Exercice inédit d’écriture créative 170

BiblioCela fait des années qu’elle était coincée
entre un vieux livre de cuisine et un dico écorné.
Des années qu’aucune de ses pages n’avait été tournée, qu’aucun de ses mots n’avait enflammé quiconque.
Un jour, pourtant…

17 Responses

  1. Clémence dit :

    Cela fait des années qu’elle était coincée entre un vieux livre de cuisine et un dico écorné. Des années qu’aucune de ses pages n’avait été tournée, qu’aucun de ses mots n’avait enflammé quiconque. Un jour, pourtant…

    Version longue : tapez 1
    Version courte : tapez 2

    1.
    Dans un joli parc, dans une maison de retraite coquette, dans le salon du rez-de-jardin…….

    Trois octogénaires à qui on donnerait le bon Dieu sans confession se retrouvaient pour leur atelier d’écriture hebdomadaire. Elles y prenaient un plaisir extraordinaire, divin…

    Le même rituel d’entrée de séance: tasse et thé et biscuits délicats. Arrivait alors la phrase-culte : : « Alors, raconte nous encore une fois…. »

    « Devenue veuve, j’ai dû vendre ma grande maison et acheté une charmante petite maison nichée dans un jardin de curé…
    A peine installée, je découvris dans une recoin du cellier, un vieux livre de cuisine et un dico tout écorné. Retirant le livre de cuisine de son perchoir, je la vis : une fiole à facettes à laquelle était attachée une feuille pliée menu. J’ouvris la fiole vide, une légère odeur de vinaigre s’échappa….
    Je dépliai délicatement la feuille et trouvai deux rébus , l’un signé par Monsieur Dico du Monde Entier , l’autre, par Madame Recette du Terroir.

    « 3,14 & m’ (volatile de jeu) 100 ﮎ …. » ; en clair, après avoir sérieusement sollicité mes méninges, je décodais ces espèces de testaments.
    – Pillez-moi sans vergogne, pour autant que vous m’intégriez dans les pages de ma compagne.
    – Consommez-moi sans modération, pourvu que vous puisiez dans les pages de mon compagnon.
    Longtemps, ce message resta à une énigme. Qui pouvait avoir écrit ces quelques mots ? Tout de même pas l’écorné ou la marmite ! »

    Allons, allons, mes chères amies, ce double rébus-testament nous réunit encore une fois ! Aujourd’hui, nous allons écrire le chapitre quatre de notre futur best-seller.

    Nos trois octogénaires se mirent au travail . Elles ouvrirent leur cahier et leur encrier respectifs (encre cerise, encre citron, encre jus de raisin) . Avec application, leur plume froufroutait sur le papier crème. De temps à autre, des exclamations, de petits rires et des chuchotements ponctuaient leur écriture.
    De temps à autre, une infirmière ou une assistante passaient auprès de notre trio avec un regard et un sourire compatissants.
    « Pauvres petites vieilles, que d’illusions, les voilà qui jouent à faire semblant d’écrire »

    En réalité, au nez et à la barbe de tout le personnel, que ce soit au salon ou sur les tables de chevet, tel un livre d’or resté désespérément blanc, leur futur troisième roman érotique écrit à l’encre sympathique se riait de tout curieux !

    « Pauline, Augustine et Juliette nous ont quitté en ce premier jour de printemps. Nous pensons à elles. »
    Dans la même semaine, les trois héritières découvrent dans les chambres de Pauline, Augustine et Juliette, coincée entre un livre de cuisine et un dico écorné, une revue dans laquelle était glissé un roman érotique écrit à trois mains.

    2.
    1930, Paris-Brest-Nice : Pauline, Augustine et Juliette reçoivent le premier prix en rédaction.
    1950, Banlieue de Paris, Juliette se marie et achète une charmante maison avec jardin . Elle découvre, coincé entre un livre de cuisine et un dico écorné, une fiole d’encre magique et un minuscule grimoire.
    2010, Canne, maison de retraite : Pauline, Justine et Juliette écrivent leur troisième roman érotique à l’encre sympathique au nez et à la barbe de tout un chacun.
    2015, Canne, on apprend le décès de nos trois octogénaires.
    Une semaine plus tard, les trois héritières découvrent, coincée entre un livre de cuisine et un dico écorné, une double page de « Lui » dans laquelle était glissé un roman érotique écrit à trois mains.

