Aux prises avec l’orthographe

raconter une histoire

Histoire chargée d’enseignement (2)

Un auteur débutant, fier du livre qu’il avait enfin écrit se retrouva aux prises avec
une quantité importante de fautes d’orthographe.


Il essaya tous les correcteurs orthographiques disponibles sur Internet, aucun n’était assez performant pour les gommer toutes. Il se tourna alors vers les correcteurs professionnels, mais leurs tarifs étaient bien trop élevés pour lui.

Finalement, il se souvint qu’un ami lui avait parlé d’un dyslexique qui avait tout de même publié une dizaine de livres malgré son handicap.
Il lui adressa un message dans lequel il faisait part de son problème et de tous les moyens utilisés et cherchés pour y remédier.

Il concluait son courriel avec une question : qu’est-ce que je peux faire maintenant ?
La réponse vint par retour du courrier : Je vous conseille vivement d’apprendre à les aimer.


Je suis hors-n’homme. Un neuroatypique à dominance dyslexique. 
De facétieux neurones font des croche-pieds aux mots dans mon cerveau.
Mon orthographe trébuche souvent quand j’écris.
Peut-être avez-vous remarqué une faute. Merci de me la signaler : blog.entre2lettres(at)gmail.com

9 Responses

  1. Bernard Pauchant dit :

    Orthographe ou orthograffe
    Je ne connais pas vraiment ce qu’est la dyslexie, je n’en ai qu’une idée vague mais je me suis souvent interrogé sur l’orthographe, sur les problèmes qu’elle pose à tous et surtout aux enfants. Pour écrire, mieux vaut se laisser aller, comme tu nous le dis, Pascal, déposer sur la feuille tout ce qui naît peu à peu dans notre esprit et ensuite relire, corriger c’est-à-dire non seulement ajouter, retrancher mais aussi corriger l’orthographe comme si on voulait mettre un vêtement à ce que l’on a créé, un costume. Il y a bien sûr une dimension sociale dans cette idée, il y a le désir d’être accepté, avec tous les inconvénients et les frustrations que cela suppose. Pourtant qui a, comme on le prétend parfois, l’orthographe « naturelle » ? Ne naît-elle pas, comme le suggère la petite fable que tu nous envoies, d’une fréquentation heureuse de la langue ? C’est triste ce qu’on impose à un enfant. Il finit par se convaincre peu à peu que les problèmes qu’il rencontre sont insurmontables. On brime sa créativité, ses capacités d’imagination. Rien n’est plus détestable que le mot employé couramment, faute, comme s’il était d’une façon ou d’une autre coupable. S’en suivent toutes sortes de condamnations de l’enfant et du système scolaire lui-même. Il vaut mieux faire confiance, se dire et dire à l’enfant que la connaissance des mots vient petit à petit (plus ou moins difficilement, plus ou moins rapidement selon les individus). Les mots sont d’abord faits pour être dits, plus on les emploie, plus on les apprivoise (la prononciation explique pour une part, réduite, l’orthographe). Ils font partie de plusieurs « familles » qui les rapprochent les uns des autres (qui aime les mots est un peu un entomologiste). Ils ont une histoire dont ils gardent la trace (celle du grec, de l’arabe, des langues germaniques etc.). Tout cela s’acquiert avec le temps et n’arrête jamais de s’acquérir. Voilà, Pascal, ce que je dirais sur la question, avec beaucoup de précautions. Je ne suis pas un spécialiste. Le petit texte suivant exprime plus ou moins ce que je pense.
    Frère Emmanuel est un tout jeune moine. Il vit entre les murs épais d’une abbaye que la mer assiège à certaines heures de la journée et vers laquelle Saint Michel guide les pèlerins. Aujourd’hui, pour la première fois, le père abbé lui confie la charge de copiste. Il pénètre, juste après matines, dans le sombre scriptorium seulement éclairé de vitraux rougeâtres. Autour de lui, penchés sur d’énormes manuscrits, d’autres moines, tous bien plus âgés, illustrent des passages des évangiles – de vrais artistes ! – d’autres copient des textes latins déjà maintes et maintes fois recopiés. Emmanuel se met à son tour à reproduire le texte qu’il a sous les yeux (sans toujours comprendre ce qu’il écrit). Il fait des efforts douloureux pour ne pas penser au monde extérieur, à son père pêcheur, à sa mère que le Seigneur a rappelée à lui. Absorbé par son travail, mot à mot, lettre à lettre, il noircit la page. La tête est vide, le poignet est douloureux, l’encre menace d’éclabousser l’épais parchemin et l’enluminure avec ses entrelacs d’or. Enfin, Emmanuel arrive au bas de la page et s’accorde le droit d’une pause. Qu’a-t-il écrit ? Est-ce correct ? N’est-il pas fautif de quelque façon que ce soit ? Y a-t- il un oubli qui serait une tromperie ? Horreur ! Des lettres changent de place sur la page, d’autres semblent passer de la page de gauche à la page droite. Horreur encore ! C’est maintenant un nuage noirâtre, grouillant qui se pose sur son travail. Toutes ces lettres semblent se moquer de lui dans un hoquet diabolique. La gêne qu’il a éprouvée tout au long de son travail s’est décuplée : il ne reconnait plus le texte. Horreur, trois fois horreur ! Il s’avise que c’est l’apocalypse qu’il vient de recopier, que des supplices infernaux s’étalent sur la page de gauche. Il crie, c’est un mal insidieux, un maléfice. Les autres copistes s’approchent de lui, regardent par-dessus son épaule. « Fais donc attention, ce n’est quand même pas compliqué. Fais un effort ! Grandis un peu ! Qu’est -ce qu’on t’a appris dans tes premières années au monastère ? Vraiment le niveau baisse ! Va t’aérer. Tu reviendras quand tu seras dans de meilleures dispositions, qu’on pourra te faire confiance. »
    Emmanuel sort dans le cloître, il regarde l’infini de la mer et du ciel, il écoute les oiseaux chanter : ils ne sèment pas, ils ne moissonnent pas, ils n’emplissent de grain nul grenier, ce qu’ils disent, peu de gens sont capables de le comprendre. Entre les colonnes, les tiges des fleurs s’entrelacent, créant elles aussi leur langage. Comme les oiseaux, elles ont quelque chose à dire. « Et si mon rôle, se dit Emmanuel, n’était pas de copier mais de créer ma propre musique comme tous les êtres vivants ? Peut-être est-ce le message que Dieu m’envoie : sois sensible à ce qui est vraiment important, écoute la voix qui est en toi et les mots viendront d’eux-mêmes. Peut-être avec le temps se corrigeront-ils tout simplement. Fais confiance ».

