582e exercice d’écriture très créative créé par Pascal Perrat

Exercice d'écriture très créative

Nous nous sommes séparés sur le quai, j’imagine, puis j’ai sauté dans le train.
Il a dû partir à l’heure via Bordeaux, mais je n’en suis pas sûr. 
Je ne me souviens plus très bien de ce qui s’est passé après, il me semble avoir vu la mer 
ou des montagnes à l’horizon. 
La seule chose que je sache, c’est que nous avons eu des ennuis au retour et qu’ils ont empiré.

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27 Responses

  1. Bernard Pauchant dit :

    Très beau poème, émouvant…

  2. Bernard Pauchant dit :

    Nous nous sommes séparés sur le quai, j’imagine, puis j’ai sauté dans le train.
    Il a dû partir à l’heure via Bordeaux, mais je n’en suis pas sûr.
    Je ne me souviens plus très bien de ce qui s’est passé après, il me semble avoir vu la mer
    ou des montagnes à l’horizon.
    La seule chose que je sache, c’est que nous avons eu des ennuis au retour et qu’ils ont empiré.

    Ce matin-là je m’étais réveillé dans une chambre que je ne connaissais pas, une chambre d’hôtel car une clef était restée sur la porte. Les rideaux étaient tirés mais la lumière du soleil entrait par la fenêtre et j’entendais le bruit que faisaient des passants sur le trottoir au rez-de-chaussée. J’avais une migraine épouvantable et la tête me tournait : j’avais l’impression que les murs se rapprochaient puis s’éloignaient, que les fleurs et les oiseaux défraîchis de la tapisserie allaient m’étouffer. Où étais-je ? Qu’est-ce que je faisais là ? Tout à coup, on frappe violemment à ma porte. Quatre hommes en imperméables verts de gris entrent en force. Leurs lunettes cerclées de métal brillent au soleil. Ils portent un brassard rouge que je n’arrive pas à identifier.
    – Monsieur Simon ? Veuillez nous suivre sans résistance… et sans traîner. Beaucoup de travail en ce moment.
    – Je peux faire ma valise, s’il vous plaît.
    Je cherche partout dans la chambre sous le regard soupçonneux de mes visiteurs. Rien, pas de sac, pas de valise. Comment suis-je arrivé ici ? Heureusement sur le fauteuil, près du lit, je trouve un pantalon marron et une chemise à carreaux que je ne connais pas ou du moins dont je ne me souviens pas.
    On m’emmène dans une Citroën noire d’un modèle ancien jusqu’à un commissariat de police. Par la vitre, je vois des places avec des fontaines, des boulevards bordés de platanes qui me disent vaguement quelque chose. Peut-être suis-je déjà venu dans cette ville. Il y a longtemps…
    On m’interroge sur mon identité. Je répète que je m’appelle Simon, mécaniquement je donne mon prénom, René, et ma date de naissance. Pour le reste, j’hésite et je dis un peu n’importe quoi. L’inspecteur, la cinquantaine, le visage chafouin pose sur le bureau ses lunettes de soleil. Il me fixe, imperturbable. Son regard me transperce, me cloue sur place, me liquéfie. L’interrogatoire commence rythmé par le bruit des touches et du chariot de la machine à écrire.
    – Simon René, d’après la déposition de la famille de votre femme qui habite Dunkerque comme vous, 152 rue Jean Bart, elle aurait disparu depuis huit jours. Ce qu’on sait seulement, c’est qu’elle aurait quitté le domicile conjugal le 12 juin, car votre maison est fermée depuis cette date. Les volets sont baissés, pas de lumière le soir d’après les voisins. Avez-vous des informations précises à nous donner ? Quelles étaient vos relations avec votre épouse ? D’après votre belle-mère, votre couple battait de l’aile d’autant que vous êtes porté sur l’alcool, que vous êtes un être égoïste et menteur, peut-être capable de violence.
    Je baissais les yeux, tremblant, sans oser regarder l’inspecteur. Quel scenario était-il en train d’imaginer ? Mon compte était bon. Le pire, c’est que moi je ne me souvenais de rien de ce qui avait pu se passer pendant ces huit jours. Je décidai de dire la vérité même si elle était difficile à croire, de toute façon, j’étais coincé.
    – Sylvie m’a accompagné à la gare de Dunkerque à 6h56, j’imagine. J’ai sauté dans un train pour Bordeaux, je crois. Arrivé gare Saint Jean, j’ai pris un autre train. Je ne me souviens plus très bien de ce qui s’est passé après, je crois avoir vu la mer ou peut-être des montagnes à l’horizon. Peut-être ma femme était-elle avec moi et partions-nous en vacances en Espagne comme quand nous étions plus jeunes. La seule chose que je sache, c’est que nous avons eu des ennuis au retour et qu’ils ont empiré.
    – C’est un peu juste mon ami ! Vous pensez que je vais me contenter de ça ? Vous
    me faites perdre mon temps. J’aimerais bien savoir de quel ennui il s’agit ! Et puis pourquoi aller en Espagne ? Des ennuis avec les douaniers ? Trafic de drogue ? Vous n’avez pas l’air dans votre assiette, avez-vous l’habitude d’en consommer ? Un autre trafic ? Une collusion avec des indépendantistes basques ? Il y a beaucoup de pistes possibles.
    – Non, je vous jure, Monsieur l’Inspecteur. La drogue, je ne connais pas. C’est vrai que je ne me sens pas très bien aujourd’hui, pas à l’aise du tout. Peut-être que c’est parce que j’ai mal dormi. Je suis crevé. C’est le train.
    – Soyons sérieux ! Vous poussez le bouchon un peu loin ! Un voyage en train de huit jours ! Pas très vraisemblable. Faites donc un effort pour vous souvenir. Vous avez plutôt intérêt ! Je crois que vous êtes dans de sales draps… A moins que l’on retrouve votre femme. Quelles étaient vos relations avec elle ?
    – Normales, je vous jure. Rien à dire. Comme quand on se connait depuis longtemps. Dans ce cas-là, vous le savez, plus de jalousie, chacun a sa liberté. Ce n’est pas de l’indifférence mais c’est tout comme. Je n’allais certainement pas l’empêcher de faire ce qu’elle veut.
    C’est à ce moment qu’un policier est entré dans le bureau.
    – David, le chef te demande d’urgence.
    – J’y vais fissa. Si ça tombe, on va pouvoir démêler l’affaire.
    – Ne rêve pas !
    Il quitte la pièce et me laisse seul. Pour combien de temps ? ça, je n’en sais rien. Par la cloison vitrée, je vois les policiers qui tapent leur rapport, remplissent des formulaires, répondent au téléphone ou discutent entre eux. Moi, j’attends. Les minutes passent. Brusquement, ma migraine reprend comme ce matin, le bruit des machines à écrire me perforent les tympans, un cercle de fer glacé enserre ma tête. Les classeurs de métal, les dossiers empilés se rapprochent et s’éloignent comme s’ils cherchaient à m’étouffer. Je mets les lunettes de soleil de l’inspecteur. Je prends à la main un des dossiers, j’ouvre la porte et traverse la grande salle sans faire attention à qui que ce soit et sans qu’on fasse attention à moi. Je sors dans la rue. Je me dirige vers la gare.
    Je ne me souviens plus de rien. Vraiment ? En tout cas, c’est bien pratique.