  2. dumouchel dit :

    Cela fait des années qu’elle était coincée
    entre un vieux livre de cuisine et un dico écorné.
    Des années qu’aucune de ses pages n’avait été tournée, qu’aucun de ses mots n’avait enflammé quiconque.
    Un jour, pourtant Elise la femme de ménage tomba sur cette revue et ne put s’empêcher de la feuilleter. Sur la couverture, en lettres rouges nous pouvons lire : « COMMENT RETROUVER LA LIGNE » en seulement 3 semaines et cela tombait plutôt bien lorsque l’on sait qu’Elise avait une trentaine de kilos en trop ! Elle lut et relut les consignes en notât quelques unes et se promis de revenir la semaine prochaine et de piquer encore quelques astuces.
    C’était sans compter que ma mère, elle aussi, avait ses périodes de rangements, et de tri. Bien évidemment cette idée est venue à maman lorsqu’elle a décidé que nous allions déménager. La maison était devenue trop grande pour une si vieille femme, vivant seule. L’entretien de la maison et de ses extérieurs était devenu de plus en plus pénible et maman était tombée sur l’affaire du siècle ! Les papiers étaient signés, il ne lui restait que les cartons à faire. Elle commença par les pièces qui ne lui étaient plus utiles et donc bien sûr par la bibliothèque ! Elise revient après une semaine et quel ne fût son désarroi en découvrant que maman avait déjà tout emballé : Mais madame, pourquoi ne m’avez vous pas appelé, je vous aurais aidé… Tout son désespoir pouvait se lire sur son visage, elle n’eut pas le courage de dire à maman qu’elle lui aurait bien emprunté cette revue. Elle continuât son ménage, triste et désemparée quel dommage, elle avait enfin, apparemment trouvé le régime qui lui fallait et maman lui avait jeté son « trésor ».
    En fin de journée, maman lui dit de revenir le lendemain pour ranger le garage, elle y avait entreposé des choses qu’elle voulait jeté et proposa a Elise de prendre ce qui l’intéressait, le reste, nous le mettrons à la déchetterie.
    Elise revint donc le lendemain, avec une boule au ventre, il faudrait qu’elle prenne quelques babioles pour faire plaisir, mais la seule chose qui lui faisait plaisir dans cette maison, avait disparu. Elle avait cherché en cachette, dans quelques cartons restés ouverts mais rien aucune trace du trésor.
    Après deux heures de rangement, Elise écarquilla les yeux… ce n’était pas possible, la revue…. elle était là !
    Madame, Madame, puis-je…. ?
    Mais bien sûr ma petite ! mais ce n’est qu’une revue qui date ! Regarde elle a plus de 20 ans, qu’en ferais-tu ? du feu ?
    Non madame, regardez cet article … pour maigrir …
    Ah ah ah Ma pauvre enfant… tu ne vas pas croire ces balivernes !
    Laissez moi essayer madame
    Comme tu voudras ! mais je veux voir le résultat !
    Promis madame

    Un mois se passa, maman était installée dans sa petite maison de retraite et Elise vint lui faire un petit coucou. Maman ne la reconnut pas… Madame c’est moi Elise, je suis venue vous montrer le régime, regardez comme il a fonctionné sur moi !
    Ma parole mon enfant, tu es merveilleuse ! tu as perdu combien ?
    35 Kilos madame, et maintenant je suis professeur de fitness !! Vous avez vu madame, ce n’était pas des sottises !
    eh bien je te félicite… moi je n’ai jamais réussi à m’y tenir ! Le manque de motivation surement !
    Il faut croire ce qu’il y a dans les livres madame, c’est pour cela que ça a marché avec moi ! j’y ai cru !

  3. Pascal Perrat dit :

    C’est ce que nous lui souhaitons également. Elle le mérite.

  4. dumouchel dit :

    Un jour, pourtant, Sabine ressortit la nouvelle. La semaine précédente, elle avait gagné pour la énième fois un concour d’écriture à la Saussaye, petit village de la Haute Normandie.
    Sabine s’installa sur la table rouge, celle qui est dans la cour, derrière la maison, le soleil donne sur cette table une grande partie de la journée et Sabine aime se poser là. Elle habite Giverny, petite ville qui inspire par son jardin dédié à Monnet, ce célèbre peintre !
    Elle relit ses écrits et les sensations ne tardent pas à se faire ressentir jusqu’au bout des doigts, les tremblements légers, quelques larmes perlent le long de ses joues roses puis un sourire se dessine : c’est dé idé elle va terminer son histoire !
    C’est un preu grâce a un éditeur qui avait pris contact pour publier ses histoires vraies, ou pas que notre Sabine avait repris ses notes et les « retravaillait ». Au bout de quelques heures de dur labeur, elle posa son point final et envoya par mail son histoire. L’éditeur l’informa que, si dans 60 jours, elle avait atteint le seuil de 50 exemplaires commandés, elle serait enfin édité !

