31 réponses

  1. Urso dit :

    – Chef, chef la déposition de la maison témoin elle vient de s’envoler par la fenêtre.
    Le chef en entendant cela semblait désemparé, impuissant.
    En effet, avec un regard triste il dit :
    – Avec ce temps de chien on ne pourra pas la récupérer.
    Puis il poursuit :
    Ouh la ! la ! Et le Président, propriétaire de cette maison qui arrive ici dans nos murs, dans moins de trois heures.

    J’ai une idée lança le chef !
    – Peut-être qu’en s’envolant cette déposition peut changer notre destin.
    Voilà ce que je vous propose indiqua-t-il aux gendarmes qui étaient présents dans son bureau.
     » Nous pouvons changer le cours de l’histoire « .
    Car dans la déposition que j’ai pu lire heureusement avant son départ dans le ciel, j’ai eu l’impression que la maison n’a plus sa tête avec toutes les salades qu’elle a pu raconter.
    Il est possible de faire une autre déposition qui soit plus terre à terre.

    – Ouais, ouais entendit-on dans le bureau du sous-officier .

    – Disons que cette maison qui est née en 1833, après une très, très longue période d’amnésie a subitement, il y a deux jours, retrouvé la mémoire.
    Pour cette raison, elle est venue chez nous faire sa déposition.
    Elle a ainsi fait part aux valeureux et intrépides gendarmes que nous sommes le témoignage suivant.

    « L’autre jour en me réveillant je me suis tout à coup souvenue que je repose, bref que mes fondations sont composées d’horribles matériaux.
    Je suis assise sur une grande quantité d’os et d’osselets.
    Et d’où peuvent provenir ces ossements ?
    Ben, ben ce sont de pauvres personnes à qui on a tout simplement ôté l’unique vie qu’elles avaient.
    Enfouies ensuite là dessous sans que je n’ai pu rien faire, car moi à cette époque j’étais encore une toute petite gamine.
    Oui, oui, monsieur le gendarme, poursuivit la maison avec des yeux exorbitées.
    Même enfant, je les ai vus les vrais assassins de ces malheureuses personnes.
    En chair et en os.
    Je les ai aussi entendu parler et chanter comme je vous vois à présent monsieur le carabinieri.

    Et je peux même vous affirmer autre chose.
    Je connais leurs vies et où ils habitent en ce moment.
    Je sais tout de ces meurtriers de personnes honnêtes.
    Oui je veux témoigner de cela devant la justice de ce pays, pour que justement justice soit rendue … »

    – Chef, chef interrompit brusquement un jeune gendarme.
    Cette histoire que vous êtes en train de raconter, de fabriquer, cela semble trop gros par rapport à la version initiale de la maison témoin.
    Vous ne croyez pas !

    – Voyons fiston reprit le supérieur, un peu étonné de cette remarque.
    Lui qui pensait que son scénario était bien ficelé.
    Tu sais il faut que ça mousse le plus possible, qu’on en mette plein la vue, et que ça soit véritablement exagéré.
    Comme cela le Président, proprio de cette baraque, il pourra s’en débarrasser plus facilement et rapidement.
    Et nous autres avec nos copains de la justice et de la police, on fera tout pour la racheter à très bas prix …
    Pour en faire … oui, oui, notre future et belle gendarmerie.

    Car si on croit ce que la maison témoin a dit dans sa plainte, son sous-sol il est rempli de stocks d’or et de lingots à tire-larigot. Provenant de je ne sais où, et non pas d’osselets comme moi je le raconte.
    Tu vois fiston annonça fièrement le gradé.
    Si tout ce stratagème fonctionne comme sur des roulettes, et je l’espère du fond du cœur.
    Bientôt, très bientôt, les gendarmes de cette gendarmerie nous allons être aussi riche que Crésus !

  2. Avoires dit :

    « Allo, ici le gendrame Racine, j’écoute !
    – Ah bonjour Monsieur Racine, je suis la Maison Témoin
    – Témoin, témoin de quoi ?
    – De tout : à charge, à décharge, oculaire, de mariage, direct et même faux.
    – Et pourquoi appelez-vous la gendramerie ?
    – Pour des corbeaux
    – Attendez ! Ne bougez pas, je vous passe mon collègue Corneille
    – Allo, ici le gendrame Corneille . Que puis-je pour vous ?
    – Ah ! Monsieur le gendrame Corneille, vous tombez bien , c’est pour une histoire de corbeaux.
    – Vous appelez la gendramerie pour une histoire de corbeaux ! Nous avons d’autres chats à fouetter
    – Vous voyez bien ! Vous traitez aussi les chats, vous pouvez donc vous occuper de corbeaux, surtout vous !
    – Pourquoi moi ?
    – Bah, corneille… corbeaux… c’est la même famille, non ?Votre collègue Racine a tout de suite compris quand je lui ai parlé de ces volatiles
    – Et que voulez-vous que j’y fasse ?
    – Vous verrez sur place, la situation est grave ! Mais dépêchez-vous
    – Et où vous situez-vous ?
    – Il n’y a pas d’adresse, vous me trouverez sans difficulté Je suis entre la maison de tolérance et la maison d’édition. Je suis la maison bleue adossée à la colline, vous pouvez y venir à pied.
    – Oui, je vois . J’appelle Racine et nous arrivons. »
    Cinq minutes plus tard, les gendrames Corneille et Racine sont sur lieux. Ils s’attendaient à une tragédie, un drame quoi ! La maison paraît paisible, un chat dort sur les marches qui mènent à la porte d’entrée. Pas un bruit, pas une fumée suspecte. Ils se seraient donc déplacés pour rien -il est vrai à pied- c’est insensé !
    Ils se regardent, s’interrogent muettement l’un l’autre et ne trouvant pas de réponse tournent leurs regards vers l’entrée de la maison devant laquelle dort le chat. Les pandores finissent par remarquer des petites formes noires éparpillées autour du matou. Ils se rapprochent, le félin fuit faisant voleter les formes noires qui s’avèrent être des… plumes.
    Finauds, les gendrames Corneille et Racine en déduisent que le coup de téléphone reçu quelques minutes plus tôt les alertait sur le mauvais sort qui attendaient les oiseaux noirs sous les griffes du chat de la maison bel et bien un témoin direct et à charge.

