Exercice inédit d’écriture créative 116

a un tournat de ma vieJe m’en souviendrais toujours.
J’étais à un tournant de ma vie. Fallait-il accélérer ou ralentir ?
Je l’ignorais.
J’ai regardé à droite puis à gauche, aucun flic en embuscade.
L’occasion ne se représenterait peut-être pas. J’ai…

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16 Responses

  1. Clémence dit :

    Je m’en souviendrais toujours. J’étais à un tournant de ma vie. Fallait-il accélérer ou ralentir ?
    Je l’ignorais. J’ai regardé à droite puis à gauche, aucun flic en embuscade.L’occasion ne se représenterait peut-être pas.

    J’avais passé depuis bien longtemps l’âge des « interdits » et des « obligés »
    – interdit d’être en demi teinte, c’était noir ou blanc,
    – interdit de prendre la tangente, c’était ouvert ou fermé
    – interdit de me tromper…
    – obligé de réagir très vite,
    – obligé de résultat,
    – obligé de ….

    Aujourd’hui, je n’avais plus besoin de parents, de gendarmes ou de quoique ce soit pour savoir ce qu’il fallait faire ou ne pas faire. J’étais adulte et autonome avec un A majuscule.
    Je décidais de ce que je ferais ou non. Je le ferais – ou non – en toute connaissance de cause et non par crainte d’un quelconque jugement ou d’une sanction venant d’ici ou d’ailleurs, d’en haut ou d’en bas.

    Ma fierté était d’être devenu indispensable. Et pourtant, de signes infimes commencèrent à m’alerter : des soupirs, des tapotements, des mouvements d’humeur…

    C’est ainsi qu’un soir, je me rendis compte que j’étais arrivé à un tournant de ma vie. Je me demandais ce que j’avais à faire de mieux : accélérer ou ralentir.
    Globalement, les deux solutions étaient intéressantes. Afin de faire le bon choix, je me créai un tableau Excell avec avantages/inconvénients pour les deux options. Egalité.

    Pour trancher, je sortis de ma mémoire, cette citation de Jean Anouilh : « C’est très joli, la vie. Mais cela a un inconvénient, c’est qu’il faut la vivre. »

    Ainsi donc, en un paradoxe magistral, ma vie réunirait les deux mouvements et je m’engagerais sur les chemins de traverse.
    Je pris la nuit entière pour recharger mes batteries.
    Au petit matin, avant même l’ouverture de la fenêtre, j’étais prêt !
    Ouvrir le couvercle: accélérer
    Capter le réseau : ralentir
    Ouvrir la fenêtre : accélérer
    Moteur de rechercher : ralentir
    Messagerie électronique : accélérer
    Traitement de texte : ralentir : effacer au lieu d’écrire, accélérer : supprimer au lieu de sauvegarder, ralentir : intervertir les lettres du clavier, accélérer : changer les polices, , ralentir : changer la langue, accélérer : couper au lieu de coller, ralentir : sauvegarder nulle part…
    Impression : accélérer : en chinois, en javanais, en éthiopien. En français : ralentir.
    Mise en veille : accélérer
    Reprise : ralentir.
    La sarabande dura toute la journée.
    Le soir venu, mon utilisateur se servit de sa tablette pour commander mon modèle supérieur. J’allais enfin ralentir avec une retraite bien méritée…. Ralentir, ralennnnntir, ralennnnnnnntir, raaaaaalaaaaantiiiiiiiir…….

    Ralentir ? Une petite dame, fraîchement retraitée, s’empara de moi et se mit à taper en accéléré.
    Elle écrivait son premier roman : « J’étais à un tournant de ma vie. L’occasion ne se représenterait peut-être pas…. »….

  2. Sabine dit :

    Je m’en souviendrais toujours. J’étais à un tournant de ma vie. Fallait-il accélérer ou ralentir ? Je l’ignorais. J’ai regardé à droite puis à gauche, aucun flic en embuscade. L’occasion ne se représenterait peut-être pas. J’ai appuyé sur l’accélérateur. L’aiguille montait doucement mais régulièrement. J’allais si vite que ma voiture décolla. Je me retrouvai au ciel. Mon voyage me plut tellement que j’y suis restée six mois avant de redescendre. Mais ne comptez pas sur moi pour vous raconter ce voyage extraordinaire. Parce que ces six mois-là, c’est six mois de coma après que ma voiture se soit envolée par-dessus la rambarde de sécurité.
    C’est aujourd’hui que je suis vraiment à un tournant de ma vie. Elle redémarre sur les chapeaux de roues de mon fauteuil roulant.
    Si seulement il y avait eu un flic en embuscade ce jour là….
    ©Margine

  3. Françoise - Gare du Nord dit :

    Je m’en souviendrai toujours.
    J’étais à un tournant de ma vie. Fallait-il accélérer ou ralentir ? Je l’ignorais.
    J’ai regardé à droite puis à gauche, aucun flic en embuscade. L’occasion ne se représenterait peut-être pas.

