343e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

Il lui fallut du temps pour comprendre que ses oreilles n’entendaient pas la même chose. Quand l’une entendait « OUI », l’autre entendait « NON ». Quand l’une entendait « BEAU », l’autre entendait « MOCHE ».
Laquelle devait-il croire, la gauche ou la droite ? 

Inventez la suite; considérez que ce peut être IL ou ELLE

40 Responses

  1. Bonnet-Seigue Colette dit :

    Cette nuit là, j’avais la ferme intention de dormir sur mes deux oreilles, une impression incongrue toute à l’écoute d’une drôle d’interpellation. En réalité, mes oreilles tinrent subrepticement conversation pavillonnaire en acoustique- inter cérébrale. Un drôle d’effet, je vous l’assure ! Je dus ouvrir l’oreille sur ce phénomène étrange qui me dépassait.

    Il faut l’avouer, j’eu du mal à trouver le sommeil en proie à ce ping-pong d’oreiller !
    En me tournant sur la gauche, position perso habituelle pour m’endormir, mon oreille droite a battu pavillon. Décontenancée, je l’entendis :

    -Demain c’est la grève, comment vas-tu faire pour partir au boulot ? Avec tout ce travail en retard qui t’attend et tous ces rendez-vous ?

    Ça m’a énervée, je me suis donc couchée sur elle pour ne plus l’entendre. Et là, figurez-vous que celle de droite a riposté :

    – Reste au lit va ! T’en as le droit, le boulot attendra !

    Face à l’évidence d’une nuit chaotique qui s’annonçait, bien calée entre deux coussins, pour faire diversion, je pris un bouquin. Mais, rien à faire, la conversation continua de plus belle :

    – Moi, je suis l’oreille du cœur, me disait la gauche. Je ne vois que ce qui est beau ! Tu as toutes mes qualités. Par exemple, demain, il te faudra séduire davantage pour ce fameux Rendez-vous avec Caractor, un contrat ardu à défendre. Tu devras faire preuve de plus de tact, de coquetterie et de flamme.

    – Teu ! Teu ! Teu ! répondait la droite. Tu vois bien que c’est mission impossible avec ton look pachyderme et tes baskets d’opéra ! Tu es moche ma fille !

    Ainsi, ce fût d’incessants roulis de couette, de gauche à droite et de droite à gauche, pour une nuit totalement blanche.

    A sept heures du matin me regardant dans la glace, j’ai eu comme une impression d’accalmie, sans doute, les méchantes valises sous les yeux me rabattant les oreilles, j’allais enfin être au calme au moins pour le petit déj qui m’attendait.
    Eh bien non ! Voilà que ça recommença de plus belle au coup de brushing de circonstance :

    – Cette mèche là, vois-tu, elle est parfaite Si ! Je t’assure ! Tu la lisses bien. Quel look ! Oui ! Comme ça, n’y touche plus ! T’es superbe tu sais ! Ton contrat, c’est dans la poche !

    Et l’autre de riposter :

    – Tu devrais aller chez le coiffeur ma Belle, t’as aucune allure avec cette meule de foin de me…sur la tête !

    Je n’entends pas de cette oreille me dis-je, J’ai alors ouvert la gauche et fermé la droite pensant être tranquille et je fis diversion en amorçant mes vocalises quotidiennes. C’est vrai, j’avais omis de vous dire que j’ai une passion pour le chant lyrique.

    La tranquillité fût de courte durée quand, j’amorçai la troisième tartine et le traditionnel yaourt la voix de gauche répliqua :

    – Voilà un petit déjeuner complet, apport calorique et énergétique équilibré pour une meilleure attention au travail ! C’est parfait ça !

    Bien –sûr la réplique à droite s’en suivit :

    – Dépêche-toi ! T’as vu l’heure ? Avec tes graves bourrelets, tu manges trop, t’as trop de poids, ça t’empêche de bouger ! Fais donc enfin un régime !

    Du coup j’abandonnai la troisième biscotte à la poubelle, tandis que ça reprenait de plus belle :

    – Allez ! T’as vu l’heure ? T’es en retard !!!!

    – T’as le temps ; Tes RV ? Ils attendront !!!

    Enfin dans le bus 14 qui me conduisait à St Lazare, j’entendis un son mélodieux qui venait de l’intérieur et qui pénétra tout mon être. Cette musique magicienne parvint jusqu’à mes oreilles. Un harmonique inter sidéral se lova dans ma tête. Mes deux acoustiques auparavant en désaccord fusionnèrent en alchimie transcendantale.

