L’imagination tenue en laisse

C’est en croisant une dame promenant son chien que ce rapprochement m’est apparu.

La laisse était si courte que l’animal s’étranglait presque à vouloir avancer.
Il tirait, curieux, attiré par une odeur, un mouvement, un mystère invisible.
Sa maîtresse résistait, s’énervait, ramenait tout à elle.

Cette scène ordinaire avait quelque chose d’étrangement familier.
Nous nous comportant souvent pareillement avec notre imagination.
Au moment de partir à la chasse aux idées, nous la tenons bien serrée.
Nous craignons qu’elle ne s’égare, qu’elle parte trop loin, qu’elle devienne incontrôlable.
Qu’elle soit trop déraisonnable.
Nous préférons les chemins balisés, les sentiers propres, les concepts déjà apprivoisés.
Pourtant, l’imagination n’est pas faite pour marcher au pas.
Elle est faite pour tirer sur la laisse, pour nous entraîner hors des routes prévues, pour s’aventurer là où le sol est irrégulier.
Une idée vraiment nouvelle ressemble rarement à un produit d’élevage.
Elle ne naît pas dans un enclos rassurant. Elle surgit d’un détour, d’une exploration hasardeuse, d’un écart.
À force de vouloir maîtriser notre imagination, nous l’empêchons peut-être de flairer ce que nous ne voyons pas encore.
Or, c’est précisément dans ces escapades imprévues que se cachent les idées vivantes, celles qui respirent, qui dérangent parfois, mais qui ouvrent des territoires neufs.

En mai laissons-la faire ce qui lui plait, profiter pendant ce mois estival, d’avoir la lumière à tous les étages.

Je suis hors-n’homme. Un neuroatypique à dominance dyslexique atteint d’aphantasie : incapable de fabriquer des images mentales et de se représenter un lieu ou un visage. Mes facétieux neurones font des croche-pieds aux mots dans mon cerveau et mon orthographe trébuche souvent quand j’écris. Si vous remarquez une faute, merci de me la signaler : association.entre2lettre@gmail.com

5 réponses

  1. L’imagination ne se domestique pas. Vouloir la contenir relève presque du paradoxe.
    Elle n’est pas un animal docile comme un chien que l’on tient au bout d’une laisse : elle me semble être plutôt un cheval qui se cabre, refuse la bride et rompt le cercle du manège.
    Elle n’a ni maître ni écuyer. Elle exige le large, l’espace ouvert des possibles, où elle nous emporte dans son élan.

    Et nous, quelle place avons-nous dans cette course ?
    À vouloir la mettre au pas, nous la ramenons à nos propres frontières — celles du connu, du maîtrisé. Alors qu’elle n’a de cesse de vouloir s’en affranchir pour explorer des territoires encore vierges.

  2. Sylvianne Perrat dit :

    Ouah ouah

  3. camomille dit :

    Superbe métaphore Pascal que cette dame qui bride son chien.
    Ce genre de spectacle m’inspire toujours de la peine pour ces pauvres bêtes.
    Oui… Sachons faire des faux pas et prenons le risque de nous envoler, sans ficelle !

  4. Rose Marie Huguet dit :

    Si vrai !

  5. 🐁Souris verte dit :

    En mai..fais ce quil te plait ! Ouf ! 🐁

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