    Trois jours plus tôt, j’avais, enfin, abandonné ce satané A que je portais, comme une croix, sur mon derrière depuis trop longtemps. J’ai alors décidé de changer de direction, d’emprunter le sens giratoire dans le sens inverse des aiguilles d’une montre puis la bretelle d’autoroute à contre-sens.

    Toute ma vie j’avais obéi aux codes et aux consignes, parfois contradictoires, satisfait aux obligations et respecté les interdictions.

    Mon éducation avait été extrêmement stricte voire rigide, à l’image de ma colonne vertébrale contrainte, par le port d’une ceinture présumée de sécurité, à une douloureuse rigidité. Ma vie scolaire s’en trouva forcément affectée et j’étais sans cesse sous les injonctions de mes parents qui me harcelaient afin que je ne double jamais.

    Je ne pouvais prendre mon temps, rêver, c’était toujours « Bouge-toi de là, tu n’as pas vu le stationnement interdit ? » ou encore « Mais dépêche-toi, plus vite… ». Dans le même temps, je ne devais surtout pas brûler les étapes, aller trop vite en besogne. Car il me fallait respecter les sacro-saintes limitations de vitesse.

    A l’adolescence, à l’heure des premiers émois du cœur et des premières revendications des hormones mâles, d’innombrables sens interdits avaient perturbé et même réfréné ma sexualité.

    Dans le même temps, ma conscience politique était, en raison d’un atavisme familial d’obédience radicale, très limitée et orientée uniquement vers le centre puisqu’il m’était formellement interdit de tourner à droite et à gauche.
    Par peur du gendarme, ma vie n’était devenue qu’une longue ligne droite dépourvue de virages, d’ornières et de dos-d’âne mais en revanche encombrée de ralentisseurs et de panneaux de prudence. Puis la chaussée s’était rétrécie et j’avais, depuis quelques temps, l’oppressante impression de me diriger vers une impasse.

    Alors j’ai décidé affronter la vie sans être protégé, même par une carapace de métal. Je suis descendu de voiture car j’aspirais désormais à ne plus vivre comme un dégonflé.

    En traversant la chaussée, sur un passage piétonnier, pourtant protégé par des feux, le petit bonhomme vert à cet instant-là, j’ai été heurté par une voiture arrivée à tombeau ouvert.
    Et j’ai crevé !

    In « Mémoires d’un jeune homme dérangé »

  4. isabelle hosten dit :

    Je m’en souviendrais toujours.
    J’étais à un tournant de ma vie. Fallait-il accélérer ou ralentir ?
    Je l’ignorais.
    J’ai regardé à droite puis à gauche, aucun flic en embuscade.
    L’occasion ne se représenterait peut-être pas. J’ai jeté un oeil à la carte postale de ma vie. Des fêtes bariolées d’alcool et de filles faciles, quelques lignes blanches franchies, plutôt sniffées, des liasses de dollars sur des tables de poker glauques, l’extension du domaine des possibles en kaléidoscope. Elle était là, avec sa bouche pomme d’amour, ses cils comme des toboggans où je me serais bien laissé glisser, son carré taillé à la règle de Nefertiti. Moi je la regardais, un Grominet lorgnant son Titi. Je la voulais, son corps porcelaine sous mes mains de bandit, son rire qui me fêlait le coeur, et puis son ventre, un aérodrome du désir que j’imaginais sans peine s’arrondir avec mes gènes à l’intérieur. Cette fille, c’était le silence après l’ouragan, la part des anges d’un cognac hors d’âge. C’est simple, même le soleil ne lui faisait pas d’ombre. Et la certitude que près d’elle, juste à côté, sans dire un mot, je devenais meilleur. Alors j’ai pris mon courage entre les dents, comme d’autres auraient pris les jambes à leur cou. J’ai improvisé parce qu’il n’y avait pas de plan. J’aurais pu lui sortir le grand jeu, des cailloux dans des boites griffées, un truc bien brillant qui me ressemblait. Mais ça, c’était avant.
    Il neigeait ce soir là sur Times Square. La lumière, elle était partout sur les murs. Et à mon bras aussi. Je suis juste tombé à genoux devant elle. Elle a rit, elle a demandé ce qui m’arrivait. Moi j’étais le nain de Blanche Neige, le Seigneur du château sans princesse. Alors j’ai dit: « Epouse moi ».