  3. MALLERET dit :

    Bon, me voilà à cheval sur une branche ! Pas besoin de mémoire pour savoir que je suis à la montagne, je le vois. Mais comment j’ai atterri là ? Mes seuls souvenirs sont que nous nous sommes séparés sur le quai, froidement, mais sans pugilat, j’imagine, puis j’ai sauté dans le train Micheline juste avant que les portes ne se referment. Je ne me souviens plus très bien de ce qui s’est passé après. J’ai dû pleurer, un amour qui finit n’est jamais gai. Il me semble avoir vu des montagnes à l’horizon alors que j’entamais une conversation avec un voyageur fort sympathique et franchement pas mal de sa personne. Son humour très britannique m’a remis du baume au coeur. Tout à nos éclats de rire, la seule chose que je sache, c’est que nous avons eu des ennuis au retour et qu’ils ont empiré.

    Une brutale secousse. Les bras de mon voisin m’accueillent. Un long moment s’écoule pendant lequel il en profite pour me voler un baiser. Je crois que j’ai fait semblant de rouspéter.
    Très vaguement, j’entends le chef de train annoncer que nous venons de dérailler en percutant un chevreuil. Il ne peut encore nous dire combien de temps nous serons à l’arrêt. Mon voisin, toujours plein d’humour en profite pour me raconter des tas d’histoires horribles qui me font rire, mais s’évaporent dès qu’il a terminé.
    Il ne s’est pas rendu compte que je perdais la mémoire.

    Après une heure d’attente, peut-être, en fait je n’en sais rien, il faut descendre du train au milieu d’une prairie recouverte d’une épaisse couche de neige. Mon galant voisin me soulève dans ses bras pour m’aider. Comme j’y suis bien… Ça c’est clair dans ma tête !
    Nous nous enfonçons jusqu’aux genoux. Même nos cils retiennent les flocons qui ne cessent de tomber. Ma mémoire a flanché jusqu’au moment où l’on est venu nous secourir.

    Mon nouvel amoureux et moi sommes héliportés jusqu’à la station de ski où nous avions, tous les deux, par hasard, l’intention d’aller. Du moins, je crois. En tout cas, Cupidon gérait nos destins.
    Ensuite aucun souvenir ; pourtant je suis bel et bien à califourchon sur une branche avec mon bel amoureux qui me récite des bribes de poèmes.

    Tout à coup, dans un nuage de poudreuse, des skieurs freinent et pilent devant le spectacle pour le moins irréel que nous leur offrons bien involontairement. Nous sommes comme le corbeau et le renard. Moi, sur ma branche perchée et lui au pied de l’arbre à palabrer loin de s’inquiéter de mon inconfortable position.

    Nous devons sans doute à ces skieurs l’arrivée des secouristes.

    – Bonjour, madame, avez-vous mal quelque part ? Vous êtes une sacrée sportive pour réussir à vous retrouver dans une telle situation ? Comment avez-vous fait ?
    – Ben, je ne sais pas, j’ai oublié. Leurs yeux s’écarquillent et se tournent vers mon amoureux.
    – Bonjour monsieur, c’est votre épouse ?
    – Oui, je crois.

  4. Françoise Rousseaux dit :

    Il fut un temps où je faisais un rêve récurrent, qui s’évanouissait toujours au réveil. Avant que le sommeil ne me quitte tout à fait, j’essayais désespérément de me rappeler le déroulement de ce rêve, mais très vite , il s’évaporait.
    Ce dont je me souviens, c’est que ça commençait sur un quai de gare ; quelqu’un m’accompagnait, mais je sautais seule dans un train. Là, ça devient confus : il me semble que je voyais la mer, ou bien des montagnes dans le lointain, ou les deux en même temps, qui sait ?
    Et puis, c’était le retour et j’étais de nouveau accompagnée (mais par qui bon sang!). Il nous arrivait toujours des mésaventures : nous avions oublié les billets quelque part, je ne trouvais plus mon sac, une valise avait disparu…Et le clou : lorsqu’on arrivait à destination, on ne pouvait pas descendre du train, car un tas de voyageurs encombraient le passage vers la sortie ! Je tirais le signal d’alarme, mais le train repartait inexorablement. Il fonçait à travers des paysages enneigés ; ça et là, quelques arbres nus se dressaient au milieu des champs tout blancs ; des petites gares en bois se dressaient de temps à autre le long de la voie ; on les voyait passer, toujours à la même vitesse.
    Je paniquais, car j’avais un rendez-vous important à la ville où j’aurais du descendre. Je calculais : si je descends à la prochaine, je reprends un train en sens inverse, mais aurais-je assez de temps ?
    Parfois, je me réveillais avant l’arrêt ; zut, j’avais raté mon rendez-vous !
    Ou alors, le train stoppait en rase campagne, je descendais et repartais à pied en sens inverse, tirant ma valise le long de la voie ferrée ; je ne souviens pas être jamais arrivée quelque part !
    Sinon, pour une raison inconnue, nous allions de wagon en wagon, cherchant quelqu’un. Mais qui donc ? Je ne me souviens plus.
    D’ailleurs, je ne sais plus trop : ai-je vraiment rêvé tout ça, ou bien l’ai-je inventé ?

