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Depuis ma plus tendre enfance, j’entends cette phrase «Quand on pose un coquillage contre son oreille on entend la mer. »
J’ai commencé, toute petite, 4 ans et un cerveau de bigorneau, un bigorneau justement que j’écoutais en vain sur la plage de Concarneau.
Puis, j’ai grandi, et ce fut le bulot que je sondais dans la baie de Saint-Malo ; la coque dans le port de Plouezoc’h ; l’escargot de mer sans celui de Boulogne-dur-mer ; la moule même lors de fortes houles ; la coquille Saint-Jacques dans les alignements de Carnac ; le Nautile à Belle-Île ; l’huître ovale sur les quais de Cancale
Mais jamais, je n’ai entendu le moindre bruit. Ni celui des vagues venant mourir doucement sur la plage, ni le fracas des bateaux s’écrasant contre des récifs, ni le chant des sirènes pas plus que celui des baleines, ni les flatulences de ces dernières, ni les SOS de détresse des navires en perdition, ni celui quasiment inaudible des sonars ni celui tonitruant des quarantièmes rugissants.
Je pensais que je souffrais d’une déficience auditive. Alors, j’investis dans des prothèses auditives. Mais toujours aucun son venu des flots.
C’était comme l’a écrit Vercors « Le Silence de la mer »
Comprenant que jamais je n’entendrais le moindre bruit de la mer, je renonçais à mon appareil auditif et les remplaçais par des bouchons anti-bruits pour m’isoler des bruits du monde moderne et urbain qui se sont révélés très efficaces.
Plus de bruits de circulation, ni d’âneries débitées à longueur de journée par mes contemporains, ni le chant du muezzin à 6 heures du matin, ni les cris joyeux de enfants de l’école au pied de mon immeuble à 8h après mon service de nuit passé à l’hôpital, ni le sifflet du gendarme pour un excès de vitesse de 4km/heure, ni les récriminations d’une épouse acariâtre
Et vous voudriez que je demande à mon oreille de chuchoter des mots doux à la mer ?
La mer qui ne m’a jamais fait entendre le moindre bruit
Vous me prenez pour un crustacé, un pauvre homard ?
J’ai le cœur couleur soleil,
j’ai le cœur couleur sable chaud,
j’ai le cœur couleur fous rires.
Il y a dans l’air
une émotion magique, intacte,
un parfum de création du monde
qui rend tout tellement léger.
Plus jamais les humains,
chargés de mots-venin,
ne me feront souffrir.
Je sais maintenant
que par les chaudes nuits d’été,
certaines étoiles filantes
viennent danser avec les coquillages,
sur la plage,
et leur donnent des petits reflets d’infini
qui nous sont destinés.
Quoi qu’il puisse arriver,
je sais maintenant
que mon âme respire avec l’océan…
Quand on pose un coquillage contre son oreille on entend la mer. Imaginez que ce soit l’inverse, que pourrait chuchoter votre oreille à la mer ?
C’est dingue, ça !
Plus moyen de faire une sieste l’après-midi. Surtout avec cet été torride que nous avons cette année.
Ouais, à chaque fois, lorsque je me réveille de cette sieste, je n’ai plus mes deux oreilles, la droite et la gauche.
Pfft ! Complètement évaporées, volatilisées !
Heureusement que je connais un coquillage espion qui me dit tout. Ben, il m’apprend que mes deux oreilles le temps de ma sieste, il le passe tranquillement à la plage.
Assises en tailleur, en train de chuchoter à la mer : des mots doux, des mots lumineux et aussi des mots si bleus.
Et ensuite dès la sieste terminée, et après quelques instants, les deux oreilles elles rentrent tout doucement à la maison. Semblant heureuses, comme si elles avaient fait une promenade à la campagne.
Cet après-midi, je suis un peu anxieux. Ma sieste est derrière moi, mais je n’ai eu aucune nouvelle du coquillage. Et mes deux oreilles non plus, ne sont pas encore rentrées à la maison.
– Que s’est-il donc passé ?
Et moi qui suis un très grand musicien.
Qui, jour et nuit, compose des morceaux de musique, pour le bien de l’humanité. Sans mes deux belles et splendides oreilles, je ne pourrais rien faire !
– Allô ! Oui !
Ah c’est le coquillage. Alors où sont-elles mes deux oreilles. Je m’inquiète un peu à cette heure-ci !
– Aujourd’hui, la mer est trop démontée.
J’ai comme l’impression m’annonce le coquillage que tes deux oreilles, elles sont parties loin. Très loin. Au bout du monde peut-être !
– Hé ! le coquillage, comment le sais-tu que mes oreilles elles peuvent être en ce moment très loin. Voire à l’autre extrémité de la Terre.
– Hé ! Bobby, pour te dire la vérité, toute la vérité, nous sommes actuellement tous les trois au Brésil. Sur la plage de Rio de Janeiro.
Nous t’avons complètement dévalisé !
Ruiné ! Tous tes lingots, ton argent, tes avions, nous avons tout pris, dérobé !
– Quoi ! Quoi ! dis-je un peu affolé !
Et juste, au même moment, je me réveille en sueur froide. Sortant apparemment de la dernière sieste !
Oui ! Oui ! j’ai dû faire un drôle de rêve !
Que j’avais perdu définitivement mes deux oreilles, la droite et la gauche.
Moi qui suis un des plus grands musiciens de tous les temps et de tout l’univers. Le plus grand des plus grands.
Ah quelle trouille à l’idée d’être à jamais dépourvu de mes deux oreilles.
Moi qui suis habitué à travailler d’arrache-pied et venant d’achever l’écriture de mon dernier opéra :
« Les drôles d’oreilles du cochon noir de Bigorre » !
Quand on pose un coquillage contre son oreille, on entend la mer. Imaginez que ce soit l’inverse, que pourrait chuchoter votre oreille à la mer ?
J’étais une toute jeune oreillette, ancrée sur la tête d’une petite fille, quand j’ai entendu cette phrase : « Colle le coquillage près de ton oreille et tu entendras la mer ! »
Je n’avais pas besoin de cet accessoire pour entendre la mère de la fillette ! Cette mère-là, avec un « e », venait souvent près de moi pour me demander si je n’étais pas sourde ou, plus rarement, me susurrer des petits mots doux. Je savais que ces mots étaient destinés à l’enfant, mais il fallait bien qu’elle passe par mon intermédiaire !
