Exercice inédit d’écriture créative 153

BorsalinoC’était un vieux Borsalino abandonné sur un porte manteau, au fond d’un bistrot
Un parvenu, qui méprisait écharpes et bonnets depuis qu’il avait joué les premiers rôles dans des films à succès
Jusqu’au jour où un petit chapeau de femme…

8 Responses

  1. Clémence dit :

    C’était un vieux Borsalino abandonné sur un porte manteau, au fond d’un bistrot .Un parvenu, qui méprisait écharpes et bonnets depuis qu’il avait joué les premiers rôles dans des films à succès . Jusqu’au jour où un petit chapeau de femme…

    Ah, ce Borsalino abandonné quelle histoire ! Elle mérite vraiment d’être contée. Mesdames et Messieurs, prenez place…

    La maison de Mira était installée comme un chapeau pointu au milieu d’un jardin fleuri. J’aimais en pousser le portillon, où une clochette dansait au-dessus de la pancarte :
    « Mira, modiste et chapelière »

    Je m’asseyais sur un tabouret, les yeux émerveillés par les gestes de Mira et les trésors de son atelier. Ce qui était surprenant, au milieu de ce joyeux tintamarre, c’était le planisphère affiché entre les deux fenêtres. De petits drapeau étaient plantés de par le monde et un fil conduisait à une minuscule affiche avec un texte et une illustration.

    « Raconte-moi, Mira, raconte encore l’histoire de ce Borsalino que tu as trouvé à Bruxelles… »

    Et Mira racontait, ses yeux bleus voyageant dans le temps et parmi les étoiles…

    « Ah, ces Borsalino, ils ont eu vite fait d’oublier d’où ils venaient, tout comme leur créateur… sur la paille du clapier pour l’un car c’était son logis, pareil pour l’autre mais en raison d’un revers de fortune…Ils sont devenus assez rapidement insupportables. Ils se prenaient la grosse tête depuis qu’ils fréquentaient les personnalités connues et reconnues.
    Non contents de la gestuelle élégante pour se planter sur le chef, ils exigeaient très souvent la panoplie complète : imper mastic sanglé à la taille, regard sombre, cigarette, un verre de whisky et une jolie femme à porté de main… »

    – Et alors…

    « Alors, ils connurent une concurrence sans pareille à l’Exposition Universelle de Paris en 1855 avec la présentation du Panama : une merveille, aux origines modestes mais qui a su gravir tous les échelons de la renommée ! Il était frais, léger, seyant tout autant aux travailleurs qu’aux oisifs… »

    – Et alors, raconte, Mira, raconte…

    «  Depuis très longtemps, au Beausset, dans le Var, tout comme dans les Andes, vivait un autre petit chapeau tout rond, tout dodu. Il se poussait tranquillement et confortait sa place en se hissant sur les têtes des hommes et des femmes. La City et le monde du spectacle lui ont accordé une place d’honneur. »

    – Et puis, raconte, raconte le bal….

    « Un beau jour, las d’entendre toutes ces têtes pérorer à propos de leurs chapeaux plus élégants les uns que les autres, Monsieur Haut-de Forme eut l’idée d’organiser un Gala à Bruxelles, chacun étant prié de venir en tenue et chapeauté.
    – Rira bien, qui rira le dernier ! se disait Monsieur Haut de forme en se frottant les mains aux gants beurre frais. Il espérait secrètement que les Borsalino prendraient une raclée….
    Quelques bouteilles de champagne plus tard, ce qui devait arriver arriva. Les chapeaux commencèrent à se toiser, à se snober, à se lancer à la tête tous les noms de poil et de bête.
    Leur querelle s’enflamma dangereusement lorsque parut haut perché, un charmant bibi aux yeux pétillants et au nez retroussé, toute de rose vêtue… »

    – C’était toi, Mira, c’était toi, hein, dis-moi que c’était toi….

    Le visage de Mira s’illumina d’un sourire espiègle….

    Lorsque plusieurs larrons se querellent pour une Belle, il en arrive toujours un autre, bien plus malin qui emporte la Belle ! Celui-ci avait une bonne tête et une superbe casquette…
    Le regard de Mira glissa vers un petit guéridon où trônait, dans un cadre d’argent, une photo jaunie…

  2. durand dit :

    De rien Sabine! Vive toutes les langues, tous les dialectes, tous les patois, tous les

    jargons, tous les idiomes, toutes les parlures du temps et de l’espace!

    Jean de Marque dit Durand!

