Exercice inédit d’écriture créative 275

en-laisseSon ailleurs n’allait jamais très loin.
Il se contentait de faire le tour du quartier,
tel un chien promené en laisse.
C’était sans compter sur…

25 réponses

  1. Anne-Marie dit :

    Un matin, ses yeux furent attirés par des petits cailloux blancs, bien alignés, les uns derrière les autres. Il était intrigué. Il commença à les suivre, presque machinalement. Il n’en voyait pas le bout. Il se remémorait en souriant l’histoire du Petit Poucet et de l’Ogre… et si jamais ces cailloux étaient un piège et le menaient vers un traquenard. Il eut un instant d’inquiétude, sa jambe commençait à tirer. Il fit demi-tour. Le soir, devant son assiette de soupe et sa compote, il ne cessait de penser à ces cailloux. Depuis que dans un accident de voiture, il avait perdu sa femme et s’était brisé les jambes, il vivait reclus, au milieu des livres. Peu à peu, il avait recommencé à marcher, mais jamais très loin. Sa curiosité était à nouveau en éveil. Qui avait pu disposer ces cailloux ? Où menaient-ils ? Il entrouvrit un coin de rideau et regarda par la fenêtre. Il n’y avait personne, pas un bruit. L’ombre furtive d’un chat se faufila contre le mur en face et disparut. Il dormit mal. Les petits cailloux le hantaient. De cauchemar en rêve, ils le menaient tour à tour à un hangar sombre, à une maison claire, ils s’effaçaient devant lui ou lui tombaient en grêle sur la tête.
    Le lendemain, au petit déjeuner, les petits cailloux étaient toujours là, blancs, attirants. Il s’habilla, enfila de bonnes chaussures et remonta la longue file pointillée. Il dépassa les frontières de son quartier. De grands immeubles gris s’élevaient tout autour de lui. Le soleil clignait dans les fenêtres. Des enfants, en joggings de toutes les couleurs couraient, jouaient en s’interpellant à grands cris. D’un coup de pied, il renvoya un ballon, lui-même surpris de sa force.
    Le discret cheminement blanc se poursuivait sur une rue bordée de cerisiers du Japon. Il prit précautionneusement le trottoir. Un souffle de vent fit virevolter les fleurs roses qui vinrent étoiler son manteau. C’est le printemps, se dit-il. Des fragrances de fleurs lui effleurèrent le visage mais celles des pots d’échappement dominèrent vite. Quelques pas de plus, le quartier s’animait de boutiques qu’il ne reconnaissait pas. Depuis combien de temps avait-il restreint son univers ? Il avait faim. Il s’arrêta dans un bistrot. Sur fond de télévision, les gens discutaient. Des hommes commentaient le dernier match de foot à grand renfort de « t’as vu… ». Des jeunes filles, un peu plus loin échangeaient des confidences, entre deux éclats de rire. Il sourit en les regardant. Elles étaient vives et jolies. Il ne résista pas au sandwich au saucisson, accompagné d’un verre de vin rouge. Il se sentait bien, au milieu des bruits de vaisselle, des raclements des chaises, des rires. Soudain, il revivait. En sortant, il vérifia, les cailloux étaient toujours là, poursuivant leur chemin rectiligne sur la route.
    Il était fatigué, il décida de rentrer…
    Le lendemain, il reprit son exploration, suivant toujours les cailloux blancs. Il marchait de mieux en mieux, de plus en plus vite. Chaque jour, il alla un peu plus loin. Les bruits de la ville remplaçaient les mots de ses livres. Après la ville, ce fut la route, et la campagne, mais il ne se découragea pas. Les chants des oiseaux, le vent dans les branches, le vert tendre des jeunes feuilles, l’odeur de l’herbe, les corolles vives des fleurs, le galop d’un cheval, la chaux blanche des murs, les tuiles roses des toits, le braiement d’un âne, les piqures des orties, le crottin sur la route, il avançait, à chaque instant étonné, presque aux aguets. En marchant il méditait, ou chantait. Quand il rencontrait quelqu’un, il lui adressait un signe de tête, parfois un « bonjour » plus ou moins sonore. De temps en temps un camion, lourdement chargé, croisait son chemin.
    Le septième jour, soudain la file de cailloux s’arrêta. Il regarda, surpris, interdit ! Sur sa droite, il y avait un grand panneau « Attention carrière » !

    ammk

  2. Michel-Denis ROBERT dit :

    Son ailleurs n’allait jamais très loin. Il se contentait de faire le tour du quartier, tel un chien promené en laisse. C’était sans compter sur un banal incident.

    La nuit arrivait à pas de loup. Etait-il un chien promené par un invisible ? Qu’y avait-il au bout de la laisse qui le tractait malgré lui ? Il voyait bien à trois ou quatre mètres, au-delà le brouillard devenait opaque. Son univers s’arrêtait à ce brouillard. Etait-ce un mot qu’il ne connaissait pas qui voulait se coller à lui comme une étiquette ? Accepter l’étiquette d’un mot, était-ce bien raisonnable ? Ce mot n’allait-il pas le manger ? Il n’avait pas d’objectif précis et ce fil qui le tirait toujours. Devait-il se laisser glisser ? Mais où l’emmènerait-il ? Etait-ce une solution ? D’où venait ce mot ? Y avait-il au bout un dénouement vers lequel il était halé ? Y avait-il seulement un mot ? Il l’amena vers lui, mais le fil s’étendit. Cela ne le rendit pas plus tranquille. Il y avait toujours la même distance entre lui et la purée de pois. Beaucoup de questions s’imposaient par ce fil, trop d’incertitude. Il devait aller voir pour atténuer sa curiosité. Il courut, toujours la brume lui barrait la vue. Le fil avait disparu, pas de mot.

    Quelqu’un lui mit la main sur l’épaule. Il se retourna. Le smog lui sourit, personne ! Il entendit un bruit de moteur, des pas, une portière claqua, une voiture démarra en trombe sans qu’il puisse en voir la silhouette. Il replaça la mèche qui lui tombait toujours sur le front. Ses idées se précisèrent. Il ne distingua que les phares qui s’évanouirent avec un ronronnement de moteur dont il reconnut la marque. Il découvrit la rue, il était encore dans son quartier, dans une impasse qu’il n’avait jamais vue. L’obscurité avait jeté son voile. Il entendit des pas de talons aiguilles cette fois venant de la rue d’en-dessous qui résonnaient sur le pavé. Il sortit la lampe de la poche de son imper, un papier griffonné en tomba. Il le ramassa. En se relevant, sa tête lui fit mal. Il avait un hématome au-dessus de la nuque qu’il évita de frotter à cause de la douleur : « Aie ! » Un air frais lui raviva les esprits en même temps que la migraine accrut. Sur le papier imbibé qu’il rempocha, il avait lu un numéro. Ces derniers pas l’orientaient vers sa droite.

