353e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

Il était une fois, une mouche si imbue d’elle même,
qu’elle tenait ses chiures pour des points de suspension.
Sa condition valant mieux que de vulgaires W.C, 
la bestiole prit logement chez…

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Chaque proposition d’écriture créative est une bataille contre la routine et l’endormissement de l’imagination. Un petit combat pour maintenir en vie l’enthousiasme d’imaginer, d’inventer, de créer.

22 Responses

  1. Il était une fois, une mouche si imbue d’elle même,
    qu’elle tenait ses chiures pour des points de suspension.
    Sa condition valant mieux que de vulgaires W.C, la bestiole prit logement chez un 4 étoiles parisien.

    Elle se disait que de mettre en suspension ses déjections était un art visuel et gustatif qui méritait bien ce lit.

    D’ailleurs, jamais un restaurant n’avait eu si belle réputation.
    Il y a avait un « quelque chose » dans les plat, que personne n’avait su distinguer, nommer.
    On en parlait dans tout Paris.

    La mouche, qui avait une très haute idée d’elle même, autrement dit, qui ne se prenait pas pour de la merde ; avait imaginé que ce quelque chose était le gout très délicat de son art fécaloïde.

    Tant et si bien qu’elle finit noyée dans une daube, pensant que ce nom était un pied de nez à ses élucubrations.

    Elle en mourut, son lit de mort vineux l’avait enivrée. Elle avait ainsi réparée sa blessure narcissique et mis en suspension un chef étoilé.

    Une fin de star…

  2. Michel-Denis ROBERT dit :

    Il était une fois une mouche si imbue d’elle-même qu’elle tenait ses chiures pour des points de suspension. Sa condition valant mieux que de vulgaires W.C. la bestiole prit logement chez un académicien.

    Elle s’imagina que suivre un lettré lui donnerait l’intelligence du comportement. Elle se mit à l’imiter en suivant ses gestes un à un. De la salle de bains à la chambre, jusqu’à son bureau, elle se mêla à ses activités, notamment à son encre fraîchement déposée où elle excellait. Sachant que sa réputation la précédait, elle s’engouffra avec beaucoup de témérité dans la correction de ses écrits. En se promenant sur les lignes, elle ôta une apostrophe ici, mit une virgule là. Elle supprima des guillemets. Elle adapta le style à ses propres lois. Elle changea ainsi le sens du texte. La nuit, elle gratta ses pattes sur les cordes de la guitare en se la pétant. Elle joua la mouche hard en sourdine. Elle se crut la plus ingénieuse des mouches.

    En quelques secondes, elle avait élevé le standing exigu de son cabinet. Elle explora les avantages de son nouveau quatre étoiles de l’avenue la plus zélée de Paris. En zigzaguant, elle prit peu à peu conscience qu’elle pouvait vivre sous la protection de l’écrivain. D’une lucarne, elle était passée à de grandes baies ouvertes sur le fleuve. En contemplant les fameux bateaux grouillant de touristes, elle se surprit :  » Sur ces bateaux, je ne serais pas en terre inconnue, se dit-elle.  »

    Elle aspira sa nourriture dans une assiette en attente dans la cuisine. Elle exulta en constatant la différence de goût.  » Je ne me trompe pas, se dit-elle. Ici, les assiettes sont bien décorées, plus petites, certes ! Mais elles ont plus de couleurs et ne dégagent pas la même odeur. Sans lunettes, on voit bien qu’elles sont plus avenantes. Je découvre ma chaîne alimentaire en sens inverse. La chasse d’eau ne fuit pas. D’abord, elle n’est pas placée au même endroit.  »
    En parlant de chasse, une tapette siffla à ses oreilles.

    – D’où vient-elle, celle-là ?

    Ce n’est pas possible qu’on ait parlé d’elle sur ce ton. Elle n’y croyait pas. Un ouragan provoqua une différence de pression atmosphérique. Et puis un autre. Elle vacilla.  » Je dois faire attention, ici, les courants d’air sont violents.  » Le rideau fin de la fenêtre amortit le choc. Par une maille, elle passa de l’autre côté du rideau. « Qu’est-ce qu’ils sont beaux, quand même ces bateaux !  »

    Le lendemain, le maître de maison entra dans son bureau. La journée s’annonçait normalement gaie. Comme tous les matins, à la fraîche, il relisait ses notes. Cependant, un calme inhabituel remplaça la lecture à voix haute. Le secrétaire s’attendit à une tempête.

    – Mais qu’est-ce qui m’a foutu ces pattes de mouche. Je n’ai pas écrit ça hier. Roland ! C’est vous qui m’avez supprimé l’apostrophe à l’imiter. Je n’aime pas qu’on me limite, vous le savez bien.
    – Oui Monsieur ! Je l’ai eue.