Je compris, grâce aux explications données à celle-ci que c’était le bruit que faisait la mer — sans « e ». Je percevais, près du coquillage, un son doux, comme un léger bruissement. Quand celui-ci s’éloignait puis se rapprochait, le son changeait. Il devenait alors une mélodie, un ronronnement apaisant. Quand il se collait à moi, je n’entendais plus rien ! Bizarre ! J’ai dit bizarre ! Comme c’est bizarre !
— C’est comme le bruit des vagues dit la mère — avec un « e ». Demain, nous allons à l’océan. Tu vas pouvoir l’entendre, le voir et le goûter !
Après que la petite se fut endormie sur moi, je sus que j’étais devant la mer — sans « e », quand je perçus le bruit que faisaient les vagues sur le sable.
Le lendemain, le vent soufflait vraiment fort et je sentis des petits picotements sur mon lobe. Que c’était désagréable ! Puis, j’ai entendu des bruits beaucoup plus fort. Quelqu’un à dit : « la mer est démontée ! »
Émue, je ne pus me retenir de chuchoter mon ressenti à celle-ci :
— Je ne te vois pas, mais je t’entends et te ressens. Des frissons parcourent mon oreille interne quand une goutte d’eau glacée, portée par la brise, s’y introduit.
Je peux t’assurer que ce que j’ai entendu dans le coquillage n’a rien à voir avec toi. Quand je t’écoute, je t’imagine majestueuse, libre de t’exprimer selon ton humeur. Parfois, presque sans bruit, presque immobile, léchant le sable et faisant rouler les petits grains de quartz les uns sur les autres. On te devine apaisée, prête à accueillir quiconque voudrait se reposer sur toi, se fondre en toi, tel un enfant dans le ventre de sa mère.
Mais, de temps en temps, le vent se déchaîne et t’emporte dans sa folie. Tes vagues viennent se fracasser sur la plage et sur les rochers environnants. Tu fais un bruit d’enfer, qui me fait frémir. On te dit « en colère », capable de provoquer la mort et des catastrophes. Il peut arriver que le vent n’y soit pour rien. Un tremblement de terre dans tes entrailles peut provoquer un tsunami qui emporte tout sur son passage. Mais, tu n’es que l’instrument de forces extérieures, que tu ne contrôles pas. Il est injuste de te rendre responsable.
On devrait te vénérer, te protéger davantage, toi qui es la colonne vertébrale de la vie sur Terre, toi qui es une mère — avec un « e » nourricière, qui purifie notre air en captant le carbone. Toi qui accueilles une biodiversité nécessaire à l’équilibre de la vie.
Au lieu de cela, on t’assassine en te polluant et détruisant, au passage toute ta faune et ta flore. Heureusement, tu es résiliente et tu retrouves ton calme après chaque tempête.
Beaucoup d’écrivains et de poètes ont écrit sur toi. Je te dédie ces quelques vers de René-François Sully Prudhomme.
J’ai hâte de t’entendre à nouveau, même si ce n’est que par l’intermédiaire d’un coquillage !
La mer
La mer pousse une vaste plainte,
Se tord et se roule avec bruit,
Ainsi qu’une géante enceinte
Qui des grandes douleurs atteinte,
Ne pourrait pas donner son fruit ;
Et sa pleine rondeur se lève
Et s’abaisse avec désespoir.
Mais elle a des heures de trêve :
Alors sous l’azur elle rêve,
Calme et lisse comme un miroir.
Ses pieds caressent les empires,
Ses mains soutiennent les vaisseaux,
Elle rit aux moindres zéphires,
Et les cordages sont des lyres,
Et les hunes sont des berceaux.
Elle dit au marin : « Pardonne
Si mon tourment te fait mourir ;
Hélas ! Je sens que je suis bonne,
Mais je souffre et ne vois personne
D’assez fort pour me secourir ! »
Puis elle s’enfle encor, se creuse
Et gémit dans sa profondeur ;
Telle, en sa force douloureuse,
Une grande âme malheureuse
Qu’isole sa propre grandeur !
© Raymond
Il suffit que je joue quelques notes d’un petit morceau de piano tout simple, Les embruns, pour me sentir tout de suite reliée à toi.
Bien sûr, il me manque ta couleur, ton parfum, ta beauté et le vrai bruit des vagues.
Tu possèdes tout pour créer ; nous n’existons que grâce à toi. Mon admiration est sans limite.
Les Aborigènes disent même que la lune serait née de tes profondeurs. Dès que le ciel fut aussi sombre que l’encre de la seiche, un coquillage d’un blanc resplendissant atteignit la surface de l’eau. Il s’immobilisa, s’ouvrit délicatement pour laisser échapper une magnifique bulle d’argent qui, en grandissant, vint se poser sur une frange d’écume avant de s’élever dans le firmament. Au même moment, une myriade d’étoiles s’alluma dans la nuit et l’océan scintilla : les profondeurs mystérieuses de l’onde venaient de donner naissance à la lune.
Comment ne pas te chérir aux souvenirs de jeux, de voyages, de rêves et d’éclats de rire ?
Mais la joie que tu fais naître lorsque ta belle eau nous enveloppe peut soudain se changer en larmes et en désespoir.
Sous ton apparente sérénité éclatent de terribles colères et tu te fais alors dévoreuse d’hommes et de navires.
T’aimer ou te haïr ? non t’aimer et te haïr
Enfant, je fréquentais la plage et la mer joyeusement, innocemment , j’habitais à deux pas d’elles. La couleur bleue m’ avait tout de suite fascinée. L’admiration que je portais à cette grande étendue avait bien failli m’être fatale, heureusement les bras paternels étaie venus m’arracher à la traîtresse.
La vie était douce en ces temps-là, nous coulions des étés normaux, détestions le mistral trop violent, les pêcheurs ravaudaient leurs filets sous nos yeux, les coquillages de la plage racontaient des odyssée à nos oreille.
