Exercice inédit d’écriture créative 185

AdjectHier soir, un adjectif est venu me voir.
T’aurais pas une phrase où m’héberger ? m’a-t-il demandé
Je ne savais pas trop où le loger…

Imaginez la suite

22 Responses

  1. Delphine B dit :

    Ce matin , un adjectif est venu voir Monsieur M .


    -T’aurais pas une phrase où m’héberger ? lui a-t-il demandé.

    
Monsieur M ne savait pas trop où le loger…
    Monsieur M vend des histoires . Il en a plein ses armoires . Mais ce qui lui manque justement ce sont des phrases qui tiennent le lecteur en haleine , des phrases clefs avec des serrures , des phrases douces qui murmurent , des phrases des bois, des phrases de rois , des phrases sans tralala.

    Alors il les apprivoise l’une après l’autre , petit à petit : cela lui prend du temps car chacune est différente .
    Chacune son heure , son allure , son rythme , sa voix . Monsieur M le sait bien et il les aime sans distinction : elles peuplent ses journées avec fièvre .

    -T’aurais pas une phrase où m’héberger ?

    Alors ce matin là Monsieur M recueille ses phrases avec plus d’attention.
    Il tombe d’abord sur une phrase timide . 
Touché par son effort, Monsieur M part un bon moment , revient une fois qu’ elle a pris des forces et . . . cela se révèle une bonne idée .

    Puis arrive une phrase silencieuse . Elle se passe de mot mais l’on n’entend qu’elle . Monsieur M la suit à la trace , sourit, puis regarde sa page blanche . Ce qu’elle est belle ! Serait -il en train de devenir un artiste ?

    C’est à ce moment là qu’une phrase gracieuse fait son apparition . Elle s’étire sur un cerf-volant et danse carrément avec le ciel . Monsieur M , emporté par cette vision, retrouve quelques instants son corps de jeune homme . Quelle joie !

    Mais la phrase s’affaisse progressivement et Monsieur M est ennuyé .
    « Mais . . . au fait que disait -elle ? . . De quoi parlait-elle ? . . .  »
    Plus tard, la vision revient mais . . sèche . . . . tellement sèche !

    Alors Monsieur M calcule le nombre de syllabes parfait, choisit méticuleusement une des dix huit tournures possibles , évite la version la plus simple, corrige inlassablement le temps des verbes et laisse tourner la pendule encore et plus. 
Il faut souffrir pour qu’elle soit belle , grogne t-il , en levant le sourcil gauche .

    Et voici que la malheureuse phrase insiste maintenant : elle revient partout . . . par la fenêtre, dans ses rêves, dans son frigidaire, chez son boulanger, sous son lit, dans son courrier , à la radio, sous sa douche ! Monsieur M n’en peut plus . Mais que faire ? . .
    Et elle cause par dessus le marché ! 
Elle court le long de la table , saute à terre, enjambe ses pieds dans des grands éclats de virgules , de deux points .
Elle ouvre maintenant des guillemets , des guillemets libres, des guillemets chantant , de ceux qui ne servent à rien , des guillemets joyeux .
    Excédé , Monsieur M ouvre la porte sur la rue .

    La poussière qu’elle dégage sur le trottoir dessine des ballons et il pense à ce moment là qu’il partirait bien en montgolfière loin, très loin au dessus de la terre et de la mer, là , maintenant , tout de suite . 
Mais il n’en n’a pas fini avec elle . C’ est une phrase de maitre qu’on ne lit plus , une phrase qui décrit un détail pendant trois chapitres , une phrase à tomber par terre , à tenter le suicide .

    Et voilà que brusquement , sous les yeux éberlués de Monsieur M , elle se transforme en langage morse 

    ▄ ▄ ▄ ▄ ▄▄▄ ▄ ▄ ▄ ▄ ▄ ▄ ▄▄▄ ▄ ▄ ▄ ▄▄▄ ( n’a pas le choix ) ▄ ▄▄▄ ▄ ▄ ▄ ▄ ▄ ▄ ▄ ▄▄▄▄ ▄ ▄ ▄ ▄▄▄
▄ ▄ ▄ ▄▄▄ ▄ ▄▄▄ ▄ ▄▄▄ ▄ ▄ ▄ ▄▄▄ ▄ ▄ ▄ ▄ ▄ ▄ ▄▄▄ ▄ ▄
▄▄▄ ▄ ▄▄▄ ▄ ▄ ▄ ▄ ▄▄▄ ▄ ▄ ( son dictionnaire )
▄ ▄ ▄ ▄ ▄▄▄ ▄ ▄ ▄ ▄▄▄ ▄ ▄ ▄ ▄▄▄ ▄▄ ▄▄▄ ▄▄▄ ▄ ▄ ▄▄▄ ▄▄▄ ▄ ▄ ▄▄▄ ▄ ▄▄▄
    ▄ ▄▄▄ ▄▄▄ ▄ ▄ ▄▄▄ ▄▄▄ ▄
    ▄ ▄ ( désemparé ) ▄ ▄▄▄ ▄ ▄▄▄

    Et finit par mourir progressivement .

    Ses dernières bribes ont la pureté d’un diamant et Monsieur M , subjugué, les prolonge dans son coeur .
    Quelle choc ! Quelle évidence !
    Il repense à la phrase rare . 
Celle qu’il guette depuis des mois mais qui ne sort jamais .
    Et à la phrase dans son ventre , celle qui n’est pas née. La phrase foetus à trois voyelles et six consonnes.
    Il sourit , la Vie est là !