    A ce jour, nous attendons toujours de connaître le résultat, mais nous lui souhaitons tous de réussir dans cette nouvelle aventure…

  5. regis dit :

    Cela faisait des années qu’elle était coincée entre un vieux livre de cuisine et un dico écorné. Des années qu’aucune de ces pages n’avait été tournée, qu’aucun de ces mots n’avait enflammé quiconque…
    C’est simplement en passant le plumeau bleu sur les vieux livres à l’odeur de cuir et de vieux papier que la petite feuille voleta vers le sol carrelé. Intriguée, Annie se pencha et ramassa la feuille ; On pouvait encore deviner les traces de pliure sur les feuilles…Les feuilles…Il s’agissait de huit pages de cahier d’écolier jaunies, huit pages à gros carreaux bleus et blancs…Le papier craquait encore et les mots s’alignaient à l’encre violette. Annie pouvait même deviner à regarder ses pleins et ses déliés, ses majuscules soigneusement penchés, le petit bout de langue dépassant entre les lèvres et tout le soin apporté à la rédaction…
    Il y avait une date juste à gauche sur la première page : Premier Octobre 1918… Annie ne s’était même pas assise. En tremblant, elle déchiffra ces mots d’ici, mais d’un autre temps. Tout l’amour d’un enfant pour son papa, toute la dureté de l’absence y était exprimée avec les mots de l’enfance. Il n’y avait pas un mot sur la Patrie, mais tout un amour et un désespoir qui suintait dans la lettre, tout un désert de solitude. L’enfant y parlait de sa mère, de son petit frère, des jours qui passaient. Elle finit la lettre étouffant dans les sanglots. En bas, il y avait ces quelques mots : pour mon papa Mathias, sa fille Anaïse qui l’aime…
    En tremblant, Annie replia soigneusement la lettre et gagna à petit pas le cimetière du village. Mathias, oui son arriére-grand-pére, il en était revenu de la grande boucherie. Elle se souvenait encore de lui de sa grosse moustache qui le piquait quand elle l’embrassait et de ses pleurs qu’elle avait surpris un soir alors qu’il disait à son papa à elle : « Comme elle lui ressemble, fais attention mon gars, hein ? ».
    Elle pouvait voir la pierre tombale verdie par le temps….Mathias Lebrun 1885-1969, Sophie Lebrun, sa femme 1890-1948, et en dessous en plus petit Anaïse Lebrun 1907-1918. Elle comprit…Le poilu n’était pas rentré dans la joie. Sa petite fille était morte avant lui. La peur ou une banale grippe ?
    Annie n’avait pas envie de savoir..Juste de murmurer.. »Soyez heureux, je vais bien. »

  6. Bouquet dit :

    Cela fait des années qu’elle était coincée entre un vieux livre de cuisine et un dico écorné.
    Des années qu’aucune de ses pages n’avait été tournée, qu’aucun de ses mots n’avait enflammé quiconque.
    Un jour, pourtant elle allait devenir comme son auteur, Immortelle…

    Finalement, tout doit commencer le jour de l’élection… Même si vous vous y êtes préparé, une fois élu par vos pairs, il faut ensuite assurer ce passage incontournable, cette tradition séculaire. Ce texte qu’il faut écrire puis lire à haute voix le jour de votre réception, avant qu’il ne soit ensuite archivé comme tous les autres…
    Une certaine pression doit tout de même s’installer au moment de se mettre à l’écriture. Ce n’est pas n’importe quelle texte.

    Heureusement, pour ce premier discours, pas de pupitre. Ça sera pour le prochain. Pour le premier, on reste à sa place. Enfin, la même place pour tout le monde dans ce cas là précisément. C’est à dire devant le fauteuil du nouveau, au milieu des autres. Tiens, ces fauteuils justement, ces 39 autres fauteuils pour être exact, ça doit aussi rajouter une pression suivant le numéro que vous avez l’honneur d’honorer…
    Si vous prenez le fauteuil 14 par exemple… se dire qu’on succède entre autres, à Victor Hugo, ça doit rajouter une certaine pression là encore. C’est évident.
    Bon, pour l’instant, Il n’est fort heureusement pas au programma d’entendre l’éloge panégyrique du fauteuil 14. Mais Hélène Carrère d’Encausse, en 1990, devait sans doute y penser à Victor Hugo en écrivant son texte…

    Même s’il y a toujours l’éloge du prédécesseur à rédiger, ça ne fait pas tout. Il faut aussi que tout les mots puissent s’harmoniser pour en faire un texte bien riche et si possible agréable à écouter. Il ne faut pas risquer d’endormir tout le monde… Surtout que 15h…pour une lecture…

    Alors devant ces pages blanches que vous devez remplir de mots, il faut trouver l’inspiration suffisante, l’idée, l’histoire à raconter. Bref, chacun doit avoir sa petite méthode bien à lui, ou a elle pour trouver cette inspiration. Pour notre homme, c’était en cherchant dans sa bibliothèque les ouvrages de son prédécesseur.

