768e exercice d’écriture très créative créé par Pascal Perrat alors

Nouvel incident après la mise en place d’un
« défibrilenteur » sur une nonchalante en déficit d’entrain. L’opérateur…
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Le modèle DFBLTM92 avait longtemps été un défibirillateur. Nombreux étaient les coeurs en détresse qui avaient, grâce à lui, été revitalisés.
Les inestimables services qu’il avait rendus l’avaient un peu usé, fatigué. Allait-il être mis au rebut, partir à la retraite ? La question se posait au conseil d’administration de la société FEELGOODEXTRA qui le fabriquait et le vendait. Qu’allait devenir ce produit phare ? Il ne pouvait pas disparaître, surtout en ces temps où la décroissance, du moins, le « consommer mieux» était de rigueur.
Les ingénieurs qui l’avaient conçu furent enjoints à repenser le modèle pour en sortir du neuf avec du vieux. Les ingénieurs, s’ils avaient, certes, trente- cinq ans de plus retrouvèrent leur DFB… avec enthousiasme. Finalement, il avait bien vieilli, même si tout le monde avait pris des rides. Après l’avoir ausculté, démonté, remonté, recondtionné, ils avaient décidé que si DFB avait rendu de bons services comme défibrillateur, il en rendrait en sens inverse. Ils avaient joué sur le mot et avaient baptisé le nouvel appareil «défibrilenteur». Les ingénieurs étaient partis dans un grand éclat de rire. Vraiment, ils étaient contents d’eux ! Leur nouveau brevet ayant reçu l’aval du Bureau des Vérifications, c’est ainsi que le nouveau DFBLTM25 avait fait une apparition remarquable sur le marché suite à un campagne de pub menée par l’agence, qui trente-cinq auparavant , avait lancé, avec le succès que l’on sait, le DFBLTM92. Pourquoi changer une équipe qui gagne ? (Dream Team en bon français)
Les nonchalentes en déficit d’entrain, les ramollos de l’action, les mous du cerveau, les handicapés de l’énergie n’avaient plus à s’inquiéter : le DFBLTM25 allait les conforter dans leurs états , conformément à la LSBE (loi sur le bien-être) du début de l’année.
Hélas, le DF machin finit par tomber en panne, les appareils étant trop sollicités rendirent leurs derniers boulons. Alors, on appela l’opérateur qui ne répondit qu’une demi-heure plus tard, au bout de laquelle une voix de chabot répondit : «poulez-vous répéter la question, je n’ai pas compris »…
L’inspecteur de la Brigade des cauchemars, auscultait l’article sur son portable :
« Nouvel incident après la mise en place d’un
« défibrilenteur » sur une nonchalante en déficit d’entrain. L’opérateur… »
Encore une mission pour lui, l’instinctif, il sentait l’embrouille à plein nez, ses subalternes n’avaient pas assez d’expérience.
Il nota le lieu sur son GPS et partit seul sur le lieu du cauchemar, le centre de bien-être à coté de sa salle de sport. Encore un cas de burn-out se dit-il. Il y en a de plus en plus ces dernières années. On leur presse le citron et en même temps on ne respecte pas leurs valeurs. À un moment ça devient inhumain et la personne disjoncte, c’est évident. Ceux qui résistent ont bien appris à rester dans le cadre et deviennent des robots. Justement, chose inquiétante, il avait remarqué que les vaccinés s’adaptaient plus facilement aux ordres, aux dictats et n’avaient presque plus d’empathie.
Finalement, le défibrilenteur était une invention dans l’intérêt des entreprises, mais il y avait déjà eu des surprises. Ce n’était pas la première fois que cette machine engendrait l’effet inverse, de ce pour quoi elle était conçue. Un des opérateurs était venu le chercher à la salle de sport pour un cas similaire, il y a quelques mois.
D’ailleurs une machine qui ne fait pas ce qu’elle doit, c’était un cas banal, il en avait vu d’autres : un épluche carotte pas capable d’éplucher, une lampe solaire qui n’émet pas même assez pour rouler sa cigarette, des outils de bricolage ou de cuisine pas assez puissants pour faire leur travail, il y en avait moulte.
M’enfin ! là, il avait un souci d’un autre genre !
Quand il arriva, la jeune femme était allongée sur une civière, elle respirait fébrilement.
Cette jeune femme était particulière, on lui dit que l’homme qui était avec elle, avait expliqué qu’elle ne mangeait jamais et ne buvait jamais, que c’était normal qu’elle ne tienne plus debout. Visiblement, l’homme était en colère contre elle.
Sceptique, il avait bien entendu quelqu’un parler de cas de prânisme, mais pour lui, ça n’existait pas vraiment, ces gens trichaient forcément un peu. En vrai, si elle vivait vraiment de cette façon, elle représenterait un réel danger pour nos élites. S’ils nous prenaient l’idée de prendre exemple sur elle, nous serions autonomes et ils perdraient leur pouvoir et leurs richesses.
Effectivement, cette réflexion venait de le taquiner, il y avait peut-être à gratter. Avait-elle consenti à se faire défibrilentiser ?
Il commença à poser une série de questions, d’abord très factuelles, l’air de rien.
─ À quelle heure est-elle arrivée ? Depuis quand est-elle au sol ? Qui était là quand c’est arrivé ? Était-elle accompagnée ? Les caméras de surveillance de la salle sont-elles en route ? Puis-je y avoir accès ? Passez-moi sa carte d’identité s’il vous plait, la votre aussi tant qu’on y est !
40 ans ? elle en paraissait, au bas mot 10 de moins. Et information à conserver : elle n’était pas d’ici.
─ Que vous a-t-elle dit ?
─ Rien ! Elle avait les yeux ouverts mais elle était amorphe. Pour venir jusqu’ici, un homme lui tenait la main. C’est lui qui a demandé la dose de spray de défibrilenteur. La première a bien agi sur elle : elle s’est redressée, a posé les yeux sur l’homme, puis elle est restée figée. Alors, il a demandé une seconde dose et là, elle s’est écroulée.
─ Où est cet homme maintenant ?
─ Je ne sais pas ! Mes collègues sont accourus m’aider pour la mettre sur une civière, il a participé aussi. Puis les habitués se sont approchés aussi, je ne l’ai plus vu depuis, il est peut-être allé téléphoner…
Là, il tenait peut-être un cas de tentative d’élimination. La femme au sol respirait toujours faiblement, mais maintenant paisiblement. Il l’observait sans jugement, lorsqu’il remarqua des marques dans son cou, des traces de strangulations disparaissant sous ses cheveux.
Il se rapprocha, observa aussi des traces aux poignets. Elle avait donc été trainée jusque-là ! Elle s’en sortait bien finalement. Et s’il avait voulu la défibrilenter, pour la faire parler ? Tout était imaginable !
