817e exercice d’écriture très créative créé par Pascal Perrat

Inconnue jusque-là sous nos latitudes, une espèce invasive d’escargots s’attaque à tous les tuyaux. Photo à l’appui, une victime raconte...
Inventez la suite, voire la fuite…
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– À tous les tuyaux! Qui va croire çà?
Encore un qui veut se faire mousser avec des photos trafiquées.Il n’y a qu’à regarder ces images qui crient la mise en scène version Technicolor.
Ce matin-là Wilhelmine van de Kasteel parcourt d’un air blasé les nouvelles régionales du journal.
L’édition papier s’il vous plaît! Pas la version numérique ou pire un de ces réseaux sociaux débilitant.
Aujourd’hui de toute façon elle n’a pas de temps à gaspiller à ces fadaises.
Elle doit se rendre à la collégiale pour son ultime répétition avant le grand événement: le baptême de la cloche dernière arrivée: la Bernadette-Marie.
Ce sera le sommet d’une carrière de trente quatre ans comme organiste titulaire.
D’un pas conquérant, elle se rend à la collégiale et grimpe les septante trois marches de l’escalier en colimaçon qui la mènent jusqu’à son royaume.
À peine y a-t-elle mis les pieds qu’elle est parcourue d’un frisson de dégoût: des bestioles à la coquille bariolée rampent sur son banc et sur ses partitions.
Ah mais non! Ce ne sont pas pas quelques escargots qui la feront reculer et sans hésiter elle chasse la gent gastéropode à grands coups de pages de « Magnificat » et d' »Agnus Dei ».
Sa répétition en est toute chamboulée et il lui semble que le do mineur manque de pureté.
Sûrement la faute de l’accordeur ou de cet étudiant qui vient répéter sur son instrument. Il faudra qu’elle parle au doyen et qu’elle se plaigne lors de la prochaine réunion paroissiale.
Le dimanche suivant, le dimanche de la Trinité, c’est le grand jour, son grand jour.
Bien à l’avance elle s’est installée, savourant déjà l’émotion admirative qu’elle suscitera par les vibrations de son jeu.
L’intérieur de la collégiale est une splendeur d’oriflammes, de bannières, de lys et de bégonias blancs.
L’évèque s’est déplacé, plus un siège n’est vacant.
Le moment venu, elle prend une profonde inspiration et plaque un premier accord qui se voudrait triomphant.
Un couinement dissonant monte vers les voûtes gothiques, se disperse impitoyablement vers le triforium et retombe dans le chœur sur l’assemblée grimaçante et médusée.
L’évèque et les prêtres lèvent les yeux vers le jubé, l’air proprement scandalisé.
Wilhelmine, tente désespérément de faire sortir des accords harmonieux de son instrument diabolisé.
La cérémonie définitivement gâchée se poursuit dans une ambiance quasi mortuaire.
Depuis, plus personne n’a revu Wilhelmine, recluse, terrassée de honte.
Un désastre! Une réputation anéantie!
Personne ne comprend, on invoque le diable, le terrorisme, on convoque des spécialistes et même un exorciste!
L’orgue maudit fait peur.
Après de multiples palabres et un vote à la majorité, la décision est prise, irrévocable: il doit être évacué
On le démonte et çà vous l’aviez deviné: dans les tuyaux, se baladent allègrement en patientes reptations de multiples colonies d’escargots mutants parfaitement adaptés au métal.
Il l’avait pourtant dit: « À tous les tuyaux! »
Vergil Terreau n’en revenait pas. Des décennies qu’il entretenait son potager et cohabitait bon gré mal gré avec les escargots de toutes tailles. Il les retrouvait principalement dans ses salades, mais bon il fallait bien qu’ils mangent, non ?
