345e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

Elle/Il n’écrivait que la nuit, des phrases lumineuses qui l’éblouissaient
si fort qu’elle/il clignait de plus en plus des yeux. 
Elle/Il consulta un ophtal-mot.  
Vous êtes sous l’influence de trop grandes grandes émotions, lui dit-il, en la raccompagnant jusqu’à la sortie.  
Parvenue sur le pas de la porte, elle/Il tenta de déchiffrer son ordonnance.

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Chaque proposition d’écriture créative est une bataille contre la routine et l’endormissement de l’imagination. Un petit combat pour maintenir en vie l’enthousiasme d’imaginer, d’inventer, de créer.

18 Responses

  1. Cetonie dit :

    Elle n’écrivait que la nuit, des phrases lumineuses qui l’éblouissaient
    si fort qu’elle clignait de plus en plus des yeux.
    Elle consulta un ophtal-mot.
    Vous êtes sous l’influence de trop grandes émotions, lui dit-il, en la raccompagnant jusqu’à la sortie.
    Parvenue sur le pas de la porte, elle tenta de déchiffrer son ordonnance.
    Mais, avec ces yeux toujours plus clignotants, elle s’aperçut qu’elle ne pouvait plus lire, il lui fallut faire appel à son voisin.
    Celui-ci, peu expert en déchiffrage, parvint cependant à reconnaitre quelques mots au milieu de ce fouillis, et les lui révéla patiemment, sans rien y comprendre lui-même.
    Elle apprit ces quelques mots par cœur, et attendit la nuit, que son émotion se calme et que son intelligence s’éveille.
    Cela parlait de test à faire, de luminosité, de longueur d’ondes, d’Extéroception et de sensations…
    Il lui fallut chercher encore une âme charitable pour trouver le laboratoire compétent, puis une autre pour l’aider à décrypter le résultat de ces analyses.
    Cela ne concernant plus l’ophtal-mots, elle fut dirigée vers l’un de ces gourous à la mode qui devait lui apprendre à dominer ses émotions, suivant le schéma bien connu : c’est l’esprit qui doit l’emporter sur le corps.
    Séances de yoga, méditation, jeûne, randonnée au Sahara (dont les nuits merveilleuses alimentèrent un plein recueil de poèmes), rien n’y fit : ses yeux ne supportaient toujours pas la lumière du jour, et clignaient au rythme des étoiles, alors qu’éblouie elle continuait de jongler avec les mots.
    Il lui fallut se rendre à l’évidence : elle devrait faire un choix cornélien, continuer à se soumettre à la dictature des mots qui l’enchantaient, ou rompre le sortilège et vivre enfin « comme tout le monde ».
    Incapable de se décider, elle s’abandonna, on la retrouva dans un fleuve de mots tous plus beaux les uns que les autres, le sourire aux lèvres et les yeux clos, définitivement.

  2. Clémence dit :

    Elle n’écrivait que la nuit, des phrases lumineuses qui l’éblouissaient
    si fort qu’elle clignait de plus en plus des yeux.  Elle consulta un ophtal-mot.  
    – Vous êtes sous l’influence de trop grandes grandes émotions, lui dit-il, en la raccompagnant jusqu’à la sortie.  
    Parvenue sur le pas de la porte, elle tenta de déchiffrer son ordonnance.

    Hypatie n’avait pas encore 11 ans et elle venait d’entrer à l’internat. Un pensionnat dirigé par des bonnes sœurs. Très vite, elle se rendit compte que ces femmes vêtues de noir n’étaient pas disposée à déborder de bienveillance à son égard.

    – Comment, entendit-elle en passant devant une porte à moitié close, comment une gamine d’ouvrier a-t-elle pu entrer dans notre institution ?
    – Nous n’avions pas le choix, répondit une voix grave
    – Nous lui passerons l’envie, le plus vite sera le mieux! répondit la première voix, menaçante comme une porte de prison.

    Hypatie enregistra le message. Elles voulaient la guerre, elle l’auraient. Mais les choses ne se passèrent pas comme Hypatie l’aurait voulu : une belle guerre, franche, nette, à la loyale. Non ! Les sœurs-surveillantes se cachaient dans les encoignures et épiaient les moindres geste de la fillette.
    – Mains dans les poches du tablier : 200 lignes.
    – Conversation à voix basse dans le couloir : 3 points de moins en discipline.
    – Détour par les toilettes à l’inter-cours : conjugaison intégrale de 10 verbes irréguliers.
    – Boire un peu d’eau au robinet: privée de goûter.
    – Doigts tachés d’encre : corvée paille de fer sur le parquet du bureau de la Supérieure.
    L’éventail des punitions était large et en fin de mois, cela se soldait immanquablement par une retenue : retour différé de quelques heures, reporté au lendemain ou retenue totale. Et tant pis pour le linge….il y aurait toujours la bassine d’eau froide et le carré de savon…

