524e exercice d’écriture créative imaginé par Pascal Perrat

Exercice d'écriture très créative

Brossez à grands traits le portrait de la personne qui bouge toujours sur la photo.


« Cesse de réfléchir, de raisonner et calculer, laisse ton imagination s‘en aller rêver » Pascal Perrat

33 Responses

  1. Catherine dit :

    Ok j’ai compris. Rien à faire. INFOTOGRAPHIABLE
    « –  Mina va chercher la brosse à dents dans le gobelet avec les cœurs verts et les dents diamants de la pouffiasse qui me nargue tous les soirs. Oui c’est cela. Ma brosse à dents bleu nuit que j’utilise après les dîners chez les T le samedi. Oui ne t’en fais pas, nous sommes que mardi, je trouverais
    bien quelques minutes pour aller chez Monop. »
    Marc, artiste de son état, diplôme es photographie, s’empara avec une délicatesse inaccoutumée d’un instrument qu’il avait jugé de torture depuis sa plus tendre enfance, et avec une habilité toute particulière exécuta un geste ample, net, précis sur le soit-disant portrait de Sacha qu’il avait pris soin au préalable d’enduire de dentifrice. Pauvre gosse ! Il ne restait plus que de ce pauvre fils unique, un corps fait de vides et de pleins, une radiographie d’une chair meurtrie traversée par de non moins opaques lignes blanches, larges et épaisses, et incroyablement perpendiculaires. De grandes bandes blanches semblables à la vision quotidienne du matin quand en pénétrant dans le salon il apercevait le store passé et pleins de trous de l’épicier même en plein brouillard. Mais pourquoi envoyer à tante Suzanne l’image d’un formidable fantôme se demanda t-il.Certes, à ses yeux Sacha n’avait jamais été très vivant; et pour cause. Avec cette foutue maladie, qui empêchait Sacha de rester en place, maladie de la volonté ou de la raison, c’était selon, Marc et Mina avaient toujours veillé à un subterfuge de dernière minute prêt à l’emploi. L’objectif était de rendre Sacha invisible, le moins respirant possible grâce à l’administration d’une pharmacopée savamment dosée. Et ici après tout les choses se cadraient même à la perfection. D’ailleurs on avait souvent entendu tante Suzanne dire «  Pauvre gosse, trop sage… Ce gosse finira ou par se suicider ou en prison. »
    «  Ne t’en fais pas » avait alors coutume de répondre Marc. « C’ un enfant sage; mais il sait s’amuser. C’est juste que l’air de la campagne le fige toujours dans une drôle de torpeur. Allez savoir, ça lui passeras un jour. »
    «  Tu ne vas comme même pas envoyer cette photo à tante S ? » venait de s’insurger Mina . « Et pourquoi non ? Tu sais bien que tante Suzanne est aujourd’hui aveugle depuis l’acide jeté par son méchant voisin; il suffira de lui dire que nous lui envoyons la photo de Sacha, on n’aura même pas à lui dire d’y jeter un bref coup d’œil.–  Avec les marques de ton dentifrice en guise de signature ? –  Et bien quoi, je lui ais fait un joli portrait. Original non ? Mieux que le flou opaque provoqué par ces mouvements dans le vent…–  Ah Marc si seulement tu avais été un vrai, un meilleur photographe, tu aurais…Les photographes savent s’arranger avec ce genre de choses.–  Peut-être, mais ce diplôme si je ne l’avais pas acheté à ton frère crois-tu qu’en ce moment nous serions ici toi et moi à se dorer sur cette plage paradisiaque des Bahamas en attendant ce reportage qui nous assurera la villa ? Et puis tu vois, ce titre d’artiste je ne l’ai pas volé…Car regarde ces grands traits blancs, il fallait y penser; et bien ce couturier J-P G est lui devenu milliardaire avec des rayures… –  mais tu ne vas comme même pas vendre cette photo des milliards à tante S ….–  Et bien pourquoi pas si je lui parle d’investissement, taux d’attraction, rentabilité…–  Ah marc, mon chéri tu est incroyable, incorrigible même…–  Bah oui et c’est pour cela que nous sommes ensemble depuis 20 ans …Enfin pour l’instant… » Et il enferma la photographie dans une enveloppe cachetée et timbrée avec un joli mot adressé à tante Suzanne. Ce gosse était décidément un trésor.

  2. Soledad Granger dit :

    Brossez à grands traits le portrait de la personne qui bouge toujours sur la photo.

    La prairie est verdoyante
    , c’est une journée magnifique. Ils sont venus en groupe, famille et amis, apportant avec eux le nécessaire pour dresser la table de pique-nique.
    Ils ont tout porté, la longue planche, les tréteaux, les chaises, la nappe blanche, les paniers, les victuailles, la vaisselle : tout, tout, tout.
    Installés là, dans la bonne humeur, le partage et la joie, ils ont ripaillé, les enfants riant, pouffant à un bout de la table. Les jeunes, les hommes, les femmes, les anciens et leur femmes.
    Et autour d’eux une silhouette, celle d’un être, une personne peut-être insaisissable, bougeait sans cesse, tournant, dansant, célébrant au-delà du visible, une telle joie. Vêtue, d’une robe, couleur de ciel, de pluie, de nuit illuminée d’étoiles, de lune rousse, et de quelques couleurs de pétales de fleurs diverses.
    Lorsque l’oncle Émile a pris les photos. Nul ne l’apercevait. C’était plutôt une présence, une énergie en mouvement. Au delà des apparences.
    Les rayons de soleil traversaient sa transparence, juste cela un être plein de vie, dans les flaques d’ombre derrière les parasols. Nul n’y fit attention. Bien trop occupés à célébrer ce bon moment.
    Ce n’est que dans la chambre noire, après le tirage, tandis qu’il regardait satisfait les photos qui séchaient que l’oncle Émile découvrit cette présence, ce tourbillon, et encore à peine se laissait-il deviner.
    On aurait pu en douter. Pourtant, même si ce n’était pas à grand trait, cet être étrange était bien là.
    Depuis les photos ont vieilli, le temps a passé, les couleurs aussi. Et ne reste plus de trace de son passage. Seul demeure le souvenir et la pensée attendrie de ce beau moment, de cette belle journée festive.