    Il était monté sur un tabouret. Il cherchait sur les tranches des livres… et entre un vieux livre de cuisine et un dico écorné, sa toute première publication. Un histoire qu’il avait écrite 30 ans plus tôt et qui avait été tout de même publiée. Une bonne dose d’émotion pour lui. Depuis le temps, il en avait même oublié son existence…
    Et quelle ironie du sort, se retrouver juste a côté d’un vieux dico en plus… Du coup, il a pris ça pour un signe. Il décida, non seulement de s’en inspirer pour écrire son texte, mais également d’y insérer des paragraphes tout entier, un peu comme une revanche. Et ces fameux mots qui n’avaient pas été lus depuis un bon moment, ont pourtant enflammées ce jour là toute l’assemblée présente sous cette coupole de l’institut.

    Sous le regard de la statue de Napoléon, notre nouvel immortel de l’académie française venait de lire discours solennelle d’intronisation. 😉

  7. laurence noyer dit :

    Mais d’abord qui est-elle, cette ELLE dont nous parlons
    Serait-elle Bulle qu’on aurait fini par coincer
    Ou bien Joconde au fameux sourire coincé
    ELLE serait-elle Aile, coincée de ne pouvoir s’envoler?
    Ou mieux encore le « L » coincé « entre 2 lettres »

  8. noyer laurence dit :

    Cela fait des années qu’elle était coincée
    entre un vieux livre de cuisine et un dico écorné.

    Un jour, pourtant un maître d’école à la retraite vint faire la leçon aux bouquins…
    Livres bien alignés comme des petits écoliers, prêts à l’écouter.
    Mais gare à celui qui l’ouvre!
    Plus droit au chapitre….. sinon mise à l’index…

    Tous les grands auteurs sont là,
    classiques ou à la page, en cuir ou en jaquette.

    Mais elle , cela fait des années qu’aucune de ses pages n’a été tournée, qu’aucun de ses mots n’a enflammé quiconque.

    Le poète dans sa retraite entre alors dans un grand dé-lire, il met l’un près de l’autre messieurs X et Y qui ne sont pas de la même époque, mesdames A et B qui n’ont pas les mêmes idées, présente les romanciers aux poètes, déménage les auteurs du 20ème au 15ème, libère les vieux livres de cuisine et les dicos écornés.
    Voilà comment elle fût dé-livrée, et pût enfin tourner la page.

  9. Stephanie dit :

    Cela fait des années qu’elle était coincée
    entre un vieux livre de cuisine et un dico écorné.
    Des années qu’aucune de ses pages n’avait été tournée, qu’aucun de ses mots
    n’avait enflammer quiconque.
    Un jour, pourtant…
    Ce matin, il avait envoyé ces cinq lignes. Nouvel exercice d’écriture . la veille d’un week end. Le piège semblait assez grossier, mais l’exercice inspirant. « Il attend sûrement de ses apprentis qu’il s’essayent a écrire sur le thème de l’écrivain raté, de l’écrivain en panne… Ou quelque chose dans le genre.  » se dit-elle. Mais elle trouva l’idée plutôt bonne. Tout de suite, elle imagina raconter ces tentatives vaines d’aligner trois paragraphes, à toutes ces pages de brouillon collectionnées depuis l’adolescence,tous ces petits carnets rangés précieusement dans son placard
    « Non ! le piège est trop énorme, je vais faire autre chose. Les choses ne sont pas toujours ce qu’elles sont, je vais changer de point de vue.
    Reprenons ! Elle est coincée sur une étagère. Ok. Entre un dico et un livre de cuisine. Qui cela peut-il être ? Elle est coincée, la métaphore du professeur, mère de famille, coincée entre son dico pour ces copies a corriger, et son livre de cuisine pour ses tâches quotidiennes. Bof ! Un peu court.  »
    Rapidement, l’idée apparu. Elle allait faire parler ce livre.
    Oui mais ce ne marche pas, le coach a écrit « elle ». Il faut trouver un objet féminin. Une lettre, une enveloppe, une carte postale… Non plus! Puisque l ‘objet a des pages. Une roman? Une catalogue? Très drôle! Direction le dictionnaire de synonymes. Elle chercha les synonymes de livre. Pas grand choix. Seulement Encyclopédie !
    Elle démarra son exercice de style avec cette idée, l’encyclopédie allait descendre de son étagère et vivre une seconde vie.
     »
    Cela fait des années qu’elle était coincée
    entre un vieux livre de cuisine et un dico écorné.
    Des années qu’aucune de ses pages n’avait été tournée, qu’aucun de ses mots
    n’avait enflammer quiconque.
    Un jour, pourtant…