    Soudain, des torches se pointèrent à l’horizontale pareilles à des faisceaux. Impossible d’évaluer la distance, elles grossirent avec le bruit de voiture qu’il venait d’entendre. Celle-ci avait fait demi-tour au bout de l’arène comme pour prendre son élan. Il sentit la menace enfler. La lumière semblait portée par l’infinité des gouttelettes suspendues. Il repéra l’encoignure d’un chartil vers lequel il se lança pour se protéger. Sans crier gare, la grosse berline le frôla telle un ouragan qui faillit le happer par le pan de son pardosse. Au passage, il remarqua le marchepied étincelant dans la nuit dans lequel son ombre se mira. Une tornade le fit vaciller. Le bolide s’éloigna indifférent et se fondit comme il était venu. S’il l’avait culbuté, aurait-il bloqué les freins ? Il se dirigea vers la rue pavée. Il connaissait bien cette rue dans laquelle il avait entendu des claquements de mitrailleuse quand il était enfant. Il s’était alors terré dans une cave de laquelle il avait pu observer par le soupirail, des courses de gens poursuivis. Les temps avaient changé. Cette bosse derrière la tête marquait un événement dont il n’arrivait plus à se souvenir et qu’il venait de retrouver. Il ne se passait jamais rien dans son quartier. Sa page de bédé était prête.

  3. Michel-Denis ROBERT dit :

    Son ailleurs n’allait jamais très loin. Il se contentait de faire le tour du quartier, tel un chien promené en laisse. C’était sans compter sur un banal incident.
    La nuit arriva à pas de loup. Etait-il un chien promené par un invisible ? Qu’y avait-il au bout de la laisse qui le tractait malgré lui ? Il voyait bien à trois ou quatre mètres, au-delà le brouillard devenait opaque. Son univers s’arrêtait à ce brouillard. Etait-ce un mot qu’il ne connaissait pas qui voulait se coller à lui comme une étiquette ? Accepter l’étiquette d’un mot, était-ce bien raisonnable ? Ce mot n’allait-il pas le manger ? Il n’avait pas d’objectif précis et ce fil qui le tirait toujours. Devait-il se laisser glisser ? Mais où l’emmènerait-il ? Etait-ce une solution ? D’où venait ce mot ? Y avait-il seulement un mot ? Il l’amena vers lui, mais le fil s’étendit. Cela ne le rendit pas plus tranquille. Il y avait toujours la même distance entre lui et la purée de pois. Beaucoup de questions s’imposaient par ce fil, trop d’incertitude. Il devait aller voir au-delà pour atténuer sa curiosité. Il courut, toujours la brume lui barrait la vue. Le fil avait disparu, pas de mot.

    Quelqu’un lui mit la main sur l’épaule. Il se retourna. Le smog lui sourit, personne ! Il entendit un bruit, des pas, une portière claqua, une voiture démarra en trombe sans qu’il puisse en voir la silhouette. Il replaça la mèche qui lui tombait toujours sur le front. Ses idées se précisèrent. Il ne distingua que les phares qui disparurent avec un ronronnement de moteur dont il reconnut la marque. Il découvrit la rue, il était toujours dans son quartier, dans une impasse qu’il n’avait jamais vue. L’obscurité avait jeté son voile. Il entendit encore des pas, de talons aiguilles cette fois, venant de la rue d’à côté qui résonnaient sur la pavé. Il sortit sa lampe de la poche de son imper, un papier griffonné en tomba. Il le ramassa. En se relevant, sa tête lui fit mal. Il avait un hématome au-dessus de la nuque qu’il évita de frotter à cause de la douleur : « Aie ! » Un air frais lui raviva les esprits en même temps que la douleur accrut. Sur le papier imbibé qu’il rempocha, il avait lu un numéro. Ces derniers pas l’orientaient vers sa droite. Il hésita.

    Soudain, des éclairages jaunes à l’horizontale se pointèrent comme des torches. Impossible d’évaluer la distance, elles grossirent rapidement ainsi que le bruit de voiture qu’il venait d’entendre. Celle-ci avait fait demi tour au bout de la rue comme pour prendre son élan. Il sentit la menace enfler. La lumière semblait portée par l’infinité des gouttelettes. Il repéra l’encoignure d’un chartil vers lequel il se lança pour se protéger. Soudain, la grosse berline le frôla comme un ouragan qui faillit le happer par le pan de son pardoss. Au passage, il remarqua le marchepied étincelant dans la nuit dans lequel son ombre se mira. Une tornade le fit vaciller. Le bolide s’éloigna indifférent. Il disparut comme il était venu. S’il l’avait culbuté, se serait-il arrêté ? Il se dirigea vers la rue pavée. Il connaissait bien cette rue dans laquelle il avait entendu un claquement de mitrailleuse quand il était enfant. Il s’était alors terré dans une cave de laquelle il avait pu observer par le soupirail, des courses de gens poursuivis. Les temps avaient changé. Cette bosse derrière la tête marquait un événement dont il n’arrivait pas à se souvenir et qu’il venait de retrouver. Sa page de bédé était prête.

  4. francoise dit :

    Son ailleurs n’allait jamais très loin.
Il se contentait de faire le tour du quartier,
tel un chien promené en laisse.
C’était sans compter sur le destin qui ce jour-là mit sur sa route une jeune femme qui lui dit s’être égarée. Elle était écuyère dans un cirque itinérant qui avait levé le camp le matin alors qu’elle était partie se promener en forêt. Il lui demanda de l’attendre, il allait revenir avec deux paires de patins à roulettes (les siens et ceux de sa femme : à vue d’oeil elle avait la même pointure).
    Et c’est ainsi chaussés qu’ils rejoignirent le cirque quelques jours plus tard . On voulut bien l’engager comme aide-cuisinier et il partagea la couche de la belle ecuyère. Il était le plus heureux des hommes.
    Quelques années plus tard,avec le cirque, il revint dans son ancien village.Il se risqua à aller faire un tour dans son ancien quartier et vit sa femme à la fenêtre d’où elle le surveillait quand il allait faire son petit tour. Il fit demi-tour en toute hâte.
    Lors de la représentation du soir, alors qu’il regardait les artistes se produire sur la piste, il aperçut dans la salle son ex-femme assise près d’un homme. Etait-ce lui qu’elle regardait ce matin à la fenêtre ?