  3. Sabine dit :

    C’était un vieux Borsalino abandonné sur un portemanteau, au fond d’un bistrot. Un parvenu, qui méprisait écharpes et bonnets depuis qu’il avait joué les premiers rôles dans des films à succès.
    Jusqu’au jour où un petit chapeau de femme, un bibi très séduisant, vint s’installer à ses côtés. Ni une ni deux, Borsalino tomba sous le charme de Bibi et vice-versa. Ils firent l’amour tous les lundis à huit heures. C’est le jour et l’heure où le marin-pêcheur vient boire son petit blanc. Il accroche infailliblement son caban au portemanteau, recouvrant ainsi Borsalino et Bibi qui, ainsi cachés des regards pervers, s’en donnent à cœur joie.
    Quelques semaines plus tard, on vit alors naître sur le portemanteau un nouveau chapeau, puis un autre, puis un autre…
    Dans le bistrot, plus de place au portemanteau. On mettait son habit sur le dossier de sa chaise et son chapeau sur la banquette. Et tous les chapeaux mâles et femelles oubliés firent des petits, eux aussi. Plus vite que ceux du portemanteau, car ils étaient à l’abri grâce aux nappes.
    Dans le bistrot, on ne trouvait plus que des chapeaux de toutes les tailles, toutes les couleurs, toutes les formes.
    Vous vous en doutez, le bistrotier changea d’enseigne et devint chapelier. Il fit fortune, bien sûr.
    ©Margine

  4. Sabine dit :

    Merci « Durand » pour cet air de chti qui est ma « langue natale ».

  5. ourcqs dit :

    C’était un vieux Borsalino abandonné sur un porte manteau, au fond d’un bistrot
    Un parvenu, qui méprisait écharpes et bonnets depuis qu’il avait joué les premiers rôles dans des films à succès
    Jusqu’au jour où un petit chapeau de femme… fut accroché négligemment, sans le moindre regard pour ce feutre, disons un peu daté, d’accord il eut de belles années, mais aujourd’hui pas très séduisant ! Profondément vexé par cette allure dédaigneuse par son indifférence, il se redressa pour faire du charme à ce ravissant panama enfoulardé élégamment. Il commença à évoquer les grands prix hippiques où tous les deux paradaient de longs dimanches, les garden parties célèbres et très courues, il devînt intarissable et son voisin se souvînt avec ironie, des autres couvre-chefs plus ou moins tape-à-l’oeil et souvent de très mauvais goût, des canotiers, bibis ridiculement sophistiqués, aux melons ou hauts-de-forme trop chics ! Ils partageaient les souvenirs des sensations vertigineuses des longues virées en décapotable dans le vent, le soleil, et la séduction. Que dire des interminables chevauchées dans les forêts, fameuses parties de chasse C’était la belle vie, mais le Panama assure que maintenant en gentlewoman farmer , il retrouve des moments de calme, de sérénité, des balades aux longues soirées, posé au coin du feu. Après son départ,les bonnes choses ont toujours une fin, le Borsalino désespéra de pouvoir continuer à rêver, mais dans un élan de sagesse il considéra ses autres voisins avec curiosité, et réalisa que bérets, casquettes , bonnets et bobs avaient sans doute des vies étonnantes, peut-être passionnantes, et le porte-manteau au fond du café devînt un vrai perroquet pour cloches et galurins, abandonnés ou pas, bavards et pleins d’humour !

  6. durand dit :

    C’était un vieux Borsalino abandonné sur un porte manteau, au fond d’un

    bistrot. Un parvenu qui méprisait écharpes et bonnets depuis qu’il avait joué les

    premiers rôles dans des films à succès. Jusqu’au jour où un petit chapeau de

    femme vint s’accouder au zinc.
    C’était un bibi, un couvre sans chef…un capiau quo!

    Elle ravise el doudouche sur sin piquet!

    – Bonjour tésote…ben tu m’reconnos point ?

    – Pardon Maidaimeuh…?

    – Pas de Maidaimeuh entre nous, fieux! Mi, c’hest Georgette! Tu m’reconnos

    point ? Pourtant os avons fréquenté des plateaux communs.

    – Parrdhon ?

    – Vin de diousse, t’es devenu yoyot ou quo ?

    – Paardhon…Maidaimeuh…serais ce avec Moah que vous souhaitiez palabrer ?

    – Ben ouaih eh nique-doule, j’va pas jacter avec el tab’!

    – Oui, bien, plaît’il…pourquoi diable serions nous éventuellement assujettis à

    un quelconque échange d’éléments linguistiques ?

    – Tu t’ souviens même pu qu’on a ouvragé ensemble, hein…. Avec Clément,

    Godardasse, Déraille, Antonionette, Lautnerf…et le Vichconti ? Tu t’souviens pu,

    t’as du mou din tiête?

