Exercice inédit d’écriture créative 210

sur-une-feuilleElle déjeunait au restaurant,
quand une une voix, derrière elle,
éveilla son attention.
Elle sursauta.
Ce timbre particulier, elle en était sûre, c’était celui de son héros.
Celui qu’elle venait de quitter, quelques minutes plus tôt,
au bas d’un feuille, sur son bureau.

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35 Responses

  1. geraldine dit :

    Elle déjeunait au restaurant, quand une une voix, derrière elle, éveilla son attention.
    Elle sursauta.
    Ce timbre particulier, elle en était sûre, c’était celui de son héros.
    Celui qu’elle venait de quitter, quelques minutes plus tôt,
    au bas d’une feuille, sur son bureau. Comment était-ce possible ? Il fallait à tout prix qu’elle voit son visage, qu’elle sente son parfum, le touche… elle voulait être sûre de ne pas rêver… A moins qu’elle demande à Amandine de la pincer ? Non c’était trop bête, elle se moquerait encore, lui dirait qu’elle ne l’écoute jamais.
    S’excuser auprès d’elle et prétexter qu’elle aller se rafraîchir, afin de pouvoir jetter un coup d’oeil furtif ! Voilà ce qu’elle ferait, dans deux minutes… il faut attendre… c’est long…non elle ne tient plus, se lève et se précipite au fond de la pièce, laissant Amandine sur son histoire de couple qui va mal, c’est plus fort qu’elle !
    Elle revient, d’un pas de sénateur, afin de pouvoir le disséquer, humer le doux parfum qu’elle avait imaginé. Arrivée à la hauteur de son « James Bond », elle ferait tomber son sac à main, dans l’espoir, peu probable, que le gentleman l’aiderai.
    Il se leva avant même qu’elle ne puisse jouer sa petite comédie. Son foulard se crochat, ce qu’elle pouvait être sotte des fois, il n’y avait qu’elle pour se rendre aussi ridicule ! Il était déjà à sa hauteur pour ramasser l’objet et elle, immobile, restait quoi, voulant appeler Amandine qui l’observait sans rien comprendre.
    L’homme lui prit ma main pour lui remettre son étoffe, lui sourit et lui parlat. Elle sentait ses longs doigts et s’empourpra, ne pouvant parler, se précipita à sa table et voulu reprendre la conversation là où elle l’avait laissé. C’était sans compter sur la curiosité d’Amandine qui n’avait rien loupé de la scène ! Cette petite curieuse voulue tout savoir.
    Lucie lui expliqua les raisons de son comportement, Amandine compatissante, la laissa vider son sac et compris qu’elle n’avait pas recouvré toute sa mémoire.
    Fallait-il lui dire que cet homme n’était pas né de son imagination ?
    Fallait-il lui dire qu’il s’appelait Etienne, qu’ils étaient fiancés ?
    Fallait-il lui dire qu’elle avait découvert Amandine un jour dans son lit ?
    Fallait-il lui dire que cet accident, elle l’avait eu suite à cette douloureuse réalité ?
    Non, elle ne dira rien, et continuera à lui raconter ses mésaventures avec Etienne, qu’elle ne lui présentera jamais, car elle est visiblement toujours amoureuse de lui.
    Dans un élan de joie feind, Amandine lui lança un regard coquin et lui dit :
    Je vois que tu es prêtes à reconquérir le monde ! Laisses tomber ce Don Juan à trois balles, nous avons pas mal d’amis Etienne et moi, je te les présenterais personnellement ! Tu verras je trouverai ton âme sœur !
    Mais cet homme… il me plaît vraiment, c’est mon héros…
    Dans ton livre, uniquement dans ton livre ! Allez retournons au boulot, on parlera de tout ceci plus tard !
    Mais
    Pas de mais.. on y va
    Lucie fut incapable de se remettre à son ouvrage ce jour là, pourquoi Amandine avait-elle était aussi autoritaire ?

  2. Clémence dit :

    Octobre 2011.

    Laura avait lu tous ses romans ! Parfois dans le désordre, mais aujourd’hui, elle terminait celui qui l’émouvait le plus.
    Laura ne s’expliquait toujours pas pourquoi, malgré ses choix les plus éclectiques, lui arrivait toujours entre les mains « le » livre qui la faisait vibrer… Il arrivait juste au « bon moment » : une réponse à une question lancinante, la relation merveilleuse d’une expérience similaire, la découverte de mêmes pays, de mêmes contrées, de mêmes villes…

    Laura prenait le TGV pour aller travailler. Chaque jour ! Trois heures. Ces trajets ne lui semblaient pas interminables ni lassants, encore moins épuisants car elle lisait. C’était pour elle, le seul moment où elle pouvait prendre du temps « rien que pour elle », seule dans sa bulle.

    Ce mardi, elle pensait pouvoir terminer les dernières pages avant d’arriver au Centre de Santé. Il n’en serait cependant pas ainsi… le contrôleur, une bousculade, des cris… impossible de se concentrer davantage. Elle glissa, un peu rageuse tout de même, le roman dans son sac.
    Le roman, oui, car même si elle possédait une liseuse, elle appréciait toujours autant la senteur du papier neuf, son poli et les effluves de l’encre. Une espèce de lien avec l’auteur, comme si c’était sa plume qui avait couru sur les pages blanches.