    Alexandre la délogea. Il l’avait trouvé chez sa tante alors qu’il cherchait une recette de clafoutis à la rhubarbe.
    Quel bonheur d’être à nouveau à la lumière après des années d’enfermement sur une étagère! Faite d’une centaine de pages, enveloppée d’une couverture de moleskine, reliée d’une double piqûre de fil, elle était bâtie de plusieurs chapitres. Son auteur l’avait appelée du titre présomptueux : l’encyclopédie du bonheur et de la réussite.
    Alexandre l’ouvrit rapidement, la feuilleta, puis la glissa dans son sac. Si elle avait vu 2 minutes la lumière, c’était le maximum. Pas quoi la dépoussiérer ! Elle se consola en se disant qu’au moins elle allait changer de maison et d’étagères. Elle songeait avec espoir qu’un nouvel avenir allait peut être surgir.
    Le jour suivant, après une nuit entière passée dans ce sac, entre un mac et une chemise cartonnée. Elle revit le jour.
    Alexandre s’était installé dans son bureau assis à son table de travail, il l’avait ouverte par la dernière page.
    « Quelle drôle d’idée de commencer par la fin » se dit l’encyclopédie. « Mais en même temps, je n’ai jamais eu d’ordre, mon auteur m’a conçue sans début et sans fin, tout le monde m’a toujours lu au hasard, sans jamais prendre le temps de me lire en entier. »
    La dernière phrase était sibylline : « Aucune encyclopédie ne pourra remplacer votre instinct, une seule règle prévaut : soyez bienveillant et le bonheur deviendra un jeu d’enfants! »
    Et vlan! elle se retrouva fermée aussi sec. Un peu trop violemment à son goût d’ailleurs. Sa reliure n’était pas de la première jeunesse, et cela lui tiraillait les pages.
    Ne pouvait-on pas la traiter avec douceur ? Elle resta fermée sur ce bureau, une bonne partie de l’après-midi. L’endroit était calme, et de temps en temps le soleil venait lui chauffer la couverture. Elle eu le temps d’observer la pièce dans laquelle ce malotru l’avait délaissé. Un petit bureau bariolé aux papiers peints clinquants jaune d’or et vert. Deux bibliothèques montaient vers le plafond. Quelle hauteur!
    Il y avait au moins trois mètres. Des livres et des livres alignés tout droits, par taille et par couleurs!
    Elle se demanda à quel étage son nouveau propriétaire allait choisir de l’installer.  »

    …..bla bla bla l’histoire se poursuit sur l’épopée magique de la vie d’une encyclopédie.

    Elle était ravie, en trois jours. Elle avait relevé le défi et trouvé le temps d’écrire. Entre un footing les devoirs des enfants, le boulot et le linge… Elle avait trouvé le temps.
    Elle s’était bien poilée car quoi de plus marrant que de donner la parole et la vie aux objets!

    A bientôt
    pour de nouvelles aventures!

  10. virginie dit :

    Cela fait des années qu’elle était coincée entre un vieux livre de cuisine et un dico écorné.
    Des années qu’aucune de ses pages n’avait été tournée, qu’aucun de ses mots n’avaient enflammé quiconque.

    Un jour, pourtant sa reliure fossilisée frémit. Sa peau de vache s’adoucissait en une couenne tendre et légère de poulette. Quelqu’un était là à côté d’elle. Elle respirait cette présence.

    Enfin, s’annonçait une étreinte qui augurait tant d’espérances endormies. Cette silhouette encore non identifiée, caresserait ses pages, accentuerait les courbes de ses lignes, donnerait le souffle de sa mélodie, se risquerait jusqu’au coeur des ses pages où le corps de son texte se languissait.