  3. raymond dit :

    Rédigez la déposition faite à la «Gendramerie» par une maison témoin.
    — J’ai tout vu, j’ai tout vu !
    — Calmez-vous, Madame Marguerite. Vous êtes ici en tant que témoin. Je vous écoute, dit la capitaine de « Gendramerie » de BORMES-Les-MIMOSAS.
    — Vous pouvez m’appeler Marguerite. Dans le lotissement « Les Bleuets » toutes les maisons ont des noms de fleurs.
    — Qu’avez-vous à dire au sujet de l’effraction qui a eu lieu dans la maison en face de chez vous ? Insiste la capitaine.
    — Je suis chamboulée ! Susurre Marguerite. Voyez-vous, capitaine, mon amie Rose est la maison qui est en vis-à-vis avec moi. Nous sommes sorties de terre en même temps et on veille l’une sur l’autre depuis plus de trente ans et…
    — Qu’avez-vous vu de l’effraction ? coupe la capitaine qui veut boucler l’affaire au plus vite.
    — Je suis équipée de caméras tout autour de moi. De plus, les grandes baies vitrées de Rose laissent voir facilement son intérieur quand les rideaux ne sont pas tirés et c’était le cas, explique Marguerite.
    — Et ? demande la capitaine le plus calmement possible, malgré son impatience !
    — L’homme est arrivé à pied par-derrière Rose. C’était plus qu’une simple effraction, c’était un viol, une agression très violente ! Il a essayé de la pénétrer par la porte. N’y arrivant pas, il a réussi par entrer en cassant une baie vitrée avec un pied de biche. C’était affreux. Je voyais tout sans pouvoir agir ! J’ai bien essayé d’activer ma sirène, mais sans succès.
    — Vous avez reconnu l’homme ? interroge la capitaine.
    — Malheureusement, il avait une cagoule sur la tête et une combinaison de travail. Celle-ci était un peu courte et lui arrivait au milieu des mollets, s’exclame Marguerite !
    — Dommage, mais nous allons analyser les images de vos caméras, lance dépitée la capitaine.
    — Attendez, crie Marguerite. J’ai reconnu les chaussures en daim bleu. Ce sont celles du propriétaire. Il est fier de les exhiber. Elles sont uniques, elles viennent des États-Unis et auraient appartenu à Elvis Presley ! Celui-ci les enfilait quand il interprétait Blue Suede Shoes.
    — Bien joué, Marguerite. On dirait bien qu’il s’agisse d’une arnaque à l’assurance !
    ©Raymond

  4. Anne Le Saux dit :

    Je suis désolée, monsieur l’agent, d’arriver toute essoufflée chez vous. C’est que j’ai couru à en perdre mes fondations en chemin. J’en suis tout ébranlée ; comme lors du tremblement de terre de l’année passée, vous voyez.

    Bon, je ne suis pas venue pour vous parler de moi. Il faut que vous veniez voir par vous-même, monsieur l’agent. Un drame vient de se produire. Mes volets étaient grand ouverts et j’ai tout vu. Mes murs en sont encore glacés d’effroi. Et à cette saison, la cheminée est au repos et le chauffage éteint.

    Je ne sais pas comment je vais faire pour me réchauffer. A moins que vous n’acceptiez de me prendre dans vos bras pour me réconforter…

    Oh ! Je m’égare ! Je suis tellement sens dessus dessous. Le grenier est tombé dans la cave… Je ne sais pas si je vais pouvoir m’en remettre.

    Ah, vous notez ? Mais attendez, je ne vous ai pas dit le principal. Vous n’allez pas me croire ; c’est pourquoi il est indispensable que vous veniez vérifier par vous-même.

    Vous n’avez pas le temps ?

    Ce sont des balivernes ?

    Vous me plaisez et je trouve tous les prétextes pour venir vous séduire ?

    Je vous harcèle ?

    Quelle goujaterie ! Tant pis pour vous. Le prochain meurtre, vous l’aurez sur la conscience. Et pour ne pas en être témoin, je vais fermer fenêtres et volets jour et nuit dorénavant. Et vous ne pourrez pas dire que je ne vous ai pas prévenu.

    Notez ce que je viens de dire, je vous prie et je signe ma déclaration car elle est de la plus haute importance.

  5. FANNY DUMOND dit :

    @Elonore Gottlieb, Garsou Christine, Nicolas Thibault, mijoroy. Refaisant un petit tour par ici, je vous remercie beaucoup pour vos forts sympatiques retours de lecture. L’illustration rigolote de Pascal m’a inspiré cette histoire et de mon côté je passe d’excellents moments à découvir comment chacun de nous appréhende les propositions originales de Pascal, que je salue. Bonne semaine à tous et à bientôt. Fanny

  6. MICHEL-DENIS ROBERT dit :

    — Monsieur l’agent, c’est dans la nuit du 9 au 10 mai, j’étais déjà très en retard pour offrir du muguet, ça m’avait stressé. C’est vrai, le muguet, ça porte bonheur ! Mais si on l’offre en retard, est-ce que le bonheur arrive quand même ?
    — Venez-en au fait.
    — M’sieur, il faut que je vous raconte tout dans les moindres détails, sinon vous n’allez pas comprendre. C’est l’autre soir, lors de la soirée techno, ça faisait boum boum dans mes oreilles. J’ai voulu aller voir ce qu’il se passait sur le pic de la commune.
    — Le pic ? C’est quoi ?
    — Le pic, c’est parce qu’il est haut perché. Pour y aller le chemin est accidenté. Il y a des ronces, c’est peut-être aussi pour ça. Et je ne voudrais pas vous jeter la pierre, mais vous iriez plus souvent, ce drame ne serait jamais arrivé.
    — Au fait, je vous ai dit !
    — Vous me coupez tout le temps la parole, comment voulez vous que je me concentre ? Bref ! J’arrive à la maison en pierre. Tout le monde dit qu’elle est en L. Mais moi je dis qu’elle est hantée.
    — Pourquoi dites vous qu’elle est hantée ?
    — Parce qu’elle a été construite sur des fondations en forme de L, mais depuis, elle est hantée.
    — Et alors, elle est hantée ou en L. ?
    — Je vous dis qu’elle est hantée. Ce soir là j’avais rendez-vous avec ma copine et elle n’est jamais venue.
    — Oui. Je ne devrais pas vous le dire, je sais de qui vous parlez.
    — Ah bon ! Vous connaissez ma copine ?
    — Elle vient de venir. Ce n’est pas sur le pic que vous aviez rendez-vous, ce n’est pas à la techno non plus, c’est au canon français, rue Lepic dans la commune d’à-côté. Vous n’avez peut-être pas bien compris à cause de la techno.

  7. Rose Marie Huguet dit :

    Enfin elle avait vu le jour. Attendue depuis de nombreuses années, la première maison du lotissement L’Éveil vit le jour. On l’appela la maison témoin.
    Elle était plus que parfaite. Pas un défaut en vue, meublée avec soin. L’extérieur était verdoyant et fleuri. Une grande terrasse avec table, chaises, salon de jardin, une balançoire, un toboggan rehaussaient son charme.
    Elle attirait les curieux. La maison témoin ne désemplissait pas. On entendait des Oh ! Ah que c’est beau !
    Le promoteur était aux anges. Son carnet de commandes se remplissait. Sur les 50 maisons prévues, 49 furent vendues. Les curieux disparurent. La maison témoin servait de lieu de repos aux nombreux artisans travaillant sur le chantier. Son lustre commençait à perdre de l’éclat.
    Elle ne tarda pas à comprendre qu’aucun acheteur ne s’était intéressé à elle. Elle avait été manipulée. Elle n’avait été qu’un appât.
    Furieuse, elle s’extirpa de son emplacement et se rendit tuiles au vent et portes claquantes vers la gendramerie pour y déposer plainte.