  5. Peggy dit :

    Un proche ailleurs

    Son ailleurs n’allait jamais très loin.
    Il se contentait de faire le tour du quartier, tel un chien promené en laisse.
    C’était sans compter sur…

    Je crois qu’il faut commencer par le début. Cette personne, monsieur Kovacs, n’avait jamais grandie. Il était Lilliputien. En vérité ses parents ne venaient pas de Lilliput mais de Hongrie. Sa taille devait avoisiner les soixante centimètres. Dans ses conditions, il ne pouvait évidemment pas parcourir de longues distances sans s’épuiser.

    Il était né en France d’une mère et d’un père qui faisaient partie d’un village miniature que l’on pouvait visiter à certaines heures. Une soixantaine de personnes y vivaient agréablement semble-t-il, puisqu’il y avait eu un mariage et des naissances.

    Les enfants que l’on emmenait découvrir cette communauté adoraient se sentir des géants, les parents étaient plutôt intrigués et parfois gênés de cette exhibition, mais l’ambiance n’était pas triste, gaie même.

    Au bout de quelques années, les Lilliputiens avaient quitté le village et se trouvaient un peu partout dans le monde. Monsieur Kovacs avait choisi, pour sa retraite, le Bordelais car il aimait le bon vin. Ses petites jambes ne lui permettant pas de faire de très grandes promenades, le tour du quartier, à bavarder avec les uns les autres, lui prenaient finalement beaucoup de temps.

    Cependant, un jour, un jeune homme fou de mécanique lui construisit une mini voiture électrique. Elle donna des ailes à Monsieur Kovacs. Il partit en goguette du matin au soir et prépara en secret un plan pour aller vers un lointain ailleurs.

  6. Le tour du quartier… C’est mon seul horizon… Le tour, centré sur un point fixe, d’un territoire limité par une circonférence qui ne s’étend jamais très loin… Toujours cette limite extérieure à ne pas franchir, cette frontière carcérale. L’outrepasser est inenvisageable, faute de m’évanouir. Et j’ai beau m’étendre, me contorsionner, m’agripper à la surface pour enjamber ce mur immatériel, rien à faire, au-delà règne le néant, pour moi du moins. Je me sens frustré. Je rêve d’ailleurs, alors que je suis incapable de perdre de vue ce centre, ce point d’attache qui m’entrave, qui me conditionne et me modèle. Je ne suis que sa répercussion docile, son esclave, tenu en laisse par ce maître intransigeant dont ma vie dépend, qui a lié ma corde à un pieu autour duquel gravite définitivement tout mon univers.
    Comment pourrais-je avoir la moindre estime de moi ? Je ronge mon frein et je tourne en rond, vieux avant d’avoir vécu. Je radote dans mon parcours comme d’autres dans leur discours. J’avance chaque fois d’un pas égal, mais sans espoir, vers cette limite que je ne la franchirai jamais. Je n’ai aucun avenir et donc aucun passé que j’oublie instantanément.
    Impossible de m’échapper ! Comme j’aimerais pourtant ! Dans le confinement de ma prison je rêve d’horizons infinis, de grands voyages, interstellaires même. J’envie tant ce lointain cousin qui a franchi des millions d’années pour aller porter au monde la nouvelle d’un choc titanesque au milieu des étoiles. Sa renommée a franchi les frontières, et donné raison à l’attente impatiente des physiciens, depuis qu’un des leurs, il y a un siècle déjà, a prédit son avènement. Quelle destinée fantastique pour ce parent à moi ! Initié par le choc de deux trous noirs, il se promène dans l’univers infini depuis les origines, et jouit d’une liberté expansionnelle qui me manque tant !
    Quelle fierté pourtant d’appartenir à la même famille ! Lui porte le noble nom d’ « onde gravitationnelle », mais notre structure est identique, à deux échelles bien différentes. Il est le magicien du cosmos qui tient dans ses mains la ronde des corps célestes. Alors que je ne suis, moi, qu’ un modeste « rond dans l’eau » qui radote dans son coin de mare.

  7. Miclaire dit :

    Son ailleurs n’allait jamais très loin. Il se contentait de faire le tour du quartier, tel un chien promené en laisse. C’était sans compter sur…
    Son imagination. Les Hommes ont cette faculté extraordinaire de penser, d’imaginer que n’ont pas les animaux. Rappelons-nous l’histoire de l’éléphant qui a été attaché tout jeune à un piquet à l’aide d’une corde, et qui plus grand se croira toujours attaché avec une simple corde au cou… sans piquet !
    Bref, lors de chacune de ses sorties, avec son chien, il s’imaginait voyageant à travers le monde. Tantôt se baladait-il en Asie, sur la pente abrupte d’un volcan, la laisse de son chien étant remplacée dans son imaginaire, par une cordée de montagne ; tantôt se voyait-il sur une belle plage de sable blanc faisant le tour d’une île en forme de cœur, posée-là en plein milieu du pacifique, accroché à un cerf-volant. Hier par exemple, il se souvenait être parti pour les Caraïbes. il surfait sur les vagues en ski-nautique, rayonnant sous un soleil merveilleux, ça allait si vite ! Ses cheveux volaient au vent et lui chatouillaient les tempes. Bon son chien s’était quelque peu emballait et courait sans retenue vers la chienne de la voisine.. Il avait bien ri en revenant « sur terre ». Il s’était aujourd’hui offert un curieux voyage. Ses mains s’étaient coincées dans la poignée de la laisse de son chien, peut-être s’était-il senti pris au piège… Il s’était vu attaché par les mains, à d’autres hommes, pieds et poings liés. Il se débattait comme ses frères. Il faisait chaud, très chaud. Il se sentait épuisé, sale, impuissant animal. Il s’était vu noir sur l’ile de Gorée… bien triste destination aujourd’hui, que ce port d’attache depuis lequel tant d’hommes, de femmes et d’enfants partirent pour ne jamais revenir au pays. Sens pensées avaient sûrement été influencées par la grisaille de cette triste journée d’automne. Il fût heureux de reprendre son imagination en main, de se libérer de cette étreinte asphyxiante vers ce passé si sombre, de retrouver son petit chez lui confortable et de calmer cette imagination débordante.