  5. Alain Granger dit :

    Nous nous sommes séparés sur le quai, j’imagine. J’ai sauté dans le train. Il a dû partir à l’heure via Bordeaux en zone libre. Je tenais Déborah par la main. Elle me serrait très fort. Elle avait peur. Elle s’éloignait de son père pour la première fois. Il devait nous rejoindre chez ma tante après avoir réglé quelques affaires à Paris. Il recherchait un prête-nom, une personne de confiance qui pourrait continuer à faire fonctionner notre maison de confection, rue du Sentier. Je ne voulais pas quitter la capitale mais Caleb m’avait mis la pression. Depuis que certains extrémistes avaient peint une étoile de David sur les vitres d’une de ses boutiques, il craignait pour notre sécurité. Un de ses amis, qui vivait à Vichy, lui avait téléphoné pour l’enjoindre de quitter la ville car le gouvernement avait cédé aux pressions allemandes concernant les juifs. Persuadé que la répression était imminente, Caleb avait ouvert des valises et m’avait sommé de les remplir pour un départ au lendemain. Il avait déjà fait établir des faux papiers pour chacun des membres de la famille « Delagrange ». J’avais dû faire la leçon à Déborah pour qu’elle retienne son nouveau prénom : Odette. Coiffée de mon élégant chapeau à voilette et serrée dans ma jupe droite bleu marine, je m’installais dans le wagon. Je croisais les jambes avec précaution car je portais ma dernière paire de bas en soie. On n’en trouvait déjà plus, même en y mettant le prix. Je défis l’épingle de mon chapeau. Ma chevelure auburn se libéra. Elle vint caresser mon épaule. J’avais adopté la coiffure « One shoulder » de Virginia Lake. Mon mari faisait le fier lorsque j’apparaissais, à la vue de nos clients ou bien de nos fournisseurs, avec mes longs cheveux cascadant sur une seule de mes épaules. L’officier allemand qui était assis en face de moi ne sembla pas y être insensible non plus. Je baissais la tête, quelque peu effrayée du pouvoir que détenaient des hommes comme lui sur le destin de ma famille. A sa droite, un prêtre en soutane m’adressa une mimique réconfortante lorsque je posais à nouveau mon regard sur l’assistance. Je fis assoir Déborah sur mes genoux car mes deux voisines la compressaient de leur embonpoint. Elles me remercièrent d’un sourire contraint, regardant en coin les riches vêtements qui me couvraient. A en juger par leur tenue, je pensais que la mienne devait couter plus d’un mois de leur salaire. J’imaginais le sacrifice qu’elles avaient dû faire pour se payer un billet en première classe. Probablement parce qu’on y avait plus de place. J’en étais là de mes réflexions lorsque je sentis un coup sur mon tibia. La botte de l’officier de la Wehrmacht avait heurté ma jambe en se croisant sur l’autre. L’officier s’excusa avec un regard appuyé. Je ne répondis que par une mimique brève et dédaigneuse. Puis je me baissais pour constater le dégât que l’impact avait occasionné sur mon bas. Ce fut alors que le prêtre étendit le bras afin de couvrir mon buste et ma gorge de son large chapeau. Il ajouta même, l’air outragé :
    – Voyons madame, un peu de pudeur voulez-vous ! Vous offrez à tout va la vue plongeante sur des formes qu’il vaudrait mieux cacher.
    J’allais m’insurger lorsque je me rendis compte que l’étoile de David qui pendait à mon cou venait de sortir de mon corsage. Je rentrais aussitôt le bijou et fermai le dernier bouton.
    – Je vous pris de me pardonner mon père. C’est bien involontairement si j’ai pu offusquer votre vue, répondis-je avec un éclat de reconnaissance dans les yeux.
    – C’est moi qui devrais m’excuser jolie mademoiselle…
    – Madame, je vous prie, lançais-je à l’officier qui venait de prendre la parole.
    – Oui, pardon madame. Pardon pour vous avoir donné un coup, ajouta-t-il avec son accent guttural et un sourire des plus courtois. Rassurez-vous, je n’ai rien vu que votre pudeur ne puisse supporter.
    – Vous me voyez rassérénée monsieur l’officier. Veuillez m’excuser mais je dois allez vérifier l’état de mon bas aux toilettes.
    L’officier, tout comme le prêtre, acquiesça. Je supposais que ce n’était pas pour les mêmes raisons. J’emmenais Deborah avec moi. Après avoir enlevé mon bijou et l’avoir caché dans une poche intérieure, cousue dans le repli de ma robe, je me rafraichis les joues avec un peu d’eau tiède. Mon cœur battait fort. Je me penchais vers l’oreille de ma fille et murmurais :
    – Maman a eu très peur, tu sais. Elle a été très imprudente. Elle avait oublié d’enlever le bijou que lui avait offert papa. Elle risquait d’aller en prison, et peut-être pire pour l’avoir porté.
    Déborah enserra ses bras autour de mes jambes. Elle pleura. Je crois qu’elle aussi avait eu peur. Elle ressentait toutes mes émotions. A peine étions-nous sorties des toilettes, que nous tombâmes sur l’ecclésiastique. Il jeta un regard à droite et à gauche avant de chuchoter, lui aussi :
    – Soyez un peu plus prudente à l’avenir. Le crime ignore parfois la beauté pour assouvir ses démons.
    Je lui pris les mains et je les embrassais en balbutiant :
    – Merci, merci…
    Il posa une main au dessus de ma tête puis sur celle de ma fille avant de pénétrer dans le soufflet qui le séparait du wagon suivant. La main de ma fille serrée dans la mienne, je rejoignis mon compartiment. Il n’y eut pas d’autre incident durant le trajet. L’officier resta très correcte, affable même. D’ailleurs, il facilita le contrôle d’identité qu’entreprirent deux gendarmes. Ils se montrèrent peu zélés en me voyant discuter avec un officier de l’armée d’occupation. Je descendis du train à Bordeaux. Ma tante nous attendait. Elle poussa un soupire de soulagement lorsqu’elle nous aperçus enfin à l’extrémité du quai. Nous pûmes nous installer confortablement dans son appartement qui jouxtait la place de la Bourse. J’attendis de longs mois la venue de mon mari. Ce fut en vain. Il était resté un peu trop longtemps à Paris. Il fut dénoncé et emporté dans la rafle du Veld’Hiv, en juillet 42. Lui qui adorait le vélo, ce fut un dôle de spectacle qui l’attendait dans le vélodrome. Lui aussi il prit le train, mais la destination lui fut imposée. Il mourut à Dachau. Je n’ai jamais revu le prêtre qui avait sans doute empêché que je subisse le même sort. Alors, de temps en temps, je rentre dans une église pour faire brûler un cierge afin que son dieu veille sur lui.