Il demanda à l’opérateur de la veiller, de l’appeler si elle se réveillait et qu’on ne laisse plus l’homme l’approcher et il partit pour la salle de surveillance examiner le film enregistré. Le visionnage dans cette salle obscure rendait la scène inquiétante, il fut alors saisi par les yeux terrorisés de la jeune femme, restée figée. Il comprit qu’elle n’avait pas le choix, comme si elle avait choisi de s’auto-disjoncter pour ne pas parler. Comment avait-elle pu faire ça ?
Mais alors, était-elle… un robot ?
Il y en avait de toutes sortes aujourd’hui, de plus en plus perfectionnés avec intelligence artificielle et même le fin du fin, avec intelligence émotionnelle, sans parler des biorobots, extérieur humain, intérieur électronique.
Il retourna de toute urgence vérifier sur place, pour déterminer à qui il avait à faire.
Pouls normal, respiration normale, poignets aussi. Par contre le bras qu’il tâta lui parût bien mou. Une humaine, il en était sûr maintenant.
Il demanda à l’opérateur présent de diffuser une musique issue de sa brigade. Elle avait le don de créer un cocon de douceur et de transmettre une énergie sécurisante. Dans le quart d’heure qui suivit, la jeune femme ouvrit les yeux et répondit à toutes les questions qui brulaient la langue de l’inspecteur.
Le cauchemar prenait fin. Maintenant qu’il savait, il était de son devoir de la protéger.
Il avait de quoi faire faire des recherches pour identifier l’homme, il passait la main et la suite n’était plus de son ressort.
Nouvel incident après la mise en place d’un « défibrilenteur » sur une nonchalante en déficit d’entrain. L’opérateur avait pourtant suivi le protocole habituel. Mais cette fois, il était désorienté. L’électroencéphalolenteur affichait un zéro inquiétant alors que la patiente souriait aux anges. Elle était donc en vie. A moins que …
Elle semblait indifférente à toutes les impulsions de son appareil et à ses propositions comme agiter la main droite, remuer sa cheville gauche, baisser la tête… Elle restait parfaitement immobile. Désespérant ! Il enquêta auprès de son entourage, qui avait donné l’alerte. Cela faisait deux jours qu’elle s’était transformée en statue alanguie et réjouie.
Un nouvel essai de défibrilenteur s’avéra sans succès. Rien. Aucune réaction et toujours ce sourire agaçant. Pour la deuxième fois son appareil resta bloqué sur zéro.
Alors, il poursuivit son enquête. Avait-elle abusé de desserts lourds et sucrés qui auraient pu générer une digestion ralentie ? Avait-elle ingurgité sans discontinuer tous les épisodes d’une série télé soporifique ? Avait-elle abusé de tranquillisants ? De séances d’hypnose trop rapprochées ? Rien de tout cela en vérité.
C’est alors qu’il aperçut le coupable. « Eloge de la lenteur ». Le livre trônait en évidence sur la table basse. Une édition poche qui avait été maintes fois manipulée. En témoignait l’état défraichi de l’ouvrage. Il lui fallait trouver l’antidote.
Une rapide recherche sur son téléphone lui fournit la réponse. Il s’adressa aux personnes présentes, indemnes du syndrome de lenteur paralysante
– Vous allez acheter « Eloge de la vitesse : la vengeance de la génération texto ». Préférez le format Kindle afin de l’avoir tout de suite et relayez-vous pour lui en faire la lecture à voix haute. D’ici la fin de la journée, elle devrait aller mieux. Par contre, je ne vous garantis pas qu’elle conserve son sourire béat et le contentement qui va avec. Alors, préparez-vous à la tornade qui va se réveiller.
Il quitta les lieux, songeur.
« J’irais bien me faire une grosse sieste dans mon hamac, les doigts de pieds en éventail ».
L’opérateur, fraîchement formé par un tuto YouTube et motivé par un excès de café, a voulu « raviver la flamme intérieure » d’une patiente atteinte de mollesse chronique, également appelée le syndrome du « j’y vais mais j’ai pas envie ».
─ Entre deux bâillements, pourriez-vous m’indiquer votre niveau de motivation, mademoiselle Gnangnan ?
─ Répondre est trop épuisant, mon chou… mais, comme t’es mignon, j’dirai entre une méduse échouée et un lundi matin pluvieux, le fameux « lundigérable ».
─ je vois, j’active directement le niveau 3, échauffement avec une vidéo de Jennifer Lopez, et Shakira pour rebooster votre envie de bouger votre popotin.
La nonchalante, eut un éphémère regain de tonus, mais après un déhanché s’affala comme une pantoufle usée sur le sofa, en murmurant :
─ J’ai eu envie de me lever, mais à quoi bon en ce temps de canicule transpirer ? Je pourrai tacher mon tapis de sueur.
─ Ouais, c’est plus grave que je ne le pensais, passons direct au niveau 5, celui des mères de familles nombreuses+ une dose de RH en début de séminaire.
Comme si elle avait reçu une transfusion d’adrénaline, la nonchalante, se dressa tel un zébulon, et proclama :
─ Ouvrez-moi la porte de la cabine, j’ai un timing serré. Ma création de thé bio et vegan pour hamsters, va faire un tabac.
Arrive le superviseur de l’opérateur débutant.
─ Mais qu’est-ce que tu fous, tu as mis le curseur du défibrilenteur sur 8. C’est le niveau prévu pour les patrons de start-ups et les candidats de télé-réalité en burn-out !!
À l’intérieur de la cabine, la nonchalante essaie d’escalader le mur, hurlant à tue-tête qu’elle était prête pour Koh-lanta.
─ Bon, alors chef, on fait quoi ? J’la reboote avec le curseur 1 pour la descendre en pression ?
─ Trop tard mon gars, elle a atteint le point de non-retour des influenceuses.
Une enquête est en cours, diligentée par le Ministère de la Motivation.
Bravo Mijoroy ! En vous lisant, je débute ma journée, non pas sur le mode « lundigérable », mais lundirire. 😀
Bravo Mijoroy,
Un récit très amusant, tout comme Béatrice, je commence la semaine avec le sourire.
Bien à vous.
Flavie a toujours été très nonchalante. Bien que très souvent houspillée par ses parents, elle ne s’est jamais départie de son indolence. Il en allait de même à l’école, d’ailleurs ses copines l’appelaient Flapie.
La frénésie autour d’elle la laissait de marbre. Elle avançait à son rythme, le sourire aux lèvres, heureuse. Son entourage la poussait à se dépasser, à suivre le mouvement. Elle ne voyait pas trop pour quoi faire. Elle constatait que les gens étaient de plus en plus épuisés, aigris et limite manquaient d’entrain. Paradoxal. Non, elle se sentait bien et n’avait nulle intention de changer. D’ailleurs, sa famille et ses amis venaient nombreux chez elle histoire de se ressourcer, de se détendre, même s’ils disaient ne pas toujours comprendre son fonctionnement. Elle souriait. Elle savait au fond d’elle-même qu’ils n’osaient avouer qu’ils auraient aimé lui ressembler un peu et que quelques heures en sa nonchalante compagnie, leur procurait un bien fou.
