586e exercice d’écriture très créative créé par Pascal Perrat

Exercice d'écriture très créative

C’était au siècle des joliesses, du mouvement plastique. 
La beauté avait force de loi.
Tout individu devait avoir un corps parfait : mince, bronzé, musclé, élancé. Zéro défaut.
Mais...

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48 Responses

  1. MALLERET dit :

    586 C’était au siècle des joliesses, du mouvement plastique. La beauté avait force de loi. Tout individu devait avoir un corps parfait : mince, bronzé, musclé, élancé. Zéro défaut. Mais….

    Lorsqu’aux dernières élections Rudolphe Lepeintre fut plébiscité, il y ajouta une de ses convictions majeures : le jeunisme.
    Asperger, immensément doué pour les mathématiques, un doctorat en intelligence artificielle en poche, il conçut un moyen de diagnostiquer si un bébé en gestation aurait toutes les qualités requises dans le futur. En cas de résultat négatif, il allait de soi que le bébé était éliminé. D’autre part, il estimait le début de la sénilité à trente ans entraînant une charge pour la société. Lui-même à dix-neuf ans jugeait que dix ans suffisaient à bien remplir toute une vie et servir activement son pays.

    Les manifestations, les rébellions contre ce nouveau dictat ne changèrent en rien la feuille de route du Président. Une nation avait besoin de l’énergie à plein régime de sa population pour accéder à l’excellence dans tous les domaines.
    Les lois précédentes, aussi despotiques fussent-elles, avaient réussi à engendrer quelques points positifs. Entre autres, les avancées médicales, la généralisation d’une agriculture saine, les exercices physiques, etc. le peuple était en excellente santé, d’une résistance et d’un intérêt pour le travail jamais vu. Or, c’était précisément en plein courant ascendant qu’on voulait éliminer les moins jeunes et la richesse de leur expérience.

    À la suite de ce nouveau radicalisme, poussée par les réseaux sociaux, la défense s’organisa : les femmes enceintes fuirent le pays, entraînant la fermeture des maternités, les trentenaires s’exilèrent en famille, la peur estompa la beauté, l’astreinte des corps minces et élancés diminua. On abandonna le bronzage qui fit augmenter les cancers de la peau et on bannit le zéro défaut impossible à atteindre.

    Malgré cet élan courageux, la crainte de représailles pesait lourdement sur la population. L’angoisse ne les quitta plus jusqu’à ce jour béni.

    MORT DU PRÉSIDENT
    Rudolphe Lepeintre se suicide en découvrant une ride sur son visage.

  2. françoise dit :

    ————
    C’était au siècle des joliesses, du mouvement plastique. 
    La beauté avait force de loi.
    Tout individu devait avoir un corps parfait : mince, bronzé, musclé, élancé. Zéro défaut.
    Le moindre défaut, un ventre replet par exemple, condamnait à un séjour à
    l’île d’If d’où on ne ressortait que lorsqu’on était redevenu mince, bronzé, musclé, élancé, zéro défaut.
    C’est ce qui était arrivé à Jacques. A son retour quand parfois il forçait un peu sur la bouteille, il assurait à tous que le fantôme du comte de Monte Cristo avait passé des nuits avec lui.
    Et que faisiez-vous ?
    Les choses qu’on fait avec les fantômes !répliquait-t-il avec aplomb
    Devant son air gêné , ils cessaient leur interrogatoire.
    Toutefois, plus tard, une des femmes présentes, quelque peu dévergondée, lui demanda s’il aimerait qu’elle partage sa couche, une nuit et plus si affinités
    Il bredouilla et détourna les talons.
    Les années ont passé, Jacques s’est marié et a deux enfants. Un soir, alors qu’il les avait couchés, le plus jeune lui demanda de leur raconter une histoire de fantôme.
    Il commença : une nuit au château d’If le fantôme du comte de Monte Cristo……
    Les enfants s’étaient endormis

  3. Mary Poppins dit :

    En ce mois de février 2122, les consignes du gouvernement étaient claires, nettes et précises. Il fallait impérativement être beau. Aucune imperfection physique n’était tolérée. Plus personne n’avait le droit d’être moche. Plus personne n’avait le droit d’avoir la moindre verrue sur le nez ou les cheveux filasse.

    Des normes esthétiques très précises avaient été établies par décrets. Les individus qui ne les respectaient pas, risquaient de se voir infliger une amende salée, voire même une peine d’emprisonnement.

    Dans ce contexte quelque peu spécial, un herboriste, nommé Harty Cheau, avait eu l’idée de fabriquer un élixir de beauté très efficace. Vendu à un prix excessif, dans un flacon luxueux, il permettait d’inverser radicalement le processus du vieillissement. C’était un véritable succès et les gens venaient de tout le pays pour s’en procurer. Harty Cheau, ravi de sa trouvaille, se frottait les mains et commençait à amasser les billets.

    Lui seul connaissait la composition de sa formule qui devait absolument rester secrète : eau du robinet, jus de jeunes carottes, décoction de prospectus de trois supermarchés différents, feuilles d’artichaut pilées et sept gouttes d’huiles essentielles choisies selon le sens du vent.

    Comment était-il possible que cet élixir, fabriqué dans sa cuisine avec une louche, un verre mesureur, trois vieilles casseroles et des ingrédients aussi simples, puisse avoir de tels effets ?
    Allez donc savoir !
    C’était un mystère total !

  4. Urso dit :

    – Ah que vous êtes beau monsieur. Très beau monsieur. Je voudrais tellement vous demander en mariage.
    – Mais mais madame. M’avez-vous bien regardé ! Je suis chauve, flasque, avec un gros bouton sur le nez. En plus, j’ai déjà quelques années à mon actif.
    Alors que vous madame vous êtes jeune et jolie, et paraissez ne pas avoir plus de 20 ans. Je pourrais être votre grand-père.
    La jeune dame comme si l’homme n’avait pas parlé répéta : monsieur est beau, archi beau.

    Bobby se dit qu’elle se moquait de lui. Elle ne pouvait être sincère.
    Une idée sombre le traversa. Cette fille peut-être en voulait à son argent voire à sa vie. Elle devait être accompagnée de complices qui allaient le scalper, l’écorcher vif – là dans cette gare parisienne.
    Ce n’est pas possible. Cette fille continuait à le séduire, à le regarder dans la prunelle des yeux.
    C’est vrai qu’elle était jolie. Il se mit à imaginer qu’il pouvait être son amant d’un soir, faire avec elle des choses qu’il n’avait jamais faites avec d’autres femmes.

    À un moment Bobby en eut marre car la fille n’arrêtait pas de dérouler sa litanie. Il lui dit :
    – Ayez du respect madame pour l’homme pas beau et si laid que je suis.
    – Non non rétorqua la jeune femme, je vous trouve vraiment beau, mignon, exquis. Allez un peu de courage, prenez ma main et allons-nous balader dans cette belle gare de l’Est.
    – Madame, vous n’y pensez pas. J’ai un train qui part pour Strasbourg. Je n’ai pas envie de le rater.
    – Ah un train un train, vous me préférez donc à un train.