  6. Maguelonne dit :

    Nous nous sommes séparés sur le quai, j’imagine, puis j’ai sauté dans le train. Il a du partir à l’heure, via Bordeaux mais je n’en suis pas sûre. Je crois que mon chéri m’a larguée. Je ne me souviens plus très bien de ce qui s’est passé après. Il me semble avoir vu la mer, ou des montagnes à l’horizon. Mais moi je voulais juste dormir, dormir. La seule chose que je sais c’est que j’ai eu des ennuis au retour et que ça a empiré. Je vous raconte.
    J’ai dormi mais réveil brutal. Je suis tombée du lit et me suis ouvert le front sur la table de nuit. Je saigne mais je n’irai pas chez le toubib. Il y a le cimetière juste à coté. Alors un coup de gel désinfectant : ouille, ça pique, ça pique ! Puis scotch pour serrer la plaie. Çà ira.
    Brusquement, un éclair de lucidité : Trognon, mon Trognon. Trognon c’est mon dindon. Un dindon au superbe plumage à prédominance noir brillant. Sa queue en éventail est magnifique. Sa tête est couverte de sorte de verrues rouges, une caroncule rouge elle aussi s’allonge pour former au bas du cou une pendeloque de chair. J’adore Trognon, c’est ma Peluche, mon Doudou. Mais c’est un dindon glouton qui doit être affamé à l’heure qu’il est.
    Je vais dans le jardin et là m’accueillent Lucifer et Blackmiaou, les chats de la voisine. Horreur, les chats se lèchent les babines au dessus d’un tas de plumes noires brillantes. C’est un mauvais tour de cette sorcière qui est jalouse à mort. Trognon était trop trognon. Il me faisait plein de câlins alors que ses chats la griffent et lui crachent dessus. Je vais attraper les matous et en faire un civet à la moutarde aigre.
    Je me précipite, me prends les pieds dans la chaise en fer forgé et me fracasse sur la table, en fer forgé elle aussi. J’y laisse une incisive supérieure. Je n’ai plus un rond pour réparer les dégâts. Lumière : ze dirai que z’ai les dents du bonheur. Mes malheurs ne sont pas finis : voilà que ze zozote. Quelle foutue journée !
    BAOUM, BAOUM, ça frappe violemment à la porte.
    « POLICE, OUVREZ ».
    Je suis face à six chauve souris bottées, casquées. Ils me bousculent, je bafouille.
    « Perquisition. On sait tout. Vous êtes une mule ».
    On peut me confondre avec une mule, pensais je ?
    « Où est la drogue ? Avouez ».
    Euréka, c’est cette rosse de voisine. Elle envie mes amoureux et veut me nuire. J’ai la tête comme une grosse citrouille, mais une citrouille remplie de purée. Les keufs me hurlent dessus. Je ne connecte plus. Alors je fais ce que je sais faire le mieux : je souris de toutes mes dents moins une. J’en ai mal aux zygomatiques.
    Miracle : un casqué botté soulève son casque et me sourit. Il a les yeux bleus et les dents du bonheur comme moi. Aurai je trouvé le grand amour, serait ce la fin de cette journée pourrie ? Il s’approche en souriant béatement.
    « Riri, t’es fou. C’est une mule »
    « La voyante l’avait prédit. L’amour frapperait à ma porte avec les dents du bonheur »
    Il s’approche de moi. Ses collègues lui sautent dessus. S’ensuit une mêlée de rugby dans laquelle je plonge sans hésitation. Les bras, les jambes s’emmêlent, les casques volent…
    « Mon amour tient bon, z’arrive »
    L’amour ne fait pas tout. Riri et moi finissons dans le panier à salade, puis au violon. Nos cellules sont voisines. Nos regards se croisent, nos doigts se frôlent…
    « Mon amour, enfin je t’ai trouvé. Je t’aime »
    « Mon amour, ze t’aime auzi. Plus rien ne nous zéparera ».
    C’est bien gentil tout ça mais cette journée m’a crevée. Faut que je dorme.
    Le jour se lève.
    « Bonzour mon cœur, ze t’aime encore »
    « Moi aussi trésor. Me faut un café »

  7. Michèle B.Beguin dit :

    Nous nous sommes séparés sur le quai, j’imagine, puis j’ai sauté dans le train.
    Il a dû partir à l’heure via Bordeaux, mais je n’en suis pas sûr. Je ne me souviens plus très bien de ce qui s’est passé après, il me semble avoir vu la mer ou des montagnes à l’horizon.

    La seule chose que je sache, c’est que nous avons eu des ennuis au retour de nos vacances, et qu’ils ont empiré quand j’ai dû lâché la main de maman.

    Je dois la quitter, elle viendra dans 15 jours, ou 10, ou 20, je sais plus. Mais je sais que je dois aller jusqu’au terminus, enfin je crois !

    Je me pelotonne sur le siège rouge près d’une vitre et je regarde les passagers qui sont dans le même wagon. Une fille me sourit, elle a environ 18 ans, pas sûr. Est-ce que je la trouve belle ? je sais pas et pourtant elle semble me plaire. je ferme les yeux, je ne veux pas lui sourire, je n’ai rien à lui dire, je ne sais pas comment on fait pour leur parler à ces filles qui me troublent…me troublent? est-ce vrai ? je ne sais pas je ne comprends pas tout. Ma tête me fait mal, quand j’essaye de voir plus loin, en mode investigation.
    Je préfère dormir.
    Je regarde dehors et ne reconnais rien, mais je vois toujours la mer, je ne sais pas où je suis. Je sais juste que je dois descendre au terminus. Maman me l’a fait répéter plusieurs fois. « descendre au terminus »
    Le train s’arrête, je regarde si je vois le mot « terminus » et j’entends « 5mn d’arrêt ». Je crois que je ne dois pas descendre. Il repart dans un léger soubresaut.
    Je m’endors sur le mouvement lancinant du wagon. J’aime rêver car dans mes rêves « je sais ». Tout y est simple. Je reconnais les lieux, les odeurs, le sens de ma direction. Je ris beaucoup. Je me vois vivre avec bonheur. Mes amis sont là. Je conduis une grosse moto. Je sais même ce que je dois faire et comment me comporter.
    Quand je me réveille, tout est lourd, complexe, je ne sais plus ni quoi, ni comment.

    « Tout le monde descend » cette voix qui a crié m’a fait sursauté. Je dois sûrement descendre, tout le monde descend… Il n’y a plus personne, donc ce doit être le terminus.

    Sur le quai, il me semble avoir reconnu un visage familier qui vient vers moi.
    « Bonjour Hubert, tu me reconnais, je suis Paul ? c’était bien ces vacances ? »
    « Je crois que oui »
    Je marche à ses côtés. je monte côté passager. Je n’ai rien à dire, je ne sais pas quoi dire, je ne sais même pas où l’on va.
    Lorsque la voiture stoppe devant le bâtiment psy, je sais… Je vais devoir travailler et travailler encore pour me souvenir. Mon accident a fait beaucoup de dégâts, ai-je entendu dans mon coma !