Mais là, c’était du jamais vu. Sous ses yeux plus d’une centaine d’escargots gros, rapides et agressifs accrochés aux tuyaux d’arrosage, d’évacuation, etc. En voulant en soulever un pour le scruter, le gastéropode se braqua et lui pinça méchamment la main. Surpris il envoya valdinguer le vampire à coquille qui en deux temps trois mouvements retrouva sa place sur le PVC.
A l’aide d’une pelle, il tenta de les déloger et de les mettre au vert. Il pensait qu’ils étaient déroutés. Ils n’étaient pas du coin, parole de jardinier. A côté d’eux les escargots de Bourgogne ressemblaient à des têtes d’épingle.
Malgré sa bonne volonté, il ne réussit pas à en déloger un seul. Résigné, il se dirigea vers son abri de jardin à la recherche d’un répulsif bien qu’il fût quasiment sûr de ne pas en posséder. Il était un peu écolo dans l’âme. Comme pensé, il n’avait rien.
Il fallait qu’il en parle à Marguerite, son épouse. Il prit quelques photos, elle était du genre à ne pas croire tout et n’importe quoi.
– Marguerite, regarde ce qu’il y a dans le jardin. Il y en a plein et tous sont farouchement accrochés aux différents tuyaux. En plus ils sont hargneux et se déplacent à toute vitesse. Il y en a un qui m’a pincé, j’ai encore la trace.
– Mais de quoi tu me parles ?
– D’escargots géants. J’ai pris des photos, jette un œil. J’ai essayé de les mettre dans l’herbe mais rien à faire. Tu aurais une idée ?
– Ah ! Ils sont là ?
– Comment ça ? Qu’est ce que tu veux dire ?
– Oh Vergil ! Tu es indécrottable ! Combien de fois je t’ai dit de lever la tête de tes semis et de t’intéresser à ce qui t’entoure !
– Pff, pour ce qu’il y a voir et à entendre, je préfère les plantes. Tout ça c’est bien joli, mais j’ai pas de réponse. Qu’est-ce que tu sais ? C’est quoi ces bestioles qui bouffent du plastique ?
– Ils se sont échappés du laboratoire de recherche qui vient de s’installer au bout de la rue. J’espère que ça au moins, tu l’auras remarqué !
– Euh ! Non. Mais ils font quoi là-dedans ?
– Ils cherchent à créer un escargot qui résistera à la sécheresse. Ils anticipent, faudrait pas que l’on manque de mollusques pour Noël. Alors ils ont modifié leur ADN et les ont laissés bien au chaud sur un terrain aride. Mais ça n’a pas fonctionné comme prévu. Les gastéropodes se sont mutinés. Ils s’en sont pris aux installations, grignotant tout et n’importe quoi sur leur passage. Ne pouvant digérer ce qu’ils ingurgitaient, ils se sont mis à grossir à vue d’œil et à devenir hargneux. Ils ont dévoré les tôles et se sont échappés en quête de laitues et d’humidité. Et c’est ainsi qu’ils sont venus se réfugier dans ton petit potager. Inutile d’appeler le centre de recherches, ils ont mis la clé sous la porte.
– Absurde ! Mais j’ai une idée. Je vais les proposer à DécoupeTout. Ils cherchent de la main-d’œuvre.
– Salut les gars.
– T’as mauvaise mine.
– M’en parle pas. Je suis envahi par ces foutus escargots.Ils bouffent tout ce qui est tuyaux. C’est la cata. Et quand ils auront tout bâfré, c’est ma tuyauterie perso qu’ils vont déguster ?? Parait qu’on a des kilomètres d’intestins. Ça me ronge le cerveau. J’en perd le goût du vin. Allez patron, un petit pour me remonter le moral.
– Moi, je les ai vus arriver, les escargots. Je dormais dans mon jardin..
– Tu cuvais, oui !
– Non. J’avais perdu la clé.Un bruit comme un roulement de tambour m’a réveillé et une pluie de petites lumières est tombé du ciel. C’est des extra terrestres les gars, je l’ai vu. Et par terre y avait plus que des escargots sans lumière, mais bien charnus. Je leur ai dit que je me ferai bien une petite fricassée.