Un jour, une de ses amies, grande fan des salles de sport, l’invita à l’accompagner. Une des nombreuses salles qu’elle fréquentait s’était dotée d’un défibrilenteur. Il était destiné à stimuler ceux qui manquaient d’entrain sur les machines de torture physique.
Flavie n’était pas vraiment emballée par cette idée, mais elle a quand même accepté par curiosité.
On l’installa sur une table genre table chirurgicale, on la brancha à une ronronnante machine qui une fois mise en route se prit pour un arbre de Noël. Elle clignotait en multicolore de toutes parts.
L’opérateur lui dit qu’ils allaient commencer à faible puissance pour voir ses premières réactions. Aussitôt l’appareil en marche, Flavie se sentit tout engourdie. Elle avait sommeil. Elle voulut prévenir, mais elle n’en pas eu le temps. Elle gagna le monde des songes.
Aussitôt l’opérateur débrancha le défibrilenteur, secoua Flavie, lui fit un massage cardiaque, mais rien. Flavie était devenue mollusque. Elle respirait, c’était déjà ça. Son amie était sens dessus-dessous. Elle s’agitait, beuglait après l’opérateur. Ce n’était pas la première fois que cet engin déconnait. Un gars se retrouva dans une camisole de force, tellement il était survolté. Un autre ne cessait de sautiller et du passer sur la table d’opération pour qu’on lui déconnecte certains nerfs. Quant à d’autres, le cerveau se mit en veille.
L’opérateur remit la machine en route à pleine puissance. Il croisa les doigts pour que la décharge réveille Flavie. Rien, aucun changement visible tout du moins. Car du côté de Flavie, bien que son corps ne répondît pas, son cerveau s’éveilla en fanfare. Elle entendait tout ce qui se disait et franchement ça foutait la trouille. Elle essayait de toutes ses forces de communiquer, peine perdue.
Elle se maudissait ! T’es vraiment bête ma vieille. Tu vois où tu en es maintenant ? Tu as toujours suivi ta voie, alors pourquoi tu n’as pas écouté cette petite voix qui te disait de rester toi-même ?
Hein ! Pourquoi ?
Elle les entendait s’acharner, tenter de trouver une solution, jusqu’à ce qu’un gars qui avait suivi l’affaire suggère de les connecter les deux au défibrilenteur en inversant tel truc avec tel autre, patati et patata. S’en suivit un brouhaha où se mêlaient les pour et les contre.
Mais face à la situation, l’opérateur accepta après que le sauveur eut signé une décharge longue comme un jour sans pain.
Flavie n’en menait pas large. Son cerveau était un magma.
La machine infernale fut remise en marche. Petite dose. Premiers fourmillements. Dose moyenne. Le cerveau reprit ses fonctions, le corps tremblota, les yeux s’ouvrirent, la bouche s’ouvrit en grand pour laisser passer un cri de soulagement. Flavie était de retour.
Quid du Prince Charmant ? Allongé sur une table, il souriait béatement, regardant avec curiosité les choses qui l’entouraient. On aurait dit qu’il découvrait le monde pour la première fois.
Ça va ? lui demanda Flavie.
Oh oui ! lui répondit-il. Merci, merci pour ce que vous avez fait pour moi !
Purée, il a perdu la tête, se dit Flavie et en plus c’est par ma stupidité.
Après de nombreux contrôles médicaux, psychologiques etc., les deux « patients » furent libérés.
Flavie était malgré tout très inquiète pour son sauveur. Vous êtes sûr que ça va ?
Il la regarda en souriant. Oui, je n’ai jamais été aussi bien. J’en avais assez de cette vie de dingue à courir après des chimères, à répondre aux dictats de la société. En fait, je ne me connaissais pas. J’étais dans un moule sociétal. Lorsque je vous ai vu arriver avec votre amie, j’ai vu une personne libre. Je me suis dit, dommage qu’elle se laisse entrainer dans cette expérience.
Je pense que c’est votre volonté qui a empêché le défibrilenteur de fonctionner. Vous n’aviez pas du tout envie de vous départir de votre personnalité.
J’ai alors profité de la situation, en un mot : je me suis servi de vous.
Je voulais me débarrasser de mon trop plein de n’importe quoi et vous récupérer votre philosophie de vie. Et voilà le résultat !!!
PS : défibrilenteur fut broyé et les plans brûlés
Entre2lettres – 766 – 16.08.25
Nouvel incident après la mise en place d’un
« défibrilenteur » sur une nonchalante en déficit d’entrain.
L’opérateur s’est trompé de patient. Il y a tant de gens surexcités, qui tombent raide par excès d’activités aussi inutiles qu’énergivores, Ceux-là doivent être réanimés par un défibrillateur, mais il est souvent trop tard, car même une fois sauvés, ils reprennent leurs activités frénétiques et stériles, comme des souris qui tournent dans leur roues.
Le défibrilenteur a précisément été inventé pour prévenir ces excès, ralentir le métabolisme de ces fous de la vie, en amont d’un accident cardiaque. Encore faut-il qu’ils aient conscience de leur état de surchauffe et qu’ils acceptent d’être aidés pour ralentir.
Les utilisateurs sont encore mal formés à l’usage de ces appareils, si différents, mais destinés à un même public. Le suffixe lenteur leur a fait penser que cette nouveauté s’adresse aux personnes nonchalantes, pour leur donner de l’entrain, artificiellement. Ils ignorent que dans tout groupes humains, les lents sont aussi utiles que les rapides, les anxieux, ou les créatifs.
Regardez dans le village d’Astérix, il est le premier à voir le danger, quand Obélix représente la force tranquille et le barde, l’intégrateur négatif. Lui aussi est indispensable : celui contre lequel tout le village se réconcilie autour d’un banquet
Ne ralentissons que les trop rapides, dangereux pour eux-mêmes et la société et si possible en amont d’un pépin de santé. Laissons les nonchalants tranquilles, beaucoup moins nombreux et des exemples à suivre plus souvent. Ils prennent le temps de vivre, de réfléchir et de décider sans précipitation.
Nouvel incident après la mise en place d’un défibrilenteur sur une nonchalante en déficit d’entrain.
De suite, l’opérateur ne se sentit pas concerné ni complètement à l’aise d’ailleurs. Selon son expérience il n’avait jamais vu ça nulle part dans son parcours inter-entreprises qui l’avait conduit à contrôler tous les défibrilenteurs de France. Devant ce nouveau phénomène, il fut déconcerté. Une nouvelle expérience se profila, qui pourrait peut-être profiter à la communauté scientifique.