Aujourd’hui, c’est mon oreille qui chuchote à la mer, même si j’en ai quitté ses bords. Je lui confie les grandes traversées de Colomb et de Magellan, les phares du bout du monde qui guident les bateaux, les rochers de porphyre et les falaises blanches, les baleines, le plancton, les ouragans et les tsunamis. Les oiseaux , les roseaux, les calanques, les caps, les rocs. Les rivages, les plages, les bains de soleil. Mais aussi les épaves, les cadavres, les naufrages, les gigantesques pollutions, le tourisme invasif, la disparition des coraux, un désastre en devenir…
L’enfant que je fus garde pourtant des souvenirs ensoleillés, colorés, des parasol qui claquaient au vent, du sable qui collait à la peau, du maillot au tissu gaufré, de la bouée, du maître nageur, des cris, des éclaboussure, toute une histoire qui m’étreins souvent.
Cette semaine ce sera bref :
« Ploups… arrête de bouger, j’ai mal au coeur en bateau ! »
Si mon oreille pouvait murmurer à la mer, ce serait des propos vagues, pas de quoi ne se marrer ni donner du vague à l’âme. Ce serait la mer des illusions dans laquelle tous les espoirs tombent à l’eau sans aucune bouée de sauvetage, ni radeau de survie.
Que pourrait chuchoter votre oreille à la mer ?
J’ai mal à la tête, trop de vent dans le cerveau, trop de fatigue sur le sable de la plage, trop de tempête autour du monde, de coquillages vidés de leurs habitants,
Des petites fourmis habitent les profondeurs de la nacre précieuse ! se régalent des restes nourrisseurs que les vagues roulent et transporte au loin.
Mon oreille se tord de douleurs ! un
Crabe rose à dévoré la douce fleur qui se mouvait au fond de son antre ; mon oreille coquillage de chair tremblante au vent de mes tourments, mon esprit vaporeux ne s’envole qu’au son mugissant de tes vagues. Alors, la mer, si tu veux bien entendre ma prière et récupérer ce qui stagne en moi, roulis de questions, roulis d’espoir. Mon oreille est un paquebot ! Dis, la Mer ! embarque tout ce fatras qui roule les matins gris et les soirs sans lune.
Mon oreille quémande un peu de paix.
Ce soir sur la plage basse la vague va mugir et mon paquebot va peut-être couler.
Dis la mer, je t’implore ! mon oreille veut devenir un sac remplis d’espoir et de bonheur, toi qui connais si bien les algues et les sirènes, emporte dans ton balancement ma prière éperdue, offre là aux ombres rampantes des profondeurs, peut être qu’un beau poison couvert d’écailles palpitantes et dorées recueillera ce chant et le lancera au-delà des nuages, peut être qu’une de tes vagues énormes explosera sur la roche durcie et que son explosion fera naitre mille éclats de lumières , moi l’oreille qui tremble et pleure, je te demande cette faveur ? que la marée humaine entende ce chant et fasse enfin lever le germe des amours !
Enfant, je courais sur la plage pour trouver un coquillage. Je le portais à mon oreille et j’écoutais la mer me parler. Je prenais plaisir à imaginer toutes ces belles histoires qu’il me racontait ainsi et, le soir, je rêvais de tous ces merveilleux souvenirs.
J’ai grandi…
Petit à petit, je trouvais de moins en moins de coquillages qui parlaient et je ne pouvais plus écouter ce que la mer avait à me raconter.
J’ai fini par ne plus vraiment chercher. Mais je continuais d’aller sur la plage et de longer la mer, jusqu’à ce jour où mon pied toucha quelque chose dans le sable.
Un coquillage qui parle !
Mon cœur battait la chamade en le ramassant et, presque sans réfléchir, je lui dis : « Bonjour, toi… Ça fait si longtemps. J’ai grandi, tu sais ? »
J’allai le porter à mon oreille pour entendre la mer quand, soudain, j’eus envie de lui parler.
Pourquoi toujours dans un sens ? Il m’avait apporté tant de joies lorsque j’étais enfant.
Alors je m’assis dans le sable et je commençai à lui raconter combien j’avais été triste de ne plus le revoir… et combien j’étais triste aussi de ne pas avoir cherché à le retrouver.
Mais le coquillage resta sourd à mes paroles. Pas de mer qui résonne lorsque je le portai à mon oreille. Un peu déçue, je voulus le reposer.
Puis je regardai autour de moi. La mer, les ballons, les éclats de rire, les vagues, les éclaboussures…
Je repris le coquillage et, sans même y penser, je commençai à lui parler. Je lui parlai de ce que j’avais aimé, de ce que j’avais perdu, de ce que j’avais oublié. Je lui racontai les jours heureux et ceux qui l’avaient été un peu moins. Je lui parlai de mes rêves d’enfant, de ceux que j’avais laissés derrière moi en grandissant, et de ceux qui, malgré tout, étaient restés quelque part au fond de moi.
De temps en temps, je portais le coquillage à mon oreille. Et doucement, il me répondit.
D’abord avec le bruit des vagues, puis avec le vent, puis tout doucement avec les cris des enfants qui jouaient sur la plage et enfin avec ce parfum d’été que j’avais presque oublié.
La mer n’avait jamais cessé de me parler. C’était moi qui avais cessé de l’écouter.
Je restai là longtemps, le coquillage serré dans ma main.
Puis je fermai les yeux et, pendant quelques instants, je ne fus plus une grande personne. J’étais à nouveau cette petite fille qui courait sur la plage, les pieds dans le sable, à la recherche d’un coquillage capable de lui raconter des histoires.
Sauf que cette fois, c’était moi qui avais une histoire à raconter. Alors je la racontai à la mer.
Et elle m’écouta.
« Cher coquillage, j’emmène avec toi le souvenir de mes vacances. J’aurai dans l’oreille aux premières minutes de la reprise de mon travail lundi matin, les bruits des vagues, la douceur de la brise marine, le soleil qui irise le sable et fait briller la nacre de tes congénères. Je caresserai le petit coquillage que j’ai toujours au fond des poches de toutes mes vestes. Je fermerai les yeux un instant pour me revoir assise sur la plage à te contempler, toi et le lointain, l’horizon, au son du bruits des vagues, envoutant, relaxant. Tous ces moments m’accompagnent dans le chaos du monde et mon quotidien trop agité. Les bruits de ce coin de plage m’accompagnent et je leur laisse tout le champ qu’ils peuvent quand je veux m’éloigner de l’agitation. Personne ne le sait, mais je suis toujours un peu là, près de toi, dans cet autre monde ».