  8. oholibama dit :

    Bonjour.
    Son ailleurs n’allait jamais très loin. Il se contentait de faire le tour du quartier, tel un chien tenu en laisse. Un beau matin pourtant… il huma dans l’air tiède de ce début de printemps, une odeur délicate souvenir de son enfance. Il chercha et huma l’air et, ses pas l’emmenèrent vers une très vieille bâtisse qu’il croyait abandonnée tant elle était décrépite. Qui vivait donc dans cette étrange maison? Intrigué et fortement attirer par l’odeur, il se décida et ni une ni deux frappa doucement à la porte, sait-on jamais…on pourrait l’entendre. Crétin se dit-il, si tu frappe c’est que tu as envie qu’on t’ouvre cette porte…alors il recommença et frappa plus fort.Il entendit des pas traînant qui avançaient sans se presser. une vieille femme sans doute, zut je l’ai dérangé que va t’elle me dire?Sa surprise fut grande car, en faite de vieille femme…il avait devant lui une magnifique jeune femme aux yeux pervenche qui lui firent battre son coeur à grand coup. Et voila se dit-il comment une simple curiosité fait d’un homme un toutou épris d’un seul regard, le coup de foudre ça doit-être ça! Il déglutit et essaya un petit sourire mais il sut à son regard que l’effet n’était pas concluant. à suivre?

    • Isabelle Pierret dit :

      Son ailleurs n’allait jamais très loin.
      Il se contentait de faire le tour du quartier,
      tel un chien promené en laisse.
      C’était sans compter sur les effluves d’une cuisine diabolique capable de lui inspirer les meilleurs voyages gustatifs :
      Sans y toucher, sans déguster, sans savourer, il devinait ; il savait ; il distinguait ; il jouissait ; il en bavait ; mais surtout il s’envolait au pays des papilles, des saveurs, des contrastes, des surprises, faisant de ce moment imaginaire, un élixir gustatif sans pareil, une extase immatérielle, à l’acmé d’une gourmande volupté.
      Ce jour –là les herbes aromatiques reprenaient la clef des champs, et par une fenêtre entr’ouverte, il reconnut un arrangement de coriandre, de cerfeuil et de basilic, dans une huile qui provenait, à n’en pas douter, de pépins de raisin. Il laissa la macération se développer en faisant un second tour du quartier .
      C’est lors de sa deuxième approche que la truffe lui sourit ! mêlée aux cèpes, elle lui rappelait les sous-bois, les caves de jazz, la moiteur douce de l’enivrant saxo : la partition prenait forme, le morceau serait bien trempé, et les accords vibrants et graves.
      Il se donna le temps : un troisième tour du quartier prolongerait les délices virtuels qu’il se construisait en pensées colorées, parfumées et rythmées.
      Il en fut récompensé par le fumet d’une surprenante infusion huileuse de café : l’orchestre était en place, il en devinait tous les instruments, et ne manquait plus que ce brave ris de veau auprès duquel les exhalaisons apporteraient le grain, la texture, d’un accord sans pareil, dont le rythme furieux se noierait volontiers dans un verre de Chambolle Musigny.
      Ainsi paré, il regagna son intérieur, la musique dans la tête, les yeux dans la sauce, la salive en bandoulière, et le tire-bouchon à la main, remonta de la cave, une merveilleuse collection de notes fleuries et féminines, et se mit à écrire sa critique gastronomique hebdomadaire.

    • Labiche dit :

      Son ailleurs n’allait jamais très loin. Il se contentait de faire le tour du quartier, tel un chien promené en laisse. C’était sans compter sur cette faculté qu’il détenait de voir les choses sous un angle différent, à romancer, à resituer dans un contexte librement choisi. Ses voyages, vagabondages n’avaient d’authentique que le fruit de son imagination plus que fertile. Comme on pouvait l’envier de rompre avec la monotonie en temps voulu, de jeter quelques rayons de soleil sur une toile d’automne grisonnante. Comme on pouvait l’envier de donner vie à ses rêves, à ses dernières lectures, à ses pensées aussi gaies que lointaines. Derrière la petite paroisse de quartier se cachait pour lui une majestueuse cathédrale dont il aurait l’art de baptiser d’un nom impossible à prononcer, selon son propre alphabet. Il pouvait voir dans ce domaine ecclésiastique toute sorte d’architecture. Pour l’heure, il avait animé le lieu par une séance de bal, il avait donné vie à la fête rendant la salle pétillante des éclats des lustres à pampille. Il ne faisait jamais les choses à moitié, les moindres détails de sa féerie étaient travaillés, nul place au hasard ou au doute. Ainsi, les mille pampilles avaient été rapportées par les cueilleurs de cristal et façonnées dans les prestigieux ateliers de la grande cristallerie de Paris. Des cristaux réfléchissant leurs ombres, inondant la salle et ses valseurs d’une carnation magique, sous les érubescences, les cérulescences et les flavescences un milieu d’âme qui dansent. Il ne connaissait pas la routine, son quotidien était fait de chimères, d’une utopie, d’un fantasme ou d’un mirage. Il n’était jamais prisonnier de sa solitude, il avait fait tomber les barreaux pour en faire une plage de roseaux, il avait créé sa propre liberté si vaste qui pourtant se résumait au quartier. Il rêvait d’avoir des ailes et se surprenait à contempler la terre suspendu à un rayon du soleil ou allongé sur la plus douce des literies brumeuse et insaisissable. Il était riche, dans son quartier il avait pour lui tout l’or du monde, les plus beaux vestiges, les plus merveilleux paysages. Il avait eu pléthore d’existences, une foultitude d’ectoplasmes à qui il avait insufflé la vie. Le temps ne comptait pas, ses os de vieillards ne lui pesaient pas et parfois même il les revigorer par quelques années friponnées. Son fauteuil roulant se transformait en Nautilus au détour d’une épopée marine. Il avait le courage de son optimisme, il y avait en lui cette alchimie qui faisait que tout ce qu’il touchait ou lui appartenait ne se transformait pas en or mais en richesses. Du fond de sa cellule, il faisait tomber les murs de la maison de retraite et transformait son quartier en un vaste théâtre où il tenait le rôle principal.