  3. Françoise - Gare du Nord dit :

    L’ECRIVAIN
    Qu’exige-t-il en bougeant constamment sur la photo ?
    Que je vais lui trouver un créneau dans mon emploi du temps quand il sera de passage à Milan? Que je vais procéder à une modification dans ma façon d’écrire pour faire de lui un personnage omniprésent ? Que je vais lui fignoler une intrigue réaliste et romanesque à la fois ?
    Ce rustre, ce balourd, ce butor

    Michel Butor. Poète, essayiste et romancier français.

    SCULPTEUR
    Que cherche-t-il à prouver en refusant toujours de rester immobile sur la photo?
    Que je vais lui ciseler des statues de Discobole ou des bustes d’Apollon ? Lui qui ne mérite que des coups de burin
    Ce conformiste, ce conservateur, ce bourgeois

    Louise Bourgeois. Sculptrice et plasticienne française.

    LE PEINTRE
    Qu’espère-t-il en remuant sans cesse sur la photo ?
    Que je vais gâcher ma palette pour ses poses grotesques ?
    Que je vais user mes pinceaux
    Cet hurluberlu, ce toqué, ce braque

    Georges Braque. Peintre, sculpteur et graveur français. 1882-1963

    LE CUISINIER
    Qui croit-t-il être en s’agitant en permanence sur la photo ?
    Que nous allons lui concocter, à base de produits frais et de qualité, des plats allégés et inspirés d’une cuisine innovante alliant bonne cchère et diététique ?
    Ce rondouillard, ce replet, ce gros

    Les frères Troisgros. Cuisiniers français

    LE PHOTOGRAPHE
    Que cherche-t-il à prouver en gigotant toujours au moment où je dis « On ne bouge plus » ?
    Que je vais changer mon point de vue sur lui ? Que je vais pouvoir l’encadrer ? Que je vais cesser de parler de lui sans filtre ?
    Cet abruti, ce crétin, ce con

    Nikkon. Fabricant japonais d’appareils photographiques et d’optiques 

  4. françoise dit :

    524/Brossez à grands traits le portrait de la personne qui bouge toujours sur la photo.
    J’étais dans une chambre noire éclairée par une lumière inactinique. C’était la première fois que mon patron (qui m’avait pris en stage de formation) me permettait de faire seul les tirages d’une série de photos prises à l’occasion d’une soirée où des jeunes s’étaient réunis pour fêter les 20 ans de l’une d’entre eux. L’héroïne était magnifique : 20 ans , le sosie de Marilyn Monroe à quelque chose près : ce quelque chose près je me promis de le trouver. J’avais au moins 10 photos d’elle avec des poses différentes  tant elle avait bougé ; çà me devrait être possible. Je crois que je n’avais jamais ressenti une telle excitation ; j’en sautai en l’air, si haut, si fort que je renversai mon bac et son contenant, autrement dit le liquide révélateur et les clichés.
    C’est ce moment-là que mon patron choisit pour entrer.
    Devant un tel désastre, sans me laisser aucune chance , il me signifia mon congé.
    Je suis cantonnier depuis 10 ans à Tourrette-sur-loup et suis plutôt content de mon sort et il y a peu j’ai cru reconnaître la personne qui bougeait sur la photo, je dis bien j’ai cru, reconnaître la personne qui bougeait toujours sur la photo
    tant, si c’est elle , elle a changée. Je n’ai pas sauté en l’air,j’ai continué à pousser ma brouette remplie de déchets.

  5. Urso dit :

    Brossez à grands traits le portrait de la personne qui bouge toujours sur la photo.

    – Eh Zoé vient. C’est la photo de fin d’année. Le photographe n’attend plus que toi.
    – Non non je ne veux pas !
    – Viens sinon la maîtresse va le dire à ton papa et à ta maman.

    Zoé 7ans s’était cachée dans les toilettes de l’école primaire et ne voulait pas rejoindre la classe.
    Puis, en entendant les mots de « papa et maman », elle se décida à sortir de sa cachette.
    Lorsqu’elle revint, elle fut accueillie par un hourra et des applaudissements de toute la classe. Et sa maîtresse, lorsqu’elle passa devant elle, lui sourit et lui tapota l’épaule.
    Allons allons dit le photographe. Un petite sourire les enfants, un petit sourire. Regardez le petit oiseau qui va s’envoler.

    Et là Zoé, fillette blonde, avec de longs cheveux bouclés, fit encore parler d’elle.
    On ne sait pas pourquoi elle commença à bouger dans tous les sens et à chanter. Certainement une chanson à elle, car les paroles disaient :
    « Moi je ne suis pas une actrice de cinéma qu’on photographie comme ça à tout va ».
    Puis tout à coup, elle sortit du groupe des enfants et alla voir le photographe. Elle lui dit :
    – Monsieur, monsieur. Moi la photo. Pas pour moi. Je n’aime pas être sur les photos. De toute petite, je suis comme ça. À la maison c’est la même chose. Je ne suis jamais sur les photos.
    Moi comme vous le voyez, je préfère danser, chanter et faire le pitre devant vous.
    – Bon j’ai une idée dit le photographe, en la regardant au fond de ses yeux verts clairs.
    Moi mon travail c’est de faire une photo de la classe. Toi compris.
    – Oh non monsieur.
    – Attend je n’ai pas terminé.
    Pour toi, je te propose d’être tout devant, et de faire tout ce que tu veux : danser, chanter, hurler. Plein de choses comme tu voudras.
    – Ah ah fit Zoé.
    – Tout ce que tu veux, mais je le précise, en étant aussi sur la photo.

    Après ces quelques mots, la fillette blonde, avec un petit nez en forme de trompette, le regarda à son tour et avec un sourire tout malicieux répondit :
    – Ok avec vous monsieur. Je me laisse photographier et je fais ce que je veux bien.

