Exercice inédit d’écriture créative 278

timbreIl était une fois, une enveloppe qui languissait dans un tiroir. Longtemps, elle avait rêvé d’être oblitérée par un grand et beau timbre, puis jauni sous l’effet de l’âge.
De la vie épistolaire elle n’attendait plus rien,
même pas un timbre à petite vitesse.
Un jour, cependant…  

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28 Responses

  1. luxury bio dit :

    Il était une fois, une enveloppe qui languissait dans un tiroir. Longtemps, elle avait rêvé d’être oblitérée par un grand et beau timbre, puis jauni sous l’effet de l’âge. De la vie épistolaire elle n’attendait plus rien, même pas un timbre à petite vitesse.
    Un jour, cependant, on avait décidé que le temps était venu pour elle de prendre retraite de sa solitude sombre et totale. Déposée sur un bureau, elle tressaillait, tressautait à l’idée d’être expédiée vers de nouvelles terres inconnues, d’ailleurs tout lui était inconnu depuis son compartiment opaque. Elle serait aux prises des mains, celles qui allaient l’expédier, celles qui l’achemineraient et celles qui la recevraient. Elle rêvait à ces enveloppes heureuses, conservées avec soin qui portaient des missives enchantées et que l’on gardait précieusement pour y jeter un œil régulièrement. Parfois, l’enveloppe était gardée sous l’oreiller, posée sur un cœur nostalgique, elle pouvait aussi recevoir des larmes de joie.

    Un rayon de soleil transperçait la vitre embrumée pour ensuite s’effondrait sur le lit lactescent et légèrement cotonneux de l’enveloppe. Elle découvrait la douce chaleur d’un soleil posé sur elle, elle humait l’air ambiant boisé par les couches de cires appliquées sur les meubles et l’immense bibliothèque qui recouvrait entièrement les murs. Elle faisait enfin connaissance avec son environnement qu’elle avait tant espéré et imaginé du fond de ses abymes obscurs et clandestins. A côté, posé sur la table, une petite lampe trônait vaillamment majestueuse comme un phare, elle surplombait les éléments de papier sur lesquels elle disperserait sa flamme survoltée. Survoltée, voilà ce qu’était l’enveloppe en voyant pénétrer dans la pièce celui qui griffonnerait un nom, un lieu, celui qui lècherait son dos pour la rendre secrète, confidentielle. Elle se payait le luxe d’être parfumée, elle était attendue à l’autre bout de la France. Elle avait la primeur de la confidence, on la réquisitionnait pour apporter la nouvelle, la révélation et au passage un peu de chaleur, beaucoup d’amour, quoi de plus noble pour une enveloppe ? Elle était fière de porter en elle la lettre qui révèle l’attachement de l’expéditeur envers la destinataire.

    D’un seul coup elle sentit les lettres et les mots se mélangeaient dans son ventre de papier, tournaient, tournoyaient, virevoltaient. Le vent soufflait pour annoncer la tempête et la fenêtre lui avait offert tout loisir d’haleter au milieu des livres. L’enveloppe ne pouvait ni se mettre à l’abri, ni se cramponner et le vent avait fini par l’emporter dans les airs comme pour la chasser. Elle voulait crier au lieu de cela elle se froissait, elle allait peut-être même se déchirer. Une fois la bourrasque passée, elle s’était retrouvée dehors, sous les feuilles des arbres d’automne. Feuille parmi les feuilles, elle était devenue vagabonde et s’en irait au gré du vent d’un endroit à l’autre soulevée par l’humeur du ciel.

  2. matteo dit :

    Il était une fois, une enveloppe qui languissait dans un tiroir. Longtemps, elle avait rêvé d’être oblitérée par un grand et beau timbre, puis jauni sous l’effet de l’âge.
    De la vie épistolaire elle n’attendait plus rien,
    même pas un timbre à petite vitesse.
    Un jour, cependant elle fut surprise. Elle rencontra enfin un jeune timbre. tout cela bien sur n’arriva pas de maniere si simple…..
    Elle patientait dans son tiroir, sans espoir jusqu’a ce qu’elle aperçoive un grand monsieur, jeune et grand, beau comme une fleur à la rosée. Elle fut ravie par son parfum et tomba directement sous le charme. L’enveloppe jaunissante rougit sous ses beau yeux.
    elle dit « bonjour » timidement mais le timbre n’entendit d’abord pas. alors elle répéta « bonjour! » un peu plus fort et il l’entendit. Celui tourna les yeux et lui sourit timidement. ils se cherchèrent un peu puis se collèrent. Mais entre temps l’enveloppe avait pris de l’âge et lui était encore tout jeune.. alors la différence d’âge fut un frein à leur amour. un jeune un vieux. un frippé un gonflé. comment être sur la meme longueur d’onde? comment parler de la meme manière et envoyer en une meme enveloppe les memes poèmes amoureux et les memes cartes postales?
    cela fut long et pénible à régler mais bien vite l’amour vaincu tout. Ils restèrent collés jusqu’à la fin des jours et lorsqu’ils parvinrent chez un heureux destinataire l’enveloppe fut toute heureuse d’avoir accompli son destin…

  3. Emmi A dit :

    Il était une fois, une enveloppe qui languissait dans un tiroir.
    Longtemps, elle avait rêvé d’être oblitérée par un grand et beau timbre, puis jaunie sous l’effet de l’âge.
    De la vie épistolaire elle n’attendait plus rien, même pas un timbre à petit vitesse.
    Un jour, cependant alors qu’elle se remémorait sa vie, elle fut saisie… Saisie par les mains fermes et
    ferventes d’Albert qui la conservait depuis des lustres dans le tiroir du secrétaire.
    Des lustres aussi qu’elle n’avait pas ressentie ça… depuis au moins sa sortie de l’usine d’enveloppe, quand Hubert, ouvrier première classe, pliait amoureusement le papier et que Géraldine badigeonnait tendrement la colle sur la languette d’ouverture. Et c’est dire si c’était il y a longtemps… elle et son lot de neufs copines étaient estampillées de 5 francs ! Elle avait vu le changement à l’euro mais n’avait jamais réussi à calculer sa nouvelle valeur…

    Elle se disait d’ailleurs que c’était pour ça qu’elle croupissait toujours entre le mini tournevis en métal « je fais tout », une vieille pièce de vingt centimes et une pastille, ni blanche ni grise, égarée au fond du tiroir qui respirait la menthe… Elle devait valoir comme tout ça… une valeur inestimable qui empêchait son départ…

    Elle se souvient d’ailleurs avoir vu passer une vie par chez elle… Les histoires d’amours des autres enveloppes, celles qui passaient par le tiroir et qui finissaient dans un carton à souvenir, celles qui avait vu parfois le monde au travers de bicyclette, voiture ou avion, celles qui retenaient plein de déclarations en elles toutes défroissées et parfumées, roses ou orangées… ou encore celles plus malheureuses empreintes de ruptures, légèrement gondolées par les larmes du courrier…

    Elle avait aussi vu passer les administratives : droites dans leurs feuilles, fenêtre bien positionnée présentant fièrement nom et adresse sans aucune intimité, et qui narguait souvent Albert dont la motivation au déballage de facture était fluctuant… et par conséquent supportant la cohabitation avec des rabats-joie au discours de neutralité !

