Exercice inédit d’écriture créative 125

C’était un mot rococo oublié dans un dictionnaire,
un vieux retraité du vocabulaire.

Jusqu’au jour où, sans que l’on sache pourquoi,
il s’était retrouvé sur toutes les lèvres.

D’un coup, il fut à la mode.
Au début, il s’en flattait…

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6 Responses

  1. Clémence dit :

    C’était un mot rococo oublié dans un dictionnaire, un vieux retraité du vocabulaire. Jusqu’au jour où, sans que l’on sache pourquoi, il s’était retrouvé sur toutes les lèvres. D’un coup, il fut à la mode. Au début, il s’en flattait…

    Vieux retraité, mais plein de sagesse, souvent galvaudé à coup de raccourcis ou de variantes, Voilà dormait du sommeil du juste dans les dernières pages du dictionnaire.

    De temps à autres, quelques soubresauts le sortaient de sa langueur, mais ce qui l’agaçait le plus c’était d’avoir été dévoyé de son sens premier. Du verbe voir : vois là…..

    Au fil du temps, on l’utilisait sans même qu’il n’y ait quelque chose à voir !
    – Voilà qu’on sonne !
    – Voilà ce qu’il m’a dit
    – Voilà que ça sent l’hiver !

    Accompagné de son ami Voici, il se sont fait la belle, laissant discrètement la place à d’autres expressions plus modernes. Dans la foulée, n’est-il pas ? Pas vrai ? N’est-ce pas et autres locutions les suivirent.

    Le sommeil de Voilà fut beaucoup plus long qu’une sieste. Et pourtant, un jour, il fut réveillé brutalement par un illustre personnage frappé d’un traître trou de mémoire. Et Voilà que Voilà arriva à la rescousse. Il se plaça, non pas en fin de phrase en guise de ponctuation, mais remplaça tout bonnement la fin de la pensée de notre homme. Le public n’y vit que du feu.

    Peu de temps après, « on » s’empara subrepticement de Voilà. Tout un chacun se plut, discrètement d’abord, puis massivement à l’utiliser.
    Voilà venait de faire son come back .

    Il était arrivé en sauveur, il était porté aux nues. Il s’installa en invité d’honneur à une place qui, jamais, n’avait été la sienne.
    A lui tout seul, il prenait la dimension d’un événement ou d’une pensée,
    A lui tout seul, il se substituait aux avis et jugements tus tacitement ou non,
    A lui tout seul, il remplaçait les explications et les conclusions
    Et ne voilà-t-il pas, que grâce à Voilà, tout locuteur se déresponsabilisait de ses pensées

    Voilà laissait ainsi libre cours à toutes les interprétations, à toutes les confusions..
    Et c’est ainsi que de quiproquos en procès d’intention, on en arriva, au grand désespoir de Voilà, à des malentendus sans pareils.
    On ne savait plus à quoi on pensait.
    On ne savait plus qui pensait quoi…
    On ne savait plus que penser de qui que ce soit….

    Après s’être senti flatté par le peuple, les média et les puissants de ce monde, Voilà commença à se sentir agacé puis penaud. Il pensa même à entrer en disgrâce lorsqu’il constata avec effroi que le chaos entrait par la grande porte.

    Toi, auditeur qui passe, lorsque la prochaine fois tu entendras « voilà » prends bien garde car un voilà peut en cacher un autre.

    Je ne sais pas comment vous allez comprendre mon histoire mais … voilà….

  2. Sabine dit :

    C’était un mot rococo oublié dans un dictionnaire, un vieux retraité du vocabulaire. Jusqu’au jour où, sans que l’on sache pourquoi, il s’était retrouvé sur toutes les lèvres. D’un coup, il fut à la mode. Au début, il s’en flattait.
    Chez les jeunes on ne disait plus « Ta mère, elle chausse du 2 ». On disait « Ta mère elle tintinnabule ». Tous les chats portaient un collier à grelot pour tintinnabuler partout. Au lendemain d’une soirée arrosée, on disait : « J’ai la tête qui tintinnabule ». Les téléphones, le tube de l’été, les journalistes, les montres et les pendules, même mon chien et mon stylo tintinnabulaient.
    Mais tout ce tintamarre se transforma vite en un gros bruit de carillon bourdonnant sans cesse, assourdissant. Tout le monde criait :
    « -Arrêtez tout ce tintouin ».
    On entendit alors partout le tintouin des journalistes, le tintouin des chats, le tintouin des téléphones…