    Tous les dossiers de la matinée étaient terminés, archivés : « de la belle ouvrage » disait-on autrefois !
    Laura décida de s’offrir une petite récompense… une salade fraîche au petit resto du coin de la rue.
    En cherchant son portable qui couinait (pour l’éteindre ), sa main frôla la couverture de son roman.
    «  Je sais que si je reste pour le finir, une collègue risque de passer bavarder, mais tant pis, je craque, j’en termine la lecture maintenant»
    Ce qu’elle fit, sans être dérangée !

    La voilà heureuse : un bon roman, comme à l’accoutumée ! Laura quitta son bureau, direction, le petit resto…une table libre…elle s’y faufila. A la table voisine, deux hommes. Le premier ressemble à un éditeur qu’elle avait déjà croisé lors d’un Salon du Livre, l’autre, elle le voyait de dos : blouson de cuir, coupe de cheveux très soignée…
    «  Je me demande bien qui est son invité si silencieux…. » se demanda-t-elle alors qu’on lui apportait un soda.

    C’est alors qu’une voix grave se fit entendre, une voix ….
    Impossible de se tromper ! Une voix grave pointée d’un accent anglais, un français impeccable, une voix mélodieuse, un débit modulé, sans superflu…
    La voix, … oui, mais ce n’était pas que la voix, c’est l’homme aussi !

    Impossible de résister à l’envie de se retourner…ce qu’elle fit donc, sans gêne et, tant pis si on lui faisait une remarque désobligeante…

    – Mmmm, je crois, D. , que tu as une admiratrice derrière toi… ou alors une petite curieuse bien ravissante !
    – Oh, damned, mon incognito est brûlé….
    – Je vous en prie, venez nous rejoindre, Mademoiselle, cela vous fera plaisir et vous évitera de vous tordre le cou en feintant de ne rien entendre.

    Elle répondit bien sûr à l’invitation et, à bâtons rompus, ils parlèrent de tout… leurs métiers respectifs, leurs joies, leurs craintes. Elle se risqua même à poser ces questions « idiotes », celles dont on dit que l’on ose pas les poser….
    Le temps passait si vite ! Laura devait retourner au Centre.

    Au moment de quitter la table en saluant et remerciant une dernière fois, l’éditeur lui donna sa carte de visite qu’elle glissa précieusement dans son sac car D.K. lui avait gracieusement apposé une dédicace ainsi que sa signature… « en souvenir de cette rencontre impromptue ».

    Laura ne parla à personne de cette rencontre.

    Octobre 2013.

    Laura dut se rendre à la poste car un avertissement de recommandé avait été glissé dans sa boîte aux lettres.
    Elle réceptionna ainsi un paquet où ne figurait aucune indication. Sa curiosité piquée au vif, elle entra dans le premier bistrot, commanda un café et défit le paquet…..
    Quatrième de couverture elle n’en crut pas ses yeux…

    « Dans le Maine, de nos jours. A 42 ans, Laura Warren sent qu’elle est à un tournant de sa vie. Depuis quelques temps, cette ….. »

  3. Wolf Gorbatchèv OSCAR dit :

    Elle déjeunait au restaurant, quand une voix, derrière elle, éveilla son attention. Elle sursauta. Ce timbre particulier, elle en était sûre, c’était celui de son héros. Celui qu’elle venait de quitter, quelques minutes plus tôt, au bas d’un feuille, sur son bureau. Elle risqua un regard dans sa direction : le fruit de son imagination se mouvait comme un… vivant avec la voix qu’elle souhaitait ! Alors, elle repensa aux paroles de la vieille dame qu’elle avait rencontrée ce matin : « ta main donne vie aux dessins ». Puis, elle avait insisté pour qu’elle lui dessinât un beau petit garçon car son fils venait d’être décédé. Elle pensait qu’elle avait affaire à un évadé d’un centre de psychiatrie, mais la réalité la tétanisa.
    Elle vivait de ces dessins mais maintenant elle ne savait plus que faire. Si elle continuait dans cette voie, la ville va être submergée d’individus, apparemment humain, mais dépourvus de sentiments humains. Elle avala hâtivement une gorgée de whisky. Devrait-elle informer les autorités ? La misère ravageait déjà la capitale et le pays était incapable de combler les attentes du peuple. Si la population augmentait, ce serait le chaos dans un mois. Elle n’avait plus d’autre choix que d’abandonner sa passion. Dilmèd, son héros, représentait une menace pour la société. Elle ignorait tout de ses humeurs, vu son attitude on peut dire qu’il ne l’a pas oubliée. Son cerveau s’évertuait à dénicher une explication rationnelle à ces événements, troublant sa vie.
    Elle resta pensive pendant plus de dix minutes, il a fallu un cri de frayeur dans la salle pour briser sa rêverie. Elle paya sa note et s’enfuit loin de cet homme, loin de ce cauchemar, loin de ces pensées qui l’épuisaient depuis ce changement de bureau. Une chose était certaine, il fallait retrouver cette vieille sorcière. Elle avait parlé d’une prophétie ou un truc de ce genre, il fallait qu’elle sache la vérité…