    Monsieur le secrétaire n’y allait pas par quatre chemins dans l’extermination des insectes. La belle avait changé de loisir pendant la nuit. Elle avait flâné sur une huile en cours. Et Monsieur le secrétaire, de sa tapette, l’avait immortalisée après la signature. Trois points de suspension.

  3. Clémence dit :

    Il était une fois, une mouche si imbue d’elle même, qu’elle tenait ses chiures pour des points de suspension. Sa condition valant mieux que de vulgaires W.C, la bestiole prit logement chez…

    Assis à sa table de travail, les jambes allongées, Jean rêvait. Il laissa courir son regard las sur les étagères de sa bibliothèque. Que de livres, que de tomes, que de recueils !

    Mais voilà qu’aujourd’hui, l’inspiration lui faisait tout à coup défaut. Ses dernières productions l’avaient vidé de toute énergie.
    – J’en conviens, je le reconnais, je me suis inspiré d’autrui, mais tout de même !
    Un sourire tendre fit pétiller les yeux de Jean : il entendait, au loin, la voix de sa mère lui faire la lecture à la tombée du jour. Son sourire disparut lorsqu’il pensa à son père et à l’avenir qu’il lui destinait, un avenir à mille lieues de ses rêves.
    Après quelques années durant lesquelles il s’obstina, il trancha. Son père décédé,, il vendit l’affaire familiale, sans aucun scrupule et se lança ! Il pataugea… un peu, puis ce fut le succès ! Les portes s’ouvraient, on l’invitait, on le priait, on se l’arrachait !

    Les souvenirs défilaient en cortège de soies et de lumières. Il avait trouvé un style, un genre qui ne choquait pas ces messieurs et ces dames qui prenaient si vite la mouche ! Il n’avait pas cédé à la mode des turqueries ou de l’exotisme. Que du contraire ! Il avait opté pour du vrai, de l’authentique, de l’accessible. Un coup de maître.

    Un doux zéphyr caressa le visage de Jean et le fit redescendre sur terre.
    – Bien, bien, dit-il, mais il y a encore à écrire.
    Il s’empara d’une feuille et la déposa délicatement sur sa table. Il la caressa de ses longs doigts et attendit.

    Elle arriva enfin, enjôleuse, vêtue d’une tenue aux reflets bleutés. Elle l’étourdit par ses arabesques, ses battements et ses balancés. Elle l’envoûta par ses entrechats, ses chassés et ses cabrioles. Elle le subjugua par ses fouettés, ses glissés et ses grands écarts.
    Étoile unique, elle dansait le plus audacieux des ballets. Jetés et piqués se succédaient en points de suspension sur la page vierge.
    Le manège de la belle intrigante perdit son enchantement dans un dernier tour en l’air lorsqu’elle eut l’outrecuidance d’exécuter un rond de jambe sur l’auguste appendice nasal de Jean.
    – Ne forçons point notre talent, nous ne ferions rien avec grâce, lui murmura-t-il en l’envoyant, d’une pichenette élégante, terminer sa danse sous d’autres cieux.

    Jean regarda par la fenêtre, inspira une bouffé d’air printanier. Il prit sa plume, la trempa dans son encrier de cristal et d’argent et la laissa courir sur un chemin malaisé et ensoleillé.
    L’attelage peinait. Femmes, moines et vieillards étaient descendus. Les mots bourdonnaient, les idées se bousculaient, les forces faiblissaient. Et voilà qu’une mouche va, vient, fait l’empressée, se plaint qu’elle agit seule, s’insurge :
    – Comment ? Le moine lit son bréviaire et une femme chante, alors que moi, j’ai tant fait que nos gens soient dans la plaine…

    Jean termina sa fable par une morale cinglante. Puis, en lettres élégantes il l’intitula :
    « Le coche et la mouche »

    © Clémence

  4. Girard dit :

    Il était une fois, une mouche si imbue d’elle même, qu’elle tenait ses chiures pour des points de suspension.
    Sa condition valant mieux que de vulgaires W.C, la bestiole avait pris logement chez le libraire. Ainsi entourée, elle pouvait s’épanouir, compter ses chiures, s’extasier sur ces exploits. Son passe-temps favori : butiner de pages en pages et comparer ses chiures à celles des autres. Il faut dire qu’elle avait un grand terrain de jeu, car chaque jour le libraire installait des livres, pages ouvertes sur les tables ; il voulait inciter ses clients à lire, puis à acheter.