    Elle soupirait. Elle espérait. Elle voulait la visite de cette main. Elle l’exigeait silencieusement. Une curiosité charmante l’extirperait-elle de cette malédiction ?

    La bible des saints protecteurs de la ponctuation sombrait depuis des années dans un précipice léthargique. La confrérie du point virgule oublié, assisté de ses démons, acculait cette légende dorée au rayon des infirmes et des séniles, avant d’être recyclés en de pages innocentes.

    La jeune maudite se tourmentait. Tant de plumes dévoyées ! Tant de liés et de déliés noyés dans des effondrements d’idées ! Tant de lignes qui vrombissent sans respecter le code ! Las !

    Soudain, elle entendit un souffle. Elle reconnaissait une curiosité gourmande. Un être affamé s’approchait.

    Très vite, ses espoirs chavirèrent. Une souris qui ronronnait de borborygme se glissait entre elle et le vieux livre de cuisine. Décharné, le rongeur cherchait de quoi se mettre sous la dent. Mais les effluves de reblochon qu’exhalait le recueil culinaire avait fourvoyé le petit rongeur.
    « Je n’ai plus rien à grignoter »
    « Et moi plus personne ne fait le point avec moi! J’attends toujours la venue d’un rat de bibliothèque ! »

    Intriguée, la souris flairait sa voisine la plaintive. De son museau, elle balayait les particules verdâtres. Des pièces métalliques corsetaient les saintes protections de la ponctuation. Elles se trouvaient entre-crochets. La souris s’escrimait à dégager l’ouvrage. Bien trop frêle, elle gémissait.

    Excédé par ces stridences, le vieux dico écorné enrageait. Sa colère gonflait sa trame émacié. Ses quelques cellules de définition encore vivaces dynamisèrent ses pages musclées qui éjectèrent le saint livre.

    A terre, le recueil des saints patrons obstrua le chemin d’un passant. Une main allait-elle se tendre ? Le point-virgule songeait déjà à s’interroger sur lui-même !

    Amicalement,

    Virginie

  11. ourcqs dit :

    Cela fait des années qu’elle était coincée entre un vieux livre de cuisine et un dico écorné.Des années qu’aucune de ses pages n’avait été tournée, qu’aucun de ses mots n’avait enflammé quiconque.Un jour, pourtant…
    des petites mains curieuses essayèrent de récupérer cette boîte façon livre relié qui tentait de cacher son jeu. Oh surprise !! des lettres enrubannées, des cartes de voeux brodées, des cartes postales i! un trésor !! Les pages remplies d’une écriture élégante, pleins et déliés parfaits, encre bleutée légèrement passée, avec quelques fleurs séchées, entraînaient dans un autre siècle, dans la vie intime des ancêtres. Pas de débordements de langage, pas de grandes envolées lyriques, mais beaucoup d’émotions avec des mots justes, tendres. Ces bristols aux dessins naïfs avec roses et violettes, pour des souhaits plus ou moins humoristiques, ces faire-part traditionnels … toute une époque. Mélancolie, quand tu nous tiens ….

  12. Cela fait des années qu’elle était coincée entre un vieux livre de cuisine et un dico écorné. Des années qu’aucune de ses pages n’avait été tournée, qu’aucun de ses mots n’avait enflammé quiconque.
    Un jour, pourtant elle sentit quelque chose d’étrange, à la fois doux et griffu, frôler, puis agripper sa vieille reliure. Paniquée, ne trouvant aucunement le moyen de résister, elle ne put que céder à cette emprise volontaire et se retrouva nez à nez avec un chat !
    C’était une bête mafflue, ronde et grise, à laquelle il manquait la moitié de la moustache : une créature hybride entre une vieille charentaise et une pelote de laine un peu usée. Mais ce n’est pas cela qui l‘étonna, ni même les gros yeux fixés sur elle, dont l’un était jaune comme le soleil et l’autre d’une belle teinte mentholée ; non ! Ce fût le sourire qui étira d’une joue à l’autre, la ronde face poilue ! Parole d’anthologie, elle n’aurait jamais imaginé se retrouver un jour en présence du Chat de Chester ! Comme s’il avait deviné ses pensées, le chat cligna de l’œil et murmura : non, je ne suis pas lui, ni même son cousin ou le chat botté, moi, je suis juste moi, le chat. Vous permettez ? Je voudrais juste retrouver quelque chose …
    Et la faisant pivoter sans façons, il entreprit délicatement, du bout aiguisé de sa griffe, de tourner ses vielles pages. C’était une sensation incongrue à mi- parcours du chatouillement érotique et du grattement douloureux et elle sentit une forme de frémissement, d’ondulation, vibrer doucement depuis sa tranche jusqu’à sa quatrième de couverture, ainsi que son signet rouge serpenter mystérieusement tout seul entre ses pages de vieux vélin. Au bout d’un moment qui lui parut trop court, le chat se figea, ses yeux vert et or fendus de cette mystérieuse et impénétrable porte noire qui singularise tous les regards félins, et devant lesquels, comme tout un chacun, elle s’arrêta. Un bruit doux, léger puis plus intense, monta dans le silence de la pièce endormie de chaleur. Etonnée, elle guetta, puis, tout à coup, comprit : il ronronnait, assis sur son derrière, sa grosse patte gauche marquant un rythme invisible. Et puis, d’abord murmurante puis plus assurée, la voixdu chat scanda comme pour elle-même :
    Cette voix qui perle et qui filtre
    Dans mon fonds le plus ténébreux
    Me remplit comme un vers nombreux
    Et me réjouit comme un filtre
    Charmée, elle se laissa bercer par ces vers d’un autre temps et leur musicalité si fluide ; comme elle aimait ça ! Le dernier ver sonna comme un triomphe, et puis le chat, la laissant choir brusquement sur la table, s’exclama : Ca, c’est de la poésie ! Et dans un bond qui laissa entrevoir en éclair la crème blanche et dodue de son ventre, il s’échappa d’un bond par la fenêtre ouverte, tandis qu’elle reposait là.