    Alors là Zoé, avec ses jambes toutes menues et ses petites baskets blanche et rouge, commença à faire une danse que personne n’avait jamais vue. Ni à la télévision ni ailleurs.
    Et avec cette danse dont l’origine était inconnue, elle fit rire tout le monde : les autres enfants, le photographe et la maîtresse.
    Et du fait de l’hilarité générale, la photo de fin d’année fut particulièrement réussie.

    Au lieu d’être un cliché de visages tout figés comme on en voit souvent, au contraire ce jour là tous les visages de la classe étaient radieux.
    Cela grâce à Zoé, la petite blonde aux yeux verts clairs, qui des années plus tard devint une grande danseuse.

  6. Françoise Rousseaux dit :

    T’es pas beau, t’es pas beau
    Tu bouges trop sur la photo

    Une minute sans remuer,
    C’est trop te demander ?

    Si tu continues à t’agiter
    Ton portrait sera gâché
    Ah , tu es tout décoiffé
    Et tes habits sont tachés

    Ne souris pas trop
    Tes dents de lait sont parties
    Emportées par la souris
    C’est pas joli sur une photo

    Madame, votre fils a été puni
    Mal peigné , mal assis
    Il n’est pas du tout réussi

    Ah oui ? Où est la faute de goût ?
    Moi je le trouve très chou
    Avec ses yeux fripons
    Ses mèches ébouriffées
    Son sourire édenté
    On dirait un oisillon
    Prêt à s’envoler

    Viens mon chéri
    C’est toi le plus joli

  7. Souris bleue 🐀 dit :

    PHOTO-FLOUE

    Je vais vous brosser à grands traits le portrait d’ un individu qui bouge toujours sur la photo de gens que je ne connais pas.
    1943. Une famille réunie au grand complet avec devant les enfants et les…
    1944 plus de femmes que d’hommes, les enfants arborent de piteux sourires, et toujours devant un flou et une masse noire à côté

    Pas de photo en 45
    Pas de photographe sans doute.

    Mais en 1946 oui et j’y suis ! Sur les genoux d’une personne dont je ne me rappelle rien.
    Les enfants ont grandi comme disait grand-père bedonnant : c’est là qu’on voit qu’on vieillit.
    Et toujours devant un flou et juste à côté on devine la queue d’un chien. Le derrière hirsute…
    1947 J’ai disparu ! La dame regarde un beau Monsieur d’un air énamouré.
    Le flou non plus n’y est plus et moi je suis clouée..
    L’ Hirsute prend la place pour deux.

    Au dos de la photo des noms et quelques explications.
    – François-Eudes est revenu avec un bras de moins mais il est là en compagnie de notre Marianne. La noce est prévue pour juin.
    Il est à noter que AJT, jamais tranquille- surprenant pour un chien d’arrêt ! – a fait son dernier voyage.
    Rebrousse-Poils- qui montre toujours son derrière- se fait vieux et son caractère ne s’améliore pas encore qu’il paraît content de ne plus avoir à partager sa gamelle.

    Voilà ! Vous savez tout.

    Sur le flou oui… Mais moi ?
    🐀 Souris-bleue

  8. Antonio dit :

    C’était à chaque fois pareil, quand on visionnait les photos de Noël, ça nous faisait l’effet d’une gifle.

    Flo n’était jamais en place, elle regardait ailleurs ou restait cachée derrière un frère ou une sœur. Il n’y avait pas une photo potable à envoyer à grand-mère, où on était tous au complet, faciles à compter et à trouver qui était qui. La seule qui manquait ou qui créait un doute, c’était Flo.

    A l’époque, on aurait pu créer le jeu « Où est Flo ? » et y passer des heures. Perso, cela ne m’a jamais amusé.

    On était une famille très nombreuse, ce qui n’était déjà pas une sinécure pour organiser Noël et trouver un sapin assez haut pour dépasser la pile de cadeaux que chacun se faisait à chacun, plutôt deux fois qu’une.

    « Mais je l’ai déjà, tonton Robert vient de me l’offrir ! »

    Alors, certes, la photo de famille était plus garnie qu’une photo de classe, mais ce n’était pas trop demander que de tenir sa place et sa respiration dix secondes en fixant l’objectif de tonton Jacques. Mais ça, les objectifs, notre Flo n’avait jamais su s’en fixer. Le BAC, un amoureux, un job à la boulangerie, elle ne restait pas bien longtemps sur une chaise, sur un homme ou sur un poste, quels qu’ils soient.

    Mais là, la photo de famille, bordel, pour sa grand-mère au Cap-Vert, elle ne pouvait pas faire un effort ?

    On ne lui demandait même pas de sourire, forcément, comme tata Nadine dont le tiraillement du grand zygomatique semblait imiter un esthétique chirurgical raté. Juste qu’au moins on la reconnaisse, pour que mamie sache qui était ma cousine un peu fofolle avec des taches de rousseur. Si on arrivait à voir un bout d’oreille ou de son nez, c’était bien le bout du monde. De son monde, quelque part sur la lune ou dans un profond trou noir d’une dépression sans fond.

    D’accord! on savait qu’elle n’allait pas bien, mais elle pouvait quand même cesser de broyer du noir quelques secondes. Même maman avait arrêté de se ronger les ongles. Et pourtant ! C’est dingue, comme les photos peuvent vous saisir comme vous n’êtes pas. Maman, à chaque prise, on avait le cliché de la mère heureuse, l’œil pétillant, comme si l’attrait de la caméra l’emmenait en une demi-seconde dans le cinéma de la vie qu’elle n’avait pas. Et c’est tant mieux, Mamie n’aurait pas aimé savoir que sa fille préférée cultivait un ulcère à paraître ce qu’elle n’était pas. Une photo de famille, ce n’est pas fait pour être vraie, juste à nous recompter, pour les grand-mères du Cap-Vert.

    Mais si je vous raconte ça, c’est qu’au dernier Noël, Flo est arrivée avec Jean-François. « Appelez-le Jeff », qu’elle nous a dit avec un rayonnement qui avait quelque chose d’électrique, voire de radioactif, comme une supernova qui entre dans votre salon. Au moment de la photo, tonton Jacques en est tombé à la renverse, il aurait juré que le flash venait de Flo. Mais vous me croirez si vous voulez, quand on est revenu de chez le photographe avec le développement des clichés, on ne voyait qu’elle dessus.