    Ah si je me souviens, Je m’appelle Hubert et j’ai eu 20 ans, il y a quelque temps.

  8. Sylvianne Perrat dit :

    Nous nous sommes séparés sur le quai, j’imagine, puis j’ai sauté dans le train.
    Il a dû partir à l’heure via Bordeaux, mais je n’en suis pas sûr. 
    Je ne me souviens plus très bien de ce qui s’est passé après, il me semble avoir vu la mer 
    ou des montagnes à l’horizon. 
    La seule chose que je sache, c’est que nous avons eu des ennuis au retour et qu’ils ont empiré. En fait, je ne me souviens pas d’être revenu. Suis-je resté là-bas ? Mystère ! D’où mes ennuis, je suppose. Un dernier souvenir, la gare. Ce bruit, ces gens, ces sifflets perçants et cet au revoir qui sonnait comme des retrouvailles. Est-elle montée avec moi, au dernier moment dans un élan. Je ne m’en souviens pas, je l’ai espéré, mon cœur s’en souvient. Aujourd’hui, amnésique me dit-on, je mélange souvenirs et désirs. Souvenirs et peurs. Ma vie est comme un rêve ou un cauchemar. Je ne me souviens pas de ma vie d’avant, avant l’amnésie. C’était comment le quotidien où l’on se souvient de tout, où l’on amasse tous les faits, les pensées, les émotions ? Cela doit être fatigant. La tête pleine de tout. J’aime bien ma tête vide, dans les nuages. Un joli brouillard d’hiver.
    Comme un enfant, je découvre et redécouvre les choses à chaque instant. Chaque coucher de soleil est le premier. Je découvre chaque matin le goût du pain…
    Elle m’a dit qu’à mon retour les ennuis ont empiré. Elle parle de mes trous de mémoire, je suppose, je ne m’en souviens pas. C’est comme les trous noirs de la galaxie, d’où viennent-ils et que deviennent-ils ?
    Elle me parle d’avant, me montre des photos pour me stimuler me dit-elle. Je fais semblant. Le passé ne m’interesse plus. Il paraît que j’étais historien avant.

  9. Kyoto dit :

    – Chéri, aurais-tu vu mon écrit du samedi matin ?
    – Ma foi, non ! Pas vu, pas pris !
    – Cela fait des heures que je le cherche, pas moyen de le trouver.
    – Et c’est quoi le thème cette fois ?
    – Ah ! Il me semble que c’est l’histoire d’un couple. L’un part, l’autre reste. Je crois me souvenir d’un départ en avion vers Ibiza.
    – Ibiza ? Ça me dit quelque chose.
    – Tu aurais donc lu mon texte ?
    – Non, mais il s’est passé un truc à Ibiza. J’ai vaguement entendu à la télé. Et ensuite ?
    – Je crois que le voyage fut triste et terne. Le personnage, assis près du hublot, n’a rien vu. Ni montagne, ni mer. Ni la lune, ni une étoile. Je me demande s’il n’a pas évoqué l’explosion d’un ou deux volcans. Mais je n’en suis pas sûre.
    – Si je comprends bien, le texte de la proposition hebdomadaire est bien long ?
    – Peut-être ? Ou pas ! C’est le ressenti que j’en garde ! Mais je peux me tromper. Je sens comme un malaise. Ça me donne la nausée. J’ai l’impression qu’au retour les ennuis sont arrivés, sans crier gare. Tiens, en disant le mot gare, je me dis que c’était plutôt un voyage en train…vers Lyon. A moins qu’ils soient partis tous les deux en voiture et qu’au retour ils ont eu un accident et que maintenant ils sont à la clinique Meilleurs Secours et…
    – Stop ! Chut ! Débranche ! Et si, pour te changer les idées, nous partions déjeuner au petit restaurant du coin que tu apprécies tant.
    – Quoi ? Il est déjà treize heures et je n’ai pas encore écrit ce texte. Ah ! Ces exercices d’écriture créative vont me rendre folle

  10. françoise dit :

    Nous nous sommes séparés sur le quai, j’imagine, puis j’ai sauté dans le train.
    Il a dû partir à l’heure via Bordeaux, mais je n’en suis pas sûr. 
    Je ne me souviens plus très bien de ce qui s’est passé après, il me semble avoir vu la mer 
    ou des montagnes à l’horizon. 
    La seule chose que je sache, c’est que nous avons eu des ennuis au retour et qu’ils ont empiré.
    Le train avait une heure de retard. J’avais fait le voyage debout et de ce fait j’avais les jambes en coton.Heureusement ma femme devait venir me chercher en voiture. Hélas, quand je sortis de la gare elle n’était pas là. Je l’appelai sur son portable mais apparemment il n’avait pas été allumé.
    Je hélai un taxi et rentrai chez moi. Le cadenas de la barrière fermait toujours la barrière, les volets n’étaient pas ouverts. Le chauffeur de taxi qu’un client attendait plus loin me quitta.
    J’appelai un serrurier en vain, puis les gendarmes ; ils forcèrent la barrière puis la porte d’entrée et ouvrirent les volets.
    Apparemment ma femme était sortie ou n’était pas rentrée la veille au soir.
    Soudain mon portable sonna :
    _ Je suis à la gare ! Où es-tu ?

    – à la maison !
    – Attends-moi j’arrive !
    – O.K.

  11. CATHERINE M.S dit :

    Nous nous sommes séparés sur le quai
    J’imagine en tout cas
    Je ne m’en souviens pas
    Puis j’ai sauté dans le train
    Je sens encore sa main
    Qui ne me lâchait pas …
    Il a dû partir à l’heure
    On a traversé Bordeaux
    La ville du bonheur
    J’ai vu qu’il y faisait beau
    Un jour j’y retournerai

    On avançait à vive allure
    J’apercevais quelques toitures
    Une vie en miniature
    Derrière la vitre un ciel pur
    Et puis la mer
    Je crois
    Avec des montagnes là-bas
    A l’horizon
    Où était-ce une illusion ?

    La mer
    Je ne me souviens plus de son odeur
    Et tout à coup j’ai eu très peur
    La mer
    L’odeur du malheur
    Je ne suis pas sûre
    De ce qui s’est passé après
    Combien y a-t-il eu d’arrêts
    Ai-je fait demi-tour
    Et à mon retour
    Est-ce qu’il m’attendait ?

