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La scène se déroule dans la file d’attente située devant l’un des guichets de l’Hôpital .
Une heure perdue arrive tout essoufflée au guichet 33. Devant elle, une heure, patiente apparemment sereine et décontractée.
– «S’il vous plaît, pourriez-vous me laisser votre place ? » lui demande l’arrivante.
– « Pour quelle raison, je vous prie ? »
– « Je n’ai pas réglé mon réveil à l’heure …. »
– « Ce n’est pas vrai ! Combien de fois ai-je entendu cette excuse ? « L’heure d’été, l’heure d’hiver pour justifier un gigot trop cuit, un soufflé tombé, un camembert trop coulant et un champagne tiède. Vous n’aviez qu’à faire attention !»
– « Mais, mais… » bêle l’étourdie incomprise. « Vous semblez être une heure de gagnée. Vous ne manquez donc pas de temps. Je suis… »
A ce moment-là, surgit une demi-heure, hémiplégique et très diminuée qui sollicite de passer devant tout le monde en raison de son handicap
– « Mais comment en êtes-vous arrivé là ?» demanda la crédule heure perdue
– « Un accident de moto »
– « Vous n’aviez qu’à faire attention » rugit l’acariâtre heure gagnée
Sur ces entrefaites, apparaît le quart-d’heure, amputé de 3 membres, qui exige lui aussi de passer devant tout le monde et précise qu’il n’a pas à se justifier, il suffit de le regarder
– « Mais comment en êtes-vous arrivé là ?» demanda la gentille heure perdue
– « Une infection nosocomiale »
– « Vous n’aviez qu’à faire attention » glapit la grincheuse heure gagnée
Subitement, survient le cauchemar vivant des usagers de la RATP aux heures de pointe, l’angoisse de la ménagère dans la file d’attente d’une supérette : la femme enceinte.
– « S’il vous plaît, s’il vous plaît, laissez-moi passer »
– « En quel honneur ?» dit le quart-d’heure amputé de 3 membres et aveugle
– « Mais je suis enceinte! Je ressens les premières contractions. Il me faut être admise immédiatement. Je suis prioritaire »
– « Mais comment en êtes-vous arrivée dans cet état » questionne la tolérante heure perdue
– « Mais vous savez bien, une minute d’égarement, une seconde d’inattention »
– « Vous n’aviez qu’à faire attention » aboie l’heure gagnée
-Tiens je ne te vois jamais à cette heure-ci au marché ?
– Ouais ce matin je me suis levé en retard.
Tu sais avec ce changement d’heure je n’arrive pas à m’y faire.
– C’est bizarre, c’est toi qui dit ça l’heure de gagnée. Tu devrais avoir l’âme d’une battante. Toi tu as gagné récemment une heure et le big boss il t’a rémunérée plus. Tu es donc plus riche que moi et plus chanceuse.
Donc moi l’heure de perdue, que devrais-je dire. J’y pense tout le temps, au fait que je suis une heure de perdue. Ça me travaille dans la tête, pourtant je résiste.
– Bon lança l’heure de gagnée, tu sais ce qu’on va faire. On va échanger.
– Échanger, mais échanger quoi ?
– Toi tu vas devenir une heure de gagnée et moi je fais l’inverse. Je deviens une heure de perdue.
– Dans quel but fais-tu ça ?
Cela n’a pas de sens répliqua l’heure de perdue.
On ne peut pas échanger nos places.
Ce n’est pas possible, il n’y a pas de magicien dans ce bas monde.
En face d’elle, l’heure de gagnée continuait à insister, à insister même lourdement, pour changer de « statut ».
Malgré sa force de caractère, l’heure de perdue se mit en colère.
Elle en avait marre de ces choses dites qui n’avaient aucune signification.
Alors l’heure de gagnée répondit avec un grand sourire.
– Eh ! Petite consœur l’histoire veut que nous bavardions, pas qu’on se mette en colère, qu’on se tape dessus et qu’on finisse peut-être toutes les deux au commissariat.
Voyant sa réaction, l’heure de gagnée décida d’abandonner son projet de prendre la place de sa consœur.
Elle demanda poliment de continuer à bavarder tranquillement.
Et l’heure de perdue, avec gentillesse et sans aucune rancune, acquiesça d’un mouvement de tête.
Parlant dorénavant posément, elles n’avaient pas vu le temps défiler.
Subitement regardant sa Rolex l’heure de perdue se mit à hurler.
– Oh qu’il est tard, il faut que je rentre moi.
L’heure de gagnée eut un fou rire.
Réussissant à parler, elle prononça :
– Et petite heure, où veux-tu aller ?
– Ben rentrer à la maison !
– Quelle maison, nous n’avons pas de maison, nous les heures !
Allez vient dit l’heure de gagnée.
Je t’invite au restaurant.
Aujourd’hui c’est samedi, et chez Gaspard tous les samedis il y a un pot-au-feu à l’ancienne.
Et voilà quelques minutes plus tard nos deux belles en train de se régaler, de déguster un bon vin de chez nous, de chanter …
En oubliant l’heure qui pourtant ne cessait de s’afficher, comme par magie, dans un coin de leur assiette.
Tout près d’une petite carotte et d’un bout de viande de bœuf.
– Très étonnant de se rencontrer
– Tout à fait… et surtout improbable.
– J’espère que tu vas bien.
– Oui, merci. Et toi ?
– Je suis triste pour toi d’être une heure de perdue. C’est toujours négatif de perdre quelque chose.
– Non, absolument pas. Tu n’imagines pas tout ce qu’on peut faire pendant une heure dite perdue, qui, en vérité, si on sait bien l’employer, elle devient une heure gagnée.
– Pas mal ta philosophie !
– Pour moi « une heure de perdue ne se rattrape jamais ».
– Alors ne la rattrapons pas, profitons-en !
Oui ! C’est bien pendant cette heure qu’on nous vole toute notre poésie pour la transformer en urgence !
« A la bonne heure ! »
Cette expression apparaît pour la première fois au XIV ème siècle sous la forme ‘à bonne heure », elle véhicule alors une idée précise du temps. Par la suite, au XVI ème siècle, elle évolue et prend le sens de « au moment propice » en opposition à la male heure qui signifie au mauvais moment. (D’après internet).
Bonne journée à tous !
Ce message est destiné à Béatrice.
Je ne me suis pas levé de bonne heure ce matin, alors le message en a profité pour s’envoler ailleurs !