    Cette dernière phrase le mit en colère. Il fronça les sourcils, eut un tremblement de la main gauche. Il se demandait pour quelle raison il n’avait pas encore quitté cette nana.
    Son TER allait partir dans quelques minutes. Il préférait les trains moins rapides car dans le TGV, il ne pouvait contempler le paysage, rêvasser et chercher des idées originales pour ses prochaines chansons. Pour cette raison un Paris-Strasbourg en TER l’enthousiasmait.

    Monsieur était poète, parolier. Il écrivait pour les artistes les plus célèbres de son temps.
    Des chansons d’amour. De tous les jours. Avec du romantisme et de la fantaisie. Du mimosa et des coquelicots. Dans lesquelles les robots et les cartes à puce n’avaient aucune place.
    Et certainement cette jeune femme l’avait reconnu lui qui se voulait le plus anonyme des anonymes. C’est vrai que son physique, les vêtements qu’il portait contrastaient fortement avec les paroles de ses chansons, imbibées de tendresse et parfois de mélancolie.

    Elle avait perçu son génie et sa beauté intérieure de poète.
    Elle s’appelait Aurore lui dit-elle. C’était justement le titre de la chanson sur laquelle il travaillait en ce moment. Hallucinant se dit-il.
    En entendant ce prénom, il sut que cette nana n’était pas là par hasard. Il eut cette idée étrange qu’elle pouvait être le propre fruit de son imagination. Qu’il y a encore une heure elle n’avait pas d’existence physique, terrestre. Qu’elle était venue exprès pour lui, pour le déloger à jamais de son habituel pessimisme.

    Noyé dans ses pensées, il ne vit pas qu’elle se colla à lui et qu’elle l’embrassa avec vigueur sur la bouche. L’homme était sur un nuage. Cela faisait très longtemps qu’une femme de 20 ans ne l’avait embrassé de la sorte. Lorsqu’elle se décolla, elle lui murmura : je vous aime monsieur. Vous êtes le soleil de ma vie.

    Je viens avec vous. Moi aussi je vais à Strasbourg. La belle l’embrassa de nouveau. Que vous êtes beau monsieur. Beau beau. Elle lui fit un petit clin d’oeil en forme de coeur. Alors l’homme sans savoir pourquoi se souvint de ces quelques mots :
    « Elle court, elle court La maladie d’amour Dans le cœur des enfants De 7 à 77 ans Elle chante, elle chante La rivière insolente Qui unit dans son lit Les cheveux blonds, les cheveux gris … »

    • mijoroy dit :

      Ah bien amené, suis cependant surprise de la chute. Je m’attendais , à une cuisson du beau monsieur aux petits oignons:) C’est l’idée qui m’est venue. En tout cas un début bien mené, une intrigue qui éveille la curiosité, mais une fin qui m’a laissée en suspend:)

  5. Cathy dit :

    Personne ne connaissait ces termes étranges, mince, bronze, musclé, élancé…Juste Zéro défaut sonnait comme la cloche de Pavlov un peu en avance. Alors au zozotement du zéro, on se redressait, se regardait chacun comme dans un miroir privé. Un homme trapu et velu admirait la richesse de ses atouts, face à la peau dénudée de ce grand maigrelet; la « fourrure «  était précieux , après tout ne tuait-on pas des bêtes pour cela ? Alors oui si il avait du souci à se faire (et il s’en faisait d’ordinaire) après tout, il va sans dire qu’il rentrait parfaitement dans les clous et jusqu’à maintenant il faut bien le dire avait réussi à échapper à toute blessure. Mais pourtant, tout aurait été si facile si comme même il avait eu cette folle certitude; pourquoi le maigrelet osait-il e défier de la sorte, lui le formidable et puissant velu…Casse la tienne ! Le gros déguisé avec des espèces de plaques d’osselets qui vibraient en ligne rangée à chaque garde- à -vous avait un air bien pédant; seule la femme à la peau de poulet fumé semblait vouloir rentrer dans son terrien en appelant à la rescousse « son petit lapin » qui n’avait rien du tout justement du lapin sinon de grandes oreilles décollés comme pour mieux entendre le zezement des amants volants attirés par la maturité et l’éclat d’une telle peau. Alors pourquoi cette femme se cachait t-elle ? Se sentait-elle humiliée ? Le trapu qui prompt à vouloir obéir au moindre devoir, avait pitié de cette femme qui risquait la prison, peut-être la mort, et dans le meilleur des cas l’excommunication…. Avait-elle seulement rompu son engagement, renié sa foi et trahi sa patrie…Alors l’homme trapu se mit en « tête » d’un rendez-vous avec cette guenille …Sauf que le type à l’étrange cote de maille lui tomba dessus à bras raccourcis (ah quels vilains bras pensa t-il…) et il dût se résoudre à ce que cette puissance qu’il devait à sa douce fourrure n’était pas identique à celle de ces grosses plaques de marbre ..Et pourtant après réflexion, il arriva à une conclusion qu’il trouva si intelligente qu’elle le séduisit sans effort; il devait y avoir dans ce monde deux grandes puissances semblables dans les termes et différentes dans la réalité. Bien sûr il salua cette idée de génie; la puissance, la sienne, venait de Dieu, celle de l’autre , d’un x inconnu. La sienne était infiniment supérieure. Et comme seule force de loi, il s’y fia, alors par un raccourci, une tautologie habile, il égala sa fourrure à la force de loi. Et comme cette même force de loi venait d’en haut, il conclu qu’il était Dieu. Ainsi il finit par comprendre et conclure : mince, bronzé, musclé, élancé. Zéro défaut. CA ne pouvait être que lui.

  6. Avoires dit :

    C’était au siècle des joliesses, du mouvement plastique.
    La beauté avait force de loi. Tout individu devait avoir un corps pargait, mince, bronzé musclé, élancé. Zéro défaut.
    Mais…les idées, les modes, les tendances, tout finit par « évoluer » comme on dit de manière feutrée.
    Il arriva donc que le siècle des Joliesses et son pendant, le Mouvement Plastique, furent petit à petit infiltrés par des courants contraires, un Gulf Stream inversé en quelque sorte…
    Les minces, les bronzés, les élancés furent peu à peu détrônés par des chairs grasses, blanches, dodues, pulpeuses. Un contre- courant avait ainsi vu le jour à l’occasion de manifestations de ras le bol général de la population contre la plastique irréprochable que chacun devait avoir . Le gouvernement s’était inquiété de ces grands défilés où l’on pouvait lire sur les banderoles des « les gros, c’est chaud, les bronzé démodés » et des « Vive les dodus, fessus, ventrus ! »
    Quelques temps après, des publicités, toujours à la pointe des faits de société, montrèrent des voitures adaptées aux conducteurs qui avaient pris de l’embonpoint, des frigidaires ouverts par des consommateurs qui avaient banni le Nutriscore de leurs préoccupations alimentaires, des vêtements ajustés aux tailles XXXL , voire XXXXLL. Les stylistes en tout genre revinrent sur leurs acquis : la dictature du poids, du lourd, du charnu entrait dans les mœurs.
    Il n’était plus question de musculation ni de culturisme car il y avait eu trop d’accidents invalidants suite à des chutes d’haltères. Bientôt le reiki pénétra dans tous les foyers. Sainte Callipyge entra dans le calendrier.
    Partout on vit des reproductions des œuvres de Ruben et de Botero : vitrines de magasins, panneaux publicitaies en ville, ronds-points.
    Toutes les cabines UV firent bientôt faillite mais surent se reconvertirent très vite en instituts spécialisés dans le « LACTÉTEINT ». Sauf ceux qui en étaient déjà, les agriculteurs devinrent éleveurs de vaches, chèvres, brebis, ânesses tant la demande en blanc liquide était énorme.
    Les minces, musclés,uvéïsés, culturisés, furent mis au rebut, devinrent invisibles. Les pulpeux, potelés, grassouillets avaient pris leur revanche !
    Presque tout avait changé sauf que la beauté avait toujours force de loi : le Mouvement Rubens-Botero avait remplacé la plasticité du siècle des Joliesses.
    Mais… Jusqu’à quand ?