  2. Paul Tarrep dit :

    Je vous signale un site ludique pour travailler et améliorer l’orthographe.
    Il propose des dizaines de dictées en ligne gratuitement.
    https://www.dictaly.com

  3. Cécile PASCAL dit :

    Bonjour Pascal,
    Vous me reconnaîtrez surement car nous échangeons régulièrement des emails. « Histoire chargée d’enseignement » confirme au lecteur que quoi qu’on fasse, rien n’est jamais parfait et qu’il faut accepté les défauts quel qu’ils soient pour nous permettre de mieux exister ; et que même s’il y a des dérives d’écriture chez certaines personnes ça ne doit pas les empêcher de vivre dignement. Je suis admirative des personnes come vous.

  4. Fanny Dumond dit :

    Bonjour, Pascal. Ah, ces vilaines coquilles, qui quoique l’on fasse, résistent à notre chasse ! A croire qu’elles ont une armure d’invisibilité et qu’elles se donnent le mot pour faire front face à nos attaques. Apprendre à les aimer, peut-être ! et ne plus avoir honte de ne pas les avoir toutes éradiquées dans mes ouvrages, voilà qui est rassurant. Merci, Pascal ! et bonne journée à vous.

  5. Antonio dit :

    Les fautes d’orthographe sont à l’écriture, ce que les altérations de note sont à la musique… Avec seulement trois pauvres accords, des gars en ont fait du blues.

    Longtemps, j’ai été complexé par la pauvreté de mon vocabulaire. C’est en apprenant à improviser l’harmonica, et en voyant la profondeur des possibilités de raconter quelque chose, dans l’intention, le rythme et la mélodie, que j’ai compris qu’en écriture, on pouvait faire de même avec quelques mots et plein de fautes… et surtout s’enrichir en jouant. Ce que j’ai fait en 2003 grâce à l’atelier de Pascal.

    Merci Pascal pour cette petite histoire et ces bons temps qu’on laissait rouler rue d’Alleray ! 🙂

  6. Françoise - Gare du Nord dit :

    Je participe à un atelier d’écriture organisé par un Centre Seniors de la Mairie de Paris. Ce billet me fait penser à un exercice que nous avons eu récemment.

    Le thème en était « Embrasse tes crapauds ». Jusqu’à quel point pouvons-nous, en écriture, aimer jusqu’à embrasser nos crapauds – fautes d ‘orthographe, erreurs de syntaxe, clichés, mots pauvres (faire, on, chose …) ?

    • Pascal Perrat dit :

      Je me souviens du temps où les critiques littéraires méprisaient Roman Gary pour des erreurs de concordance des temps et quelques phrases boiteuses. Ce fabuleux conteur d’histoires obtint deux fois le prix Goncourt…

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