Au coin d’une petite rue
A la lueur d’un réverbère
Tout près du dernier numéro pair
Une heure de perdue
A croisé une heure de gagnée
Elles se sont à peine reconnues
Tout d’abord toisées
Elles ont feint de s’ignorer
Mais l’espace étant étroit
Elles n’ont pas eu d’autre choix
Que de se saluer
Après tout, elles font partie
De la galaxie
Des valeurs temporelles
Alors dans cette ruelle
Sous ce halo de lumière
Elles ont mis de côté leurs querelles
Stoppé leur guéguerre
Et décidé, deux fois par an
Bon an, mal an
D’échanger leur statut
L’heure perdue deviendrait gagnante
Pendant que l’autre serait perdante
Belle entente
Que l’on salue
Marché conclu !
Quoi de plus beau qu’une telle concorde
Par ces temps de discordes ?
Quand le réverbère s’est éteint
Des hostilités il ne restait plus rien.
Superbe ! Génial !
Imaginez un bavardage entre une heure de perdue et une heure de gagnée –
— Où cours-tu comme ça ?
— Je vais faire mes courses.
— En même temps, prends ton temps, surtout pour les courses.
— J’ai été coincée dans les embouteillages. Alors je fais la course pour rattraper le temps perdu.
— Tu cours après du vent, le temps perdu ne se rattrape jamais.
— J’ai quitté en retard du boulot et je ne serai pas payée plus. C’est pour ça que je cours.
— Ah, d’accord ! Ton patron profite de ta bonne conscience.
— Non, ça va, il est sympa. Quand j’ai besoin, il me rend la pareille. L’un dans l’autre on s’y retrouve.
— Ah, je vois ! Et tu lui fais quoi en retour ?
— C’est indiscret mais je vais te le dire quand même. Au fait, quelle heure est-il ?
— L’heure perdue la bête la cherche.
— Tu ne changeras pas, toi ! Toujours aussi directe !
— Oui, j’aime bien remettre les pendules à l’heure.
— C’est pour le coup, aujourd’hui tu vas avoir plus de boulot que d’habitude. Tu vas perdre une heure pour remettre tout à l’heure.
— Oui, l’essentiel c’est de vivre le moment présent. De toute façon une heure par-ci, une heure par là, on n’en a pas plus à la fin du mois. C’est pour les vaches que je m’inquiète, on ne leur demande pas leur avis.
— On doit arrêter ça tous les ans. Mais tous les ans, c’est la même chose. On nous impose un truc qui ne sert absolument à rien.
— L’Europe ! L’Europe ! La machine à déboussoler.
Je me rappelle l’exercice n° 780 quand un leurre d’été rencontre un leurre d’hiver. Ils avaient prévu de se revoir au printemps.
Nous y sommes. Deux heures vont échanger leur rythme. L’heure perdue ouvrira le bal, l’autre suspendra son temps pour une heure de répit.
Salut Tic, alors comment c’est passé cet hiver ? Tu te rappelles notre dernière rencontre ? J’ai l’impression que c’était hier.
Ah Tac, contente de te revoir ! Heureuse de passer le flambeau. L’hiver m’a enquiquiné plus de d’habitude. Mais je te donne raison, le temps s’est écoulé assez rapidement mais l’idée de prendre un petit repos n’est pas pour me déplaire.
En revanche, toi tu as l’air en pleine forme, dis donc ! Prêtre à fendre le temps pour rejoindre chiffre 3 en moins d’une micro seconde ?
Oh que oui ! J’ai besoin de me dégourdir. En plus j’ai eu le temps de réfléchir à notre précédente conversation, projets de grève, patati, patata et je me suis dit que tout compte fait, c’était cool de casser le rythme. Et puis un petit marathon une fois par an, c’est quand même pas la mer à boire.
Tant pis pour ceux qui vont se trouver encore plus à la traîne. Quant à toi, quels sont tes projets ?
Moi, ma chère Tac, je vais profiter de cet entre-deux pour me régler et être au mieux pour faire face à ces longues soirées en perspective. Tu sais, je ne suis plus de la première fraîcheur et ces changements de rythme perturbent mon horloge interne.
Ne dis pas de bêtises, tu as toujours la même pêche. Tu n’as pas pris une ride, pas une once d’arthrose ni d’arthrite malgré les tours que nous faisons quotidiennement, sans compter les marches arrière automnales et les accélérations printanières.
Tu es trop gentille, mais mon cœur souffre. Les humains sont si mécontents. Ils s’en prennent trop souvent à nous. L’heure par ci, l’heure par là. On va trop vite, pas assez vite. Ils voudraient arrêter le temps. Mais que deviendraient-ils sans nous ?
Tu te poses trop de questions Tic. Même s’il est vrai que bien souvent ils font du saute-mouton avec nous genre ils sautent l’heure du déjeuner, nous sommes et resterons leur indispensable repère dans leur vie de tous les jours. Alors laissons-les à leur constante insatisfaction et poursuivons le fil du temps en nous déroulant comme il se doit.
Je dois te laisser ma belle. Je dois me mettre dans les starting blocks. Les dernières secondes commencent à me chatouiller mes rouages. On se revoit à l’automne.
D’ici là, je te souhaite tout le bon’heure du monde.
Eh ben ! En voilà une qui prend son job à cœur. Ou bien est-ce le plaisir que faire maugréer ?
Quoiqu’il en soit elle a filé.
Le vent charriait une odeur de brûlé — pneus, gasoil, peur.
Au loin, des tôles résonnaient sous les poings : boum, boum, boum, comme un cœur trop grand pour la nuit.
— Tu vas trop vite, murmura l’Heure qui arrive, essoufflée. On dirait que tu pars en guerre.
— Parce que j’y cours, oui, lâcha l’Heure qui s’en va.
Elle ne ralentit pas. Ses bottes éclaboussaient la poussière chaude.
— Tu les as entendus, les ventres qui râlent ? Tu les sens pas, ces odeurs de faim et de rancœur ? On dépouille les gens comme des poulets. Et on leur demande de sourire.
Un tambour de fortune claqua au coin d’une ruelle.
L’Heure qui arrive frissonna.
— Les rues se vident. Les routes sont bloquées ou désertées. La colère devient une armée. Et les armées, tu le sais, écrasent tout. Même ce qu’on aime.
L’Heure qui s’en va eut un rire sec, presque métallique.
Ses yeux brillaient comme des étincelles dans l’ombre.