  7. Laurence Noyer dit :

    C’était au siècle des joliesses, du mouvement plastique.
    La beauté avait force de loi.
    Tout individu devait avoir un corps parfait : mince, bronzé, musclé, élancé. Zéro défaut.
    Mais…

    Le feu de leur visage roussi par la chaleur rouge de l’été
    S’amplifia de l’ample joie qui touche et réchauffe le cœur

    Leurs yeux tendus de colère engendrèrent une aube acide
    Dans l’aube d’un printemps rance, aux ongles du vent

    L’humidité de leurs lèvres transformèrent la 5ème saison de la terre
    En une après-midi jaune comme une rate fibreuse mais parfumée

    De la sécheresse blanche de leurs poumons s’échappa une tristesse superficielle
    L’automne récolta le métal du soir dans l’ouest de leurs bras

    Leurs cheveux de minuit s’abandonnèrent dans l’hiver profond
    Pour effrayer l’oreille et décomposer le froid de l’eau

  8. Sabrina P. dit :

    C’était au siècle des joliesses, du mouvement plastique. La beauté avait force de loi. Tout individu devait avoir un corps parfait : mince, bronzé, musclé, élancé. Zéro défaut. Mais…
    Pour Desdémone, c’était compliqué. À l’heure où le contenu de votre CV intéressait moins que l’amplitude de votre bonnet, elle peinait à trouver un emploi de qualité, et qualifié. Pourtant, après 18 ans d’études (après le BAC s’entend), 2 masters et 1 doctorat, elle se retrouvait toujours, comme qu’on dirait, au chomdu parce que notre pauvre Desdémone, était, comme qu’on dirait, moche, ou mochedu.
    C’est pas faute de ses parents — paix à leurs âmes — qui avaient pourtant mis dès le berceau, toutes les chances autour du landau. Sa mère, enceinte jusqu’au cou, faisait des bains aux girofles et à leurs clous ; son père, présent jusqu’au bout, faisait des pains aux girolles et au cabécou. Ils avaient goûté à toutes les croyances qui apporteraient, grâce, calme et beauté à leur futur bébé, ils l’avaient appelée Desdémone, Desdé dans l’intimité, parce que Désirée, ça faisait un peu trop, un peu trop désespéré.
    Malgré toutes leurs astuces glanées sur les sites de beauté, dans les gites de santé, il n’y avait rien à faire, Desdémone était laide, de cette laideur qui fait regarder sur les côtés, de peur que, comme un vilain virus d’une extrême contagiosité, vous n’attrapiez cette difformité.
    Les parents, normalement aveuglés par l’amour (forcé) de parentalité, réalisèrent bien vite que leur Desdémone, Desdé dans l’intimité, ne pourrait jamais connaître les facilités que la vie offrait quand de tête et de corps, on était bien faits. Ils misèrent tout sur les études de leur fille, vous savez ce qu’on dit, quand on n’a pas le visage, on a le cerveau… Desdémonde fit des études brillantes, qui finirent par ravir ses parents, qui se dirent finalement, qu’il n’y avait pas que la beauté dans la vie, et qui moururent le jour de la remise des diplômes, dans un joyeux accident de route, joyeux car ils venaient d’avoir cette épiphanie.
    Pour Desdémone, ce fut plus compliqué, ses parents ne lui avaient rien légué, à part des recettes de clous de girofle et du cabécou périmé… Il lui fallait donc se mettre à travailler… Elle passa moult entretiens, qu’elle échoua magnifiquement bien. L’excuse était toute trouvée pour camoufler la réalité des employeurs répugnés à l’idée d’employer cette laideur. Vous êtes surqualifiée, mademoiselle, enfin à 2 masters, il fallait déjà s’arrêter !

    Un jour qu’elle trônait sur un banc, à se demander comment elle allait se tirer de ce chomdu, cela commençait à faire beaucoup, 8 mois — quasi une grossesse ! — un scientifique, sympathique quoiqu’un peu hérétique, fut subjugué par tant de monstruosité. Desdémone, qu’il appellerait très vite Desdé, était le prototype parfait pour son freaking big project ! Il lui proposa un contrat officiellement, de doctorante, officieusement, de cochon d’Inde, enfin de cobaye…
    C’est que le scientifique, désœuvré dans ce monde où la beauté gouvernait et l’imbécillité grandissait, avait pour objectif de redorer les blasons de l’humanité, en appliquant un eugénisme à l’envers, en intégrant des nouvelles cellules qui partiraient quelque peu de travers…
    Des dizaines d’années plus tard, il faut croire que le couple réussit son coup, car le soir du 14 décembre, journée mondiale du rien du tout, ils reçurent pour l’ensemble de leurs travaux, une récompense prestigieuse, un comble pour Desdémone, un prix No-Belle !

  9. Michele B.Beguin dit :

    Ah ils s’étaient bien trouvés ces deux là, dans ce siècle de joliettes et du mouvement plastique.

    Coraline était belle, élancée, mince, bronzée par ses UV quotidiens. Brune aux cheveux mi-long avec des yeux d’un bleus lagon. Du haut de ses 1m76, avec son sourire ravageur sur sa dentition parfaite, elle pavanait. Elle savait que la beauté avait force de loi. Son Rendez-vous avec son chirurgien esthétique allait lui apporter encore plus de satisfaction, en sculptant sa petite poitrine.

    Sylvain, un bad boy du clan martinez, était magnifique et il le savait. Il passait toutes ses heures de repos à la salle de gym. Faire bouger ses muscles bien huilés et regarder ses tablettes de chocolat était son plaisir favori. Il était taillé en V sur des jambes très harmonieuses et brandissait ses 1m88 en regardant les autres, de ses yeux noirs, avec un certain dédain.

    Quand ils étaient ensemble, ils éclipsaient tous les autres. leur plastique était parfaite.

