce Louis doublement cravaté. Des Hélène, Marie-Chantal, Sidoïne se succédèrent jusqu’au moment où il se retrouva seul sans plus personne pour s’étonner de sa singulière tocade.
    L’aide-ménagère qui le visitait une fois par semaine, le trouva un jour de décembre raide mort sur le carrelage de la cuisine.
    Lorsqu’on le déshabilla pour sa toilette mortuaire, l’on trouva autour de son cou, deux cravates, l’une d’un noir classique, l’autre au gris terne customisé de binettes tristes.

  15. billy elliots dit :

    Il ne sortait jamais sans porter deux cravates, tout le monde se demandait pourquoi.
    Autour de lui, chacun imaginait les plus invraisemblables raisons.
    La réalité était simple.
    Un jour sa femme lui avait offert deux cravates. une bleue claire et une jaune.
    Le lendemain pour aller au travail, il mit la bleue.
    Sa femme, le voyant, lui dit
    – Ah bon, la jaune ne te plaît pas alors
    Le lendemain il mit la jaune.
    – Tu n’aimes plus la bleue!
    Après il mit les deux
    – Ca va pas, t’es ridicule à mettre deux cravates…

    Paul Watzlawick

  16. Clémence dit :

    Il ne sortait jamais sans porter deux cravates,  tout le monde se demandait pourquoi.
    Autour de lui, chacun…

    Arrêt sur image…. Flash-back….

    J’avais une ferme africaine… tout le monde connaît mon histoire d’amour, magnifiée par le sublime adagio du concerto pour clarinette de WA Mozart …et les images tout aussi sublimes du Kenya, vu du ciel…

    En janvier 1914, je devins baronne Karen Blixen après avoir épousé Bror Von Blixen-Finecke, frère jumeau de mon premier amour …

    Notre couple battit très vite de l’aile, mon mari étant volage. Notre plantation de café se porta mal aussi en raison de faibles talents pour la gestion et l’agriculture ….

    En 1918, je fis la connaissance de Denys Finch Hatton, pilote de l’armée britannique et chasseur réputé avec qui je vécus une histoire d’amour extraordinaire.

    Denys avait toutes les qualités et surtout, la classe qui faisait tant défaut à mon mari….

    Je me souviens….comme si c’était hier….
    Un soir, nous fûmes invités au bal du Gouverneur. Sa résidence se trouvait à une centaine de kilomètres de chez nous. Denys décida de passer la journée dans la savane, en quête de quelque gibier royal. Il me rejoindrait là-bas à l’heure convenue…..

    A mon arrivée , je fus surprise de ne pas être accueillie par Denys. Le Gouverneur eut l’élégance de me tenir compagnie, m’entretenant agréablement des milles affaires qu’était sa vie au Kenya.

    Enfin Denys arriva dans une tenue impeccable, mais le col ouvert….Il m’embrassa dans le cou avec un regard bleu si doux qui implorait mon pardon pour ce retard…Discrètement, je lui fis remarquer qu’il avait oublié sa cravate.
    C’est alors qu’il me prit à l’écart pour m’informer de sa panne de moteur et l’utilisation salvatrice de sa cravate en guise de courroie….

    Depuis cette soirée mémorable, Denys entoura discrètement son col de deux cravates à chaque fois qu’il sortait.

  17. victime de l’homonymie !ou de dyslexie?

  18. Jean Louis maître dit :

    Pour marier les exercices d’écriture de Pascal Perrat et « Dix-moi dix mots » de la Semaine de la langue française…
    Il ne sortait jamais sans porter deux cravates,
    Si bien que tout le monde se demandait pourquoi.
    Deux savates, ça va !
    Mais pourquoi, deux cravates ?
    Personne ne savait !
    Lui-même restait coi.