    ©Margine

  3. Béné dit :

    C’était un mot rococo oublié dans un dictionnaire, un vieux retraité du vocabulaire. Jusqu’au jour où, sans que l’on sache pourquoi, il s’était retrouvé sur toutes les lèvres. D’un coup, il fut à la mode.
    Au début, il s’en flattait. Il bombait le torse, se délectait de plastronner dans émissions littéraires et débats politiques. La gazette populaire, voulant se gausser, attrapa le tic. Notre vieux rococo devint la nouvelle coqueluche de la langue française. Qu’importe les coups bas et les jets de salive des mots jaloux ; il savourait sa revanche en reprenant vie, et s’encanaillait ! On le parait d’une majuscule, on lui adjoignait des compagnons de choix : trois points de suspension qui en disaient long, un point d’exclamation qui clouait le bec.
    Au fil des jours, la migraine assaillit ce mot utilisé à toutes les sauces, il ne savait plus où donner de la parole ou de la ligne : on le galvaudait, le malmenait, lui rajoutant une consonne, l’amputant d’une voyelle.
    Les mois passèrent ; il se retrouva dans les bas quartiers, qui s’en emparèrent, et lui donnèrent une allure populaire, puis ordurière ; on le tordit dans tous les sens et il finit en verlan. Monsieur rococo, qui avait connu la notoriété, dépérit derrière des barres de banlieue sous le vocable de cocoro. Il se fit tout petit, tout menu, tout coco.
    Enfin, une autre mode fut lancée, un autre mot rafla la mise ; notre vieux rococo retrouva son cher anonymat, au fond de dictionnaires parcheminés consultés par de doctes vieux sires qui l’utilisaient avec des lèvres de dentelle. Lorsqu’il voyait un congénère prêt à reprendre du service, il le mettait en garde : ne bouge pas, mon ami, la gloire est éphémère, les hommes inconstants. Tel jour, ils t’adulent, le lendemain, te décapitent. Crois-moi, l’obscurité est gage d’éternité.

  4. Sylvianne dit :

    C’était un mot rococo oublié dans un dictionnaire,
    un vieux retraité du vocabulaire.
    Jusqu’au jour où, sans que l’on sache pourquoi,
    il s’était retrouvé sur toutes les lèvres.
    D’un coup, il fut à la mode.
    Au début, il s’en flattait… Il était devenu à la mode. Il était branché, branchouille comme on dit chez les bobos ! Il avait toujours figuré dans le dictionnaire mais très peu l’employait. Il moisissait entre deux membres de sa famille « biologie » et « biologiste ». Il s’ennuyait. La poussière se glissait entre ses lettres.
    Et son heure est venue. On lui créa son clone, un buzzword « BIO », pour faire plus dans le vent.
    Et tout devint bio. Ce mot circula sur toutes les lèvres. Il fut écrit, toujours en vert sur des milliers de pancartes, flyers ou packaging. Chacun, de la ville ou de la campagne », se vantait : « Moi, je mange biooo. c’est tellement bon pour la santé et pour la planète. Je mange responsable, moa ! »
    Il adorait cela, il était fier. Il était la star du Salon de l’agriculture. La vedette des marchés gourmands. Il s’écarta de « biologie » et de « biologiste ». Il s’approcha de la Jet set, du Slow food et de la Macro.
    Il qualifia le vin, les légumes, les fruits, la viande, le poisson… Tout devient BIOLOGIQUE. Il y a même une « bio attitude ». Le couronnement !

  5. gepy dit :

    C’était un mot rococo oublié dans un dictionnaire,
    un vieux retraité du vocabulaire.
    Jusqu’au jour où, sans que l’on sache pourquoi,
    il s’était retrouvé sur toutes les lèvres.
    D’un coup, il fut à la mode.
    Au début, il s’en flattait…

    Il était fier d’être dans toutes les bouches. Les jeunes, les vieux en usaient et en abusaient.
    Il était le nouveau mot d’antan ou le vieux mot d’aujourd’hui.
    Rajeuni et confiant, il se mit à rêver de voyage. Ses déplacements en « sms » ne provoquaient chez lui ni écorchure ni coupure, contrairement à la plupart des écrits.
    C’était comme un appel au départ.
    Alors, il se lança.

    Une ligne directe l’envoya sur plusieurs sites en Europe. Il fut un peu ratatiné à la réception. Son sens n’était pas forcément compris mais il était agréablement goûté et savouré par les différents accents étrangers rencontrés.
    Il devenait une star dans le jargon européen.
    Très vite, au cours de ses rencontres avec d’autres langages culturels, il remarqua qu’il était entouré de nombreux termes ou expressions anglophones. Ceux-ci n’étaient pas de passage comme lui, ( quoique l’on ne puisse prédire l’avenir, pensa-t-il ) mais, au contraire, avaient été adopté dans les échanges quotidiens. Ils étaient fort bien intégrés à la sphère locale.