    Elle, elle était sans doute celle qui était la roue de secours : on en aura peut être besoin un jour, c’est réconfortant là savoir ici, mais quand même… si on peut ne pas l’utiliser tout de suite…. Ni plus tard…
    Mais là elle le savait, elle le sentait… c’était son grand jour. Elle n’avait jamais autant ressentie son importance… Sous les doigts hasardeux mais quelque peu affirmés d’Albert quelque chose de sérieux et de déterminant se tramait…
    Une belle feuille nacrée manuscrite à l’encre de chine glissa contre ses parois légèrement sèches et un timbre de collection au dessin indatable qui n’eut sans nul doute connu que le francs napoléoniens, orna prodigieusement son front…. La fermeture délicate du rabat par une petite pastille lui évita de supporter la rugosité de la vieille colle au goût d’acidité bizarrement sucrée et lui évita aussi l’éventualité d’une éventration barbare à papier arraché…

    Eh oui, Albert avait franchi le pas… Il demandait sa main à Marguerite !
    Et si, belle enveloppe qu’elle était, elle avait passé sa jeunesse cachée à l’ombre d’un bureau, elle allait finir sa vie dans un cadre accroché dans le salon, face au secrétaire, appartenant maintenant à l’histoire, hors du temps, appartenant maintenant à une belle histoire d’amour…

  4. Peggy dit :

    Il était une fois, une enveloppe qui languissait dans un tiroir. Longtemps, elle avait rêvé d’être oblitérée par un grand et beau timbre, puis jauni sous l’effet de l’âge. De la vie épistolaire elle n’attendait plus rien, même pas un timbre à petite vitesse.
    Un jour, cependant,

    Une main ouvrit le tiroir, une bouffée de liberté s’engouffra.

    La femme avait bien vieilli. Elle le comprit à la main ridée et tachetée de petits points rouillés. Elle la reconnu par le doigt qui gardait encore la cicatrice d’un pincement qui la fit hurler de douleur. Elle eut si mal ce jour là qu’elle différa l’envoi de l’enveloppe N°23. C’est ainsi que dans le tiroir on sut ce qui était arrivé.

    L’enveloppe N°24, la dernière, faisait partie des deux paquets choisis pour leur couleur parme et leur parfum de lavande. Elle se souvenait de la voix envoûtante de cette femme. Il y avait tant d’années déjà…

    Lorsqu’une d’elles partait, oblitérée avec un des magnifiques timbres qui partageaient le tiroir, celles qui restaient inventaient des histoires fabuleuses puisque jamais aucune d’elle ne revenait raconter leur aventure.

    Que s’était-il passé pour qu’elle soit restée la seule et l’unique à ne pas partir ? Le dernier, le plus beau timbre, celui qu’elle préférait, celui qui lui aurait permis de convoler et partir en voyage de noce avait été oblitéré sur l’avant-dernière enveloppe. Celle qui était juste au-dessus d’elle.
    Puis la femme : « Tante Éléonore ! Oui c’est ça ! Se souvint-elle. Elle avait souvent entendu des voix d’enfants l’appeler ainsi ». Tante Éléonore n’avait plus jamais écrit. Toutes les deux étaient restées seules. L’une avait vieilli l’autre jauni.

    Parfois Tante Éléonore, plongeait sa main dans le tiroir et la caressait mais ce geste de tendresse, petit à petit ne se reproduisit plus.

    Le parfum s’évapora par manque d’amour, la couleur parme s’affadit.

    Or aujourd’hui, cette main ridée dans le tiroir redonna de l’espoir à l’enveloppe abandonnée.

    Il y eut un moment de panique lorsqu’elle sentit Tante Éléonore se raviser, refermer le tiroir. Mais elle l’ouvrit à nouveau et la sortit de ce tombeau où elle s’étiolait depuis tant d’années.

    L’enveloppe se demandait ce qui allait lui arriver.

    – Allez viens, je vais te libérer, tu es déjà toute jaunie à force d’attendre. J’ai espéré en vain t’envoyer. Alors aujourd’hui tu pars, pour un grand voyage sans aucun message puisque je n’ai plus personne à qui écrire. Je vais choisir au hasard une adresse du bout du monde. Je vais t’unir à un grand et beau timbre comme tu en rêves, je crois que je sais celui qui te plait ! Il n’excède pas le tarif petite vitesse. Ce sera le plus long voyage de toutes mes enveloppes. Cadeau de mariage ! Pense à moi de temps en temps.

  5. Miclaire dit :

    Elle l’entendit se plaindre « Mince alors, je n’ai plus que cette vieille enveloppe ! Chéri, n’aurais-tu pas, dans ton bureau, une enveloppe neuve s’il te plaît ? », « Non, désolé, il faudra en racheter aux courses ». Pourtant il lui aurait fallu une enveloppe neuve, bien blanche. La nouvelle était si importante. Il fallait que le contenant soit aussi élégant que le contenu. Elle aurait dû être davantage prévoyante, mais depuis qu’elle passait beaucoup de temps chez elle, elle l’était de moins en moins…Depuis quelques mois, faire des papiers et des démarches administratives l’insupportait. Tout était trop compliqué. Sans être nostalgique, elle se rendait compte combien tout était devenu si compliqué.
    Cette lettre qu’elle souhaitait envoyer aujourd’hui était si importante. D’abord fallait-il l’écrire, et la page, qu’elle avait déposée devant elle, restait tout aussi vierge et jaunie que l’enveloppe qu’elle avait trouvée. Pas une lettre, pas un délié n’y était encore tombé, sa plume restait muette. Comment allait-elle pouvoir lui dire ce qu’elle ressentait, après tant d’années ? Les souvenirs bougèrent en elle.
    Elle se rappela son métier. Elle était institutrice, très instruite pour l’époque. Elle avait été reçue au certificat d’études, puis à l’école normale, une femme maîtresse de sa vie et de son destin, enfin presque… Elle avait été la première femme du village à posséder une voiture. Elle n’était pas très grande, pas toujours souriante, mais elle l’adorait, du plus loin qu’elle s’en souvienne. Elle avait toujours été son modèle, l’avait toujours respectée et honorée à sa juste valeur.
    Elle aimait passer du temps avec elle lorsqu’elle était très jeune. Elle la revoyait mettant son tablier sur sa robe, pour ne pas la tâcher lorsqu’elle cuisinait. Il y avait aussi ces géraniums posés devant toutes les fenêtres, qui sentaient si bon lorsqu’elle les arrosait. Et toutes ces recettes succulentes qui la font encore saliver aujourd’hui. Elle était si bonne cuisinière.
    Le temps passe si vite…
    Ce qu’elle voudrait lui dire aujourd’hui, dans cette lettre, qu’elle n’enverra réellement jamais, c’est combien elle comptait pour elle, combien elle l’aimait, combien elle est présente chaque jour à ses côtés et comment elle est certaine qu’un jour prochain, elle la retrouvera là-haut, là-bas, peu importe l’endroit.
    Elle prit la plume, la trempa dans l’encre violette, comme l’aurait fait sa grand-mère adorée, à une époque lointaine, et commença ainsi « Ma mamie que j’aime… ».