    – Vos allusions porteraient ‘elles sur une collaboration quelconque de votre part

    au sein du monde enchanteur du cinéma ?

    – Beh oui…eh babache, Georgette…la doublure…c’était misote! Dans « La

    Piscine », l’bonnet d’bain ed Romy, ch’étoét mi. Dans « Le gland du sicilien », j’faiso

    l’capote. Quant aux « Seins de glace » chétot pas el même ginre ed bonnet…eh

    eh eh!…mais ch’étoét mi auchi!

    – Oui..oui…Maizalors…pour qui désirez vous un Aurthograffe, témoignage

    indélédébile de mon insurmontable talent ?

    – Perdon, mi jin veux po eut ‘tin crobard! Tu sros po devenu un peu con comme

    un ramon! Dinl ‘ temps, tu rchigno po sur eune tiote bistoule avec la Georgette,

    même quant el jus, chétoét del chirloute. J’em demande chi t’es benache dans

    tes loques ?

    – Excusez moi… Maidaimeuh…mais je ne pense pas que nous ayons la même

    valeur!

    – Gaffe à tisote! Ave ed tronche ed chicon, t’es mûr pour el’ musée Grevin!

    Eh…n’oublie point:  » Quind in pète plus haut qu’sin cul, in s’fait un trou dins

    l’dos ».

    (Pour des problèmes aigus de traduction, merci de consulter l’ouvrage de

    Laurence Bril, le Parler Chti, en vente dans toutes le bonnes librairies pour la

    modique somme de 6€. Pour les pressés, les pauvres ou les radins, vous

    pouvez me consulter entre 12h et 12h30).

    A l’arvoïure!

  7. Véronique dit :

    C’était un vieux Borsalino abandonné sur un porte manteau, au fond d’un bistrot.
Un parvenu, qui méprisait écharpes et bonnets depuis qu’il avait joué les premiers rôles dans des films à succès. 

    Jusqu’au jour où un petit chapeau de femme vint lui effleurer l’étoffe.

    Au premier contact il ne prêta guère attention à ce léger frottement.
    Il avait l’habitude.
    L’hiver on lui collait des gros galurins pas très propres qui l’étouffaient et l’été la paille des canotiers le faisait frissonner.
    Il était presque allergique et il était à deux doigts d’éternuer comme pour un rhume des foins.
    Mais cette fois-ci, ni galurin, ni canotier, juste une petite cloche en coton qui s’était comme envolée pour se poser sur son rebord.
    Cette petite touche fut des plus agréables mais c’est surtout l’odeur qui l’interpela.
    Il était habitué à des vapeurs d’expresso et de croissant chaud le matin.
    Il y avait bien de temps en temps des petits souffles fleuris quand une dame s’asseyait sur la chaise à côté du porte-manteau. Mais là il s’agissait d’une autre fragrance.
    Un nez averti aurait pu y trouver du muguet, de la violette et du musc.
    Oui c’est ça du musc, cette odeur chaude et douce qui donne aux tissus et à certaines peaux une sensualité digne des contes de mille et une nuits.
    Il était tout émoustillé et d’aussi loin qu’il s’en souvenait, il n’avait pas eu pareil frisson depuis Ingrid Bergman dans Casablanca.
    Bogart lui même avait senti cette douceur mielleuse quand la belle suédoise avait voulu l’embrasser. La température de son cuir chevelu avait légèrement augmenté pour ne pas dire autre chose.
    Enfin bon, Bogart était mort, Ingrid n’allait pas mieux mais l’odeur était la même. Notre Borsalino tenta une approche digne de Belmondo dans le Magnifique.
    Il aplatit son bord d’un léger mouvement de calotte et put ainsi presque coiffer sa nouvelle rencontre.
    – Vous venez souvent ici ?
    – Euh, non… c’est la première fois je crois.
    – Vous connaissez du monde ?
    – La grande brune là-bas. Je lui couvre la tête quand elle ne m’enfonce pas dans son cabas.
    – Ah bon ? Vous n’êtes pas toujours sur sa tête ?
    – Non, rarement en fait, je ne sais pas pourquoi elle me trimbale. J’ai plus l’impression d’être un chiffon. Et vous c’est qui votre chef ?
    – Euh… ben il est parti un jour et je l’attends. Il va revenir… sûrement.
    – Ça fait longtemps ?
    – Un peu oui, trois ou quatre saisons d’écharpes qui grattent et trois ou quatre de canotiers qui font éternuer. Il a dû se perdre.
    – Je vous tire mon chapeau… et vous n’avez pas eu envie de partir depuis tout ce temps ? Chercher à retrouver votre tête ?
    – Si, mais tout seul…
    La douce et jolie cloche en coton marqua un temps d’hésitation. Elle pressa son ourlet rembourré sur le vieux feutre du Borsalino et prit son courage à deux bords.
    – Et si on partait tous les deux ? Si on s’évadait ? On ne doit rien à personne. Vous, il est parti, il s’est perdu ou il vous a oublié et moi, elle ne va pas me voir et va se dire que je suis au fond de son cabas. D’ailleurs c’est un signe. D’habitude elle ne me pose pas sur les porte-manteaux. Elle me fourre dans son sac. On était faits pour se rencontrer aujourd’hui.
    Notre Borsalino était tout perturbé. Il n’avait pas bougé depuis longtemps. Ça faisait des lustres que personne ne l’avait pas pressé ainsi. Que faire ? Il était bien tenté, il faut l’avouer. Et cette odeur, cette fraicheur, cette vivacité, cette jeunesse l’avaient réveillé. Honnêtement il ne se voyait pas rester là après une proposition pareille. Il avait déjà pensé à partir mais tout seul, il s’était senti tout mou. Là il n’avait plus de raison de se désister, il fallait y aller.
    – Ok on y va !
    – Génial ! C’est parti mon bibi !
    Nos deux tourtereaux se collèrent l’un à l’autre et se glissèrent sous un gilet de soie. Autant voyager dans le luxe ! Quand la propriétaire de cette belle étoffe vint prendre son bien, les deux amis se laissèrent tomber sur le sol. Borsalino veilla à tomber bien à plat pour amortir la chute de sa cloche mais aussi pour l’empêcher de se salir.
    Et comme par magie, la porte s’ouvrit, une rafale de vent chaud s’engouffra dans le bistrot. Tout le monde cria car les nappes en papier se soulevèrent et les notes s’envolèrent. Seuls nos deux jeunes amants restèrent silencieux pour mieux disparaître et garder leurs forces pour s’envoler au loin.