    Ça se gâchait partout : au pensionnat, mais aussi à la maison. D’un côté, les sanctions, de l’autre, les lamentations. Hypatie cherchait un échappatoire. Certes, ce ne fut pas avec l’aide de son frère aîné – qui jubilait de son statut d’enfant unique retrouvé – quoique …. Hypatie avait découvert que son frère lisait, avec une lampe de poche, sous les couvertures. Et ce qu’il lisait ! Ah…ça, elle aurait pu vendre la mèche aux parents. Mais elle fut plus fine. Elle lui subtilisa la lampe de poche ainsi qu’une réserve de piles.

    De retour au pensionnat, Hypatie fréquenta la bibliothèque. La préposée riait sous voile et marmonnait :
    – Quand trouveras-tu le temps de lire ? Entre tes punitions et tes devoirs ?
    Hypatie ne pipa mot. Elle sourit. Tout simplement. Toutes les révoltes, toutes les répliques qui surgissaient autrefois en réponse aux sanctions injustes étaient désormais accueillies avec un sourire angélique. Mais rien n’y fit, les sanctions étaient maintenues.

    Hypatie fit preuve de résilience avant que le mot ne fut galvaudé. Après la période « lecture sous les couvertures », il y eut la période « écriture sous les couvertures ».
    Sur la première page du grand cahier, Hypatie écrivit en anglaises : « Il est toujours trop tôt ou trop tard… »
    Ses premières phrases étaient lumineuses. Les étoiles dansaient avec le soleil et la lune chantait avec les galets de la rivière. Le monde était juste. Juste comme il devrait l’être.
    Comme toutes les jeunes filles de son âge, elle cacha son cahier sous son matelas. Et comme il fallait s’y attendre… le cahier fut découvert et confisqué.
    La Mère Supérieure dut reconnaître la beauté des écrits d’Hypatie, mais rien ne filtra.

    Dès le lendemain, les yeux d’Hypatie versèrent des larmes. Le matin, elles étaient bleues, durant la journées, elles étaient roses et le soir, elles brillaient d’une lumière irisée. Cela dura une semaine. Hypatie trouvait cela drôle, mais ses compagnes ne disaient rien. Les religieuses non plus ! Était-elle la seule à voir ces couleurs ?

    Une semaine plus tard, de vilains clignements d’yeux empêchèrent Hypatie d’assister aux cours. Elle marchait, les bras tendus devant elle, pour se protéger. La soeur-infirmière l’emmena chez un ophtalmo. Le diagnostique tomba.
    – Elle est sous l’influence de trop grandes émotions dit-il en regardant par-dessus ses verres en demi-lune. Il griffonna une ordonnance. Hypatie fut la plus rapide. Elle s’empara du feuillet et sortit en courant et déchiffra : « …autre…côté…lorgnette… oser…écrire….encore »
    – Chouette, je ne dois pas porter de lunettes, mais oser….oser quoi ?

    La nuit-même, Hypatie dut se rendre aux toilettes. Elle se leva sans bruit, passa près de l’alcôve de la surveillante et entendit des chuchotements et des soupirs. Elle écarta doucement le rideau et aperçut… deux femmes enlacées. Elle ne les reconnut pas immédiatement, mais elle repéra un détail. Elle regagna son alcôve. A peine couchée, elle vit, sur le rideau transformé en écran géant, un corbeau. Oui, un corbeau. Pas une corneille. Un corbeau comme celui de La Fontaine, avec un bec noir !

    Une drôle d’idée se planta dans la tête d’Hypatie. Elle tenta la concrétisation à l’étude du matin. La chance était avec elle : le bureau de surveillance était inoccupé. Elle subtilisa une feuille du carnet de la pionne puis elle gagna sa place. Le sourire aux lèvres, et d’une main rageuse, elle écrivit un message en lettre capitales : «  Je vous ai vueS ». Elle le glissa dans son cahier de notes. 
    A l’inter-cours, Hypatie s’attarda devant le bureau de la Mère Supérieure et glissa la feuille sous la porte. Le soleil pourrait enfin briller pour une fille d’ouvrier.

    Hypatie termina brillamment ses études. Elle obtient son diplôme avec mention très bien et les félicitations du Jury.

    © Clémence

    • Grumpy dit :

      Les larmes sont plus jolies bleues, roses ou brillantes, hélas elles n’en restent pas moins des larmes.
      Cherchons la couleur des larmes de joie ?