    Ils en avaient déjà vu des choses bizarres les gendrames, mais là, ils restèrent bouche bée.
    Devant eux, une maison quelque peu détuilée qui s’égosillait par toutes ses ouvertures.
    Avec calme, ils demandèrent à la plaignante de ne s’exprimer que par la porte principale et de mettre en sourdine ses autres modes d’expression.
    Quel est votre souci ?

    J’ai été maltraitée, humiliée par le promoteur Toutenrêve. Il m’a utilisée comme leurre pour vendre son lotissement. Pomponnée, dorlotée il m’a exposée à la vue de tous. J’ai été touchée, palpée par des centaines de mains. Maintenant je sers de coin pipi, repas, ronflements pour une bande de mecs aux chaussures couvertes de boue.
    Je ressemble à une souillon et je ne peux le tolérer. J’ai été abusée ! Un terrible drame pour moi !

    Je comprends, Maison. Le revers que vous avez subi est dramatique. Ne vous inquiétez pas, nous prenons les choses en main et rendre visite au promoteur et lui ordonner de vous rendre votre apparence initiale.
    D’ici là, vous allez reprendre votre place dans le lotissement.

    Elle n’était pas sûre qu’elle ait été prise au sérieux, mais quelques jours plus tard un bel Adonis vint lui rendre tout son éclat. Ils tombèrent sous le charme. Adonis resta. L’ancienne maison témoin devint le témoin des cœurs.

  8. mijoroy dit :

    — Que puis-je pour votre service Mademoiselle ?
    — Parpainguette. Mademoiselle Compostine Parpainguette. Et madame la gendramette, je viens déposer plainte car je suis victime d’un odieux vol de soleil. Je tiens aussi à signaler les nuisances de voisinage qui en découlent : trafic dans l’ombre… à très grande échelle, exhibition insolente des balcons plein sud.
    Très surprise la gendramette, demande sa profession à Compostine Parpainguette.
    — Habitation durable… enfin durable plus pour très longtemps.
    — Racontez-moi le problème en détails.
    — Il s’agit d’un vol de soleil en bande organisée par le Cartel du Ciment associés leurs copains les Gargouilles du Promotteur.
    — Doucement, je vous prie, je prends note.
    — Je suis une maison témoin, modèle écologique : Ossature bois, toiture en roseaux de Camargue, récupérateur d’eau de pluie intégrés, énergie autonome grâce à des panneaux voltaïques de génération 8, toilettes sèches pour mon compost, bref je suis la vitrine du vivre vert.
    La gendramette émet un sifflement d’admiration. Une maison école c’est son rêve.
    — Niveau auto-suffisance j’avais, je dis bien j’avais un potager bio : tomates fières, basilic arrogant, fraises prétentieuses, jusqu’à l’installation, sans bonjour, ni précautions pour planter leurs fondations, de ces « buildings » de béton, aussi hauts que leur ego. Depuis je vivote dans leur ombre. Mes panneaux solaires sont au chômage (et ça coûte) ; mes salades font de la dépression saisonnière, et pire mes abeilles ont demandé leur mutation. Elles veulent se délocaliser. Alors pendant que je moisis avec élégance, ces grands balourds se pavanent au soleil. Intervenez rapidement avant que je me radicalise, et qu’on me coule une dalle sur le cœur pour construire une prison. Je ne suis pas une sauvage à crier « Abolition du béton », je réclame simplement que le soleil retrouve son droit de visite… pour l’avenir.

  9. ourcqs dit :

    Rédigez la déposition faite à la « Gendramerie » par une maison témoin.
    Incident de mitoyenneté
    La « maison témoin » est un témoin parfait ET suspect. Elle a tout vu, tout entendu (la maison témoin vend un modèle de vie). Son témoignage est donc objectif et idéologique en même temps. Elle témoigne d’un drame depuis un décor.
    Le témoin visuel vs auditif crée une dissymétrie dramaturgique. La maison voit par ses fenêtres (cadres, comme au théâtre) mais entend par ses murs (sans filtre, sans mise en scène). Ce que l’œil découpe, l’oreille noie. .
    Les gendarmes-dramaturges posent la vraie question : qu’est-ce qu’une déposition sinon une mise en récit soumise à des critères de vraisemblance ? Ils évaluent la

    Brigadier-Chef Scénarios, après avoir rappelé au témoin ses droits et ses obligations, ouvre l’audition.
    Je suis une maison témoin, domiciliée au lot 1 de la résidence Belle vue, donc seule présence dans ce futur lotissement . Je suis meublée mais pas habitée. Visites prévues les après-midi et le week-end. Je témoigne sous serment, tout ce que je vais dire est suffisamment bien construit pour l’interrogatoire .
    Rappel de ma situation : côté jardin, quelques jeunes arbres, donc pas de feuillage obstruant la vue, côté cour pelouse bien entretenue dégageant l’entrée du grand portail. Ouvertures bien encadrées, murs en pierre, et dans la région les murs ont des oreilles …
    Dans la nuit du 12/13, silence profond, comme toujours, un quartier de lune éclairant légèrement au travers des nuages, ( décor un peu trop théâtral ?? ) une voix puissante a réveillé le quartier, des chansons joyeuses, entra^nantes , voire paillardes, émises par un personnage gesticulant, impressionnant par sa démarche hésitante . Après avoir longé la cl^ture côté rue, il continua son répertoire, »Il chantait encore quand il a crié. Les deux sons se sont peut-être croisés dans l’air. Je n’ai pas les moyens de les démêler. »et plus rien. avant un fracas épouvantable ??
    Chute probable dans les excavations du chantier ??
    Scénario pas très original, Monsieur le gen drame