    Ainsi la mouche avait tout le loisir d’admirer ses chiures fraîchement déposées avec les autres. Les siennes étaient toujours plus épaisses, moins régulières, de teintes et de taille variées. Elle remarquait que les autres mouches prenaient un malin plaisir à aligner leurs chiures avec les lignes et les lettres. Elle, sa marque de fabrique était la courbe, elle se démarquait des concurrentes en dessinant de jolis courbes ou en créant de gros paquets de chiures. La mouche n’avait jamais été aussi heureuse. Elle devint la star de la librairie lorsqu’elle remporta la coupe du monde de la chiure de mouche avec une superbe chiure placée juste à la fin d’un vers de Prévert : « Je suis là pour vous plaire. Et n’y puis rien changer. »

    Le jour de la remise des prix, toutes les mouches réunies l’admirait. Elle fanfaronnait sur la page, sautillait sur les lignes : « Je suis comme je suis Je suis faite comme ça… » Soudain le libraire ferma violemment les pages du livre.
    Se vanter de chier dans la poésie ne mène à rien.

  5. Anne-Marie dit :

    Il pose la tasse sur le bureau, à côté du carnet ouvert. Encore dix pages à rédiger pour atteindre son objectif. Sa nouvelle patine. Trop plate, insipide. Il lui manque, manque quoi ? Chercher dans le marc de café au fond de la tasse ? Pourquoi pas ? Il en sourit, mord dans le carré de chocolat noir, très noir. D’abord, relire les derniers paragraphes. Il survole la page, fronce les sourcils… Je divague ou quoi?
    A chaque fin de ligne, à chaque fin de paragraphe, des points de suspension. Il en est avare depuis que son coach lui a expliqué qu’ils affaiblissent le texte et s’utilisent avec modération. Il relit plus attentivement. Cela n’a aucun sens! Déjà qu’il n’avance pas. Ils sont vraiment bizarres ces points, comme si on avait voulu lui jouer un mauvais tour. Pourtant, il est seul dans la maison, au calme et cela ne durera pas. Sa plume griffe rageusement les points inutiles! Il reste là, le stylo en l’air, les yeux dans le vague d’un rayon de soleil…
    Bzz, bzz, sur la soucoupe une mouche se régale des traces de chocolat. Agacé, il la chasse d’un revers de la main. Trois points de suspension le narguent. Sur la porcelaine, maintenant. Sale mouche ! Bzz, bzz, bzz elle vole au ras du plafond, inatteignable! Elle le nargue, se pose sur le carnet, reprend aussitôt sa course aérienne.
    Il s’énerve. Tu vas voir la mouche ! Je ne peux pas t’attraper. Je vais te coincer à ma façon. Tu vas finir écrabouillée entre mes lignes. Sa plume à nouveau court sur le papier.
    ©ammk

  6. françoise dit :

    Il était une fois, une mouche si imbue d’elle même
    qu’elle tenait ses chiures pour des points de suspension.
    Sa condition valant mieux qu’un vulgaire W.C, et logeant chez un vieux garçon célibataire ,elle eut envie de goûter à des selles plus variées. Elle s’envola un peu à l’aventure, se fiant à sa bonne étoile et c’est ainsi que la bestiole prit logement chez un homme qui griffonnait des pattes de mouche sur une feuille. Un peu interloquée elle s’aperçut que quand une était pleine, il en prenait une autre et continuait. Ce qui lui sembla aussi très étrange c’est qu’il écrivait ses pattes de mouche de différentes couleurs, des bleues, des rouges, des vertes. Alors la mouche, qui en plus d’être imbue de sa personne, possédait une certaine intelligence, s’efforça de faire des chiures plus variées, des virgules quand les pattes de mouche étaient écrites en rouge, deux points quand elles étaient vertes, d’interrogation pour les jaunes etc etc…
    Soudain, comme si elle était atteinte de daltonisme, elle ne distingua plus les couleurs, tout devint sombre. Effrayée elle s’envola et atterrit par hasard sur le cheval d’un des frères Dalton qui passaient par là. Elle n’eut plus qu’une idée en tête : rejoindre Lucky Luke mais ce fut en vain. Par contre, elle se retrouva en prison avec les Dalton et dans leur WC elle refit des chiures en point de suspension….
    Elle se consola en se disant qu’elle était riche de souvenirs qu’elle pourrait raconter à ses enfants et peut-être aussi à ses petits-enfants.
    Hélàs, alors qu’elle était en train de faire un point de suspension sans beaucoup d’ardeur, une personne entra avec une bombe : « un terroriste eut-elle le temps de se dire  avant de rendre l’âme»….