    On ne sait pas ce qu’ils sont devenus. On ne sait pas si la grande brune a cherché sa cloche. On ne sait pas non plus si Borsalino a cherché celui qui l’avait abandonné ou qui s’était perdu.

  8. danielle 78 dit :

    Je me sentais bien seul et abandonné. Mes seuls compagnons étaient de vulgaires écharpes et bonnets de laine. Nous n’étions pas du même monde ! Du temps avait passé depuis qu’un ingrat m’avait abandonné, là, sur le porte manteau dès les dernières prises de vues venues. J’avais d’abord cru à un oubli et j’ai attendu son retour. J’ai dû affronter la vérité, il m’avait déposé sans un regard, sans un regret. J’ai essayé de lui trouver des excuses : la fin d’un film c’est la fin d’une histoire. Il ne voulait pas s’encombrer d’un témoin de son éphémère lumière craignant peut-être l’obscurité de sa vie loin des projecteurs. Ca ne m’a pas aidé, loin de là ! Je m’enfonçais inexorablement dans le grand vide d’une profonde mélancolie. Les nuits succédaient aux jours, je m’imprégnais d’un parfum désagréable de tabac froid et de conversations de comptoir, j’étais sans usage, seulement réceptacle des solitudes humaines qui venaient dans ce bistrot noyer leurs chagrins dans la chaleur d’une rencontre et quelques grammes d’alcool. .C’est alors qu’est entrée une jeune femme bien triste et bien mouillée. Une parmi d’autres me direz-vous. Oui, mais celle-là avait la tête surmontée d’un petit bibi qui ne ressemblait pas à sa propriétaire. Un vrai rayon de soleil, une rondeur, une douceur, un éclat qui a réveillé mon cœur de vieux Borsalino. Je me suis ébroué, ai offert mon meilleur profil en priant le ciel que la dame ait la bonne idée de déposer son chapeau près de moi. Oh miracle, l’adorable chapeau se retrouve à mes côtés. J’engage la conversation, demande des nouvelles de la ville. Mon feutre a l’air de ne pas déplaire au cuir de ma voisine. Les paroles s’enchaînent et se répondent. C’est un moment suspendu qui me redonne vie et entrain. Pleins d’émotions se bousculent, l’espoir que cette rencontre s’éternise, la crainte que la propriétaire récupère trop vite son chapeau… Au diable l’avenir, ce moment est unique et je vais le vivre pleinement. Une petite fable traîne cependant dans ma tête, et si la pluie cessait et que ma nouvelle amie soit, elle aussi, oubliée sur le porte manteau de notre rencontre…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Répondez à ce calcul pour prouver que vous n'êtes pas un robot *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.