  10. Eleonore Gottlieb dit :

    Rédigez la déposition faite à la « Gendarmerie » par une maison témoin.
    Je vous assure monsieur l’agent, il avait beaucoup de bruit hier soir, des lumières qui clignotaient jusqu’à éclairer la moitié du jardin, si, si ! je vous assure ! le vent dans la journée avait tant soufflé qu’il avait envoyé valser mes quatre derniers volets au fond du sentier, c’est pour dire. Si je vous assure j’ai tout observé et ce n’était pas joli, joli
    Je sais bien qu’à mon âge on peut fabuler et qu’un cauchemar peut facilement nous faire croire à des réalités funestes d’autant plus que la pleine lune tapait juste sur les restes du carreau gris de poussière et de toiles d’araignée qui daigne encore protéger mes pauvres restes de de briques creuses.
    Mais je l’ai bien remarqué, il se glissait en gémissant entre les rameaux de jasmin et de lierre accrochés courageusement à ma façade, qui fut si coquette il y a bien des années …
    Il était tout gris des plaques noires donnaient à son aspect un air de vieilles sorcières sorties des temps ancestraux, plus personnes ne voient des sorcelleries à notre époque ! et bien sûr, vous pensez bien, monsieur l’Agent, que je ne suis pas équipée d’une alarme ! ces petits engins bourrés d’électronique qui sonnent, font un tintamarre qui réveilleraient tous les pauvres voisins à minuit et ferait trembler tout le village. Je suis si vieille maintenant, une pauvre ruine, mais j’ai encore ma dignité vous savez !
    Et je n’accepte pas qu’on se permette de me troubler sauvagement en pleine nuit pour se mettre à l’abri ou faire je ne sais qu’elle orgie, ils étaient quatre, je les ai comptées, ça courait dans tous les sens en poussant des cris, des poils volaient de tous les côtés et, même, quelques morceaux de plâtre se sont écroulés sur mes sur mes tommettes, je tremblais de peur. Puis un Miaulement terrifiant à fait trembler les misérables lambeaux de voiles qui restaient encore, flottants aux tringles rouillées. J’ai eu si peur, je tremblais jusque sous mes restes de tuiles. Je vous en supplie monsieur l’agent faite quelque chose, nous sommes 5 sur ce chemin ! 5 pauvres ruines à l’abandon qui souffrons de tous les intempéries, au fil des années nous tombons dans la boue des chemins .au début nous arrivions à nous soutenir, nos mûrs mitoyens nous maintenaient un peu, et puis serré les uns contre les autres ça ressemblait encore à un petit village, modeste, mais vivant
    , mais aujourd’hui ? à quoi ressemblons nous ?

  11. FANNY DUMOND dit :

    Ce matin-là, l’aspirant Warlok sursauta lorsqu’il fut tiré de sa somnolence par les sonneries intempestives du téléphone. Se frottant les yeux, il finit par dénicher l’appareil englouti sous une pile d’affaires en cours.

    — Allô, la « gendramerie » ! Eh ben, c’est pas trop tôt ! Vous roupillez ou quoi ? s’écria une voix qui lui vrilla les tympans.
    — Qui êtes-vous ? De quoi s’agit-il à cette heure matinale ? demanda poliment Warlok.
    — Je suis la bicoque à vendre au bout du village, vous savez, celle qui se marre et qui tire la langue. Mais aujourd’hui, je n’ai pas le cœur à rigoler.
    — Hein ! Une maison qui parle… J’aurai tout entendu dans ce bled, s’étonna le militaire, qui se demanda s’il n’avait pas trop abusé de la chopine pendant son tour de garde.
    — Oui, c’est bien ça, vous ne rêvez pas. Je vous appelle car mes murs ont des oreilles et je suis témoin d’un prochain assassinat. Mes propriétaires ont conçu un plan machiavélique pour estourbir l’acquéreur. Ils vont le détrousser de ses liasses de billets pour l’acompte. Venez vite, la victime ne va pas tarder à arriver.

    Perplexe, Warlok fit les cent pas dans son bureau exigu puis, pour se dégourdir les jambes, il enfourcha sa bicyclette. Après avoir monté en danseuse la côte à 10 %, il arriva tout essoufflé et suant à grosses gouttes devant la maison, qui avait fermé un œil.

    — Ah, c’est vous ! s’étonna Gaston. Quel bon vent vous amène ?
    — J’ai eu vent que vous vendez votre maison, qui m’intéresse, parce que je suis logé dans un minuscule studio.
    — Hélas, c’est trop tard, il fallait me le dire avant. Gertrude et moi, on vient juste de signer la promesse de vente à un citadin, bien en fonds, si vous voyez ce que je veux dire. Il va pouvoir la restaurer de fond en comble.
    — Tant pis ! Dites-moi, c’est quoi, ce trou, là devant l’atelier ?
    — Oh, ça, c’est rien, répondit Gaston en se frottant la barbe. C’est le nouveau proprio qui a sondé le sol pour savoir s’il pouvait creuser une piscine.

    Fort marri, l’aspirant rentra à la brigade et raconta son histoire à son capitaine, qui lui accorda trois mois de congés. Son étrange conversation avec des pierres lui ayant donné des doutes, il parcourait tous les jours le journal en quête d’une disparition inquiétante dans les parages. Malgré ses recherches infructueuses, intrigué, il passait quotidiennement devant la maison muette, portail, porte et volets clos. Dubitatif, il restait de longs moments à scruter à la jumelle la portion de terrain rebouchée devant l’atelier. Qui le croirait s’il faisait part de ses doutes ? C’était un coup à être radié définitivement de la profession.

    Durant sa mise à pied, inspiré, il écrivit une dramaturgie qui resta en compagnie de son arme au fond de l’unique tiroir de sa mansarde.