    Sur leur moto qui pétaradait au démarrage, ils jubilaient devant les regards envieux.

    Tous les deux, influenceurs de mode, recevaient des vêtements, des bijoux, des crèmes de soins, du maquillage, ainsi que des produits fitness qu’ils devaient tester, présenter sur des vidéos à leurs suiveurs, pour en faire de la propagande. Sylvain était aussi mannequin de temps à autre.

    Ils se photographiaient dans presque toutes les situations et postaient tous les tirage sur leur site et leurs différentes chaînes. C’était la mode d’offrir son corps, sa beauté, en photos, en selfies. Une époque de superficialité.

    Sur les réseaux sociaux, l’un comme l’autre s’amusait à critiquer et se moquait des lamdas qui postaient des photos de leur vie amicale et festive, mais ils ne supportaient pas les critiques à leur encontre.

    La beauté a une valeur toute relative et prend trop de place dans la tête et la vie de certains. Et pour Coraline et Sylvain, rien d’autre n’avait d’importance. Ils ne s’occupaient pas des autres, leurs amis étaient des followers anonymes. Ils s’étaient même éloignés de leur famille.

    ils aimaient se regarder l’un l’autre comme dans un miroir. Comblés, ils étaient sûrs que tout irait toujours dans ce sens. La vie leur souriait, aucun soucis à l’horizon.

    Mais un dimanche matin, alors que le soleil brillait, ils ont enfourché la moto et son partis heureux. A un carrefour, un camion a brûlé le feu rouge. Ils ont été heurtés. La moto n’avait plus de forme, quant à eux ? l’ambulance les emporta à l’hôpital le plus proche.

    Peu de personnes ont pris de leur nouvelles. Sylvain a été amputé d’une jambe et Coraline, complètement défigurée.

    • Sabrina P. dit :

      Aouch ! à trop se regarder dans le miroir, on en oublie de regarder ses rétros… Un texte fluide et vif, avec une chute terrible qui fait réfléchir à ce qui est important, au fond. Belle soirée, Sabrina.

      • Michele B.Beguin dit :

        Eh oui, la beauté n’est pas une fin en soi et peut faire des dégats. Narcisse l’a prouvé ! Merci Sabrina.

  10. Françoise Rousseaux dit :

    C’était au siècle des joliesses…La beauté avait force de loi.
    Hommes et femmes devaient avoir des corps parfaits, enfin, du moins selon les critères de l’époque : minces, une musculature harmonieuse, un bronzage intégral, été comme hiver. ; pour les femmes, une poitrine bien galbée, « les reins cambrés au bon endroit » (dixit Bernard Lavilliers). Peu à peu, une nouvelle hiérarchie s’instaura dans notre société : au sommet, l’aristocratie, les Parfaits ; en-dessous, les moyennement beaux (z’et belles). Ils n’étaient pas mal, mais quelques petits défauts les empêchaient de prétendre à la perfection ; eux on les nommait les Moyens. Et puis il y avait les castes inférieures : d’abord les Insipides , ni beaux, ni laids, , quelconques en somme. ; et tout en bas de l’échelle sociale, les trop petits, les trop grands, les trop gros, les trop maigres ,les tordus, les mal fichus, bref…les Moches !
    Les humiliations, les restrictions que subissaient les Moches rappelaient celles qui, en d’autres temps, avaient été imposées aux Intouchables en Inde par exemple, ou bien aux gens de couleur dans d’autres pays, ou bien encore aux femmes.
    D’ailleurs, en ce qui concernait les femmes, la nouvelle hiérarchie modifiait leurs rapports avec les hommes ; une femme Insipide était considérée comme supérieure à un homme Moche, une femme Moyenne dominait les Insipides et les Moches ; les femmes Parfaites, elles, dominaient tous les hommes des autres castes et étaient considérées comme l’égale des hommes Parfaits. Les femmes Moches, quant à elles, étaient inférieures à tous les hommes.
    Et maintenant, que s’est-il passé pour que la société des joliesses s’effondre sur elle-même ? On ne le sait pas exactement. Il semblerait que des métissages de plus en plus nombreux aient contribué aux mélanges des castes et du coup, les critères physiques cessèrent de s’imposer comme normes.
    Alors, on décida que ce serait les riches qui domineraient le monde et une nouvelle hiérarchie s’instaura. Mais ceci est une autre histoire…

  11. 🐻 CLAUD'Ours dit :

    🐻LE PRESTIGE DE L’UNIFORME

    Suisse, à la porte de l’Europe, veille au grain. Si un état représentait les autres, ce serait la Suisse. À l’image de des garçons qui voulaient louaient leur force, leur courage et leur discipline au roi ou au pape, j’imagine mon majordome. Les mollets mangeurs dans ses bas blanc, culotte de peau, vareuse chamarrée à brandebourgs et boutons dorés. Lui manque la hallebarde, ou alors en faisceau de chaque côté de la porte. Le mien est connecté. Il salue dans toutes les langues suivant les invités VIP, of course ! Quand j’ai un doute, j’appuie sur un bouton de sa redingote. À chaque étage le sien. Comme on était au siècle des joliesses, le lion était sans conteste le roi des animaux. Quoique la beauté ait force de loi, les graciles proies prenaient la fuite. Notre majordome gardait sa neutralité. Il ne révélait rien de sa préférence pour les corps minces, parfaits ou roséd. Je ne lui demandais rien d’autre… Un vrai coffre-fort !🐻

  12. Nouchka dit :

    Joliesses et mouvement plastique

    C’était au siècle des joliesses, du mouvement plastique. La beauté avait force de loi. Tout individu devait avoir un corps parfait : mince, bronzé, musclé, élancé.
    Cet élan vers le beau et le sain durait depuis plusieurs années. Il était maintenant possible de faire un premier bilan de cette vague du vrai, du pur, du naturel.
    L’abandon assez spectaculaire de l’utilisation des produits « transformés » avait entraîné la refonte d’une partie de l’économie et de l’organisation du travail. Finie la course contre la montre et les dîners de plats congelés, réchauffés au micro-onde. Finis les trajets en voiture pour amener les enfants à l’école ou au sport. La population s’était convertie à la marche et au vélo, délaissant les articles motorisés.
    Ainsi les muscles des jeunes comme de leurs ainés se développaient, affinant et musclant la silhouette de chacun. Dans les écoles et les entreprises, le temps consacré au sport était obligatoire et les représentants politiques comme les entrepreneurs étaient maintenant convaincus que les capacités intellectuelles et productives des petits et des grands seraient dopées par l’oxygénation de leurs cellules.
    Comme les produits « artificiels », tels que ceux qui donnent bonne mine et bronzent la peau, même sans soleil, étaient interdits, les jeunes adultes qui aiment voir leur corps doré, comme une pintade au sortir du four un dimanche midi, trouvent une solution en favorisant leur penchant vers les femmes et hommes dits de couleur avec lesquels ils s’unissent et engendre de magnifiques poupons métissés aux extraordinaires dégradés de couleur, allant du blanc crémeux au noir d’ébène.
    En quelques années, ces beaux enfants sont la fierté de leurs parents et tous se retrouvent en compétition dans les gymnases, les stades, sur le flanc des montagnes ou au bord de la mer à magnifier la beauté de leur corps en mouvement.