    On aurait juré qu’elle bougeait, ça nous a fait l’effet d’un gif.

  9. Catherine M.S dit :

    Séance photo 2020

    – Hé toi là-bas, on ne bouge pas !

    Le photographe est tout rouge
    Il a les nerfs à vif
    C’est sûr il m’a dans l’pif
    Mais moi je ne peux pas rester inactif
    Ma réputation est en jeu
    Je dois m’occuper de tous ces gens heureux
    Tout d’abord les mariés
    Hop, hop, hop, d’une pierre deux coups
    Pas de jaloux
    Ils ont bien mérité un traitement de faveur
    C’est leur journée
    Ils ont droit à tous les honneurs
    Et mon p’tit doigt me dit que trop occupés
    Par tous les préparatifs des festivités
    Ils ont oublié d’être prudents
    Et ne se sont pas lavé les mains très souvent
    Pardieu
    Tant pis pour eux !

    Pendant que le photographe a le dos tourné
    J’en profite pour me faufiler parmi les invités
    Et sur les marches
    J’ai repéré quelques grands-pères
    Un peu trop collés serrés …
    Je vais leur apprendre les bonnes manières
    A tous ceux qui ne respectent pas les gestes barrières

    – Hé encore toi, tu es prié de rester hors champ
    Je ne veux pas de toi sur mon cliché !

    Mais je vais lui rentrer dedans
    T’en fais pas mon gars
    On ne va pas en rester là
    C’est au banquet que je vais me régaler
    Rira bien qui rira le dernier
    Se dit la Covid tout émoustillée …

  10. pakitapom dit :

    whaou!! Ca décoiffe ! super

  11. Sylvianne Perrat dit :

    On l’appelait Zébulon. Monté sur ressort. Même endormi, il gigotait. Sur les photos d’école, il était flou car il… bougeait. Tout au long de son enfance, ses photos étaient ratées. Il tournait la tête, se baissait ou sautillait au moment du flash. Sa mère avait essayé de le photographier pendant son sommeil. Peine perdue, il bougeait.
    Il avait sans cesse des fourmis dans les jambes. Ses mains s’agitaient comme un envol de moineaux.
    Pas une seconde sans un mouvement.
    Et cela s’accélérait quand il apercevait un appareil photos. Il ne pouvait envisager d’être figé. Pour lui, l’immobilité, c’était la mort. Alors, il s’agitait pour vivre. Bouger pour rester vivant.
    À 4 ans, son chien était mort. Figé. Son père l’avait photographié. Et avait affiché la photo sur le frigo !
    Zébulon regardait, chaque matin, en prenant la bouteille de lait son chien pétrifié qui ne bougerait plus, avait dit Papa.

  12. pakitapom dit :

    Rose a toujours aimé qu’on la prenne en photo mais depuis qu’elle a vu a la télé qu’une fille qui lui ressemblait était devenue mannequin, c’est comme un nouveau jeu pour elle. Elle adore poser sur les photos de famille, au milieu de ceux qu’elle aime et qui le lui rendent bien . Au milieu n’est pas vraiment le mot car elle joue la star, la petite Rose , au premier plan, bien campée sur ses courtes pattes et exhibant sans inhibition son petit bedon, ses jolis yeux en amande tout plissés de joie et un sourire radieux illuminant sa bouille ronde . Pour peu qu’en plus il y ait dans l’air un refrain entraînant, Rose se lâche et on a intérêt à ne pas rester devant !

    Faut dire que Rose, elle a a pas eu la vie facile. A la naissance, à cause d‘un foutu chromosome en trop , on a évité les photos , les visites et les cadeaux … Il faut encaisser le coup, se faire à l’idée , on n’est pas préparé à ce genre de truc … Mais, quand la cellule psychologique a proposé à ses parents un placement en adoption s’ils le souhaitaient, ensemble et sans même s’être concertés, ils ont répondu d’une seule voix : « Il n’en est pas question, Rose rentre avec nous à la maison ! »

    Rose était , douce, affectueuse. un gentil bébé qui dormait beaucoup .Quand sa maman la nourrissait, elle la regardait à travers les fentes de ses petits yeux bridés, un léger sourire flottant sur sa face lunaire . Elle était toute potelée mais elle a mis du temps à se tenir assise et encore plus à marcher. Manque de tonicité. En grandissant, elle s’énervait parfois quand, dans les hopitaux si souvent visités, le temps lui semblait trop long et les blouses blanches trop nombreuses Puis la colère passait et elle s’isolait dans son monde à elle, les yeux rêveurs et je l’imaginais, elle que l’on taxait du sobriquet de « mongole » chevauchant à travers les steppes herbeuses d’Asie Centrale, libre, loin de toutes ces foutues cases de pseudo normalité ou l’on s’amuse à enfermer les gens . Un rayon de soleil sur sa petite main…elle oubliait et le sourire revenait

    Pour elle ,ses parents n’ont jamais rien lâché, ils ont fait bloc contre l’adversité. Sur les chemins de traverse, il n’est souvent pas facile d’avancer mais que de belles rencontres et de richesses partagées et maintenant Rose, tu devrais la voir danser ! Tour à tour espiègle, farceuse, coquine, parfois un rien boudeuse, tendre, amoureuse aussi comme nous le sommes tous, elle respire la joie de vivre et la regarder profiter de chaque moment, sans complexe ou faux semblant, donne envie de sourire et même de rire souvent .Sa bonhommie est contagieuse et elle a cette simplicité rayonnante qui enchante

    Et si ce foutu chromosome en plus au lieu d’en faire des handicapés en faisait des exemples de légèreté et d’amour à envier …

    Su la photo, là, au milieu, je contemple sa frimousse heureuse, comme un grand soleil dont nous sommes tous joyeusement éclaboussés. Merci Rose d’être ce que tu es !