  5. ourcqs dit :

    ….. j’ai regardé à droite, à gauche, l’occasion ne se représenterait peut-être pas ..

    plus de contraintes, plus de barrières, seule à 3000m, je me lançais dans les bras

    spiraux de la voie lactée .C’était un vieux rêve de me glisser dans ces univers

    labyrinthiques .Pourquoi ne pas remonter le temps ?? contempler notre galaxie,

    tangenter les planètes , se laisser aspirer par les vertigineux trous noirs, et méditer

    près de nébuleuses extraordinaires par leurs nuances, leurs circonvolutions !! se

    laisser emporter dans les chevelures des comètes . Dans ce silence sidéral, je frôle

    l’harmonie de l’uni vers, du multi vers .. , je suis en contact intime avec le ciel …

    Vertigineux voyage poétique, dans les premiers matins du monde ????

    ourcqs

  6. Nathalie dit :

    Je m’en souviendrais toujours. J’étais à un tournant de ma vie. Fallait-il accélérer ou ralentir ? Je l’ignorais. J’ai regardé à droite puis à gauche, aucun flic en embuscade. L’occasion ne se représenterait peut être pas.
    J’ai cliqué.

    A cette période de ma vie, j’étais désorienté, j’étais en proie aux doutes sur ma trajectoire professionnelle. Je passais de longues heures à me promener au hasard les routes virtuelles de la toile, m’égarant sur les sites d’information. Soudain j’ai rencontré une faille.

    Oui, j’ai cliqué.
    J’ai téléchargé illégalement le rapport ultra confidentiel du gouvernement en échappant à la vigilance des gendarmes du net. Je tenais un scoop. D’un clic, un boulevard s’ouvrait devant moi en direction de la notoriété.
    Mon article circula en effet rapidement sur les autoroutes de l’information. Le scandale fut si prompt et si grand qu’il conduisit le gouvernement à la démission et fit oublier mon acte tout de même illégal de hacker opportuniste. Je devenais même le roi du web info. Moi le journaliste de la rubrique des chiens écrasés, je devenais une star grâce à une souris. Je me surprenais à m’abandonner aux rêves les plus fous, comme concourir au prix Pulitzer !

    Ce clic avait changé ma vie pour prendre la voie prestigieuse du journalisme politique. Je fréquentais les personnalités les plus en vue du moment. J’étais redouté, j’étais admiré. Je pilotais mes interviews avec brio.

    Puis un jour, lassé de cette effervescence permanente, de ses bruits, je pris la tangente. Il était trop difficile de rester au top sans franchir la ligne blanche. J’optai pour un chemin de traverse pour poser mes valises en campagne. J’ai même acheté un cheval (de Roumanie, avec son attelage…). Je ne l’ai jamais regretté.

  7. Maurice Bartleby dit :

    Je m’en souviendrais toujours.
    J’étais à un tournant de ma vie. Fallait-il accélérer ou ralentir ?
    Je l’ignorais.
    J’ai regardé à droite puis à gauche, aucun flic en embuscade.
    L’occasion ne se représenterait peut-être pas. J’ai fait un pas, puis deux, mon pied gauche s’enfonça dans le sol meuble, au pas suivant mes deux pieds disparurent..
    Avec effort je fis un pas de plus mes genoux échappèrent à ma vue, puis mes cuisses, le macadam mollissait au fur et à mesure de mon avancée… La progression fut plus plus facile quand mon bassin disparut à son tour, le froid sur mon ventre m’engourdit, je crus m’endormir, puis prenant mon courage à deux, lançant mes bras devant moi je plongeais dans le flot noir….
    Les eaux épaisses me caressèrent le corps, je glissai avec facilité et douceur dans ce liquide amniotique parfumée à la lavande, je crus me noyer mais non, aucun signe d’asphyxie je respirais avec aisance, me déplacer avec grâce…
    Très vite ma vue s’habitua à cette masse qui semblait se diluer à chaque brasse, comme si mes bras en remuant le flot le séparaient de sa boue…
    Je contemplais avec ravissant ce nouveau décor de ma vie : ce n’était que couleurs et lumières changeantes, reflets irisés, rayons éphémères qui descendaient droits vers le fond encore invisible à mes yeux. Ici tout n’est que calme et volupté, les caresses des eaux me procuraient de sensationnelles sensations sensuelles, que je croyais oubliées, je redécouvris mon corps, sa force, sa douceur, la peau se révéla plus sensible, je pouvais compter les molécules de de H2O qui l’effleuraient…
    Des êtres aux formes mouvantes, s’adaptant aux courants, apparurent des profondeurs, malgré leur absence de lien avec l’espère humaine, je devinai des regards sur moi, des signe à mon encontre, des sourire à moi seul destinés…
    Je flottais dans un cocon de bien être, protecteur, doux et parfumé, mes sinus se dégageaient des mauvaises rancoeurs, ma gorge se libérait des mots non prononcés, mes oreilles se vidaient des blessures, des sons trop douloureux, des paroles inaudibles… D’un pet silencieux, mon ventre se vida de tout le mal accumulé en moi depuis des années, et je restai longtemps à observer la grosse bulle rose s’élevait vers la surface et disparaitre dans une explosion sourde… Mon corps soudain allégé reprit de la hauteur puis s’enfonça dans la lumière des abysses lumineuses…
    Des algues brillantes me firent signe, une terre ocra se dissimulait derrière, quelques rochers aux angles arrondis reposaient avec paresse sur le sol… J’atterris, si je puis dire avec la grâce nouvelle de cette pesanteur liquide… Mes pieds s’enfoncèrent lentement, mon bassin suivit, mon ventre plus petit disparut sans effort, mon torse à sont tour, et lorsque mes yeux rencontrèrent ce sable sans grains je découvris avec émerveillement l’autre coté de la rue devant moi.