  12. Gilaber dit :

    Dialogue de sourds…

    — C’est comme je vous le dis, monsieur le gendrame. Au début, je ne l’ai pas crue !
    — Vous n’avez pas cru qui ?
    — Eh bien, Zoé !
    — Pourquoi n’avez-vous pas cru Zoé ?
    — Parce que cela me paraissait incroyable.
    — Ce qui est d’une logique implacable. Et ensuite ?
    — Elle m’a dit qu’elle avait vu celui qui avait pris la clé sous le paillasson.
    — Et elle vous a donné son nom ?
    — Oui, bien sûr !
    — Et ?
    — Et quoi ?
    — Son nom, donnez-moi le nom de celui que Zoé dit avoir vu. C’est incroyable, ça !
    — Ah ! Vous aussi, vous ne la croyez pas, c’est ça ?
    — Mais non ! La question n’est pas là !
    — Elle est où, alors ?
    — Qui ?
    — La question !
    — Vous me faites perdre le fil de votre déposition.
    — Mais je n’ai rien déposé sur votre bureau, moi ! C’est incroyable, ça. Vous m’accusez à tort, monsieur le gendrame !
    — Vous venez à la gendramerie pour faire une déclaration parce que vous êtes un témoin clé dans une…
    — Ah non, monsieur le gendrame, ce n’est pas moi qui ai pris la clé sous le paillasson… c’est Didier !
    — Eh bien voilà, il fallait le dire que c’est Didier qui a pris la clé. Et ensuite ?
    — Il est parti en courant à travers les champs. Comme s’il avait le feu au…
    — Là n’est pas le sujet. Si j’ai bien compris, il a pris la clé des champs.
    — Qui ?
    — Didier !
    — Non, il a volé la clé de la maison qui était sous le paillasson. Pas celle des champs.
    — C’est une expression qui veut dire qu’il est parti en courant comme un voleur !
    — C’est tout à fait ça. Il vous en a fallu du temps, monsieur le gendrame, pour déduire que c’est Didier le voleur.
    — Faut dire aussi que ce n’était pas cohérent.
    — Ah non, monsieur le gendrame, j’ai jamais dit que c’était lui !
    — Mais bien sûr que si !
    — N’insistez pas ! Parce que celui-là, je ne le connais même pas.
    — Vous avez dit que Zoé l’avait vu prendre la clé sous le paillasson…
    — Oui, mais c’est pas cohérent !
    — Ah ! Vous l’admettez également !
    — Alors nous sommes d’accord ?
    — Que c’est Didier le voleur ?
    — Faut savoir, là… vous venez de dire que ce n’était pas cohérent ! N’importe quoi !
    — J’ai jamais parlé d’un nain. Comment voulez-vous que je sache ce qu’il portait, puisque j’ai pas vu de nain… De toute manière, Zoé n’en a jamais parlé. Que vient-il faire là ?
    — Ce n’est vraiment pas cohérent !
    — Vous le confirmez donc ! Monsieur le gendrame, depuis le début, je vous dis que c’est Didier. Et vous semblez de mon avis, puisque vous dites que c’est pas cohérent.
    — Mais où sommes-nous, là ?
    — Dans votre gendramerie ! Vous avez perdu la mémoire, monsieur le gendrame ?
    — Pas du tout. C’est juste une expression, parce que ce n’est pas cohérent !
    — Vous vous répétez. Maintenant, c’est vous qui tournez autour du pot !
    — Je n’ai tourné autour d’aucun pot, sinon je l’aurais renversé. Nous pouvons avancer ?
    — C’est une très bonne initiative. Je suis resté assis depuis le début et je commence à avoir des crampes dans les mollets.
    — Reprenons calmement.
    — Je n’ai rien pris du tout, c’est Didier qui prend les choses.
    — Vous jouez sur les mots !
    — Pas du tout, monsieur le gendrame, je joue surtout sur les nerfs.
    — Vous vous fichez de moi ?
    — Certainement pas, je n’ai pas de fiche à votre nom.
    — Cette histoire ne tient pas debout.
    — Alors asseyez-la.
    — Je disais donc, reprenons parce que ce n’est pas clair !
    — Évidemment que ça ne l’est pas, il fait nuit depuis le début de l’histoire.
    — Vous éludez…
    — Ah non mais pas du tout ! Vous voyez bien que je suis venu seul. De toute façon, je ne connais même pas ce monsieur Ludès. Je ne me serais jamais présenté avec un inconnu.
    — Bon… nous allons arrêter là votre déposition.
    — Enfin une bonne nouvelle !
    — Pourquoi ?
    — Parce que depuis tout à l’heure, elle me faisait mal au dos.
    — Quelle déposition ?
    — Celle-là !
    (Le témoin retire le coussin sur lequel il était assis.)
    — Je m’étais assis dessus en attendant.
    — Je disais donc que nous allions arrêter là votre déposition. De toute façon, nous ne savons pas qui dit vrai dans cette histoire.
    — Ben… Zoé.
    — Mais vous dites depuis le début que vous ne la croyez pas !
    — Ah non, monsieur le gendrame… moi, je ne crois personne. Je suis une maison témoin.

  13. Ariane ADAM dit :

    Monsieur, s’il vous plaît, aidez moi!
    Comprenez mon drame, Monsieur de la gendramerie!
    Je suis la maison 6C parcelle 9 du lotissement  » Les Tilleuls ».
    Elles m’avaient prévenues les voisines: Aujourd’hui tu es toute neuve et pimpante… Ne fais pas trop ta fière!
    Oui, j’étais tellement fière d’avoir été choisie parmi toutes les maisons du lotissement!
    Ils ont planté un majestueux panneau multicolore devant le jardin : » MAISON TEMOIN  » .
    C’était moi que l’on regardait en premier.
    Toutes les semaines, on me soignait, on me bichonnait, la pelouse était tondue, les allées tracées au cordeau, la haie taillée. Les vitres étincelaient, les sols brillaient. Comme sur la photo!
    Tous les week-ends, ils venaient en cohorte, me visiter, m’inspecter, m’évaluer.
    Durant les week-ends prolongés et les jours fériés, je ne vous dis pas le défilé!
    Je les ai vus, les yeux brillants, pleins d’espoir et de projets de vie à deux, de familles réunies, de fêtes partagées, d’après-midis festifs et de soirées paisibles.
    Je les ai entendus échafauder, meubler, décorer à l’avance ce qu’ils rêvaient devenir leur nid, leur foyer.
    Mais c’était toujours une autre maison qu’ils choisissaient.
    Pas celle que tout le monde visite, envahit.

    Je n’en peux plus d’être celle que l’on voulait idéale, parfaite pour l’exposition.
    Parfois, je baisse doucement mes stores, je chausse mes panneaux solaires pour cacher mes larmes.
    Alors, je rêve de pelouse ébouriffée, de portail qui grince un peu, de barbecue gâché par la pluie, de tricycle renversé, de toboggan abandonné par des enfants qui ont grandi.
    Je rêve de nains de jardin béats embrassant des pots de fleurs multicolores, de Pères Noël kitchs se dandinant au son de « Jingle Bells ».
    Je voudrais être encombrée de meubles mal assortis, dérangée par le bruit agaçant d’un robinet qui goutte.
    Je souhaiterais tellement avoir la trace des mains qui ont patiné la peinture d’une porte!
    Les Autres, elles ont toutes trouvé leur propriétaire.
    Moi, « l’élue » je reste là, vide, sans souvenir.
    Devenue inutile depuis que tout est vendu dans le lotissement, je ne fais plus rêver personne, je vieillis doucement.
    ils sont venus retirer le panneau qui s’écaillait et qui s’inclinait dangereusement.
    Sur l’annonce immobilière, ils ont écrit:  » Maison à rafraîchir ».

  14. 🐁Souris Verte dit :

    806/ GRAND ENSEMBLE
    Vous voulez faire une déposition madame ?
    – madame ? Ça va pas non ! Je suis masculin ça se voit -si vous levez la tête- a ma cheminée et ses deux attributs à sa base. Alors attention mec on va pas commencer comme ça !
    Le gen-drame lui, commence à pétocher..
    – Bon alors on dépose ou on dépose pas ?
    – Mais y’a plus rien à déposer… ils ont foutu l’feu..
    – reprenons au début comment vous êtes-vous rendu compte que …
    – parce que ça sentait le roussi tiens pardi ! Dès qu’ils ont poussé la porte je me suis dit : méfie-toi appartement1 du rez-de chaussé porte A . Ils ne sont pas d’accord y’a l’torchon qui brûle, ça hurle.
    Je suis comme ça moi, je me mets en garde moi- même . Comme je suis le seul construit ils m’ont érigé en bordure du chemin parce que , d’après ce que je sais, on sera une centaine de copains montés les uns sur les autres… enfin pas moi. Étant a distance je serai la loge du gardien..
    – Bon eh bien puisqu’on ne dépose pas je vais aller voir sur place… et peut-être que je vous achèrerai !
    – Attention subordination de témoin ! C’est que …
    Découragé le gen-drame passa son tour et l’envoya au ‘pitaine’… a lui, il ne faut pas lui en raconter…🐁