  13. Avoires dit :

    Brossez à grands traits le portrait de la personne qui bouge toujours sur la photo.
    Il est libre Max !
    C’est ainsi que je pourrais dresser le portrait de Max, ce copain de collège et de lycée qui posait sur la photo.
    Chaque année, en hiver nous devions nous plier à ce rituel, durant lequel, alignés sur quatre rangées, nous essayions de présenter notre meilleure mine – les filles s’étaient redonné un rapide coup de peigne, les garçons aussi – et nous tenions bien sagement devant l’objectif. Cela, c’était pour la majorité d’entre nous. La minorité, composée du seul Max, elle faisait autrement. Il arrivait toujours en retard en enfilant sa blouse, se faufilait sur une des estrades, à côté d’un camarade sans tenir compte de l’harmonie, plus ou moins respectée, des tailles que le photographe tentait de réaliser en début de séance en nous plaçant.
    Sur l’une des photos que j’ai retrouvées dans un tiroir, c’était en Terminale, Max avait enfilé un bout de sa longue écharpe – nous étions en janvier probablement- sur le cou de son voisin. Ils riaient tous les deux et le photographe avait pris la photo , certainement pas mécontent d’avoir fixé ce moment de légèreté dans l’austère cour du lycée. Sur la photo, très réussie, Max est en train de tourner la tête vers son voisin, lequel, surpris, ne peut s’empêcher de répondre au rire de Max.
    S’il n’était jamais à l’heure aux cours, se faisait réprimander par le prof, allait s’asseoir au fond de la classe, il était un brillant sujet. Décontracté, les mèches de sa blonde chevelure en bataille, la blouse constamment ouverte sur des boutonnages de guingois, il traversait nos vies de collégiens/lycéens en laissant son empreinte de garçon original, dépourvu des complexes de sa génération, libre oui, comme le Max de la chanson.

  14. Nadine de Bernardy dit :

    C’est une demande difficile car s’il bouge toujours sur la photo c’est qu’il veut y être, sans être reconnu.
    Il se place souvent à l’arrière,après les plus grands ou sur la gauche .Se faisant tout petit,il lui arrive de s’installer entre deux enfants sans méfiance.
    Chacun y voit quelqu’un qu’il croit reconnaître,mais personne n’est d’accord.
    – Et là,ce n’est pas la tante Simone,qui ne tenait pas en place?
    – Mais non,quand la photo a été prise,elle était déjà morte.
    – On dirait bien Jean Yves,celui qui faisait toujours le clown
    – Sauf que Jean Yves était très grand et que la silhouette semble plutôt petite
    Si ceux qui cherchaient avaient regardé de plus près,ils auraient comme moi discerné une paire de cornes, à côté du chapeau de cousine Julia.Ou bien deux pieds fourchus juste devant les sabots de Valentin.et,plus difficile encore,une longue queue se fondant dans le lierre couvrant les murs de la ferme.
    Dans les années 80,Antoine,fin limier surnommé  » Oeil de Lynx »,a grommelé:
    Du diable si ce personnage qui bouge tout le temps ne m’évoque pas quelque chose.Voyons ça de plus près,
    Il a approché sa loupe:
    Non,ce n’est pas possible,CA ne peut être lui!
    Troublé,il a refermé l’album de photos.
    A l’intérieur,une silhouette floue dansait la gigue.

  15. iris79 dit :

    Elle ne tient déjà pas en place à chaque instant alors la faire se tenir immobile devant un objectif, c’est impossible. Ce qui est incroyable, c’est qu’il en a toujours été ainsi. Même sur les photos lors-qu’elle était bébé, on remarque que le mouvement est premier. Cela donne d’ailleurs beaucoup de dynamisme aux portraits que bien des photographes amateurs ou confirmés ont tenté de faire.
    Elle semble parfois vouloir sortir du cadre, comme si la vie n’attendait pas, comme si rien ne pouvait être figé pour elle. Le mouvement est sa seconde nature. Sur chaque photo où elle se trouve, aussi beaux soit ses compagnons d’infortune, c’est elle qui, quelque soit sa position, devant les mariés, à côté des grands parents, au milieu de ses camarades de classe, c’est elle que l’on remarque immédiatement.
    C’est très étrange et hypnotisant. Chaque personne qui se penche sur un cliché où elle est coincée, est attirée irrémédiablement vers cette frimousse malicieuse. Le spectateur semble déstabilisé par les yeux de la petite, persuadé qu’ils sont en mouvement, presque sûr que les commissures de ses lèvres s’animent sur la photo. On a envie de plonger dans ce regard qui nous embarque.
    En grandissant, rien n’a changé ou presque. Elle illumine toujours n’importe quelle photographie, sublime tous les portraits où elle se trouve, à la subtile différence qu’en vieillissant, elle semble en-trainer dans sa trajectoire ceux qui partagent la photo avec elle. Ce ne sont pas des images de moments figés, mais des capsules en action, des fragments de vie instantanée pleines d’énergie.
    Elle a toujours sauvé la vedette de ce fauteuil roulant qui lui tenait depuis toujours de siège permanent. Lui s’est toujours effacé, sans se faire remarquer, impressionné, très humble devant tant de liberté.

  16. Fanny Dumond dit :

    Par un après-midi d’automne bruineux, la famille Untel est réunie devant les grilles d’un château pour prendre la pose devant un photographe, afin de faire présent de la photo à l’aïeule pour son anniversaire.

    Le photographe qui a mis en place tout son attirail, s’impatiente, car tante Charlotte, la cinquantaine bien sonnée, est à la bourre, comme d’habitude ! Un bon quart d’heure plus tard, à la stupéfaction générale, la voici qui déboule sur ses talons aiguille, attifée telle une fille de madame Claude. Alors que toute l’assemblée est chaudement emmitouflée, elle porte une minijupe à ras la touffe et un petit-haut qui a toutes les peines du monde à contenir ses lolos. Le jeune photographe écarquille ses mirettes, tandis que les jeunes ados se font des clins d’œil et se marrent en douce. Le photographe place la famille, mais ne voilà-t-il pas que Charlotte se plaint d’être derrière et qu’on ne la verra pas. Pendant le remue-ménage, les bambins s’impatientent et commencent de s’égailler sur la place. Enfin, tantine est satisfaite. Elle se tourne vers sa sœur pour lui demander si son rimmel n’a pas coulé. Cette dernière, agacée, lui répond que non alors, qu’in petto, elle se dit qu’elle ressemble à un panda. Tout à coup, tantine s’écrie qu’elle a froid et qu’il faut se dépêcher sinon elle va attraper la mort.