  6. AB dit :

    Il était une fois, une enveloppe qui languissait dans un tiroir. Longtemps, elle avait rêvé d’être oblitérée par un grand et beau timbre, puis jauni sous l’effet de l’âge.
    De la vie épistolaire elle n’attendait plus rien,
    même pas un timbre à petite vitesse.
    Un jour, cependant…

    Aujourd’hui, c’est dit,
    – tu passes au remblais.
    En prononçant ces mots, Paule s’exprimait haut et fort mais, un voile chatouilla ses yeux. Pourtant, il le fallait. Il y avait trop d’années, presque six exactement qu’elle avait collé là, cet adorable petit secrétaire terriblement élégant mais qui ne rendait plus rien. Il était près de l’angle du mur de cette pièce du fond ainsi qu’elle l’appelait. Une pièce à tout et à rien, un lieu de passage où elle venait ranger, poser, chercher ce dont elle avait besoin. Et lui, le joli secrétaire, poussiéreux, faisait partie du décor comme s’il était entré dans le mur de même couleur. De cette façon, elle avait presque réussi à l’oublier, n’y prêtant qu’une sorte de regard rasoir afin de ne plus souffrir. Ne plus penser aux souvenirs, aussi doux puissent-ils être car elle savait qu’après la douceur, viendrait la douleur qu’elle ne maîtriserait plus.
    Cependant aujourd’hui, c’était décidé, enfin. Elle irait à sa rencontre, le vider, le dépouiller complètement pour le jeter et surtout vider ce passé qui était, elle le comprenait enfin, en elle, pour toujours et dont elle avait apprivoisé petit à petit la présence guérisseuse.
    Au bout de deux heures, une petite pile de papiers, cartes d’anniversaires, pubs qui pour l’époque devaient paraître « l’affaire du siècle » et tout un tas de babioles, bijoux fantaisies et étiquettes cadeaux qu’elle avait gardées « au cas où », s’amassaient parterre en un monticule salvateur.
    Elle regardait et en même temps respirait un air différent. Les arômes du passé se diffusaient sur elle et elle en respirait l’odeur avec plaisir. Toute la douleur qui lui avait pesé passait au tamis pour laisser enfin la place à la quintessence des souvenirs heureux, des souvenirs qui font du bien.
    Ses mains semblaient trop petites tant il y avait de notes et de lettres. Un souffle de bonne fatigue passa entre les lèvres de Paule, quand tout à coup une enveloppe récalcitrante resta coincée dans le petit tiroir intérieur. Paule tira et n’en crut pas ses yeux qui, pour l’instant restaient ronds et figés. Elle n’osait pas y croire, son cœur se mit à battre et soudain des petits marteaux lui frappaient les tempes.
    – C’est impossible, mais c’est impossible. Je ne l’ai pas envoyée ? Mon Dieu, qu’ai-je fait ?
    L’enveloppe était neuve, juste froissée par elle aujourd’hui. Pas de timbre, un nom, une adresse sans code postal.
    Paule maudissait ce caractère laxiste qu’elle avait toujours eu, mais aujourd’hui elle en payait lourdement le prix. Sans doute, avait-elle eu besoin de connaître le code postal exact du petit village d’Irlande, auquel était adressé le pli, elle avait dû le poser sur le secrétaire qui avant, se trouvait dans l’entrée, et puis, un oubli, une maladresse, le pli avait pris la place que le destin lui avait donné, ici, à l’intérieur de ce tiroir, dans ce secrétaire. Les caprices de la vie et le hasard des choses avaient décidé pour Paule. Ainsi, elle comprenait, les silences de l’autre, l’abandon qu’elle ne pardonnait pas, enfin l’amitié de cette amie, qu’elle avait cru perdue. Evidemment, elle n’avait pu recevoir cette lettre, ses explications, la demande de pardon de la part de Paule à son amie qui était partie si loin d’elle.
    – Peut-être, aurai-je dû persévérer ? Aurai-je dû lui demander pourquoi elle ne m’absolvait pas ?
    Tant d’années avaient passé et Paule essayait de guérir d’autres passages de vie. Mais, cette enveloppe froissée, peut-être, cette enveloppe froissée, pourrait-elle être la clé d’un nouveau bonheur ? Une couture réparatrice sur la trame de leur vie à toutes les deux. Qu’était-elle devenue cette amie perdue? Il n’y avait qu’une solution, une seule qui réparerait l’erreur, justifierait cette déception d’amitié. La renvoyer, pourquoi pas ?

  7. Christine Macé dit :

    Ce matin, la maison raisonne d’un inhabituel raffut. Une agitation à vous donner le tournis. Nul n’ignore que le printemps est propice au grand nettoyage : le pire serait d’en faire les frais et de finir au rebut avec les vieux journaux !
    Enfin, tout se calme. Le maître s’assoit à son bureau et commence à écrire, ne levant le nez que pour chercher l’inspiration ou le bon mot. On chuchote qu’une jeune dame aurait annoncé sa prochaine venue. Débordant d’enthousiasme, il veut, dès le lever, lui répondre.
    Il se relit, une fois, puis deux, et enfin satisfait, me confie sa précieuse missive. Avec application, il écrit le nom de la destinataire et colle un joli timbre. Mon préféré, celui avec les fleurs.
    Pour moi, c’est le début du grand voyage.
    Au coup de sifflet du chef de gare, je frissonne. Le train s’ébranle pour la capitale où la halte sera brève avant de rejoindre, par la campagne et sur le vélo du préposé, le domicile de l’aimée.
    Assise au jardin, à l’abri des regards, elle me regarde, me soupèse, me tourne et me retourne, se délectant par avance des mots doux de son soupirant.
    Un autre tiroir m’attend. Mais ici, point de disgrâce. Je rejoins les autres billets doux qu’elle a délicatement rassemblés avec un fin ruban de soie. Me voilà désormais promue à l’état de souvenir heureux. Et lorsque la demoiselle aura vieilli, je gagerai qu’elle viendra parfois me relire pour se rappeler ses belles amours fanées.