    « – T’aurais pas une phrase où m’héberger ?  » lui demande toujours l’adjectif .
    Monsieur M hésite .

    Peut -être dans la phrase sportive ? . .
    IL l’attrape tous les samedis à la volée . Sur le terrain, son corps transpire et il aime ça . Il aime se dépenser pour elle . Il aime le dessin qu’elle trace soudain sur sa raquette éclairée . Il aime l ‘air interloqué de ses partenaires quand il quitte le jeu avant la fin , impatient , et qu’il savoure son petit mensonge du jour .

    Ou bien la phrase poétique ?
    Il finit toujours par l’apercevoir dans le verre d’eau qu’il regarde flotter dans sa baignoire.
    Elle vient souvent au bout d’une heure ou deux .
    C’est un homme heureux alors . D’ailleurs il ne manque jamais de se rafraichir la nuque dans un mouvement gracieux .

    A moins que la phrase mystérieuse ne l’accueille avec bienveillance ?

    Oui ! celle qu’il voit passer dans le ciel lentement . Celle qu’il est le seul à voir . Celle qui ne veut strictement rien dire mais chez qui il décèle à chaque fois une idée de feu .

    – » T’aurais pas une phrase où m’héberger ?  » reprend l’adjectif.

    Monsieur M n’est pas décidé . Il repense aux autres phrases .

    La phrase organique
    Elle gonfle toujours dans sa bouche comme un nénuphar . Solide, immense , à l’heure .
    Elle débarque après une petite entrée savoureuse , un pamplemousse aux crevettes par exemple .
    (Et quand elle est là, il ne boit plus d’eau de toute la journée , c’est son seul travail et . . . il n’est pas mince )

    La phrase séductrice
    Elle le surprend toujours en se jetant sur lui .
    En un instant , ses jambes deviennent son verbe , son visage son nom et ses bras, ses adjectifs en fleurs .
    Il EST la phrase .Il respire le point , la virgule , le sens du paragraphe . Sa vie n’existe plus sans elle ni elle sans lui et tout ça n’a pas de fin . ( Avec le temps , la peur le gagne imperceptiblement. . . )

    La phrase dramatique
    Elle se dessine au creux de son miroir les soirs de pleine lune . Monsieur la lit vite avant qu’elle ne se mette à trembler , à s’effacer.
    Hier exceptionnellement , le miroir s’est brisé. Il a réussi à déchiffrer à temps ces deux mots :  » tu frissonnes » puis il s’est pincé longuement les lèvres pendant qu’une porte claquait.

    La phrase lumineuse
    La phrase n’est pas longue mais elle brille comme un escargot des mers pendant des mois sur son front .
    Il savoure le regard des passants qui plonge au-dessus de ses lunettes, l’oeil amusé.
    C’est sa fête, son auréole du jour ; la phrase sourit aux étoiles comme le loup aux brebis , sans vergogne .
    Certains jours , elle s’efface sans crier gare, vers midi . L’ a -t-il froissée en plissant le front ?
    Il ne le sait pas mais pour rien au monde il ne lui en voudrait , elle est sa soeur, son feu follet, son incendie .

    La phrase laborieuse
    Une bribe surgit en anglais, une autre en italien , puis le noir, le trou .
    Monsieur M allume une cigarette , prend son temps . La bribe réapparait mais sa tournure est grossière, son allure floue .
    Il se concentre pour la faire rire, la détendre : allez , qu’elle montre son vrai visage !
    La phrase finit se dessiner un peu . . . mais elle n’a rien de viscéral, rien de palpitant et seuls les efforts de Monsieur M la lui font voir plus belle qu’elle n’est .

    L’adjectif reprend maintenant de plus belle  » – t’aurais pas une phrase où m’héberger, dis ?  »

    Monsieur M se balance d’un pied sur l’autre , gêné .

    La phrase cruelle ? Non, elle est trop incertaine .
    Elle le réveille brutalement . Le temps de se jeter sur un stylo , elle a déjà disparu . (Seul son écho reste vivant – quelquefois pendant des mois . )

    La phrase sereine ?
    Elle surgit dans son rêve . Il a l’impression de l’avoir toujours connue , il se ressent en elle ou elle en lui , il ne sait plus trop .
    Plus rien n’a d’importance en cet instant que leur retrouvailles , leur union . . .

    A moins que la phrase triste ? . . .

    Oui , peut-être dans la phrase qui pleure – même s’il ne la comprend pas bien
    Il a toujours eu du mal avec les larmes et quand il la dépose délicatement dans son mouchoir en la berçant, ses yeux sont humides aussi .
    Il lui chuchote quelques mots et son inspiration l’étonne . La compassion le submerge , il se sent relié à l’univers , il a même envie de l’embrasser .
    ( Mais il ne s’y risque pas : c’est une phrase sur le départ , une amoureuse , il s’agit de ne pas la brusquer .)

    Monsieur M devient nerveux . Il ne sait toujours pas quoi répondre à l’adjectif .

    « – Hein Monsieur ? Juste une phrase , dis ?  »

    C ‘est à cet instant qu’il entend le souffle du vent .

    Le souffle . . .

    Un moment s’écoule .