    – T’avais qu’à t’habiller, lui répond en chœur l’assemblée excédée.

    Voilà, c’est bon. Les bambins sont sages. Le photographe demande de dire « ouistiti » quand il s’écrie :

    – Madame, vous là devant, pourriez-vous cesser de vous tripoter les cheveux ?

    – Je n’ai pas eu trop le temps de me peigner avec tout ce que je devais faire…

    – Abrège, lui dit son frère qui sait que si on la laisse causer ils en auront pour des plombes à l’écouter tant elle est concise !

    La famille s’impatiente. Elle en a en ras-le-bol de tenir la pose et de cligner des yeux sous le soleil rasant qui a dénié apparaître. Après une série de clichés, la torture est enfin terminée.

    Lorsque la photo est encadrée et offerte à la grand-mère, on remarque que Charlotte a les yeux fermés et qu’elle a une allure à faire peur (les monstres ne sont pas que dans les contes ! Pivate joke, pour Pascal).

    – C’est bizarre, je ne suis pas sur la photo ! s’exclame la tantine.

    – Si tu portais tes lunettes, tu y verrais peut-être mieux, pontifie l’aïeule.

    – J’aime pas les mettre, elles me vieillissent trop. En plus, je vois très bien sans. Je ne sais pas pourquoi l’ophtalmo me les a prescrites. En plus j’ai attendu je ne sais combien de temps dans…

    – C’est bien toi là, la coupe sa sœur en la désignant et en se contenant pour ne pas prendre le fou rire du siècle.

    – C’est pas possible ! s’écrie-t-elle après avoir chaussé ses binocles. Je ne me reconnais pas. En plus, vous n’auriez pas pu choisir une photo où je ne ferme pas les yeux. On ne voit même pas qu’ils sont bleus.

    – Les autres étaient encore pires, lui répond malicieusement l’un de ses neveux.

  17. Kyoto dit :

    « Pete is dead »

    Trois mots jetés sur un vieux bristol taché et ridé.
    Je reconnais l’écriture caractéristique de Jane.

    Peter est donc parti ! Au-delà de nous !

    Nous étions deux amis, issus du même village niché dans un coin de la Creuse.
    Lui, c’est Pierre.
    Et moi, Jean.
    Pierre-Jean ! Jean-Pierre ! Nous formions deux autres prénoms ! Nos copains s’en amusaient.

    Jusqu’au jour où débarquèrent les anglais.
    Un couple sympathique et chaleureux.
    Et leur fille Jane.

    Le duo devint trio.
    A la mode Jane. Elle nous affubla de prénoms anglais. Peter et John. Elle trouvait cela très charmant, très chic. Elle était vive, malicieuse et toujours d’une humeur joyeuse. Elle était toujours en action, à sauter, danser. Même en classe, elle gigotait sans cesse. Un volcan en activité.

    Je tombai amoureux de Jane.
    Nous nous sommes mariés.
    Peter s’effaça.

    Jane se lassa.

    Peter devint Pete.
    Ils partirent au Canada.
    Et moi au Kenya.

    La tristesse m’envahit.
    Alors, j’ouvre l’album de nos souvenirs..
    Et sur chaque photo, Jane est la personne qui bouge toujours.
    Ça reste charmant et chic.
    Je souris.

  18. ANNE BLIER dit :

    Dans le tiroir difficile à ouvrir, un amoncellement de photos accumulées depuis les premières années du siècle dernier attendent d’être regardé.
    Ces clichés noir et blanc illustrent les évènements « officiels » : communion, mariage, photos d’identité, médaillon de militaires de 1914, jeune enfant perché sur des sellettes dans leurs plus beaux atours…
    Les photos de mariage, prises à la sortie de la messe, ont l’enclos paroissial comme décor. Il favorise la mise en valeur des invités positionnés sur les quelques degrés du monument de granite.
    Les participantes les plus âgées sourient peu sous leur coiffe amidonnée ; peut-être cachent-elles des dents abimées ou pensent-elles aux taches qui les attendent… Les plus jeunes sont toutes et tous joyeux, serrés les uns contre les autres pour entrer dans le cadre.
    Seule Ginette, ma mère, semble décalée dans cette assistance. Elle, qui n’est alors présente, que pour accompagner son fiancé, connait peu les convives. Ces derniers chahutent et plaisantent, peut-être en breton. Ginette tourne la tête au moment où le photographe donne le signal de ne plus bouger et de répondre à son « A », par un « MEN » afin que tous sourient simultanément.
    Ginette supporte sans doute mal cette promiscuité, craint-elle ou subit-elle des mains baladeuses qu’elle refuse. Est-ce le boycott des bretons vis-à-vis de la parisienne ? En tous cas, Ginette est soit flou, soit de profil et ne montre jamais alors, la beauté fraiche qu’elle dévoile sur les photos prises dans d’autres occasions. Je n’ose imaginer ses réticences quelques heures plus tard aux banquets de noces, lorsqu’il aura fallu danser avec certes, d’excellents cavaliers mais quelque peu désinhibés par l’alcool absorbé.

  19. Maïté P dit :

    C’est un être fatiguant,
    Une personne volatile,
    Un paraître perturbant,
    Des pensées versatiles.

    Une image floutée,
    Par son âme mouvante,
    Qu’il refuse de figer,
    Par sa vie captivante.

    Impossible à canaliser,
    Impossible à mouler,
    Perché dans les nébuleuses,
    De sa quête fastidieuse.

    Rester emmêlé,
    Tel est son choix.
    Rester brouillé,
    Telle est sa voie.