    Bonne semaine, Christine

  8. francoise dit :

    Il était une fois, une enveloppe qui languissait dans un tiroir. Longtemps, elle avait rêvé d’être oblitérée par un grand et beau timbre, puis jaunit sous l’effet de l’âge.
De la vie épistolaire elle n’attendait plus rien,même pas un timbre à petite vitesse.
Un jour, cependant elle fut entrouverte par une main féminine lui sembla-t-elle qui en sortit 7 confettis puis la reposa dans le tiroir.
    Oh çà alors murmura Zoé,la propriétaire de la main.Emue elle s’assit sur la moquette. Elle joua avec ces confettis et se remémora.C’était le 7.7.1977, elle avait rendez-vous à 7 H du matin avec 7 copains pour se dire au revoir, les vacances étant finies ; mais hélas elle ne se réveilla pas et partit à 17H dans la voiture familiale et plus jamais elle n’en eut de nouvelles (à cette époque il n’y avait pas de portable et ses parents n’avaient même pas de fixe). N’était-ce pas ces amis qui avaient déposé cette enveloppe qui avait été jetée négligemment dans ce tiroir. Cela faisait donc 27 ans.Qu’étaient-ils devenus ? Pourquoi avaient-ils mis chacun un confetti ? Elle avait un peu flirté avec les sept sans attirance particulière. C’était le bon temps, le temps de l’insouciance ; ils avaient à peine un peu plus que l’âge de raison.
    Il fallait qu’elle les retrouve ; avec internet ce devrait être facile . Et en effet ce le fut ! Et c’est ainsi qu’ils se donnèrent rendez vous sur la plage de leur enfance le 7.7 à venir. Pour se rencontrer ils devaient porter un tea-shirt avec le chiffre 7.
    Le jour J arriva . Il faisait un temps à décorner les bœufs ; malgré tout il y avait beaucoup de vacanciers sur la plage mais tous étaient vêtus d’un imperméable jaune de marin. Pas moyens de s’identifier. Déçus,chacun rentra chez soi.
    Au téléphone ils se promirent de se revoir le 7 juillet de l’année prochaine.
    Quelques jours plus tard, Zoé prit l’enveloppe jaunie dans le tiroir , écrivit une lettre dans laquelle elle disait à son ami qu’après mûre réflexion elle revenait par le train de 17 H, le 7 du mois , la glissa dans l’enveloppe mais elle oublia de l’oblitérer…..Celle-ci se retrouva avec de nombreuses enveloppes, de toutes les couleurs sans timbre dans un débarras. Elle regretta amèrement son tiroir. Et Zoé trouverait-elle quelqu’un à la descente du train. Elle imagina le pire avec délectation, n’était-ce pas à cause d’elle qu’elle n’était plus unique……

  9. Joailes dit :

    Il était une fois, une enveloppe qui languissait dans un tiroir. Longtemps, elle avait rêvé d’être oblitérée par un grand et beau timbre, puis jauni sous l’effet de l’âge.
    De la vie épistolaire elle n’attendait plus rien,
    même pas un timbre à petite vitesse.
    Un jour, cependant…
    Un petit facteur un peu timbré, asiatique de surcroît, ouvrit le tiroir et la trouva belle.
    Il apprécia aussitôt sa texture et sa couleur.
    Alors, il l’emmena chez lui et la disposa délicatement dans son album de timbres oblitérés, qu’il collectionnait depuis fort longtemps. Il la contempla avec amour.
    Il se pencha et déposa un baiser sur son rabat.
    L’enveloppe s’ébroua, comme au sortir d’un très long sommeil, et sourit. Pleine de reconnaissance, elle se transforma en une ravissante jeune fille.
    L’amour peut tout. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup de bonheur.
    J.E.

  10. Clémence dit :

    Il était une fois, une enveloppe qui languissait dans un tiroir. Longtemps, elle avait rêvé d’être oblitérée par un grand et beau timbre, puis jauni sous l’effet de l’âge.
    De la vie épistolaire elle n’attendait plus rien, même pas un timbre à petite vitesse.
    Un jour, cependant…

    Il ne faisait pas toujours bon de vivre en cette période, dite héroïque. Les marteaux tapaient sans cesse sur les enclumes et la tempête faisait rage dans les cœurs tourmentés.

    Un soir de clair de lune, je vis sa silhouette massive, effondrée sur un banc et secouée par les sanglots d’adieux déchirants. Il était pathétique. Je fis de mon mieux pour le consoler, pour lui apporter un brin de fantaisie…

    Et la magie opéra.
    Il se mit à écrire. A la lumière du jour, à la lueur des bougies.
    Sa plume grattait le papier sans fin. Les ratures se faisaient parfois nombreuses, trop nombreuses.
    Alors, des larmes de rage zébraient ses feuillets et ses poings s’abattaient sur la table.
    Il chiffonnait, il déchirait, il jetait, puis recommençait.
    D’un style tantôt classique, tantôt romantique, il racontait la vie, les splendeurs de la nature, les guerres, les victoires et les défaites. Sa plume courait de plus en plus vite, traçant les destins, les passions, les ambitions, l’amour sublime, les désillusions sentimentales…

    De jolies femmes, parfois inaccessibles, enflammaient son cœur.
    Il écrivait les plus belles pages.
    Mais le bonheur intemporel semblait le fuir, désespérément.
    Alors, il écrivait les plus belles lettres.

    Un soir de grand sentiment, je l’observais du coin de mon coffret. Il tendit la main et me saisit. Je frémis d’importance. Il me posa devant lui et me caressa doucement. D’une main ferme, il saisit sa plume, la trempa dans l’encrier et calligraphia l’adresse de l’élue de son cœur.
    Et puis, plus rien.
    Il déposa sa plume. Il me prit entre ses doigts. J’étais suspendue à son souffle…
    Il se leva et se dirigea vers la fenêtre. Je le voyais debout, les mains croisées dans son dos. Il était dans son rêve.
    J’attendais.
    J’attendais qu’il revienne près de sa table,
    J’attendais ce moment où il lèverait la main,
    J’attendais ce moment sublime où il prendrait sa plume,
    J’attendais ….
    La fenêtre s’ouvrit brutalement, un vent sauvage me propulsa dans les airs avant de me souffler dans un tiroir béant. Étourdie et sonnée, mais pas encore timbrée.
    Je me languissais de savoir ce qu’il avait écrit à sa bien-aimée lointaine. Je ne le sus jamais car il oublia mon existence.
    Bagatelle, me dis-je pour me consoler…alors que le monde entier s’émerveillait de cette déclaration d’amour. Sa lettre à Élise.

    © Clémence.

  11. Nadine de Bernardy dit :

    Un jour cependant,une main féminine la découvrit dans un tiroir.
    « Mon dieu,elle était donc là,murmura une vois tremblante d’émotion. »
    Des larmes vinrent délayer l’adresse inscrite sur l’enveloppe jaunie.
    « Pauvre chéri,comme il a dû espérer! ».
    Donc c’était à cause d’une étourderie que la vieille chose n’avait jamais connu son heure d gloire, la caresse ferme et virile d’un tampon sur ce grand et beau timbre collée sur son coeur,en haut à droite.
    Quelle injustice,ses propres espoirs anéantis par le manque d’organisation d’une jeune écervelée.Fi,la sotte.
    Et cet homme,qu’avait-il dû ressentir!
    Elle s’en sentait solidaire ,un autre abandonné en quelque sorte.
    Voilà qu’au dessus d’elle, la femme sourit à présent,Elle prend une feuille de papier,écrit quelques lignes avec fébrilité ,glisse cette feuille et la vielle enveloppe dans une plus neuve , inscrit l’adresse dessus, y pose ses lèvres, et colle un timbre à la va-vite.Après tout que risquait-elle?
    A l’intérieur,coincée ,malmenée,il y en a cependant une qui clame son indignation:
    « Quoi,c’est une autre qui allait réaliser son rêve?Récolter la gloire, peut-être, d’un amour retrouvé?
    De désespoir,elle mit fin à ses jours en se désintégrant spontanément entre les plis de la feuille qui l’enveloppait.