     » Oui , j’ai une phrase à te proposer . Et . . . bien plus que ça . Ecoute , il était une fois . . .  »

    Chacune des phrases coule maintenant en une forêt silencieuse .Chaque pas est frère et chaque tournant soleil .
    L’adjectif , ému, danse dans les dédales des mots pendant que Monsieur Aime remercie le ciel .
    « Le Ciel aux Mille merveilles  » . . . pense t-il en se retenant de ne pas pleurer . . . « 

  2. Clémence dit :

    Hier soir, un adjectif est venu me voir.
    T’aurais pas une phrase où m’héberger ? m’a-t-il demandé
    Je ne savais pas trop où le loger…

    – Bonsoir, toi ! Tu veux que je te trouve une phrase où t ‘héberger ? Je peux même t’en fournir deux ou trois au choix !
    Ma maison est peinte en jaune ocre. Les persiennes sont peintes en vert amande. Ma cuisine est jaune et vert olive. Où veux-tu que je t’héberge ?
    – Dis donc, c’est pas transcendant comme hébergement, on dirait une rédaction d’enfant CE2! Tu n’aurais pas autre chose de plus convivial , à ma démesure?
    – A ta mesure, mais t’es pas modeste pour un sou ! Allons, bon, entre déjà, on verra ensuite…
    – Mais voilà un intérieur qui me plaît, qui me parle avec délectation ! Tu permets ?
    Et voilà que mon petit bonhomme d’adjectif s’installe sur mon canapé blanc.

    Je profite des quelques instants où il somnole pour vous le décrire. Il est inouï comme adjectif ! Court sur pattes, on dirait une publicité pour les Smarties.
    Une bouille toute ronde, il ne manquerait que des loupiotes dans sa tronche pour en faire une citrouille qui fête Halloween !
    Des bras plutôt courts et aux extrémités, des mains pleines de doigts bien boudinés…au moins, ceux-ci, quand ils plongent dans le pot de Nutella, ils en ont pour leur argent !
    A part cela, je crois que j’ai tout dit… Ah, non, il porte à son cou une espèce de besace boursouflée et patinée…et est habillé d’une invraisemblable blouse, digne d’un jardin peint par Renoir ou Monet !

    Chut, voilà mon bonhomme d’adjectif qui se réveille….
    – Je te prie de bien vouloir m’excuser, mais je crois que j’ai trop travaillé la semaine dernière. J’étais au Grand Salon des Arts Décoratifs ! C’est un endroit vraiment extraordinaire, je te conseillerais d’ y faire un tour à l’occasion !
    – Je n’en vois pas la raison, mon intérieur me plaît comme il est, très zen !
    – Et pourtant, tes yeux me disent que tu es pleine de fantaisie…
    – Certes, mais il y a une bonne raison à ce que j’aime ce qui est clair et dép…
    – Je parie que cela a un lien avec ton enfance : les poussières à faire avant d’aller jouer….
    – Tu n’as pas tout à fait tort…

    Et tout en me parlant, le voilà qui se met à malaxer les coussins blancs. Horreur…. De mains de toutes les couleurs s’y impriment : on dirait une peinture de Matisse. Bah, pourquoi pas, cela peut faire joli dans mon intérieur un peu monochrome, je le reconnais !
    Et maintenant, mon brave adjectif se dandine sur le canapé, d’une fesse sur l’autre…Horreur bis…. Des formes géométriques bleues, jaunes et rouges s’invitent sur ce même canapé… une toile de Miro ! Je suis sûre qu’il ne ferait pas mieux ! Un équilibre exquis….
    Et l’aventure ne s’arrête pas en si bon chemin, ce serait trop facile…Alors que je lève les yeux vers le plafond, ne sachant plus si je dois rire ou grincer des dents, je vois mes murs s’animent de mille couleurs allant du doré le plus pâle au plus cuivré, du bleu ciel au turquoise le plus profond ! L’exposition Klimt à la Carrière des Lumières s’était invitée chez moi…. C’était aussi étourdissant !

    Mais qui donc est ce petit bonhomme d’adjectif ? Telle une marionnette, le voilà qui s’affole, voltigeant de-ci, de-là, touche à tout… mes ustensiles de cuisine s’illuminent en fluo, les casseroles en inox sont aux couleurs d’une samba, l’escalier de la mezzanine ressemble à Guernica version colorisée !
    Les meubles en châtaignier, patinés par des années de lustrages ne se sentent plus de joie : de la couleur enfin ! Patinés encore, mais aussi cérusés de vert amande, de vieux rose, de bleu pervenche…Tout y passe… la grande table habillée de lin naturel ….

    – De grâce, pas ma nappe….elle est un souvenir d’une personne que j’aime …
    – D’accord, pas la nappe…mais, tu permets ? Juste encore un peu…
    – Bon, mais franchement, je ne vois pas ce que tes doigts peuvent encore toucher…
    – Ah, bon, tu ne vois pas ? Regarde-toi, tu es vêtue tout de blanc……
    Pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître ! Moi qui n’osais jamais entrer dans une boutique Désigual, ce soir, c’est le look intégral !

    C’est alors qu’il partit d’un grand éclat de rire et mon livre chut de mes mains…
    Assoupie dans la tiédeur du soir, je m’étais laissée enchanter par Alexandre Jardin et ses Coloriés