    Cette constatation le décida à faire le grand saut : se propulser aux États-Unis. Il avait une légère appréhension. Il mit de côté cette impression un peu floue et s’expédia Outre-Atlantique.
    L’accueil fut brutal et sévère. Très peu firent l’effort de le lire ou de le comprendre. Certains le malaxaient avec dégoût, ou le mastiquaient fébrilement tel un chewing-gum. L’irrespect était à son comble.
    Très vite, il fut craché dans l’oubli.
    Il se sentit replonger dans les arènes grecques du passé, broyé par le rejet. Il n’était même plus rococo, il n’existait plus au milieu de ce charabia américain.
    Il regretta son passé dans son fidèle dictionnaire poussiéreux. A l’époque, il avait au moins un abri et de nombreux amis.
    Quelle idée prétentieuse avait-il eu d’aller découvrir l’Amérique ?
    Il lui fallait désormais un refuge pour ne pas perdre son identité et conserver ses origines.
    « L’ambassade, vite à l’ambassade, la Défense de la langue Française », se rappela-t-il soudainement.
    Là, il croisa d’autres victimes de cette intolérance. Il comprit alors que, face à cette invasion de phrasé anglais, une résistance s’organisait. Tous les dialectes de la terre s’unissaient pour combattre cette fameuse Langue Internationale, comme elle se prénommait elle même. Ils revendiquaient haut et fort leur droit d’existence et de différence.

    Toutes ses épreuves et cette prise de conscience avaient profondément éprouvées notre rococo.
    Dépouillé de tout sens, il revint en France. Sa mode était finie. D’autres le remplaçaient désormais.
    Il s’isola en toute discrétion en Bretagne, dans cette région au conservatisme linguistique extrême. Il reprit goût, petit à petit, à la joute verbale, en terminant ses soirées dans des parties interminables de scrabble.
    Il se donna ainsi l’illusion d’être protégé des envahisseurs anglophones.
    Mais, dans les profondeurs de ses lettres et tout rococo qu’il était, la peur d’être exterminé à tout jamais était bien réelle.

  6. Jean de Marque dit :

    DE LA SURVIE D’UN MOT!

    C’était un mot rococo oublié dans un dictionnaire. Jusqu’au jour où, sans que l’on sache pourquoi, il s’était retrouvé sur toutes les lèvres. D’un coup il fut à la mode.

    Au début, il s’en flattait. Si tout le monde apprécie la tranquillité, peu cherche réellement l’oubli. Il fit donc une enquête afin de comprendre d’où venait ce regain d’intérêt.

    En fait, lors d’une interview, une postulante au glorieux poste de mairesse avait traité sa concurrente de…gourgandine.

    Le jeune journaliste s’était offusqué qu’on puisse traiter, en politique, son adversaire de « gourde élégante ». Le rédacteur en chef l’envoya,par la suite à un stage d’affinage de vocabulaire.

    Cette altercation amusa les chroniqueurs savants, ceux qui se vantaient de tout posséder, de la langue de Rabelais, du verlan, de l’argot jusqu’au dialecte des jeunes chébrans.

    On retrouva la passe d’armes dans tous les zappings de la semaine. Sur les réseaux sociaux, ce fut un beau déchaînement. Tous ceux, prétendant que cela ne les regardait pas s’étalèrent dans de vastes commentaires dont l’exactitude était aussi éloignée de la réalité que, sur autoroute, la prochaine station service lorsqu’un clignotant nous avertit du prochain vide existentiel de notre réservoir.

    On supposait à « l’insultée » des liaisons frauduleuses avec plusieurs banquiers suisses. Dans le mot, on y lisait du « gourmand », du « dîner du soir aux torves chandelles », du « ganté vite déloqué », du « qui se dandine, pas si gourde que ça, la dinde.

    Lui, ne voyait que l’aspect déluré de son nom, hardiment inconvenant, gentiment amoral, un corsage à délacer pour un plaisir à ne pas délaisser.

    Le monde du spectacle n’y voyait que le vénal des femmes, des prêtes à toutes les prostitueries afin de s’assurer de leurs coucheries un matelas de billets. On y parlait que de chantages de coqs, manipulations de bourses, foisonnants boursicotages, tringleries de pantins.

    Heureusement pour ce mot, les nouvelles fraîches moisissent vite et les scandales les plus frais fleurissent sur le purin des récents tapages.

    De plus, malgré l’engagement de quelques lettrés pour sauver ce bijou, aucun, même le plus acharné ne parvint à faire pivoter la décision des confiseurs de dictionnaires.

    Le mot « gourgandine » disparut, lui et ses ombres de définitions sucrées…

    DÉFINITIVEMENT!

    Jean de Marque.

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