  4. Gwenaëlle dit :

    Elle déjeunait au restaurant, quand une une voix, derrière elle, éveilla son attention. Elle sursauta. Ce timbre particulier, elle en était sûre, c’était celui de son héros. Celui qu’elle venait de quitter, quelques minutes plus tôt, au bas d’une feuille, sur son bureau.
    Un instant elle s’est sentie perdue. Lorsqu’elle écrivait un roman, elle n’était plus vraiment elle, elle ne vivait plus que pour lui, son histoire, son héros. Tout l’y ramenait, jusqu’à la dernière page écrite, jusqu’au point final.. Et même après elle avait du mal à ré atterrir dans sa vie de tous les jours. Sa famille, ses amis lui faisait gentiment des reproches. Oui il la comprenait, mais pas complètement. Comment pouvait elle les délaisser ainsi, les ignorer, se lever pour travailler la nuit, dormir le jour, ne plus participer au repas familiaux, avoir une vie si solitaire et décousue. ne plus être là pour personne. Même son téléphone restait éteint.  Et là ce soir, elle avait accepté ce dîner avec ses copines pour l’anniversaire de Diane, ele s’était dit, je vais sortir, j’ai besoin de m’aérer, j’ai envie de les voir, de partager avec elles, leur vie, leurs joies, leurs peines, leurs état d’âme.. Comme avant, comme toujours depuis qu’elles étaient ados. Une sortie filles faite de légèreté, de complicité, de grognements et de fous rires.. 
    Et voilà qu’il était là, la table derrière elle. Comme pour lui dire qu’elle ne pouvait l’abandonner comme cela.
    Ses sens en éveil, elle regardait Julie qui racontait ses visites d’appartement – elle se séparait – mais tout son corps tendu était à la table à côté, elle ne perdait plus un mot de la conversation.
     ‘Tu sais bien Lara, que c’est toujours comme cela quand elle est en création. Je dois toujours être disponible, à toute heure du jour et de la nuit, je dois me soumettre à ses humeurs, à ses avancées, ses reculs, un coup je pars à Paris, puis finalement non elle change tout, je reste à St Étienne. Je ne peux pas être disponible comme tu le souhaites… Oui c’est vrai je t’avais dit que je serai présent à la première de ta pièce. Elle n’a rien trouvé de mieux que de me faire prendre une grosse poutre dans la tête, trauma crânien, dix jours d’hôpital… Comment voulais tu que je te prévienne ?.. Je sais que tu serais venu me voir.. Je ne te reproche rien.. Lara, pleure pas, tu gâches tout là. Profitons en, elle est au resto, ce moment n’est rien qu’à nous.’
    Elle en avait le tourni. Elle retrouvait des bribes de son intrigue, ses hésitations, ses avancées, ses retours arrière. Lara, elle n’en parlait pas dans son roman, c’était une figuration, la petite amie de Jules, son héros commissaire, mais elle ne faisait pas partie de l’histoire. Et pourtant, elle existait, elle souffrait de son absence, de ses faux bonds.
    Elle était au milieu des coulisses de son livre et Lara représentait toutes les souffrances de ses proches. Tous les mots, les regards, tous les manques exprimés qu’elle n’entendait pas. Le ventre noué, elle vit dans le regard affolé d’Agnès, qu’elle n’était déjà plus là. Tout chancela, et elle se retrouva au sol, face contre terre. 
    Des bras puissants la soulevèrent pour l’allonger sur le côté droit. Un timbre particulier qu’elle connaissait bien lui parlait doucement. Une main longue et douce lui soulevait les cheveux. Des yeux clairs plongèrent dans les siens. Son héros imaginaire se tenait à ses côtés. Il dit : 
    – Ce n’est rien, un peu de surmenage, lève toi, je te ramène à la maison.. Allons terminer ce neuvième roman, il est temps !!

    © Gwenaëlle Joly

  5. Françoise -Gare du Nord dit :

    Elle déjeunait au restaurant, quand une voix, derrière elle, éveilla son attention.
    Elle sursauta. Ce timbre particulier, de mezzo-soprano inhabituel chez un homme, elle en était sûre, c’était celui de son héros.

    Celui qu’elle venait de quitter, quelques minutes plus tôt, », sur son bureau, au bas d’une feuille, juste avant le mot « Fin ». Elle ne comprenait pas. Comment avait-il fait ? Elle l’avait laissé un poignard dans le dos, un lacet serré autour du cou, une triple dose de barbituriques dans le sang et les veines tailladées. Il ne pouvait pas en réchapper

    Le mal qu’elle avait eu à se débarrasser de lui. A chaque fin de chapitre, elle pensait « Cette fois-ci c’est la bonne » mais au détour d’une page, il était là tapi en embuscade.

    Maintenant il venait l’importuner, avec son look de pizzaïolo, « A la casa di Paolo » – elle qui n’aimait pas la cuisine italienne- pendant son diner.

