Exercice inédit d’écriture créative 124

Serrure coeurRédigez, du lundi au dimanche, le journal d’un trou de serrure.

Exemple : Ce matin, je grinçais comme un malade, j’avais un petit coup rouille, comme souvent, le lundi.
A midi, quand quelqu’un s’est encore trompé de clef, là, j’ai carrément coincé.

9 Responses

  1. Clémence dit :

    Rédigez, du lundi au dimanche, le journal d’un trou de serrure.

    « Bonheur du jour » c’est le nom de ma maison.
    Un peu à la manière des camping-car d’aujourd’hui, nous pouvons nous installer dans différentes parties du logement. Dans la chambre de Madame, dans le grand ou le petit salon, dans le cabinet de toilette, c’est selon l’humeur du jour !

    Aujourd’hui, nous sommes dans la chambre de Madame la Comtesse. Elle a enfermé dans le tiroir secret quelques lettres et billets enrubannés de satin rose. Elle a ensuite tourné la clé et l’a glissée entre ses rondeurs.

    Lundi.
    Madame la Comtesse est nerveuse : je le sens, je le vois. Elle ne se tient à rien, se ventile, appelle sa dame de compagnie, elle se chuchotent maintes confidences entre deux soupirs à vous fendre l’âme. Aucun billet ne lui est parvenu, aucun ruban non plus.

    Mardi.
    Un adolescent espiègle s’est invité discrètement dans la chambre de Madame la Comtesse. Il lui murmure quelques mots doux, dictés par son amant peut-être. Le rose monte aux joues…les gestes sont tendres… Ah, Chérubin, petit Chérubin, l’amour te perdra. Madame la Comtesse est heureuse . Elle chante un de ces airs merveilleux, aux notes si cristallines….

    Mercredi.
    Les nouvelles vont vite. Il paraît que des noces se préparent au village. Monsieur le Comte aurait déjà des visées…Madame ne dit rien, Madame sourit. Sa dame de compagnie lui glisse une longue tirade à l’oreille. Longue tirade qui se termine par des applaudissements et des rires légers.

    Jeudi.
    Je n’en reviens pas. Quel culot, mais quel culot monstre ! Monsieur le Comte, une lime à la main, tente de me forcer et de lui livrer mes secrets d’alcôve.
    Un coup de lime, un coup pour rien, un tour de rein !
    Alertée par les cris, La Comtesse accourt et découvre son mari, lime à la main et dos cassé.
    – Mon ami, est-ce là toute la confiance que vous me témoignez ? Hors de ma chambre !

    Vendredi.
    Madame la Comtesse a reçut un billet orné d’un ruban bleu.
    Chérubin doit rejoindre l’armée du roi.
    Monsieur le Comte est prêt à tomber dans le piège.
    Les épousailles ont lieu au village.
    C’est le grand chambardement.

    Samedi.
    Monsieur le Comte est penaud, gros Jean comme devant.
    Madame la Comtesse n’a pas d’amant.
    Chérubin ne partira pas à la guerre.

    Dimanche.
    Liesse générale, chacun sa chacune
    Monsieur le Comte et Madame s’apprêtent partir à Venise. Ils sont amoureux comme au premier jour.
    Figaro et Suzanne sont mariés et sont prêts à accueillir une ribambelle d’enfants.,
    Chérubin continuera de papillonner, déposant de-ci, de-là, des instants de bonheurs.

    Et moi, petite serrure, j’ai jeté ma clé aux orties !

  2. Pascal Perrat dit :

    Bien conté
    presque troussé…
    Ce journal est très agréable à lire
    même s’il suggère des comportements
    que je réprouve (battue comme plâtre et m’a condamnée à rester fermée pour le restant de mes jours )
    Sabine, vous m’étonnez souvent, agréablement

    Pascal

  3. Sabine dit :

    Lundi
    Rien

    Mardi
    Elle a essayé de m’ouvrir en me titillant avec une petite tige en fer. Mais un petit bout s’est cassé dans moi. Elle n’a pas pu le récupérer.

    Mercredi
    Elle a insisté avec une tige plus solide.

    Jeudi
    Elle a trouvé un trousseau de clefs et les a toutes essayées. Peine perdue, aucune ne m’a ouverte. Je suis un peu écorchée.

    Vendredi
    Elle est passée aux pinces et outils que je ne connais même pas. Je suis très abîmée, j’ai mal.