  15. 🐻 Luron’ours dit :

    806e/ UN SOUFFLE DE PRINTEMPS A la gen drame, riz,, la maison témoin de la belle de mai porte plainte, à la cantonade. Un canular ? Ce matin,, première visite, un jeune couple, Ils ont fait l’amour. deuxième, un couple âgé, ils ont fait l’amour, le responsable du lotissement arrive., ce n’est pas le promoteur ni la banque ni les investisseurs. La mairie est derrière, Zuc, Zap, on ne sait pourquoi elle a donné ce terrain. Entre autoroute et chemin de fer plus le canal. Ce serait un hâvre de paix. Avec la décoratrice, ils ont fait l’amour. Puis,, ils ont fermé les volets. Je serai la maison close. Le gendrame et la secrétaire sont partis sur les lieux. Ne sont pas revenus. La maison témoin, s’est tue. Mévente. Le lotissement a été réamménagé en jardins ouvriers.🐻

  16. Nouchka dit :

    Dans ce bourg breton au pied des Monts d’Arrée, un quartier en rénovation se transforme. A la gendarmerie où elles sont venues déposer, deux des maisons papotent :
    – Comment trouves-tu ma nouvelle toiture ?
    – Elle te va bien. Moi, avec mon balcon sécurisé, regarde un peu le ventre que ça me fait !
    – C’est original, cette adjonction de balcon sur un « penty » (petite construction basse). Cela te met en valeur. Il est plutôt seyant le bois choisi partant du sol jusque cette nouvelle porte-fenêtre. Tu parais bien plus jeune ainsi vêtue.
    – Je suis surprise que le couvreur-coiffeur ait eu l’autorisation de te mettre de fausses ardoises à la place des anciennes de Sizun. Enfin, tu y trouveras ton compte car ta toiture est maintenant bien plus légère.
    – Avec les ans, il faut y prêter garde. Ma charpente vieillit elle aussi ; le nouveau revêtement de toit me convient mieux, j’aurai ainsi moins mal aux solives.
    – C’est tout de même difficile d’imaginer ce que sera notre rue quand tous les changements seront terminés.
    – Tu as vu, l’ancien Hôtel du Cheval Blanc a été démoli hier. Il semble qu’il sera remplacé par un square et bien sûr, l’inévitable parking en enrobé noir. Depuis quelques années, je déplore toutes ces tenues noires. Le sol pourrait, de temps en temps être rouge ou vert ; cela serait plus gai et pourrait délimiter les zones de stationnement ou les sentiers piétonniers. Tu vas voir que le square prévu sera ridiculement petit, comparé au parking.
    – Heureusement, le magnifique chêne de l’hôtel a été préservé. Au moins est-on sûr d’avoir un point de verdure à proximité.
    – Oui, c’est important de garder quelques grands arbres. Le quartier ne doit pas devenir trop rectiligne, uniforme et les maisons de granit résister à cette mode des crânes rasés. Tu imagines si on t’avait également mis une terrasse en lieu de place de ta toiture d’ardoise ? Tu serais défigurée !
    – Oui et non ; si j’avais eu le crâne rasé, saurait été pour créer un étage. Ce qui veut dire que je serais peut-être un peu plus grande.
    – Mais tu y aurais perdu en caractère. Ces toits-terrasses ne correspondent pas du tout au style de la région. Bien sûr, il y a le réchauffement climatique, mais quand même, les pluies n’ont pas disparu et ces terrasses ne m’inspirent pas confiance. Tu verras que bientôt, on va entendre parler d’infiltration et de moisissure dans les pièces situées en dessous.
    – Comme si nous n’avions pas assez de rhumatismes comme cela !
    – Le côté plaisant de ces rénovations, c’est la taille des ouvertures. Les petites fenêtres d’antan sont remplacées par des échancrures et décolletés de grandes dimensions qui inondent de lumière les pièces qui précédemment nécessitaient un éclairage artificiel une grande partie de la journée.
    – As-tu remarqué que les rideaux ont également disparu des fenêtres ? Ces voilages qui supprimaient encore un peu plus de lumière ne sont plus à la mode.
    – Moi, j’aimais bien les petits rideaux ajourés, faits au crochet, qui représentaient souvent une fleur ou un voilier.
    – Si cela se trouve, dans dix ou vingt ans, sur la photo d’une rue, plus personne ne saura dire où le cliché aura été pris. Du nord ou sud et de l’est à l’ouest, la mode architecturale du moment sera à l’identique. Les maisons auront le même uniforme rectiligne, parallélépipédique faites de matériaux sortis à prix raisonnable des usines du bout du monde.
    – La tendance du moment est aussi de prendre l’existant et de le transformer avec des adjonctions devant, derrière ou sur le côté ; quand ce n’est pas au-dessus….
    – Du coup, on ne ressemble plus à rien. Tu deviens bossu, ventripotent, désarticulé en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.
    – Ma doué ! C’est quand même triste.
    Tu te souviens quand les femmes ont abandonné leurs coiffes ? Et bien, c’était un peu pareil. On ne savait plus alors, d’où venait la belle blonde qui traversait la place ou une autre au sourire enjôleur. Maintenant que les femmes et les hommes sont tous à l’identique, c’est à leur habitat de s’uniformiser.
    – Quel gâchis ! Les techniques et les hommes qui savaient réaliser nos constructions de pierre, d’ardoise et de chaume aux jolies formes arrondies, aux volumes harmonieux n’exercent plus ou sont au cimetière. Alors, c’est la fin des haricots !!!
    – Tu vas me donner le bourdon.
    Si la mode est un éternel recommencement, espérons que certains aient la nostalgie de nos beaux matériaux et fassent en sorte qu’ils réapparaissent un jour. Au moins pour créer les décorations des façades, toitures et cheminées. Ce n’est qu’à cette condition que le pays gardera son identité architecturale, faute d’avoir perdu sa langue, ses coiffes et traditions agraires.
    – Dame ! tout fout l’camp….
    – Kenavo, mignonne ; regarde, le soleil brille et les mûres sont déjà noires. Tachons de garder le moral.
    – Allez, j’abandonne l’idée de déposer contre le projet de parking. Le nouveau maire introduira, j’espère, des nuances dans ce qui était prévu initialement.

  17. Nadine de BERNARDY dit :

    Maison témoin à la gendrarmerie

    Pièce en un acte de Raymond BOURDELY, dans le rôle du gendrame
    Simone Bouygues dans celui de la maison témoin

    Scène 1 Acte 1

    Le gendrame est assis derrière son bureau, jouant à « tire moi dessus si tu peux » sur son smartphone.
    Entre la maison témoin, la cinquantaine défraîchie, les volets pendant tristement sur sa façade en manque de ravalement.