  7. Nadine de Bernardy dit :

    Puisque indéniablement il me faut bien chier
    Autant choisir de le faire avec classe
    Une mouche imbue d’elle même et de sa condition
    A ses amis diptères tenait à peu près ce langage

    Fi des WC malpropres et malodorants
    Ma naissance n’a pas fait de moi un manant
    Je ne veux point chier là où le font les autres
    Je veux du bling bling ,du chic, du palace

    Longtemps elle chercha un lieu à sa mesure
    Eliminant gares,sanisettes et maison de la culture
    Testant hôpitaux, hôtel de ville et squares
    Mais là encore le niveau lui parut un peu bas

    C’est alors que volant rue du faubourg Saint Honoré
    Elle trouva un palais appellé Elysée
    Notre mouche avait trouvé son paradis
    De cet endroit choisi jamais ne repartit

  8. Durand dit :

    Il était une fois une mouche si imbue d’elle-même, qu’elle prenait ses chiures pour des points de suspension. Sa condition valant mieux que de vulgaires WC, prit logement chez LUI.
    Il avait pourtant bien piètre allure ce locataire d’une chambrée surchauffée sous les toits. La grande ville était toujours sombre sous une lune atrophiée. Malgré les avenues tracées au couteau dans le goudron, jusqu’au centre des monuments, il n’en percevait que les impasses. Et elle, déposait ses marques sur chaque phrase égarée, oubliée d’être achevée.
    Puis elle suçotait dans les flaques de vins, parfois dans l’urine des rats de voisinage. Elle avait de la patience, de la lourde, de celle qui, quoi qu’il se passe, persévère à s’étaler.
    Lui, bipède hominien au langage soit disant articulé mais aux phrases boiteuses, peinait sur son dernier manuscrit.
    Son précédent ouvrage, après un succès d’estime, cette politesse du j’menfoutisme commercial était tombé des rayons des libraires. Ce roman n’avait pas plu à tout le monde, particulièrement aux diptères, ces milliards de communs de, dans, sur et sous la Terre.
    Ce macabre récit racontait, une fois de plus la cohérence planétaire du groupe des Sapiens, lorsqu’il s’agissait de détruire un autre, un allochtone. Le livre s’intitulait « La guerre des mouches ». L’auteur poussait l’ironie jusqu’à vouloir évangéliser les insectes. Et ça, les mouches n’avaient pas du tout apprécié. Ce refus d’un néant bénéfique, autorisant chaque espèce à se croire tour à tour maître du Monde des illusions.
    Elle s’était donc installée chez LUI pour saboter son travail. Petit à petit, à force d’agacements, de titillements, il lui laisserait à ELLE de plus en plus de place. Les mots suspendus resteraient accrochés à la graisse de l’ennui des plafonds. Et ELLE, poserait sur la banquise de son incapacité les petits brûlots bientôt multiples de sa haine.
    ELLE construirait l’ouvrage fondamental aidant ses compagnes à prendre conscience. Leur tour allait advenir. Pas besoins d’éléphants ou de bateaux pour envahir les pays, l’hélidiptère savait se poser n’importe où.
    Les petites chiures allaient s’étendre, briser la monotonie des avenues, embourber le convenu des monuments, éclairer l’évidence des impasses.
    Sur la Lune, le seul survivant humain dans son nouvel espace zoologique agiterait son petit drapeau pour la joie des excursionnistes.

  9. Cetonie dit :

    impossible d’envoyer mon texte!
    j’arrive à la page « il me semble que vous avez déjà envoyé ce texte…
    et pourtant, ce matin, j’étais la première,
    après avoir chassé une grosse mouche verte de mon clavier….

    • Malinconia dit :

      Voilà ce qui arrive quand on use trop du chasse-mouches !
      Bof, la grosse mouche verte va revenir, elle est juste allée faire sa virée du samedi soir.

      • Cetonie dit :

        le plus extraordinaire, c’est que je ne l’ai plus revue depuis samedi matin, quand je rédigeais mon texte
        de la puissance de l’écriture!!

    • Cetonie dit :

      Il était une fois, une mouche si imbue d’elle-même, qu’elle tenait ses chiures pour des points de suspension…
      Sa condition valant mieux que de vulgaires W.C, la bestiole s’installa sur mon bureau, certaine d’y passe inaperçue au milieu de mon désordre…
      Elle comprit vite qu’à condition de savoir s’envoler rapidement si elle me dérangeait, elle ne courait pas trop de risques, ma tapette étant vite enfouie sous divers papiers…
      L’ordinateur, allumé dès le matin, lui offrait une douce chaleur, mais elle se passionnait pour le spectacle de mes écrans, toujours variés…
      Petit à petit, elle s’enhardit, et entreprit de déchiffrer ce que j’apportais à la culture, car je passais des heures à écrire, inventant des histoires invraisemblables, racontant mes souvenirs pour mes petits enfants ou rédigeant d’insipides lettres de réclamations : pour elle, tout était bon…
      Virevoltant et tourbillonnant, elle avait repéré que lorsque mes mains quittaient la souris pour se poser sur le clavier, des textes apparaissaient sur un écran…
      Très attentive, elle se posait alors exactement à l’endroit où un point venait ponctuer mon texte, et y déposait délicatement deux petites chiures, que je tentais vainement de corriger…
      Très vite, mes lecteurs remarquèrent cette particularité dans mon style, et m’accusèrent de manquer de rigueur : il faut savoir aller au bout de son idée, et conclure nettement…
      Je n’y comprenais rien, et dépérissais de dépit, lorsque mon compagnon, lisant par-dessus mon épaule, remarqua son manège et, sans en avoir l’air, extirpa la tapette de la pile de journaux et, bien armé, attendit…
      D’un seul coup, il manqua éclater l’écran, mais ne manqua pas l’orgueilleuse qui s’écroula.
      Je retrouvais ainsi la rigueur qui avait toujours marqué mes œuvres, et dont j’étais si fière !