    Samedi
    Décidément, elle aura tout essayé pour l’ouvrir, sa ceinture de chasteté ! Mais quand rentre-t-il avec sa clef ? Elle va finir par me détruire !

    Dimanche
    Il est rentré. Mais je suis trop abîmée. Il n’a pas pu m’ouvrir, il a tout deviné. Il s’est fâché, l’a battue comme plâtre et m’a condamnée à rester fermée pour le restant de mes jours.

    ©Margine

  4. DUMOUCHEL dit :

    Lundi, encore une semaine qui commence. Comment va-t-elle se passer ? Ouverte par ma clé préférée, je laisse entrer ce jeune couple, qui vient passer une semaine en amoureux. A « pêne » ouverte, il me referme ! Mon amoureuse reste en moi… quelle joie ! Le couple part dans une pièce où je n’entends que de simples gémissements… Que se passe-t-l ? Il est déjà tard, et personne n’est sorti faire des courses… que vont-ils manger enfin ? J’entends des pas qui approchent, le bruit assourdissant de cette maudite sonnette ! C’est le livreur de pizzas ! Youpi mon amoureuse va bouger en moi et faire vibrer mon barillet. Et voilà, ouverture, fermeture ! Ces amoureux sont incroyables, ils ne vont tout de même pas restés cloîtrés toute la semaine !! Mais non monsieur, laissez moi mon amie la clé ! Pourquoi nous séparer, nous ne dérangions personne ! Bonne nuit mon amie chérie, demain matin, ils devraient bouger un peu…. Nous nous retrouverons, c’est promis.
    Debout là dedans, on est mardi, il va falloir penser à prendre un café ! Jeune homme lève toi, et vas chercher les croissants pour ta dulcinée, que je puisse effleurée la mienne ! En attendant, la dame se met en face de moi, sur son canapé, peu vêtue, lui, parti très vine n’a même pas refermé mon cylindre. Ils sont vraiment pénibles ces jeunes, rien de structuré, je ne peux rien prévoir avec mon amie la clé. Tient, il revient… mais pourquoi jette-t-il son regard dans mon antre ? Mais.. Je ne rêve pas… Il l’observe… mais que diable se trame-t-il ? Elle téléphone, il se décide enfin à entrer, elle raccroche affolée… mais pourquoi donc ? Lui très en colère, referme à clé et je sens ma dulcinée bougée à deux reprises. Quelle sensation !! De là, jaillissent des cris, des hurlements… Une vraie dispue… Ce qu’il peut être jaloux celui-là… Elle veut partir, mais impossible de tourner la clé…. Le deuxième tour était de trop ! Nous sommes coincés moi et ma chérie et c’est tant mieux ! nous on se fait plaisir ! Ils ne vont rien nous « gâcher ». Mais arrêtez donc Madame, vous allez faire une sottise, je le sens bien… Bravo ! vous avez gagné tuer mon amie ainsi ! Et maintenant qu’allez-vous faire ? Inutile de pleurer… Appelles le serrurier la belle, tu n’as pas d’autre solution..; où bien fuir par la fenêtre mais c’est haut et cela ne me redonnera pas ma diablesse. Tou ceci pour un coup de fil ? eh bien…
    Didier se décide enfin à la prendre dans ses bras… c’est bon signe. Ils verront le problème demain.
    Nous sommes déjà mercredi après midi, ils ont passé la matinée à dormir, évidement après tant de discussions, de pleurs.. mais aussi de réconciliations apparemment torrides. Didier essaie de trouver un « dépanneur »:
    -Oui, monsieur, nous viendrons vous sortir de là mais demain uniquement. Voyez ce que vous pouvez faire de votre côté, aujourd’hui nous sommes sur « charrurier ». En fouillant dans la maison, Didier trouve un tournevis… eh bien voilà, il va me démonter ! Je ne vais sûrement pas me laisser faire ! Hors de question. Cela fait un moment que je n’ai plus de vis et je tiens le coup. Il ne me démontera pas. Christel s’impatiente ; elle veut voir la mer.. eh bien tu attendras !! Non, je résiste alors il prend une épingle à cheveux… Il veut sortir l’autre bout de ma chaire. Que dois-je faire.. céder ou non ? Je crois que je vais me laisser faire. Ils pourront peut être la recoller et ainsi nous pourrions….
    je fais donc comme cela… Mais non idiot ne la pousse pas;.. essaies plutôt de la ramener vers toi… Comment veux tu réparer la clé si tu n’as pas l’autre bout ? Je n’y crois pas… quel abruti ! Et cette bourrique qui ne cesse de chialer ! mais c’est pathétique ! Bon tu es content ? tu as entendu mes cliquetis encore et encore… et résultat, je ne suis toujours pas ouverte ! Bien fait, tu sauras maintenant qu’une clé, comme tu avais, est un bien tout aussi précieux que ta femme. Je ne m’ouvrirai jamais sans elle ! Promesse de serrure !
    Nous voici arrivés au jour fatidique, cet ouvrier qui lui aussi a décider de me « gâcher » la journée. Et il tape, et il cogne… continues moi je dis que l’union fait la force, et j’étais très unis moi avec ma clé… Toute une matine à essayé de m’ouvrir, résultat… l’ultime décision est prise : il faut casser la pore ! eh bien là c’est le chambranle qui va être content ! Quelle semaine !
    Prise du rendez-vous avec le menuisier, je gagne une journée mais mon amie est déjà dans la poubelle… quelle triste fin… attends moi mon amour, je te rejoins !
    En guise de menuisir, c’est un vitrier qui se pointe ! Il défonce la porte en ce vendredi funèbre d’une force déconcertante, moi, dans ma triste défaîte, je me laisse choir car le seul moyen de la retrouver est de finir comme elle, un simple déchet que l’on jette à la poubelle… J’arrive ma douce… Je tombe dans le fond de ce sac… Je passe près de toi mais te laisses de la place pour que tu me suives… Nous voilà enfin réunis, ma pauvre nous n’aurons pas de verrou, ni même de cadenas mais je t’aime.
    Samedi fût fort en odeur, puisque ensevelit sous leurs déchets… Nathalie décide de changer de sac et nous nous retrouvons dans un grand conteneur. Là ma meilleure amie fait des siennes et entrouvre notre sac. Que va-t-il encore nous arriver ? Bravo à toi aussi, maintenant on est dans l’eau… franchement ! eh bien je n’ai plus qu’à me laisser aller à la rouille… avant que l’on soit de nouveau séparés par nos amis les éboueurs qui passent demain dimanche !