  3. Halima BELGHITI dit :

    Hier soir, un adjectif est venu me voir.
    T’aurais pas une phrase où m’héberger ? m’a-t-il demandé
    Je ne savais pas trop où le loger, alors je lui ai proposé un dépliant pour la nuit.
    – C’est déjà ça pour cette nuit, on reparle de tout ça demain matin
    – T’aurais pas autre chose? m’a-t-il demandé effrontément
    – Cela ne te convient pas ?
    – Si, si. C’est gentil, mais c’est un peu soporifique ton truc, un dépliant sur la vaccination
    – Monsieur aurait préféré un alexandrin ?
    – Non, juste une interrogation plutôt, ou une exclamation, c’est déjà plus vivant qu’un texte technique barbant
    – Ecoute adjectif, t’es pas au bon endroit. T’aurais plutôt dû aller voir un auteur pour ça …Il t’aurait sûrement dépanné d’une phrase, lui, mais moi…
    – Quand je me suis retrouvé dans l’embarras, j’ai tout de suite pensé à toi, tu es tellement pleine de livres !
    – Heureusement ! C’est souvent mieux pour une bibliothèque municipale
    – Justement, j’ai pensé que tu aurais pu me trouver une phrase, une toute petite phrase de rien du tout…où me glisser incognito, parmi tes nombreux bouquins
    – T’es fou ou quoi ? Personne ne peut rajouter la moindre phrase nulle part! Ces bouquins, sur mes rayons, ont été ,pour la plupart, écrits, depuis fort longtemps ! Désolée, adjectif, j’aurais bien voulu t’aider. Va plutôt en imprimerie, c’est là-bas qu’ils naissent. Ici…les bouquins viennent finir leur vie !
    Halima BELGHITI

  4. Pascal Perrat dit :

    C’est un vrai dialogue de dyslexique. Il me « parle »
    En même temps, mine de rien, c’est une belle petite leçon de grammaire, elle ferait plaisir à Orsona (Compliment)
    Pourquoi ne pas en faire un texte pour les scolaires ?
    Vous avez le talent pour.

    PS : votre adresse courriel ne fonctionne pas

    Amicalement

    Pascal

  5. Bouquet dit :

    Hier soir, un adjectif est venu me voir.

    T’aurais pas une phrase où m’héberger ? m’a-t-il demandé’. 
    Je ne savais pas trop où le loger, mais finalement ce n’était pas ça, son son véritable problème…
    Bonsoir, une phrase pour t’héberger… Voyons…
    Oui, une phrase… Tu vois ce que c’est ?
    Ça va merci…. Trouver une phrase n’est pas le problème.  
    Ben alors, c’est quoi le problème ?
    En fait, je ne suis pas certain d’avoir un nom ou un pronom dispo !  
    Mais pourquoi faire un nom ou un pronom ? Je peux me déplacer tout seul tu sais…
    Je n’en doute pas, mais tu es un adjectif, alors tu dois obligatoirement t’accorder avec un nom. Tu ne peux pas t’inserer comme ça, seul au milieu d’une phrase. Ce n’est pas si simple !
    Ha bon ? mais y a pas de nom dans tes phrases ?
    Si justement… Et ils ont déjà un adjectif. Sans compter que tu ne correspond pas forcément au sens de la phrase. En plus, t’es un adjectif qualificatif !
    Ha wouai ! Et alors ? C’est plutôt bien non ?
    Non… tu me fais  marcher là… Tu ne sais pas ce que tu es ?
    Ben si, tu viens de le dire, « qualificatif », pffff…
    Bon admettons… et tu as une préférence : Épithète, attribut
    Et pis quoi ?
    E-pi-thè-te  ou a-tri-but ?
    À tribut bien sûre, ça se voit pourtant non ?
    Ha, je vois… toi, tu ne connais pas t’as grammaire !
    En effet, je ne la connais pas… Ni même mes parents…  pourquoi on peut les retrouver tu penses ? 
    C’est plus grave que je ne le pensais… non, je parlais de la graaaammmaire pas de « ta » grand mère ! Bref, Épithète ou attribut, ça dépend de ta position dans la phrase. Si t’es seul on ne peut pas savoir !
    Ha…  J’ai dû confondre alors ?
    C’est ça, t’as dû confondre. Sinon je vois qu’il y a une place pour t’employer comme adverbe !
    Adverbe… Tu te fou de moi ?
    Non, pourquoi ? C’est bien adverbe…
    Tu viens de me dire que j’étais un adjectif « qualificatif » et pis tête ou à tribut, alors faudrait voir à pas m’embrouiller en plus…
    Bon, j’ai peut être un nom… Mais…
    Ha, tu vois quand tu veux… Et c’est quoi le « mais »
    Rien de bien grave,  c’est juste un nom à coucher dehors ! 
    Ha non ! Surtout pas  !!!
    Pourquoi surtout pas  ?
    Ben, si je viens te voir c’est justement pour ne pas dormir dehors !!!

    Moralité : Si ça ce trouve, les mots sont victimes de leur propre définition… Pas cool pour l’adjectif  « inculte » 😉

  6. Françoise - Gare du nord dit :

    Hier soir, un adjectif est venu me voir.

    T’aurais pas une phrase où m’héberger ? m’a-t-il demandé
    Je ne savais pas trop où le loger

    Je te trouve un peu trop d’ampleur remarquai-je. Je crains bien peur de manquer de place

    Pourtant je ne suis pas bien grand. J’en connais qui le sont bien deux fois plus que moi rétorqua-t-il

    Je suis certain que tu peux perdre un peu de largeur

    D’accord j’accepte d’en retirer 2

    J’ai bien peur que cela ne suffise pas

    Que veux-tu ? Que je m’estropie encore ?