Dernier week-end de l’été. À la nuit tombée, Jean, vieux loup de mer aguerri, pipe à la bouche et bonnet rabattu sur les oreilles, se prélasse sur le pont de son voilier. Ses petits enfants âgés de 14 et 15 ans viennent admirer les étoiles avec lui. Coralie, l’aînée lui apporte un plaid et se blottit contre lui.
— Papy, racontes-nous une histoire, quémande le cadet.
Le vieil homme savoure ces moments de complicité où il peut partager avec eux son amour de la mer.
— C’est l’histoire du coquillage à l’oreille.
— Mais celle-là on la connaît papy, je l’ai apprise en CE1. C’est une poésie de Claude ROY.
— Mon histoire est différente, Baptiste. Assieds-toi et écoute. Un pêcheur de mes amis a un jour remonté dans ses filets un drôle de coquillage. Comme dans ta poésie, il a voulu entendre le bruit de la mer en le portant à son oreille. Quelle ne fut sa surprise, lorsqu’il entendit son oreille se plaindre au coquillage…
Immédiatement Baptiste dresse l’oreille. Papy Jean plisse ses yeux rieurs. Il a su appâter son petit-fils.
— L’oreille n’a cessé de geindre, de rouspéter et de médire sur tous les bruits qui lui cassaient le tympan. Les casques audios lui comprimaient les pavillons, les écouteurs malmenaient sa cochlée, et à force lui déclencher des acouphènes intempestifs. Elle maudissait les ouïe-dires dévastateurs pour les réputations des absents, bien sûr. Son pire désagrément : le téléphone collé à sa peau délicate. Même ses nuits étaient infernales, tant les ronflements l’agaçaient. Elle enviait la mer qui connaissait le silence des profondeurs. Silence dont elle rêvait. C’est alors que la mer, au lieu de diffuser la mélodie de son ressac, grommela à ton tour. La liste des doléances s’allongea : les bruits des moteurs de bateau, le roulis du sillage source de nausée permanente, les cris oiseaux marin.
Le vieil homme se tait. Il veut ménager son effet.
— Et alors ? Comment elle se termine ton histoire, papy ?
— Eh bien à un moment donné, ce fut le silence total. La mer s’était retirée. Plus un son ni même un cri d’oiseau marin. L’oreille était comblée. Enfin le silence. Hélas, la mer lui hurla de loin : « Ne te réjouis pas trop vite. Mets-toi à l’abri. C’est un tsunami ! »
Mon oreille lui chantonnerait : La mer qu’on voit danser le long des golfs clairs…
Mon oreille lui dirait : Sois bénie toi la salée. Sur les œillets de Guérande rosis par le soleil couchant tu t’évapores laissant affleurer la fleur de sel qu’un paludier d’un geste circulaire et éprouvé récolte en maniant la lousse sans effort apparent.
Mon oreille lui murmurerait : C’est bien aussi quand enfin à l’horizon tu t’effaces permettant à la vigie perchée sur la hune de s’écrier : Terre, terre !
Mon oreille lui hurlerait : Je ne te pardonnerai jamais d’avoir cruellement englouti Tabarly !
J’aime beaucoup la chute. Les description bretonnes près de Guérande sont bien tournées.
Psy muet
Que pourrait-on dire au monde du silence ? Personne ne sait comment bien communiquer sous l’eau. Les ondes ne s’y propagent pas aussi facilement que dans l’air. Il nous faudrait pousser des sons aigus, comme les dauphins, pour avoir une chance d’être entendus. Notre oreille en est-elle capable ? Peu probable. Et surtout, on ne chuchote pas des aigus.
On chuchote à l’oreille de sa meilleure amie, de sa petite amie, d’un enfant à l’occasion. Mais à la mer ? À la mère, devrais-je dire, puisque la mer est la mère de tout ce qui vit.
Que pourrait-on d’ailleurs lui apprendre qu’elle ne sache déjà ? Peut-être lui répéter tout ce que nous avons entendu, comme un magnétophone consciencieux. Un détail me retient : la confidentialité, envolée ? Si l’on rend publique toute information entendue, il n’y a plus de secret du tout. Mais au fond, n’est-ce pas déjà le cas ? Les réseaux sont notre océan, et nos oreilles les antennes de toutes les données partagées de la terre.
Les ondes traversent le cosmos et l’atmosphère pour nous livrer la lumière, la télévision et le GPS. La mer, elle, nous l’avions sous-estimée : opaque, discrète, bavarde seulement pour les spécialistes. Demandez à l’oreille d’un sous-marin. Il en sait plus long que n’importe quel instrument, pourvu qu’on sache l’interpréter.
Alors, confier à un média immense et mystérieux ce que nos oreilles ont entendu, finalement, pourquoi pas ? Nous avons bien envoyé dans le cosmos des preuves de nos vies terrestres. Nous confions déjà nos tourments les plus intimes à des psys muets. Qui sait s’ils ne les partagent pas ensuite avec l’eau de leur bain, laquelle n’oublie rien avant de rejoindre l’océan ?
Jeter le bb avec l’eau du bain 🤭🐇
que pourrait chuchoter votre oreille à la mer ?
Petits mots glissés dans un coquillage que tu as déposé sur le sable avec des bois flottés …
J’aime tes jeux de lumière au soleil, tes nuances du bleu articque au bleu vert des tropiques, j’aime l’écume frisottant tes vagues;
J’aime tes embruns iodés,
J’aime tes déferlements, des clapotis aux rouleaux puissants vers le large, l’écume
J’aime ta compagnie pour de longues balades sable, algues, ou rochers découpés
Pas de grande déclaration romantique, j’aime ces confidences, secrets, au rythme du ressac ..
D’ordinaire, lorsque l’on pose un coquillage contre son oreille, on entend la mer. C’est du moins ce que l’on m’avait toujours raconté.
Enfant, je portais parfois un coquillage à mon oreille et j’entendais quelque chose qui ressemblait effectivement à la mer. Plus tard, j’avais appris que ce bruit n’était probablement que celui de l’air circulant dans sa cavité, auquel mon imagination se chargeait d’apporter les accessoires nécessaires.
Ce jour-là pourtant, ce ne fut pas la mer que j’entendis.
Je venais de ramasser le coquillage sur la plage. Il était banal, légèrement ébréché, couvert de quelques grains de sable que je soufflai machinalement avant de le porter à mon oreille.