  5. De Greef Pierre dit :

    Ce matin, je grinçais comme un malade, j’avais un petit coup rouille, comme souvent, le lundi.
    A midi, quand quelqu’un s’est encore trompé de clef, là, j’ai carrément coincé.
    Il ne peut même pas imaginer, l’animal, ce qu’une mauvaise clé peut faire mal !
    Et ne condamnez pas mon langage qui parait trivial,
    L’animal en question c’est Jiji, le fils unique de cette famille de fou où j’ai le malheur de vivre depuis bientôt quinze ans.
    Et nous voilà le mardi, ah oui, c’est la visite hebdomadaire de Gisèle, la bonne à tout faire de cette famille nantie. Je n’ose pas vous dire le nombre de petites cuillers qu’elle a déjà piqué depuis son arrivée dans la maison , il y a trois ans. Ce qui ne l’empêche pas d’accueillir madame chaque mardi soir, avec un grand sourire lors de son retour du travail.
    Le mercredi, c’est l’envahissement. De tous les enfants, s’entend…Mais oui, c’est jour de congé pour les tous petits qui sont chaque fois ravis de retrouver papy et mamy. Ce jour là , je reçois des coups…une tête d’enfant qui se cogne, un ballon qui me tombe dessus sans crier gare, quand ce n’est pas le chien Buggy qui réclame en me tapant dessus l’ouverture de la porte qui me sert de lit.
    Jeudi, tous les chats sont gris. Calme plat. Et grand silence aussi. C’est mon jour de congé à moi. Je dors ou je médite…au destin de tous les trous de serrure voués au même sort que moi.
    Vendredi, c’est parti. Dès le matin, c’est la grande cacophonie. Car depuis trois semaines, c’est le nouveau jour du nettoyage et du ramassage des poubelles dans le quartier. Çà va, ça vient. Des bruits stridents et perçants qui viennent me percer les tympans, toutes portes ouvertes et courants d’air sifflants.
    Samedi, c’est visite de madame Barjoin, la voisine de notre maison. Avec Myriam (ma proprio) c’est le grand déballage des cancans de la semaine. J’apprends tout sur la maîtresse de son mari qui lui rend la vie impossible, sur les enfants de l’autre voisin qui se font hurler dessus par leurs parents perpétuellement en colère, sur le fils de la maison enfin, qui ramène chez lui chaque soir une petite amie toujours différente. Bref, le samedi, c’est « radio trottoir garanti, blabla people garanti » !
    Et puis enfin, voici le dimanche. Paradoxalement et au contraire des autres gens, c’est le jour où je travaille le plus. C’est la visite des parents, puis celle des amis. Ça rentre, ca sort, ça jacasse, ca crie, ca pleure et parfois ça rit ! Je n’ai pas une minute à moi. Pourtant, même secoué sans cesse dans tous les sens, c’est la journée où je m’ennuie le moins. Grandes et petites histoires, drôles ou moins drôles, se succèdent durant toute la journée. Mais oui, c’est vrai, réflexion faite, il faudrait vraiment que je me décide à mettre sur papier ces milliers d’histoires que j’ai entendues ici depuis tant d’années. Allez, c’est décidé, je m’inscris cette année à un stage de Perrat, ainsi je serai fin prêt pour commencer …le grand déballage de ma vie ! Mais pour l’instant, je mets la clé sous le paillasson afin de tranquillement penser à ma belle ambition.