  12. Nadine de Bernardy dit :

    Nous sommes séparés sur le quai d’une gare, mais laquelle? . stop . Ai sauté dans un train qui partait, prétendait on, à l’heure pour Bordeaux . stop . Ai demandé ce qu’était Bordeaux . M’a été répondu: vous verrez ça au retour mais attendez vous à des ennuis . stop . Ai la mémoire qui flanche, ne me souviens plus très bien ensuite . stop . Ai eu beau chercher, n’ai pas trouvé d’ennuis, mais un petit bal perdu au milieu des gravats, ne me souviens plus du nom du bal perdu . stop . Me souviens des filles du bord de mer entr’aperçues par la vitre du compartiment. stop . Etait ce avant ou après le petit bal perdu qui s’appellait,qui s’appellait …..Comment l’appellait on ? . stop . Le train filait vers Lourdes, ai vérifié sur mon billet enregistré à un nom qui ne m’était pas familier, ou alors ne l’ai pas reconnu . stop . Un voyageur anglais est descendu à Bordeaux en criant « forget me not please » . stop . La nuit tombait sur Lourdes à notre arrivée. On nous a mené tout droit vers les magasins de souvenirs . stop . M’y suis fait un stock .stop . Pense être de retour la semaine dernière ou d’un jour à l’autre.

  13. iris79 dit :

    Nous nous sommes séparés sur le quai, j’imagine, puis j’ai sauté dans le train.
    Il a dû partir à l’heure via Bordeaux, mais je n’en suis pas sûr.
    Je ne me souviens plus très bien de ce qui s’est passé après, il me semble avoir vu la mer
    ou des montagnes à l’horizon.
    La seule chose que je sache, c’est que nous avons eu des ennuis au retour et qu’ils ont empiré.
    Écrivez la suite de ce texte amnésique
    Après s’être arrêté en pleine campagne sans explication, nous sommes restés là, hagards à nous regarder sans savoir quoi faire. Certains voulaient sortir mais les portes étaient fermées. Les contrôleurs étaient introuvables, même le train semblait abandonné sans conducteur. Un épais silence s’abattit sur nous en même temps qu’un brouillard froid et humide. Nous finîmes tous par nous tasser dans nos fauteuils un peu fébriles, apeurés, étonnés, effrayés même. Les portables ne passaient plus. Il fallut nous en remettre à notre destinée et à une instance directrice invisible. On ne sut jamais vraiment combien de temps nous restâmes ici. Toutes les montres et horloges s’étaient arrêtées. Le train s’ébranla ce qui nous sembla quelques heures plus tard et reprit de la vigueur en même temps que sa vitesse de croisière. Certains retrouvèrent leurs esprits, les murmures se firent plus insistants, les conversations chassèrent les silences mais quelque chose avait changé. Certains passagers découvrirent des traces sombres sur leur peau. La plupart des usagers semblaient désorientés. Ils ne savaient plus qu’elle était leur destination, et moi non plus pour être honnête.
    Nous attendîmes donc l’arrêt suivant pour lire notre point d’arrivée et je sortis guidé par un lointain souvenir très confus. Je descendis du train suivi par d’autres passagers hésitants.
    Les badauds sur le quai nous épiaient comme si nous arrivions d’une autre planète et pour être honnête je me posai la question. Je pris le parti de m’asseoir un moment. Quelque chose avait changé. Mon regard balayait les alentours. Attiré par les couleurs criardes des photos illustrant les journaux de la boutique, je me levais et me dirigeais comme hypnotisé par l’appel des unes de la presse. Arrivé devant le portique, je saisis le quotidien qui m’était familier mais dont la typographie semblait datée. Mes yeux tombèrent sur la date : 16 mars 2020…Que faisions-nous deux ans plus tôt? Un frisson me parcourut l’échine.

  14. LURON'OURS🐻 dit :

    🐻 CHOC EN RETOUR
    Ma mémoire est une boîte noire, j’habite un trou de mémoire, une gare de triage. Depuis mon premier pas et jusqu’au dernier soupir tout se déroulera vertigineusement quand je partirai, quand je m’en retournerai. Je le sais, si j’ose dire je l’ai déjà vécu. Un robuste infirmier a fait irruption dans ma chambre, a relancé la machine. Depuis, dans ma cage, j’ai une petite boîte, un métronome. Je suis réglé comme du papier à musique, un vrai tchouk tchouk nougat, Tintin et son toutou tout à la fois.
    🐻 Claud’Ours

  15. FANNY DUMOND dit :

    Nous nous sommes séparés sur le quai, j’imagine, puis j’ai sauté dans un train.
    Il a dû partir à l’heure pour Bordeaux, mais je n’en pas sûr.
    Je ne me souviens plus très bien de ce qui s’est passé après, il me semble avoir vu la mer ou des montagnes à l’horizon.
    La seule chose que je sache, c’est que nous avons eu des ennuis et qu’ils ont empiré. 

    IL devait me rendre dans un mois à son éditeur qui lui mettait la pression, mais ce matin-là IL s’aperçut qu’IL avait perdu son ordinateur. IL fouilla, de la cave au grenier, sa maison nichée au fond des bois et dans laquelle IL trouvait son inspiration.

    Moi, son incipit, je lui étais venu dans la nuit et IL se rappelait s’être levé pour me saisir son PC. Affolé et dégoûté, IL se rendit au café-restaurant dans lequel IL se rappelait avoir travaillé, la veille, sur une tribune qu’IL avait envoyée à un journal. Mimile, le tenancier et gazette du village, lui apprit qu’il n’avait pas retrouvé l’ordinateur et que, bien entendu, il se serait empressé de l’avertir. Le laissant jacasser, mon créateur se dit :  » ce n’est pas possible, il était bien chez moi cette nuit.  » IL trouva sa clé de sauvegarde dans une poche de son blouson et se rendit, à toute allure, au cybercafé de la ville voisine, située à vingt kilomètres de son havre de paix. IL eut beau fouiller dans ses fichiers, mal classés, IL constata qu’IL ne m’avait pas enregistré. Et pendant ce temps, le temps tournait. IL avait signé ce contrat après le succès de son premier roman, mais l’inspiration avait disparu, tout comme la griserie de sa gloire. 

    De retour chez lui, IL s’installa à sa table de travail avec une ramette de papier et tenta de me faire resurgir. Tout à ses tentatives de se souvenir de moi, IL fut tiré de ses intenses cogitations par son téléphone. Il s’agissait de son amie qui lui apprit qu’IL avait oublié son joujou chez elle, la nuit dernière. IL poussa un ouf de soulagement, bien qu’IL se demandât s’IL ne devenait pas fou. IL se surprit à comprendre qu’IL était perdu dans le temps et qu’IL confondait les jours.
     