— L’amour ? S’il est assez fragile pour se fendre au premier coup de masse, c’est qu’il n’était qu’un bibelot. Pas une arme, pas un abri.
Elle s’approcha, si près que l’autre sentit l’odeur de sueur, de colère et de cendre.
— Moi, je veux du vrai. Du qui tient debout pendant que le peuple tombe. Et je veux que le peuple cesse de crever pour engraisser trois vampires en costume.
Une rafale de cris monta soudain, quelque part au-delà des barricades.
Sifflements, verre brisé, une sirène lointaine.
L’Heure qui arrive tressaillit.
— Et si je te perds dans tout ça ? demanda-t-elle, la voix fendue.
L’Heure qui s’en va planta son regard dans le sien, un regard qui coupait comme une lame chauffée au rouge.
— Alors c’est que tu ne m’auras pas suivie.
Elle marqua une pause, le souffle court, presque doux malgré la tension.
— Non. Je te demande de ne pas fermer les yeux pendant que d’autres brûlent.
Une bourrasque souleva la poussière et les odeurs d’huile chaude.
Les tambours de la révolte accélérèrent, martelant l’air.
Les deux Heures se frôlèrent, prêtes à se déchirer ou à s’unir.
Le temps, lui, attendait de savoir de quel côté tomber.
Une de gagnée parle, l’autre perdue écoutait.
– Moi qui était une grue, un tapin, j’observais un pied contre le mur. C’est instructif. Le passant. Celui qui vous ignore, celui qui change de trottoir, rien qu’à leur démarche, je sais. Va-t-il m’aborder où dois-je l’aider d’un tu montes chéri ? Celui qui s’enquiert, le pauvre, le ladre, le pressé. L’autre réplique
– Toi, même quand tu perds ton temps, tu le gagnes. Moi je me suis perdue à force de me chercher, de vouloir mieux faire. Je marchais, je courais, j’étais en retard. Rétrospectivement je gagnerais à être connue tellement je suis perfectionniste. Tu vois, repris la première, tu t’en fais trop. Tu es adepte de l’introspection. Évite les psys, arrête de tourner autour du pot. Moi je me revendique d’Aristote, je fréquente ses disciples, pour une obole.🐻
Le bavardage des heures
Au bord de la nuit, lorsque le monde hésite encore entre l’ombre et l’aube, l’heure de gagnée arriva avec son exactitude habituelle. Elle glissa dans le ciel sombre et sans nuages avec la discrétion d’un vieil usage. L’univers lui-même s’emblait s’être préparé à lui faire une place. Les étoiles scintillaient encore, obstinées, dans l’immensité de la voûte céleste bleutée. Un vent léger remuait l’air chargé des dernières fragrances d’un doux été indien. Dans le bosquet voisin, les feuilles commençaient à prendre des teintes rouille, jaunes et brunes qui annoncent l’automne.
L’heure de gagnée aimait ce rendez-vous silencieux qu’elle ne manquait jamais. Chaque année, elle retrouvait sa place dans la grande mécanique du temps avec une satisfaction presque tendre. Elle s’étira longuement, heureuse de sentir l’espace-temps s’ajuster à sa présence.
Mais une plainte déchira soudain le calme.
Un sanglot long, grave, presque humain.
Surprise, l’heure de gagnée tendit l’oreille. Le bruit venait du bosquet. Elle s’approcha sans bruit, frôlant les herbes humides de rosée, et découvrit, blottie dans l’obscurité, l’heure de perdue. Recroquevillée entre les racines d’un vieux chêne, elle pleurait à chaudes larmes :
— Mais que fais-tu encore là ? demanda doucement l’heure de gagnée. Tu devrais déjà être partie depuis mon arrivée.
L’heure de perdue leva vers elle un visage noyé de larmes :
— Je sais bien que ce n’est plus ma place, murmura-t-elle. Entre deux sanglots qui secouaient ses épaules, elle trouva la force de continuer :
— Pourtant je n’arrive pas à m’en aller. Chaque fois que je disparais, j’emporte avec moi bien plus que soixante minutes… J’emporte des fragments de vies, des gestes inachevés, des événements que plus personne ne pourra jamais justifier.
Elle s’interrompit, secouée par un nouveau sanglot, puis reprit :
— Imagine un père qui se présente à la mairie pour déclarer la naissance de son enfant. Fier, ému, il donne le jour et l’heure : dimanche 29 mars, à deux heures quinze. La préposée lève les yeux, incrédule, et lui répond : « Monsieur, c’est impossible. Cette heure n’a jamais existé. »
Le silence retomba entre elles, lourd comme une vérité trop vaste.
— Cet enfant est pourtant né, poursuivit l’heure de perdue d’une voix brisée. Il a crié, respiré, ouvert les yeux sur le monde. Mais moi, en disparaissant, j’emporte la preuve de son arrivée.
L’heure de gagnée baissa les yeux, troublée.
— Ce n’est pas tout, continua l’heure de perdue. Va plus loin encore. Imagine un meurtre. Un médecin légiste tente d’établir l’heure du décès : deux heures vingt, le 29 mars. Une heure engloutie en moi. Puis vient le procès. L’avocat du criminel se lève, et lance dans un jeu de manches théâtral devant les jurés : « Mesdames et messieurs, comment prouver que mon client était sur les lieux du crime à une heure qui n’a jamais existé ? »
Elle éclata en sanglots :
— Le crime existe, la victime aussi, mais l’instant lui-même s’est volatilisé. Je suis le refuge de tout ce qui échappe à la vérité. Je suis un non-sens.
L’heure de gagnée resta longtemps silencieuse. Le vent faisait frissonner les branches au-dessus d’elles, et quelques feuilles mortes se détachèrent, tournoyant lentement avant de rejoindre le sol. Puis elle murmura :
— Tu crois être seule à porter ce fardeau ? Moi aussi, je suis une anomalie.
L’heure de perdue releva la tête, surprise.
— Quand j’arrive, le monde croit recevoir un cadeau, poursuivit l’heure de gagnée. Une heure de plus, une heure offerte. Mais que signifie vraiment ce présent ? Dans mon doublon d’heure, certaines choses peuvent se produire deux fois.
Elle marqua une pause :
— Comment naître deux fois ? Comment mourir deux fois ?