    -« Buonasera Signora ! Va tutto bene ? » l’aborda-t-il
    – « Molto bene…. jusqu’à présent » répondit-elle
    – « Ma qué ! Qu’est-ce qué ce scenario qué vous concoctez ? A toujours vouloir mé faire mourir.» demanda-t-il avec des tremolos dans la voix
    -« Ecoutez ! Laissez-moi tranquille! Et rapido presto »
    -« C’est parce qué jé souis oun macaroni ? Oun rital ? « continua-t-il avec des lamentos dans la voix
    -« Mais non ! Vous vous faites des idées »
    -« Primo ! Vous m’avez fait mourir d’oune crise d’influenza » déclama –t-il avec des vibratos dans la voix
    -« Ecoutez… »
    -« Secundo, vous mé poussez dans lé vide dé la via ferrata » la coupa-t-il avec une voix qui allait crescendo
    -« Ecoutez…. »
    – « Tertio, jé meurs tué par oun mafiosi d’una rafalé dé Béretta
    -« Ecoutez… »
    -« Quattro, vous mé faites périr dans oun d’accident dé vespa »
    -« Ecoutez… »
    -« Mama mia ! Ce n’est pas la dolce vita avec vous »
    « Bon, c’est entendu. Je vous donnerai l’éternité » promit-elle
    « Grazie mille. Signora. Arrivederci ! Buona notte ! Qué la madoné vous protège.

    Et elle tint ses promesses au-delà de ses espérances. Elle en fit un personnage immortel dans une adaptation moderne de « L’enfer » de Dante

  6. Françoise dit :

    Elle déjeunait au restaurant,
    quand une une voix, derrière elle,
    éveilla son attention.
    Elle sursauta.
    Ce timbre particulier, elle en était sûre, c’était celui de son héros.
    Celui qu’elle venait de quitter, quelques minutes plus tôt,
    au bas d’un feuille, sur son bureau, assis sur un sofa recouvert d’un tissu rose fané aux motifs de renoncules. Que faisait-il là? Il devait attendre qu’une ambulance vienne le chercher pour le conduire dans un hôpltal pour handicapés moteur. Bien sûr je ne l’avais pas prévenu mais il avait dû entendre mes conversations téléphoniques à ce sujet.
    Mais que fais-tu là Adolf ?
    Je viens déjeuner avec toi ?
    Comment es-tu venu ?
    Avec les ailes du désir !
    Mais Adolf tu ne pouvais plus marcher, encore moins voler !
    C’était avant, avant que je sois amoureux ?
    Tu es amoureux ? mais de qui ?
    De toi ! Il te suffit de transformer ton héros – moi en l’occurrrence – que d’un vieillard tu en fasses un jeune homme beau, riche, valeureux et tu m’aimeras aussi.
    Je lui souris, lui promis ! retourne dans le tiroir et je réécrirai mon texte.
    Il me crut le malheureux; il me connaissait bien mal ! mais moi aussi je le connaissais mal car à mon retour il n’était pas dans le tiroir. J’allai à la fenêtre et je vis une feuille voler vers des cieux plus cléments.
    Etourdie tout à coup j’allai m’asseoir sur le sofa recouvert d’un tissu rose fané aux motifs de renoncules et m’assoupis.

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  7. Antonio dit :

    – Que se passe-t-il ?
    Elle se figea sans répondre.
    Son mari reposa ses couverts sur la table, inquiet de voir son regard qui se décomposait à vue d’œil.
    – Qu’y a-t-il, ma chérie ? Tu as avalé quelque chose de travers ? Tu ne te sens pas bien ?
    A chaque question, le même hochement latéral de la tête, rapide, comme un tremblement répété, mais pas un mot.
    – Parle-moi, dis-quelque chose ! On va rentrer, si tu préfères.
    Toujours la même réponse négative silencieuse. Sa respiration devint plus forte comme si elle suffoquait. Elle eut un léger frisson.
    – Tu as froid, ma chérie ? On va rentrer.
    Il alla pour se lever, elle lui saisit la main et s’y agrippa fermement.
    – Non !
    Il se rassit sans comprendre. Elle tremblait maintenant, haletait, se mordant les lèvres sans oser regarder en face son homme dont ses ongles lui griffaient le dos de la main.

    Cette main, grande et sensuelle, cette autre main qui caressait doucement sa nuque était bien celle de John Fogerty.

    Comment osait-il … là, devant son mari, l’arracher ainsi à leur intimité, lui susurrer ces mots crus qui la faisait rougir de honte, lui mordiller le lobe de l’oreille tout en lui relevant les cheveux ? Il savait trop combien elle aimait ça, ces baisers dans le cou, ces caresses d’une douceur extrême. L’excitation était à son comble.

    Comment osait-il ? John Fogerty irait jusqu’au bout. Elle le savait, il finit toujours un travail. Ce qui allait suivre, elle l’avait déjà couché sur le bureau, sur plusieurs pages, elle savait trop bien, et s’en languissait déjà, qu’à son tour il la coucherait sur cette table, peu importe que son mari assiste à l’effroyable, à la honte. Elle savait combien John Fogerty n’avait aucun scrupule dans ce type d’affaires.

    Elle s’accrochait à la main de son mari, comme on s’accroche à un chapelet. Elle lui demandait pardon, à lui comme à Dieu.
    – Embrasse-moi !
    Elle lâcha cette phrase sans s’en rendre compte. Son mari, gêné par cet élan de désir soudain, lâcha instinctivement sa main.
    – Mais enfin, Marie-Louise, nous sommes au restaurant. Qu’est-ce qui te prend ?
    – Oh, Pardon !
    Elle se leva et se dirigea confuse aux toilettes. John Fogerty, après lui avoir rendu ses lèvres, lui emboita le pas.