  12. oholibama dit :

    Il était une fois, une enveloppe qui se languissait dans un tiroir.
    Longtemps, elle avait rêvé d’être oblitérée par un grand et beau timbre,
    puis jauni sous l’effet de l’âge.
    Devant déménagée Hélène était bouleversait par ce vide qui se faisait autour d’elle…
    Elle poussa un énorme soupir. quelle désolation vraiment,les larmes perlèrent aux
    coins de ses yeux gris et, une petite rougeur emplit son front. Que de souvenirs se tenaient tapis dans tous les coins de cette vaste et belle maison.
    Comment faire comprendre à Georges que son coeur ,palpitait encore pour le beau et insensible
    Maxime. Comment l’oublié! Lui si insolent, elle si sensible, ils n’étaient pas fait pour se rencontrer… mais le destin si cruel parfois, se joua des deux jeunes gens.
    Hélène si délicate avait presque succombé aux avances plus que déplacées de Maxime…
    Mais son côté terre à terre, lui avait fait comprendre le danger d’un tel laisser aller.
    Elle ne succomba pas et cela renforça le désir de Maxime pour cette belle fleur des champs.
    Il lui fit une cours assidue et si la guerre n’était pas venue…ils se seraient mariés.
    Mais, la cruauté du destin mit un terme à leur relation. Ils s’écrivaient si souvent, ils s’avouaient leur amour, par de beaux poèmes, si délicats que d’aucun se pâmerait en les lisant. Maxime fut blesser, les lettres se firent plus rares…
    Georges démobilisévint rendre visite à Hélène et aux fils des jours, il s’épris de cette douce demoiselle.
    il garda pour lui les lettres écrites par Maxime, ainsi, Hélène doucement se laissa
    non pas séduire car, son coeur ne lui appartenait plus depuis longtemps; mais…elle se laissa courtisée et pour Georges se fut un miracle lorsqu’ Hélène accepta de l’épouser.
    Fier de lui, gardant enfoui son vil secret Georges et Hélène vivaient en Harmonie, puis…Georges changea de poste, et pour cela, il devait aussi changer de ville d’ou le déménagement qui mettait le coeur d’Hélène au bord de la syncope. Vidant son vieux tiroir, elle fut émue d’y trouver une vieille lettre, la dernière qu’elle avait écrite à Maxime et que sa douleur d’alors l’avait empêché de poster.

    Machinalement, elle l’ouvrit et relue avec tendresse les mots jetés sur cette douce feuille blanche. Elle referma le tout, inscrivit sa nouvelle adresse et dans un élan de folie , elle partie sans chapeau, sans gants et sans sac pour postée cette lettre du passé. Heureusement pour Hélène le postier la reconnue et riant de moitié lui avança le timbre. Un beau et grand timbre qui valorisait le monde
    végétal, une splendeur. Heureuse Hélène le remercia et lui promis de s’acquitter de sa dette avant de partir. Trois mois passèrent et Hélène et Georges étaient installés dans leur nouvelle résidence quand, la cloche sonna…Georges en tenue décontracté alla ouvrir.
    Sur le visage de Georges la stupéfaction se peignit, quand à Maxime, il en resta sans voix. Puis se reprenant Maxime lui demanda: » A voir ta tête, tu n’es pas l’auteur du courrier que j’ai reçu il y a trois jours? » _ Non, certes non, mais que veux tu Maxime ?
    Puis, la voix claire d’Hélène fit vibrer le coeur de Maxime, il força le passage et se
    retrouva devant une Hélène aussi belle que dans ses souvenirs… La lettre ne jaunira jamais au fond d’un tiroir, car, elle est encadrée et accrochée au-dessus de la vaste cheminée d’Hélène. Georges ayant tout avoué, Hélène lui demanda le divorce, Georges accepta c’est tous ce qu’il pouvait faire non! Hélène et Maxime apprennent à se redécouvrir et leur monde d’aujourd’hui leur semble aussi beau que celui d’hier.
    y.

    • ISABELLE PIERRET dit :

      Il était une fois une enveloppe qui languissait dans un tiroir. Longtemps elle avait rêvé d’être oblitérée par un grand et beau timbre, puis jaunit sous l’effet de l’âge. De la vie épistolaire, elle n’attendait plus rien, même pas un timbre à petite vitesse.
      Un jour cependant, elle se réveilla différente et songea ….. à refaire sa vie !
      Et quitte à passer pour folle, son envie de devenir timbrée, se faire timbrer par toutes sortes de timbres devint une obsession !!!
      Elle débuta une collection de timbres divers, à tous les tarifs, qu’elle découvrit par des amis, mais cela ne suffisait pas. Il lui fallait voyager, sortir du cadre, rencontrer d’autres sons, goûter d’autres colles, éprouver la difficulté de la rencontre, faire la queue dans les officines, passer les contrôles, se dédouaner, franchir de nouveaux octrois.
      Elle commença par le supplice du timbre infidèle, celui qui abandonne sa famille (La Planche) sans déchirure ni blessure, par une infime résistance précédant la séparation finale.
      Puis elle goûta au timbre célibataire, free style, celui que l’on vous vend chez les marchands de cartes postales, ou juxtaposé à ses coreligionnaires dans un carnet de timbres autocollants : ceux-là sont faciles mais peu fiables car ils se détachent facilement, donc à histoires courtes.
      Par chance, son propriétaire profita d’un voyage pour démarrer une collection …. de timbres ! il eut l’idée d’emporter l’enveloppe et de se l’expédier au gré de ses voyages. C’est ainsi qu’elle retrouva le goût du sexe avec un magnifique timbre belge, affecté par son actualité nationale, qu’elle aima consoler pour son goût de bière blanche citronnée : un délice, à renouveler.
      L’expédition suivante lui permit de rencontrer un Chinois : les difficultés de la langue ajoutées à son manque de manière la désappointèrent. Il fut violemment collé, tapé, enregistré, vérifié, sans aucune tendresse par un employé des Postes impénétrable. Un goujat !
      C’est en Afrique qu’elle fit les meilleures rencontres : des regards malicieux, de la séduction, des caresses verbales à usage de préliminaires avant l’estampille nirvanesque, dans une chaleur moite érotique servaient des transports no limit ! waouhhhh !!!
      Il y eut aussi des rêves restés lettres mortes, mais ô combien passionnants : le timbre timbré, difficile à suivre, le timbre non affranchi qu’il fallut bousculer un peu, le timbre fané, sans grands moyens, le timbre fiscal, grand prétentieux sans intérêt et pourtant cher, le timbre de commémoration ressassant ses souvenirs et sans rêves, et puis, le petit « timbre-poste », une catastrophe physique…
      Alors, amusée de ces expériences, elle visa plus haut et se glissa dans une enveloppe à bulles, pétillante et moelleuse pour voyager en chrono-express, mais fut déçue par le code barres dont on l’affligea, et de plus, elle fut suivie…elle tenta alors la lettre recommandée, précédée d’une estimation de sa valeur, ce qui lui déplut définitivement,
      Le pli préaffranchi la priva de contacts physiques,
      Le colis de moins de 30 kg s’avéra inadapté pour sa fragilité féminine.
      Résignée, elle regagna le bercail et se laissa choir dans la corbeille à papiers : de nouvelles perspectives se présentaient : des documents divers, des factures, des brouillons, des courriers, des billets d’avion et de train, des tickets de bus, de métro, des facturettes, des publicités.
      Bien lui en prit, car un ticket de caisse de SUPER-U l’enlaçait déjà et elle répondit à ses avances en l’entrainant vers le fond de la corbeille.