Et c’est alors qu’elle chuchota… oui, mon oreille susurra…
Surpris, je restai un instant immobile, puis retirai le coquillage. Plus rien. Je le remis contre mon oreille et le chuchotement recommença. Une voix si faible que je me demandai si je ne l’avais pas simplement imaginée. Puis je compris qu’elle me parlait. Enfin, quand je dis « elle », il s’agit de mon oreille. Je ne voudrais pas laisser croire que j’étais en train de converser avec un coquillage, ce qui aurait été beaucoup plus inquiétant.
Je collai de nouveau le coquillage contre mon oreille et, sans trop savoir pourquoi, elle lui bredouilla :
— Emporte mes regrets.
Je crus alors entendre le coquillage répondre :
— Je peux les emporter. Mais…
Il se tut.
— Mais quoi ?
Je ne savais même pas à qui je posais la question. Puis j’entendis :
— Je ne peux pas décider de ce que tu garderas.
Je retirai brusquement le coquillage. La mer était là, parfaitement indifférente. Je la regardai avec méfiance : elle aurait très bien pu se mêler de ses affaires. Je reposai le coquillage contre mon oreille :
— Emporte aussi mes silences.
Le coquillage sembla réfléchir. Je ne savais pas très bien comment c’était possible. Il n’avait, à ma connaissance, ni cerveau, ni opinion, ni même la moindre intention de se mêler de mes affaires. Pourtant, il répondit :
— Lesquels ?
— Tous.
— Ce serait beaucoup.
— Je sais.
Mon oreille chuchota :
— Ceux que j’aurais dû rompre plus tôt.
Le coquillage ne répondit pas.
— Ceux que j’ai laissés durer, ajoutai-je. Et ceux que je regrette de ne pas avoir rompus.
Un souffle traversa le coquillage :
— Voilà qui commence à faire beaucoup de silences.
— Je t’avais prévenu.
Je faillis sourire. Puis mon oreille chuchota :
— Emporte mes absences.
Cette fois, je restai sans voix. Certaines occupent une chaise à table. D’autres restent dans une chambre où personne ne dort plus. Il y en a qui continuent de répondre au téléphone dans notre mémoire, alors que nous savons parfaitement qu’il n’y aura plus personne au bout du fil.
— Je ne suis pas certain que tu puisses emporter celles-là.
Le coquillage murmura :
— Je peux les emporter avec toi.
La phrase me parut étrange :
— Avec moi ?
Il n’y eut pas de réponse, alors mon oreille poursuivit :
— Emporte les mots que j’ai gardés au bord des lèvres.
Je soupirai :
— Ceux-là, il faudrait peut-être commencer par les retrouver.
— Tu les connais.
Je regardai la mer sans pouvoir répondre. Puis mon oreille chuchota :
— Emporte ceux que j’ai prononcés trop vite.
Ceux-là, en revanche, je les connaissais très bien. Certains avaient été dits des années auparavant et continuaient pourtant de résonner avec une précision désagréable :
— Ceux-là, je voudrais vraiment les reprendre.
Le coquillage resta silencieux. Je crus entendre la mer respirer derrière lui :
— Alors commence par ne plus les répéter.
Je retirai le coquillage de mon oreille et regardai autour de moi. Il n’y avait personne. Je commençais à trouver cette conversation franchement indiscrète. Je remis pourtant le coquillage contre mon oreille :
— Emporte mes souvenirs.
— Tous ?
— Je croyais que tu étais chargé de les emporter.
— Je peux les emporter sans les effacer.
Cette nuance ne m’arrangeait pas :
— Alors à quoi ça sert ?
— À ne plus les laisser décider à ta place.
Pour quelqu’un qui prétendait simplement faire du bruit dans un coquillage, la mer commençait à devenir étonnamment raisonnable. Mon oreille poursuivit :
— Emporte les promesses qui se sont perdues en chemin.
Je soupirai. Il y en avait quelques-unes. Des promesses faites aux autres, mais surtout celles que l’on se fait à soi-même, avec cette étrange certitude que demain sera toujours disponible pour les tenir :
— Celles-là, je les avais presque oubliées.
— Non. Tu avais appris à ne plus y penser.
Comme je ne trouvai rien à répondre, mon oreille chuchota :
— Emporte les espoirs auxquels je me suis accroché trop longtemps.
Cette fois, je ris :
— Ceux-là, tu risques d’avoir du travail.
— Pourquoi ?
— Parce que certains espoirs ont la peau dure.
— Lesquels ?
— Ceux qui commencent par « peut-être ». Peut-être demain. Peut-être un jour. Peut-être que les choses changeront. Peut-être que quelqu’un reviendra.
Le coquillage demeura silencieux. Puis :
— Et les « et si » ?
Je cessai de sourire :
— Je voudrais savoir ce qui se serait passé.
— Tu ne le sauras jamais.
— Je sais.
— Alors pourquoi continues-tu à demander ?
Je n’eus pas de réponse. Pour la première fois, je cessai de croire que le coquillage me parlait. C’était peut-être moi, ma mémoire ou simplement le bruit de la mer auquel mon imagination donnait des mots. Mon oreille chuchota :
— Emporte aussi mes blessures.
— Celles que je prétends avoir oubliées ?
— Surtout celles-là.
Je fermai les yeux. Il y a des blessures que l’on range quelque part, derrière une porte dont on jette la clé, avant de découvrir beaucoup plus tard que l’on a passé sa vie à vivre devant cette porte :
— Je ne sais même plus où elles sont.
— Si. Tu sais où elles sont.
Je ne répondis pas. Mon oreille chuchota alors :
— Emporte mes chagrins.
Je les connaissais. Certains avaient un visage, d’autres une date, d’autres encore n’avaient même pas de nom :
— Je les cache tellement bien que j’oublie parfois qu’ils sont là.
Le coquillage resta silencieux. Puis, très doucement :
— C’est justement pour cela que tu me les confies.
Je ne sus plus quoi dire. J’attendis encore, le coquillage contre mon oreille. Au moment où j’allais le retirer, une voix très douce me parvint :
— Je peux emporter ce que tu me confies.
Je retins mon souffle.
— Mais je ne peux pas décider de ce que tu garderas.
Je restai immobile. Je ne savais plus si c’était le coquillage qui venait de parler, la mer, mon imagination ou quelque chose d’autre dont je préférais ne pas chercher le nom. Je finis par retirer le coquillage et regarder la mer. Elle continuait son va-et-vient avec une parfaite indifférence, comme si elle n’avait rien entendu de nos histoires.