    (toujours dans la bibliothèque rose, à lire après minuit)

  8. Beautreillis dit :

    Un peu long, mais l’idée est belle. Le style nous embrouille un peu mais on va quand même jusqu’au bout. Ce n’est déjà pas si mal. Régis, c’est sûrement un jeunot

  9. Regis dit :

    Tout avait commencé dans le petit restaurant où je prends mes repas quand j’en ai marre des surgelés où encore que je n’ai plus le goût de me lancer même dans une omelette.
    Et puis ce resto, il me plaît : il ya beaucoup d’habitués qui souvent s’interpellent sans façon dés le seuil franchi.
    C’est pourquoi, ce jour-là après que j’eusse porté mon choix sur une potée bourguignone bien alléchante, j’ai sursauté.
    La plupart des clients savaient au moins pourquoi :
    Le client qui venait d’entrer n’était déjà pas courant. Mais moi j’avais une raison suffisante pour me figer, le verre à mes lèvres.
    Cette voix ! Je la connaissais sans jamais l’avoir entendu ! Et pourtant chaque timbre, chaque inflexion m’était familière.
    — Ho là, la Belle, de ton vin et du meilleur et apporte moi de la volaille ! Cinq siècles, diantre, que je n’ai pas dégusté un poulet de Bresse ! Il me tarde !
    Magali, la servante, la cinquantaine bien entamée eût comme un sourire
    — Tout de suite, Monsieur !
    Et le chevalier de Pardaillan que je venais de ressusciter pour un éditeur sûr du « bon coup », vînt s’asseoir sans plus de façon à ma table.
    Les autres clients avaient tous plongé le nez dans leur assiette ou continué leur conversation, sans plus d’émotion.
    — Eh bien, gente dame, je vous trouve un peu troublée par mon apparition !
    Ah ça c’était bien lui, tel que l’avait rêvé Michel Zevaco et tel que ma plume l’avait laissé au bord de vivre de nouvelles aventures dans un roman de fantasy.
    Mais comment ? En un éclair, je revis mon directeur de collection me suggérer de me lancer dans un roman inédit mais avec des héros connus et du domaine public. J’avais porté mon choix sur le chevalier dont j’avais dévoré les aventures dans ma jeunesse et projetai de l’envoyer sur une lointaine planète.
    — Mais enfin, qui êtes vous ? C’est un canular ?
    Pardaillan me dévisagea.
    — Diable ! Les femmes ont bien changé, je le vois maintenant ! Mais elles sont toujours aussi émoustillantes et me font monter la sève, Mordious !
    Il avait parlé d’une voix enjouée et claironnante et gratifia Magali d’un remerciement tonitruant accompagné d’un commentaire sur ses formes qui fît rougir la bonne dame et éclater de rire un monsieur à côté.
    — Mm Excusez moi, mais on ne parle pas aux dames de cette façon-ci.
    Mais qu’est ce qui me prenait. Voilà que je lui parlais comme si il était réel.
    — Mais enfin, ce n’est pas possible !
    — Eh si, voyez-vous, je suis un des héros de la littérature. Normalement, nous restons bien tranquilles dans les pages de nos livres. Mais il suffît qu’un autre écrivain ou homme d’un art quelconque nous évoque avec un tant soi, peu de talent et nous voilà ressuscité, apte à arpenter vos rues. Je vous remercie de me redonner vie. Pardieu, si j’avais encore un chapeau, la plume en balaierait le sol à cet instant !
    J’eus comme un hoquet :
    — Vous avez dit talent ?
    — Ben oui, vous en avez ! Diable, je commençai à m’ennuyer et à penser que seul ces manants de Holmes ou Cyrano auraient droit à une r ésurection.
    — Holmes ? Sherlock Holmes ?
    — Ben oui, fit-il sérieux, vos confréres ont même ramené à la voie Moriarty, ce qui lui donne bien du souci, d’ailleurs…
    Il se mît à ricaner puis s’arrêta net en voyant mon sourire s’effacer.
    — Attendez, ne me dîtes pas que…
    — Euh, si dans les premières pages, j’ai également rappelé Fausta, votre Némésis à vous…
    Et c’est ainsi que je me suis mis à vivre de folles aventures encore plus terrifiantes que celles imaginées par Zévaco ou moi…
    A moins que vous qui me lisez ou plutot qui me concevait…

  10. Sabine dit :

    Elle déjeunait au restaurant, quand une voix, derrière elle, éveilla son attention. Elle sursauta.
    Ce timbre particulier, elle en était sûre, c’était celui de son héros. Celui qu’elle venait de quitter, quelques minutes plus tôt, au bas d’une feuille, sur son bureau.

    — Qu’est-ce que tu fais là, toi ? Tu ne me laisseras donc jamais en paix ? Ecoute-moi, mon vieux. Je me lève à cinq heures du matin pour te faire vivre. Je te traîne dans ma cervelle à longueur de journée. Tu partages même la plupart de mes nuits. Je fais tout pour te rendre beau, aimable, brillant, riche, amoureux. Tu crois que c’est facile de te faire le héros d’une collection Arlequin ? Tu crois que je ne préfèrerais pas écrire autre chose que de la daube pour gagner ma vie ? Alors quand je mange au resto avec mon amant, TU ME FOUS LA PAIX !