  3. françoise dit :

    Il n’écrivait que la nuit, des phrases lumineuses qui l’éblouissaient
    si fort qu’il clignait de plus en plus des yeux. 
    Il consulta un ophtal-mot.  
    Vous êtes sous l’influence de trop grandes émotions, lui dit-il, en le raccompagnant .Peut-être devriez-vous consulter un psychanaliste.
    Celui-ci lui fit raconter sa vie, ses relations familiales, sexuelles. Il lui avoua à demi-mot qu’il était puceau. Sans mâcher ses mots, le spécialiste lui expliqua que pour lui la solution était qu’il fréquente des péripatéticiennes régulièrement. Et vu son état d’épuisement dû au manque de sommeil il lui délivra un certificat d’arrêt de travail avec pour motif « défaillance sexuelle nécessitant un repos absolu ».
    La pharmacienne à qui il demanda conseil lui vendit du viagra mais lui recommanda une grande prudence.
    Un soir, à demi-éveillé, il alla prendre un café au bar du coin. Il griffonnait sur une feuille de papier depuis deux heures quand le garçon de café lui signifia qu’ils allaient fermer et qu’il devait partir « ce n’est pas le Procope ici « ajouta-t-il.
    Le lendemain il alla donc au Procope, s’installa, griffonna,tout en écoutant la conversation des écrivains ;peut-être y en avait-il des célèbres, de la nouvelle vague… L’un d’eux lui demanda s’il était « nègre » ; oui dit-il de Simone de Beauvoir. Oh mais lui confia-t-il elle vous attend à Montparnasse en compagnie de Jean-Paul Sartre depuis un moment. Connaissez-vous le n°exact où elle habite. Vous demanderez au gardien lui répondit-il.
    Hélas ses projets furent contrariés par la visite d’un inspecteur de la Sécurité Sociale qui lui signifia que ses troubles sexuels ne figuraient pas dans la nomenclature des maladies prises en charge par l’organisme et donc qu’il devait reprendre son travail.
    S’en sentant incapable, il décida d’aller vivre chez sa mère mais celle-ci le reçut froidement et quand il lui expliqua qu’il cherchait un emploi de nègre, elle lui cria en jetant sa valise par terre d’où s’échappèrent, ses chemises, slips et chaussettes de rechange ainsi que tous ses mots-valises « je ne veux pas d’émigré chez moi ».
    Tant bien que mal, il a repris sa vie en main, maintenant il est vigile de nuit, il dort le jour et n’a plus le temps d’écrire des phrases lumineuses. L’histoire ne dit pas s’il est toujours puceau.

     

     

  4. Les insomnies, elle connaissait cela depuis longtemps. Programmée pour se réveiller chaque nuit aux alentours de 3h du matin, elle en prenait son parti. Cela commençait par une agitation inexpliquée, qui la maintenait dans un demi sommeil malgré ses essais pour se rendormir profondément, et puis, sans aucune raison discernable, son esprit se mettait en éveil et les idées défilaient dans sa tête, la plupart du temps saugrenues ou malavisées, mais parfois aussi lumineuses. Des vers entiers naissaient spontanément, à placer sans correction dans de futurs poèmes, des définitions loufoques de mots à inscrire dans un dictionnaire improbable qu’elle montait pièce par pièce depuis des années, des jeux de mots fulgurants, des situations absurdes qu’elle affectionnait et mettrait en scène dans de courts textes dès le saut du lit. Son seul regret dans ces moments privilégiés était de ne pas disposer de commodités d’écriture sur l’oreiller pour fixer sur le papier ces idées profitables, avant qu’une somnolence ne les efface – souvent définitivement – de son esprit. Aussi s’astreignait-elle à se lever chaque fois et à rejoindre à tâtons son bureau dans la pièce à côté. Mais il fallait allumer pour écrire et après cela, il lui était impossible de se rendormir. Certains jours particulièrement bénis, la muse la visitait plusieurs fois dans la nuit, l’obligeant à sortir trois ou quatre fois de sa couche. Toute la difficulté alors était de ne pas réveiller son conjoint qui dormait à son côté, heureusement d’un sommeil lourd. Alors elle se résignait à se lever définitivement. Et il ne lui restait plus qu’à attendre le lever du jour, assise à sa fenêtre, volets ouverts et lumière éteinte, jusqu’à ce que le premier rayon de soleil fasse cligner ses yeux ensommeillés de papillon de nuit.
    Mais elle ne parla jamais, au grand jamais, à un médecin, de son rythme de sommeil capricieux. Il aurait sans retour rompu le charme.