Avant d’utiliser ce défibrilenteur, tous les tests de sécurité avaient été respectés, jusqu’à l’ordinateur central chargé de tout contrôler. Absolument toute la chaîne de surveillance avait été sollicitée. Tous les voyants au vert avaient donné l’autorisation de défibrilenter. Et cet incident, en apparence anodin, avait du jour au lendemain eu des répercutions sur la bourse européenne.
Avant de faire comprendre au grand public, que la chute boursière de l’entrprise « La Défibrilenteuse » risquait de provoquer celle de toutes les entreprises annexes par effet dominos. Il fut nécessaire d’expliquer en quoi consiste un véritable défibrilenteur.
Ub défibrilenteur n’est pas une machine conventionnelle comme on en voit habituellement dans toutes les entreprises. Cette machine qui n’en est pas une en réalité, est dotée d’une intelligence non pas artificielle mais humaine. C’est-à-dire que, branchée sur chaque ouvrier (ière) de la chaîne, elle est capable d’évaluer la rentabilité en fonction de données physiologiques qu’elle calcule en continu non seulement sur la journée mais aussi sur l’ensemble de l’année et parfois même sur toute la vie.
Cette incroyable innovation avait surpris l’Europe entière. Et sa caractéristique d' »humaine » machine confinait à la sur-évolution des droits humains, à savoir qu’on avait réussi à la doter de droits sociaux autant que pour un humain normalement syndiqué.
C’est après l’annonce de Roubaix, le directeur de l’entreprise de supprimer deux jours de congé que la machine réagit, entraînant dans son sillage d’autres et puis d’autres encore dans une dégringolade encore jamais vue à ce jour.
La direction fut surprise par la spontanéité de la réaction qu’elle qualifia de subversive. Comment faire comprendre à une machine programmée comme un humain, qu’elle ne doit pas se laisser aller à sa propre susceptibilité et que bien qu’elle ait des droits, elle doit suivre les directives données par le patron ?
Celle-ci répondit qu’elle ne s’était conformée qu’aux ordres. Dans ces circonstances spéciales, une nouvelle loi fut votée.
« La défibrilentation ne pourrait aller contre la volonté de l’humain sur lequel elle était branchée. »
Une loi que la machine, devenue consciente de ses droits, pourrait bien contourner. Au contraire de l’humain, elle ne connaît pas la peur, l’intimidation.
Un petit texte qui soulève des questions. Merci Pierre Denis Robert 🙂
Nouvel incident après la mise en place d’un « défibrilenteur » sur une nonchalante en déficit d’entrain. L’opérateur débutant tremblait un peu. Pour la 1ère fois, il devait implanter ce maudit défibrilenteur sur cette jeune patiente. Sur le protocole créé par l’IA, bien sûr, était mentionné sa lenteur extrême, sa nonchalance anormale. Elle avait mis, paraît-il 15 jours pour arriver à l’hôpital. Son petit-déjeuner commencé à 8 h finissait à 20 h. Enfant, on la surnommait « la tortue ». Elle se traînait littéralement. La pose de ce défibrilenteur devait lui redonner un peu d’entrain. L’IA avait décidé de placer l’appareil sous son sein gauche. Le jeune opérateur était troublé. Le sein était beau, bien rond, galbé. Il devait le soulever pour insérer l’engin. La belle était endormie. Son 1er défibrilenteur, son premier sein. La sueur lui coulait sur le front. « Inciser, glisser, refermer » dictait la procédure. Il prit une profonde inspiration. Pria. Prit le sein, incisa, glissa le dit appareil et referma la petite plaie. Il s’appliqua et fit une jolie couture en point de croix comme faisait sa mère. Comme dans les contes de fée, il embrassa délicatement la princesse. Il attendit. Elle sourit. Ouvrit ses jolies yeux. Ils étaient vifs, pour la 1ère fois de sa vie. Une énergie fulgurante lui traversa l’échine. Elle bondit. Elle rit. Elle embrassa à pleine bouche l’opérateur abasourdi. Elle dansait, elle volait. Il s’inquiéta. Avait-il bien réglé l’appareil ? Elle paraissait en pleine forme. Elle découvrait la vie et le prenant par la main elle décida promptement de la parcourir avec lui.
Ah le pouvoir de l’amour ! Votre texte Sylvianne m’a beaucoup amusée.
La République des ralentis
Avec la lenteur d’un voile de brume, une vague de murmure s’éleva du groupe de curieux. Une jeune femme venait de s’effondrer sur le trottoir, immobile, comme pétrifiée par un invisible ralentissement intérieur. On parlait à voix basse, on chuchotait comme dans une église, comme si hausser le ton eût été une offense à cette apathie sacrée.
— C’est un nouvel incident après l’utilisation d’un « défibrilenteur » sur une nonchalante en déficit d’entrain ! lança un vieux monsieur dans un souffle court.
L’opérateur, médecin du SMUR, s’affairait au-dessus de la victime depuis de longues minutes. Il leva enfin un visage couvert de sueur, déformé par une grimace de déception :
— Ces appareils ne fonctionnent pas correctement… Dans les cas de mollesse extrême, ils ne sont pas efficaces… La preuve, encore aujourd’hui.
Autour, quelques têtes hochèrent mollement, comme pour approuver. Les curieux n’étaient pas inquiets : ils semblaient résignés, comme habitués à ces scènes où l’énergie quittait les corps sans drame ni violence.
L’infirmière posa une main douce sur l’épaule du médecin :
— Nous n’y sommes pour rien. Vous avez tenté l’impossible.
— Je sais bien… soupira-t-il. Mais je ne peux pas me résoudre à dresser des avis de décès à cause de… l’inefficacité d’un défibrilenteur. Et dire que la presse nous dépeint comme le Secours à la Mollesse Urbaine et Rurale. Quelle risée…
Il baissa les yeux vers la patiente. Elle respirait encore, faiblement, mais refusait obstinément de bouger. Comme si la lenteur était devenue sa seule vérité.
Quelques jours plus tard, l’affaire du défibrilenteur occupa la une des journaux. Les caricaturistes s’en donnaient à cœur joie : on voyait des secouristes en blouse blanche essayer de réveiller un pays entier avec des électrodes géantes, pendant que la foule, vautrée dans des hamacs, bâillait de concert.
À l’Assemblée nationale, la question fut portée au débat. Le ministre de la Santé, le verbe grave, déclara :
— Mesdames et messieurs, nous faisons face à une épidémie de ralentissement généralisé à cause du dysfonctionnement des défibrilenteur. Nos concitoyens n’avancent plus, ne pensent plus, ou alors avec un retard de plusieurs minutes sur leur temps. Il faut agir.