  11. ourcqs dit :

    Ce timbre particulier, elle en était sûre, c’était celui de son héros.
    Celui qu’elle venait de quitter, quelques minutes plus tôt, au bas d’un feuille, sur son bureau.
    Mais oui, bien sûr, cette voix chaude, enveloppante allait changer le cours de sa nouvelle. Comment rester indifférente à ces douces modulations ?? Il devenait aussi plus mystérieux avec ses phrases inachevées en suspension sans interrogation ni affirmation franche, plus troublant encore quand il a haussé le ton pour s’adresser à son autre invité en retard. Autoritaire avec un brin d’ironie, intéressant . Cette voix la fascinait, elle percevait des émotions, des regrets,
    Elle s’interrogeait sur la personnalité plus complexe de son héros. Il allait enfin prendre son destin en mains.

  12. Marie Pierre Robert dit :

    Le téléphone portable ?

  13. Elle déjeunait au restaurant, quand une voix, derrière elle, éveilla son attention.
    Elle sursauta. Ce timbre particulier, elle en était sûre, c’était celui de son héros.
    Celui qu’elle venait de quitter, quelques minutes plus tôt, au bas d’un feuille, sur son bureau.

    Mon héros,
    Il est exemplaire et on peut se le mettre dans la poche,
    Il a toutes les qualités et tous les défauts.
    Il peut changer de taille, s’habiller de cuir ou de plastique. Son poids varie.
    Il est très érudit, connait plusieurs langues.
    Il s’illustre dans bien des domaines, se définit lui-même comme une référence.
    Il est le roi du classement. Et subit chaque semaine un shake up.

    L’avez-vous reconnu ?
    POUR LES REPONSES, C’EST EN DESSOUS…

  14. halimi dit :

    Elle vérifie son verre en le sentant. Mais c’est bien un jus d’abricot des plus ordinaire. Son cœur se mit à battre plus fort. Elle n’ose même pas se retourner.
    Celui qui la tient en éveil et lui donne du courage est là dans le même restaurant qu’elle : petite employée de bureau, tellement modeste, que c’en est triste à pleurer !
    Pleurer ? Surtout pas elle doit rester digne et hautaine comme les femmes qui le séduisent à chaque page des livres qu’elle dévore de partout et même au bureau. Un vrai jeu de cache-cache avec son patron !
    Son patron, c’est pas le même genre d’homme : petit, trapu et qui postillonne.
    Son héros lui, est grand, mince et terriblement sexy avec une voix qui lui susurre des mots tendres à toutes les pages.
    Même s’il se trompe parfois de prénom, elle ne lui en veut pas. Elle l’aime ! Elle est prête à refuser une invitation le vendredi soir du collègue qui la drague un peu , pour pouvoir s’enfermer avec lui et le lire d’une traite avant de s’endormir radieuse et un peu essoufflée.
    Elle tremble de peur et de joie. Que doit elle faire ?un autographe ? Un signe de tête ? S’asseoir à sa table ?
    « Madame Jennyfer ! »
    Cette fois il ne s’est pas trompé ! C’est bien moi et sa main sur mon épaule …C’est ???
    Mon patron qui me regarde et me somme de le suivre : demain j’aurai du temps à passer avec toi mon héros !

    • Beautreillis dit :

      La fin est hélas raccord avec l’actualité. 24 000 chômeurs de +
      Le jus d’abricot, au début, on peut s’en passer. Mais dans l’ensemble, j’aime bien.

  15. Catherine M. S dit :

    Et si c’était vrai ?

    Elle dejeunait au restaurant
    Quand une voix derrière elle, éveilla son attention
    Elle sursauta.
    Ce timbre particulier, elle en était sûre, c’était celui de son héros
    Celui qu’elle venait de quitter quelques minutes plus tôt
    Au bas d’une feuille, sur son bureau
    Celui qui est  » le plus grand, le plus beau
    Et qui sent bon le sable chaud.  »
    Oh la la, le cliché, mais que va penser Pascal
    De cette brève description du  » gendre idéal »
    Et voilà qu’elle récidive l’effrontee
    On frôle le scandale !
    Mais pour qui se prend elle, cette petite écrivain e
    Qui de surcroît s’octroie le toupet de féminiser
    Le sacro saint métier d’écrivain.
    Décidément elle n’a peur de rien
    N’a pas froid aux yeux
    Mesdames, Messieurs
    Non seulement elle s’invente un bel amoureux
    Qu’elle couche sur une feuille de papier
    Mais elle veut nous faire croire
    Qu’il a réellement existé
    Qu’il lui a fait de l’oeil, du gringue et du baratin
    Qu ‘il lui a provoqué de doux frissons au creux des reins
    Phantasme ou réalité ?
    Qu’importe !
    L’important c’est d’aimer
    Non, non, ce n’est pas un cliché, juste la vérité.

  16. Jean Louis Maître dit :

    Les Gâteaux de Lune

    Ce samedi du mois d’août, Cháng É déjeunait seule au restaurant.
    Une voix, derrière elle, éveilla son attention.
    Elle sursauta.
    Ce timbre particulier, elle en était sûre, c’était celui de son héros.
    Celui qu’elle venait de quitter, quelques minutes plus tôt, au bas d’un feuille, sur son bureau.