    Pourtant, chacun gardait une petite idée…
    On parlait de gri-gri, de coutume inuit,
    On jugeait cela kitsch, un cou deux fois bridé !
    Vraiment, il exagère, enfin !
    C’est inoui !
    Alors, on consulta wikis et dictionnaires
    On en vint à souhaiter la sérendipité
    Pour trouver, par hasard !
    Ca portait sur les nerfs !
    Personne ne trouvait, on était dépité !
    Ah ! c’en était fini de notre zenitude !
    La kermesse aux idées était vraiment déserte !

    On retroussa ses manches, on reprit les études !
    Pour cibler le sujet, la chasse était ouverte !
    La porte aussi l’était, à bien des amalgames,
    Et les cravatophobes ont tous crié « haro »
    Sur ce bi-cravaté voulant monter en gamme.
    Les insultes volaient, comme les noms d’oiseau !

    Alors, sous les crachats, il voulut s’expliquer :
    « Je ne fais qu’obéir aux doux voeux de ma mère,
    Ses désirs étaient clairs, rien de bien compliqué !
    En agissant ainsi, moi-même, j’obtempère !
    Elle m’avait fait jurer de ne jamais sortir
    sans porter… deux… cravates, j’obéis à ma mère ! »
    Ah bravo ! DE cravate ! Sans porter DE cravate !
    L’orthographe parfois devient un monstre hideux !
    Encore une victime de l’homonymie !
    Qui apprit dans sa chair que « de » ne fait pas « deux »
    Que, parfois, notre langue est comme une omelette
    Et que l’on n’écrit pas sans jamais caser… « de ».

  19. Il ne sortait jamais sans porter deux cravates, une noire et une blanche

    mais…quand il mettait sa cravate noire tout le monde lui demandait pourquoi il n’aimait pas la cravate blanche et quand il mettait sa cravate blanche tout le monde lui demandait pourquoi il n’aimait pas la cravate noire.
    Autour de lui, chacun avait sa petite idée.
    Sa fille : « il est interdit d’interdire »
    Sa femme : « ta fille dit la vérité »
    Sa fille : « ma mère ment »
    Lui : « au secours, ne m’aidez pas ! »
    Moi : « oubliez ce que vous venez de lire »

    Ps : dfuuf qisbtf ftu dpeff

  20. Durand Jean Marc dit :

    Il ne sortait jamais sans porter deux cravates, tout le monde se demandait

    pourquoi. Autour de lui, chacun avait sa petite idée mais la petite idée de tout

    un chacun ne valait pas la grande idée qu’il avait eu, lui.

    Ce matin là, vers 13h, il s’était réveillé au bout d’un caucherêve flambant neuf,

    un encore jamais utilisé, une histoire de poursuite entre un nuage et une

    falaise…même qu’à la fin, le nuage ne tombait pas de la falaise. Il aimait trop sa

    vie de tête en l’air.

    Il s’était donc levé des deux bons pieds. De toute façon il n’en disposait pas

    d’autres. Il but 12 cafés, de l’arabica, du robusta, du vaguala, du crépita…. ,

    tartina 6 biscottes de 6 confitures différentes.

    Il était transporté par son idée. Ses pantoufles planaient à 20 centimètres au

    dessus du plancher. Le plafond étant toujours aussi bas, il récupéra son casque

    de chantier. Il ne savait pas exactement ce que cette nouvelle journée allait lui

    apporter mais il ne doutait pas de l’évolution du projet. Il se lava les dents du

    dessus, ignora celles du dessous, normal pour un jour pair, enfila une

    chaussette jaune sur un pied et une bleu sur l’autre.

    Il sortit par la fenêtre pour éviter les questions inutiles, démarra son vieux

    scooter. Les bureaux peu éloignés auraient pu l’autoriser à cheminer dans une

    empreinte piétonnière qu’il souhaitait plus écologique. C’est du moins ce qu’il

    racontait à tout le monde, quand le monde s’inquiétait de son avis.

    Arrivé au bureau, il ôta le plus lourd de ses pardessus, le roula en boule pour se

    calmer et le boucla dans un tiroir.

    La journée s’avérait chargée. Des sièges à attendrir, des dossiers raides…et

    toutes ces mains à décrypter du bout d’un palpage plus ou moins prononcé.