  8. Saghey dit :

    Je m’en souviendrais toujours.
    J’étais à un tournant de ma vie. Fallait-il accélérer ou ralentir ?
    Je l’ignorais.
    J’ai regardé à droite puis à gauche, aucun flic en embuscade.
    L’occasion ne se représenterait peut-être pas. J’ai foncé sur l’autoroute de la destinée, pied au plancher.
    Plus je roulais, plus j’étais convaincu de faire le bon choix.
    J’arrivais près de la première aire de repos : aire de la liberté.
    J’y décidais d’y faire une halte, le temps d’avaler un sandwich car le temps m’était compté. Trop longtemps? j’étais resté arrêté au stop, entre l’impasse des pas perdus et une voie sans issue.
    De nouveau sur la route, je pris une autostoppeuse sur mon chemin me disant que le chemin paraitrait moins long à deux.
    Ensemble nous avons traversé des contrées jusqu’alors ignorées. Nous avons franchi le pont des Soupirs, nous avons coupés à travers la forêt Enchantée, nous avons sillonné la vallée des Amants, nous avons visité des endroits envoutants.
    Nous étions devenus des gens du voyage, unis pour la vie.
    Pour enfin arrivée à destination, main dans la main, dans un lieu féerique, les chutes du Paradis.

  9. Sylvie dit :

    Je m’en souviendrais toujours. J’étais à un tournant de ma vie. Fallait-il accélérer ou ralentir ? Je l’ignorais. J’ai regardé à droite puis à gauche, aucun flic en embuscade. L’occasion ne se représenterait peut-être pas. J’ai appuyé sur l’accélérateur, grillé le feu rouge et au lieu de tourner à gauche comme d’habitude, j’ai foncé droit devant. La barrière était levée : une aubaine ! Le ferry m’attendait la bouche béante. Il n’y avait personne autour. J’engageai ma voiture sur les rails et aussitôt de lourds battants métalliques se refermèrent derrière moi. Je restai quelques minutes tête baissée, les mains sur le volant. Je soufflai un grand coup et me redressai. Je me regardai dans le rétroviseur : qu’est-ce qui m’avait pris ? Un instant de folie ou un éclair de lucidité ? Depuis plusieurs années, chaque fois que je voyais ce ferry, il m’attirait. Moi qui n’avais jamais été aventurier et n’avais jamais voulu quitter mon village, une envie me titillait depuis quelque temps : voir ce que ça faisait de partir, de prendre le large. Juste pour avoir la sensation. Oser prendre ce ferry qui me tendait les bras chaque matin quand j’allais au travail. Me sentir partir et m’éloigner tout doucement d’un monde où je me sentais, à vrai dire, de plus en plus étranger.
    Je me frottai les yeux et je sortis de ma voiture. Je m’avançai, montai des escaliers et arrivai sur un pont. Quelques personnes étaient là, accoudées au bastingage. Je regardai l’eau et me retournai. La côte, ma côte, mon village, ma maison, les commerces, les maisons des parents et des amis, je les connaissais toutes. J’étais happé par une aspiration qui m’éloignait d’eux et je ne pouvais ni ne voulais au fond de moi y opposer aucune résistance. Je m’en souviendrais toujours. Ce sentiment m’effrayait et me grisait à la fois. Soudain, un voile s’est levé et j’ai su que ce ne serait pas juste pour voir et que je ne reviendrais pas de sitôt.
    Je ne sais pas combien de temps dura le voyage. Je me réveillai, assis sur le pont du ferry, recroquevillé dans une couverture à carreaux qui n’était pas à moi. Je regardai autour de moi. Un vieil homme s’approcha :
    – Salut. Julien ? Moi c’est Henri. Viens, descends, dépêche-toi, on n’a pas de temps à perdre.
    – Euh, bonjour, dis-je. Qu..
    Je suivis le vieil homme qui sourit quand il me vit aller à ma voiture.
    – Tu penses avoir le temps de faire de la course automobile sur le caillou ? ricana-t-il
    – Mais de quoi parlez-vous ? dis-je
    – Où est ton baluchon ? demanda-t-il
    – Je crois que vous vous…
    – Allez, viens. Tant pis, je te refilerai les fringues de secours. On n’a pas le temps, il faut y aller.
    J’eus envie de protester, mais finalement, je ne sais pas pourquoi, je suivis mon destin. Je suivis cet homme qui était un vieux gardien de phare et qui me prenait pour son remplaçant. Je ne sus jamais pourquoi, où était celui qui devait vraiment le remplacer. Je décidai de ne rien de demander, de laisser faire. J’étais arrivé sur l’île en ferry et de là, Henri n’emmena en bateau sur le « caillou ». Je me souviendrais toujours de mon arrivée dans ma nouvelle « demeure ». En quelques jours, le vieil homme m’apprit l’essentiel du métier sans rien me demander et sans que je ne lui dise rien de moi. C’était perturbant mais je me sentais peu à peu pousser des ailes. Quand il partit, je me suis mis à hurler au pied du phare pour balancer en mer tout ce que j’avais en moi, et je suis monté en courant à mon poste. Pour la première fois de ma vie, je me sentais léger et utile. Depuis plusieurs mois maintenant, je guide ainsi les navires, je suis un point sur leur route, un espoir ou bien un soulagement. J’ai une liaison radio comme seul rattachement à la terre ferme. Pendant les moments de repos, j’observe la mer, qui n’est jamais pareille. Je vois aussi la côte que j’ai quittée. Je la regarde et je m’amuse à deviner la vie qui se poursuit là-bas, sans moi. Au bout d’un moment, quand cela ne m’amuse plus, je me tourne à nouveau vers le grand large.