  13. patricia dit :

    Cela fait des années qu’elle était coincée entre un vieux livre de cuisine et un dico écorné. Des années qu’aucune des pages n’avait été tournée ,qu’aucun de ses mots n’avait enflammé quiconque …
    Un jour pourtant ,elle tomba des nues. le vieux livre de cuisine lui dit: »il est temps ma belle que tu revives dans le cœur d’un homme aussi je te propose avec mon vieux copain le dico de te décoincer ; tes belles lignes vont plaire et vont enflammer plus d’un sur cette terre »
    « nous avons fait notre temps et nous n’intéressons plus personne car tu les vois tous s’affairer devant l’ordinateur pour trouver les dernières recettes culinaires ou les nouveaux mots branchés « .
    « nous n’avons plus rien à faire sur cette terre! » acquiesça le dico un peu bougon
     » toi, tu apportes du rêve , du mystère, de la fantaisie , de l’inattendu ; dans chacun de tes mots se cache une intention ou une émotion ; En toute liberté , tu as donné ton cœur enflammé ; tu as dansé tes mots et tes pages se sont remplies de cette joie d’écrire ;comment peux tu rester lettre morte? nous allons appeler notre amie la cloche pour qu’elle rappelle tes fidèles ; il ne faut pas que l’on t’oublie, tu es essentielle à la vie de chacun par ta sensualité et ton rire »
    « merci » leur dit la belle , » c’est vrai que j’ai envie de vivre dans le cœur de celui qui saura me découvrir; je n’oublierai pas votre chaleur et votre amitié et puis , rien n’empêche que je revienne vous voir vieux dico avec mes maux car tout ne sera pas rose ! et piocher quelques recettes de cuisine chez toi mon ami pour contenter mon lecteur
    Adieu, mes amis , mon heure de liberté a sonné …

  14. Antonio dit :

    Un jour pourtant, une main s’est arrêtée dessus. Personne ne peut imaginer le frisson dans toutes ses pages qui l’a parcourue.
    Elle avait chaud tout d’un coup sous sa couverture. Elle l’aurait bien enlevée, l’idée même que cette main ose le faire à sa place lui a traversé l’esprit. Les doigts n’en finissaient pas de glisser sur elle avec délicatesse. C’était excitant de sentir sous leur poids ces feuillets qui s’affaissaient.

    « Qu’on me prenne, qu’on me lise, j’ai besoin de m’ouvrir à quelqu’un, j’en peux plus ! »

    Quand elle sentit une forte pression et la sensation qu’elle s’envolait. Le vieux livre de cuisine à moitié endormi en tomba à la renverse sur le dico imperturbablement planté sur son arête.
    « Vous cherchez quelque chose, une définition ?
    – Euh, non… excusez-moi, je ne l’ai pas vue partir. Et vous ?
    – Ils sont venus la chercher. »

    Deux grandes mains de déménageurs la tenaient désormais fermement. Des longs doigts de pianiste la feuilletaient avec dextérité et non une certaine délectation de la part d’un index qui la faisait mouiller toutes les trois pages.
    Puis voilà que le doigt expert s’est mis à accélérer cornant chaque page sans ménagement.