Peut-être n’avais-je rien entendu moi non plus. Peut-être avais-je simplement passé trop de temps au soleil. Ou trop longtemps seul. Ou les deux. Je me demandai soudain si toute cette histoire n’était pas le fruit de mon imagination. Je pensai à Ulysse et au chant des sirènes. Il avait au moins eu la prudence de se faire attacher au mât. Moi, je n’avais même pas pensé à prendre une corde.
Je regardai le coquillage dans ma main. Un simple coquillage, avec un peu de sable dans les replis et une petite fêlure sur le bord.
Je souris :
— Tu m’as bien eu.
Le coquillage ne répondit pas. Je le portai une dernière fois contre mon oreille. J’attendis une nouvelle confidence, une réponse, un murmure. N’importe quoi. Mais je n’entendis rien de tout cela. J’entendis seulement la mer. Rien que la mer…
Et, pour la première fois, cela me suffit.
Ça est cher Gilaber je crois que vous tenez tout le premier chapitre de votre prochain roman.
Un bon dimanche et au prochain le plaisir de se retrouver🐇
Vous avez raison chère Souris verte, d’autant que nous sommes en cure à Gréoux-les-Bains et, cette coupure avec les contingences quotidiennes, laisse à mon esprit le temps de vagabonder. Il y a deux ans j’ai pu écrire deux nouvelles : Le vieil homme du lac et Esprit es-tu là, l’année dernière, je suis reparti avec dans mes bagages le brouillon d’un roman : « Meurtre aux Thermes » (sortie été 2026) et cette année, je travaille à un autre roman, tiré des faits réels : « Les aux noires de Manosque ». Juste pour info, mes publications sont disponibles en vente en ligne (Amazon), sous mon vrai nom – Gérard GIORDANO. À bientôt de vous lire. Bonne fin de journée.
Vous êtes comme nous dans les Alpes de Haute Provence !
La coquille d’huitre chuchota à la mer :
– Dis-moi la mer, pourquoi deviens-tu si chaude ? Moi qui suis la perle de l’eau céant, j’éprouve de plus en plus de difficultés à nacrer mes excroissances. J’ai du mal à respirer et de nouvelles algues envahissent mon environnement. Dans le fond, tu n’es plus une mère généreuse, tu raréfies mes nutriments. Mon estuaire est de plus en plus encombré. Ma marraine, à Oléron, m’en parle souvent. Le soir, je m’étang plus tôt afin de trouver le sommeil. J’angoisse. Installée dans ma poche en filet sur une sorte de table avec de nombreuses consœurs, je me lève tréteau dans le parc de l’estran. Pour mes petits c’est la tuile. Je suis moins féconde qu’avant. Mon mari n’arrête pas de changer de sexe. Je suis un peu perdue. Sois disant qu’il me trouve de plus en plus plate. Les différences se creuseraient avec mes cousines de Bretagne ? Est-ce vrai ? En tout cas je crois que je ne lui plais plus. Non, plus rien ne va. En plus de mes problèmes de couple et de fertilité, mon eau est polluée et je dois filtrer de plus en plus de microplastiques. Ce n’est plus tenable. Dans cette période d’affinage, je n’y vois plus claire. J’en ai marre ! Si ça continue, je vais migrer jusqu’en Gironde. Ils parait que les Girondes ont plus en chair. Alors peut-être que mon compagnon me regardera d’un autre œil là-bas… J’attend la prochaine marée pour me décider. L’avenir décidera s’il se fait amer ou perlé…
Quand on pose un coquillage contre son oreille, on entend la mer.
Imaginez que ce soit l’inverse, que pourrait chuchoter votre oreille à la mer ?
Au creux de ce coquillage, mon oreille lui chuchoterait, dans un souffle crachotant et chaotique de vieux fumeur asthmatique :
Les regrets de toutes ces fêtes où l’alcool coulait à flot, sans fausse route.
Les regrets de toutes mes rodomontades avinées qui me faisait gonfler les pecs.
Les regrets de toutes ces affabulations déglinguées auxquelles je croyais jusqu’au moment du coma.
Les regrets de toutes ces folies de jeunesse que mon corps ne peut plus assurer.
Les regrets de .. Ah, la salope !! Saleté de mouette!!Ça dégouline grassement sur mon front, ma joue, jusqu’au menton. Ah, elle est bien nourrie la sale bête.
Je vais rentrer chez moi, m’en rouler une et m’en envoyer un à travers le gosier. Y’a plus de rêves qui tiennent. Y’a juste ne pas me faire accrocher par une de ces trottinettes de malheur.
CHUCHOTEMENT (2ème version)
Dans le gros coquillage où j’écoute la mer,
je lui parle à mon tour, de souffle à souffle.
Pardon pour le pétrole qui déverse sa mort.
Pardon pour les mégots crachés dans tes flots pour toujours.
Pardon pour les plages cimentées, le viol des petits coins secrets.
Pardon pour les blessures des moteurs en fureur qui déchirent tes rivages.
Pardon pour la puanteur des cargos, pour les fonds raclés, les algues massacrées.
Pardon pour le corail volé qui se meurt.
Mes larmes salées me rapprochent de toi.
Font remonter en moi un souvenir lointain…
Mon corps se souvient et mes lèvres chuchotent.
Pardon mère, pour la folie de tes enfants.
Joli texte court, presque un acte de contrition d’une oreille humaine à la mer, source de vie.
Poser un coquillage
Quel que soit notre âge
Contre l’oreille
C’est entendre la mer
Une merveille
Le murmure du roulis
Pure poésie
Mais aujourd’hui
Sur cette plage ici
C’est mon oreille qui a envie
Subite fantaisie
De lancer des mots
Au milieu des flots
Des mots interdits
Des mots maudits
Des secrets enfouis
Pour qu’ils voguent ainsi
A l’infini
Pour qu’ils tombent dans l’eau
Plutôt que dans l’oubli
Certes il s’agit
D’un tout autre scénario
Tout aussi beau
C’est mon avis
Car les mots aussi
Ont droit à leur paradis
Et la mer, comme ultime défi
Saura leur écrire une douce mélodie.