  9. smoreau dit :

    Son ailleurs n’allait jamais très loin.
    Il se contentait de faire le tour du quartier, tel un chien promené en laisse.
    C’était sans compter sur le hasard.
    Depuis son enfance, Polo routinait, il se complaisait dans ses petites habitudes confortables. Il détestait le changement. Ses repères le rassuraient.
    Ainsi, il était resté dans l’appartement de ses parents, à leur mort. N’avait pas changé les meubles. Travaillait à la Poste au coin de la rue comme son papa, comme son grand-papa. Au même poste. Aux mêmes horaires. Il promenait son chien, nommé « ICI », tous les jours à la même heure, en faisant le tour du pâté de maison. Toujours dans le même sens. Ici était un chien heureux. C’était un beau petit Fox, le même que son père, le même que son grand-père. Quand il mourrait, il achetait immédiatement le même. Et l’appelait « ICI ». C’était son 4e « ICI ». Tous pareils, affectueux et vifs.
    ICI et son maître ne connaissaient pas d’Ailleurs. Aucune curiosité pour l’au-delà d’ici. Cela les aurait effrayés. Ailleurs, c’est l’inconnu. Alors qu’ici, c’est bon, c’est comme hier, comme demain. On peut marcher lentement, respirer calmement, parler avec d’autres routiniers, dire toujours la même chose. Rire aux mêmes plaisanteries sans réfléchir. ICI faisaient des petits besoins au pied du même arbre. Ils se connaissaient depuis le temps. Tout ce petit monde était familier. Agréablement familier. Comme une bonne paire de chaussons.
    Cette vie heureuse et facile aurait pu continuer longtemps mais le hasard se mêle toujours de ce qui ne le regarde pas. Il veut bousculer les choses, étonner les gens, surprendre les chiens. Le hasard déteste la routine, il s’ennuie. Alors, il entra par la petite porte à la mairie, souffla au maire une idée lors d’une réunion municipale. Et on entendit le maire décider de refaire toute la voirie de la rue de la routine. Changer tous les tuyaux, mettre la fibre, refaire les trottoirs, la route, planter de nouveaux arbres, etc. des travaux d’envergure ! Il clama qu’on fermerait tout le pâté de maison.
    Ce matin-là, Polo fut réveillé bien avant son heure habituelle par un bruit de marteau piqueur et de tronçonneuse. Il faillit pleurer de désarroi. C’était pas l’heure… pas l’heure de se lever, de déjeuner, de se laver. Il tremblait de désarroi.
    Et quand il sortit avec ICI, il fut éberlué de découvrir sa rue. Ses arbres avaient été coupés. Et une barrière les empêchait de franchir le trottoir.
    Un homme gentil habillé en jaune fluo lui indiqua le chemin dans l’autre sens pour rejoindre l’autre pâté de maison.
    « Celui ci est condamné pendant 2 mois, Monsieur ! »
    Polo et Ici, hésitants, marchèrent à petits pas. Polo, la tête dans les épaules, essayait de rassurer son chien qui faisait le dos rond, la queue basse, les oreilles basses. Il était collé à son maître. Polo tenait la laisse courte.
    Ils marchèrent. Ici se retenait. Aucun arbre connu pour le pipi. Aucun voisin pour papoter. C’était ça l’inconnu ?
    Pas rassurant mais pour l’instant pas effrayant.
    Un peu plus sûrs d’eux Polo et Ici trottinèrent jusqu’au bout de la rue. C’était bizarre, c’était comme si la route s’arrêtait à l’horizon.
    Ils débouchèrent et là ! Quoi ? Ils virent quoi ? Ils découvrirent quoi ? Pour la 1ere fois de leur vie…

    L’océan !
    Un magnifique océan ! Ah ! C’est ça Ailleurs ?
    Ah ! c’est donc cette grande étendue d’eau que sa maman lui interdisait d’approcher. Elle lui avait toujours dit : Ne t’éloigne pas ! Tu fais juste le tour de pâté de maison, tu ne traverses pas et tu ne vas pas ailleurs.

  10. Son Ailleurs,
    partait dans le jardin
    jamais loin.
    [Ou bien dans le quartier des adverbes antonymes,
    qui, pour se distinguer jouaient leurs propres rimes.]
    Il était comme un chien,
    par sa laisse, bridé.

    Mais c’était sans compter
    sur son fidèle gardien,
    son voisin Le Lointain.
    Et sa bande de copains

    Avec son ami Partout
    Qu’il avait sous la main,
    Toujours les emmena
    Jusqu’à la Saint Glinglin.

    Plus tard, sur le champ
    ils virent Maintenant,
    Autour dans les parages,
    et Jamais sans relâche

    Pour l’heure, son Ailleurs
    revient de nulle part ;
    Pareil au chien fuyard
    la laisse lui fait horreur.

  11. Clémence dit :

    Son ailleurs n’allait jamais très loin. Il se contentait de faire le tour du quartier, tel un chien promené en laisse. C’était sans compter sur…

    Pastorale

    Bien campé sur ses godillots, la canne à la main et le galurin enfoncé sur sa tête, il n’allait jamais bien loin. Il se contentait de faire le tour de son village, aussi grand que son quartier.
    Il avait des yeux marrons, aussi battus que ceux d’un chien tenu en laisse par un quelconque Monsieur le Comte ! Mais c’était justement sans compter sur sa mémoire.