Ces mots semblèrent suspendre le vent lui-même :
— Imagine, dit-elle encore, une femme sur le quai d’une gare à deux heures dix. La première fois, elle laisse partir le train. Elle rentre chez elle, le cœur lourd, et ne revoit jamais l’homme qu’elle aimait. Puis je reviens. Deux heures dix, sonne à nouveau. Cette fois, elle monte dans le train. À bord, elle retrouve cet homme, lui parle, et leur vie entière bascule.
L’heure de perdue l’écoutait, fascinée.
— Une décision minuscule, poursuivit l’heure de gagnée, un simple geste de la main, un pas en avant au lieu d’un pas en arrière… et toute une existence change. Une rencontre a lieu. Un enfant naît des années plus tard. Un autre, au contraire, n’existera jamais.
Sa voix se fit plus grave :
— Voilà le véritable danger : je donne l’illusion qu’on peut corriger le destin. Mais modifier un détail, c’est déplacer l’univers tout entier.
Le bosquet semblait retenir son souffle.
— Une tasse renversée, un départ retardé, un accident évité… et la chaîne des événements se transforme. C’est ce que les humains appellent l’effet papillon : un battement d’ailes infime qui finit en tempête.
L’heure de perdue essuya ses larmes :
— Alors toi aussi, tu portes le chaos.
— Oui, répondit l’heure de gagnée. Toi, tu emportes les possibles manqués. Moi, j’ouvre les possibles recommencés.
Elles restèrent un moment côte à côte, à écouter le bruissement du monde. Puis l’heure de gagnée reprit :
— Certains humains rêvent de me posséder pour revenir sur leurs erreurs. Ils voudraient retenir un proche avant qu’il ne parte, empêcher une catastrophe, sauver un amour. Ils croient qu’une seconde chance suffit à réparer le malheur.
Elle soupira :
— Mais chaque réparation crée une fissure ailleurs.
L’heure de perdue hocha lentement la tête :
— Comme si le temps refusait qu’on le corrige.
— Exactement. Le temps n’aime ni le vide que tu laisses, ni les répétitions que j’impose. Pourtant il a besoin de nous deux pour rappeler aux humains ce qu’ils oublient sans cesse.
— Et quoi donc ? demanda l’heure perdue.
L’heure de gagnée leva les yeux vers les étoiles qui pâlissaient :
— Que chaque minute compte. Celles qu’ils perdent et celles qu’ils croient gagner.
À cet instant, les premières lueurs de l’aube commencèrent à dissoudre la nuit. Une lumière grise glissa entre les branches, faisant étinceler la rosée sur les feuilles mortes.
L’heure de perdue se releva lentement :
— Peut-être ne suis-je pas un non-sens, murmura-t-elle. Peut-être suis-je la mémoire de ce qui échappe.
— Et moi, répondit l’heure de gagnée avec douceur, je suis le miroir de ce qui aurait pu être autrement.
Elles échangèrent un dernier regard.
Puis l’heure de perdue s’effaça peu à peu dans la clarté naissante, emportant avec elle ses secrets, ses crimes sans preuve, ses naissances impossibles et tous les mots jamais prononcés.
L’heure de gagnée, elle, demeura encore un instant sous le vieux chêne, songeuse.
Elle comprenait à présent qu’aucune heure n’était vraiment perdue ni gagnée. Le temps n’offrait ni dette ni cadeau ; il ne faisait que passer. Seuls les humains décidaient de ce qu’ils en faisaient : certains laissaient s’échapper leur vie en quelques minutes, d’autres la transformaient dans un simple retard.
Lorsque le soleil finit par se lever derrière les arbres, le bosquet retrouva son silence.
Mais quelque part, dans le frisson des feuilles d’automne, il semblait rester l’écho discret d’un bavardage entre deux heures que tout opposait, et que pourtant unissait la même vérité :
Chaque instant contient un monde. Son propre monde…
C’est pas possible ? C’est tellement long qu’on y perd son ecoute… c’est sans fin… ecourtez sinon on ne vous lira plus.. déjà qu’on s’arrête au milieu.
Waouh ! C’est violent comme commentaire… conseil ou avertissement ?
Ce n’est qu’un encouragement à écrire plus court ça me prive terriblement de ne pouvour tenir mon attention visuelle sur un texte aussi long. C’est peut être dû a mon âge et vous présente toutes mes excuses si je vous ai choqué. Peut être aurais-je dû le faire sans le dire après tout… c’est le jeu d’un blog. Ça me prive mais tant pis.
On reste amis de plume…🐁
Depuis 2009, l’esprit du blogue Entre2lettres® est resté le même. Ici, l’imagination se vit dans un élan positif.
Lorsqu’une personne publie une idée, même imparfaite, notre rôle n’est pas de la critiquer, mais de l’encourager.
Une idée peut toujours en faire naître une autre, plus audacieuse, plus profonde, plus inventive. L’important est de donner de la confiance, de soutenir l’élan créatif et de permettre à chacun d’aller plus loin dans son imagination.
Si un texte vous semble trop long, rien ne vous oblige à le lire. S’il vous paraît trop court, trop simple, trop beau ou trop bref, là encore, vous êtes libre de passer votre chemin. Mais si vous choisissez de réagir, alors faites-le dans un esprit constructif. Proposez une piste, suggérez une amélioration, offrez un conseil utile, mettez en lumière une qualité.
Cherchez ce qu’il y a de bien, comme je m’efforce de le faire pour chaque texte publié.
Ce blog n’est pas un lieu de polémique. Pour cela, les réseaux sociaux offrent déjà largement de quoi faire. Ici, nous faisons un autre choix, nous nous interdisons de critiquer les personnes. Nous préférons encourager, stimuler, ouvrir des chemins.
Un texte est long ? Tant mieux, si son auteur a eu le plaisir d’écrire longuement.
Aujourd’hui, sur Internet, on voit trop souvent des textes accompagnés d’un « temps de lecture », comme s’il fallait surtout veiller à ne pas lire trop longtemps.
Quand on en arrive là, c’est la littérature et l’écriture qu’on finit par appauvrir. Chacun développe ses idées à sa manière, avec son rythme, avec sa voix. On ne reproche pas à un auteur d’aller au bout de sa pensée.
Vous n’avez aucune obligation de lire les textes des autres. Vous avez déjà votre propre espace d’expression.
Quant à moi, lorsque je donne un avis, il reste volontairement positif. Je cherche toujours ce qu’un texte porte de vivant, de prometteur, d’intéressant. Pourtant, la critique a longtemps été mon métier : j’ai critiqué des articles, formé des journalistes et des communicants à cet exercice. Mais ici, ce n’est pas le but.