  13. FRAGMENTS
    Année 2138, lors de la vente d’une demeure ancienne, on a trouvé dans le tiroir d’une coiffeuse, ces fragments de lettres, déchirés presque illisibles :

    « Mon grand, mon beau,
    Quand viendrez-vous m’oblitérer, je me languis de vous, ……………………. Venez couvrir ma lettre………….. je me sens abandonnée……………………….orpheline coquille….de tendres missives ou d’épîtres datés……………………….. depuis que le courriel a remplacé le courrier………………………………vous m’avez rendu servile, et dans vos papiers tenus. »

    « Aujourd’hui, c’est décidé, je me libère de vous, je m’affranchis, je veux me déplier, me libérer et me convertir à l’ origami. Je veux me transformer en cocotte en papier et par ce pliage quitter ma boite, marquer l’histoire [par air mail] pour un grand déballage…………………………prochaine correspondance………… via air France ………………………….changer d’adresse………..partir sur de meilleures arobases »

    « …………….mes mots s’écaillent……………………syllabes démaillées……….rêves affranchis………accusé réception »
    « Veuillez agréer ………………………..ce papier libellé d’un puzzle de lettres retrouvées, éparses, déchirées, du tiroir de ma mémoire »
    Enveloppement Vôtre.

  14. Christophe Le Sauter dit :

    Il était une fois, une enveloppe qui languissait dans un tiroir. Longtemps, elle avait rêvé d’être oblitérée par un grand et beau timbre, puis jauni sous l’effet de l’âge.
    De la vie épistolaire elle n’attendait plus rien, même pas un timbre à petite vitesse.
    Un jour, cependant… Un petit garçon ouvrit le tiroir.
    Dix ans, il avait le gamin. À cet âge-là tous les enfants sont remuants et pleins de vie, mais pas lui. Triste et éteint, il ne souhaitait qu’une chose, que son père puisse le regarder, mais celui-ci trop occupé aux affaires ne s’occupait jamais de son fils. L’homme croyant faire son devoir voulait donner l’image d’un père fort, gérant les choses compliquées. Il ne s’occupait jamais d’affaires domestiques, on le servait à table, on repassait ses costumes, on se taisait quand il mangeait, et on ne le dérangeait pas quand il travaillait. Quand il était absent de la maison, son autorité restait présente. L’interdiction de rentrer dans son bureau était plus efficace qu’une serrure. Pourtant aujourd’hui le gosse n’en pouvait plus. Jamais il n’avait osé quoi que ce soit. Timide, rendu malingre par une vie sans âme, il devait faire quelque chose. Plus, pour sa mère, que pour lui. Si lui souffrait en silence de peur de fâcher le monstre, il entendait parfois les pleurs de la chambre de sa mère. L’insupportable s’était installé doucement.
    Il n’avait pas l’intention de rester longtemps dans ce lieu interdit. D’ailleurs, il cherchait juste un papier pour écrire, pour dire je suis là, j’existe, occupe-toi de moi. Rentrer dans le bureau après que son père soit sorti était une folie. Ce tiroir-là du secrétaire, mal refermé devait servir plus que les autres. Il l’ouvrit. Trois dossiers apparaissaient en premier, puis au fond un pistolet, et dessous l’enveloppe. Pourquoi attira-t-elle son attention ? Pas cachetée, sans adresse, elle devait contenir plusieurs papiers sans importance. Sans toucher à l’arme effrayante, il souleva l’enveloppe et partit avec.
    Il ne se rappelait plus s’il avait fermé le tiroir, mais déjà son père rentrait et il n’avait plus le temps. Il se rua dans sa chambre, cacha l’enveloppe sous le matelas et écouta les bruits familiers. La porte du bureau venait de s’ouvrir, la chaise s’écartait puis venait de se rapprocher du secrétaire. Maintenant, les tiroirs semblaient s’ouvrir et se refermer, les uns après les autres. Il cherchait quelque chose.
    – Mais où est-elle cette foutue enveloppe ?
    Terrorisé, le gamin regrettait, assis sur son lit sans bouger, incapable de penser.
    Puis tout s’arrêta. Son père était reparti aussi vite qu’il était rentré. La porte d’entrée venait de se refermer. Alors il sortit de sa chambre alla voire sa mère dans la cuisine, qui, occupée à préparer le déjeuner n’avait pas compris qu’il venait de se passer quelque chose d’important. Il venait surement de faire la plus grosse bêtise de sa vie. Il devait remettre l’enveloppe à sa place.
    L’homme en partant de chez lui avait pris son pistolet dans le secrétaire, au cas où. Il devenait parano. Mais où pouvait bien être cette foutue enveloppe ? répétait-il. Il avait peut-être caché ses papiers dans le coffre de la société ? Mais non il ne s’en rappelait pas. Il était sûr de les avoir laissés dans le tiroir du secrétaire chez lui. Pourtant il venait bien de regarder, il n’était pas fou. Il partait voir le coffre à son bureau. Il avait des sueurs froides. Il ne fallait pas paniquer, ce n’était pas le moment. Il allait bien les retrouver tout de même, des contrats de cette ampleur. En arrivant enfin dans les locaux de la société, il salua le gardien qu’il connaissait bien depuis tout ce temps et qui n’était pas étonné de voir le patron un dimanche matin. Mais c’était la première fois qu’il le voyait dans cet état. Il avait fallu qu’il aide pour ouvrir la porte, car il n’arrivait pas à actionner la serrure. La terreur se lisait sur le visage du boss et cela n’avait rien de rassurant.
    Une fois devant le coffre il dut passer un long moment à reprendre ses esprits pour se rappeler de la combinaison. Le coffre ouvert révéla sa vérité, l’enveloppe n’était pas là.
    Alors il se calma. On était dimanche matin il avait encore toute la journée pour trouver une solution. Demain lundi, il serait trop tard. Il devait se poser, il décida de revenir déjeuner chez lui. Marcher, s’oxygéner le cerveau lui ferait du bien. Il retrouvait peu à peu la maîtrise. Établir de faux contrats pour remplacer ceux perdus était faisable. Après tout, il avait fait bien pire.
    En arrivant à son domicile, il avait en tête son plan d’action. Il allait sortir du chapeau la société-écran créée l’an dernier, et qui n’avait pas encore servi. En fait, il allait peut-être même gagner plus d’argent.
    – J’ai faim, dit-il en entrant, qu’est-ce qu’on mange ?
    Sans attendre la réponse, il alla droit au secrétaire. Il trouva l’enveloppe. J’avais bien raison se dit-il. Il alla dans la salle à manger l’enveloppe à la main. En se mettant à table, il sortit les contrats de l’enveloppe. Il ne vit même pas son garçon assis en face de lui. Il jeta à peine un regard à sa femme. Il déplia les contrats pour les relire tout de suite, cette histoire lui avait ouvert l’esprit et de nouvelles idées lui venaient. L’enveloppe tomba. Il n’y fit même pas attention.
    Alors le petit garçon décida que cela suffisait. Il se leva de table. Il alla ramasser l’enveloppe et la déposa en évidence à côté de son père. Puis il retourna s’assoir.
    – Tu n’as pas demandé la permission de te lever ?
    – J’ai le droit de parler ?
    D’abord désorienté le père se demanda ce qui pouvait bien se passer aujourd’hui. Il connaissait l’emprise qu’il avait sur son fils. Le voir ainsi le regarder droit dans les yeux était insupportable. Alors il plia les contrats, les remis dans l’enveloppe et s’apprêta à donner une leçon au petit insolent.
    Quand il reposa l’enveloppe sur l’autre face, il découvrit le dessin plein de couleurs où il était marqué « je t’aime papa ».
    Alors il comprit, en un seul instant. L’audace dont avait fait preuve son fils pour rentrer dans le bureau. La peur qu’il avait dû surmonter en ouvrant le tiroir. La signification du dessin et de la phrase était grande. Il regarda sa femme encore plus éberluée que lui. Il redécouvrit le sentiment d’amour qu’il avait oublié. Il lui montra le dessin en lui prenant tendrement la main. Enlaça de l’autre bras son fils, qu’il sera très fort.
    Aujourd’hui l’enveloppe est encadrée dans son bureau. Quand il a une décision à prendre pour ses affaires, il regarde le dessin et devient encore plus fort et plus impitoyable.