  10. Joailes dit :

    Il était une fois, une mouche si imbue d’elle même,
    qu’elle tenait ses chiures pour des points de suspension.
    Sa condition valant mieux que de vulgaires W.C, la bestiole prit logement chez sa concierge, une grosse matrone qui avait des problèmes d’intestins. D’ailleurs, elle était aussi imbue d’elle-même … elle manquait de poésie, elle avait du poil au menton, ne quittait jamais ses vieilles charentaises et ne souriait jamais. Lorsqu’elle vit la mouche, elle s’arma d’une tapette et fit de gros efforts pour la supprimer, mais comme elle n’était pas très agile, elle glissa plusieurs fois et abandonna la lutte ; elle s’affala de tout son long sur son sofa miteux et la regarda …
    Alors la mouche lui chatouilla les babines et la fit sourire, (ce qui ne lui était plus arrivé depuis plus de trente ans, au moins) puis elle se posa sur sa main, son pied, ses cheveux …
    Et le miracle se produisit : un immense bouquet de roses parfumées arriva de nulle part, et inonda la petite loge …
    Comme sur un coup de baguette magique, les chiures disparurent …
    La mouche et la concierge s’élevèrent dans les cieux, ensemble, et ce fut un magnifique feu d’artifice de couleurs et d’odeurs…
    Merde alors ! Quand on y croit, tout peut arriver !
    Depuis, on dit que la concierge n’avait jamais été aussi belle, aussi parfumée, et l’on trouva ça louche.
    Elle fut virée de sa loge.
    La mouche, quant à elle, se transforma en vieille concierge revêche.
    Sales bestioles !

  11. grumpy dit :

    Ça, pour être imbue, elle était imbue la fine mouche. Évidemment, il y avait de quoi. Il n’était pas donné à n’importe quelle mouche (surtout pas à celle du coche) d’habiter chez le Roi-Soleil.

    Elle ne fréquentait alors que les faubourgs, lorsqu’elle reçut en récompense de bons et royaux services, le privilège de prendre logement au château. Les appartements de la noblesse étant réputés très petits, elle n’obtint que l’autorisation de voleter de l’un à l’autre, de même dans la grande Galerie pleine de glaces, où là il lui était fort recommandé de ne point s’attarder. Pas question qu’elle en piquette les miroirs de Venise en les mouchetant, elle n’y était tolérée que jusqu’à l’heure où les valets viendraient moucher les chandelles des candélabres d’argent.

    Souvent l’après-midi, éprouvant des velléités de mouche à miel, elle allait butiner dans le potager de La Quintinie, elle adorait en particulier plonger sa trompe dans les fleurs de courgettes. Elle y paradait et faisait l’arrogante auprès de gros bourdons aux reflets bleus mais pas un de ces gros benêts ne réussit jamais à la moucher.

    En revanche le matin elle prit l’habitude de fréquenter les boudoirs des « belles marquises vos yeux me font mourir d’amour ». Prenant bien soin de ne pas faire le moindre bruit d’ailes, elle se posait immobile au cœur des rosettes de bois doré encadrant les miroirs. Là, commençait le spectacle.

    Qu’elles étaient belles ces grandes dames dans leurs bijoux, leurs dentelles, les tendres couleurs de leurs soies irisées. Leurs suivantes les poudraient, tuyautaient leurs blanches perruques, piquaient les broches, accrochaient les colliers et enfin, passaient au plus délicat et surtout le plus important. Et quoi ? Les mouches !

    Alors notre mouchette d’origine modeste parvenue jusque-là par la grâce du Roi qui la voulait espionne et rapporteuse des signaux que chacune de ces dames poserait sur sa figure dans l’espoir de lui plaire et d’être choisie, remplissait sa mission. Pas peu fière que les mouches généralement considérées comme agaçantes et intempestives aient pour homonymes ces ravissants petits grains de beauté de taffetas, de mousseline ou de velours, principaux accessoires de la beauté, de la mode et meilleurs porteurs de messages de la galanterie au XVIIIe siècle.