– Tu veux bouffer de l’extra terrestre, t’es vraiment cuit.
– Non. Y m’ont répondu « Tu pues de la gueule, casse toi ». « Suis chez moi ici, que je leur dit, je fais ce que je veux ».
« ALLEZ LES MOLLUSQUES, on se barre. C’est intenable ici » a dit le chef.
Et ben croyez moi, les escargots, c’est comme les tortues. Quand ça veut, ça détale à toute allure. Quand je me suis reréveillé, y en avait plus.
– Les gars, vous ne pensez qu’à boire. Moi je bois et je réfléchis et j’ai la solution, qui en fait est évidente. Amis, envahis par les gastéropodes..
– Les gasto quoi ?
– Les escargots, ignorant ! Bon, faut boire comme un trou pendant au moins une semaine. Être rond comme une barrique et souffler très fort sur les colimaçons..
– Les coli quoi ?
– Les escargots, bougre d’âne. Tu souffles de toutes les forces qui te restent et les escargots prendront leurs pieds à leur cous.
-( Ça fait quoi de prendre le pied à son cou ?
– Pour tes bestioles, ça leur permet de fuir vite. Allez patron, sers moi un verre. Je l’ai bien mérité. Les gars, SANTÉ et pas des pieds !
Inconnue jusque-là sous nos latitudes, une espèce invasive d’escargoths, venus du grand Nord s’attaque à tous les tuyaux. Photo à l’appui, une victime raconte avec moult détails son aventure, face à un jeune journaliste béat de se trouver ainsi au front d’un événement aussi exceptionnel.
Après avoir alerté tout le pays, la chaîne a été mise à pied pour divulgation de nouvelles délirantes et traumatisantes.
Les experts de service ont épluché le non-événement. Pour certains, il ne s’agissait que d’une bande de mafieux tentant de trafiquer les résultats des courses d’escargots. Pour d’autres, on avait affaire à un groupuscule d’écologistes essayant d’alerter l’opinion sur le gaspillage de l’eau, avant les prochaines élections. Pour quelques pessimistes, c’était un coup des pyromanes, pour empêcher l’extinction des feux.
Pour la compagne de l’individu, ce n’était que la Xième crise de délirium tremens de son Jules. Le zig, lors de divers crises avait déjà « photographié » des éléphants en tutu, piétinant sa baignoire, des fourmis lui envahissant l’œsophage et des phoques moine brassant leur bière au fin fond de son estomac.
Une analyse prioritaire de la photo aurait prouvé aisément le non –intérêt du cliché. Celui-ci ne représentait, en fait de tuyau, qu’un malingre pénis en recherche d’une coquille.
La révolte des gastéropodes
Le jour se levait à peine lorsque Lucette sortit dans le jardin pour arroser ses géraniums. L’été s’annonçait chaud et elle tenait à préserver ses fleurs des premières chaleurs.
Le couple profitait paisiblement de cette petite maison avec jardin, acquise au terme d’une longue vie de labeur. Depuis sa retraite, Lucette consacrait le plus clair de son temps à entretenir le jardin, qu’elle avait peu à peu embelli de massifs fleuris.
Comme chaque matin, elle déroula le tuyau d’arrosage, ouvrit le robinet… mais aucune goutte ne jaillit :
— Tiens… c’est étrange.
Surprise, elle constata que l’eau s’échappait par une multitude de petits trous. En examinant le tuyau, elle aperçut une dizaine de petites créatures blanchâtres qui grignotaient le plastique avec une application surprenante. Sous leurs minuscules mandibules, la matière disparaissait peu à peu :
— Eugie ! Viens voir ! Je crois qu’on a des bestioles dans le tuyau !