    Je suis certain que tu peux faire mieux. Je t’assure que cela ne changera pas ton sens

    Bon ! bon ! j’en enlève encore 2 mais ce sera tout

    Non ! Cela ne suffit pas. Encore un dernier petit effort. Encore 2

    Mais je vais me retrouver à poil

    Il n’avait pas tort. Effectivement, REDEVENU après être DEVENU puis VENU s’est retrouvé complètement NU

  7. Parisianne dit :

    Hier soir, un adjectif est venu me voir.
    T’aurais pas une phrase où m’héberger ? m’a-t-il demandé
    Je ne savais pas trop où le loger…
    Il tombait mal, à l’approche de l’été, c’est bien connu, on dégraisse, on allège, on évite toute surcharge. Comment, dans ces conditions, lui trouver une place sans craindre les foudres de ces dames lancées à la chasse du moindre gramme.
    Les phrases elles-mêmes tendent à affiner leur silhouette pour filer, à toute vitesse, sur les ondes autour du monde !
    Un tweet et puis s’en va pas d’place pour le surpoids !
    Où donc loger mon ami venu vers moi fort marri ?
    Il me vint alors une idée, écrire un traité pour révolutionner l’été :
    « Pour celles et ceux qui refusent le dictat des régimes : au plaisir des gourmets, tout ce qui est en trop est dorénavant décrété : DÉLICIEUX ».
    Je n‘avais pas sitôt pris mes dispositions que le perfide alla chercher ses amis ; savoureux, gourmand, délectable et succulent s’invitèrent à notre table pour un festin d’excès.
    Demain, c’est promis, je n’ouvre pas la porte.

  8. Sabine dit :

    Hier soir, un adjectif est venu me voir.
    T’aurais pas une phrase où m’héberger ? m’a-t-il demandé
    Je ne savais pas trop où le loger, il ne fallait pas que je me trompe. Un homme grand n’est pas forcément un grand homme et une sage-femme n’est pas toujours sage !
    – Qui es-tu ? lui ai-je demandé.
    – Je suis inconnu.
    – Inconnu ? Que veux-tu que je fasse de toi ? Tu es comme le vide, tu fais peur. Et parfois tu es un nom, parfois un adjectif. Il faut te décider.
    – Rends moi célèbre.
    – Tu aurais dû t’appeler ambitieux, toi !
    – Le soldat inconnu n’est-il pas célèbre dans ton pays ?
    – Petit prétentieux. Tu reviendras quand tu seras devenu un adjectif qui correspond à ta personnalité.

    Et l’inconnu retourna dans l’anonymat.

    ©Margine

  9. de Bernardy Nadine dit :

    Hier soir un adjectif…..

    il devait être vers les 20h30 hier soir. Je regardais avec consternation à la télévision ce grand nigaud de Guillaume Lezermann raccompagner Caroline chez elle, après une soirée agréable dans un bistro marseillais, et refuser son invitation à monter prendre un dernier verre.
    Looser va, ils en mourraient d’envie tous les deux
    Drinn! On sonne à ma porte.
    Flûte, à cette heure-ci c’est pas possible, et ces deux là alors?
    Un tantinet ulcérée je vais ouvrir.
    Oh non!pas lui! Quel toupet, après m’avoir traitée de cette façon!
     » c’est à quel sujet ? demandais-je ,peu amène
    Faraud, son baluchon sur l’épaule il me répond
    « je sais que l’heure est mal choisie, mais elles m’ont toutes refusées l’hospitalité. Tu n’aurais pas une petite phrase où m’héberger, juste pour une nuit ?
    – ben voyons et pourquoi pas un paragraphe entier pendant que l’on y est! Tu te prends pour qui, tu te crois où? Tu as la mémoire courte pauvre type.
    Dégage,tu m’empêches de regarder la télé. Va voir ailleurs si j’y suis! »
    Avec un sourire railleur il tourne les talons et me lance :
    « hé ben,tu ne l’as visiblement pas digéré hein, d’être qualifiée de castratrice dev….
    Vlan!J’ai claqué la porte.
    Trois secondes trop tard.

  10. Nathalie dit :

    Hier soir, un adjectif est venu me voir.
    T’aurais pas une phrase où m’héberger ? m’a-t-il demandé
    Je ne savais pas trop où le loger…

    Les parutions étaient terminées. Les romans de plage étaient complets, tout boursouflés de mots. Ils trépignaient en attendant leur départ imminent vers les valises.
    Les ouvrages partaient demain, avec des lignes déjà bondées ; aucun interstice pour y glisser un petit mot. De plus, aucun mot ne descendra en cours de route, aucun ne veut rater une destination de lecture plaisir. Aucun strapontin de libre même dans les avant-propos que personne ne lit. Chaque place est chère, réservée depuis longtemps et mûrie lentement dans un esprit de romancier. On ne s’invite pas à la fête au dernier moment !

    Glisser cet adjectif entre deux mots avec un trait malgracieux au milieu de la ligne ? Impossible.

    Alors l’adjectif fut le plus futé : il sauta les lignes. Et ce saut fut déterminant. Il venait de s’attribuer pour lui tout seul le marque-page.

  11. valérie dit :

    Hier soir, un adjectif est venu me voir.
    T’aurais pas une phrase où m’héberger ? m’a-t-il demandé
    Je ne savais pas trop où le loger… Mais enfin, comme j’étais seule, je me suis pensée à moi-même qu’en se poussant un peu, ça irait bien.
    « Viens donc, lui ai-je dit, rentre, installe toi où tu veux. Tu sais, moi, je suis assez simple, un mot c’est un mot, adjectif ou pas, du moment qu’il ne fait pas de mal, je le lis comme il veut s’écrire. Si tu crois que je me soucie de savoir si tu es un épithète ou un attribut ! Et quoi encore ! je laisse ça aux autres, à ceux qui savent. Moi, qui n’y connais rien, je suis simplement heureuse de te connaître. T’inquiète, entre nous, désormais c’est pour la vie…