    • Natadori dit :

      Le style est surprenant au départ. Surtout après qu’on ait échangé nos auteurs et que tu m’aies parlé de Proust et de ces grands classiques soporifiques (pardon Proust et ceux qui l’aiment).
      Et puis une fois cette étonnement passé, on est attrapé au col par la vivacité du style. Un style sans embarras qui te prend et t’emmène au bout du texte, au gré des suspens, malgré l’heure tardive 🙂
      C ‘est une écriture efficace.
      La chute est rapide à mon goût, mais ce ne serait pas une chute sinon .
      Je m’attendais à quelque chose de plus trash… une chute comme une punition pour ce mauvais père et mauvais mari.
      Mais tu as plus de mansuétude ou tout simplement tu es un père. 😉

  15. Il était une fois une enveloppe qui languissait au fond d’un tiroir. Une enveloppe c’est fait pour voyager ! D’où l’énorme frustration de celle-ci. On l’avait bercée de promesses d’horizons lointains, de récits de voyages pleins d’aventures, d’attentes fébriles, de messagers officiels dans leur costume sombre à casquette chevauchant des coursiers à pédales par tous les temps, leur cape volant au vent !… tels des anges annonciateurs des temps modernes ! Lyrique ? Oh ! après tout, Hermès était son saint patron, le dieu au casque et pieds ailés qui communiquait aux Olympiens les décisions de Zeus. Fière de sa mission, notre enveloppe s’en revendiquait le lointain descendant.
    Elle sentait qu’elle prenait de l’âge : son papier, blanc à l’origine, avait viré au jaune inégal, des rides froissaient sa surface autrefois si lisse et la colle de son rabat s’était desséchée. Pour comble, les premiers signes d’arthrose se manifestaient, et une vilaine pliure, devenue permanente, cornait son coin droit.
    Mais qui ne prendrait pas des courbatures, coincé dans un tiroir étroit ?
    Elle commençait surtout à radoter, à se raconter des histoires, à maugréer et ressasser ses doléances et ses maigres souvenirs. Elle avait ainsi côtoyé une petite enveloppe bleue qui avait eu beaucoup plus de chance qu’elle, choisie dès son arrivée pour transporter une jolie carte colorée de noël assortie de bons vœux. Des moments de bonheur, elle en avait connu très peu, mais se remémorait ces jours heureux où son tiroir avait contenu un lot de timbres venus de tous les coins du monde, un début de collection, malheureusement vite abandonnée et déportée Dieu sait où. Ils lui racontaient complaisamment leurs aventures, en rajoutaient un peu sans doute, mais c’était si fantastique, si passionnant ! Elle se souvenait surtout de l’un d’eux, modeste avec son écusson coloré et sa frégate d’un autre age, prolixe en histoires incroyables et abracadabrantes, mais qui avait un si beau timbre de voix! Elle avait eu un peu le béguin, et rêvé une nuit qu’il voyageait à son bord, collé sur elle, et que tel un tapis volant elle survolait avec lui les contrées les plus étonnantes.
    Mais un jour on avait enlevé et retourné le tiroir pour le trier et elle s’était retrouvée seule en compagnie stérile de quelques papiers administratifs sans intérêt.
    Et depuis elle se morfondait dans le noir.
    Un matin pourtant l’incroyable se produit. On vient la chercher.
    A peine sortie du tiroir, elle pense d’abord au bonheur d’être enfin dehors, à l’air libre.
    Mais elle a peu de temps pour se réjouir. Déjà on l’empoigne, on la lisse, on enlève sa corne, en lui offrant un massage digne d’un kiné de boxeur. On l’aplatit du plat de la main, dans un geste qui ressemble plus à une baffe répétée qu’à une caresse, on la tord dans tous les sens sans respect pour ses vieilles fibres, et, après avoir glissé à l’intérieur un papier simple et coloré dont elle ne peut même pas lire le titre, on badigeonne sa fermeture d’une colle liquide nauséabonde qui lui donne des hauts le cœur. A coup sûr, assaisonnée d’un tel parfum ce n’est pas une lettre d’amour qu’elle relaie !
    Un timbre rouge, presque uni – déception – et un coup de poing par-dessus.
    Une dernière baffe pour que ça colle et la voilà à l’extérieur – du bruit ! De l’animation ! Des voix ! Quel plaisir !! – puis une brève glissade et le noir de la boite aux lettres.
    Son cœur de papier bat très fort quand sa prison s’ouvre. C’est pour disparaître aussitôt dans une énorme sacoche. Mais elle n’est plus seule. Ses compagnes cependant ne sont pas très amènes et ses tentatives d’échanges restent sans effet.
    Ça secoue fort à bord du coursier à pédales, depuis longtemps équipé d’un moteur au bruit assourdissant, et son chevalier servant n’a pas de longue cape qui vole au vent. Elle soupire et en prend son parti. Ce qui compte maintenant c’est la rencontre finale avec le destinataire !
    Quand on s’arrête enfin elle entrevoit rapidement une boite verte à l’entrée du jardin d’ une villa cossue. Elle se faufile dans la fente.
    Et là, l’attente… interminable…. ponctuée de spéculations diverses : qui va m’ouvrir ?, quel accueil va recevoir mon message ?, suis-je une bonne nouvelle ?
    Elle a même entendu dire que parfois les amoureux qui reçoivent une missive de leur dulcinée ou de leur Roméo déposent un baiser sur l’enveloppe avant de l’ouvrir….
    Un bruit sec, tour de clé, empoignade, paf la porte du compartiment refermée. Petits pas sur le chemin gravillonné, une femme. Dépôt sur la table, on prend connaissance tout de suite. C’est son tour.
    Elle a juste le temps d’entendre :
    « Ah ! C’est Louis qui m’envoie le programme de la saison, enfin ! »
    Jetée sur le côté, elle glisse dans une corbeille. Celle du papier recyclé.
    Elle se console. Recyclé, ça veut dire une nouvelle vie. Pas cette fois, mais assurément, la fois prochaine, remise à neuf, reblanchie, elle partira pour un voyage lointain, transmettre des nouvelles du bout du monde à des parents aux anges, qui garderont comme une relique la vieille enveloppe contenant la lettre du fils prodigue. Elle pourra alors jaunir en ressassant ses vieux souvenirs…
    Et elle se répète le poème si beau :
    « Heureuse qui comme l’enveloppe a fait un beau voyage
    ou comme cestui-là… »