Sans quitter son journal des yeux, Eugène répondit :
— Des fourmis, sans doute…
— Des fourmis qui mangent du plastique ?
Cette fois, il sortit et s’arrêta net. Des dizaines de gastéropodes émergeaient du tuyau par tous les trous. Les plus petits mesuraient à peine un centimètre, les plus gros près de six :
— On dirait qu’ils l’ont dévoré…
Eugène dut se rendre à l’évidence. Ces mollusques détruisaient le plastique avec une efficacité stupéfiante. Il photographia la scène tandis que Lucette observait les étranges créatures. Leurs coquilles blanchâtres semblaient presque translucides. Elles ne laissaient aucune trace de bave et travaillaient dans un silence absolu.
Quelques instants plus tard, Lucette ouvrit les volets de la terrasse et poussa un cri.
Le salon de jardin offrait un spectacle de désolation. Les chaises n’étaient plus que des armatures métalliques. La table était criblée de cavités. Les bains de soleil avaient disparu, tout comme les pinces à linge. Le seau et l’arrosoir étaient perforés de toutes parts.
Partout, des centaines de ces petites créatures poursuivaient inlassablement leur festin.
— Eugène… elles mangent la chaise !
Son vieux réflexe d’ancien militaire reprit le dessus :
— Ne bouge plus, Lucette ! On ne sait pas de quoi elles sont capables.
Par habitude plus que par curiosité, il multiplia les photographies, ignorant qu’elles feraient bientôt le tour du monde.
Deux jours plus tard, une journaliste installait son micro dans leur jardin :
— Monsieur et Madame Delmas, à quel moment avez-vous compris qu’il ne s’agissait pas de simples escargots ?
Lucette sourit :
— Quand ils ont laissé le rosier intact pour dévorer son pot.
— Ils ne s’attaquent donc qu’au plastique ?
— Absolument tout : les chaises, les seaux, les jouets des petits-enfants… même la coque de mon téléphone.
Sur l’écran défilèrent alors des images venues des quatre coins du monde.
En Espagne, une piscine s’était vidée pendant la nuit. En Allemagne, des tableaux de bord d’automobiles avaient disparu. Aux États-Unis, les supermarchés perdaient leurs caddies. En Australie, les bâches des serres agricoles étaient réduites en lambeaux.
Partout, les mêmes petites créatures poursuivaient leur œuvre.
Très vite, l’invasion prit une ampleur inimaginable.
Les médias baptisèrent les mystérieux mollusques « les Dévoreurs ». Les vidéos se multipliaient sur les réseaux sociaux. Un vacancier voyait son bain de soleil disparaître sous lui. Un automobiliste racontait que son volant n’était plus qu’un cercle métallique. D’abord amusé, le monde commença à s’inquiéter.
Les biologistes leur donnèrent bientôt un nom : les « Plasticotéropodes ». Les médias s’en emparèrent aussitôt et le terme fut rapidement adopté par la communauté scientifique.
— Le nom est imprononçable ! s’amusa un journaliste.
Un biologiste lui répondit en souriant :
— Pas plus que « tyrannosaure » ou « ptérodactyle ». Donnez-lui quelques semaines : tout le monde l’utilisera.
Les pouvoirs publics furent rapidement dépassés. Des cellules de crise furent créées. Les assurances refusèrent de couvrir les dégâts. Les magasins furent pris d’assaut et les vieux meubles en bois ou les arrosoirs en zinc retrouvèrent soudain une valeur inespérée.
Dans les laboratoires, les chercheurs travaillaient sans relâche.
Les insecticides demeuraient inefficaces.
Le froid ne ralentissait pas leur appétit.
La chaleur non plus.
On découvrit seulement que les Dévoreurs ignoraient totalement le bois, le verre, la pierre, les tissus naturels et les métaux.
Ils ne semblaient vivre que pour une seule nourriture : les polymères.
Quelques biologistes avancèrent alors une hypothèse dérangeante.