— Agir ?! s’écria une députée de l’opposition. Mais comment agir dans un pays qui ne bouge plus ?
— Nous allons renforcer la distribution de caféine nationale ! reprit le ministre. Et doubler le budget du Plan « Énergie pour tous ».
Un autre député se leva, goguenard :
— Pourquoi ne pas nationaliser les siestes, tant qu’on y est ? Nous pourrions instaurer un revenu de somnolence universel ! Les dépenses de santé explosent, nous n’en sommes plus à quelques centaines de milliers de crypteuros…
Les rires fusèrent, mais sans éclat, comme amortis par la torpeur ambiante. On entendit même un bâillement collectif traverser l’hémicycle, phénomène inédit consigné par les sténographes.
Dehors, les journalistes résumaient : « La République hésite entre électrochoc et sieste obligatoire. »
Dans les rues, le spectacle était frappant. Les passants semblaient marcher au ralenti, comme sous l’eau. Les feux tricolores restaient verts plusieurs minutes, car les piétons mettaient un temps infini à traverser. Les autobus partaient avec trois quarts d’heure de retard, mais personne ne s’en plaignait : les usagers n’étaient pas arrivés à l’arrêt.
Dans les cafés, les conversations s’étiraient sur des heures pour aborder trois phrases. On commandait un café à huit heures, il arrivait à neuf heures, il refroidissait à dix heures, et on le buvait enfin vers onze heures.
Les amoureux se déclaraient en demi syllabes, leurs « je t’aime » s’égrainant sur plusieurs jours. Certains couples avaient commencé une dispute au printemps qui n’était pas encore terminée à l’automne.
La société toute entière se mouvait comme une immense marée descendante. Même les chiens, autrefois si vifs, marchaient désormais en traînant les pattes, entraînés par leurs maîtres lambins.
Il y avait Monsieur Aubanel, retraité énergique autrefois, qui s’était mis à lire le même roman depuis trois ans, avançant d’une page par semaine. On le voyait au jardin public, figé au milieu d’une phrase, l’air satisfait : « Pas trop vite, sinon je le termine avant ma mort », plaisantait-il.
Madame Céleste, fleuriste, ne vendait plus que des bouquets fanés. Elle affirmait que « les fleurs durent plus longtemps quand on prend son temps pour les regarder mourir ». Les clients qui avaient adopté sa philosophie, acquiesçaient mollement.
Et puis il y avait Ludo, jeune homme de vingt ans, frappé d’une bradypsychie fulgurante. Son entourage attendait toujours qu’il termine ses phrases :
— Tu veux dire… ? lui demandait-on.
— Attends… la suite… arrive… soufflait-il. Mais la suite n’arrivait que plusieurs jours plus tard, trop tard pour la conversation.
Tous semblaient atteints d’une même mélodie lente, comme si le pays avait accordé ses pas sur un métronome invisible.
Le docteur Rolin revint un soir à son bureau. Sur sa table s’empilaient les dossiers : « bradykinésie », « ralentis chroniques », « apathies persistantes »… Les papiers eux-mêmes paraissaient lourds, comme ralentis. Il enleva sa blouse, s’affaissa dans son fauteuil. L’infirmière entra doucement :
— Docteur, encore une tentative vaine ?
— Oui… Ces défibrilenteur sont inutiles. Nous donnons des impulsions d’énergie à des corps qui… ne veulent pas être stimulés. Il soupira, mais elle répondit avec douceur :
— Peut-être que ce n’est pas une maladie. Peut-être que c’est une réponse.
— Une réponse ? À quoi ?
— À la vitesse du monde. Aux pressions. Au bruit. Les gens ralentissent parce qu’ils n’en peuvent plus… vous voyez bien que leur corp refuse tous stimulus énergétiques, comme si la plupart des humains, n’avaient plus l’envie d’avoir envie !
Le médecin resta silencieux. Par la fenêtre, il aperçut un cortège s’avançant lentement dans la rue. Hommes, femmes, enfants marchaient au pas d’escargot, paisibles. Pas de slogans, pas de cris. Juste une pancarte bricolée :
« Laissez-nous aller à notre rythme. »
Alors, pour la première fois depuis longtemps, le docteur Rolin esquissa un sourire. Il comprit que la lenteur n’était pas une pathologie, mais peut-être… une révolte. Il retira sa blouse blanche, sortit de l’hôpital, et rejoignit la procession. Et tandis qu’il marchait, lentement, très lentement, une paix étrange glissa en lui. Car dans un monde qui court à sa perte, la lenteur des hommes devenait parfois leur dernière résistance… il pensa : « Au diable les défibrilenteur ! »
Prendre le temps de vivre, sans s’éparpiller dans tous les sens, est certainement notre bien le plus précieux. 🙂 Merci Gilaber.
Quelle curieuse annonce ce matin aux Informations ! Je n’ai jamais entendu parler de ce type d’engin…
Ce « défibrilenteur » pourrait être une sorte d’aiguillon comme ceux employés pour piquer les chevaux et les amener à avancer plus vite.
Je n’ose imaginer que ce soient des électrodes qui impulseraient des décharges électriques à la pauvre nonchalante en déficit d’entrain.
Ce pourrait être un équivalent de la carotte mis devant le museau des ânes et des chevaux gourmands de ce type de friandise. Dans le cas de la nonchalante, on pourrait lui envoyer des images de sa friandise favorite, de lit douillet ou d’une installation confortable au bord de l’eau, par ces temps de grande chaleur, pour l’amener à avancer avec entrain vers ces objets de plaisir.
Je suppose que les drogues excitantes connues dans la pharmacopée moderne n’ont pas lieu d’être dans ce test. Mais peut-être, quelque remèdes traditionnels employés dans ces archipels lointains non encore convertis à la chimie pharmaceutique de nos contrées…
Et alors, qu’a constaté l’opérateur de ces tests ?
Je tente de trouver l’explication dans l’article de référence : Ah oui, l’opérateur rapporte que l’écoute de morceaux de musique comme des marches militaires ou des chants scouts : « Il en faut peu pour être heureux » (chanson de Baloo dans le Livre de la Jungle) ou « Santiano » de Hugues Aufray ont réussi à réveiller le sujet en manque d’énergie.
L’opérateur avoue par ailleurs, humblement, avoir reçu une paire de claques mémorable de la nonchalante lors d’une séance énergique de chatouilles sous les pieds. Mais il ne sait s’il faut analyser cette réaction comme une reprise d’entrain ou comme un geste réflexe qui n’aura pas de prolongation en termes d’amélioration de son tonus.
L’article relate enfin, le nombre croissant de sujets nonchalants qu’il serait bon de guérir de ces symptômes très préoccupants pour leur vie sociale mais aussi pour l’économie nationale. Affaire à suivre.