    Ce matin de juin, il emprunta le Vieux Chemin de Provence. Enivré des senteurs des thyms et des romarins, il laissait ses souvenirs se dérouler au rythme du claquement de sa canne sur la caillasse dorée.
    Sur le pont aux pierres grises et à l’arche unique, il traversa la rivière aux eaux turquoises, pareilles à celles du Verdon qui court plus haut, à la porte des Alpes.
    Rue de l’Escalier. Les marches sont amples et irrégulières.
    – Tiens, ils ont arraché les vieux plants de lavande… c’est dommage… Ils n’ont toujours fait revenir l’eau au vieil abreuvoir. Ils avaient pourtant promis….
    Rue du Marché.
    – La maison du coin est bien restaurée. Il était temps. Pour sûr, ce sont encore des Anglais ou des Allemands….
    Rue du Four.
    – Il n’y a pas longtemps, le fournil embaumait encore la baguette croustillante, les hommes du village s’y retrouvaient, comme au bistrot. Maintenant, la boulangerie est du côté de la rue des Remparts. Elle est jolie, la petite vendeuse…
    La Grand Rue.
    – Egale à elle-même…
    Elle ondule entre les façades ocres des maisons de villages, égayées de pots de géraniums, de lauriers-roses ou de rosiers grimpants.
    Le Campanile.
    – Un soir d’insomnie, j’ai compté le nombre de coups qui s’égrènent sur une journée. Il y a une formule mathématique, mais moi, j’ai fait des additions…
    La Porte et les Remparts.
    – Ah, peuchère, avant, bien avant….il fallait faire le guet, relayer les informations entre le sud et le nord du département…
    Le Château.
    – Il a créé une de ces querelles de clocher, celui-là, aux dernières élections municipales…
    Rue du Safranier.
    – Deux jeunes du village se sont lancés à nouveau dans la culture de l’or rouge…Je crois que ça marche bien pour eux. C’est du travail !
    L’herbe de la plaine est encore bien verte. Les oliviers ont fiers allure.
    – Ils ne les ont pas taillés cette année, la récolte sera bonne en hiver….
    La boulangerie.
    Il entre, achète une baguette et s’assied à la terrasse minuscule pour boire un café. Il grignote un bout de baguette. Le campanile tinte…

    Il se lève et s’en va rejoindre le Vieux Chemin de Provence.
    Tout est silence et l’air chaud embaume les fleurs d’acacias.
    Il avance. Il entend le sol gronder au bout du chemin. Il ne voir rien. Il écoute.
    Sonnailleur …
    C’est le départ de la transhumance.

    Clémence

  12. Levasseuri dit :

    Son ailleurs n’allait jamais très loin.
    Il se contentait de faire le tour du quartier, tel un chien promené en laisse.
    C’était sans compter sur sa femme qui le suivait partout et du matin au soir comme un toutou
    Si bien qu’à la fin de sa vie le couple aboyait à la mort toute les nuits de pleine lune;
    C’est ainsi que leurs voisins signèrent une pétition pour qu’ils aillent enfin se faire voir ailleurs

  13. Stephanie dit :

    Son ailleurs n’allait jamais très loin.
    Il se contentait de faire le tour du quartier,
    tel un chien promené en laisse.
    C’était sans compter sur l’amour et ses surprises.
    Ce matin-là au coin de la rue Michelet et du Boulevard de Strasbourg
    Il la croisa à contre-jour, il la voyait mal,
    mais il en était certain, c’était elle.
    Elle marchait au ralenti dans un grand manteau matelassé
    Il fit demi-tour et décida de la suivre
    A distance, il détailla sa silhouette
    son sac à mains, ses chaussures
    à la recherche d’un indice
    qui aurait pu le mettre sur la piste
    Etait-elle seule ? Habitait-elle la ville ? D’ou venait-elle ?
    Ou allait-elle ?
    Ses pas l’emmenèrent vers la mer,
    puis elle tourna brusquement à droite
    Sur la rue Galliéni, accéléra son pas.
    Il se tenait à distance,
    quand il la vit au loin
    entrer dans un immeuble.
    Où allait-elle ?
    Il attendit qu’elle disparaisse
    s’approcha de la grande porte verte.
    Devant l’interphone, il éplucha la liste des noms
    trouva le sien juste en dessous de celui de cette femme
    qu’il avait perdue de vue.

  14. durand dit :

    Son ailleurs n’allait jamais très loin. Il se contentait de faire le tour du quartier, tel un chien promené en laisse.

    C’était sans compter sur le quartier, plus d’un tour dans son sac, lassé de cet useur de pavé.

    Un jour qu’il suivait le cours des réverbères, le trottoir se déplia et l’emporta jusqu’à l’eau.

    Ce n’était pas bien gigantesque, juste une mare aux canards mais ça le changeait des caniveaux, des petites flaques entre les pavés déchaussés, toujours pour éviter de se mouiller les chaussures du dimanche.

    Ca faisait des clapotis gentils où barbotaient une cane et ses six petits. Au milieu, un nid cabane placé là par les hommes, histoire de domestiquer le paysage.

    Il s’assit sur une pierre, sortit le ballon de son imagination, en pinça la ficelle entre deux doigts.

    Clignant des yeux, il pressentit la lagune derrière l’horizon de l’eau. Une troupe de flamants rose y dessinait sa propre chorégraphie. Les grands oiseaux ratissaient le fond des sables, en sortait des étoiles de pierre, des crevettes sucrées. On aurait pu croire à la puissance de tous ces becs à gérer les marées. Et la mer n’en menait pas large, elle reculait.

    La ficelle fila un peu plus.

    Il voyait de minuscules ilots fatigués de surnager des coups du vent. D’énormes avions y déposaient des colonies de flamants. Ceux-ci labouraient le fond de tout ce qui traînait, en construisait de l’utile, une sobre digue naturelle. Les queues des crevettes maintenaient les futures dunes forçant les coups du vent à se cogner contre les nuages. Ca se terminait en douce pluie arrosant les herbes montantes, les graines d’une vie possible, à l’abri des folies.

    Il rouvrit les yeux, surpris que la ficelle ne possède pas de bout, que le ballon ne se soit pas envolé. Les petits canards nageaient gaiement. Tentaient de pincer la queue de leur avenir.
    Il leur sourit, rembobina toute la ficelle. Le temps s’avérait plus long, plus lent, plus consistant.

    A nouveau sur ses pieds, il chancelait un peu, tanguait d’un plaisir méconnu. Il sentait bien le nouveau introduit par la courbe du détour.

    Il savait maintenant qu’un autre ailleurs était possible. Pas de quoi se tailler un tour de leur monde. Esquisser déjà le croquis, la carte de son monde à lui!

    Pas énorme, l’ailleurs, non, juste un petit ailleurs à sa mesure.