    Mais, cet idéal de pureté « un esprit ardent dans un corps musclé » tel que définit par Pierre de Coubertin finit par aigrir ceux que ces valeurs excluent, aucune reconnaissance ne leur en étant apportée. Aussi, quelques vieilles barbes bedonnantes, quelques gourous mal embouchés se mettent à distiller des soupçons sur les risques supposés de voir tant de mélanges sanguins inter culturels.
    Les contre-vérités affirmées sur la santé mentale et physique à venir de ces familles multicolores commencent à ébranler les moins convaincus, les moins courageux, les plus disgracieux. Dans les cercles familiaux et amicaux, l’esprit solidaire vers un idéal de beauté commencent à s’effriter.
    En moins de temps qu’il n’en faut pour construire, les grognons, forts en gueule, réussissent à détricoter les fondements du système et scinder la population en deux clans antagonistes : ceux qui souhaitent poursuivre l’élan vers la beauté de l’âme et du corps contre ceux qui prêchent pour le sectarisme et la guerre de religion.

    Aujourd’hui, nous en sommes là et personne ne peux préjuger du clan qui gagnera cette bataille inutile….

  13. Dominique PORHIEL dit :

    C’était au siècle des joliesses, du mouvement plastique.
    La beauté avait force de loi.
    Tout individu devait avoir un corps parfait : mince, bronzé, musclé, élancé. Zéro défaut.
    Mais…
    Mais … il y eut une élection ! Et par inadvertance, idiotie ou les deux réunis, allez savoir ! On porta au pouvoir, selon l’expression consacrée, bien qu’on ne sacre plus personne … quoique ….
    Enfin bref, arriva à la tête du pays, un drôle de personnage.
    Pour une fois, ce n’était ni une gravure de mode – une gravure aurait suffi d’ailleurs – ni un vieux machin tout ridé de tous les mensonges qu’il avait déblatérés au cours de sa trop longue carrière, ni même une jeune femme – enfin « jeune » faut pas exagérer – mais une femme ! Cela aurait changé regrettaient certains. Comme si le fait d’être un homme ou une femme pouvait changer quoique ce soit. Je connais des femmes tout à fait idiotes et mal fagotées … mais attention, le lynchage guette !
    Donc « ce » qui arriva, sous les commentaires surpris des journalistes et c’est dire si c’était surprenant pour les voir bafouiller et s’interroger du regard doutant même du résultat comme si ….
    Bref, l’élu – heureux, je ne sais pas ! – fut aussitôt inclassable ! ça c’était plutôt bien et nouveau. Pas de physique avantageux, pas de garde robe élégante … non ! une sorte de troll !
    Comment avait-il (parce qu’on supposait que c’était un mâle, forcément !) comment avait-il pu passer sous les différents radars ? Comment personne n’avait-il imaginé l’arrivée de cet étrange être si peu en rapport avec les attentes de chacun ?
    Aucune idée !
    Mais il était là ! Et sans doute quelques urnes avaient elles été bourrées de bulletins de vote facétieux !
    Peut être ! Mais il était là et toute la société si bien policée et moutonnante en fut retournée et vite fait encore !
    Tout d’abord, les vêtements serrés et de couleurs vives furent interdits.
    Seuls, les robes-sacs et les gilets sans forme furent autorisés et dans une couleur neutre : beigeasse, marronnasse, verdâtre …
    Plus question de chapeaux, ni pointus ni rien du tout. Seuls les bonnets tricotés main furent autorisés et aucune chevelure ne devait en dépasser. Plus question de se colorer les cheveux, de s’épiler.
    Les dentistes ne pouvaient que soigner les caries mais plus question d’orthodontie, de couronnes, d’émail éclatant …
    Certains métiers pâtirent un peu de ces nouvelles règles mais d’autres commencèrent à bien se porter : épouilleur public, savetier …
    Certains qui prônaient depuis quelques temps déjà, le retour aux sources, à un mode de vie plus près de la nature … trouvèrent que, finalement … heu ! c’était peut être une erreur !
    Trop tard !

  14. iris79 dit :

    C’était au siècle des joliesses, du mouvement plastique. 
    La beauté avait force de loi.
    Tout individu devait avoir un corps parfait : mince, bronzé, musclé, élancé. Zéro défaut.
    Mais une poignée d’irréductibles ayant vécu au siècle précédent et affichant par conséquent quelques décennies au compteur savaient qu’une autre société était possible même s’ils avaient eu le sentiment d’avoir engendré sans y avoir participé cette période du culte de l’apparence.

    Le poids des années avaient abîmé leurs corps mais ils n’en auraient changé pour rien au monde. Ils racontaient leur histoire. Chacun prenait grand soin du mieux qu’il pouvait de ce corps fatigué et ne le malmenait surtout pas à être ce qu’il ne pouvait pas, ce qu’il ne pouvait plus. Ces témoins d’un autre monde vivaient plus moins reclus, ils se savaient mal aimés, dévisagés mais peut-être aussi au fond enviés. Ils voyaient tous ces hommes et ces femmes triturer leur corps leur infliger des régimes absurdes, des exercices qui relevaient de la torture. Leur plastique était certes irréprochable mais leur visage n’était plus depuis longtemps le reflet de leur âme, si tenté qu’ils lui laissaient encore une place dans ce corps ultra maîtrisé de tous côtés.

    Ces vieillards, puisque c’est ainsi qu’on les nommait, avaient bien compris que le vernis commençait à craquer, que des tas d’hommes et de femmes souffraient au delà du dicible et qu’ils ne pouvaient pas en parler ouvertement, prisonniers de leur propre vie, et de cet immense mouvement plastique du corps parfait qui s’érigeait comme le dogme absolu.
    Les vieux vivaient depuis quelques temps et sur ordre du gouvernement dans des appartements et résidence sous terre, là où la température était encore supportable. Sous couvert de la protection des anciens, on les avaient relégués dans ces contrées enterrées où il est vrai, ils pouvaient profiter de températures toujours clémentes mais où ils étaient devenus quasiment invisibles. L’avantage dans ce contexte, c’est qu’on ne leur accordait que très peu attention. Ils disposaient de territoires étendus non encore occupés et il était possible de les faire aménager à leur convenance. L’idée germa donc d’en faire des lieux d’asile pour les victimes de l’apparence et les éreintés du culte du corps. La nouvelle circula d’abord en interne. Ces vieillards avaient des enfants et petits enfants écrasés par cet loi de la beauté absolu. Certains ne mirent pas longtemps à rappliquer. Ils durent justifier leur déménagement par des motifs spécifiques (reconversion dans des métiers d’aide à la personne par exemple qui heureusement étaient tout de même encore suffisamment valorisés). En quinze jours ils retrouvaient une existence qui faisait sens, certains la découvraient pour la première fois et les envies de rébellion furent dans un premier temps difficile à contenir. Les jeunes, et les moins jeunes participèrent activement, travaillèrent de concert avec les anciens à refondre cette société en un monde qui ait du sens.
    En quelques mois, on sentit un frémissement dans la population, il y eu des manifestations, des associations virent le jour, on brûla des salles de sport, des magasins de produits de beauté, des boutiques de téléphone dont on retira l’option photo selfie.
    Après divers excès en tout genre, un comité mis en place par le gouvernement décida de décréter le bien-être cause nationale. Un quinquennat ne suffit pas à rééduquer les esprits et faire évoluer les mentalités vers plus d’authenticité, de sobriété en cultivant la joie, qui devait être le moteur de ce nouveau monde. Cultiver l’équilibre sans excès de part et d’autres. Il ne s’agissait pas de bannir toute velléités d’embellissement mais elle devait être la volonté profonde de chacun à sa mesure et sans contrainte.

