Pour offrir les meilleures expériences, nous utilisons des technologies telles que les cookies pour stocker et/ou accéder aux informations des appareils. Le fait de consentir à ces technologies nous permettra de traiter des données telles que le comportement de navigation ou les ID uniques sur ce site. Le fait de ne pas consentir ou de retirer son consentement peut avoir un effet négatif sur certaines caractéristiques et fonctions.
L’accès ou le stockage technique est strictement nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de permettre l’utilisation d’un service spécifique explicitement demandé par l’abonné ou l’utilisateur, ou dans le seul but d’effectuer la transmission d’une communication sur un réseau de communications électroniques.
L’accès ou le stockage technique est nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de stocker des préférences qui ne sont pas demandées par l’abonné ou l’internaute.
Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement à des fins statistiques.
Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement dans des finalités statistiques anonymes. En l’absence d’une assignation à comparaître, d’une conformité volontaire de la part de votre fournisseur d’accès à internet ou d’enregistrements supplémentaires provenant d’une tierce partie, les informations stockées ou extraites à cette seule fin ne peuvent généralement pas être utilisées pour vous identifier.
L’accès ou le stockage technique est nécessaire pour créer des profils d’internautes afin d’envoyer des publicités, ou pour suivre l’utilisateur sur un site web ou sur plusieurs sites web ayant des finalités marketing similaires.
Chimère
Déborah était en colère, sa petite sœur Justine était en fauteuil roulant depuis bientôt trois ans, depuis qu’elle avait loué son avenir à un certain Ursule qui lui avait promis protection et bienveillance.
Oui, à écouter Ursule, on ne pouvait voir qu’un avenir meilleur, qui que l’on soit, et d’où qu’on vienne. Mais dans les faits, c’était loin d’être le cas. Évidemment Ursule ne proposait pas d’assurance tous risques, c’était à prendre ou à laisser.
Justine avait suivi ses études chez elle, en visio derrière un écran d’ordinateur comme beaucoup d’étudiants de l’époque et sa foi en la vie avait été minée. Cette vie d’étudiant dont lui avait parlé les plus âgés autour d’elle et dont ils avaient des souvenirs inoubliables, était passé à la trappe. Pas de soirée à construire le monde, pas de soirée festive, pas de vie de bohème. Elle avait eu à grandir vite, être adulte avant l’heure, s’autogérer sans garde-fou. Dans sa vie, elle ne savait plus ce que le mot « ami » voulait dire. Justine avait néanmoins réussi à concilier cette vie d’apprentissage seule derrière un écran et sa soupape de sécurité, la course à pied.
Mais à la suite d’une pub sur le net, elle avait contacté Ursule. Ils s’étaient rencontrés, elle était encore crédule, il lui a fait miroiter ce dont elle rêvait, elle avait signé le contrat de location. Alors jeune femme élancée et sportive, le miroir aux alouettes s’était pulvérisé en minuscules éclats destructeurs, sa santé s’était dégradée très vite. Malheureusement pour elle, dans le contrat était stipulé en tout petit et en pied de page, qu’il était impossible de le résilier sauf en cas de décès où le contrat stoppait net de fait.
Justine raconte : « tout est allé très vite, mes jambes flageolaient, une très, très grosse fatigue, des douleurs dans tout le corps, jambes, hanches, côtes, clavicule… J’avais aussi des fourmillements dans les membres supérieurs jusqu’aux bouts des doigts, des acouphènes. Mes dents se sont mises à bouger, à 22 ans c’est un comble ! Le médecin me parlait de dépression alors que je savais qu’il n’en était rien. Des ganglions sont apparus dans mon cou, puis mes genoux ont commencé à me faire souffrir et à se déformer et bientôt je n’ai plus pu me tenir debout du tout. Il n’y avait personne pour me croire, à part ma sœur Déborah qui habite tout près et qui me voit souvent ».
Déborah avait reçu les enquêteurs, Justine essoufflée écoutait. Elle leur avait dressé le tableau d’Ursule, une personne, imbu d’elle-même, qui n’a pas de valeur morale, ni d’éthique et pourtant qui est soutenue par un gros réseau de personnalités du monde de la finance et du monde économique.
Ils savaient déjà à qui ils avaient affaire. Le cas de Justine était un parmi de nombreux qui lui ressemblaient.
Le truc d’Ursule était de proposer plusieurs étapes, d’abord une inoculation sûre, efficace qui permettait de se sentir en sécurité, en paix et d’accueillir tous les évènements avec calme. Puis mettre à disposition régulièrement de nouveaux sons avec une fréquence qui agit directement sur l’humeur, sur la régulation émotionnelle, et sur la capacité à apprendre vite.