Tu as raison oh combien… mais je n’ai pas d’ordi et lire un texte aussi long sur un smartphone n’est tout simplement pas possinle. D’autant que mon lecteur vocal ne fonctionne pied sur le blog… promis je ferai sans le dire…
Avec mes excuses si j’ai choqué peit être y a t il qq chose à retenir de tout ça 🐁
Merci Pascal,
J’espère que la lecture de votre dernier ouvrage : « Comment survivre en milieu urbain », me donnera des solutions pour rebondir.
Désolé d’être à l’origine de se désordre verbal. Je pensais que le 800e exercice serait fêté d’une autre manière…
Bonne fin de journée et prenez bien soin de vous deux.
OUPS ! « ce désordre verbal »…
Presentés par un ancien, nous sommes inscrits sur ce blog depuis 2012 ! … et d’une fidélité. Indefectible. Je ne me souviens pas avoir soulevé une telle véhémence pendant ce temps. J’ai toujours porté haut les couleurs d’ » éveilleur d’idées » qui m’avait enthousiasmée. Mettre l’imagination en avant me correspondait si bien qu’ après une formation d’animateur avec vous j’ai continué en ouvrant un atelier d’écriture qui fonctionne depuis 2019. Rien de plus beau qu’ Éveilleur d’idées a condition toute fois qu’elles soient humaines et ne relèvent pas d’une mahine… l avoir soulevé un tel tolé parce que ma vue se brouille au delà d’un certain nombre de lignes on marche sur la tête. D’autant que je ne me serais jamais permis de donner un avis sur le contenu d’un texte sur ce blog autre qu’amical !
Si c’est ce qu’on pense de moi depuis 14 ans zut alors je m’étais fait des idées… c’est Le but du blog !… en plein dans le mille.
En ce qui me concerne le chapître est clos.
J’ai beaucoup côtoyé des écrivains et des peintres. Une simple remarque peut les offusquer. Les blessés. Ce n’était pas l’objectif, évidemment, dans vos remarques ; il n’y avait rien de malveillant, mais peut-être était-ce mal formulé. Pourquoi se fâcher pour si peu ? Oublions ces incompréhensions et continuons d’explorer notre imagination en long, en large et en travers.
Justement je suis musicienne concertiste et prof…. je connais notre sensibilité qui n’est évidemment pas celle de tout le monde…. n’inversons pas les ‘rôles’ je n’ai pas médit. Le samedi pour moi aura perdu de sa saveur en ce qui me concerne. Bien sûr on n’est pas obligé de lire … ça aussi me sidére.. non décidément.. ça +l’I.A je ne mr sens plus a ma place.
Dommage. Mais, si c’est votre souhait, nous pouvons tourner la page.
Trop long… beaucoup..beaucoup… c’est une prise en otage… comme dit Luron’ours on s’arrete au milieu et encore on est déjà essoufflé !
Dommage mais vous courez le risque qu’on ne vous lise plus du tout
C’est en toute amitié que je vis dis ça cher Gilaber car ça nous prive…
C’est un complot ? Même sous le couvert amical, je suis profondément affecté par vos commentaires. Et ils me poussent à me poser la question, si je dois continuer ma participation aux exercices. Bien que Pascal mérite autre chose que des polémiques sur son blog, je suis triste aussi pour lui.
j’ai aimé gagner du temps à lire ce trés beau texte dont je tire deux leçon de vie. Chacun peut vivre positivement une heure de plus ou de moins. Ne jamais envier l’autre, personne ne sais le fardeau qu’il porte ni ce qu’il attend 🙂
Je lis rarement les écrits du blog. Mais après ces derniers échanges, j’ai lu avec plaisir l’écrit qui a semblé trop long à l’un d’entre vous. Rassurez-vous, votre écrit poétique et plein d’humanité m’a beaucoup plu. Ne changez rien.
HG- Oh, tu traînes, tu vas être en retard pour ton mariage.
HP- On a encore le temps ce n’est que dans une heure. Et puis j’ai personne qui s’occupe de ma traine.
HG- Si tu t’étais pas couché si tard hier soir, ce matin tu aurais été plus fraiche pour te lever à l’heure.
HP- Bien sûr, toi, tu te couches à l’heure des poules. Moi, je vis à cent à l’heure.
HG- Oui mais voilà, avec tes connerie nous sommes en retard. Déjà une heure de perdue. En plus, maintenant, c’est l’heure de pointe. On va se farcir les embouteillages. Moi, je serrais partie plutôt une heure avant.
HP- Tu sais, le matin, c’est pas mon heure.
HG- Des excuses, tout ça. C’est jamais ton heure. T’as toujours quelque chose à faire avant de partir. Un jour il va falloir mettre les pendules à l’heure. Tes retards te joueront un mauvais tour.
HP- On a encore 3 600 secondes pour arriver. C’est long. On a le temps. T’affole pas. Une heure de perdue, dix de retrouvées.
HG- Tu déconnes, là. D’où il sort ce proverbe à la con ? Là, si on arrive une heure en retard, le maire en mariera une autre et ton futur époux sera parti, si ça se trouve. Et quelle idée aussi d’avoir voulu enfiler des fuseaux sur tes jambes. Encore tu temps de perdu.
HP- Oh, j’avais froid à mes gambettes. Tu sais bien qu’elles sont fines comme des aiguilles. J’attrape vite froid avec ça.
HG- Je te le dis, moi. A notre arrivée, tu vas passer un mauvais quart d’heure ! Ton futur va te pourrir.
HP- Ah, j’oubliais. Il va falloir passer chez Isabelle. C’est elle qui a les alliances.
HG- Non, c’est pas vrai ? … C’est bien simple, t’es folle. C’est moi ton premier témoin. Tu aurais dû me les confier. Pour passer chez elle, va falloir faire un détour. Si tu me l’avais dit tout à l’heure, j’aurais aller les chercher pendant que tu t’habillais. Avec ça, on ne va jamais être à l’heure !
HP- Ne stresse pas. On n’est pas encore à l’heure de vérité.
HG- Justement si. Avec tes mensonges ou tes oublis, tu risques de perdre ce moment tant attendu. Avec tout ça, on va finir par arriver à l’heure bleue à la mairie. Ton futur ex-compagnon va voir rouge. Peut-être va-t-il épouse la dame de compagnie de celle qui était à l’heure.