Et si ces créatures n’étaient pas une catastrophe… mais un mécanisme imaginé par la nature pour éliminer les déchets plastiques ?
L’idée fit scandale.
Deux années passèrent.
Les océans contenaient beaucoup moins de déchets flottants. Les plages retrouvaient leur sable. Les forêts n’étaient plus encombrées de sacs emportés par le vent.
Puis, aussi mystérieusement qu’ils étaient apparus, les Dévoreurs commencèrent à disparaître.
Faute de nourriture.
Le dernier reportage de la journaliste fut consacré à Eugène et Lucette :
— Après tout ce qu’ils vous ont détruit… vous les détestez toujours ?
Eugène regarda les nouvelles chaises de sa terrasse.
Elles étaient en chêne massif.
Il caressa lentement le bois avant de répondre :
— Pendant des décennies, nous avons fabriqué un matériau que nous étions incapables de faire disparaître. Puis un jour, la nature nous a envoyé quelqu’un pour faire le ménage…
Il leva les yeux vers le ciel où passaient quelques hirondelles :
— Et nous avons appelé ça une invasion.
La journaliste resta silencieuse.
Pour la première fois depuis le début de cette étrange histoire, elle ne trouva rien à ajouter.
Inconnue jusque-là sous nos latitudes, une espèce invasive d’escargots s’attaque à tous les tuyaux. Photo à l’appui, une victime raconte.
Les orages de ces derniers jours dénotaient avec le mois précédent caniculaire. La chaleur l’avait prise en otage, elle était restée cloitrée dans sa petite maison. Maintenant elle était d’autant plus heureuse, elle avait laissé sortir sa joie, marchant pieds nus sur l’herbe mouillée, autorisant la pluie à coller ses cheveux à son visage, ses vêtements à sa peau. Repue d’humidité, la petite brise du matin l’avait fait frémir, sa peau laissait voir ses pores dressés, ce que tout un chacun nomme la chair de poule. « Que c’est bon », elle en avait oublié la sensation.
Prenant son petit déjeuner sur la terrasse couverte, car elle ne voulait pas en perdre une goutte, elle vit un premier escargot. Pas de ceux qu’on élève pour les manger, pas les petits gris, non. Celui-là était plus voyant, vert avec une bande jaune au milieu. À son grand étonnement, il ne se cachait pas, il traversa la terrasse avec grâce et se permit de monter sur la fontaine de pierre. « Mon pauvre, il n’y a pas d’eau au robinet, le tuyau d’arrosage est branché ». Sûr de lui, il grimpa sur le tuyau, rapidement l’eau gicla, visiblement sa bave avait fait un trou dans le caoutchouc. Elle sauta sur le robinet pour le fermer. C’était atroce, ce qu’elle voyait déconstruisait son monde et la mettait en insécurité. Elle souleva un cageot déposé à coté, plusieurs escargots verts s’y prélassaient. D’un œil neuf et tendu, elle balaya son jardin du regard, ça bougeait de partout, des traces blanches en escorte. Certains étaient accrochés aux gouttières, elles devenaient passoire. D’autres avaient investis les évacuations, mais elle ne le savait pas encore. Elle avait un sacré problème. « On ne va jamais me croire ». Elle s’empressa de prendre des photos et partit raconter sa mésaventure.
Sur le marché de Castres, les discussions s’enflamment autour de Sophie. La petite vidéo de Sophie est alarmante, on y voit l’escargot percer des trous dans son tuyau d’arrosage posé au sol. Entre les étals de marché recouverts de grandes toiles luisantes de pluie, les escargots batifolent. Son ami Gael, qui ce matin a cru à un ragot, se rend maintenant à l’évidence et commence à s’inquiéter. Plus pragmatique qu’elle, il voit les implications. Non seulement ces escargots sont nombreux, mais ils sont dangereux. Gael : « Regarde, il y en a même un ici ! ». En équilibre sur un câble, il le voit grimper jusqu’à la toile rejoignant son compère, il remarque déjà des trous et autant de fuites. Le marchand affolé, rassemble ses affaires sous le toit de son camion, d’autres qui n’ont que des toiles plastiques comme protections pliant bagages. Les câbles initialement posés au sol sont maintenant suspendus, mais ça ne suffit plus.