À l’époque, Justine qui l’avait cru, avait craqué. Aujourd’hui, elle le regrettait amèrement.
« Publicité mensongère » avaient dits les enquêteurs, mais là n’étaient pas leur principal souci.
Comment les résultats de leur enquête seraient ils utilisés ?
On m’a loué, pour une très longue durée, un avenir qui n’était pas le mien. Je devais ressembler à mon grand-père, héros de deux guerres mondiales, rien que ça. Il me fallait si possible aussi suivre les traces de mon père et d’un oncle, aventuriers tous les deux. De l’Indochine au pôle nord, en passant par l’Afrique, Madagascar et la Guyane. Un gros poids sur mes épaules, sans compter que dans la figure tutélaire du papy, il fallait aussi sortir d’une grande école, devenir officier et pilote.
J’étais un enfant joyeux et créatif. J’avais pourtant des passages à vide, comme si j’avais fait mien ce mélange de destins, trop lourd pour moi. Le costume que l’on avait loué pour moi ne m’allait pas, mais il était si précieux pour tout le monde, moi y compris, qu’il était impensable que je le quitte. L’école voulait m’orienter vers des études de lettres, compte tenu de mon goût pour l’écriture. J’ai insisté pour une voie scientifique dans laquelle je ne réussissais qu’une année sur deux, au prix d’efforts désespérés.
Mes échecs étaient assez cinglants pour m’alerter sur une erreur d’orientation flagrante. J’ai persisté toutefois, dans la souffrance, parvenant à intégrer une école d’ingénieur, quitte à m’en faire virer, devenir officier, de réserve seulement et risquer ma vie dans un accident d’avion léger, en Afrique. C’est en sortant vivant de ce drame que j’ai résilié la location de ce destin, pour suivre ma véritable vocation. Fallait-il vraiment que je manque de mourir pour trouver ma voie ?
Le plus cruel dans cette histoire est que les enquêteurs ont tenté d’arrêter un coupable, alors qu’ils sont innombrables. Ces ancêtres, modèles inaccessibles, qui ont marqué les générations suivantes, souvent sans le vouloir. Leurs descendants, qui ont voulu les imiter, sans succès, faute de rencontrer les mêmes circonstances historiques. Leurs enfants, à qui l’on a voulu passer le relais, ont incorporé cette exigence impossible, au mépris de leurs propres aspirations et compétences. Le pire, est qu’ils ont accepté cette location longue durée pour un avenir impossible.
Alertez les bébés, vous êtes les flèches vers l’avenir, vos ancêtres sont l’arc, stable et rassurant. Le point de départ, pas la destination. Ne louez pas votre avenir, en endossant un costume inadapté, trouvez le vôtre, celui qui vous ressemble. Certaines victimes volontaires se sortent de cette tromperie, d’autres non.
J’aime beaucoup ton terme de décroyance, les portes qui se ferment, à cause d’un espoir chimérique. 🙂
ALLONS…ALLONS !
Un loueur d’avenir soupçonné d’avoir tromper de très nombreuses personnes a été interpellé par les enquêteurs.
Une victime raconte, …
Il y avait eu des pleurs et des grincements de dents. Des gens trompés voyageaient dans cesse entre l’entrée et la sortie. Voyant de loin des portes ouvertes qui, au fur et à mesure qu’ils avançaient vers l’avenir, se refermaient. C’était même curieux à croire qu’un système détectait la volonté de gravir l’échelle du temps. Une sorte de groom malicieux. La fatigue suivie du désespoir transforma vite la facétie en quelque chose de plus sournois presque satanique.
Alors que le jour n’était pas encore levé ils se retrouvèrent nombreux coincés dans l’entonnoir du temps. Ils s’insurgèrent… enfin… ceux qui en avaient encore la force car l’usure était là… c’était ça le pire « la décroyance » .
Évidemment la police des « mœurs et de la bien- pensance» eut du mal à croire en leur moralité. C’est quand il fallut remonter ceux qui étaient au fond du gouffre qu’ils ont commencé à se poser des questions.
– mais comment ont-ils pu tomber si bas ?
-Oui ? Je vous le demande ?.
– On a été pris dans une sorte de spirale infernale. Entraînés par une tornade de bonne volonté et puis… et puis… on a tourné sans but précis, sur le chemin d’une errance sans fin.
– Mais, pauvres diables, qui a pu vous vendre ça?
– Oh c’était une si beau contrat avec une si belle proposition sur un papier rose comme le lever du jour. Et puis on avait envie tellement envie d’y croire.
Son nom : ESPOIR CHIMÉRIQUE.🐁