  12. Sylvie dit :

    Hier soir, un adjectif est venu me voir.
    – T’aurais pas une phrase où m’héberger ? m’a-t-il demandé. Je ne savais pas trop où le loger. Je n’osais pas lui dire mais il n’était pas du tout mon genre.
    – S’il te plaît, me supplia-t-il, j’en ai assez des fastes, des lumières, des noms auxquels je suis sans cesse accolé. Je suis épuisé, je ne veux plus rien dire. Je rêve d’une petite place tranquille dans une histoire ordinaire.
    – Désolé, mais tu tombes mal. Je suis en plein roman noir, histoire glauque d’un groupe de marginaux dans une ancienne cité minière. Pas vraiment pour toi. D’ailleurs tu commences à m’éblouir sérieusement, c’est mauvais pour mon histoire. Va voir ailleurs. !
    Et je réussis ainsi à éconduire l’intrus.
    Des années plus tard, alors que ma vie avait pris un autre cap et mes histoires un tout autre genre, il se présenta naturellement un soir où je prenais le frais sous la varangue. Je ne le reconnus pas immédiatement. Las de ses atours habituels, l’adjectif s’était embarqué pour un voyage sous d’autres latitudes. Comme moi, il avait gagné cette lointaine contrée. Mais il ne doutait pas à quel point le voyage allait le transformer. Ici, il eut immédiatement un autre statut : il gagna son indépendance et devint nom. Alors que je griffonnais quelques notes sur ma future héroïne et le milieu où elle avait grandi, il vint spontanément au bout de ma plume, après le palmiste et le tamarin des hauts, avec l’essence de vétiver et l’extrait de vanille. Frondaison idéale pour abriter la scène romantique de mon histoire, il s’écrivit sur mon carnet à l’encre vive : c’était le flamboyant. Délivré de ses chaînes d’adjectif, il fleurissait ici en toute liberté et sans exagération. Et d’adjectif lui-même n’avait pas besoin, tellement il contenait de qualités en sa personne. Ici, il revivait. Si dans les livres de botanique locale il côtoyait parfois l’ananas du diable, il approchait aussi souvent l’oiseau de paradis.

    ©Sylvie Wojcik

  13. MALLERET PEGGY dit :

    Hier soir, un adjectif est venu me voir. T’aurais pas une phrase où m’héberger ? m’a-t-il demandé. Je ne savais pas trop où le loger…
    car je travaillais sur un article pour un magazine hyper classe. Une de ces revues, dont tout le monde rêve de faire partie. Je ne pouvais risquer ma carrière. Comment y caser un mot loin d’être passe-partout surtout dans cet univers ?
    Bien sûr je voulais l’aider, lui rendre ce service, mais il fallait que je trouve à l’inclure dans une description du dernier centre de remise en forme qui dépasse en luxe tout ce qui peut déjà exister.

    Soudain j’eus un éclair de génie et lui demandais si je pouvais mettre ses lettres dans un autre sens en promettant qu’elles y seraient toutes. Il accepta. Ni vu ni connu il entrait parfaitement dans une de mes phrases.

    « Dans un environnement prestigieux, à la fois raffiné, luxueux, chaleureux, élégant et informel. Vous découvrirez une nouvelle approche du bien-être des cinq sens. Grand hammam à la VAPEUR (PAUVRE) d’eucalyptus de notre plantation australienne, massages du monde, expertise beauté de pointe. Musique zen qui vous enveloppe de douceur, spécialement créée sous les conseils d’un musicologue du Conservatoire de Paris etc…etc…

  14. Catherine M.S dit :

    J’ai oublié la dernière phrase de mon texte:

    Non décidément, cet adjectif-là, mieux vaut le planquer !

    Bon dimanche printanier !
    Catherine

  15. Christine Macé dit :

    – Écoutez mon ami… euh, c’est comment votre nom déjà… « Vingtenaire » ?
    – Oui m’dame !
    – Vingtenaire… hum, c’est charmant ! Ça fait jeune… un peu trop peut-être, non ? Sur votre profil il est noté « adjectif ET nom », faudrait savoir ! Les recruteurs aiment la précision. Je sais bien que la polyvalence est à la mode mais tout de même, un peu de rigueur s’il vous plaît ! Venons-en au fait : vous postulez à quel titre ?
    – Adjectif, m’dame !
    – Je note. Vous n’êtes pas sans ignorer qu’il y a du monde sur la place, beaucoup de monde, foule dirai-je (« full » même, ah ! ah ! ah !… vous saisissez !)…
    – 5 sur 5, m’dame !
    – C’est bien ce que je disais, un jeunot, plutôt limité question conversation ! Je vois pourtant qu’un de vos ancêtres a eu son heure de gloire dans l’Antiquité, plus exactement dans ce qu’on pourrait appeler le BTP de l’époque, c’est une référence ! Sauf que de nos jours la construction des aqueducs n’est plus trop tendance, vous risquez de vous retrouver dans un vieux manuel poussiéreux au fond d’un tiroir… pour l’éternité. Reprenons : vous voulez un poste d’adjectif… attribut ou épithète ?
    – Euh…
    – Là, il va falloir vous positionner sérieusement : relationnel ou déterminatif ? Vous êtes de quel signe ?…
    – Astrologique ?
    – Non : de ponctuation ? Important la ponctuation. Imaginez que je vous trouve un emploi dans une phrase avec un point d’interrogation, est-ce que vous saurez ne pas douter ? Et deux points ? Vous me paraissez un peu freluquet pour vous y frotter : vous devriez vous mettre au sport ! Les jeunes d’aujourd’hui, je les trouve un peu mous du caisson, nous à l’époque… enfin, passons ! Et les majuscules ? vous savez qu’elles ont pignon sur rue, indécrottables, toujours en tête les vieilles biques : c’est comme ça depuis la nuit des temps… et avec l’arrivée des sms, elles sont encore plus vachardes ! Vous allez devoir faire profil bas pour entrer dans LEUR phrase. Réfléchissons : où va-t-on pouvoir vous caser ? « Vingtenaire », franchement, même dans une conversation de salon, je vois pas… Mais ne désespérons pas, l’important c’était d’entrer au dictionnaire : autant dire dans la cour des grands ! Entre nous, je sais pas qui a eu cette idée saugrenue : à côté de «zumba», «poilade» ou «ashtag», vous faisiez pas figure de favori ! Vous êtes pistonné ?…
    – zzzz…
    – Eh ! Jeune homme, réveillez-vous ! Mettez-vous à la place du couple verbe-sujet qui vous voit débarquer : en vieux piliers de la phrase, ils auront tôt fait de vous juger apte ou pas à y être intégré. Méfiez-vous, je vous l’ai dit, la concurrence est forte… Ah ! une dernière chose : votre genre, féminin ou masculin, singulier ou pluriel ?…