  10. gepy dit :

    Je m’en souviendrais toujours.
    J’étais à un tournant de ma vie. Fallait-il accélérer ou ralentir ?
    Je l’ignorais.
    J’ai regardé à droite puis à gauche, aucun flic en embuscade.
    L’occasion ne se représenterait peut-être pas.
    J’ai reculé pour prendre de l’élan et j’ai foncé droit devant, les yeux fermés. Je me suis engagé sur la voie et je me suis envolé. Plus de surveillance possible.
    Là, j’ai survolé des territoires inconnus, des forêts immenses, des océans … J’étais le roi du monde. Aucun obstacle en vue.
    Les oiseaux étaient mes compagnons de voyage. C’était cool !
    Le ciel était bleu mer avec de l’écume nuageuse dans laquelle je flottais sur le dos avec bonheur. Un délice de douceur et de bien-être.
    J’étais loin, très loin. J’avais eu raison de me lancer. Je planais tel un oiseau. Encore un peu et je ressentirais le vent dans mes plumes.
    Une liberté totale.
    Et puis cette musique de fond, calme et décontractante dans mes oreilles, qui m’accompagnait.
    J’y étais. Et j’ai laissé glisser jusqu’à me planter dans un arbre. Je suis devenu un arbre. J’étais bien enraciné, avec des branches immenses se balançant au gré du vent. Je dominais. Je ressentais l’instant présent.
    Mais je fus prise de vertige et j’ai dû atterrir.
    J’ai ouvert les yeux et tous les flicages sont réapparus.
    La séance de sophrologie se terminait.
    Était-ce réellement une prise de vitesse ou, au contraire, un ralentissement ?
    Un peu des deux, certainement. D’un côté, l’élan de la découverte ; de l’autre, l’obligation de se pauser.
    Je découvrais, ce jour, le pouvoir de l’imaginaire dans la visualisation et tout son infini potentiel.