    Cháng É se regarda les doigts.
    Malgré ses soins, quelques traces d’encre de Chine les ornaient encore.
    Elle les passa sur ses lèvres, pensive, troublée.
    En vain.
    Cette voix ?

    Elle venait de terminer le tirage d’une estampe.
    Hòu Yí s’y préparait, du haut du mont Kun Lun, à percer de son arc, neuf des dix soleils qui desséchaient alors la terre.
    Cette estampe accompagnerait les Gâteaux de Lune qui commémorent le sacrifice de Cháng É.
    Une commande du Palais d’été.
    La grande pâtisserie du XIIIe arrondissement.

    Cháng É, notre Cháng É sourit.
    Ses parents lui avaient donné le nom de Cháng É, l’héroïne populaire exilée dans le Ciel-aux-Lois-rigoureuses, mais si attachée à Hòu Yí, son mari, qu’elle redescend sur la lune, chaque fin d’août lunaire, à Zhong Qiu, et aperçoit les agapes que celui-ci, inconsolable, lui a disposées sur une grande table, en plein air.
    Pastèques taillées en fleurs de lotus, bâtons d’encens, pommes, dattes, prunes, raisin…
    … Yuè Bĭng…
    Le Gâteau de Lune.
    Depuis, les familles se rassemblent et partagent un gâteau de lune en autant de parts que les différents membres de la famille.
    Alors, quand le Palais d’été lui avait passé cette commande, attendrie et nostalgique, elle s’en était amusée.

    Derrière elle, la voix retentit de nouveau.
    L’homme quittait ses amis.
    Quand il passa devant sa table, il marqua une pause, se pencha et ramassa le foulard de Cháng É.
    En lui tendant, il se présenta :
    – Hòu Yí
    Elle eut comme un sursaut.
    Il gardait le bras tendu vers elle qui retenait, sous la table, sa main tachée d’encre.
    – Oui, je sais ! Les dix soleils. Une idée de mes parents. Mais, du coup, c’est bientôt ma fête… les gâteaux de lune !… Vous connaissez ?

    Cháng É récupéra son foulard.
    Hòu Yí, notre Hòu Yí, arrêta sa main, y repéra l’encre de Chine.
    Une conversation pouvait alors s’engager.

    Eloignons-nous un peu.
    Nous reviendrons en juillet.

    En ce samedi de juillet
    Sur la mariée
    Pleuvait,
    Pleuvait
    Sur la mariée
    Qui descendait les escaliers de la mairie ensoleillée,
    Pleuvait
    Des milliers,
    Des milliers de beaux papiers.

    De beaux papiers
    Aux traits tirés
    Qui soulignaient des mots penchés
    Virevoltaient
    Sur la mariée.

    Mille feuillets,
    Mille milliers
    De pages décollées
    S’envolaient
    Sur la mariée
    Qui descendait
    Les escaliers
    De la mairie ensoleillée,
    Sur la mariée
    Enamourée
    Qui ne s’en souciait,
    Qui ne s’en souciait.

    Passé la porte
    D’un cabinet
    Bien mal fermée
    Par un huissier
    Distrait, distrait,
    Au passage de la mariée,
    Mille milliers de lés,
    De lés
    De sérieux papiers
    Timbrés,
    Signés
    Et paraphés
    Avaient décidé, sans regret,
    De s’envoler sur la mariée
    Qui descendait les escaliers
    De la mairie ensoleillée,
    Sur la mariée énamourée
    Qui ne s’en souciait,
    Qui ne s’en souciait,
    Comme vous pouvez l’imaginer
    Car elle venait,
    Notre mariée,
    Juste à l’instant de parapher
    Juste à côté d’un Hòu Yí enchanté,
    De parapher joliment Cháng É,
    L’un de ces mille, mille milliers de jolis feuillets de papier qui s’envolaient, signés, signés
    Qui s’envolaient sur la mariée,
    Sur la mariée
    Qui descendait,
    Qui descendait,
    Enamourée,
    Les escaliers
    Ensoleillés,
    Ce beau samedi de juillet.

  17. S Perrat dit :

    Oh ! Bravo. j’aime bien, c’est original, étrange.