  6. gepy dit :

    Ce matin, je grinçais comme un malade, j’avais un petit coup rouille,
    comme souvent, le lundi.
    A midi, quand quelqu’un s’est encore trompé de clef, là, j’ai carrément coincé…

    Un coup de poignée m’a libéré de cette malencontreuse intrusion, sans aucune fracture.
    La nuit est arrivée, personne n’a pensé à me fermer.
    Pas grave. J’appelle cela : une nuit porte ouverte.
    Mais le vent nocturne m’a glacé le mécanisme.

    Il a neigé puis gelé. Je suis frigorifié. Je suis devenu impénétrable. On me force à l’ouverture avec ma clef. Puis, soudain, j’ai comme un coup de chaud qui me rappelle ma ferronnerie d’enfance. On me chauffe au briquet. Ça réchauffe mais il se brûle. De l’amateurisme pur ! Rien n’y fait, j’ai le pêne gelé.
    Toute la journée du mardi, je suis resté immobilisé par le gel. Que voulez-vous, c’est ça la France ! Un peu neige, un peu de froid et tout est paralysé ! Il me suffisait d’un peu de prévention : ma chère et tendre clef dans mon ouverture. On se serait tenu au chaud. Il n’aurait pas été nécessaire de me brûler au fer rouge. Mais bon …
    J’ai passé une nouvelle nuit porte ouverte.
    Le vent ne m’a pas transpercé, j’étais bouché par la glace. Ce n’est pas vraiment plus agréable.

    Ce matin, à nouveau, une sensation de chaleur. Mais rien à voir avec hier, oh non !
    Une chaleur douce et enveloppante qui envahit ma gâche de haut en bas.
    Le soleil frappe sur ma porte, un vrai bonheur !
    Je me raidis un peu quand ma clef, svelte, rapide, me traverse. J’ai même tressauté. Je ne l’ai pas senti venir. Je suis encore tétanisé par le gel. Les tours de clef m’activent et me redonnent du ressort.
    Je reprends goût au cliquetis.
    Cette nuit, mon pêne est dans la gâche. Enfin une nuit porte fermée, ça repose.

    Au réveil, je ne me sens pas bien. J’ai pris un coup de froid, je suis grippé. On tire sur ma clef avec une telle vivacité qu’elle se fragilise. J’essaie de m’aligner pour la délivrer mais impossible, je la colle trop avec ce grippage. Elle finit par se briser en m’abîmant le fer.
    Des jurons sonores se font entendre. Ils font vibrer mon cylindre. Je suis définitivement bloqué par cette scène dévastatrice. Je ne peux même pas verser une larme de dégrippant. Je suis désormais hors service, l’objet détesté.
    A nouveau, une nuit porte fermée mais c’est l’angoisse.

    Là, c’est un grand jour qui commence et je ne parle pas de météo. Un trombone me chatouille le coffre et me raye en passant.
    Puis le tournevis fait son apparition. Il me démonte morceau par morceau. Je suis mis à nu. Il y a des années que cela ne m’est pas arrivé. En fait, cela ne m’est jamais arrivé.
    Je suis abandonné en pièces détachées sur un sol froid. Je suis honteux de ma nudité devant mon morceau de clef, agonisant de peur. Quel est notre avenir ?