    – l’assassine ou la passionnée, près de l’œil (sans scrupules)
    – la baiseuse, au coin de la bouche (de loin la plus sollicitée)
    – la discrète, sur le menton (je suis secrète)
    – l’effrontée ou la gaillarde, sur le nez (j’ai de l’audace)
    – l’enjouée, dans le creux du sourire (selon l’humeur du jour)
    – la friponne, la coquette, la coquine sous la lèvre (baiser manqué)
    – la galante, sur la joue (trop facile)
    – la généreuse, sur la poitrine (très tripotée)
    – la majestueuse, sur le front (impressionnante)
    – la recéleuse ou la voleuse, sur un bouton (méfiance)

    Les toilettes terminées, de ses pattes de mouche elle écrivait son rapport et quelle satisfaction lorsqu’il lui revenait qu’un de ses commentaires à propos de celle-ci ou de celle-là avait fait mouche.

    Elle poursuivit assidûment cette sinécure. Jusqu’au jour où un vieux marquis délabré mais jaloux apprit que sur ses indications et par sa faute, il avait été cocufié la veille par Sa Majesté.

    Le barbon était aussi impuissant qu’expérimenté (les cornes, il les avait déjà portées plus d’une fois). Point besoin de tapette à mouches pour se débarrasser de cette saleté de Tsé Tsé. Sachant très bien comment prendre la mouche mais n’ayant plus la vigueur de lui courir après, une cuillère de miel suffit dans laquelle s’enlisa notre gourmande. Il ouvrit grand sa bouche édentée et la goba.

    Et les témoins de la scène de se demander « Mais quelle mouche l’a donc piqué ? »

  12. iris79 dit :

    S’aventurait sans aucune retenue dans les endroits les plus propres et les plus guindés. Elle était très fière et préférait être seule. Elle avait trop honte de toutes ses autres mouches, trop dociles, trop solidaires qui n’osaient pas dépasser leur périmètre par excès de prudence. Son destin à elle valait mieux que le leur, elle en était intimement convaincue ! Elle les surpassait, elle en était sûre !
    Elle était très connue dans le quartier et personne ne voulait la fréquenter. Sa réputation la précédait et autant de mépris, d’indifférence, d’égoïsme n’étaient pas du tout bien vu dans ce milieu. Il était plutôt normal au contraire de prévenir toutes les congénères quand l’une d’elle trouvait un endroit fabuleux (une ferme bio d’ovins ou de caprins, une bonne charcuterie avec des espaces très accessibles, d’un certain standing qui leur garantissait donc de ne pas succomber à de quelconques insecticides aux odeurs fatales ou de rubans adhésifs redoutables contre lesquels les aînés axaient leur éducation très tôt pour éviter à leur descendance des morts lentes et atroces).

    Mais ce qui accaparait toute son attention à l’heure actuelle était le somptueux buffet d’un mariage de la haute. « C’est exactement ce qu’il me faut ! » se régala-t-elle par avance. « Enfin des mets à mon image ». Elle se réjouissait des trouvailles qu’elle y ferait et se mit même à rêver à l’opportunité d’y rencontrer peut-être un mâle de sa trempe, de sa classe. Elle n’en pouvait plus de croiser tous ces bouseux attardés qui n’osaient même pas lui faire la cour tellement elle les impressionnait tous.
    Elle prit quelques minutes pour lustrer ses ailes, se mit en mode silencieux et s’approcha discrètement des premières tables. Elle choisit un poste d’observation d’où elle pouvait observer sans danger et revenir se poser après chaque dégustation. Elle ne savait déjà plus où donner de la tête, entre les petits fours plus colorés et appétissants les uns que les autres, et toutes ses tenues de luxe qui feraient de parfaits lieux d’aisance. Tiens, cette magnifique robe en satin serait la première pause pipi !

    Elle s’élança crânement vers les premières tables et se posa sur un toast où elle se délecta des parfums melon-jambon. Et ces petites billes noires posées tout en haut de pile de glace ? Du quoi ? Du caviar ? Tiens comme c’est étrange, cela ressemblait trop à leurs excréments ! Dans d’autres proportions certes mais tout de même. Non, elle décida de les survoler pour se poser plus loin. Mmm ! Un régal, ces petites choses citronnées !
    Son appétit était intact et elle s’activa tant et tant à manger, déféquer, retourner à son poste d’observation qu’elle eut vite très soif. Guère habituée à boire autre chose que de l’eau, (il faut dire aussi que dans leur trou, il n’y avait pas d’autre choix!) elle décida d’aller aspirer quelques gouttes de ce liquide plein de bulles. Ça pétillait drôlement ! Cela allait être amusant, peut-être même pourrait-elle s’y baigner en étant très prudente.