HP- Parle pas de malheur. S’il m’aime assez, il patientera. Sinon je te l’affirme, ça va être sa dernière heure. Je vais lui casser la bouche.
HG- s’il ne s’est pas cassé avant. Ha ! Ha ! Ha !
HP- A la bonne heure, je te retrouve. T’as raison de rigoler. Dans la vie, faut pas stresser.
Effectivement, elles tombèrent sur des embouteillages. Ce fut avec deux heures de retard que les amies arrivèrent à la mairie. Tout le monde était parti, le futur marié aussi. Le témoin dit alors à son amie :
HG- Pour reconquérir ton homme j’ai peur que tu doives faire des heures supplémentaires si tu ne veux pas qu’il te licencie. Comme quoi une heure de perdue, c’est le bonheur de ta vie que tu risques de perdre. Tu vas devoir lui faire des avances très persuasives pour qu’il te pardonne d’avoir ridiculisé sa famille et ses invités. Bonne chance. A toute à l’heure. Rendez-vous au bar « Le Greenwich », tu me raconteras.
– Pardon, vous ne l’auriez pas vue?
– Qui ça donc?
– L’autre, l’heure gagnée. J’avais rendez-vous avec elle. Moi, je suis l’heure perdue, lamentable, inutile, irrattrapable, celle de l’occasion ratée, du contrat annulé, du film ennuyeux, du chemin inutile.
Je m’étais préparée pourtant. Pour une fois, j’étais à l’heure.
J’avais tout fait pour la trouver cette heure, j’avais couru après le temps, avancé mes horloges.
Je voulais tellement la rencontrer, pour qu’elle m’explique comment être une heure gagnée.
Et puis soudain, pff! Envolée! Perdue comme d’habitude!
– Comment l’avez-vous perdue?
– Je rêvais, j’imaginais, je créais… Je n’ai pas vu l’heure passer…
– Vous appelez ça une heure perdue?
Par une nuit de giboulées de mars, il est bientôt deux heures du matin au clocher de l’église quand Heure d’été interpelle sa consœur, Heure d’hiver :
H. Été (agitée) : Dis-moi, ça me revient tout à coup… C’est pas l’or, Monseignor, pour nous d’avancer ou de reculer ?
H. Hiver (toute ensommeillée) : Hein ! Ça va pas la tête de me faire sursauter comme ça et de me réveiller au beau milieu de la nuit pour me demander si on doit se bouger ?
H. Été (agacée) : Ben oui, quoi ! C’est pas moi qui l’ai pondu cette idée qu’on en fait une pendule à treize coups deux fois par an. Magne-toi de me répondre, sinon les trains vont dérailler, les avions se percuter, les…
H. Hiver (s’asseyant en tailleur) : Attends que je réfléchisse. Il faudrait que je relise mon contrat de travail, mais je ne sais plus où je l’ai classé. Il me semble, j’en suis même sûre maintenant qu’on en cause, que c’est à toi d’avancer jusqu’à trois heures pour faire perdre une heure de sommeil aux bipèdes.
H. Été (crispée) : Peux-tu m’expliquer pourquoi c’est toujours à moi de faire le sale boulot ? Moi, je bosse un mois de plus que toi, et en plus durant les mois les plus chauds.
H. Hiver (se frottant les yeux) : C’est chacune notre tour de travailler. J’en ai ras la casquette de ces perpétuelles discussions saisonnières à propos de notre temps de travail.
H. Été (exaspérée) : On n’est même pas payées en heures de nuit. On devrait écrire à Bruxelles.
H. Hiver (se recouchant) : C’est ben vrai, ça ! C’est pas à cinq heures que Paris s’éveille ?
H. Été (résignée) : Cinq heures, trois heures, seize heures… qu’est-ce que ça change ? J’en conclus que nous sommes bouchées à l’émeri depuis cinquante ans qu’on se fait tripatouiller les aiguilles.
Imaginez un bavardage entre une heure de perdue et une heure de gagnée.
HP – ça y est mon heure est venue de disparaitre je n’en peux plus !
HG – tu disais ?
HP – Oui Disparaître, m’évanouir, être oubliée, abandonnée, reléguée au tréfond des mémoires j’irais jusqu’à dire jetée comme une mal propre…
HG – Oh, mais ça sent la déprime ? regarde c’est le printemps, les oiseaux chantent…
HP – pfff mais laisse les oiseaux tranquille… et facile à dire pour toi qui te prélasse tous les automnes
HG – enfin n’exagérons rien, j’ai aussi de quoi me plaindre, à moi la grisaille, la pluie, le froid..
HP – on ne peut pas tout avoir, tu es vivante, et puis tu as le feu dans la cheminée, les ambiances ikigai comme ils disent !
HG – Pour les entendre se plaindre sans arrêt, entre les :
chouette une heure de plus,
marre de ces changements, il me faut trois semaines pour m’y habituer,
moi je préfère l’heure d’été…
HP – tu sais on devrait poser une réclamation à Bruxelles
HG – A l’Union Européenne ?
HP – Ben, oui
HG – t’as le moral ? c’était à l’ordre du jour il y a quelques années, mais c’est passé aux oubliettes depuis longtemps !
HP – cependant il semble que la population y gagne plus en embêtements qu’autre chose…
Mais malheureusement en ce moment, les traités de libre échange les préoccupent davantage que nos petites revendications !
HG – Ouai, t’as raison. … Moi en hiver je partirais bien au soleil, profiter de la plage, du sable fin, des palmiers…
HP – Je t’arrête, tu as réfléchi ? les pays exotiques eux ne changent pas d’heure, alors zou, tu vas disparaître…
HG – il ne me reste donc qu’à me morfondre pendant six mois, je ne sais pas comment tuer le temps !
HP – Ton humour me semble un peu noir, tu sais que je suis morte, enfin on me suicide… encore une chose dans l’ère du temps quand on dérange !… Je suis condamnée à errer au pays des heures perdues comme une âme en peine !
HG – au moins tu n’es pas toute seule…
HP – Arrête !… Je dois t’avouer que je viens de déposer une plainte au syndicat des horlogers
HG – ahhh, et pour demander quoi ?
HP – D’échanger nos rôles tout simplement.
HG – Je ne comprends pas ?…
HP – je veux changer de saison.
HG – je ne comprends toujours pas ?
HP – C’est pourtant simple, à moi le cocooning au coin du feu, à toi la solitude et l’abandon…
HG – Non, mais attends que je t’attrape, je vais te faire la peau !
