J’ai rêvé d’un pays qui s’aimait
J’ai fait un rêve étrange et enchanteur, je rêvais d’un pays qui s’aimait.
Oui, qui s’aimait. Cela peut paraître bizarre aujourd’hui, presque subversif.
Dans ce pays, un matin, les étudiants avaient décidé de se révolter. Mais bizarrement. Au lieu de manifester contre ce qui n’allait pas dans leurs universités, ils avaient décidé de les réparer.
Ici, un climatiseur en panne depuis deux ans. Là, une fenêtre laissant passer tellement d’air qu’on aurait pu y installer une éolienne.
Plus loin, des carreaux cassés, des murs lépreux, des robinets qui fuyaient, des portes qui ne fermaient plus, des toilettes dans lesquelles même les microbes avaient peur d’y entrer.
Alors, les étudiants avaient retroussé leurs manches. Au début, bien sûr, très peu d’entre eux savaient comment faire. Un étudiant en philo savait controverser sur la notion de fuite, mais pas changer le joint d’un robinet qui fuyait. Une étudiante en histoire de l’art savait différencier l’art roman de l’art gothique, mais pas une clé plate d’une clé à molette.

C’est alors que le gouvernement, pour une fois inspiré, eut une bonne idée. Il sollicita les artisans. Des vrais, des compagnons plombiers, électriciens, menuisiers, peintres, carreleurs, plâtriers, maçons. Pour faire le travail avec des étudiants et leur apprendre comment s’y prendre.
Et quelque chose d’extraordinaire se produisit.
On vit des jeunes et des anciens travailler ensemble. Celui qui savait apprenait à celui qui ne savait pas. On apprenait à changer une prise, poser une cloison, remplacer une serrure, isoler une fenêtre, repeindre un mur.
À chaque réparation réussie, on s’applaudissait. À chaque remise en état, on se congratulait.
On ne photographiait plus ce qui était cassé, mais ce qui venait d’être réparé.
Puis l’idée sortit des universités. Pourquoi s’arrêter là ? Des lycéens réparèrent leur lycée. Des habitants aidèrent à repeindre leur salle des fêtes. Des retraités apprirent aux plus jeunes à restaurer un banc, réparer une clôture, changer une porte.
Peu à peu, le pays entier était devenu une immense entreprise de rénovation.
On réparait les bâtiments. Mais pas que…, on réparait aussi quelque chose entre les gens.
Et surtout, ces jeunes découvraient un savoir qu’aucun campus ne leur avait appris, savoir se servir de ses mains. Un savoir qui leur servirait toute leur vie.
Un jour, peut-être, ils auraient une canalisation bouchée, une prise électrique à déplacer, une chambre à rénover. Ils n’auraient plus forcément besoin d’appeler un prestataire. Ils sauraient faire.
Et j’ai pensé, dans mon rêve, qu’un pays où celui qui sait apprend à celui qui ne sait pas pourrait peut-être aller un peu mieux.
Puis, un chuintement m’a réveillé. Dans les toilettes, le robinet fuyait toujours. 😉
Je suis hors-n’homme. Un neuroatypique à dominance dyslexique atteint d’aphantasie : incapable de fabriquer des images mentales et de se représenter un lieu ou un visage. Mes facétieux neurones font des croche-pieds aux mots dans mon cerveau et mon orthographe trébuche souvent quand j’écris. Si vous remarquez une faute, merci de me la signaler : association.entre2lettre@gmail.com