    A 11h, il sortit de sa poche l’un des flacons d’air pur, en sniffa une bonne giclée,

    écouta un instant la grive musicienne lui interpréter son concerto.

    A cet heure ci, on devait enfin le prendre pour un clown, un demeuré de

    l’arrivisme, un flambé de l’occihôpital , un burnouté du boulot.

    Son idée était bien d’en rajouter une couche tous les jours.

    A force, il parviendrait bien au but tant espéré: qu’on ne le prenne surtout plus

    pour le Président de la République.

  21. Christine Macé dit :

    Il ne sortait jamais sans porter deux cravates, tout le monde se demandait pourquoi.
    Autour de lui, chacun avait sa petite idée, mais personne n’avait osé lui en faire la remarque. Pas même sa concierge qui avait pourtant la langue bien pendue. Tout de même, un petit jeune homme qui paraissait si bien élevé, disait toujours bonjour gentiment, tenait la porte aux dames et ne devait certainement pas fumer, lui. Pas comme le locataire du 5e, une vraie puanteur jusque sur le palier, ça lui donnait la nausée chaque fois qu’elle devait y monter ! Elle avait bien essayé d’en parler avec la boulangère, sa vieille copine d’école, mais elle non plus ne comprenait pas. Échafaudant toutes sortes de possibilités dont aucune ne collait, elles en avaient finalement déduit qu’il devait avoir une double vie. Mais quant à en imaginer les détails, tous les scénarios étaient possibles, donc improbables. Et chacune retournait à ses occupations, toujours un peu déçue et se promettant de guetter le moindre signe qui pourrait les mettre sur la piste.
    Un jour pourtant – c’était un mardi, oui monsieur le commissaire ! – il était sorti en arborant une seule cravate – rouge, ça je m’en souviens très bien, vu que je déteste cette couleur… C’était tellement inhabituel que je n’arrivais pas à détacher mon regard. Il avait paru gêné et avait rapidement quitté l’immeuble – tout juste s’il m’avait saluée ! – un peu comme un voleur, vous voyez, monsieur le commissaire… Comme s’il fuyait quelque chose… ou quelqu’un ! Ne sachant que faire, j’avais couru chez Joséphine, la boulangère. Elle aussi avait trouvé son comportement insolite : cette fois-là, il n’avait pas acheté ses habituels croissants mais des petits pains au chocolat ! Si ça n’était pas un signe, ça, monsieur le commissaire…
    Depuis qu’elle était rentrée, la logeuse ne cessait de s’interroger : pourquoi les poulets (c’était sa façon de nommer les gens de police) s’intéressaient-ils brusquement à son locataire ? Il n’avait certes pas reparu depuis ce jour étrange, ça faisait maintenant une semaine. Mais tout le monde a le droit de partir en vacances, non ? C’était peut-être juste ça la raison ? Et le reste, les deux cravates, est-ce que c’était si important au fond de savoir le pourquoi du comment ? C’est pas un délit, monsieur le commissaire, de porter deux cravates ? Qui c’est que ça dérange ? Pas moi en tout cas ! Mais vous avez raison, quand on part en vacances, on ne vide pas son appartement ! Et dire que je n’ai rien vu, pour une fois que je m’étais absentée…
    Opinant du chef, le commissaire se leva pour raccompagner la concierge. Décidément, il s’en passait de drôle dans le quartier. Tellement fier de sa promotion à la capitale, lui qui s’était enfin décidé à quitter son fin fond de campagne, est-ce qu’il n’allait pas en regretter la tranquillité : ils étaient un peu bizarres tout de même ces citadins ? Une disparition, passe encore, c’était fréquent de voir ça dans leur métier. Mais un gars qui portait deux cravates… Ça promettait d’être croustillant cette affaire, il faudrait qu’il mette au moins deux hommes sur le coup ! Il referma le dossier et se cala dans son fauteuil pour réfléchir? Qu’est-ce qu’elle avait dit Ginette : qu’elle lui préparerait un double scotch pour bien commencer la soirée ?…

    Bon week-end, Christine

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