La sève des jours, voilà ce qu’il nous faudrait retrouver. Merci Nouchka 🙂
Si chaque samedi, j’allume à pas d’heure mon écran, avant même de boire mon café, c’est que je suis dans un état de fébrilité accrue. J’ai envie de découvrir, le bonbon du jour, avec son sucre de malice, si vous voyez de quoi je parle. Mais, cette fois, le bonbon avait la figure de pickles de piment.
Mes circuits neuronaux battirent un instant la chamade et, de manière allégorique, je pensais qu’ils auraient bien besoin d’un choc électrique pour réguler leur activité subitement désordonnée.
Une première idée me vint : ce défibri-lenteur avait été trouvé non pas sur la planète des singes, mais sur celle de ce singulier mammifère, le paresseux. Ce dernier, en phase évolutive sur le plan de la conscience, avait gardé sa propre vitesse de croisière, et tout objet, devait s’aligner sur cette nécessité. Cet outil prodigieux leur avait été proposé par un vendeur peu scrupuleux qui, pour faire affaire, n’avait pas hésité à le baptiser ainsi.
Le défibri-lenteur s’accompagnait de toute une liste d’instructions, laborieuses à lire, et le temps que l’information soit traitée par des neurones trainards, « les nonchalants en déficit d’entrain » à cause de leur nature biologique, n’avaient plus d’effort à faire pour se réveiller… ils étaient morts.
Heureusement, des problèmes de rythme cardiaque sur cette incroyable planète étaient assez exceptionnels.
Cette idée se déployait dans la salle des pas perdus de mon imaginaire. J’aurais aimé voir un autre film, mais ces foutus neurones tournaient en rond, comme le fait quelquefois l’icône de chargement sur mon écran, en attendant la connexion au réseau. Je reviendrai vers vous quand elle sera rétablie. 🙂
J’adore les paresseux…..eux seuls survivront aux conneries des hommes!
Nouvel incident après la mise en place d’un défibrilenteur sur une non chalante en déficit d’entrain. L’opérateur arriva dans les vingt minute sur les lieux du désastre.
Il y trouva une non chalante plus chalante que prévu, couverte de buée, haletante, riant toute seule dans son jardin. Sortant sa mallette de secours de son sac à dos, il la questionna afin d’estimer la gravité de la situation.
A combien estimez vous l’étendue des symptômes sur une échelle de un à dix
Environ 8,75
Depuis quand ?
Environ 3 heures 57 minutes 65 secondes
C’est arrivé comment
Environ au moment où j’ai commencé à me sentir bizarre, palpitations, bouffées de chaleur. Je ne sais pas trop mais il me semble avoir abusé du défibrilenteur .
A quelle dose l’avez vous utilisé ?
Environ trois heures trois fois par jour
Je vois, il est préconisé un usage d’ une heure par jour pendant trois jours pour débuter
J’ai du mal lire le mode d’emploi
Certes, mais ce n’est pas grave. Abstenez vous pendant 48 heures et vous obtiendrez la juste mesure de chalante.
Environ 48 heures vous dites, ça devrait aller, merci d’être venu si rapidement cher monsieur, car si un peu de chalante sied, point trop n’en faut.
Fée Bril avait jetée un sort à la fille du roi Jean Transsène. Molette était née atone, toute molle. La sage femme avait même failli laissé tomber le nouveau né à terre comme un morceau de saindoux qui vous glisse entre les mains. Aucune tonicité. Pas la moindre tonalité. Son inertie avait laissé penser aux soignants que l’enfant était mort-né. Mais l’œil de Molette était ouvert et borné par un accent circonflexe de son instinct de vie. Le cri fut inaudible et indigent comme celui des pauvres gens du royaume, ceux qui naissent en s’excusant se s’imposer à leurs parents. Par contre le roi Jean Transsène afficha une joie théâtrale tandis que son épouse, Francine née Sangrumeaux, bonne pâte, ne voulut pas contredire son époux. Elle afficha la première son bonheur côté cours. Côté jardin, il en était autrement. Elle se désolait de l’apathie de cette enfant. La lenteur de sa fille s’affirma de jours en jour. Son inertie devant l’éducation que lui prodiguait son précepteur, avoisinait la paresse, apparaissant comme un affront pour son père qui en rejetait la faute sur le formateur. Même s’il l’avait trouév fort mateur, il l’accusa de fomenter un complot contre sa descendance, le fit descendre au cachot avant de le faire empaler sur un plot de départ. Ce fut carrément douloureux pour le suplicié et carrément désolent pour la famille royale qui ne savait plus que faire. A l’adolescence le prince Cœur de lion fit la cour à la princesse. Il prétendait fondre pour son amie Molette. Tous deux se la coulaient douce dans le jardin, siestant sous un arbre dès le moindre rayon de soleil. Mais point de demande en mariage. Le prince Cœur de lion, de la maison Rocamadour, tartinait à la princesse de son beau langage, prétendant être un peu magicien. Mais ce prétendant s’avéra être un faux mage qui, sous son beau ramage, cachait un plumage des plus volage et pas du tout prêt à convoler. Heureusement pour l’honneur de la princesse et de la famille royale, le con ne fut point volé…à peine emprunté. Ce fut à un doigt près. L’acte indigne et indu n’entacha point la belle. Car si la princesse était alanguissante et indolente, elle n’était pas dénuée de charmes. Elle ne manquait pas de jugeote non plus. Ses qualités étaient physiques Emmental. Mais voilà, dès qu’un soupirant prenait sa patte mole dans sa main, ça lui portait l’Epoisses. Ce n’était pas de chance.
Heureusement, un jour se présenta un « défibrilenteur » à la cours. Il se nommait Jean-Baptiste Pé. Il se proposa de soigner la princesse du « mal de langueur ». Le roi le prit tout d’abord pour une bonimenteur, l’un de ces honni menteurs. Mais le bon Saint Éloi, le gardien de la loi, lui conseilla de d’accéder à sa demande. Le roi s’adressa Jean-Baptiste : « Galopin, Faita prière si jamais tu échoues. Tu sera Morbier et poings liés pour être jeté dans la Vilaine, une rivière qui porte bien son nom ». Le visiteur demanda au roi de travailler en musique. Le roi accéda à sa demande et lui dit bientôt : « Tu peux œuvrer maintiennent que Mozart est là ». Jean-Baptiste Pé demanda à Molette de regarder au loin, vers le Mont d’Or. Elle obéit au jeune homme qui n’était point laid. Lorsque le soleil eut disparut derrière la croute du Mont d’Or, la lumière se fit crémeuse dans les yeux de Molette. Bientôt elle se leva de son siège et se mit à danser en virevoltant dans la pièce. Le roi et la reine étaient fous de joie, plus qu’enchanté. L’enchantement de la fée Bril était rompu. Tout à son bonheur d’avoir une fille débordant de vitalité, le roi Jean Transsène écarta sa cape d’un geste ample puis déclama : « Jeune homme, quel est votre souhait. Quel qu’il soit, il vous serra accordé ». Le beau brun dit alors : « Puisque je n’ai plus de maison à mon nom, je veut bien d’un Neufchâtel ». Le roi accorda son souhait à Jean-Baptiste Pé. En plus d’un palais , le « défibrilenteur » reçut l’amour de Molette. Elle le rejoignit bientôt dans son nouveau château. Et ensemble, dans un foyer heureux, ils eurent plein de Pé lardons.