  5. Michel-Denis ROBERT dit :

    Il n’écrivait que la nuit, des phrases lumineuses qui l’éblouissaient si fort qu’il clignait de plus en plus les yeux. Il consulta son ophtal-mot. Vous êtes sous l’inflence de trop grandes émotions, lui dit-il, en le raccompagnant jusqu’à la sortie.
    Parvenu sur le pas de la porte, il tenta de déchiffrer son ordonnance, en entête, OPHTAL’MOT POUR RIRE.
    « Qu’est-ce que c’est que cette histoire ! Il fit volte-face, la porte se referme sur son nez. Il avait bien eu rendez-vous chez ce médecin.  » Si je sonne de nouveau et que je demande à la secrétaire : – Ai-je bien eu une consultation ici ? C’est pour le coup qu’elle va me rire au nez. »
     » Je n’ai pas de temps à perdre ! Elle va me répondre ça, c’est sûr ! »

    ______________________________

    – Excusez-moi, je ne rigole pas. Je suis sous tension. Parfois je me mets à rire, dans le même instant, je sombre dans la morosité la plus noire. Il faut m’aider !
    Elle le regarda dans les yeux, mâchoire fermée, en gros, elle disait : « Aide-toi, le Ciel t’aidera et bon vent ! »
    – Mais, vous voyez bien, je cligne des yeux !
    – Allez draguer ailleurs ! J’ai du travail !
    – Mais regardez l’entête : OPHTAL’MOT POUR RIRE !
    Elle fit les gros yeux, l’air de dire : « Ben quoi ! Qu’est-ce qu’il y a de drôle ! en regardant les gens assis dans la salle d’attente qui se mirent à sourire. Elle consentit à l’informer :
    – Vous n’êtes pas au courant ! L’ancien médecin avait inscrit « Travail soigné à l’oeil ». Il a fait faillite. Si vous voulez une nouvelle consultation, donnez-moi votre carte bleue, lui dit-elle doucement.
    – Mais !
    – C’est pour rire !
    – Bon d’accord ! Mais ça fait la deuxième fois.
    – Ne vous inquiétez pas, vous serez remboursé.
    – C’est pas la question.
    – Allez vous asseoir, s’il vous plaît.
    En traînant les pieds, il s’exécuta, s’assied et se prit la tête dans les mains.
    – Je lui ai tapé dans l’oeil, j’en suis sûr, mais je crois qu’elle ne m’aime pas, dit-il à sa voisine.
    – Elle fait son travail, c’est tout, dit la voisine bienveillante.
    – Je vais lui redemander ma carte, cette histoire est bizarre. La sécu ne voudra pas me rembourser deux consultations coup sur coup.
    – Ne faîtes pas ça, dit la voisine.
    – Pourquoi ?
    – Ca ne va pas plaire au médecin. Il est pointilleux.
    A ce moment, le médecin ouvrit la porte du cabinet et dit :
    – Monsieur Beauregard !
    Il prit place en face du bureau. Dans l’atmosphère feutrée, le médecin voyait de plus en plus ce genre de pathologie. Il lui indiqua en le ménageant :
    – Vos tests ne sont pas très rassurants, mais avec une bonne correction, ça devrait s’arranger. Il poursuivit. Vous speedez trop, vos neurones sont surbookés. Si vous continuez, vous allez faire un burnout. Vos yeux voient la scène avant qu’elle ne se produise et l’image reste imprimée dans votre mémoire. Cela s’appelle des flashes.
    – C’est grave Docteur ?
    – Ce n’est pas très grave, si vous revenez aux fondamentaux.
    – Et c’est quoi les fondamentaux ?
    – Vous frisez l’anglophobie. Je vais vous prescrire un collyre bio à base de racines, beaucoup de repos, et surtout respectez bien l’étymo-posologie. Vous pourrez ainsi mieux maîtriser vos flashes.

  6. Jean-Pierre dit :

    Clara n’écrivait que la nuit, des phrases lumineuses qui l’éblouissaient
    si fort qu’elle clignait de plus en plus des yeux. 
    Elle consulta un ophtal-mot.  
    Vous êtes sous l’influence de trop grandes grandes émotions, lui dit-il, en la raccompagnant jusqu’à la sortie.  
    Parvenue sur le pas de la porte, Clara tenta de déchiffrer son ordonnance.
    Illisible, comme de bien entendu.
    Elle tendit le papier d’une main tremblante au pharmacien, qui était plutôt beau mec.
    En lisant la prescription, le pharmacien rougit jusqu’aux oreilles.
    – C’est contagieux ? Demanda-t-elle.
    – Oui.
    – Ça se soigne comment ?
    – Suivez-moi.
    Il entraîna Clara dans un réduit complètement obscur.
    – Il faut soigner le mal par le mâle, dit-il en la reversant sur le sol. A condition que le mâle vous convienne, bien entendu.
    C’était un gentleman. Ou un bon professionnel.
    – Le traitement est-il remboursé par la sécu ? s’inquiéta Clara.
    – Non, mais il est gratuit.