    « Oh, doucement, doucement ! … Ne nous emballons pas, reprenons au début mon grand ! »

    Puis les mains s’arrêtèrent net sur une page, mettant à l’index un mot, une phrase. Le doigt voluptueux devint accusateur, le plaisir laissa place à la peur, la musique douce grinçait désormais en son coeur.

    La page fut arrachée, elle crut mourir. Elle fut juste sonnée quand les autres pages se sont refermées sur elle sous l’effet d’une claque brutale de ces mêmes mains qu’elle voyait tantôt exquises.

    Quand elle eut repris ses esprits, elle se retrouva dans un carton, serrée comme une sardine au milieu d’autres ouvrages en piteux états, à moitié déchirés dont les mots éparpillés résonnaient dans un même silence.

    Elle n’osa pas demander où ils allaient tous. Elle savait que personne ne lui répondrait, que personne ne savait.

  15. danielle 78 dit :

    Cela fait des années qu’elle était coincée entre un vieux livre de cuisine et un dico écorné.
    Des années qu’aucune de ses pages n’avait été tournée, qu’aucun de ses mots n’avait enflammé quiconque.
    Un jour, pourtant…elle sentit un regard insistant sur son dos, les vieilles lettres dorées de son nom étaient un peu effacées. Elle comprenait bien qu’il était difficile de les déchiffrer. Elle n’avait pourtant que cette promesse pour donner envie de la tirer de cette étagère, devenue cimetière.
    Elle se souvenait avec nostalgie du temps où Lydie, Renée, André, Louis et surtout la petite Lucie la saisissaient avec envie, l’emportaient dans leurs bras, l’installaient gentiment sur leurs genoux et feuilletaient lentement ses pages. Elle en gardait des traces de doigts, de cornes pour marquer l’arrêt de sa lecture, comme des rides heureuses du temps où elle était aimée, regardée, caressée.
    Le regard de l’inconnu a laissé place au chaud contact d’une main enfantine puis le frottement oublié au contact des ses compagnons d’infortune lui fit retrouver un frisson délicieux. Le vieux livre de cuisine lui souhaita bon voyage et le dico encore tout gonflé de son orgueil la toisa, dépité d’être ignoré. Le voyage recommençait pour elle avec un bonheur qu’elle avait cru révolu. Le petit garçon, encore sans nom, se plongea dans le mystère de ses pages : une édition originale d’Alice au Pays des Merveilles…

  16. Janine dit :

    Un jour pourtant, un enfant est entré dans le grenier où plus personne ne montait. Entre le vieux livre de cuisine et le dico écorné, c’est ce livre qu’il a choisi, avec l’assurance de celui qui sait. Ce livre était pour lui et n’attendait que lui pour revivre. L’enfant avait pourtant du mal à déchiffrer les mots, mais les comprenait tous. Il voyait les rivières, la mer, la douceur de vivre de ce paradis perdu. Il imaginait ce pays où coule le lait et le miel.
    C’est ainsi qu’il découvrit la Bible qui ne le quitterait plus.

  17. durand dit :

    Le mot de la faim.

    Cela faisait des années qu’elle était coincée entre un vieux livre de cuisine et un dico écorné. Des années qu’aucune de ses pages n’avait été tournée, qu’aucun de ses mots n’avait enflammé quiconque.

    Un jour pourtant, elle glissa, tomba. Brigitte la regarda virevolter, se poser sur sa pantoufle, attendre. Elle n’était plus à une minute près. Brigitte secoua sa charentaise et le papier s’étala sur le pavé glacé.

    Elle se saisit du balai, réflexe ancestral pour ramasser les déchets, éjecter les présences masculines de sa cuisine. Mais la double feuille jaunie l’attira. Elle la recueillit, s’assit à la grande table.

    De toute évidence, c’était une facture. C’était le bordereau 272 de la facture 56168 émise par Henri Martin, boucher, rue des veaux. Mais la facture était vierge. Pas une écriture, pas un arrondi de chiffres, rien.

    Brigitte songea à son père, mort au front, à ses 5 frères.

    Elle comprenait enfin sa résistance à avaler les tranches de foie quotidiennes rapportées par sa mère.

    Les frères eux avaient bien grandi. Ils avaient dévoré de l’abat sans trop se poser de questions.
    Trois d’entre eux, d’attaque pour la guerre suivante y laissèrent toute leur tripe.

    Sur l’autre feuillet étaient juste griffonnés au crayon gras rouge quelques mots : « Comme d’habitude, derrière le lavoir »

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