    Elle s ‘en régala en effet ! Mais elle n’avait pas anticipé les conséquences d’une telle prise de risque. Son jugement altéré par les effets de l’alcool lui interdit de repartir très vite sitôt sa quête terminée. Elle tomba dans le verre sans pouvoir s’en échapper.

    Ce fut une belle mort qu’elle n’aurait renié pour rien au monde !Après tout, mourir dans un verre de champagne, quelle classe!

  13. LELEU Yvette dit :

    Il était une fois, une mouche si imbue d’elle-même, quelle tenait ses chiures pour des points de suspension. sa condition valant mieux que de vulgaire w.c, la bestiole prit logement chez le charcutier.
    Me voici dans la place jubila-t-elle. Quel excellent choix, j’avoue que sur ce coup là…les autres vont s’en mordre les ailes de rage.
    Tout à son affaire mz’elle mouche vaquait à ses manies.
    Voyant un bon morceau de saucisson à l’ail son préféré, elle alla naturellement déposer une belle trace de son passage.
    Heureuse d’y voir cette manifestation de son art premier, elle se fit un devoir de nettoyer ses ailes.
    Bourdonnante, exagèrant ses postures, elle faisait la belle devant les autres insectes qui colonisaient depuis peu la belle charcuterie.
    Maître Jean bon de son nom, trouva cette invasion fort déplaisante et lorsqu’il s’aperçut de l’art délicat déposé sur ses beaux morceaux de pâtés, de saucisses, de jambonneaux, de jambon rôtis, il vit rouge.
    Noyant sa femme Adèle sous un flot d’invectives diverses et variées, il lui postillonna un : » tu vois, avec ta manie de tout laisser ouvert…on a des saloperies qui pondent, chient et bavent sur nos produits.
    Imagine si quelqu’un s’en aperçoit hein!
    On nous enverra ce fichu malappris de Nestor Drafert et avec sa manie du tout propre, il fera fermé notre boutique…t’en dis quoi toi hein femme! »
    _ Oh, j’en dis qu’il faut mettre des lampes, ainsi, ces bestioles en tout genre se feront griller…adieu Nestor Drafert, pas de fermeture pour nous. Voila ce que j’en dis. On ne peut vivre les portes fermées, les clients n’aiment pas cela et tu le sais Jean.
    Bougonnant à qui mieux mieux, il devint soudainement furax.
    T’imagines le prix, tu nous vois répercuter ce prix sur nos produits? Jamais les clients comprendront cela. C’est la mort pour nous Adèle, c’est la mort Adèle…
    Riant à moitié Adèle lui dit: Reste calme Jean, nous en avons vu d’autre depuis qu’on s’est installé ici, c’est pas des moucherons et une chiante mouche qui s’y croit qui, va nous faire mettre la clef sous la porte hein mon bon Jean, reste calme on va l’avoir.
    Elle a beau se tortiller, ou faire la fine…cette mouche sera bientôt grillée, ça mon Jean tu peux y croire.
    Frottant leur mains, les deux complices de ce coup fumeux, se sourirent et sans vergogne commandèrent les lampes.
    Deux jours plus tard, Jean installa deux lampes bleu, elles sont magnifiques se dit mouche, Oh! comme c’est aimable d’installer pour moi ces lampes de stars.
    Voyant là un gage de sa splendeur et de son art, mouche s’empressa le soir venu de laisser sa trace sur la partie noble de l’écran.
    Puis, n’y tenant plus, elle s’approcha de plus en plus de cette beauté bleue, cela la fascinait de voir comment elle pouvait se refléter sur les murs. Bondissante, elle s’envola afin d’être plus près, plus près encore de la lumière.
    Stchaccc!
    y-l

  14. laurence noyer dit :

    Il était une fois, une mouche… (phrase incomplète)
    si imbue d’elle-même… (suspension de discours)
    qu’elle tenait ses … (grossièretés que l’on ne souhaite pas écrire explicitement )
    pour des… (sollicitation de l’imagination du lecteur )
    Sa condition valant mieux… ( sous-entendu)
    que de vulgaires W.C … (ambiguïté)
    la bestiole prit logement chez… (hésitation)
    Inventez la suite…( AltGr + .)