    – Bonjour monsieur Boudaly, je n’ai pas besoin de vous expliquer ce qui m’amène. On m’a encore vandalisé cette nuit
    Bourdaly, agacé d’être interrompu dans sa partie juste au moment où il allait coincer Dédé Bouffe Bitume, pose son appareil avec regret
    – Que puis faire pour vous Simone?
    – Regardez moi, vous ne voyez rien d’anormal ?
    – Peut être vos volets un peu sortis de leurs gonds
    – Un peu ! Si ce n’est pas un acte de vandalisme, dites moi!
    – Ecoutez madame Bouygues, cela fait une cinquantaine d’années que vous êtes maison témoin, donc inhabitée, vous ne trouvez pas normal que vous vous dégradiez un tant soit peu ? Ce n’est sûrement pas l’oeuvre de voyous,mais plutôt celle des années.
    – C’est toujours la même chose avec vous, vous ne me prenez jamais au sérieux, c’était déjà comme ça du temps de votre défunt père.
    L’homme soupire en jetant un regard sur son écran
    – Je veux bien faire un effort, un de mes homme passera pendant quelques nuits autour de vous histoire de vérifier, mais je vous rappelle que nous sommes une gendrarmerie, de ce fait nous ne nous intéressons qu’aux affaires graves, voire gravissimes
    – Merci quand même sergent chef, je constate une nouvelle fois que je ne suis pas assez importante pour vous. Je me demande d’ailleurs pourquoi je m’obstine à venir faire des dépositions…
    Elle sort de scène en claudiquant, ayant perdu entre temps une marche de l’escalier menant à la véranda.
    Le gendrame soupire à nouveau ,de soulagement cette fois, il tente de reprendre sa partie mais elle s’est effacée.

    Le rideau tombe.

  18. Antonio dit :

    Quel drame, monsieur l’agent ! Je ne le vous fais pas dire.

    Ils sont venus à plusieurs. Dès l’entrée, ils ont commencé à me reluquer de bas en haut, c’était gênant. Je m’étais apprêtée pour les recevoir, bien sûr. J’avais mis un beau rouge à la boîte aux lettres, du bleu sur mes persiennes et un beau rose au jour qui illuminait les murs du salon. Je portais une véranda des plus simples, pas trop transparente, sur une cuisine ouverte, mais pas trop. Je suis une maison respectable, vous savez. Evidemment, l’un d’eux s’est précipité sur le balcon. J’ai aussitôt retiré sa main du garde-corps. Jusque-là, je m’en sortais bien.

    Puis son acolyte m’a certifié qu’il était plombier et qu’il voulait vérifier, en tout bien (à vendre) tout honneur, mes tuyauteries. Quel culot ! Quand il a mis sa main sur mon robinet, là, j’ai commencé à suer à grosses gouttes. Il s’est plaint de fuites et d’humidité dans la salle de bain, le goujat. A qui la faute !

    Mais ce qui m’a fait sortir de mes gonds, c’est lorsqu’un troisième m’a mis une petite claque sur la porte arrière qui donne sur le jardin. Là, j’ai dit stop ! Messieurs, vous dépassez les bornes. La visite s’arrête là !

    Quant au quatrième, il ne disait rien. Il reluquait le moindre recoin, palpait tout ce qui lui tombait sous la main, sans gêne. Il testait, mesurait, tout en faisait la moue rédhibitoire de celui qui n’est pas intéressé. C’était humiliant et vexant. Comment j’aurais pu imaginer que ces rustres se préparaient à violer le domicile de ma cousine, habitée par de vieux démons complices pour une histoire d’assurance.

    Dans quel état ils l’ont mise, la pauvre !

  19. camomille dit :

    – J’ai mal… Oh que j’ai mal !

    – Vous avez mal où, Madame ?

    – Partout… aux fenêtres, aux portes, aux murs…

    – Racontez sans trembler s’il-vous-plaît.

    – J’étais fermée, bien tranquille prête à m’assoupir pour l’hiver, quand j’ai entendu du bruit dans l’entrée : des bruits de motos, et puis des rires et des chants et des cris .
    C’était de jeunes humains.
    Ils ont fracassé la porte d’entrée,
    Ils ont fait irruption,
    et ils m’ont… ils m’ont envahie ! Oui Monsieur le Gendrame : ILS M’ONT ENVAHIE contre mon gré !
    Oh ! Que j’ai honte !… Oh que j’ai mal !

    – Ah ! Et puis ?

    – Et puis ils ont mangé, ils ont bu, ils ont dormi et ils sont repartis ce matin.
    J’ai la porte éclatée et les fenêtres disloquées.
    Voilà !

    – Je vois… Je vois… vous avez été victime d’un viol par effraction.
    Vous voulez porter plainte contre x ?

    – Non, je veux être retapée !

  20. Alain Granger dit :

    Moi, témoin de la « Maison Félix », déclare avoir observé des différences entre ce que le client peut découvrir dès qu’il a franchi le portillon conduisant à ma porte d’entrée et sa future réalité. Devant, une petite allée en gravier conduit au garage intégré, avec ma porte basculante nervurée. Le jardinet est parfait, presque artificiel : gazon trop vert, deux thuyas plantés symétriquement, rosiers récents, avec un nain de jardin discret et une boîte aux lettres en faux bois. Ma clôture basse en grillage plastifié est censée séparer le jardin de la parcelle du voisin. Dans la réalité le terrain livré est nu avec ses tuyaux de raccordement qu’il faut recouvrir et deux rangs d’agglos séparent la propriété voisine. Le garage est absent ou alors il faut le payer plus. Les tuiles présentées sont dites canal avec son arrondi provençal alors qu’elles sont plates et plus grossières chez le client tandis que le crépis recouvrant mes murs extérieurs est plus épais que celui que le client retrouvera, torché et fendu, sur les murs de sa maison. Voilà, monsieur l’officier de police, pour l’aspect extérieur.

    En ce qui concerne l’intérieur ce n’est pas piqué des vers non plus. Le logement de ma maison témoin, sur un étage, est lumineux grâce à mes fenêtres à petits carreaux mais dans la réalité les ouvertures sont souvent plus petites et de petits carreaux, point du tout. Deux vitres pleines ont oublié d’être de double épaisseur. Il fallait prendre les suppléments. La plus grande surprise pour le futur acquéreur vient du couloir desservant les pièces. Dans ma maison témoin le couloir est large et mes portes sont alignées, de la même couleur beige clair. Mais voilà, bien souvent le client découvrira des portes dont le champ n’est pas aligné. A cause de l’armature métallique, suivant que la porte s’ouvre de l’extérieur ou de l’intérieur, l’épaisseur de la porte ressort d’un côté ou de l’autre du couloir. Ce n’est pas très esthétique, il s’en faut de beaucoup.