    Difficile de peigner plus que cela, cet être absurde qui était là.
    En une seconde il n’était plus, en une minute c’était perdu.

  20. camomille dit :

    Brossez à grands traits le portrait de la personne qui bouge toujours sur la photo.

    A grands traits… A grands traits… comme vous y allez vous ?
    «A grand traits » ça veut dire : rapidement, en se limitant à l’essentiel sans entrer dans les détails n’est-ce pas ?
    Quelle frustration ! Vous êtes inconséquents!
    Comment voulez-vous que j’intéresse le lecteur avec pareille directive ?
    Comment voulez-vous qu’il face la connaissance de cette personne qui bouge toujours sur la photo, si je ne peux pas me prendre le temps de la présenter convenablement.
    De toute façon c’est le mal de notre société de consommation.
    Faut faire vite et plus, toujours plus vite et toujours plus… Quelle misère !
    Et « brossez » ? Brossez le portrait. Brossez dans ce cas de figure ça signifie faire une ébauche rapide ! N’est-ce pas ?Vous voyez ? Rapide, toujours rapide.
    NON NON et NON !
    Pas question de réaliser un tel massacre.
    Ceci dit, c’est vrai qu’il bouge toujours sur la photo et que ça m’énerve systématiquement.
    Il le fait exprès d’ailleurs.
    Et il le fait exprès chaque fois que c’est moi qui prends la photo du groupe.
    Paraît qu’il me dénigre auprès des autres.
    C’est Joseph qui me l’a répété. Il dit que je suis une râleuse, une maniaque et que j’encule toujours les mouches en plein vol. Vous vous rendez compte où ça va la jalousie ? Oui, il est jaloux de ma réussite dans la photographie que voulez-vous !
    Alors, tous les ans pour la photo de groupe, j’y ai droit. Il bouge toujours pour m’embêter… et ça m’embête sérieusement.
    Remarquez, tout compte fait, vous avez peut-être raison, c’est inutile que je m’étende sur son portrait ?
    Pour une fois, je ne vais pas entrer dans les détails, il ne le mérite pas.
    Ça sera ma revanche !
    Allez… CHEESE ! Vous en savez assez sur lui.

  21. Jean Marc Durand dit :

    Elle est en retard, comme d’habitude. Ca la saoule, ces photos de groupe. Comme si la classe était un aimable troupeau de brebis solidaires souriant au bonheur d’être ensemble. Beeeeh! Beeeeh! Ca lui prend la tête et le corps, et jusque aux pieds. Elle en balance un petit coup vicieux à sa voisine couinant un aïe d’agnelle en perte de mamelles maternelles.

    Elle s’en fout. De toute façon, elle sera trop petite sur la photo, on ne la verra pas et c’est tant mieux. Elle tripote son nez comme s’il n’était pas au milieu de sa figure, elle tire sur ses muscles d’oreilles pour tenter de les camoufler, un peu.

    Elle gigote donc, et ça agace tout le monde. Isabelle, la pimbêche a tout fait pour ne pas être à côté d’elle. Ca la gratte dans le cou et elle doit se gratter. Tout ça parce que sa mère l’a obligé, pour la photo, à porter une robe présentable avec cette ridicule collerette blanche lui donnant un air de bonne soeur.

    Le bataillon scolaire a fini par se stabiliser. Il atteint presque la rigidité d’un escadron d’aviateurs japonais prêt à monter dans leurs machines pour exterminer, coûte que coûte la flotte de l’illettrisme. Le général, avec son œil de verre pointé sur elle commande la manœuvre, il va faire feu.

    Mais elle, elle ne peut pas s’en empêcher. Juste au moment où il ne faut surtout pas bouger, où l’on doit s’inscrire dans le tableau mort vivant d’une imperturbable galerie de faux souvenirs, elle le fait. Elle colle des cornes au petit gros, devant elle, celui ne lui ayant jamais offert un bonbon et qui lui fait des signes cochons quand il la croise.

    Le général a blêmi et la surveillante générale l’a viré de l’estrade. Le peuple scolaire ronchonne. Au moins, elle fait l’unanimité. « Toujours la même, à se faire remarquer »

    Elle a vu la directrice dans son bureau qui lui a sucré une semaine de récréations.

    Après coup, se dit elle, ce n’est pas malin. Faudra étudier une autre stratégie. Sus à l’improvisation! C’est trop bête de se faire rafler le seul endroit dans cette caserne où elle se sentait à l’aise, pour jouer à la voleuse, à la terroriste, à la prostituée.

  22. ANNE BLIER dit :

    Dans le tiroir difficile à ouvrir, un amoncellement de photos accumulées depuis les premières années du siècle dernier attendent d’être regardé.
    Ces clichés noir et blanc illustrent les évènements « officiels » : communion, mariage, photos d’identité, médaillon de militaires de 1914, jeune enfant perché sur des sellettes dans leurs plus beaux atours…
    Les photos de mariage, prises à la sortie de la messe, ont l’enclos paroissial comme décor. Il favorise la mise en valeur des invités positionnés sur les quelques degrés du monument de granite.
    Les participantes les plus âgées sourient peu sous leur coiffe amidonnée ; peut-être cachent-elles des dents abimées ou pensent-elles aux taches qui les attendent… Les plus jeunes sont toutes et tous joyeux, serrés les uns contre les autres pour entrer dans le cadre.
    Seule Ginette, ma mère, semble décalée dans cette assistance. Elle, qui n’est alors présente, que pour accompagner son fiancé, connait peu les convives. Ces derniers chahutent et plaisantent, peut-être en breton. Ginette tourne la tête au moment où le photographe donne le signal de ne plus bouger et de répondre à son « A », par un « MEN » afin que tous sourient en même temps.
    Ginette supporte sans doute mal cette promiscuité, craint-elle ou subit-elle des mains baladeuses qu’elle refuse. Est-ce le boycott des bretons vis-à-vis de la parisienne ? En tous cas, Ginette est soit flou, soit de profil et ne montre jamais alors, la beauté fraiche qu’elle dévoile sur les photos prises dans d’autres occasions. Je n’ose imaginer ses réticences quelques heures plus tard aux banquets de noces, lorsqu’il aura fallu danser avec certes, d’excellents cavaliers mais quelque peu désinhibés par l’alcool absorbé.