  11. Virginie Durant dit :

    Je m’en souviendrais toujours.
    J’étais à un tournant de ma vie. Fallait-il accélérer ou ralentir ?
    Je l’ignorais.
    J’ai regardé à droite puis à gauche, aucun flic en embuscade.
    L’occasion ne se représenterait peut-être pas.
    J’ai écouté vrombir les désirs de mon cœur. L’onde des battements, aussi puissants qu’une grosse caisse d’une fanfare militaire, emplissait l’habitacle.
    Ivre de liberté, de la 2éme vitesse je passais à la 4ème, et je filais.
    Je filais, délestée de tout code de conduite.
    J’ignorais les priorités qui venaient de droite ou de gauche, celles qui nous accule à regarder l’autre le temps qu’il agisse avec plus ou moins de convictions et d’enthousiasme. Les priorités, que je m’autorisais désormais à respecter se bornait à la bonne marche de ma ligne de conduite.
    Garder le cap, droit devant.
    Les obstacles, je les voyais, mais maintenant je les contournais sans soubresauts, juste avec un léger ralentissement.
    Plus rien ne me stoppait.
    J’occultais toutes références à ce qui fut : je m’affranchissais ainsi des filets du passé que je jetait sur moi le regard dans le rétroviseur.
    J’appuyais sur le champignon. Le point mort, je lui roulais dessus.
    Jusqu’à présent, j’avais réglé ma conduite sur des modèles qui m’amenaient trop fréquemment à des sorties de route.
    Aujourd’hui, je filais.
    Je filais à rebours de la giration règlementée. L’asphalte des grands axes principaux, brouté par des moutons paissant à cent à l’heure, me révulsait.
    Je mettais plein phare sur les chemins de traverses où je passais d’une douce accélération joyeuse à une décélération méditative.
    Bien sûr, sans oublier de faire le plein de stimuli imaginatifs auprès de la station Éveilleur d’idées !

    Mes amitiés Pascal,
    heureuse de revenir parmi vos jeux d’écriture !
    Bon dimanche,
    Virginie Durant

  12. Antonio dit :

    (dans un autre genre, ça m’est venu comme ça)

    J’ai traversé la rue. Il faisait nuit noire.
    J’ai sonné à l’interphone.
    Une voix m’a dit de monter.
    L’interphone a grogné une note longue et rauque.
    La porte lui a répondu par un clic sec.
    Je l’ai poussée, elle s’est écartée et m’a laissé le passage jusqu’à la cage d’escalier.
    J’ai monté les deux étages. Mes jambes tremblaient.
    Une porte sur le palier était entrouverte laissant s’échapper un faisceau de lumière mobile.
    Il gesticulait de partout avant de s’immobiliser sur moi et m’éblouir.
    Je devinais une silhouette derrière, dans l’ombre. Celle d’une femme aux mensurations parfaites et aux cheveux longs. Elle paraissait irréelle.
    « Come in ! »
    Je suis entré en passant devant elle sans distinguer les traits de son visage. Je l’imaginais jeune, la trentaine, belle, des lèvres généreuses, autant que sa poitrine qui ne m’a pas laissé indifférent au passage.
    « You’ve got the money ? »
    J’ai dit yes of course.
    J’ai fouillé dans mes poches et sorti une liasse de livres qui en contenait deux mille cinq cents exactement.
    Elle m’a tendu un petit sachet et a dirigé la lumière de sa torche vers la porte avant de lancer :
    « Goog luck ! »
    Mon cœur battait la chamade. Je ne pouvais plus reculer.
    Je l’avais en main, ma vie en dépendait.
    Si je me faisais attraper, je devrais retourner là-bas, je le savais, j’avais pris le risque. Il en valait la peine.
    A nouveau à l’extérieur de l’immeuble, j’ai regardé à droite puis à gauche. Toujours aucun flic en embuscade.
    J’ai pris une respiration profonde comme on tire une dernière taffe sur la cigarette du condamné et j’ai traversé la rue.
    J’ai longé la Tamise jusqu’à Westminster Bridge.
    J’ai jeté un œil à Big Ben qui m’a répondu par un son de cloche bien à elle comme si elle me grondait moi parce qu’elle savait.
    Je l’ai ignorée et pris la direction de Trafalgar Square en longeant St James’s Park.
    Personne ne me suivait.
    Une sirène s’est fait entendre. Une patrouille circulait dans le quartier.
    Visiblement, ce n’était pas pour moi. La voiture a détalé par Duncannon Street.
    Puis le silence s’est fait.
    Dans un coin sur la grande place qui faisait face à l’imposant National Gallery, j’ai déballé le sachet.
    Elle était là. Blanche, presque transparente comme de la poudre de perlimpinpin.
    Sauf qu’elle était réelle celle-là. Je l’étalais en formant une ligne sur ma main.
    Quand un homme de la rue, du genre à dormir dehors, m’a interpellé.
    « What’s that ? »
    Je ne répondais pas. Il posa un doigt sur ma marchandise.
    Je l’ai laissé faire. Il frotta ses gencives avec.
    « Pouah ! … Shit ! What’s f.cking that ? »
    Dans un French perfect j’ai articulé :
    « De la poudre d’escampette ».
    Le temps qu’il crachait derrière moi je reniflais cul sec ma poudre blanche.
    « Wha ! »
    Quand il s’est retourné, j’avais disparu.

    C’était de la bonne.