    « Un mâle pour un bien », pensa Clara.
    Cette phrase était vraiment lumineuse, et le mec ne lui déplaisait pas.

    Elle était venue ici pour se débarrasser des mots qui l’obsédaient.
    Alors, elle n’a rien dit et a laissé faire le praticien.
    Toutefois, par sécurité, elle exigea plusieurs séances qu’elle réglerait à tempérament.

  7. Anne-Marie dit :

    Elle referme la lourde porte de chêne sur laquelle brille la plaque de cuivre gravée du Docteur Lésieudémo. Quelques pas plus loin, elle pénètre dans un square, s’assied sur un banc, à l’ombre. « Vous êtes sous l’influence de trop grandes émotions », lui a dit l’ophtal-mots en la raccompagnant. Elle revoit son regard clair, ses traits réguliers, ses mains de pianiste. Elle en est encore éblouie, ferme les yeux. Pendant qu’il parlait et scrutait son regard, des images plus lumineuses les unes que les autres se succédaient, composant les scènes d’un nouveau roman dont il serait le héros. Elle avait du mal à écouter ce qu’il lui disait, ses yeux clignaient, elle peinait à lire les mots qui s’affichaient sur l’écran éclairé. Il lui avait déposé dans chaque œil quelques gouttes, elle ne le voyait plus qu’à travers un filtre ensoleillé, les flashs s’étaient ralentis pendant qu’elle répondait à ses questions, parfois surprenantes. Elle n’est pas capable de se souvenir de ce qu’il lui a prescrit. Elle déplie la feuille. Les mots dansent devant ses yeux. A côté, des enfants chahutent, s’interpellent, se disputent le tobogan en se poussant vigoureusement. Elle se laisse distraire quelques instants par leurs jeux, mais l’ordonnance lui brûle les mains. Elle respire profondément. L’écriture, ferme, l’adresse à un centre spécialisé pour :
    – radiographier la structure de son roman,
    – en scanner le texte, à la recherche d’anormales densités d’émotions,
    – l’échographier afin de passer aux ultrasons les échos que ces troubles peuvent susciter,
    – procéder à un IRM : Image et Résonnance des Mots pour confirmer dans la profondeur immergée de ses écrits les résultats précédents.
    Elle lève la tête, quand va-t-elle faire tous ces examens ? Elle travaille la journée, n’a que ses soirées et ses nuits pour écrire… Restent quelques lignes en bas de la page. Quoi d’autre encore ?
    « Si tous les examens concluent à un taux trop élevé d’émotions, préférez le jour à la nuit pour en atténuer les effets troublants pour votre vue, ou utilisez des ampoules « lumière du jour » mais continuez à écrire. Revenez me voir avec tous les résultats et n’oubliez surtout pas de m’apporter votre roman. »
    Des phrases indicibles se bousculent dans sa tête. Elle prendra rendez-vous dès ce soir.
    © ammk

  8. SandyBcn dit :

    Dr Jean-Louis Delamain – Ophtal-mot-logiste
    Spécialité en maux des mots – Thérapie morphosyntaxique
    Professeur de la faculté de toutes lettres confondues

    Le 8 juil 2017

    Renseignements cliniques et motifs de la demande :
    N’écrit que la nuit. Eblouissement. Fort clignement synchronisé des deux yeux.

    Description de l’examen :
    Lecture de la page 78 de « La disparition » de George Perrec : vertige immédiat

    Conseil thérapeutique :
    Q.S.P : 1 mois

    – Verbantine Extra
    1 comprimé/jour
    – Gramex en sirop
    1 cc av chaque repas
    – Florthobional
    matin et soir pdt 10 jours
    – Linguistinol
    1 gélule toutes les 4 à 6h
    Ne pas dépasser 6 gélules/24h

    Tous les soirs à 21h43 prendre un grand verre d’eau de Jouvence de l’abbé Sourdine avec un E, de préférence.
    Rendez-vous dans 1 mois pour bilan.

