Ma dyslexie n’a pas pris sa retraite
En répondant aux personnes qui avaient participé à l’exercice du samedi, le 807ᵉ, j’ai fait une découverte qui m’a sauté aux yeux comme un chat sur un rat.
Dans l’objet de mon mail, je voulais écrire :
Commentaire sur le 807ᵉ exercice.
Eh bien non. Ma dyslexie, cette vieille complice de mon désordre mental, a inversé les chiffres.
Au lieu d’écrire 807ᵉ, j’ai écrit 708ᵉ sans m’en rendre compte, bien sûr.
J’étais pourtant persuadé d’avoir tapé le bon nombre.
C’est exactement ce qui m’arrive avec un agenda. Les colonnes se croisent, les dates se mélangent, les jours changent de trottoir.
Un rendez-vous noté le 18 avril, je peux très bien le voir le 28 ou le 30. Alors je me dis : j’ai encore le temps. Mais le temps, lui, ne m’attend pas.
Je croyais qu’avec l’ordinateur, ma dyslexie allait se calmer. Qu’elle appartenait au stylo, au crayon, aux cahiers d’école, aux mauvaises notes et aux regards navrés ! Pas du tout.
Elle a simplement changé d’outil. Aujourd’hui, je tape à l’envers sur mon clavier d’ordinateur ou de tablette ou de téléphone en croyant taper à l’endroit.
Et ne me parlez pas des codes de carte bleue. Celle de ma femme contient un 97, la mienne un 87. Il suffit de deux chiffres pour que mon cerveau organise un chamboule-tout.
À la caisse d’un commerçant, je me trompe une fois, deux fois, trois fois, parfois.
Et là, je redeviens l’enfant honteux, celui qui mettait tout sens dessus dessous et qu’on prenait facilement pour un débile.
La dyslexie, ce n’est pas seulement des lettres qui dansent. Ce sont des chiffres qui se déguisent, des dates qui s’enfuient, des mots qui changent de place et d’orthographe pendant qu’on les regarde.
On croit avoir vieilli. En réalité, certains vieux fantômes savent très bien se servir d’un clavier. Même à 86 ans…

Un rendez-vous manqué 3 fois
C’est à l’époque un peu cabossée où je rêvais encore d’être le scénariste qu’on reconnaît dans la rue. J’avais ma petite routine marketing : chaque matin, dix coups de fil à des sociétés, des collectivités, des groupes, etc.
Je créais des BD d’entreprise, un genre où l’on demandait à des personnages de vanter les mérites d’une boîte. Ça marchait plutôt bien, quand je tombais sur un dircom qui avait de l’humour. Donc, une rareté…
Un matin, miracle : j’accroche une société importante. On prend rendez-vous. Je note la date à ma façon. C’est-à-dire de travers. Et, le jour venu, je file en banlieue, heureux comme un môme qui va chercher son bulletin en espérant qu’un prof se soit trompé dans les notes.
J’arrive, tout guilleret. La secrétaire prend mon nom, me regarde comme on regarde un type qui a mis sa chemise à l’envers, et m’annonce que mon rendez-vous n’est pas aujourd’hui, mais la semaine suivante.
Je bafouille, je m’excuse, je repars un peu honteux.
Ce sera pour la prochaine fois, me dis-je. « Une prochaine fois » impeccablement notée, imagine-t-on.
La semaine d’après, je suis de retour, le sourire remis à neuf. La même secrétaire me voit entrer et son visage s’allonge comme une journée d’hiver.
« Monsieur Perrat, votre rendez-vous, c’était la semaine dernière. »
J’avais donc réussi l’exploit de venir trop tôt, puis trop tard. Un huit jours d’écart. Une performance. Un rendez-vous en forme de sandwich temporel. Le client, évidemment, ne m’a jamais rappelé.
La dyslexie m’avait joué là l’un de ses tours préférés. S’amuser avec mes dates, mes lieux, mes trajets. Une loterie quotidienne…
Avec le temps, j’ai ri de tout ça. Pas toujours sur le moment, mais après coup. Un rendez-vous manqué, ça n’empêche pas d’en trouver d’autres. Et parfois, ceux qu’on rate racontent mieux l’histoire que ceux qu’on réussit.
Je suis hors-n’homme. Un neuroatypique à dominance dyslexique atteint d’aphantasie : incapable de fabriquer des images mentales et de se représenter un lieu ou un visage. Mes facétieux neurones font des croche-pieds aux mots dans mon cerveau et mon orthographe trébuche souvent quand j’écris. Si vous remarquez une faute, merci de me la signaler : association.entre2lettre@gmail.com


Ne sommes nous pas, nous qui écrivons, un peu dyslexiques dans ce monde perturbé.
Et si c’était ce monde qui serait devenu dyslexique au point qu’il atteint les âmes les plus sensibles !
Que ceux et celles qui avaient remarqué l’inversion lèvent la plume!
Pas moi en tout cas!
Heureusement tu n’as pas raté notre rencontre !
🫠
Tant qu’on n’en meurt pas ! Tiens bon pour notre plus grand plaisir..
La dyslexie, c’est la main du destin qui oeuvre pour que tu empruntes, explores ces chemins de traverse que personne ne prend. Comme le pollen, que l’on croit porté par le vent, guidé par des trajectoires improbables vers une graine à féconder.
Crois-tu que sans elle, tu aurais rencontré Sylvianne au lieu de Christine qui t’attendait porte d’Orléans pour prendre la route du Soleil à Pâques quand tu as constaté un cruel coup du lapin, le jeudi de l’Ascension ?
Crois-tu que ces exercices existeraient avec toutes les graines que tu as semées derrière eux, au lieu d’encadrer dans l’ombre de Netflix des scénaristes en herbe biberonnés à l’IA pour plus de productivité que de créativité, après une carrière exemplaire mais tellement monotone ?
Au moins avec elle, tu as chaque jour avec qui jouer et de quoi nous abreuver de créativité.
Elle est dans ton AND qui a su finalement créer du lien 🙂
👍
Antonio vous développez une idée à laquelle j’adhère pleinement. Vous l’exprimez fort bien. 🙂
Nos épreuves sont des occasions de croissance, sous réserve que nous le décidions.
Effectivement, ce doit être fatigant de courir après les jours qui changent de trottoir !
Mais l’essentiel c’est de ressortir vainqueur et enrichi de cette course ubuesque.
Bravo 😉
Cher Pascal,
La dyslexie — cette compagne parfois déroutante, semeuse de petits désordres et d’obstacles silencieux — n’a jamais empêché votre potentiel de s’épanouir pleinement.
Les regards incompris, les moments de honte ou de doute vous ont souvent contraint à puiser en vous des ressources insoupçonnées. Mais ces épreuves ont aussi forgé votre persévérance, votre intelligence du cœur et cette force de caractère singulière qui vous ont permis d’avancer, de vous construire et de tracer votre propre chemin.
Un chemin dont vous pouvez être fier.