Un homme explique que ce sont des « escrados », des aficionados de matière non naturelle, ils affectionnent le plastique, les alliages de métaux. On peut être rassurés, ils ne s’attaqueront pas au bois, mais ils aiment les colles, dans le lamellé-collé par exemple. De deux choses l’une, soit on trouve leur point faible et on les éradique, soit on s’adapte et on revient aux choses simples. Après plusieurs jours de bataille à mettre à l’abri les matières non naturelles, la nature étant bien faite, Sophie se questionne : « on devrait peut-être s’interdire nos créations qui créent des déchets ».
– Ici « radio machin » en direct,
M. Tuyau pouvez-vous nous raconter ce qui se passe ?
– Ah ! Il ne manquait plus que vous… Vous ne voyez pas ce qui se passe de vous-même ?
– Heu… Ben oui… Y a plein d’escargots sur vous et c’est un peu dégueulasse pour dire vrai … Quelles sont vos impressions M. Tuyau ?
– Mais j’en peux plus moi… entre des escargots venus je ne sais d’où qui m’asphyxient et vous qui me harcelez, JE VAIS ÉCLATER !
– Non non M. Tuyau, je vous en prie n’éclatez pas… Je suis là pour vous aider, pour faire connaître à nos auditeurs votre infortune
– Pffff… Pfff… Pfff…
– Amis auditeurs, vous entendez ? M. Tuyau ne peut plus parler. La situation devient grave.
Les escargots prennent le pouvoir… Ils sont en train de s’attaquer à moi… Ils grimpent sur mes jambes… Ils grimpent… C’est dégoûtant…
Oui c’est une véritable invasion,
AU SECOURS ! AU SECOURS !
Je rends l’ant’ POUAH !!!
Inconnue jusque-là sous nos latitudes, une espèce invasive d’escargots s’attaque à tous les tuyaux. Photo à l’appui, une victime raconte…
« J’étais paisiblement posé là entre les salades sur le sol que j’avais moi-même contribué à rafraichir quand je sentis un poids inhabituel me peser sur le flanc. Je ne reconnaissais pas la caresse des herbes du jardin qui aiment me chatouiller quand je serpente. C’était une sensation plus étrange. L’impression de gros suçons sur tout mon corps élancé. Je me suis souvenu alors de l’empreinte si particulière des escargots du jardin qui aimaient se servir de moi comme d’une autoroute pour arriver plus vite et surement dans le garde-manger des salades. Mais je saisissais bien que cette fois, ils étaient plus nombreux et fébriles. Je tentais alors de m’étirer, comptais sur la puissance de l’eau pour les faire glisser un peu mais rien n’y fit. Je sentais une certaine agitation dans les rangs. Les vieux briscards ici depuis longtemps qui savaient déjouer les ruses du proprio pour déguerpir au bon moment étaient dépassés et inquiets pour ces congénères un peu envahissants qui prenaient des risques incalculés, guidés semble-t-il par une soif inextinguible.
Je ne savais plus quoi faire pour les retirer, les faire fuir. Mais je n’eus pas à m’inquiéter très longtemps. Tout à coup une multitude de petits doigts potelés sont venus les retirer un à un dans des éclats de rires enfantins. J’entendais leurs chutes dans les petits seaux rythmés par les cris de joie des enfants contents de leur récolte atypique en se régalant par avance de leur futur gueuleton.