  9. LELEU Yvette dit :

    Il n’écrivait que la nuit, des phrases lumineuses qui l’éblouissaient si fort qu’il clignait de plus en plus des yeux.
    Il consulta un ophtal-mot.
    La nuit était son amie
    il aimait ce calme, ce silence presque parfait
    peu ou pas de bruit dans son coin de campagne
    les gens dormaient du bon sommeil, alors que lui cherchait la phrase, les mots qui viendraient emplir ses pages.
    Son travail devait être rendu sous peu
    il savait que son éditeur ne lui ferait pas de cadeau
    trop de demande, trop de pressions pesaient sur ses épaules.
     » Alouette dans la nuit »
    devait être fin prêt pour les milliers de lecteur attendant la suite de son premier roman.
     » Alouette dans la nuit »; était l’acte finale. Il avait souffert durant ces huit mois de nuits longues et dévorantes.
    Il avait perdu du poids, des cernes sombres habillaient son regard couleur caramel lui donnant l’air d’un zombi hagard.
    Il ne parvenait plus à faire la différence entre la réalité des mots et cette sublimation perpétuelle qu’il vivait à l’écrit.
    Les mots étaient vivants, brillants, luminescents.
    Ils se dédoublaient, se chevauchaient, sautaient des lignes allègrement.
    Il sombrait dans une sorte d’extase de l’écrit.Il jonglait avec les lignes, sentait quand il devait fermés les yeux afin de protégeait son cerveau qui lui hurlait des: »c’est pas normal! fais quelque chose! ça va pas, repos total!fermes tes yeux va dormir! »
    Il n’en avait cure. Cette beauté, cette aura des mots,lui donnait des ailes. Il crayonnait farouche, couchait sur ses pages des lignes et des lignes non linéaires.
    Il avait cette impression de voir double, trouble, mais n’en souffrait pas vraiment. Son histoire prenait vie, s’envolait de travers, brillantissime, des éclairs plus fortes les unes que les autres se fragmentaient aux travers de son oeil gauche. Il riait.
    Recherchant cette luminescence puis presque à la fin de son histoire, un flach plus important, comme un trou mais noir. Si noir, sombre comme la nuit sans lune, sans étoiles, sans rayonnement, sans vie vint le frapper. Il trembla, il cria.
    Il promit de se reposer, de reprendre des forces. Il rechercha parmi ses amis celui qui pourrait l’aider puis voyant que cela serait inutile tant le trou restait là…noir, voulant grandir, l’appauvrir il eut un sursaut et prit contact avec la secrétaire de L’Ophtal-mot.
    _Madame bonjour
    Je suis écrivain et je viens de vivre une suite époustouflante de luminosité, de brillance, de flachs, d’aura des mots et pour finir, un trou noir se forme et il ne veut pas s’éloigner de moi.
    Ais-je besoin de voir Monsieur Motsansuite?
    Elle lui donna rendez-vous pour le soir même et lui conseilla avec grâce ceci: » Monsieur, veuillez rester au calme, reposez-vous le plus et n’écrivez pas pour aujourd’hui. Faites-vous accompagner pour la visite.
    _ Comment! pesta t’il. Je vous dis que je voie des luminescences, des flachs, des brillances, des auras et vous voulez que je cesse d’écrire? Je n’ai pas de mal avec mes écrits Madame, sachez-le!
    _ Monsieur
    Ce ne sont pas vos mains, ni votre intelligence qui ont besoin de soin mais votre oeil lui, réclame à cor et à cri votre aide.
    Il vous a envoyer plusieurs signaux, le Docteur Motàloeil vous le précisera.
    Prenez patience Monsieur Coulomot, je maintiens votre rendez-vous pour ce soir 17 heures 30 , accompagner. Elle raccrocha le laissant perplexe.
    Il voulut en avoir le coeur net. Il sortit une page blanche,prit son plus beau stylo et resta devant celle-ci dans l’attente.
    Lentement il commença à écrire.
    Moi Jean Coulomot, je me vois obligé ce jour de respecter les directives de Madame Secdemot car et là…un flach, une luminescence fulgurante lui vrilla l’oeil. Lorsqu’il reprit ses sens
    , il regarda ses écrits. Il dut pour ce faire, se mettre un peu de côté il y avait un petit cercle noir devant lui lorsqu’il essayait de lire.
    La peur le prit. C’est là qu’il comprit que Madame Secdemot avait sans doute raison. Il ferma ses yeux et se reposa.
    Le soir il se fit accompagner par son ami Hubert Sansmot, c’est ensemble qu’ils apprirent la nouvelle.
    Bien que sérieux, cette maladie se soigne bien si cela est prit à temps…ce qui fut le cas de notre ami.
    Son roman connu un succès fou. Il continu d’écrire mais avec plus de respect pour son corps.
    Le bon Ophtal-mot avait réussi à le mettre en confiance.
    Aujourd’hui, notre ami présente son cinquième roman. A voir l’accueil qui lui est fait… ce sera comme le dit le titre: » Luminescent »
    bref quelque chose de brillant.
    y-l.