HP – ahh ahh, pas prête de me rattraper ma belle !…
Comme tous les ans depuis plus d’un demi siècle « con » avait opté pour le changement d’heure, les deux soeurs pleuraient dans les bras l’une de l’autre.
– Encore six mois à attendre avant de nous revoir, je commence à en avoir assez de ces éternelles séparations se plaignait l’heure d’été, je penserai à toi mais ne pourrai pas partager mes petites histoires,découvertes et rencontres
– Oui, c’est triste comme tout, même si je vais vivre sous les tropiques où les soirs tombent si vite qu’ils ont renoncé à cette idée de changement
– Je vais me sentir bien seule à regarder les gens se réjouir du nouveau rythme, à écouter les éternels :
on gagne ou on perd une heure de sommeil, je sais jamais.
chouette il va y avoir de longues soirées
– Mais soeurette pour en faire quoi, rester le nez sur son écran ?
– Ne m’en parle pas. Il y a aussi ceux qui bougonnent :
bon alors là, on avance ou on retarde, depuis le temps j’oublie toujours
d’autant plus que c’est prouvé depuis quelques année, ça ne sert à rien, sauf déranger bébés et vaches
– Que veux tu y faire, j’avoue ne plus me poser de question, je vais je viens et fait mon boulot
– C’est pas le tout, il faut que j’y aille si je veux être à l’heure pour le lever du soleil sur le Piton des Neiges, les touristes attendent le signal.
Elles s’embrassent une dernière fois en se donnant rendez vous au mois d’octobre.
bavardage entre une heure de perdue et une heure de gagnée.
Ce changement d’heure, toujours les mêmes histoires …
Moi, j’imagine une enquête, à la recherche de l’heure perdue,
-aperçue pour la dernière fois entre 01.59 et 03.00 h, dans la nuit se samedi à dimanche , avec un fort arôme de café, de grasse matinée
– a rendu toutes ses rencontres grognons, désagréables, agressifs
– aurait été dérobée par un gang de décisionnaires prêchant le bien être pour tous, laissant peu de traces, percolateur en surchauffe, bâillements bruyants
– si vous la retrouvez, avec douceur, lenteur, vous l’étirez en une jouissive sieste de 60 minutes ….
Humm, comme je suis bien au soleil ce matin. L’air est doux, la végétation du chemin toute en fleurs et parfums diffus. C’est magnifique de passer un peu de temps sur ce banc, pensait l’heure « de gagnée ».
– Bonjour, l’interrompit dans ses méditations une autre heure, une heure « de perdue », celle-là.
– Bonjour, répondit d’un ton paisible l’heure gagnée.
– Je suis essoufflée d’avoir à courir pour rattraper le temps perdu ce matin au réveil. Je m’assiérais bien un moment avec vous mais mon retard ne se comblera pas ainsi… D’ailleurs, peut-être ne souhaitez-vous pas que j’interrompe votre pause, vous semblez si, comment dire, si serein ?
– Effectivement, j’apprécie ma pause dans ces conditions, particulièrement favorables. Mais reposez-vous un instant, vous semblez en avoir besoin.
– Je me suis réveillée en retard, avec une heure de perdue et tout est chamboulé. J’ai beau courir, je ne réussis pas à combler le délai. Aujourd’hui, avec le changement d’heure, c’est impossible à récupérer.
– Peut-être devriez-vous vous contenter de faire votre programme sans vous mettre dans cet état de fébrilité…
– Je n’y parviens pas ; je n’y parviens jamais !
– J’ai trouvé sous ce banc une vieille mais jolie montre hier. Elle se remonte manuellement. Si vous voulez je vous la confie. Personne ne l’a remontée depuis qu’elle est tombée du poignet de sa propriétaire. Car de toutes évidences cet objet appartient à une femme ; peut-être à une vieille femme qui venait ici se reposer un instant, et l’a perdue.
– Votre proposition ne me fera pas rattraper le temps ?
– Peut-être que si. Cette montre s’est arrêtée avant le changement d’heure et personne ne peut-dire maintenant si elle est en avance ou en retard. Vous voyez ?
– J’admets que votre idée peut arranger mes affaires. Avez-vous l’objet avec vous ?
– Oui, regardez cette belle montre. Son bracelet brodé a du glisser du poignet de celle qui la portait.
– Elle est vraiment belle et délicate cette montre. J’ai quelque scrupule à la récupérer pour régler, mes difficultés de gestion du temps.
– Je vous la remets. Bien sûr, je ne sais si son mécanisme avance ou recule. Ce sera à vous d’aviser.
– Merci infiniment de votre compréhension. Je vous promets d’être dorénavant vigilent et de réguler le rythme de ma course avec le temps. Je n’ai donc pas le loisir de rester à vos côtés. « Le temps n’attend personne. » dit-on ! Encore merci de votre aide.
Mais t’es où ?
Pas là, pas là, pas là,
Mais t’es pas là, mais t’es où ?
Pas là, pas là, pas là,
Mais t’es pas là…
… Et comment voulez-vous que j’enregistre un bavardage entre une heure de perdue qu’est pas là (par voie de conséquence), et une heure de gagnée qu’est là et qui fanfaronne?
C’était complètement prévisible que ce reportage vire au fiasco.
Quand je pense au prix où est l’essence…
Je trouve cependant que ça fatigue grave à la rédaction !
Faut dire que c’est la 800ème émission et qu’ils pensent plus à faire la fête ce soir qu’à la cohérence de leur sujet du jour.
En attendant, c’est moi qui en fais les frais.
Mais t’es où ?… pas là, pas là…
Deux heures se croisèrent un jour : l’une était à la recherche du temps perdu comme on cherche une aiguille dans une botte de foin. L’autre se réjouissait d’avoir gagné du temps : c’était toujours ça de pris. Quoi qu’il en soit, elles se retrouvèrent à passer le temps, sans s’apercevoir, qu’à force, elles venaient de rentrer dans l’éternité et, comme dit Woody Allen : « L’éternité c’est long…surtout à la fin ! »
Bravo !
– Ce matin, j’ai perdu une heure pour rêvasser.
– Mais tu es fou, une heure c’est de l’argent !
– Oui, mais grâce à cette heure, je vais en gagner dix !
– Comment expliques-tu ça ?
– C’est en marchant dans la nature, en me relaxant que viennent les idées.
– C’est bien les idées mais ça ne nourrit pas son homme.
– Pourtant, ces idées m’ont fait gagner du temps par la suite.