    Après avoir récupéré son outil de travail, IL me retrouva dans l’icône en forme de nuage et je pus reprendre mes aventures dans son décor bordelais et avec ses personnages, dont un soufrait de burn-out. 

  16. Nouchka dit :

    Ecoutez Monsieur l’agent, je ne sais plus. Nous nous sommes séparés sur le quai j’imagine, puis j’ai sauté dans le train.
    Il a dû partir à l’heure via Bordeaux, mais je n’en suis pas sûr. Je crois qu’il y avait une question de couleur. Si ce n’est pas Bordeaux, c’est peut-être Le Mont Dore, Orange, Montrouge, Roquebrune ou Châteauroux….
    Je ne me souviens plus très bien de ce qui s’est passé après. Il me semble avoir vu la mer ou des montagnes à l’horizon.
    Depuis que le train s’est disloqué, j’ai mal au cou. Je me suis retrouvé sur la voie, il y avait du vent, l’odeur agressive et piquante de caoutchouc brûlé ; j’entendais des voix autour de moi qui appelaient des prénoms et demandaient de l’aide.
    Quelqu’un m’a accompagné jusqu’à cette salle et maintenant, je réalise que je n’ai ni mon sac ni ma valise. Je n’ai donc plus le téléphone dans lequel tout est stocké.
    Le seul numéro qui me reste en mémoire est le ENT 00 65, le numéro de mes parents quand j’étais enfant.
    Je ne comprends pas pourquoi j’étais dans le train en direction ou venant de Bordeaux, je ne sais pas trop. Ce n’est pas une ville qui m’est très familière.
    La seule chose que je sache, c’est que nous avons eu des ennuis au retour et qu’ils ont empiré. Enfin, je dis au retour mais je ne sais pas où j’allais ni où je dois me rendre. Je n’ai que des impressions, aucune certitude. Si encore j’avais retrouvé mon sac et mon téléphone, je saurais qui je suis et où j’habite. Peut-être y a-t-il quelqu’un qui s’inquiète de ne pas me voir.
    Je suis fatigué ; si vous me permettez de dormir un peu je serai plus lucide au réveil. J’essaie de ne pas paniquer mais c’est difficile. Qu’est ce qui va m’arriver sans argent, sans papier, sans mémoire ?
    J’ai froid ; j’ai envie de dormir et d’oublier toutes ces interrogations qui m’angoissent…
    Laissez-moi dormir s’il vous plait Monsieur l’agent.

  17. Dominique PORHIEL dit :

    Nous nous sommes séparés sur le quai, j’imagine, puis j’ai sauté dans le train.
    Il a dû partir à l’heure via Bordeaux, mais je n’en suis pas sûr.
    Je ne me souviens plus très bien de ce qui s’est passé après, il me semble avoir vu la mer
    ou des montagnes à l’horizon.
    La seule chose que je sache, c’est que nous avons eu des ennuis au retour et qu’ils ont empiré.
    Enfin … « empiré » … je suppose !
    Parce qu’à bien réfléchir – à supposer que j’en sois encore capable – de quels ennuis s’agit-il ? Je n’en sais rien … ou plus rien !
    Et puis pourquoi plusieurs ? Un seul ennui c’est déjà bien suffisant.
    Moi, mon ennui maintenant, c’est que je n’en ai pas … des ennuis !
    Tout le monde a des ennuis, des gros, des petits, des pas trop graves …
    Moi, pas ! Parce que pour avoir des ennuis ou même un seul, il faudrait pouvoir imaginer que ce qui se passe, ne devrait pas se passer.
    Mais pour ça, il doit falloir des trucs qu’ils appellent « repères » ; je ne sais pas ce que c’est ni à quoi ça sert exactement. Je ne m’en souviens plus. Mais ce que je sais c’est que je n’en ai pas, moi, des repères !
    J’aimerais bien être comme tout le monde : pouvoir dire moi aussi « ah la la, si vous saviez … j’ai un ennui » … rien qu’un seul !
    Mais vu la tête qu’ils font tous en racontant leurs « ennuis » je me dis que c’est peut être une chance de ne pas en avoir !
    Pour moi, tout va bien ! Merci !

  18. jean marc Durand dit :

    Comment me souvenir d’un improbable retour alors que l’aller s’effaçait si vite ? La vie sépare tout le monde, surtout ceux qui croient s’aimer.

    Tu voulais, je crois voir la mer et moi la montagne. Tu croyais en une présence omnisciente vaporeuse, je te cuisinais des petits légumes. Le train de cette vie est parti sans moi.

    De toute façon, je ne supportais que les TPV, les petits tortillards, ceux qui vous baladent dans les circonvolutions du cerveau. Les paysages de l’intérieur me proposaient de jolis ponts enjambant les remous boueux du passé.

    Parfois, la roue d’un vieux moulin transportait les petits cailloux. Je m’imaginais un chemin égaré entre ici et nulle part, une illusion de route, sans bornes, sans péages.

    J’avais toujours un couteau dans ma poche. Je taillais dans le bois des sifflets et des flûtes. Je tentais de causer aux oiseaux. Ils se moquaient de moi, gentiment, m’incitaient à suivre un stage auprès de maître Rossignol.

    Je ne me souviens pas du temps passé à oublier ce temps passé. Ce fut, je le suppose, assez rapide. Tout ce qu’on oublie, n’est paraît’il pas important. Certainement pour pouvoir continuer.

    Moi, il ne me restait qu’un vague filet, j’avais beaucoup tranché dans les reflets de certitudes. Cela ne me paraissait pas plus mal. Ca m’éviterait peut-être, avec l’âge, le bourelet de traces graisseuses et les reliques de rides creuses.

  19. Antonio dit :

    Quoi, j’ai dit « nous » ?

    Oui, la fille qui était assise à côté de moi. Elle allait à Paris, aussi, pour le salon du chocolat, je crois.

    Mais je vous jure que ce train allait à Paris. Quelqu’un a dû le détourner. Que vouliez-vous que j’aille faire à Bilbao ?

    Bien sûr, je n’ai pas vu de Tour Eiffel. Mais il y avait le métro. Et moi, je suis allé au bout de la ligne 1, comme on m’avait dit, dans le quartier de la Défense, pour mes affaires.

    Ça ne vous regarde pas !

    C’est parce que je me suis perdu. Un groupe de touristes espagnols m’a juste dit de revenir vers la gare. C’est là que j’ai dû la revoir et que les ennuis ont commencé.