  10. Grumpy dit :

    Albina était sublime. Elle portait à ravir une fourrure angora d’une blancheur immaculée. Heureusement, elle était écrivaine, métier peu salissant pour sa pelisse sauf évidemment s’il arrivait un accident de stylo encre.

    Elle n’écrivait que la nuit, aussitôt qu’elle s’asseyait à son bureau son crâne s’allumait de l’intérieur comme on place une lanterne dans la citrouille évidée d’Halloween. Elle n’aimait pas écrire sur le sens des mots, leur utilisation, les multiples façons de les mettre en prose, en vers, en musique, de les croiser en horizontal, en vertical… Elle trouvait cela d’un ennui colossal et l’abandonnait volontiers aux écrivains en devenir qui se délectaient d’en jouer et de tourner en rond avec eux à vire-que-voilà. La ronde des mots, ce n’était pas pour elle, elle n’aimait qu’inventer de petits sujets originaux peut-être, en tout cas divers et variés.

    Les soirs de grande inspiration elle écrivait des phrases lumineuses qui l’éblouissaient si fort qu’elle clignait de plus en plus des yeux. Elle constata qu’à la longue l’écriture nocturne était en passe de lui abîmer gravement la vue. De miro qu’elle était, elle devenait petit à petit presbyte, obligée de repousser de plus en plus loin ses brouillons à relire et corriger et réalisait qu’elle perdait de précieux 10e .

    Ce mal aux yeux lui donnait tant mal à la tête jusqu’au fond des orbites qu’elle décida de consulter un ophtalmo. Il y en avait un au bout de sa rue, mais ce n’était sans doute pas exactement le praticien qu’il lui fallait, sur sa plaque de cuivre était gravé : ‘Docteur Bonoeil, Ophtal-mot’. Elle estima qu’elle n’avait pas besoin de soigner ses mots ‘vu’ que c’était aux yeux qu’elle avait mal. Elle dénicha dans les Pages Jaunes un ‘Docteur Lewis Carroll, Ophtal-maux’. Voilà, s’il fallait n’en voir qu’un, ce serait celui-là.

    Ce docteur spécialiste des maladies des yeux chez les léporidés la reçut fort aimablement. Il n’en laissa rien paraître, mais au fond de lui tourbillonna une émotion troublante tant il la trouva séduisante. Il la fit asseoir dans son fauteuil de cuir devant un grand appareil noir muni d’une foultitude de lentilles et d’oeilletons. Il l’examina, lui demanda d’épeler des lettres de l’alphabet, de la plus grande à la plus petite. Il déclara « le fond de l’œil est frais, laïtou, laïtou … » voilà qui était plutôt rassurant.

    À la fin de la consultation il lui prodigua quelques conseils : « Madame Albina, je pense que vous trouvez dans un profond état de fatigue. Vous devriez dormir davantage et diminuer l’intensité de votre lampe de bureau, c’est elle qui vous donne ces yeux rouges, également arrêtez de regarder des navets à la télévision et remettez-vous aux carottes. Lorsque vous sortez la nuit ne vous laissez pas éblouir par les phares des voitures, évitez également de passer trop souvent de l’autre côté du miroir. Enfin, pardonnez-moi Madame d’entrer sur ce terrain, mais je pense qu’il faudrait revoir à la baisse votre activité sexuelle, je sais bien que dans votre famille la tradition est de baiser beaucoup mais sachez que même si ça se passe dans le noir, à trop voir le loup s’ensuivent des conséquences et qu’en toute chose il faut raison garder. »

    Un peu ébranlée, en particulier par la dernière remarque (à laquelle il serait très difficile de se plier) elle se retrouva déconfite sur le pas de la porte et se mit à déchiffrer son ordonnance. L’ophtal-maux lui prescrivait des lunettes à triple foyer, et lui conseillait de consulter deux confrères qui participeraient à la remettre complètement d’aplomb :

    – un otorhino pour trouver une solution à son nez qui bougeait tout le temps
    – un orthodontiste pour rectifier ses deux dents de devant.

  11. ourcqs dit :

    Il n’écrivait que la nuit, des phrases lumineuses qui l’éblouissaient si fort qu’elle/il clignait de plus en plus des yeux. 
Il consulta un ophtal-MOT  
Vous êtes sous l’influence de trop grandes grandes éMOTions, lui dit-il, en le raccompagnant jusqu’à la sortie.  
Parvenu sur le pas de la porte, Il tenta de déchiffrer son ordonnance.