Oh Bonjour la mer
Toi qui a généré la vie en faisant sortir un poisson qui eut des pattes et à force d’adaptation nous a fait existé homme, comme tu m’as manqué.
Mais comme j’ai honte de ce que nous les humains te rendons après tout ce que tu nous as donné et je n’ose plus venir te voir …
Tu nous généreusement et longuement nourri, et maintenant que certains croient tout dominer, et ils exploitent tes ressources à outrance : pêche intensive, massacre de phoques, de baleines, de dauphins, extractions de pétrole, tondre des fonds marins jusqu’à tuer le corail, essais nucléaires, dégazage de pétroliers, etc. La seule chose que nous te donnons ce sont nos ordures générées par notre incapacité à nous gérer, sans respect, dans une course à l’argent dont la destination finale sera la mort.
Comment pourras tu nous pardonner et si tu ne le fais pas moi je ne t’en voudrais pas.
J’aime te peindre et travailler tes nuances, tes reflets, tes vagues, les paysages que tu sculptes, et jamais je n’oublie qu’on doit le surnom de la terre, la planète bleue, à ta couleur aux mille variations.
Acceptes mes excuses, acceptes que je te contemple dans toute ta splendeur, accepte de nous redonner une chance quand nous aurons recouvrer la raison.
Merci la vie, merci la mer.
Écoute, écoute… tu entends leur remue-ménage ? Tu entends leur désordre ? C’est épouvantable n’est-ce pas ?
C’est le bruit de l’humain que je te fais écouter….
Leurs cris, leurs rires, leurs disputes, leurs colères…
Tout ce vacarme qu’il répandent partout,
– Quoi ? Tu frémis ? Tu as peur ?… Ô comme je te comprends…
Alors va mon amie, va… retourne dans ton espace et dans ton silence.
Retrouve le murmure des vagues, le souffle du vent, le passage discret des poissons… tout ce qui fait que la mer peut encore dormir tranquille,
Et oublie vite ce que je viens de te faire entendre.
Il y a des bruits qu’il vaut mieux ne jamais rapporter.
Once upon a time une petite fille éplorée sur une plage paradisiaque face à la mer des Caraïbes. Elle scrutait les flots dans l’espoir d’en voir sortir son chéri, son grand amour, son fidèle compagnon: Zumba.
Son père le lui avait offert pour ses six ans, petite boule de poils noirs aux yeux si tendres.
Ils ne se quittaient jamais, elle le gâtait, lui laissant faire ses bêtises de chiot, mais lui interdisait formellement d’aller seul sur la plage où les rouleaux, les jours de grosse mer, pouvaient l’emporter.
La fillette ne trouva pas, cet après midi là au retour de l’école, son chien l’accueillant en jappant de joie. Après des heures à l’appeller, le chercher partout, Maya
devina ce qui c’était passé, il lui avait désobéit.
A partir de ce jour, elle alla chaque matin sur la maudite plage, attendant un miracle.
Un mardi ordinaire elle vit,à moitié enfouit dans le sable, un superbe Nautilus Pompilius .Après l’avoir rincé dans la mer elle le porta à son oreille :
Cette fois c’est moi qui vais parler à la mer annonça t elle.
Maya raconta sa triste histoire au creux du coquillage qui, ému par son chagrin, sauta de sa main en silence pour se laisser couler dans l’eau.
Désespérée par cette indifférence, Maya resta très longtemps assise sur la sable. La nuit tombait, elle repartit tête basse vers chez elle quand elle entendit un jappement bien connu.
Ne te retourne pas se dit elle, c’est dans te tête, mais quand une petite tête mouillée vint se frotter contre sa jambe, elle tomba à genoux pour serrer Zumba contre son coeur.
Tout à la joie de ces merveilleuse retrouvailles, ils ne virent pas le Nautilus Pompilius
attendri se remettre à l’eau.
Tous les jours, je le croise. Il longe le bord de mer, là où les vagues roulent leur frange d’écume.
L’air serein, la tête inclinée de coté, vers la mer, il me salue.
Ce matin-là, je m’enhardis jusqu’à oser l’aborder et lui demander ce qui l’obligeait à pencher la tête comme s’il écoutait le bruit des flots.
– C’est mon âme qui chuchote à la mer.
Lorsque j’étais enfant, on m’avait rapporté un de ces grands coquillages en forme de conque qui, lorsque je l’avais appliqué sur mon oreille m’avait fait découvrir avec ravissement le chant des vagues bien avant que je ne les entende réellement.
Depuis, j’ai pu contempler mers et océans mais entendre leur bruit à travers cette concrétion nacrée m’a toujours procuré un bonheur apaisant.
Lorsque les bruits et les rumeurs du monde m’envahissent, j’écoute la mer, en rue, dans le métro…
Je passe pour un original.
Aujourd’hui, c’est mon âme qui lui répond.
Elle lui chuchote ses souvenirs, ses rêves inavoués, se projets inachevés, ses bonheurs aussi suffocants que des chagrins, ses amours secrètes, ses promesses déçues…
Le sortant de sa poche, il me tend alors son coquillage:
– Tenez, vous en ferez bon usage, j’en suis sûr.
Le lendemain, un rassemblement, de l’agitation, des gyrophares le long de la plage me font comprendre que l’âme de mon promeneur du rivage a fini de chuchoter.
La mer a emporté ses confidences.
J’ai porté le coquillage à mon oreille, espérant en recueillir la mélodie.
Quand plus rien ne va je ferme la porte sur mes ennuis et pars dialoguer avec la mer. Vous me direz quand on habite à côté il n’y a pas meilleur confidente et chez nous elle est toujours là. Mais dès qu’on remonte parfois elle se laisse désirer et comme pour séduire une belle, il faut faire des kilomètres pour la rejoindre.
-Mais pourquoi ?
-Pour éloigner les gêneurs…
-Mais alors mes confidences te dérangent ?
-Oh ! Ce sont des bouteilles a la mer une sorte de liaison aussi incertaine que poétique.
Allo ?..à l’eau.🐁
Oh, beau coquillage, tout contre mon oreille qui entend la mer ; que te raconte la mienne d’oreille ? Ecoute s’il te plait ce que ma tête ressent : Seul ; je me sens seul dans un monde qui fuit. C’est comme le sable sous nos pieds quand la vague se retire vers le large. Le monde est instable et moi, je sens que je chavire. A 16 ans, que puis-je espérer ?