  15. Jean Louis Maître dit :

    Son ailleurs n’allait jamais très loin. Il se contentait de faire le tour du quartier, tel un chien promené en laisse.
    C’était sans compter sur…
    Mais, sachez qu’en nouvel Oblomov, il avait d’abord entrepris et exécuté un voyage de quarante-deux jours autour de sa chambre. Comme une souris dans un grenier. D’où peut-être l’intérêt que Rosine lui prêtait matin et soir. Un voyage qui ne lui avait rien coûté, il faut dire.
    Et depuis quarante-deux nouveaux jours, il faisait le tour du quartier, promenant sa pâleur d’endive, tel un chien promené en laisse et qu’il aurait lui-même tenue à la main.
    De quarantaine en quarantaine, son horizon s’élargissait, il faut bien le dire, sans pour autant que l’envie le prît d’étendre davantage ses explorations.
    C’était sans compter sur…
    Mais sachez qu’il tournait seul dans le quartier, tandis qu’autour de sa chambre, Rosine l’avait accompagné. Sa chère Rosine, qui ne lui avait point offert de services, lui rendait le plus grand service qu’on puisse rendre à l’humanité : elle l’aimait jadis, et l’aimait encore aujourd’hui alors qu’il la laissait seule, le museau collé au carreau, attendant son retour en rythmant les heures des battements précipités de sa queue. Aussi, je ne crains point de le dire, il l’aimait avec une portion du même sentiment qu’on accorde à ses amis.
    Pourquoi ne l’accompagnait-elle pas autour du quartier où désormais il naviguait comme jadis autour de sa chambre ? Parce que chat et laisse ne font pas bon ménage, aussi voyageait-il seul désormais, se contentant, chaque soir de lui narrer, du fond de son lit, les palpitantes aventures qu’il avait vécues lors de sa circumnavigation. Celles-ci étaient si variées, si nombreuses, si nouvelles, chaque jour, qu’un volume ne suffirait pas à vous en offrir le récit. Du coup, vous me pardonnerez de ne point vous le faire ici.
    Xavier n’avait nullement fixé à quarante-deux jours le terme de cette nouvelle exploration. Il aurait pu y consacrer sa vie entière. Telle était d’ailleurs la pensée secrète qu’il n’avait pas encore formulée à Rosine. L’esprit constamment sollicité par ce que le quartier lui offrait, il savourait à l’avance le plaisir que lui procurerait le lendemain.
    C’était sans compter sur…
    Quand il regagna sa chambre, au soir du quarante-deuxième jour, elle crut qu’elle avait mal fait durant son absence, mais il faut avouer de bonne foi que le plus grand tort avait toujours été du côté de Xavier, et que Rosine avait toujours fait les premiers pas vers la réconciliation.
    Ce soir-là, comme lorsqu’elle avait été grondée, elle se retira tristement et sans murmurer : le lendemain, à la pointe du jour, elle était auprès de son lit, dans une attitude respectueuse, et, au premier mouvement de son maître, au premier signe de réveil, elle annonça sa présence par les battements précipités de sa queue sur la table de nuit. Il ne parut pas les remarquer.
    Ce matin-là, inhabituellement, il sortit avec une valise et laissa la porte de sa chambre ouverte. Ce qui ne laissa pas de surprendre Rosine qui suivit son maître à quelques pas, sans manifester sa présence. Il faut dire que si, comme à son habitude, elle avait fait, ce matin-là, les premiers pas vers la réconciliation, encore qu’elle n’eût pas conscience d’avoir, la veille commis quelque faute, Xavier, quant à lui, ne semblait pas lui avoir prêté la moindre attention et avait quitté la chambre, valise à la main, sans même la gratifier d’un regard.
    Et c’est dans un sentiment mitigé de grande liberté et d’incompréhension totale qu’elle descendit les marches à sa suite.

    – Quarante-deux jours, pension complète. Pour deux. Bon voyage Monsieur.
    La porte de l’agence de voyage se referma derrière Xavier.
    Il n’était pas seul.
    Rosine avait passé le museau par l’entre bâillement du porche d’entrée. Elle put voir
    Xavier s’engouffrer par la portière d’un taxi à la suite de deux jambes fuselées dont il ne lui avait jamais parlé.
    Elle vécut cette nouvelle quarantaine, dans une solitude profonde et un long ennui à peine troublés par la sollicitude de voisins qui vinrent remplir son assiette.
    Au soir de cette troisième quarantaine, Xavier revint. Seul. La queue basse. Et maintenant, il n’était plus rien pour tout ce monde, qui avait oublié jusqu’à son nom.
    Enfin, s’il eût parlé chat, il l’aurait reconnu dans les miaulements de Rosine.
    Sans l’aimable autorisation de Xavier de Maistre qui avait assez d’humour, je crois, pour me pardonner quelques volontaires emprunts…

  16. claire vanquaethem dit :

    Par exemple, il ne supportait pas de louper un rendez-vous.

    Il était OBLIGE d’y aller, ne serait-ce que pour marquer son respect envers la personne qui l’attendait.

    Mais à force de les cumuler, ces rendez-vous, il en avait oublié son équilibre. D’où son arrêt forcé, à l’hôpital, et son obligation à respecter son propre rythme.

    Il avait supprimé plusieurs de ses entrevues, il avait supprimé ses newsletters, et était revenu à sa passion première : la lecture..

    Il lisait sur des supports différents, à propos de tous les sujets… ça sollicitait moins son cerveau, demandait moins d’énergie… et finalement c’était ce qu’il lui fallait pour éviter que son cerveau « n’explose », comme la dernière fois.