  15. FANNY DUMOND dit :

    C’était au siècle de la joliesse, du mouvement plastique. La beauté avait force de loi. Tout individu devait avoir un corps parfait : mince, bronzé, musclé, élancé. Zéro défaut.

    Les chirurgiens, les esthéticiennes, les tatoueurs et autres coachs sportifs ne pouvaient satisfaire à la demande, aussi d’innombrables charlatans s’emparèrent de ce juteux marché. La toile était saturée de selfies où chacun exhibait sa trombine pour obtenir le plus grand nombre de likes. Mais, on ne comptait plus les défigurés, les mal foutus, les cabossés qui n’avaient plus d’autre recours que de se terrer chez eux.

    Un jour, un producteur de cinéma fit un casting pour le remake d’un chef-d’œuvre du siècle passé. Après avoir vu défiler des centaines de bogoss et de bombasses, plus stupides les uns que les autres, il se décida à parcourir le territoire profond. Ce n’est que dans « le village d’en bas » qu’il dénicha ses personnages. Les habitants de cette contrée avaient su garder leur apparence naturelle. Des beaux, des laids, des minces, des obèses, des malades, des vieux se côtoyaient dans le respect de l’autre et dans la bonne entente.

    Le film remporta le César des meilleurs acteurs et depuis tout le monde veut ressembler aux deux amoureux, tandis que sur les réseaux sociaux le mouvement « tous différents » est devenu le leitmotiv des nouveaux bien-pensants.

  16. 🐀 Souris verte dit :

    🐀 LA BEAUTÉ
    Tout est dans la nature !
    Chez nous on disait : la beauté ne se mange pas en salade !!!
    Et pourtant, il est né dans un chou… Et l’est resté … frisé !
    Dans le vert, le pauvre s’est fait avoir avec son cœur d’artichaut…
    Il a poussé comme une asperge… verte aussi probablement
    D’ailleurs il a la ligne haricot… vert…
    Allons-y pour le vert…
    Mais depuis il est blanc comme un chicon… Ça, ça doit être un jardin de ch’nord car chez nous, plus bas, c’est jaune comme un coing..
    Et avec ça !!! Il est mort sans un radis…

    Les filles, ça pique ! Une taille de guêpe, un teint de rose …
    La nature n’est pas généreuse pour tout le monde.
    Où est la beauté dans tout ça ? Y a-t-il une époque ?
    🐀 Souris verte

  17. Antonio dit :

    Mais il en était un qui avait échappé au contrôle de la sélection artificielle.

    Les progrès des sciences et de la médecine étaient à leur apogée. Il ne suffisait pas que nous n’eussions plus besoin de nous nourrir autrement que du sucre produit par notre propre photosynthèse, comme les arbres, avec huit verres d’eau par jour, et grâce au surplus de dioxyde de carbone en abondance dans l’atmosphère – merci le réchauffement climatique ! – voilà que l’on nous promettait de vivre mille ans depuis que nos organismes étaient capables de se régénérer à partir de cellules souches embryonnaires du Ginko Biloba – pour peu que chacun prenait bien son traitement mensuel.

    La vie était belle, au siècle des joliesses, imaginez un peu. Plus besoin de travailler pour s’alimenter, autrement qu’à boire des Mojitos à la chlorophylle, sous le soleil, et faire des selfies pour montrer à la nation du monde combien la nature humaine était être encore plus parfaite que celle qui l’entourait.

    Tout le monde était beau, une forêt de cœurs à prendre, quand l’amour bourgeonnait au printemps. Et il y en avait pour tout le monde. Plutôt deux fois qu’une. Et la natalité battait son plein dans cette forêt luxuriante et parfaite d’humanité.

    — Ô miroir, mon beau miroir, dis-moi combien notre beauté est parfaite.

    Quelle ne fut pas la surprise du maître du monde quand le miroir magique lui répondit :

    — Ô, Majesté, la beauté de vos sujets n’a d’égal que l’éclat de la rose du petit prince. Mais il est une de ses épines qui pique les yeux.

    — Montre-moi cette horreur, exigea le maître, très contrarié.

    Le miroir afficha l’image de ce nain rondouillard, hirsute et boutonneux, tout droit sorti de la Terre du Milieu de Tolkien. Comment cette chose immonde avait pu passer les filtres de la création artificielle ? Ses ingénieurs n’eurent pas plus de réponse que le maître ne leur laissa le temps d’en avoir. Et pourtant, quelle erreur il venait de commettre, sans le savoir.

    — Que l’on déniche cet être abject et qu’on l’élimine, lui et toute sa famille, jusqu’au dernier, ordonna-t-il, furieux.

    Seulement, c’était impossible car ce petit bonhomme ne vivait que derrière un miroir. Cela était arrivé, au début du siècle, quand on surveillait les pas beaux comme le lait sur le feu. Le nain s’était caché dans une grotte, s’abreuvant d’une eau au pouvoir insoupçonné. Plus il en buvait, plus il devenait translucide, sans le savoir. Jusqu’au jour où il sortit enfin à la lumière qui le transperça comme des milliers de sabres lasers, sans la moindre douleur. Il était devenu invisible, sauf dans le reflet d’un miroir. Dès lors qu’il se cachait derrière, toute personne pouvait le voir, au point de créer des épouvantes qui poussaient au suicide. Afin de ne pas éveiller les soupçons et d’avoir la paix, il s’installa royalement au Palais des glaces d’une grande fête foraine.

    Mais voilà qu’un miroir impérial venait de le débusquer et de le livrer au maître qui ne parvenait plus à se défaire de son image chaque fois qu’il se contemplait dans sa glace. Il se voyait rondouillard et hirsute.

    — Ô miroir, débarrasse-moi de cette horreur qui ne me quitte plus chaque matin quand je me rase ?

    — Ô Majesté, la laideur, comme la beauté, se niche dans les yeux de celui qui regarde.

    Le maître eut beau briser le miroir, s’en faire refaire des milliers, chaque fois qu’il croisait son reflet, il ne voyait que la laideur de ce nain qui n’allait plus le quitter pour un bon millier d’années.