Si je pose cette question à ma grand-mère qui vit en bretagne depuis sa retraite, je vais m’entendre dire que je vis dans un pays occidental, riche et que je serais bien avisé de m’informer sur le réchauffement climatique, le déclin des abeilles et autres sujets liés à l’environnement.
Si je pose la question à mon père qui vit depuis son enfance dans cette banlieue, à proximité de Roissy, il va penser sécurité car il a vu sa commune devenir de plus en plus cosmopolite au fur et à mesure des décennies.
Moi, je vois depuis quelques jours mon lycée en rébellion et je comprends que certains des élèves aient envie de se faire entendre puisque la parole calme, posée, sensée ne suffit pas. Ils font en sorte que les politiques locaux, régionaux, leurs représentants dans les locaux du lycée et les médias ouvrent enfin leurs oreilles et viennent constater dans quelles conditions il nous est demandé d’étudier. De leur côté, nos profs sont compatissants. Ils subissent comme nous les effectifs surchargés (34 élèves dans ma classe de 1ère), les locaux dégradés, la violence endémique et des salaires ridiculement chiches en comparaison de leurs collègues des autres pays dits riches.
Il nous est reproché de passer trop de temps sur le Net. C’est assez vrai. Même si beaucoup d’entre nous passent leurs loisirs à pratiquer du sport ou des activités culturelles via les ASSOS.
Je ne sais si je dois plonger dans la dépression mais parfois, je m’éloigne des autres élèves qui parlent de la guerre, de mobilisation, d’absence d’avenir en raison de la place que va prendre l’IA dans toutes les disciplines.
La dégradation des locaux du lycée me montre à quel point nous comptons pour du beurre !
Mettons les députés et membres du gouvernement dans les mêmes conditions de vie et d’exercice et nous ne serons pas surpris de les voir compter différemment les deniers publics !
Bon, tu en as assez entendu pour aujourd’hui, cher coquillage. J’aurais aimé que tu saches d’autre choses plus personnelles mais qui te paraitront sans doute bien futiles. Pourtant, j’aimerai nager dans la futilité des soucis de l’acné sur mon visage ; des difficultés à aborder les filles naturellement en dépit de leur culture, croyances et religion.
Aller, Je vais voir ce que donne les cours diffusés en vidéo puisque c’est la nouveauté du jour.
Mais à vrai dire, j’en ai marre de tout, beau coquillage. Que la vie qui s’entrouvre devant moi est compliquée…
GLUP-GLUP
C’est une oreille qui parle à la bouche d’un océan de non-dits : Quand j’entendais la mer, ce n’était pas ce que j’imaginais. Par le truchement d’une conque genre triton investissant ma région profonde, la Conque ! Hasard des mots, microcosme ou macrocosme, tout se ressemble, tout se transforme.C’etait à mon tour de me confier à la vaste mer par une sorte de trompette marine chère à Monsieur Jourdain ! Par commodité, respect aussi, je la tutoie, je m’interroge. Combien de marins, combien de soutiers, combien de gens as tu avalés? Y a t’il une région dans le gouffre amer où tu t’en souviennes? Au prétexte que l’on t’enserre dans les détroits et le canal,tu te fais mer d’huile quoique battue par les tempêtes : c’est la folie des hommes,t’indignes-tu ! Pourtant nous ne buvons pas que de l’eau. Nous jettons nos bouteilles à la mer, du Pastis, en aurais tu abusé ? C’est le meilleur ami de l’eau qui t’a saoulé! Depuis nos frères mammifères s’en sont allés loin de la grève d’Antibes, évent au vent, vers d’autres horizons, Disney Land, BB association. Phoques+News…
🐻Luron’Ours 04
Sois attentive,
Ecoute bien le bruit des hommes
Explique-leur encore, si tu le peux
Que tout n’est pas supportable,
Que quand la poubelle débordera,
Les rats prendront le pouvoir
Sur les fadaises écroulées
Des hommes,
Leurs chants boiteux
De coquilles vides,
Les écoulements
De leurs surmenages
Vitrifiés en
Surmecoules.
Chuchotement
les yeux dans le vague
le corps dans les vagues
on se frôle
on se berce
on se chaloupe
on perd pied
on se vertige
mes cheveux flottent dans les algues
ma peau goûte le frisson matinal
les mouettes s’impatientent
elles attendent leur tour
pour entrer dans la danse.
Manque ma dernière ligne « pour entrer dans la danse » J’ai envoyé trop vite !!!!
ESPOIR
Soir désolé, soir d’automne,
Ton air gris de nostalgie
Parfumé, railleur, me donne
A l’oreille une élégie.
Et puis, de tendres murmures
Déracinent mes pensées.
Je cours et, telles des murs
Vois les vagues insensées
Qui montent et broient le silence
Et, par-dessus elles-mêmes,
Debout, rugissent et lancent
Leurs flots durs à même
La jetée. Et je m’abrite
Car les salves recommencent
Et le silence et le rite
Du bruit sourd se relancent.
L’un et l’autre se succèdent.
Inlassables, ils se répètent,
Ils se battent et rétrocèdent,
Ils décroissent et ils tempêtent.
Ils baissent et laissent comme
Las, l’un à l’autre la place.
A la minuit, un homme
Suspendu dans l’espace
Opère. Un peintre invisible
Qui, d’un haut phare éloigné
dévoile ton indicible
Secret. D’un labeur soigné,
Ô mer ! Il répand par cycle,
Armé d’un long pinceau d’or
Une touche qui gicle
Et peu à peu il colore
Patient, un tableau de maître
Et des profondeurs célestes;
Des abysses fait renaître,
En quelques tours, quelques gestes
Un théâtre éblouissant
Une vision magnifique,
La nuit s’évanouissant
Dans un décor chromatique.
Il crée l’instant très étroit,
Le spectacle universel,
La fusion de l’astre roi
Qui perce soudain le ciel.
De la liquide matrice, .
Une journée novatrice,
Un espoir vivant se lève…
Gai, rougeoiyant, il s’élève
Ce n’est pas Laq, c’est « Las, l’un à l’autre, la place.
Et puis les deux derniers vers se sont noyés.
S’il vous plaît, Pascal,
Si vous pouvez rajouter les deux derniers vers, merci !
Une journée novatrice
Un espoir vivant se lève…