  23. Blackrain dit :

    C’est toujours lui qui bouge sur la photo. Il n’est jamais dans le moment présent. Il est absent, pour un moment. Il vit en décalage. La vie est si riche dans sa tête. On l’appelle le distrait. Les méchantes langues pensent qu’il est le ravis de la crèche. Mais point du tout. Il est intelligent et inventif mais, à force d’être dans la réflexion, il ne voit rien dans le miroir, ou peut-être le verra-t-il, demain, avec un peu de réflexion. Il marche sans regarder devant lui, le sourire aux lèvres, en pensant aux instants à venir ou bien à ceux qui viennent de passer. Alors il se cogne sur un obstacle puis il s’excuse auprès du réverbère. Il passe la main dans ses cheveux blonds et bouclés, jette un regard étonné autour de lui, puis il continue sa route jusqu’au prochain obstacle qui va le faire trébucher, jusque dans la flaque d’eau qui va tacher son costume, jusque sur le capot de la Mercedes qui vient de le klaxonner. Mais la chance ne l’abandonne jamais totalement. Les bobos ne sont jamais très graves. Il vous regarde de ses grands yeux bleus aux reflets candides et lunaires puis il vous sourit comme une excuse timide de ne pas vous avoir vu avant. Il est timide mais il se soigne. Les filles lui trouvent du charme mais lui il hésite entre Juliette et Juliette. Il finit par se prendre un coup de parapluie de la part de chacune de ses prétendantes lorsqu’il se carapate avec Nicole sous la pluie. Ce grand échalas ne ferait pas de mal à une mouche. Il est souvent le jouet de la mauvaise humeur de l’autre mais il ne se rebiffe pas. C’est le genre de gars qui ne sait rien mais qui dirait tout si cela pouvait éviter un conflit. Il préfère être la chèvre au piquet plutôt que le loup dévorant. Il sourit à la vie qu’il décuple en la revivant plusieurs fois. Peut-être parle-t-il à un jumeau imaginaire qui vit sa vie dans une autre dimension ? « On aura tout vu ! » claironne son directeur d’agence lorsqu’il voit débarquer au bureau le grand blond avec une chaussure noire et une chaussure jaune. Ce n’est pas la première fois que la moutarde lui monte au nez, tellement son créatif fait de bêtises. Ce dernier débarque parfois dans son bureau comme un chien dans un jeu de quilles lorsqu’une idée lumineuse germe dans son esprit, ignorant les clients importants que son patron dorlotait pour un budget futur. Mais il ne le renvoie pas. Il compatit aux malheurs d’Alfred, le papa de Pierre qui l’a supplié de prendre son fils éberlué dans son agence de publicité. Il faut dire qu’il est très doué pour trouver des slogans qui marquent la mémoire. Avec lui on peut toujours rêver et en plus ça fait vendre. Alors il le garde, il le regarde car il sait qu’il deviendra avec Pierre un richard prospère même s’il doit supporter ce farfelu et ses compères, des compères ou des fugitifs de la conformité qui ont tous un nuage entre les dents ou à la place du cerveau…

  24. Laurence Noyer dit :

    c’est toute la différence entre des spaghettis crus et un spaghetti cuit
    bravo

  25. Laurence Noyer dit :

    Elle bouge toujours sur la photo
    Et parfois amène des larmes
    Quand on la regarde
    Quand on sort les vieux albums
    Ou bien qu’on étale à même la table
    Les vieux clichés

    Elle bouge toujours sur la photo
    Elle fait du flou devant nos yeux
    Saturée de lumière
    Ou de sensibilité
    Flash en rafale
    Elle a du mal à rester en place
    Toujours animée

    Elle bouge toujours sur la photo
    Elle prend plusieurs visages
    Images superposées
    De proches retrouvés
    Mise au point sur les portraits
    Négatifs dévoilés
    De souvenirs restitués
    L’empreinte de notre passé

    Elle bouge toujours sur la photo
    Notre mémoire !

  26. Isabelle H dit :

    – Non mais non Suzy, on la refait là, ca fait trois fois dèjà…
    Suzy pouffe, gonfle les joues, un chupa coincée contre la molaire au fonds à gauche. Elle jette un oeil en coin à ses frères, bien coiffés, alignés pour l occasion, raides comme des spaghettis dans le cadre. Papa a encore dégainé son Leica. Suzy, ca la saoule les cadres, les lignes droites, la lumière et tout le reste. Et clic, encore, une vraie maladie familiale, la photo. Elle s accroupît. Allez c est ok vas-y…Papa se concentre. Et hop, Suzy bondit, un diable qui sort de sa boîte.
    – Suzy, crotte tu le fais exprès?!
    La chupa a un goût d orange amère, et papa sourit un peu. Elle aime sa ride oblique sur la joue gauche, une fossette qui clignote quand il est mi contrarié mi agacé. Elle se dit que c est lui qu elle aimerait prendre en photo. Il gigote, s agite autour de son objectif. Toute cette énergie qu il dépense, cette application à la faire tenir sage, alors qu il sait. Le jeu est là. Il est complice de son intranquilité, elle se dit qu’au final, c est un bon sujet. Sur les photos de papa, elle est comme une étincelle, une trace, un sillage de petits grains argentés, un nuage de points. Un bras interminable, qui finit tout flou sans main, des cheveux électriques ébouriffés en crinière, des doigts immenses écartés devant la figure. Et sur la photo, ce n est jamais vraiment Suzy, mais la vie de Suzy, qui tressaute, qui vibre, qui échappe. Et papa s accomode, triche, parce qu ils sont magnifiques tous ces ratés. Elle ne fait pas de cinéma, ne pose pas. Suzy, c est une comète, et le temps de pause du Leica ne suffit pas à la saisir. Et l image est un feu d artifice. Suzy éclate en étoile, ca brille, ca scintille, elle mange toute la lumière.

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