    Samedi, c’est le jour des courses. Je vais être remplacé par du Made in China, c’est certain. Toute cette sécurité assurée pour terminer à la casse, moi qui suis si difficile à crocheter !
    J’en ai les vis… dévissées !

    Je suis soulagé. Je ne suis pas standardisé. On ne peut me changer. Hourra !
    Alors, on me lustre. On me lubrifie. On me remonte. Mon trou de serrure est resplendissant de pureté. J’ai une nouvelle compagne, une belle clef neuve, élégante avec son pendentif, quoiqu’un peu trop voyant à mon goût.
    Je fonctionne avec une fluidité sans pareil. Pourquoi a-t-il fallu tant de temps pour retrouver une nouvelle jeunesse ?
    Les mouvements harmonieux de ma clef me font l’effet d’un rêve tout au long de la nuit.

    Dimanche matin, je n’ai pas tout compris.
    On a dégondé ma porte.
    Et depuis, on trône en évidence, en haut, sur la colline.
    Il me plaît à penser que c’est la porte des stars.

  7. Sylvianne dit :

    Ce matin, je grince comme un malade, j’ai un petit coup rouille, comme de plus en plus souvent. Y a pas, je vieillis, il faut que je bouge sinon je m’ankylose.
    A midi, quand quelqu’un s’est encore trompé de clef, là, j’ai carrément coincé. Cela m’a fait mal aux oreilles. Eh oui, les trous de serrure ont des oreilles ! Il n’y a pas que les murs ! J’ai l’oeil et j’ai de l’oreille.
    La personne est partie, désappointée. Elle a regardé à travers mon trou pour voir l’au delà. Mais tout était noir.

    Mardi, Saint Pierre arrive avec son trousseau, bien décidé à franchir cette porte. Il est patient Pierrot. Une à une, il a introduit ses clés en mon sein. Pas toujours agréable. Certaines sont rouillées, d’autres coupantes. Et il insiste, il tourne, il force. Il me blesse. Je boude, je me ferme à ses efforts. Ici, ce n’est pas le paradis.

    Mercredi, un serrurier arrive à l’aube, dépêché par Saint Pierre, vexé.
    Il pose à terre sa vieille besace de cuir. Et décidé, professionnel, il sort son attirail en sifflotant. Il fait le malin et moi je ricane. A chaque fois, qu’il tourne à gauche, je me couche sur le côté droit. Il se gratte la tête. Il en perd son latin et même son baratin.

    Jeudi. Personne. Seule une bande de gamin, vise ma jolie serrure en forme de coeur. Chacun leur tour, curieux, ils plaquent un oeil pour voir, apercevoir…

    Vendredi. La concierge a entrepris un grand nettoyage. Elle époussette, lave, frotte. Elle me met un pt coup d’huile dans le trou. Désagréable, ça pue et c’est collant. Je déteste. Elle frotte mon coeur, il luit !

    Samedi. Un abruti de locataire, soi-disant bricoleur, veut carrément me changer. Il me trouve vieille et moche. il a en main une serrure ultra moderne, 3 points, garantie à vie, etc. Je sors de mes gonds je couine. Heureusement, je suis sauvée par l’association de défense des serrures anciennes.

    Dimanche. Une petite fille endimanchée, s’approche en sautillant. Elle me regarde, me sourit. Elle touche mon coeur et… ma porte s’ouvre.

  8. Jean de Marque dit :

    LUNDI: Ce matin, je l’attends.Je ne veux pas rater un tel rendez vous. C’est à finaliser pour la fin de semaine… A midi,il n’est toujours pas là. Je ne désespère pas…un empêchement ? A 18H, personne…ce soir…rien!

    Bon, je ne vais pas gâcher ma nuit!

    MARDI: Ce matin est un autre jour! On recommence! On y croit! Tout le monde a le droit à un ratage. Lui,il saura faire face, il peut être tellement brillant!

    Cet après midi, il est entré dans le bureau. Il m’a tourné autour. Je l’ai bien regardé…en face. Son regard m’a fui. Je n’ai pas pu lui rappeler l’échéance.

    Ce soir… la nuit sera morne!

    MERCREDI: Aujourd’hui, je m’inquiète. Personne à l’horizon. Je crains en tant que gardien de texte de tourner conservateur. Vous savez, ces petits rats de la création, se réservant le droit d’aérer des œuvres inexposables…impubliables!