    • Sabrina P. dit :

      Texte qui fait écho non seulement à un conte fort bien connu mais encore aux névroses bien de notre temps, avec cette pincée de fantastique plutôt comique ! Très chouette à lire, Sabrina.

  18. camomille dit :

    Mais cette dictature n’était pas tenable.
    D’ailleurs, tous ces gens au corps parfait étaient d’une tristesse à faire pleurer les ânes.
    Leur frustration commençait à se révolter en sourdine.
    Le président ZINZIN de cette nation parfaite veillait au grain, et ne cessait de faire rappeler quotidiennement par ses sbires, les règles drastiques:

    NATATION – MUSCULATION – JOGGING – REPAS LÉGERS (très très légers) – UV – YOGA – DODO –

    Les gens étaient beaux, certes, mais ils circulaient dans les rues hagards et absents, obsédés par leur silhouette.
    Ils ne communiquaient plus entre eux et le Président ZINZIN était satisfait.

    MAIS… cette dictature, ai-je dit, n’était pas tenable !
    Le peuple avait faim.
    La révolte couvait.
    Un bruit circula que dans une autre nation éloignée, joyeuse et exubérante, un grand film venait d’être créé ; et que pendant deux heures on pouvait voir des gens manger à outrance.
    Voilà de quoi faire fantasmer les sujets affamés de Président ZINZIN.
    Quelques audacieux pionniers décidèrent de s’échapper en Italie en reconnaissance, pour découvrir « LA GRANDE BOUFFE ».
    Ils ne sont jamais revenus ?
    De toute façon,
    « tu manges pas assez, tu meurs,
    « tu manges trop, tu meurs !

    Mais mourir en Italie : c’est mieux !

  19. jean marc Durand dit :

    C’était le siècle des jolieses, du mouvement plastique. La beauté avait force de loi. Tout individu devait avoir un corps parfait: mince , bronzé, musclé, élancé. Zéro défaut!

    Slim Dupont XII relut la convocation. Cette année, il allait avoir du mal à éviter le contrôle annuel. Il se planta devant la glace. Le gars en face de lui ne lui faisait pas vraiment une grimace. Le gars n’était qu’une grimace. Toutes les restructurations temporaires réalisées en Costa Bella lors d’un voyage touristico/culinaire ne tenaient pas leurs promesses publicitaires. Les joues étaient redevenues flasques, la paupière gauche tombante et l’appareil dentaire avait fondu sous la brosse électrique trop puissante. Il avait récupéré l’affaissement de ses triceps, ses genoux cagneux et ses pieds plats.

    Depuis plusieurs mois, on lui avait retiré son autorisation de piloter sa Daciamobile. Il ne pouvait plus fréquenter le club de pétanque sur glace, sport où il fut finaliste aux jeux Olympiques de 2350, en Antartique. Récemment, on lui avait même interdit de descendre sa poubelle. Trop risqué en cas de chute et d’évaporation de structures polluantes, les govidos multi mutants qui ravageaient son quartier depuis le dernier clip informatif.

    Slim Dupont XII, Slimfast pour les intimes était décidé. Décidé à ne pas se déranger. A 122 ans, il n’avait plus grand chose à attendre de la survie. Son épouse, l’ancienne présentatrice météoastrologique de la chaîne 456 avait été gazé l’année précédente pour non conformité de pulpe lippeuse et baisse significative de l’audimat. Son unique enfant d’adoption était mort sur le front, pour avoir eu l’audace de tenir tête à un char sans son casque. Son chat, un Salarien gâtineux sans griffes avait inscrit son record de longévité dans le Livre. Il marinait dans un coma subliminal, bercé par un ronron électronique.

    Papy Slimfast, comme il se nommait dans l’intimité descendit l’escalier de sa cave antiatonique, celle où il avait stocké ses dernières ressources vitales. Il prit sur l’étagère la boîte de sardines qu’il avait patiemment tourné et retourné chaque soir, depuis 50 ans. Il plaça des pinces à linge dans chacune de ses narines pour les maintenir épanouies et ouvrit la boîte. Le fumet des petits filets envahit son cerveau. Ses papilles roulèrent par dessus sa langue. Il prit son temps. Le temps de boucler la porte blindée, celle qui allait enfin le protéger des diktats extérieurs. Installé dans son drinking chair, il se déboucha une bouteille de vodka bordelaise, une qui avait vieilli 30 ans en tonneau d’arbre.

    Au troisième verre, il commença à dériver, le souffle d’un départ. Il ferma les yeux sur une côte ensablée. Une petite brise caressait la surface de l’eau. La mer, peut être mieux que les siennes, exposait la douceur de ses rides.

  20. Alain Granger dit :

    Mais les gènes ne sont pas égaux. Ils n’ont pas d’égo. Ils expriment les différences d’une humanité naturelle. Alors, dans ce siècle de la joliesse, là où il y a du gène, il n’y a pas de plaisir. La gêne c’est la dysharmonie, le gène qui n’est qu’imperfection du corps. Du coup, l’individu lambda s’efforce de corriger la ligne qui s’écarte de la norme. Pour lui, il ne faut ni être énorme, ni filiforme. Il faut être en forme en contrôlant les formes. Mais, à force de toujours vouloir le contrôler, le corps se révolte. Il fait souffrir lorsqu’on soulève des poids où que l’on fait retirer du poids à son abdomen. Il rend malade lorsque l’on prend des substances minceur ou anabolisantes. Il occasionne des tics peux harmonieux lorsqu’on s’est un peu trop fait tiré la peau afin de lisser les rides. Il exprime sa mauvaise humeur par des humeurs malignes au coin des lèvres siliconées ou des seins gonflés. Il vieillit la peau prématurément lorsqu’on s’expose trop aux rayons du soleil ou d’une machine. Il cancer quand on dessert le naturel. Rappelons que si l’on veut devenir Apollon, on peut être vilain canard mais être un dieu de la poésie, de la musique, de l’Art en général. Lorsque la beauté fait loi on privilégie l’apparence à la beauté intérieure. Elle fait l’oie en criant, en cacardant après sa voisine, soit disant disgracieuse, mais qui a la grâce d’être épanouie dans sa graisse. Elle survole l’individu en ne lui accordant que l’apparence. Elle lui vole sa personnalité en ne dévoilant que sa plastique. Alors, c’est à nous de rejeté la plastique pour supprimer les déchets plastics qui perturbent le naturel. Il serait bon de savoir prendre le temps de regarder ce dernier dans les yeux pour en découvrir la beauté, une beauté qui n’est point superficielle mais super naturelle, celle de l’être humain. Mais heureusement, il n’est jamais trop tard pour l’être demain.