    Pendant que la vieille toquée de « Mots emploi » continuait à soliloquer en tapant farouchement sur son clavier d’ordinateur, je filais à l’anglaise (n’en déplaise à ma langue maternelle) respirer l’air frais du dehors ! Décidément, la gloire c’est épuisant… et tant pis si je trouve pas à me loger dans une de leurs phrases avec syntaxe, organisation grammaticale et tout le tralala : SDF du dico, finalement, pourquoi pas ?…

    Bon dimanche, Christine

  16. ourcqs dit :

    Hier soir, un adjectif est venu me voir.T’aurais pas une phrase où m’héberger ? m’a-t-il demandé Je ne savais pas trop où le loger…
    Que proposer à ce cardinal, qui refusait tous les accords, une phrase solennelle, pontifiante ?Pour le possessif péremptoire, je pensais le caser dans la conversation familière, pas de problème avec mon psy, tes défauts, son dentiste,
    Les monologues , comme la tirade du Nez, place idéale pour les qualificatifs des tons ,emphatique, cavalier, pédant ou gracieux. Je gardais une place particulière pour les invariables en couleur, dans les présentations nuancières magiques des diamantaires zinzolin, sang de boeuf, ou les tirades lyriques de l’ automne avec les forêts jaune doré, brun rouge , et ces regards bleu vert qui se moquent de toutes les règles ….

  17. joailes dit :

    Hier soir, un adjectif est venu me voir
    « T’aurais pas une phrase où m’héberger ? » me demanda-t-il

    J’étais en train de me démener comme une belle diablesse au milieu des chiffres de ma déclaration d’impôts et je n’avais guère envie d’être dérangée.
    Ce petit adjectif se permettait de m’interpeller, comme ça, à bout portant, sans crier gare. J’étais très contrariée.
    En même temps, en le regardant plus attentivement, je m’aperçus de sa profonde tristesse. La vie n’avait pas dû l’épargner, surtout si de tout il était passé à rien … Je me souvins de ces longues leçons à l’école, où l’on apprenait ses fonctions, épithète, attribut, que sais-je ! Il avait un beau rôle, alors, et je crois qu’on l’aimait bien. On pouvait le caser partout, pour rendre un mot plus attractif : un beau tablier, une craie fragile, un tableau noir, une tendre maîtresse …
    – Allons, lui dis-je, viens … je vais te faire un bon café chaud et te garder auprès de moi ; il arrivera bien un moment dans la journée où je pourrai te caser quelque part sans que tu en soies froissé …
    Le petit adjectif, tout content, me fit un beau sourire.
    – S’il te plaît, laisse-moi devenir ton ami sincère.
    Alors, je pris mon cahier et l’insérai au milieu des chiffres, bien au chaud entre des mille et des cents.
    Cela me valut une réduction d’impôt sur mon petit adjectif revenu.

  18. Catherine M.S dit :

    Un adjectif bien culotté

    Hier soir, un adjectif est venu me voir
    « T’aurais pas une phrase où m’héberger ? »
    M’a-t-il demandé
    Je ne savais pas trop où le loger
    Je ne voulais pas vraiment le vexer
    Mais je n’avais qu’une idée: l’envoyer bouler
    C’est vrai quoi !
    On dirait qu’il n’a plus toute sa raison
    Plus de jugeote, plus de réflexion
    Capable de tous les affronts
    Par les temps qui courent, ma parole, il me prend pour un pigeon
    Quel bouffon !

    Parlons-en du temps justement
    J’étais en train de faire mes prévisions
    Quand il a fait sa minable apparition
    Tout au bout de la mine de mon crayon
    Et qu’il a posé LA fameuse question.
    J’ai bien failli m’étrangler, m’étouffer
    J’étais complètement estomaqué, au bord de la nausée
    Comment pouvait-il oser me demander de l’héberger
    Dans un papier qui ne parlerait que de ciel peu dégagé
    De nuages embusqués et de temps plutôt frisquet
    Du début de la matinée jusqu’en fin de soirée ?
    Sans oublier que ça durait depuis quelques saisons
    Et que cela concernait quasiment toutes les régions …

    Tête de mon patron quand il lirait cette funeste oraison
    « Très chers lecteurs, soyez encore un peu PATIENTS… »
    Il aurait trop peur de se faire lyncher
    Sous un petit crachin ou quelque passagère ondée.
    Non décidément, cet adjectif-là, mieux vaut le planquer !