  17. Christophe Le Sauter dit :

    Sean Ailleur n’allait jamais très loin. Il se contentait de faire le tour du quartier, tel un chien promené en laisse. C’était sans compter sur ses anciens collègues des renseignements généraux. Alors qu’il commençait à couler une retraite tranquille près du bois de saint Cucufa, (que Joséphine de Bonaparte avait acquis en 1799 après que Napoléon 1ER lui ai cédé le château de Malmaison malgré son divorce, mais ça c’est une autre histoire) il fut dérangé de façon un peu cavalière. Ce fut René qui prit contact avec lui, accompagné de Paul. Les deux hommes l’avaient pris au saut du lit. Certes ils avaient amené des croissants et Sean adorait les croissants, mais tout de même débarquer comme ça sans prévenir. Il les fit rentrer et malgré tout, était drôlement content de les revoir. Ils étaient les trois agents qui avaient été recrutés les premiers de leur réseau, pour former cette brigade spéciale qui devint fameuse par la suite.
    Ils avaient eu, tout d’abord comme nom de code « les yeux », par égard à leur mission de surveillance. Puis pour rigoler comme d’habitude, ils s’étaient eux-mêmes surnommés « les illeux », puis devinrent « les sieurs » parce qu’ils avaient une certaines classe et finalement le chef coupa la poire, normal c’était le chef, ils s’appelèrent « les illeurs ». Sean lui, fut le premier à être recruté, ainsi son patronyme constitué avec l’ordre alphabétique devint Ailleur, René le deuxième devint Bailleur et pour créer un peu de confusion chez l’ennemi si jamais ils étaient découverts, le troisième, Paul, ne s’appela pas Cilleur mais Dailleur. On reconnaissait bien là, tout le professionnalisme de l’élite de l’espionnage.
    Leurs différentes missions furent très dangereuses tout au long de leur carrière, mais toutes furent menées à bien sauf peut-être celle dans les Alpes, ou Skilleur s’emmêla les spatules. Il y eut quelque dérapage, quand Pilleur, voulu ramener un butin de Belgique. On dû faire appel à Meilleur pour étouffer l’affaire. Heureusement le président n’en su jamais rien, on dépêcha Rilleur pour lui raconter une histoire plus légère.
    Aujourd’hui la nation avait besoin d’Ailleur et de ses compagnons pour reprendre du service. En effet la nouvelle garde les Douilleurs ainsi nommée en référence aux nouvelles cartouches qui ne laissaient pas de douille une fois tirées, n’étaient pas du premier choix. Ils faisaient souvent des erreurs. Ils étaient surnommés et les “Glans“ et avaient un poil dans la main selon la rumeur du ministère.
    L’heure était grave et le pays avait besoin des illeurs, pour épauler le chef d’état. Il n’en restait plus que trois et Sean hésitait.
    Sean Ailleur fut convaincu de reprendre du service quand ses camarades lui dirent, que la profession s’était ouverte aux femmes. Le nom de code du réseau avec lequel ils travailleraient était les illeuses en hommage aux illeurs. Il en fut très touché. Il ferait équipe avec une jeune recrue nommée Merve, très prometteuse selon des sources sûres.
    Pour une mission secrète qui devait prendre l’ennemi par surprise, l’heure de l’intervention ne fut révélée à personne. Élément capital car leur action était supposée de tous, à tel point que l’on redoutait qu’une taupe n’informa le camp d’en face. Seul cet élément horaire pouvait leur donner l’avantage. L’agent double étant dans l’ignorance ne put transmettre que leurs noms de code, Veilleuse et Veilleur.
    On ne sut jamais ce qu’il advint de ces deux espions.

  18. Isabelle D dit :

    Son ailleurs n’allait jamais très loin. Il se contentait de faire le tour du quartier, tel un chien promené en laisse. C’était sans compter sur elle, évidemment. Certains commencent à me connaître.

    Claudia n’avait rien à envier à ses copines. Certes plus petite, elle n’en était pas moins maline que les autres. Elle avait grandi dans une famille de six enfants mais, elle ne s’était pas laissée faire. Elle s’était imposée et avait réussi à faire son trou, comme on dit.

    Oncle Jules, lui, était assez casanier. Il commençait à prendre de l’âge et perturber ses petites habitudes revenait à commettre un acte répréhensible. Il mangeait à heure fixe, ses horaires de sieste étaient déterminés à l’avance. Et depuis des années, la balade qui passait derrière la maison de Madame Grandjean et continuait après celle de Monsieur Demange, ponctuait ses après-midi. Son fidèle Yoda l’accompagnait généralement. Mais aujourd’hui, il ne se faisait plus tout jeune non plus, et l’avait abandonné. Cependant, même dans ces cas-là, qui arrivaient malheureusement de plus en plus souvent, Oncle Jules se forçait à pratiquer son exercice régulier pour ne pas perdre la forme.

    Il avait passé la plupart de son existence en ville, à sillonner les rues, à la recherche de quelque chose qu’il n’avait finalement jamais trouvé. Il avait donc décidé à présent de profiter pleinement de sa retraite dans la campagne vosgienne. Pas besoin de courir au bout du monde, l’air pur qu’il respirait sur le balcon et le paysage qui s’offrait à ses yeux lui suffisaient amplement. La famille lui rendait visite régulièrement. Nourri, logé, blanchi. Il ne se souvenait pas, même en remontant à un passé lointain, avoir été aussi gâté par la vie. Alors que demander de plus ?

    Claudia, elle, sortait plutôt la nuit. Mais il fallait bien qu’une exception confirme la règle. Aujourd’hui, elle avait faim et il n’y avait plus rien dans le garde manger. Cela l’agaça, elle s’était faite prendre à son propre piège. Car Claudia n’aimait pas se montrer la journée. Bien qu’elle soit plutôt fine, elle avait peur d’être la cible d’agresseurs potentiels. Elle était dans la fraicheur de l’âge, donc attirante. Elle n’avait pas encore d’enfants. Et ce qu’elle appréciait, c’était s’amuser.

    C’est presque devant la maison d’Oncle Jules que leurs regards se croisèrent. Immédiatement effrayée, Claudia n’eut pas le temps de sauver. Oncle Jules lui avait déjà mis le grappin dessus. Elle résista.
    – Pourquoi tu veux t’en aller déjà ? On pourrait faire connaissance, tenta-t-il.
    Connaissance, quelle drôle d’idée ! Depuis la nuit des temps, ses deux animaux là ne faisaient pas bon ménage. Pourquoi fallait-il que ça tombe sur elle et que ça commence aujourd’hui ?
    – Je crois que je n’ai pas vraiment le choix…
    Ils firent un bout de chemin ensemble en discutant jusqu’au moment où Claudia lui expliqua qu’il fallait qu’elle continue par la forêt pour aller voir son cousin Mulot. Elle était toujours affamée et n’avait rien trouvé à se mettre sous la dent. Ce dernier aurait bien la politesse de l’inviter à casser la croûte.
    – Dans la forêt ? Je crains qu’on s’inquiète chez moi.
    – Tu veux dire que depuis que tu habites ici, tu ne t’y es jamais aventuré ?
    – Ma foi, non. Jamais eu l’envie, ni l’audace.
    Et c’est ainsi que depuis ce jour, Claudia, constamment escortée par Oncle Jules, termina ses jours paisiblement. Quant à lui, il finit par toucher du doigt ce qu’il avait toujours espéré. Cet ailleurs qu’il avait sous les yeux lui tendait les bras depuis le début. Comme quoi, parfois, il faut seulement attendre que la vie vous donne un coup de pouce pour réaliser les choses.

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