  18. Marie Pierre Robert dit :

    Elle déjeunait au restaurant,
    quand une une voix, derrière elle,
    éveilla son attention.
    Elle sursauta.
    Ce timbre particulier, elle en était sûre, c’était celui de son héros.
    Celui qu’elle venait de quitter, quelques minutes plus tôt,
    au bas d’un feuille, sur son bureau.
    Elle venait de terminer son6 dernier chapitre et avait laissé son jeune héros, ethnologue aux mains de la tribu Karadjeri d’Australie,terminer ses épreuves initiatiques.
    Il s’agissait pour lui de faire l’ascension d’un arbre qui symbolise l’axe cosmique, l’arbre du monde. En le gravissant l’initié grimpe au ciel et symboliquement par cette ascension difficile accède à l’état adulte.
    D’en bas des hourras gratifient le jeune inititié.
    Glorifié, il doit crier à son tour en direction de l’être suprème, Dieu du ciel, Mahamba et c’est cela qu’elle venait d’entendre.
    En se retournant elle aperçut au cœur de la place de l’étoile à Paris la tribu rassemblée aux pieds de l’arbre écorcé!
    Le tourbillon de voitures , comme un manège les encerclait et les rendait prisonnier de cette épreuve inattendue venue de la civilisation.
    Mahamba les avait téléportés au cœur de Paris!!!!
    Il lui faisait signe , elle devait très vite rejoindre son manuscrit et créer une fin qui lui permettrait de réussir son initiation qui allait lui permettre de vivre un an au sein de cette tribu.
    Mais une question la taraudait, pourquoi ce téléportage?
    Il avait réussi l’épreuve du feu, l’épreuve de l’isolement et maintenant celle ci?
    Tout en se faufilant à travers les tables du café, les passants qui encombraient le trottoir elle réfléchissait, Il n’était pas des leurs et leur Dieu n’en voulait pas.
    Elle se sentit des ailes et se retrouva vite devant sa feuille de papier.
    C’est alors qu’elle comprit : les femmes sont interdites des rites initiatiques et son héros pouvait se perdre à tout jamais entre deux cultures.Elle ne pouvait pas terminer elle même l’histoire,
    Vite, vite, elle alla chercher son voisin africaine qui sous sa dictée en écrivit la fin.
    Son héros disparut de la place de l’étoile et de novice passa adulte le corps enduit de sève de l’arbre et recouvert d’écorces qui allaient le protéger pendant un an des esprits maléfiques.

  19. Kacyne B. dit :

    Il déjeunait au restaurant, quand une voix, derrière lui, éveilla son attention.
    Il sursauta.
    Ce timbre particulier, il en était sûr, c’était celle de son héroïne.
    Celle qu’il venait de quitter, quelques minutes plus tôt, au bas d’une feuille, sur son bureau.

    Celle qui l’avait quitté, trois ans déjà, au détour d’une vague.
    Evanouie à jamais.

    Il connut alors l’enfer de l’absence, glacial et ténébreux.

    Un jour de désespoir, il la dessina, l’anima.
    Cela l’apaisa.

    La lumière revint réchauffer son corps et son esprit : il créa sa bande dessinée.

    Après le succès inattendu de son premier album intitulé, Sirène, reine des flots, il venait de finaliser le suivant, Sirène, princesse ou reine?

    Et maintenant, il est là, assis, livide et tétanisé.
    A-t-il bien entendu cette voix mélodieuse lui susurrait : « Chéri, je suis là, je t’attends. »

    Le souffle coupé, le cœur cognant, tout doucement, il se retourne : sa reine bien aimée lui tend les bras!

    D’un bond, il se lève et …se réveille.

  20. Durand Jean Marc dit :

    Elle déjeunait au restaurant, quand une voix,derrière elle , éveilla son attention.

    Elle sursauta. Ce timbre particulier, elle en était sûre, c’était celui de son héros.

    Celui qu’elle venait de quitter, quelques minutes plus tôt, au bas d’une feuille,

    sur son bureau. C’était bien Gaspard. Il avait décidé de ne plus rester seul,

    enfermé dans un tiroir. Avec son cou raide, son long bec d’oiseau, sa tunique

    ridicule et ses pieds bots, chaussures, Gaspard était bien là.

    Elle se secoua discrètement. De fait, c’était normal, après tant d’années de vie

    commune, et d’évolution.

    Gaspard était né, un jour de réunion, alors que le comité de restructuration se

    penchait sur la liste des employés à évacuer, dans les normes. On y prenait des

    notes, sur du papier d’exclusion, toujours généreux.

    Elle s’y ennuyait ferme. Gaspard advint naturellement en bas de feuille, pour

    combler le temps et l’oubli.

    Au début, il n’était qu’une silhouette à qui il arrivait en quatre tableaux bien peu

    de chose. Une grosse goutte, par exemple lui tombait sur la tête, le

    transperçait, le remplissait, le noyait. Et Gaspard demeurait toujours stoïque.

    Son profil d’image bloqué dans son petit cadre encaissait tout, tout des reflets

    de l’extérieur.

    A force d’avaler de l’eau, du bouillon, des couleuvres, son bec laissa échapper

    d’abord des bulles de vide. Puis quelques signes indistincts…des onomatopées

    bafouillantes.

    Depuis quelques mois, Gaspard pouvait sortir jusqu’à 2 mots sur quatre cases.

    Il s’assit en face de celle qui l’avait fait exister, grandir. Il se regardèrent

    longuement, pesèrent ensemble le risque et la beauté de leur projet. Ils étaient

    d’accord. Elle lui offrit un café, le versa sur sa tête. Un peu de mousse s’écoula

    par les oreilles. Mais l’essentiel du café bouillonna jusqu’au fond du personnage.

    Ses pieds s’agitaient. A la quatrième planche, Gaspard réalisait son premier pas.

    Elle remonta jusqu’au bureau.

    Les tiroirs débordaient d’esquisses, d’idées inachevées, d’histoires courtes en

    attente. Elle en remplit deux cartons, n’arrosa pas le cactus sur la fenêtre. Lui

    était armé pour encore survivre. La boîte à idées traînait dans un coin oublié.

    Elle y glissa sa lettre de démission.

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