  13. Christine Macé dit :

    Garée entre deux tacots brinquebalants, impossible de ne pas la remarquer. Avec ses ailettes flambant neuves et son joli nez pointu tendu vers le ciel d’un air de dire qu’il ne perdait rien pour attendre, elle étincelait sous le petit soleil matinal qui faisait briller sa carrosserie habillée de gros carreaux rouge et blanc. J’allais sans arrêt à la fenêtre, craignant un mirage.
    Depuis des semaines je m’étiolais dans mon deux pièces et quand il aurait fallu que j’en sorte et que j’ouvre grand les portes de ma vie, je me terrais comme un vieux rat moribond. Jusqu’à ce matin où elle m’était apparue. Depuis j’étais aux abonnés absents, hypnotisé par cette vision qui détonnait sur la grisaille des immeubles. Je me mis à trembler de peur qu’on ne vienne l’enlever pour l’exposer dans un coin de la ville où la foule se presserait pour l’admirer. Curieusement personne ne semblait l’avoir particulièrement remarquée, comme si elle avait toujours été là. Toutes les deux heures, je sortais mettre un peu de monnaie dans le parcmètre : manquerait plus qu’un flic consciencieux vienne relever les compteurs et me l’emmène à la fourrière ! Je frissonnais en m’approchant de sa belle carrosserie : le premier jour, je n’avais même pas osé en faire le tour complet et j’étais rentré me réfugier derrière ma fenêtre pour continuer à l’admirer de loin. Désormais le téléphone sonnait dans le vide, bien que je le décroche de temps en temps, histoire d’empêcher mes amis inquiets de rappliquer.
    Ce matin-là, je m’étais levé avec une impatience fébrile que je ne contrôlais pas. Je savais que j’avais pris ma décision, et la bonne : celle d’une vie, de la mienne qui jusqu’à cette heure ne valait pas grand-chose. Je m’étais rasé de frais, j’avais mis mon plus beau costume et ciré mes chaussures. J’affichais un sourire angélique en sifflotant comme un jeune marié. C’était dit, j’allais le faire. Je soulevais le rideau pour vérifier qu’elle était toujours là, convaincu désormais qu’elle n’attendait que moi et ça me gonflait d’orgueil. La rue était déserte : aucun risque de voir débouler les flics qui tapaient le carton en buvant des Pastis comme tous les dimanches matin. Je regardais une dernière fois la pendule du salon en l’écoutant marteler ses coups qui s imprimaient dans ma mémoire. Je fermerais ma porte à clé et j’irais la rejoindre, enfin. Je monterais dedans, m’installerais aux commandes et ferais chauffer doucement les moteurs pour nous envoler vers de nouvelles galaxies, perdues au fin fond de l’univers bleu marine.
    Ce matin-là, je m’éveillai d’un sommeil agité où j’avais rêvé d’une belle américaine au fuselage parfait venue se garer dans ma rue pour m’emporter loin, très loin. En me levant, conscient de la fragilité des rêves, et sentant imperceptiblement que le mien s’effritait, j’aperçus une vieille bande dessinée oubliée dans un coin. Quand j’étais gosse, de tous les Tintin et Milou de ma collection, c’était mon préféré : On a marché sur la lune. A cause de la fusée rouge et blanc sur la couverture. La même que celle qui s’était garée devant chez moi. Dans mon rêve.
    Je me levais, chancelant, pour aller à la fenêtre… elle était là !

    Bon dimanche,

  14. Smoreau dit :

    Je m’en souviendrais toujours.
    J’étais à un tournant de ma vie. Fallait-il accélérer ou ralentir ?
    Je l’ignorais.
    J’ai regardé à droite puis à gauche, aucun flic en embuscade.
    L’occasion ne se représenterait peut-être pas. J’ai foncé tout droit à fond la caisse.
    Tablons sur la chance !
    Et je voulais pas regardé dans le rétro. Cela faisait des années que je roulais au ralenti. Je ne traversais que des zones 30. J’engorgeais presque le moteur. C’était une sale période de mon parcours. Je tournais au ralenti. Ma vieille guimbarde n’avait pas de starter automatique et le starter ne fonctionnait qu’une fois sur 2. Je devais sortir, quelque soit le temps, tourner la manivelle pour démarrer. C’était épuisant. Avais-je d’ailleurs envie de rouler. Pas sûr. Le temps était toujours gris. Aucune perspective à l’horizon. Que de la peur au ventre. Angoisse de tomber dans le bas-côté.
    Alors aujourd’hui, comme j’ai regonflé mes batteries, je ne vais pas me priver de la griserie de la vitesse. Pour reprendre confiance dans ma conduite et en la route, j’ai demandé l’aide d’un coach. Une demi-heure par semaine, nous parlons conduite, accidents, virages, ralentissements…
    C’est bon cette ivresse de la conduite, cette sensation de bouger en étant immobile. Une impression d’autonomie, de liberté : je roule, je ralentis, j’accélère et même je m’arrête sur une aire de repos.
    C’est bien ce nom. On devrait écrire ça sur nos agendas : « aire de repos ».
    Je tremble encore un peu en doublant. Cela veut dire : « je vais plus vite que l’autre. » Faut assumer !
    Ouh la un voyant orange s’allume. Ah ? Un manque de carburant.
    Liberté, autonomie, ivresse mais aussi prudence et responsabilité !