Merci Alain pour ce conte plein de charme et d’humour. 🙂
Merci Béatrice pour ton commentaire.
Bravo Alain,
De très beaux jeux de mots… ce récit est aussi goûtu qu’un plateau de fromages…
Bien à vous.
Merci Gilaber pour ton commentaire
Quand est ce qu’ils passent a la casserole ??😆👍
Merci Souris verte. Il ne me reste plus qu’à dresser le plateau en hommage au fromage.
768/
TRANSSUBSTANTIATION
Des attaquants, on en a à revendre, des défenseurs, on en a, les ailiers sont nos voltigeurs, ils ne taclent pas assez. Les dirigeants voulaient du changement, quitte à y laisser des plumes. La fédération pointait l’usage abusif du défibrill lenteur, détournant le soupçon de dopage dans les vestiaires, une réalité dépassant l’ affliction. Un petit gars se tordait de douleur après un choc, les soigneurs acvourraient portant la civière. Il repartait au petit trop. Se faisait oublier… En face, un carton jaune bien mérité. À l’heure du mercato, on fait fomec, on a vu l’arbre en boule, on ajuste l’artillerie. Quelques millions plus tard, on l’a, notre perle rare !
Un subsaharien, un habitué des grosses chaleurs, mais, faut pas le bousculer, Djibril le Hanteur. Il passe inaperçu. Il passe par-dessus la jambe jouant sur le rebond, il déconcerte: la manière, sans l’art! Un nouveau jeu est né, le fou balle… Tu regardes, à la télé, à la vitesse supérieure, le match est plié en un quart d’heure…🐻
Une nonchalante en déficit d’entrain
Arpentait les couloirs de la Société
Depuis pas mal d’années
Monsieur Fonceur, le Président Directeur
N’en pouvait plus de cette tortue
Cette tordue, lâchait-il certains matins
Les tâches assignées le lundi
Restaient souvent en souffrance jusqu’au vendredi
Monsieur Fonceur souffrait aussi
Quelle misère ! Que faire ?
Il n’avait guère le soutien des autres employés
Qui, sous cape, riaient des grimaces
De leur patron face à la limace
C’est ainsi qu’ils l’avaient surnommée
Bizarrement elle avait la cote
Dans l’open-space c’était la mascotte
Depuis quelques temps sur les bureaux
Fleurissaient des dizaines d’escargots
De toutes les formes, matières, couleurs
Ce qui provoquait la hire de Monsieur Fonceur
Hire ravalée car il n’osait rien dire
De peur d’être moqué
Voire même viré par ses subordonnés
Qui sait ?
Alors il eut une idée Monsieur le Directeur
Faire installer un « défibrilenteur »
Juste à côté de l’entrée
Qui émettait des sortes de vibrations
A chaque passage des employés
Tout ce petit monde s’est mis à galoper
Miss Nonchalante en tête
Fini la fête !
A peine formulées, les tâches étaient exécutées
Et sur les bureaux, adieu les mollusques maudits
Vite remplacés par Speedy, la petite souris.
Le bien, mal nommé Stefan WORK tirait sur la corde. Il tâtait trop souvent du temps décompté. Ouvrier C2, il travaillait depuis 5 ans en l’usine SUPERBIO, l’Internationale, ne fabriquant à la chaîne que du saucisson au fond d’artichaut.
Après la réforme du 1 Brumaire 2092, on ne gagnait plus d’argent pour vivre, on gagnait du temps de vie. Ça réglait à la fois les problèmes de finances et de surpopulation.
Stefan WORK frisait de la lassitude. Dans son atelier trônait HsansO, le dernier modèle de défibrilenteur, un petit robot sur chenilles qui vous auscultait à longueur de journée. A la moindre baisse de rythme productif, il s’approchait de vous, vous saisissait par les chevilles pour vous immobiliser. D’un côté, par piqure, il vous ôtait un temps de vie décrétée à la lenteur repérée. De l’autre, il vous injectait un mélange électro chimique censé vous relancer dans la cadence imposée.
Il consulta son compteur : 15 jours. Ça allait de plus en plus mal. Surtout depuis qu’il avait perdu son robot chien, métastasé du circuit principal, inopérable, ou trop coûteux pour ses petits moyens.
Il sentait sa vie défiler, passait plus de temps à surveiller Hsanso, à l’attendre, plutôt qu’à faire semblant d’être capable de travailler, de rêver le projet d’une éventuelle consommation.
Stefan WORK se consumait sur place. On le filmait pour éduquer les futurs ouvriers sur ce qu’il fallait surtout éviter.
Les Immortels, du haut de leur éternité savaient bien dresser leurs politiques, ces suceurs de sang sur la peau des peuples.
Lui, futur ouvrier C0, espérait juste que la nouvelle loi internationale des droits des hommes et des animaux l’autorise à reposer dans la même urne que son chien.
J’ignore quel virage prendra notre humanité, mais j’espère qu’elle deviendra suffisamment consciente pour refuser ce genre d’asservissement. La fin est touchante. Merci Jean-Marc pour ce conte futuriste qui fait froid dans le dos.
Merci pour ta lecture, Béatrice! La scienc fiction a révélé bien des tares humaines, ce sont pour moi des avertissements allant au delà des contes!
L’opérateur ne répondait toujours pas.
Et Joséphine, la nonchalante en déficit, tournait sur elle-même, telle une toupie, depuis la veille.
Elle tournait, elle tournait, elle tournait…
Georges, qui avait branché lui-même le défibrilenteur durant la nuit à l’insu de Joséphine, n’en menait pas large.
Joséphine lui faisait des signes désespérés avec les yeux qui lui sortaient de la tête.
Mais elle tournait, elle tournait, elle tournait…
Georges avait bien eu le réflexe d’appeler l’opérateur, mais il ne répondait toujours pas.
Ça pouvait durer longtemps !
La culpabilité de Georges se mit en branle.
Alors, faisant appel à son courage, il attrapa Joséphine au passage persuadé qu’il pourrait l’arrêter, car tout le monde disait de lui qu’il était le plus costaud du village.