  19. laurence noyer dit :

    Vendredi soir, un adjectif
    Est venu me voir.
    Réclamant toute ma compassion :
    T’aurais pas une phrase où m’héberger ?
    Il ne savait pas trop où loger.
    Comme j’aime bien les cachotteries,
    A mon texte je l’ai inséré
    Lisez donc, (mais) du bon côté.

  20. Antonio dit :

    Hier soir, un adjectif est venu me voir.
    – T’aurais pas une phrase où m’héberger ? m’a-t-il demandé

    Je ne savais pas trop où le loger, il avait beau insister, qu’il se ferait tout petit, qu’un coin de complément de n’importe quel objet lui conviendrait, je ne parvenais pas à convaincre les locataires de mon roman.

    – On est complet ! On respire à peine déjà avec la lourdeur du sujet, si seulement tu nous avais ajouté une fenêtre pour y voir clair. Ce n’est pas pour nous coller en plus ton « bel » adjectif sur le dos.

    J’insistais gentiment. « Ce matin » pouvait bien devenir « ce beau matin », non ?

    – Pourquoi il serait beau le matin, hein ? C’est un matin comme un autre, ni moche, ni beau, un matin où le soleil se lève à 7 heures et où John emmène sa fille à l’école à 8 heures 30, des idées noires plein la tête. Je te rappelle qu’il est sérial-killer ton bonhomme et que sa matinée est plus chargée que belle.

    Dans cas, je proposais aimablement le « beau John ».

    – Beau, John ? Tu veux faire rire le lecteur ?

    Je pensais bien à « sa belle fille » mais j’ai préféré me taire quand la phrase m’a redirigé fermement vers son point final. Après avoir visité plusieurs d’entre elles, toutes étaient réfractaires à un adjectif de plus dans leurs murs.

    – J’ai mis des années à m’en débarrasser, a conclu la dernière. Aujourd’hui j’ai trouvé un vrai sens à ma vie, alors s’il te plaît, Antonio, épargne-moi ces beaux parleurs qui nous étouffent dès qu’on s’accroche à eux.

    Ce matin, je suis passé voir l’adjectif.
    – Je crois que t’es dans de beaux draps, l’ami, lui ai-je dit, désolé.
    – C’est déjà, ça, m’a-t-il répondu en s’enroulant dedans, fatigué.

  21. smoreau dit :

    Hier soir, un adjectif est venu me voir.
    T’aurais pas une phrase où m’héberger ? m’a-t-il demandé
    Je ne savais pas trop où le loger… La veille, il avait quitté précipitamment son logis de peur d’être étouffé. Depuis sa naissance, il qualifiait tous les objets, les choses, les événements d’une ancienne maison encombrée. Elle était là au milieu des vignes depuis des lustres. Ses frères, ses cousins avaient déserté. Brave petit soldat qualificatif, il était resté. Ce soir là, il me raconta, sa vie de fou. Il qualifiait du matin au soir, les armoires, chiffonniers, tables, lits, chaises et sofa. Puis, les bibelots, les assiettes et les guéridons. Mon « vieil » ami s’était effondré sur ma bergère Louis XV. Je craignais le burn out. Surmené par sa tâche. D’un air las, il voulait néanmoins déménager, changer, se transformer. Il ne voulait plus qualifier « les vieilleries » mais s’imiscer dans une phrase de littérature moderne. Je regardais ma bibliothèque. Je saisis la liste de mes envies puis le téléphone. Allo, Grégoire. dis moi, dans ton prochain succès peux-tu accueillir mon ami « vieux » ?

  22. durand dit :

    Hier, un adjectif est venu me voir.

    T’aurais pas une phrase où m’héberger? m’a t’il demandé.

    Je ne savais pas trop où le loger mais il insistait lourdement.

    En y réfléchissant , le choix ne manquait pas:Plateau télé, discours politique,

    fiche pratique pour cuire votre paella surgelée, arguments vaseux et masculins

    lors d’un retour tardif au foyer, arguments féminins pour justifier une dépense

    vestimentaire insolvable…

    De fait, plein de phrases pouvaient l’accueillir, cet adjectif.

    Moi je sortais d’un stage (3 ème niveau, « pro ») de la pratique du haïku!

    Je lui fit donc plusieurs propositions:

    Les oiseaux babillards
    Saluent la sieste
    Des amoureux.

    Assis sur le rocher du présent
    J’écoute
    Le babillard du passé.

    L’écrivain babillard
    Fait bailler
    Le lecteur.

    La boule babillarde
    Nous entraîne
    Au fond du billard.

    C’était une belle babillarde
    Elle roulait des lèvres,des yeux
    Des épaules et des reins.

    Flûte alors!
    Babillarde vous fûtes
    Et le resterait.

    La cigale babillarde
    N’a jamais trop chaud
    Pour chanter.

    Le vieux écoute
    Le coeur babillard
    Du souvenir.

    Un vent babillard
    Nous gênait
    Le silence.

    ….

    L’adjectif demeurait ko debout. Lui qui se croyait oublié du commun se voyait

    proposer plusieurs solutions….et bien d’autres.

    Il m’expliqua longuement et légèrement sa joie d’avoir trouvé où se loger. Pour

    au moins…une semaine.

    « Son discours babillard, prolixe et frivole me fit déjà regretter de l’avoir laisser

    sortir du vieux dictionnaire »

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