  15. Antonio dit :

    J’ai regardé à droite puis à gauche, aucun flic en embuscade.
    L’occasion ne se représenterait peut-être pas. J’ai filé tout droit avec elle.
    Je lui tenais la main aussi fort que je pouvais.
    Ce n’était pas le moment de se perdre.
    C’est là qu’ils nous sont tombés dessus. Ils étaient trois.
    Trois armoires à glace !
    J’ai esquivé le premier, j’ai regardé le second dans les yeux avant de le renverser en arrière d’un coup de bras franc et lourd.
    Elle était encore là quand le troisième m’a fait trébucher.
    Elle est tombée avec moi. On a roulé dans l’herbe avant de se relever.
    Rien ne semblait pouvoir nous arrêter. J’étais Clyde, elle était Bonnie.
    Plus que quelques mètres et on était sauvés, ils ne pourraient plus rien contre nous.
    Toute une patrouille était à nos trousses.
    Ils étaient pratiquement à notre hauteur, prêts à nous arrêter pour de bon.
    J’ai senti une main, comme une cuiller m’attraper le pied. Je trébuchais à nouveau…
    Je m’étirais de tout mon long et nous laissais tomber.
    Elle ne ma pas lâché comme je le lui répétais depuis notre course folle.
    Elle est tombée la tête la première, s’écrasant spectaculairement sur le sol sous mon poids, une pression effroyable de haut en bas qui ne laissait aucun doute.

    L’essai était accordé. Le titre ne pouvait plus désormais nous échapper !

  16. Jean de Marque dit :

    ALTERNATIVES.

    Je m’en souviendrai toujours. J’étais à un tournant de ma vie. Fallait il accélérer ou ralentir ? Je l’ignorais.

    J’ai regardé à droite puis à gauche, aucun flic en embuscade. L’occasion ne se représenterait peut être pas.

    J’ai sorti un kleenex, je me suis mouché. J’espérais ainsi me dégager un peu les sinus, aider à la ventilation du cerveau.

    Le feu était rouge.Plus il demeurait rouge, plus il me paraissait sanglant.

    Derrière moi, c’était la route du boulot. Pas besoin de l’évoquer, ça se passait de commentaire.

    Devant moi, la rue de ma maison. Une grande longère, humide, traînant son passé vermoulu sous des tonnes de vigne vierge. Une ossature de vie, sans femme, sans enfants.

    A gauche, le centre ville. Le café « Chez Bernard », ses potes de passage, son jus de houblon, ses dérives de fin de semaine. Plus loin, un ami. Un avec qui on n’avait pas forcément de choses essentielles à échanger. Un ami de fidélité, se réjouissant d’être encore en vie. Et que l’un de ses copains d’enfance soit vivant, aussi. Un ami d’habitude, ni bonne, ni mauvaise. Un simple voisinage du temps.

    A droite, la nationale, filant vers le bois des Adrets, l’abbaye abandonnée, les collines…et au delà, tout ce que j’avais oublié des anciennes virées amoureuses.

    Le feu était rouge…éternellement rouge. Le sang paraissait glisser le long du poteau, coaguler, s’imprégner dans l’herbe.

    Je rangeais la voiture sur le côté, coupais le contact. L’absence de motorisation, de musique de fond me fit basculer, un instant.

    Un silence, nouveau, me tendait la main.

    Je pris mon sac à dos dans le coffre, le bourrai de l’essentiel…balançais les clefs dans le champ.

    J’aurai pu me diriger à gauche. Les camions venant du centre ville, le dernier panneau avalé aimaient accélérer. J’aurai juste fait un faux pas de soi disant ivrogne, de sourdingue, de bigleux. Un entrefilet pas très digeste pour une rubrique nécrologique de canard local. Une broutille de plus dans un monde sans importance.

    Mes godasses m’entraînèrent sur la droite. Je humais l’air des collines…je tentais de mesurer la longueur d’un horizon possible.

    Je laissais passer deux ou trois véhicules. Puis je tendis le bras…et le pouce, distinctement, vers mon choix.

    Toute vie s’écoulait vers la mer.

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