Mais… Mais… lorsqu’il entoura Joséphine de ses bras puissants, celle-ci l’entraîna (bien malgré elle) dans le tourbillon frénétique qui l’assaillait depuis la veille.
Georges, prisonnier du système, ne put que tourner avec elle.
C’était d’ailleurs bien la première fois de leur vie qu’ils faisaient quelque chose ensemble et dans le même rythme.
Étrangement, ce vieux couple se retrouvait enlacé dans un tourbillon enivrant et ne voilà-t-il pas que des idées coquines se manifestèrent subrepticement ?!!!
A ce moment là, l’opérateur répondit enfin :
– « Allô ! Allô ! Que puis-je pour vous ? »
Allô ! Y a quelqu’un au bout du fil ?
Mais ils tournaient, ils tournaient, ils tournaient…
L’opérateur envoya un technicien sur place pour diagnostiquer l’incident. Même constat : la victime sautait partout comme une puce sans jamais parvenir à se poser tandis que son entourage avait fini par rester figé sur place à tenter de la suivre des yeux, en vain.
Cinq statues de sel, sans la force de bouger, hurlaient ensemble à la nonchalante de cesser son entrain où elles allaient devenir folles.
— Ah ! Vous voilà, vous ! Ce n’est pas trop tôt, clama une voix parmi elles, lorsque le technicien entra.
— J’ai fait aussi vite que j’ai pu, répondit celui-ci. Pouvez-vous m’expliquer comment cet incident s’est produit ?
— Je vous retourne la question, poursuivit la même voix dans son corps de sel. Moi j’ai suivi les instructions à la lettre. Le fil bleu entre les deux yeux et le fil rouge dans l’arrière-train. Puis j’ai envoyé les volts. Et là, Micheline est partie comme une fusée. À peine était-elle dans l’évier, pour faire la vaisselle, qu’elle était sur la table comme Marie-Pierre Casey surfant sur une lavette. Et puis tout s’est accéléré, l’aspirateur, à peine allumé, a disjoncté, et la pauvre Micheline s’est mise à tournoyer comme un ballon de baudruche dégonflé. Et vous voyez, elle tourne encore. Arrêtez-moi ce supplice. Vous voyez bien que nos systèmes nerveux ont bogué…
Le technicien, qui ne connaissait pas la solution à ce problème bien connu de la société américaine Defibrillentor Active Enterprise, appliqua la procédure en vigueur pour débloquer la situation. Le fil bleu entre les deux yeux et le fil rouge dans l’arrière-train. Cinq fois. Puis il envoya les volts, en prenant soin de quitter la pièce après l’avoir soigneusement fermée.
Et là, les statues éclatèrent dans un feu d’artifice qui mit la pièce en sac en moins d’une heure, le temps que le technicien termine sa pause déjeuner. Quand il entra enfin, les six corps gisaient à terre, les cœurs arrêtés. Il prit son bon vieux défibrillateur. Le fil bleu sur le torse gauche, le fil rouge sur le torse droit. Six fois. Puis il envoya les volts. Rien de tel qu’un bon vieux reboot à l’ancienne.
Tous les corps reprirent vie et adoptèrent la désinvolture de Micheline, se jurant de ne plus jamais fustiger sa nonchalance.
Cher Antonio,
Les statues de sel nous renvoient au passage de la Bible, où la femme de Loth, figure présente dans le Livre de la Genèse, qui se transforme en statue de sel après qu’elle eut regardé en arrière vers Sodome… mais dans votre récit, il s’agit de tout autre chose…
Bien à vous.
Un derviche tourneur ? Trop bien 🐭
Un incident insolite est survenu hier après-midi au Centre Municipal de Vitalité, lors de l’essai d’un nouvel appareil expérimental, le « défibrilenteur ».
Destiné à ranimer les personnes atteintes de nonchalance chronique, l’engin a été appliqué sur une patiente décrite comme « en déficit d’entrain manifeste ».
L’opérateur, un stagiaire en dynamisation comportementale, aurait appuyé trop fort sur la touche Réveil Express. Au lieu de produire une impulsion d’enthousiasme, l’appareil a provoqué une crise de bâillements collectifs.
Plusieurs témoins affirment avoir été gagnés par une envie irrépressible de s’allonger sur place.
Les pompiers, appelés en urgence, ont trouvé la salle entière plongée dans une sorte de torpeur synchronisée.
Aucun blessé n’est à déplorer, mais la séance a été suspendue et l’appareil saisi par la brigade des innovations farfelues.
Une enquête est en cours afin de déterminer si le « défibrilenteur » pourra être homologué, ou s’il sera rangé définitivement au rayon des illusions énergétiques.
On parie ?😆👍
Difficile de faire des essais cliniques sur des robots… 🤣🤣🤣
Bien à vous.
On peut le commander où, votre « défibrilenteur » ? 😉
768/UN PETIT DÉCÈS D’UNE PAS GRAND CHOSE
Rien… Rien n’y avait fait.
Pourtant ils avaient soufflé… Soufflé si fort dans l’espoir de la ranimer.
Mais il avait fait trop chaud voyez-vous, la végétation jaunie en se desséchant l’ avait affamée. La nuit brûlante l’avait privée de sa petite rosée matinale qui la revigorait… Non, son gros corps mou et flasque restait inerte malgré leurs efforts. Le »défibrilenteur » naturel n’avait pas eu l’effet escompté et, dépités, les colimaçons s’étaient résignés : mamie Limace, leur mascotte était morte. Ils lui organisèrent des funérailles de première classe en l’enroulant dans une feuille de laitue – sa nourriture préférée- et la tirèrent en convoi jusqu’au champ de choux.
C’était bien le moins mais aussi le plus de ce qu’ils pouvaient faire pour rendre hommage à la ‘Grande Limace’ .
On n’imagine pas les effets pervers du réchauffement climatique dont on nous chauffe aussi les oreilles matin, midi et soir… des fois qu’on serait trop ‘c.n’ pour l’oublier ! Enfin ce n’est pas la première année qu’il fait trente cinq dehors au mois de juillet, qu’il pleut au printemps et que l’hiver eh bien il peut faire froid !
Personnellement, je trouve ça rassurant…
Et Noël au balcon… Pâques aux tisons… On verra bien !
Les dinosaures ont mis 15 millions d’années avant de disparaitre… Nous serons fossiles ! 🐭
Matinale notre Souris verte… très belle inspiration.
Bien à vous.
Hommage à la Grande Limace ! Merci souris verte, ce petit conte est rafraîchissant. 🙂
Merci a Gilaber, Béatrice et Jean-marc… Je les rassure on fait peu de cas du dc d’une 🐭 d’un rat, on s’en réjouit mais une souris !!😆
Oui ben, quand la souris verte commencera à se dessécher pour l’éternité, yaura même plus sur Terre une tranche de gruyère pour l’emballer! 😜