  16. Jean Louis Maître dit :

    Avec l’aide d’Allain Lleprest !

  17. Jean Louis Maître dit :

    Une enveloppe languissait
    Dans un tiroir, depuis longtemps.
    Elle avait rêvé cependant
    Qu’un grand timbre l’oblitérait
    Un beau, à l’admirable cran.

    Le temps passa, elle jaunit !
    Laissa ses rêves épistolaires.
    Un petit lui aurait suffi !
    Pour des parties de jambes en l’air,
    Mais rien, jamais, c’était fini !

    Et puis, un jour, dans son tiroir
    Echoua une huitre en bakélite
    Belle coque d’un très beau noir
    Qui lui dit : « T’es finie, petite !
    J’ vais t’expliquer, tu vas voir :

    Pour la tendresse, s, s…
    Des mots qu’on sème, m, m…
    Avec paresse, s, s…
    SMS !
    Dès que l’on s’aime, m, m…
    On a l’adresse, s, s…
    Aucun problème, m, m…
    MSM !
    Alors on tresse, s, s…
    Un diadème, m, m…
    A sa déesse, s, s…
    SMS !
    Grâce au modem, m, m…
    On la caresse, s, s…
    C’est le système, m, m…
    MSM ! »

    Notre enveloppe bien marrie
    Laissa ses rêves en son tiroir,
    Mais rumina sa répartie
    Ecoutez-la, un peu, pour voir…

    « L’amour s’affaisse, s, s…
    Par trop de flemme, m, m…
    Gare à vos fesses, s, s… !
    SMS ! »

  18. durand dit :

    Il était une fois une enveloppe qui languissait dans un tiroir. Longtemps elle avait rêvé d’être oblitérée par un beau et grand timbre puis jaunit sous l’effet de l’âge.

    De la vie épistolaire elle n’attendait plus rien, même pas un timbre à petite vitesse.

    Un jour cependant on vida le tiroir.

    Des mains curieuses, ni expertes, ni maladroites en triaient le contenu.

    Elles décidaient de ce qui devait quitter le tiroir, tout ce qui, jugé inutile par les doigts d’araignée allaient passer d’un long sommeil à une courte expédition vers la corbeille.

    La vieille enveloppe frissonnait. Ce n’était pas le voyage espéré.

    Les feuilles griffonnées volaient autour d’elles. Des listes de courses, un plan de montage pour un bûcher, deux tickets de métro, un emballage de carambar.

    Ca filait vite autour d’elle. Un bouquet de crayons taillés lui tomba sur la face. L’élastique desséché avait lâché. On la cogna à une gomme. Elle faillit se faire chiffonner.

    Puis deux doigts la saisirent, la déposèrent au bord d’un bureau. Sous l’effet du tremblement, le rosé de son papier tournait au livide.

    Suivi un long remue-ménage dont elle ne saisissait pas grand-chose.

    Elle cauchemardait: « Un courant d’air la faisait s’écraser sur le plancher. Un pied s’y accrochait, un reste de colle peut-être ? Il la piétinait à travers toute la pièce, barboter dans la flaque d’un café renversé…s’humidifier, se diluer, même pas dans ses propres larmes…éjectée d’un coup de talon exaspéré, balancée dans une cour au milieu d’autres feuilles mortes, cousines voyageuses… »

    Elle s’attendait au pire. Pourtant l’ennui du temps d’oubli l’avait déjà marqué. Quelques mini- craquelures, lui donnaient une certaine prestance.
    Mais qui pouvait bien s’en soucier ?

    Les mains la saisirent. On lui glissa dans l’ intimité grisée de multiples figures géométriques, colorées…dentelées…

    Elle en reconnut certaines, en Francs…un pigeon à queue rayé dessiné par Audubon, quelques vikings de la tapisserie de la Reine Mathilde…en découvrit de nouveaux en euros, le Petit Prince, un écureuil, une Bugatti, une Fable de La Fontaine…

    Elle comprenait qu’un nouveau voyage se profilait pour elle. Bien sûr, rien à voir avec les grands sauts en avion par-dessus les océans.

    Mais elle pouvait rêver de nouvelles correspondances, celles du poète, de l’amie, du compagnon…

    Les mains la replaçaient délicatement au fond du tiroir, pas trop longtemps, jusqu’au prochain courrier.

    Elle acceptait avec joie ce nouveau rôle de « conservatrice ».

    Tous ces timbres neufs, en elle , obligeamment terrés!

  19. Blanche dit :

    Jaunit

    Puis le temps fit son œuvre

    Mît son
    Odeur dans le papier
    Sur la gomme

    Emplit le tiroir

    Mais jamais ce pli
    Ne connut le sourire des
    Facteurs heureux d’apporter
    Des lettres d’amour

    Dans les foyers

    encore sous le choc

    De la guerre mondiale des couettes .,,

    Damals …Jadis…

    En Mars 2016

    Du temps où
    L’on se révoltait encore

    Un tout p’tit peu

    Histoire d’être.  » français « …
    Mais
    Il n’y avait même plus de majuscule

    Fran C

    Tout fut perdu …

    Mais c’était sans compter

    Sur Souricette

    Mais ceci reste une autre histoire …

    Melrose

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