    Traitement du syndrome de MO-lière , pour Mr HypercondriMOT

    – Une dose de MO-destie tous les soirs, dans les deux yeux,

    – MO-difier votre MO-de de vie MO-mentanément,

    – MO dérer les MO jito,

    – MO duler les fortissi MO en pianissi MO

    En cas de persistance des symptômes , prendre un RDV pour un MO-nocle

  12. durand dit :

    Il n’écrivait que la nuit, des phrases lumineuses qui l’éblouissaient si fort qu’il clignait de plus en plus des yeux.

    Il consulta un ophtal-mot, un charlatan trop affable prétendant remettre les yeux en face des trous de mémoire ??

    « Vous êtes sous l’influence de trop grandes émotions conjonctiviturelles, surtout les soirs de pleine lune » lui dit-il en le raccompagnant jusqu’à la sortie.

    Parvenu sur le pas de la porte, il tenta de déchiffrer son ordonnance, heureusement, il faisait jour

    -Ecrivez un mot sur deux. Le lundi le premier, le troisième, le cinquième ….etc…

    -Le mardi, vous attaquez le deuxième, le quatrième, le sixième …etc…

    Cela devrait donner quelque chose comme…je prends un texte dans tout le bhazard littéraire.

    -La ayant tout se fort quand bise venue un petit de ou vermisseau alla famine la sa la de prêter grain subsister la nouvelle…par ex…pour la nuit de lundi.

    Ensuite…

    -cigale chanté l’été trouva dépourvue la fut un morceau mouche de elle crier chez fourmi voisine priant lui quelque pour jusqu’à la…par ex…pour la nuit du mardi.

    Bon, évidemment, si vous écrivez votre texte sur 3,4,5,6 jours….voire sur la semaine…ça se complique un tantinet…

    Mais quand on aime écrire, on ne compte plus les mots de trop, les mots de travers, les mots numents, les mots queurs (ou cœurs selon votre état émotionnel)

    Dans tous les cas, surtout,surtout surtout…surtout…BUVEZ beaucoup!

    Gardez toujours à portée de main la fontaine.

    Et puis si vous ne parvenez pas à faire chanter vos phrases, laissez les danser!

  13. Blackrain dit :

    Par cette lumière qui illumine vos mots, ne vous contentez plus d’écris vains, devenez un écrivain. Un écrivain publique qui de sa plume fera le coq afin d’être reconnu par Bernard comme le pivot de son émission.
    Vivez votre don ! Chaussez vos nouvelles lunettes pour signer à la tache, assigné à la tâche, une tache d’encre bien agréable, celle de votre signature qui dédicace. Des dédicaces à Dédé, à Yvonne, à leurs filles et à leurs grands-parents.
    Vivez cette file d’attente qui se prolonge dans la rue, cette fille d’Atlante qui s’évade de votre imaginaire pour venir se coucher sur les feuilles de votre livre. Abandonnez le double foyer pour boire le verre progressif avec celle qui deviendra votre muse.
    Vous lui jouerez de la cornemuse dans un château en T avant de vous fondre en L. Vous jouirez alors du bonheur présent même s’il devait s’écrire à l’imparfait du subjectif. Vous en oublierez votre passé décomposé pour entrevoir un futur intérieur qui jettera au loin l’ancre de vos maux.

  14. Laurence Noyer dit :

    Ordonnance de Ilelle
    1-Verre lunaire filtrant
    De façon à tamiser toute idée lumineuse
    qui surgirait dans la nuit

    2-Monture progressive
    Pour corriger les troubles émotionnels
    liés à une trop grande imagination.

    3-Lentilles « Daltonique »
    Afin de cesser d’en voir
    de toutes les couleurs.

    4-Acuité visuelle à 0/10
    Avec l’espoir d’un noir complet
    sur les nuits blanches.

  15. Laurence Noyer dit :

    De grandes émotions qui voient double!

  16. Odile Zeller dit :

    Elle n’écrivait que la nuit. Le jour elle travaillait dans l’industrie . Ses phrases lumineuses l’eblouissaient si fort qu’elle clignait de plus en plus les yeux. Elle consulta un ophtal-mot. Il prit l’air soucieux et le sourcil circonflexe son souci très à la lettre. Il se fit décrire le symptôme mot à mot, chaque phrase et chaque idée. Puis il se saisit de son stylo et rédigea en le commentant tout haut son verdict
    -faire prendre à sa plume chaque nuit une aspirine
    -n’écrire qu’à la chandelle
    – abandonner toute création piur parodier les grands classiques
    – juguler totalement son enthousiasme
    -brider son imagination
    -s’interdire tout génie, opter pour les clichés et les lieux communs
    – contrôler orthographe et ponctuation
    – feuilleter tous les trois mots le dictionnaire
    Quand il leva le nez et ôta ses lunettes, elle était déjà partie et avait décidé qu’une paire d’en lunettes ferait très bien l’affaire.

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