J’ai su en écoutant les conversations alentour, qu’il s’était passé la même chose dans les jardins voisins. Il est à craindre que ces pauvres assoiffés soient venus ici chercher l’or de toute existence, cette eau si précieuse que nous ici serions bien sages de protéger de toute urgence. Ma vieille carapace ne fournira pas pour tous encore très longtemps à ce rythme. Quelle tristesse…Ah le ciel s’assombrit, tant mieux ! je vais pouvoir me reposer un peu. Tout cela m’a un peu chamboulé je l’avoue… »
Vous voyez, je suis de dos sur l’image, en train d’arroser tranquillement mon potager. Au premier plan, cette nouvelle race d’escargots dévoreurs de tuyaux. Personne ne sait vraiment d’où ils viennent. Moi j’ai ma petite idée.
Ah oui ? Et laquelle ?
Disons que ce n’est sûrement pas un hasard si ça arrive maintenant, et ici. C’est sûrement un coup des étrangers contre lesquels nous sommes en guerre.
Vous pensez à un pays en particulier, ou vous préférez rester mystérieux ?
Les Chinois par exemple. Une espèce produite exprès pour détruire l’Europe, comme ils l’ont fait avec le COVID.
Comment pouvez-vous être sûr que ce sont les Chinois et pas les Russes ou les Iraniens ? Et surtout, que comptez-vous faire pour résoudre le problème ?
Il est trop tard. Ces animaux monstrueux détruisent toutes nos canalisations. L’alimentation en eau potable de nos maisons, les circuits d’assainissement, tout est rongé de l’intérieur. Notre pays tout entier ne sera bientôt plus habitable.
Mais alors qu’allons-nous faire ?
Une seule solution : migrer dans des pays qui ont fermé leurs frontières aux escargots.
Comment ont-ils fait, ceux-là et comment être sûr qu’ils nous accepteront ?
Ils ont creusé une immense tranchée autour de leur territoire pour ralentir leur progression, tout en faisant venir des prédateurs aux alentours.
Des prédateurs d’escargots ? Malgré leurs carapaces ?
Mais oui. La grive musicienne, par exemple, produit un son particulier en fracassant leur coquille avant de les dévorer. Certaines mouches pondent sous la coquille et leurs larves se nourrissent à l’intérieur, protégées de l’extérieur. Hérissons, musaraignes, rats, couleuvres, lézards, crapauds… tous sont d’excellents prédateurs.
Bon, très bien pour les escargots. Mais nous, comment être certains d’obtenir des visas ? Nous sommes si nombreux.
En effet, les demandes sont trop nombreuses. Il faut justifier de son utilité pour le pays. Scientifique de haut niveau, musicien d’exception, par exemple.
Et si on n’a pas de talent singulier ?
Alors il reste une solution de repli : Musk met quelques fusées à la disposition de notre pays, pour aller vivre sur Mars.
Ah bon ? Et quels sont les critères d’accessibilité dans ce cas ? Les places doivent être comptées !
En effet. Les candidats vont être très nombreux. Il faut être complètement abruti et avoir un instinct sauvage. Comme Musk veut lutter contre l’IA, c’est le seul langage que ce dernier n’a pas encore appris.
SUR la photo, une traînée argentée remonte le coude en PVC méthode lente, aucune empreinte exploitable. « Elle progressait , (précise la victime, choisissant ses mots comme pour un rapport ) contre le courant comme si elle savait où elle allait, ce qu’elle cherchait»
L’espèce opère sans nom connu des services compétents, ce qui, dans ce métier, passe pour une garantie de sérieux. Elle infiltre les canalisations avec une lenteur qui ressemble à de la patience, obstination, et la patience, en matière de renseignement, finit par payer.
Officiellement, on parle de « surveillance renforcée », la vigilance s’organise, inspection des siphons, contrôle de tous mouvements suspects . Officieusement, dans le quartier, plus personne ne fait confiance à ses tuyaux. Certains y voient une infiltration méthodique ; d’autres, plus mesurés, une simple question de nouvelle espèce calcairophage ?