    A 19h …personne…il exagère!

    Ce soir… il y aura bal, au tango de l’oubli!

    JEUDI:Ce matin, je ne veux pas encore y croire. S’il m’a confié son intimité, c’est qu’il lui accorde quelque valeur…non ? Je ne le comprend plus. Où va t’il ? Que veut ‘il ? Le sait ‘il ?

    Cette nuit, j’ai pris mes distances…et j’ai fréquenté. J’ai lu autre chose,un roman russe: »Crime et châtiment ». Je ne pense que ce Féodor ait un quelconque avenir dans le polar.

    VENDREDI: Aujourd’hui, il est venu dans le bureau. Il a remué un tas de papiers. Il paraissait bien énervé. J’ai tenté un signe.Il m’a totalement ignoré.

    Cette nuit, j’ai feuilleté les premières pages. Ce n’est vraiment pas mauvais…mais inachevé!

    SAMEDI: Cet après midi, enfin il m’a longuement regardé. Il s’est assis, il s’est gratté le nez. Il a fouillé autour de lui, sur lui, sous…il n’a pas trouvé ce qu’il cherchait.

    Il a claqué la porte!

    Le con…il a paumé la clef!

    Cette nuit, j’ai bien failli arracher quelques chapitres.

    DIMANCHE: Ce matin,il est venu tôt. Il m’a foncé droit dessus. Il m’a flanqué des grands coups, il m’a insulté. De toute évidence…il était bourré. Il a tenté de me crocheter…avec un tire bouchon!

    J’ai résisté…résisté! Je me suis montré digne de mon rôle! j’ai tenu mon contrat…moi!

    Et puisqu’il le prenait comme çà…le manuscrit, j’allais ME le garder!

    (Ce manuscrit fut déposé en Février 1982, un lendemain de carnaval à la bibliothèque universitaire de Dunkerque… sous le titre approximatif de « Mémoires d’outre tube »…et le nom d’un peut être polonais…de passage…,un certain Charles Bukowski.)

  9. ourcqs dit :

    journal d’un trou de serrure

    Contrairement à des rumeurs insistantes, je ne suis pas indiscret, voyeur mais j’observe, décrypte la vie de mes hôtes, les humeurs, je rêve…

    Pas besoin de repères particuliers, le samedi, c’est n’importe quoi ! je suis dérangé à des heures inhabituelles, des allées et venues incessantes. En rentrant du marché, elle cherche toujours ses clefs, sous les choux, carottes et salade. Mon ado préféré qui rentre tard ou très tôt, se veut discret, mais hésite, tâtonne, et me fait grincer lamentablement, si je pouvais lui suggérer de me glisser quelques douces gouttes dans ma gorge ! Le dimanche, calme royal, on me laisse tranquille, personne ne sort, pas feutrés, musique douce, fumets appétissants , repos pour tous. Lundi, départs plus ou moins énergiques, le premier tour de clef souvent hésitant, rien oublié parapluie, dossiers ?Mardi les habitudes ont repris, toute la routine est là, mêmes horaires, mêmes gestes pour ne pas perdre de temps, et je rêve de décalages, de fantaisie. J’aime beaucoup le mercredi, quand le petit dernier arrive avec ses copains qui tentent de regarder par « le trou de la serrure », je date du début du siècle, j’ai vraiment envie de battre des cils pour les impressionner, ils voudraient tellement apercevoir un autre monde ! Emotions fortes, ce jeudi, avec cet individu aux manières bizarres, qui tentait d’ouvrir sans clef, bien sûr, alors j’ai résisté, bloqué, grincé, et il est enfin reparti dans un festival de jurons, trop grossiers pour moi. Comme il avait laissé des traces, le soir un spécialiste est venu vérifier, évaluer, pas de problèmes, mais j’ai entendu des mots inquiétants sécurité renforcée, électronique, informatique. Je n’ai pas fermé l’oeil de la nuit, je me suis vraiment remis en question, serai-je devenu obsolète ? Vendredi, mon bel ado, pourtant briefé, comme il dit souvent, a bien tourné sa clef deux fois, mais a failli me la laisser pour la journée, j’ai vite émis un petit clic et il a compris.
    Il faut avoir l’oeil !
    Un jour, peut-être, pendant ces longues heures de solitude,on me chuchotera des mots doux, des haïkus, chimère ..

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