– Et par quel miracle, réussis-tu à tes heures perdues ?
– Elles me permettent de remettre mes pendules à l’heure.
– Moi, je peux faire cela sans perdre une heure.
– C’est une expression, je voulais dire mes pensées à leur place, pour être plus efficace.
– Je ne comprends pas ce que tu dis et ça me fais perdre du temps.
– Et bien moi, en bavardant avec toi, j’en ai gagné, tout est plus clair !
LES SŒURS JUMELLES
A les voir se courir l’une après l’autre on pourrait croire à des sœurs ennemies. Leur ressemblence est frappante mais l’une est agitée quand l’autre marche au ralenti.
– Mais presse-toi donc ! lui ronchonait la vieille horloge ils vont encore me triturer le balancier ! Et tu sais à mon âge on n’éprouve plus autant de plaisir.
La ‘rapide’ écoute goguenarde et dit
-Ça ne risque pas de m’ être reproché car je dévore les minutes !
La ‘lente’ rétorque
– Arrête ! Je m’essouffle à courir tout le temps et les secondes pétochent, car une fois que tu auras bouffé toutes les minutes il y a fort à parier qu’elles y passeront.
– Restez calmes toutes les deux, bougonne la comtoise, je ne m’entends mëme plus ‘ tic-taquer’.
Quand je pense qu’à cause de vous je me fais astiquer le cadran deux fois par an pour vous satisfaire. Dès l’arrivée du printemps pour faire plaisir à l’excitée on avance d’une heure. De deux on passe à trois et allez donc… et pour calmer l’autre ce sera le contraire en hiver… on rétropédale.
On peut dire que vous avez gagné. Le monde entier est obligé de se tricoter les aiguilles. C’est malin ! 🐁
– SOS Amitiés, bonsoir.
– Bonsoir……………………….
– Vous êtes là ?
– Oui, pardon, je n’ai pas l’habitude d’appeler…comme çà…
– Pas de problème, prenez, votre temps……..vous connaissez le site ?
– J’ai dû vous appeler, dans le temps…
– Oui ?
– Après le décès de ma mère, je n’étais pas bien…………………………………….
– Oui, et là, ce soir ?
– Je n’arrive pas à dormir…..
– Depuis longtemps…… ?
– Je ne sais pas, je ne compte plus….et là, il est déjà 2h du matin….je ne sais plus quoi faire….les médicaments, ça ne marche pas…..et je n’ai pas de famille…..
– Vous vivez seule ?
– Oui…et à la campagne….Mes enfants ne veulent plus me parler…et mon mari est mort.
– Vous n’avez pas d’amis…des voisins ?
– Les amis, c’est comme les enfants, ils font leurs vies, les vieux, ils s’en foutent. Les voisins, on n’en parle même pas. Soit on ne les voit jamais, soit ils sont trop bruyants…..
– Alors du coup, vous nous appelez…et vous avez bien raison…nous on est là…et on va prendre le temps…d’accord ?
– Oui d’accord….mais je ne vais pas raconter ma vie….c’est trop pas terrible.
– Vous parlez ou pas, de ce que vous voulez, comme vous voulez…si ça se passe bien, on tentera de bavarder gentiment….
1h plus tard
– Finalement, je ne regrette pas de vous avoir téléphoné, ça m’a fait du bien…..excusez-moi, quand même de vous avoir pris tout ce temps…surtout qu’il doit y en avoir de plus malheureux que moi, non ?
– Ne vous inquiétez pas, c’est chacun son tour…et vous y avez droit, comme tout le monde.
– Vous êtes gentil….c’est bien, je crois que je vais m’assoupir un peu….excusez-moi encore pour ce temps perdu.
– Pas d’inquiétude, au jeu du temps perdu et du temps gagné, n’existent que de joyeux tricheurs.
C’esr exactement ça ! 🩷 un brave cœur surtout la nuit ! Y en a de la solitude . 🐁
La fuite ou la présence
Comme d’habitude, elle arriva en courant, tandis que son amie l’attendait, sous les tilleuls, où elles avaient pris l’habitude de se retrouver.
Haletante, la première s’affaissa sur le banc. Elle fouilla nerveusement dans son sac, en sortit un mouchoir et épongea la sueur laissée par sa précipitation. Le souffle court, elle finit par articuler :
— Excuse-moi… Comme tu le vois, je suis toujours en train de me dépêcher, et malgré ça, je suis quand même en retard.
— Oh, ce n’est rien, répondit l’autre avec un sourire. L’air est si doux, si délicieusement embaumé… je n’ai pas vu le temps passer.
En disant cela, elle offrit son visage à la lumière, les yeux mi-clos. Dans la vaste ramure des tilleuls se découpaient des îlots de ciel bleu.
Son amie la regardait sans comprendre. Ce corps alangui, cette lenteur presque insolente… Il y avait là comme une sensualité, une provocation. À côté, elle se sentait toute nouée, encore secouée par la course qu’elle venait d’achever.
Elle allait répondre lorsque la sonnerie stridente de son téléphone la fit sursauter.
— Excuse-moi, c’est important…
Elle se leva, fit quelques pas, s’emporta à mi-voix contre son interlocuteur, puis revint, visiblement contrariée.
Alors, comme une digue qui cède, elle se mit à déverser tout ce qui avait agité sa semaine — le bon, le mauvais, l’urgent, l’inutile — pour conclure, dans un soupir :
— C’est fou comme le temps passe vite… je ne l’ai pas vu filer.
Son amie répondit tranquillement :
— Ce n’est pas le temps qui passe, c’est nous.
— Tu l’as déjà dit… Moi tu sais, la philosophie…
Elle s’interrompit. Elle préféra taire l’aigreur qui lui montait aux lèvres — cette impression de vivre à côté de sa vie, de courir derrière quelque chose qu’elle n’atteindrait jamais.
Son téléphone vibra de nouveau.
À chaque appel, son corps se tendait davantage. Le banc lui-même semblait frémir, comme si l’urgence s’y propageait par secousses invisibles.
À côté d’elle, l’autre se redressa lentement.
Sans un mot, elle s’éloigna de quelques mètres. Elle ferma les yeux, inspira profondément, goûtant au silence retrouvé en elle.
Lorsqu’elle les rouvrit, sa compagne parlait encore, happée par une nouvelle urgence. Et, sans bruit, elle s’assit de nouveau, laissant le temps — le sien — s’étirer doucement sous les tilleuls.