A l’enterrement d’une feuille morte deux escargots s’en vont disait Prévert.
Ce jour là il fait très chaud, ils suent de la coquille, ils ont soif, ils rampent péniblement sous le soleil le long d’une pelouse jaunie.
Tout ça pour une feuille morte! dit l’un d’eux
Pas n’importe laquelle, n’oublie pas qu’elle a servi à essuyer l’auguste postérieur de notre grand poète
Ils poursuivent leur route quand ils aperçoivent, plus loin, un beau tuyau jaune bien rond posé sur le gazon, il est couvert de dizaines de gastéropodes frétillants.
Nous serions nous trompés de cérémonie ?
Non, c’était simplement un goutte à goutte généreux servant d’abreuvoir à des congénères qui s’y désaltéraient avant de reprendre le chemin de l’inhumation prévue. Ils se joignirent au groupe, burent tout leur content.
Devant ce spectacle, le jardinier, passant par là afin de vérifier l’efficacité du nouveau système d’arrosage, maugréa :
Les voilà chez moi à présent ces sales bestioles, on parlait bien d’invasion ! Je vais m’occuper d’eux sérieusement.
Voilà comment d’innocents escargots venus rendre un dernier hommage à une feuille morte, finirent dans un seau rempli de son afin de dégorger, avant d’être farci de beurre persillé et servi à la table du criminel.
Encore un peu gluant, le tuyau put reprendre son souffle et son office, laissant une eau pure abreuver le gazon.
817eINVASIFS
Tuyaux de poêles, à l’enterrement du Pape des Escargots ils étaient cinq cents, ce fut la curée ! Des Escargots, cornes aux vent en rescapèrent. Mutatis_mutandis, la progéniture prolifère dans les conduites intérieures.On écrase le champignon et les helicidées tout à la fois, une bouillie Bordelaise la bienvenue ma foi. Face à cette opération bouchon-bouchon la gendarmerie est sur les dents. En pèlerinage sur la tombe de Ionesco, demande est faite d’une suite à la princesse de Bourgogne, des chaises et de Rhinocéros interprétée par tatie Danielle ou mieux encore le jour de fête, le vélo et le facteur, moi je l’aimais bien…🐻
817e LE BONIMENTEUR
Ça faisait longtemps qu’on le savait que ses tuyaux étaient percés ! mais par sympathie on l’écoutait jusqu’au bout nous raconter le pourquoi du comment il avait perdu… de sa voix tonitruante de forain, sa verve était si amusante, émaillée de mots bien de chez nous et d’éclats de rire que c’était communicatif et, dans la journée quand nous y repensions, on en riait encore.
Il avait le coup pour nous embobeliner et nous faire mettre la main au gousset le salopard !.
– celui-la, ma main à couper qu’il va gagner…
Et nous comme des couillons on y allait de notre billet…
-Alors ? On a-t’y gagné c’te fois ?
– Pas vraiment mais il était pas le dernier à l’arrivée. La photo a été très nette : ex æquo C’est d’la faute aux limaces ?
– Aux limaces ?
– Avant de partir, il lui ont fait boire un sirop de colimaçon alors évidemment mon canasson…
– Eh ben mon colon !.. un silence suivit… il fallait bien ça pour qu’on évalue le coup du sirop d’limaces !
Et, philosophes, on replongea le nez dans notre pastis-orgeat … déçus certes, mais presque ça faisait partie du jeu. Et si par malheur on avait gagné, je ne suis pas certain que l’ambiance aurait été la même. Ça aurait cassé quelque chose.
Enfin, depuis le temps qui nous disait sa main à couper quand j’y repense ! Je me demande combien il en avait de mains depuis qu’il perdait ! Il avait, par son bagout, crée une sorte de confrérie : celle des perdants.
C’était un rassembleur… 🐁