  21. mijoroy dit :

    C’était au siècle des joliesses, du mouvement plastique.
    La beauté avait force de loi.
    Tout individu devait avoir un corps parfait : mince, bronzé, musclé, élancé. Zéro défaut.
    Mais, dans cette société du culte du corps, Mercédès souffrait en silence et dans l’indifférence. Chaque jour elle se goinfrait un peu plus pour s’envelopper dans une épaisse couche de graisse. Déjà alors qu’elle n’était encore qu’un nourrisson, les amies de sa mère laissaient échapper des « OH » non pas d’admiration mais de dégout comme en témoignait leur rictus.
    ─ Elle a déjà bon appétit à en juger par ses cuisses potelées et ses joues arrondies.
    A la crèche on la surnommait, « bouboule », et personne ne s’extasiait de ses gazouillis ou babillages. On ne lui accordait pas un regard, de crainte sans doute de perdre de sa superbe silhouette à la vue de ses rondeurs. A l’école son surnom encore plus ingrat était « grosse baleine ». Chaque moquerie lui valait d’engouffrer dans les toilettes brioches, cookies ou tartine de confiture pour apaiser son chagrin au grand dam de son corps qui ne savait comment consoler la petite Mercédès. Jamais elle n’était invitée aux anniversaires chez les autres petites filles, dont les parents auraient trop honte d’avoir chez eux la chose difforme. Ils tenaient à leur réputation. Que pourraient penser les autres parents ? Ils pourraient eux aussi être mis à l’index ou tomber en disgrâce des faveurs de tous leurs amis adeptes des aliments nutriscore A, Bio et allégés en matière grasse. Adolescente Mercédès, ne connut pas non plus les boums, les soirées pyjamas où les après-midi cinéma où s’échangeaient les premiers baisers dans le clair obscur de la salle. Elle ne connaissait pas les premiers émois de l’amour et pourtant son cœur (oui elle était une vraie humaine) frémissait à la vue de Régis. Il était si fringuant dans ses jeans et baskets converse. A la dérobée elle l’observait de la fenêtre de sa chambre, sa forteresse, lorsqu’il venait chez Jason son voisin. Les années passèrent, elle jouait la Cendrillon pour ses propres parents qui n’osaient sortir en sa compagnie et la reléguait aux tâches ménagères alors qu’ils étaient invités à bruncher, ou dîner chez leurs amis. Elle était la tare, « la truie » (comme disait son père) de leur clan. Elle n’avait eu ni frère, ni sœur tant elle leur avait procuré de déception. Sa mère la rendait responsable du refus de son époux de lui donner un autre enfant. Avoir un autre gros dans la famille était insupportable. Devenue adulte, elle peinait à trouver du travail pour cause d’une obésité qui aurait dénoté dans l’entreprise lui disait -on. Lorsqu’elle entrait dans une boutique de lingerie, pour rêver devant les dentelles, les vendeuses s’empressaient de lui lancer :
    ─ Nous ne faisons pas de tailles extra larges madame.
    Quelle humiliation pour Mercédès. Elle faisait demi-tour sans tambour ni trompette et se réfugiait dans le premier salon de thé, et se commandait mille-feuille ou paris-brest. La serveuse la jaugeait avec pitié pensant « Ce n’est pas ainsi que tu deviendras belle et désirable ». Mercédès, ignorant cette sylphide médisante, se plongeait dans son magazine de mode pour femmes aux formes généreuses. Elle ne remarqua pas qu’un homme l’observait derrière son journal. Trop occupé à la surveillance de cette femme qui n’avait rien d’une planche à repasser comme il disait, qu’il en renversa sa tasse de thé. Le bruit intrigua Mercédès. Dans sa générosité naturelle, toujours prête à rendre service, elle se lui sourit, l’air de dire « ne faites pas attention aux regards réprimant des autres ». Encouragé, l’homme s’approcha et lui demanda la permission de s’assoir et de partager avec elle une part de fraisier. Eberluée d’une telle déférence, Mercédès ne put qu’accepter. Dans la conversation elle apprit que Romain était styliste pour voiture. Il lui disait s’inspirer de la grâce féminine pour insuffler des lignes arrondies aux modèles qu’il dessinait. Il avait d’ailleurs rendez-vous avec un chef d’entreprise qui voulait créer une grande marque de voiture de luxe. Il ne lui manquait qu’un nom qui en imposait pour son modèle. Elle riait et était admirative de cet homme, certes moins tape à l’œil que Régis, mais tellement gentil et prévenant.
    Lorsque Romain présenta son modèle au conseil d’administration de l’entreprise, il n’hésita pas une seconde :
    ─ Je vous propose le modèle Mercédès.

    • Sabrina P. dit :

      Belle réalisation de consigne, Mijo ! Qui décrit les discriminations qui peuvent jalonner toute une vie, peu importe leur forme, si j’ose dire, jusqu’à ce que cette beauté-là trouve un écho, et soit source d’inspiration ! Belle soirée à toi, Sabrina.

      • mijoroy dit :

        Merci Sabrina, ta proposition est aussi bien sympa. RDV samedi prochain. Le défi est de tenir sur la durée pour une écriture régulière 🙂

  22. Françoise - Gare du Nord dit :

    C’était au siècle des joliesses, du mouvement plastique. La beauté avait force de loi. Tout individu devait avoir un corps parfait : mince, bronzé, musclé, élancé. Zéro défaut.

    Mais, en 2914 la Troisième Guerre mondiale se déclencha à l’initiative de la Mochedavie dont l’objectif était d’éliminer, par pure jalousie, tous les gens  minces, bronzés, musclés, élancés et « Zéro défaut » des Pays-Beaux qu’elle avait envahi

    Les savants fous de l’agresseur avaient élaboré un épouvantable virus qui fut transmis par voie aérienne à la population du pays conquis

    Les femmes enceintes, les plus touchées, donnèrent naissance à des enfants présentant toutes les malformations possibles

    Mais il y eut, comme dans toutes les guerres, des histoires d’amour et des relations qui s’ensuivent logiquement entre occupants et occupées

    En 2945, l’envahisseur craignant que les soldats ne retournent leur uniforme ou n’endossent des paternités malheureuses qui viendraient pervertir la pureté du sang du peuple mochedave décida d’accepter les conditions de la paix pour ne pas perdre la face

    Mais le jour de la signature du traité de paix, ils eurent du mal à trouver, parmi les rangs de leurs anciens ennemis, des personnes aptes et volontaires pour ratifier les accords

    « Si je pouvais, je verrais les choses comme vous » – se justifia l’aveugle
    « Si je pouvais, je souhaiterais m’entendre avec vous » – dit le sourd
    « Si je pouvais, je sauterais de joie » – dit le paraplégique
    « Si je le pouvais, je demanderais à prendre la parole » – dit le muet
    « Si je pouvais, je nouerais le contact avec vous » – dit l’autiste
    « Si je le pouvais, je vous tendrais la main » – dit l’amputé des deux mains
    « Si je le pouvais, je vous donnerais l’accolade » – dit l’amputé des deux bras

    Le dernier représentant des Pays-Beaux ne semblait présenter aucune infirmité. L’espoir naquit dans la tête de l’ambassadeur de la Mochedavie. Espoir vite déçu lorsqu’il entendit :

    « Si je le pouvais, j’écouterais la voix de la raison » conclut l’aliéné

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