    Pénétrons ensuite dans ma cuisine avec mon magnifique carrelage au sol et ma crédence aux couleurs douces que je présente aux visiteurs. La réalité est toute autre. Un lino remplace souvent les grands carreaux que je proposais et la cuisine intégrée est faite de panneaux d’agglomérés avec des portes blanches sans moulures. « Bien sûr, messieurs-dames, il fallait prendre le supplément, forcément non compris dans le devis ». La salle à manger est séparée du salon par une arche à la jonction du L. C’est moche et plus du tout à la mode. Sans arche c’était plus cher, je sais. Pour l’abattre, vous devrez être les aventuriers de l’arche perdue.

    Et bien sûr il y a les délais qui ne sont pas respectés et le client a dû prendre une petite location en attendant de pouvoir déménager.

    Merci Félix. Une chose est certaine, monsieur le policier, il n’y aura pas beaucoup de clients qui vont appeler leur chat Félix.

    Relut et signé ce jour.

    Maison témoin Félix.

  21. Jean Marc Durand dit :

    Oui Mr le Gendrame, vous pouvez l’écrire, c’est comme je vous le dis que ça s’est passé. Cette nuit-là, je dormais du sommeil du pauvre, juste assoupi dans ma chambre à coucher dehors, tellement que les carreaux…hein, ils sont cassés. J’avais quand même bien fermé les persiennes de mes yeux et je m’apprêtais à embarquer au pays des rêves de mon inconchiant, celui qui se fait bousculer des souvenins tout pourri de l’enfance et des histoires d’anges se bricolant des quadrimoteurs pour soulager leurs ailes.

    Et c’est alors que la tempête, elle m’a tombé sur la tronche, comme on dit pour ne pas dire qu’elle m’avait effectivement tombé sur la gueule. Ça a fait un gros badaboum avec du vent mauvais, de l’eau de déluge et du caillou dans la godasse. J’a chu, du coup, de mon pieu et rampé jusqu’au palier. Puis le courant des choses m’a trinqueballé jusqu’en bas. Le bout du toit il m’avait devancé avec toutes ses tuiles de la vie que j’avais cru avoir stocké par-dessus moi et qui rattrapaient le temps perdu de ma misère. J’ai quand même pu sortir le zoiseau dans sa cage à l’étroit et pis tous les vieux murs, ils se sont tout cassé et presque bien aligné autour de moi, comme ça. C’était la nouvelle règle de la nature, un éboulis drôlement organisé des choses même qu’on pouvait se demander où se situait vraiment l’intelligence ?

    Alors voyez, Mr le Gendrame, vous savez tout, je n’ai rien d’autre à ajouter. Si vous pouviez m’indiquer où trouver de l’eau fraîche, mais pas trop, et du grain moulu pour mon zoiseau, ça serait drôlement sympa. Pour signer, une croix ou une bannière, ça fera l’affaire ?

    Et merci, SOS amitiés, heureusement que vous êtes là pour nous écouter, et nous entendre, nous écouter et nous entendre, nous écouter et nous entendre…

  22. Nicolas Thébault dit :

    La maison de bois

    Je n’aurais jamais cru ça d’elle. C’était une voisine très tranquille. Ses habitants étaient intégrés. Vous savez, tout se sait dans nos petits villages.

    Jamais je n’aurais imaginé une chose pareille.

    Depuis, les comptes de notre commune sont dans le rouge et l’école risque de fermer. Plus assez d’élèves et par ailleurs, le père de la famille des disparus était instituteur.

    Qui aurait pensé cela d’un chalet sans histoire !

    Bien sûr, mes locataires mettaient la musique un peu fort, certains soirs . C’est vrai aussi que certaines de nos maisons en vieilles pierres étaient jalouses de ce confortable logis fait des troncs de notre forêt

    Mais enfin cela justifie-t-il une chose pareille ?

    Le jour du drame Monsieur l’agent, sans préavis, j’ai vu, de mes fenêtres, vu, la maison d’en face se lever et partir.

  23. Françoise - Gare du Nord dit :

    Lors des travaux de rénovation de la gendarmerie, un peintre en bâtiment local fut chargé du ravalement et du badigeonnage des murs

    Le ventre lourd d’aligot-saucisse, le cerveau embrumé de ratafia et l’humeur morose, il repeint tous les murs et cloisons en noir, un noir lumineux – se défendit l’artisan – certes mais un noir. L’oxymore fit sourire les plus indulgents de ses concitoyens mais la précision de « noir aile de corbeau » fit grincer les dents de ceux qui redoutaient que l’épidémie de lettres anonymes qui avait infesté la ville de Tulle n’atteigne leur cité

    A cette faute de goût, selon les plus modérés, s’ajouta un crime de lèse-autorité, selon les plus extrémistes : le mot « Gendarmerie » avait été écrit « Gendramerie »

    C’en était trop. Toute la localité manifesta bruyamment son intolérance à l ‘encontre de l’artisan étourdi et provocateur.

    Le conseil municipal afin de calmer les esprits et de jouer l’apaisement demanda à celui-ci de quitter la région

    Quant aux peintures et faute orthographe, le conseil décida d’en rester là et la gendarmerie connut la vie de toutes les gendarmeries : vols de mobylette, destruction de récoltes, braconnage, cambriolages, violences conjugales, ébriété sur la voie publique etc…

    Mais un jour, un événement autant étrange que cocasse vint rompre la monotonie : une maison témoin vint faire une déposition. Elle était située dans une zone pavillonnaire en construction.

    « C’est un drame, un véritable drame. J’en vois des vertes et des pas mûres vous pouvez me croire. Je ne suis jamais venue me plaindre ni faire de la délation. Ces jeunes de la rue de la Liberté qui viennent fumer des produits illicites. Sans compter ces couples illégitimes qui travaillent à la Mairie dont je tairai les noms

    Mais là là, ce n’est plus possible. Je ne voudrais pas que vous pensiez que je vois tout en noir. Mais pourtant, tout est noir, noir, noir. Je n’en peux plus

    J’ai une peur bleue des fantômes. Je suis convaincue que c’est un fantôme qui vient chaque nuit peindre les murs en noir. Ils seront repeints le lendemain mais à nouveau dégradés la nuit suivante

    Je vais devenir folle, cette histoire m’a donné des cheveux blancs et blanches sont mes nuits

    Lancez une alerte rouge. Par pitié faites quelque chose »

    « Calmez-vous, Madame » dit le digne représentant de la maréchaussée à la digne plaignante. «Je crois que vous êtes visitée trop souvent, piétinée, scrutée, explorée, inspectée. Allez consulter un spécialiste des nerfs. Vous êtes à bout »

    Nous étions à la Gendarmerie de la ville de Rodez et le peintre tant conspué et ridiculisé à une époque connut plus tard la célébrité et l’admiration mondiales.

    Il se nommait Pierre Soulages

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