    Bah, la fille ! Elle était assise dans un salon de thé, à boire un chocolat. Ça me revient. Elle n’avait pas complètement tout perdu au change. Mais elle semblait plus perdue que moi, même horrifiée. Je me suis installé à côté d’elle quand un type a débarqué et m’a giflé. Ça, je me souviens. Il était grand et costaud dans une sorte de cache-poussière d’un western de Sergio Leone. Ça m’a fait mal.

    Bah, qu’est-ce que vous auriez fait à ma place ? Franchement, je ne m’en souviens plus, sans doute j’ai dû lui rendre. Mais bon, cela est-il, on s’est retrouvés dans le train, sains et saufs, pour rentrer à Bordeaux. Enfin, je croyais…

    Écoutez, je ne sais par quelle opération du Saint-Esprit nos billets nous ont conduits là, mais le cauchemar espagnol n’était pas terminé, il a fait escale à Madrid. Ça, je ne risque pas de l’oublier.

    Bah, parce que quand vous êtes attendus à l’arrivée par trois autres cache-poussières, l’air patibulaire, vous ne cherchez pas à savoir ce qu’ils cachent sous leurs impers. On a filé à travers les voies pour prendre le premier train sifflant un départ imminent sur le quai suivant.

    Mais comment je pouvais savoir ? Barcelone ? Si vous le dites, personnellement je n’en ai aucun souvenir. À part, cette chambre d’hôpital. Je suppose qu’ils ne m’ont pas raté à l’arrivée. Et la fille, qu’est-ce qu’ils lui ont fait ?

    — Votre femme va bien. Elle est rentrée à Béguey. Elle a eu plus de peur que de mal quand vous avez giflé deux agents de la Guardia Civil après l’avoir projetée sur une voie heureusement désaffectée, en lui criant de fuir. Nous l’avions avertie, pourtant, que ce voyage était une mauvaise idée, mais elle pensait, au contraire, que cela raviverait de bons souvenirs.

    — Oui, mais… et la fille ?

  20. Akpo Cecile dit :

    Réminiscences

    Toute référence à un célèbre auteur n’est que pure coïncidence bien sûr…

    Je me souviens que j’ai sauté dans le train  parce qu’on s’est disputé .
    Je me souviens que je voulais partir quelques jours prendre l’air ,me changer les idées, oublier mes soucis et y voir plus clair.
    Je me souviens de l’état dans lequel j’étais avant de partir .
    Je me souviens des vêtements que tu portais sur le quai,  du temps qu’il faisait ce jour là.
    Je me souviens de la personne à côté de moi dans le train et des paysages qui défilaient par la fenêtres.
    Je me souviens que j’ai rien mangé  dans le train.
    Je me souviens que ma mère m’a.appelé ,que je lui raconter mes misères, qu’elle m’a agacé que je lui raccroche au nez.
    Je me souviens que jai perdu mon portfeuille là-bas bas, je me souvenais plus ce que j’en avait fait ,que j’ai du refaire tous mes papiers en revenant .
    Je me souviens qu’au retour  que je me suis disputé avec mon chef parce que j’avais oublié de lui rendre un travail …..

    Je me souviens de tout ca mais  je me souviens plus pourquoi on s’est disputé au départ….

    Je me souviens de l’heure qui tourne  et que je vais bientôt mettre un point final à cette histoire et que je ne vais pas écrire des pages et de pages  sur le blog de Pascal Perrat..

  21. Souris verte🐁 dit :

    🐀 TOUT FOUT L’CAMP !

    Nous nous sommes séparés sur le quai, et j’ai sauté dans le paquebot des mots A LA DÉRIVE… j’imagine… Alors que j’aurais dû sauter dans le train, partir à l’heure via Nice, mais ça, je n’en suis pas si sûr, on ne m’a rien dit à ce sujet-là.
    Je ne me souviens plus très bien de ce qui s’est passé après, il me semble avoir vu la mer ou des montagnes à l’horizon.
    La seule chose que je sache, c’est que nous avons eu des ennuis au retour et qu’ils ont empiré.
    J’ai mal au cœur et j’ai peur.
    C’est en passant dans le tunnel que j’ai senti un froid. Déshabillé de la mémoire des mots. Une dispute avait annoncé les prémices de cette fuite… Un bonhomme en uniforme m’a demandé mes papiers et si j’étais vacciné… -Majeur et vacciné j’ai répondu.
    Un air de sévérité lui a couvert le visage comme un masque. J’ai bien compris qu’il ne rigolait pas. C’est là que ça s’est embrouillé, j’ai buté sur  » contrainte  » et cette contrainte a fichu sur la figure d’  » obligation  ». De toute part j’entendais  » Calmez-vous… Vous vous appelez comment ? »
    Allez savoir ! Hommes, femmes, tout se mélangeait cul par dessus tête. Terrassé par une vague plus haute que les autres je me suis retrouvé allongé sur le livre blanc d’une ligne dans un hôpital de grammaire.
    Le sujet précède l’auxiliaire…
    Ce doit être la personne en blanc qui gesticule un stylo pointu à la main un flacon dans l’autre qui ne sent pas le rhum…
    – On va lui faire le rappel du  » Revenez-y  » ça ne peut pas lui faire de mal…
    Si seulement ça pouvait me faire du bien !
    Je me voyais déjà couché entre deux tirés… au milieu des collines, un petit cheval Blanc caracolant devant autant que derrière…
    Je n’en menais pas large.

    La piqûre a fait effet, je me sens beau mieux dans mon pré à gambader à côté de Joly Jumper…
    🐀 Souris verte

  22. Laurence Noyer dit :

    L’amnésie du subjonctif passé

    Que nous nous décantatasses au café de la gare, après que je godasse mon piedàcoulisse dans l’ominibusse…
    Qu’il vinasse à l’heure de l’angélusse, mais que je m’en fougasse…
    Que je ne me réminiscence plus bien de ce qui province après Chablis, quand il m’alsasse le Riesling d’avoir vu des esquimosses ou du verglasse à l’Albinosse…
    La seule chose que je sache, c’est que nous gargouillassions au retour en gazouillisse et gribouillisse.

  23. camomille dit :

    Ce dont je me souviens, ce dont je me souviens…
    Mais non, je ne me souviens plus de tes cris, de tes pleurs, de la couleur de ta valise.
    Mais non, je ne me souviens plus de mes excuses, de mes mots maladroits, du bruit autour de nous.
    Nous nous sommes séparés sur le quai je crois bien ?

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