  15. ourcqs dit :

    Il était une fois, une mouche si imbue d’elle même,qu’elle tenait ses chiures pour des points de suspension.Sa condition valant mieux que de vulgaires W.C, la bestiole prit logement chez

    Elle était une artiste incomprise, personne n’était sensible à ses créations , alors elle cherchait du soutien. Elle avait survolé les oeuvres sculpturales excrémentaires de certains grands noms du milieu. Elle s’était permis quelques traces sur des photos du même genre, mais restait toujours anonyme. Elle avait imaginé de grands tableaux avec des dessins-chiures , un nouveau courant avec des mouvements aléatoires ( certains gagnaient beaucoup d’argent avec des impressions à pois ). Il fallait encore innover, alors elle s’invita chez un écrivain-poète-avant gardiste. Elle ponctuait les vers, les lignes, de points de suspension, d’arabesques , façon calligrammes
    Il la trouvait géniale, elle donnait un rythme nouveau à ses compositions.
    Les critiques d’interrogeaient sur cette nouvelle mise en page, des explosions dithyrambiques saluèrent cette coopération révolutionnaire dans la création littéraire
    Enfin elle connut quelques heures de gloire ….

  16. Mamireille dit :

    Il était une fois, une mouche si imbue d’elle même, qu’elle tenait ses chiures pour des points de suspension.
    Sa condition valant mieux que de vulgaires W.C, la bestiole…
    … sans aucun complexe avait formé sa famille entière et tout son voisinage, à marquer chacune son territoire partout où ça lui chantait. Ce qu’elle faisait, ses congénères le reproduisait.
    Elle avait commencé gentiment en déposant des points sur les i qui en étaient dépourvus. Cela partait d’un bon sentiment mais quand les i magenta, cyan ou jaune se trouvaient coiffés d’un point noir… la faute (de goût) sautait aux yeux, alors les tapettes s’agitaient pour tenter, au mieux de faire fuir l’intruse, au pire de l’exterminer dans un splatch qui colorait alors la feuille d’une infecte bouillie sanguinolente. Du pire que mieux pour l’assassin.
    Une vendetta a même failli voir le jour quant, son regard, troublé par les sentiments que révélaient la lettre d’amour qu’elle survolait lui firent déposer un deuxième point qui transforma un sourire coit en sourire coït… Une faute suffisait : le mot « coi » ne prend pas de T. Mamma mia ! Un T accompagné d’un tréma… Quelle honte ! Quel scandale ! Impossible de lister le type de dégâts et de dénombrer les victimes collatérales d’un tel acte. La mouche fut plus que jamais poursuivie dans cette contrée.

    Les psychologues disaient de cette emmerdeuse professionnelle : « elle n’a pas appris à faire dans le pot » !
    C’est un point de vue que tout le monde ne partageait pas. Certains creusant plus profond l’analyse conclurent que c’était un moyen pour ce diptère de faire disparaître le complexe d’infériorité qu’elle avait développé à force de se faire arracher les ailes par des gamins en mal d’expérience et d’entendre dénigrer ses pattes de mouche…
    C’est peut-être juste… peut-être pas… crotte, crotte, crotte…

  17. Cetonie dit :

    Il était une fois, une mouche si imbue d’elle-même, qu’elle tenait ses chiures pour des points de suspension…
    Sa condition valant mieux que de vulgaires W.C, la bestiole s’installa sur mon bureau, certaine d’y passe inaperçue au milieu de mon désordre…
    Elle comprit vite qu’à condition de savoir s’envoler rapidement si elle me dérangeait, elle ne courait pas trop de risques, ma tapette étant vite enfouie sous divers papiers…
    L’ordinateur, allumé dès le matin, lui offrait une douce chaleur, mais elle se passionnait pour le spectacle de mes écrans, toujours variés…
    Petit à petit, elle s’enhardit, et entreprit de déchiffrer ce que j’apportais à la culture, car je passais des heures à écrire, inventant des histoires invraisemblables, racontant mes souvenirs pour mes petits enfants ou rédigeant d’insipides lettres de réclamations : pour elle, tout était bon…
    Virevoltant et tourbillonnant, elle avait repéré que lorsque mes mains quittaient la souris pour se poser sur le clavier, des textes apparaissaient sur un écran…
    Très attentive, elle se posait alors exactement à l’endroit où un point venait ponctuer mon texte, et y déposait délicatement deux petites chiures, que je tentais vainement de corriger…
    Très vite, mes lecteurs remarquèrent cette particularité dans mon style, et m’accusèrent de manquer de rigueur : il faut savoir aller au bout de son idée, et conclure nettement…
    Je n’y comprenais rien, et dépérissais de dépit, lorsque mon compagnon, lisant par-dessus mon épaule, remarqua son manège et, sans en avoir l’air, extirpa la tapette de la pile de journaux et, bien armé, attendit…
    D’un seul coup, il manqua éclater l’écran, mais ne manqua pas l’orgueilleuse qui s’écroula.
    Je retrouvais ainsi la rigueur qui avait toujours marqué mes œuvres, et dont j’étais si fière !

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