    Je découvris mon oreille absolue

    A ce jour, finis le stress, les rendez-vous manqués, je suis cantatrice à l’Orchestre National de Paris…

  2. françoise dit :

    Il lui fallut du temps pour comprendre que ses oreilles n’entendaient pas la même chose. Quand l’une entendait « OUI », l’autre entendait « NON ». Quand l’une entendait « BEAU », l’autre entendait « MOCHE ».
    Laquelle devait-il croire, la gauche ou la droite ? 
    S’il avait demandé à Mélenchon, celui-ci lui aurait assurément dit la gauche,
    Sil avait demandé à Macron, il lui aurait répondu la droite et/ou la gauche,
    S’il avait demandé à Barion, un peu hésitant, lui aurait conseillé la droite.
    Van Gogh avait coupé son oreille droite mais lui c’était un peintre de talent ; le faire ne lui aurait pas apporté la célébrité vu qu’il n’était même pas capable de tirer un trait droit. Les gens se seraient moqués de lui en disant qu’il se prenait pour ce dernier.
    Il essaya les boules quies ; elles lui apportèrent un bien-être actif comme disait la publicité de la marque , mais il n’entendit pratiquement plus rien à part un charabia, ses oreilles ne semblant pas apprécier ces bouchons qu’on leur imposait.
    Il se fit percer l’oreille droite pour se mettre un anneau mais déclencha une crise de jalousie de la part de l’oreille gauche ; il se fit donc percer la gauche et porta donc des anneaux à chacune d’elles mais là ce sont les filles qui se moquèrent de lui.
    Sa mère, mise au courant de ces embarras acoustiques, l’emmena consulter un O R L. Celui-ci se déclara incompétent et l’envoya chez un psychologue qui l’adressa à un psychanalyste qui croyant déceler un certain mysticisme chez son patient lui conseilla d’aller parler avec un prêtre.
    Il alla donc à confesse et là horreur ou miracle il eut l’impression d’entendre Jesus lui parler à l’oreille droite et la Sainte vierge à l’oreille gauche. Le prêtre lui donna l’absolution après qu’il eût confessé ses péchés véniels, et en sortant du confessionnal il lui mit quelques gouttes d’eau bénite das chaque oreille.
    Et là, à sa grande surprise, tout redevint normal.
    Il ne dit rien ni à ses parents qui étaient athées, ni aux professeurs, ni à ses copains . C’était comme si rien ne s’était passé. Il lui sembla toutefois être plus attentif aux cours et aux autres aussi. Comme dit le proverbe « tout malheur est bon ».

  3. Anne-Marie dit :

    Il avait été professeur. C’était un homme exigeant, facilement cassant. Il n’était pas question de laisser les élèves faire ce qu’ils voulaient et il punissait la moindre peccadille. Maintenant, il était en retraite, depuis longtemps. Sa vue baissait, son audition aussi. Il trainait sa lassitude et son désœuvrement dans les rues de la ville, près du lycée où il avait passé tant d’années. De temps à autre, il croisait un ancien élève qui le saluait, échangeait parfois quelques mots, mais fuyait, vite. Sans doute le souvenir de sa sévérité ancienne. Il en arrivait parfois à la regretter. Ce jour-là, il croisa Paul. Comment aurait-il pu oublier cet élève de seconde qui lui avait donné du fil à retordre pendant sa dernière année de cours. Un jeune qui n’apprenait jamais ses leçons, était toujours le premier pour le chahut et les bêtises, et le dernier à rendre un devoir ! Il regarda Paul, qui lui faisait face. Le « gamin » était devenu un grand échalas. Il distinguait à peine son éternel sourire, un peu narquois.
    – Bonjour Monsieur, vous allez bien ?
    – Bonj…
    – Bonjour Monsieur, vous allez mal ?
    Avait-il bien entendu ? Son oreille gauche et son oreille droite ne percevaient pas les mêmes mots ! Il regarda Paul avec étonnement.
    – Bonjour Paul. Que fais-tu maintenant ?
    – Je suis en fac de droit… en fac de médecine…
    – De droit ou de médecine ?
    – De médecine… de droit…
    Le Professeur se frotta les oreilles. A gauche il entendait une chose, à droite son contraire ! D’un côté c’était grave, de l’autre plus aigu. Il ne savait plus à quelle oreille se vouer.
    – Tu me disais ?
    – Au revoir… Bonjour…
    A ce moment-là retentit un grand rire, plein d’éclats. Le professeur eut l’impression de voir Paul se dédoubler. Il resta debout, interloqué. Il lui fallut du temps pour comprendre, et se souvenir. Il s’abstint de râler, il esquissa même un sourire.
    – Sacré Paul, tu ne changeras pas ! Rappelle-moi, comment s’appelle ton jumeau ?

    © ammk

  4. Michel-Denis ROBERT dit :

    Elle venait le chercher, mais sa mère lui répondit :
    – Louis dort, je ne veux pas le réveiller.
    Il lui avait promis un jeu avec la console. Elle attendit que sa mère ait une réaction et aille le réveiller. Mais elle ne le fit pas. Annette l’appela sur son portable. Odette, sa mère, ne l’accepta pas, elle se ravisa :
    – Tu sais qu’il doit se reposer ! Quand il est fatigué, il n’entend pas les T.
    – Mais on est au mois de mars !
    – La lettre T, il ne l’entend pas, rectifia la mère.
    – Ah !… dit Annette. J’ai remarqué aussi que l’oreille gauche entendait le contraire de la droite.
    – Ah bon ! Tu es sûre ! Et comment tu t’en es aperçue, s’il te plaît ?
    La question fit rougir Annette. « Quelle indiscrète ! Elle aurait dû s’en apercevoir ! A moins qu’elle ne me teste ! » Elle inventa une raison :
    – Quand vous l’appelez, il répond toujours avec l’oreille gauche, au téléphone. Ca le met de mauvaise humeur. Mais quand il met l’oreillette, il la met à droite. Et il chante un tube qu’on aime bien tous les deux, dit Annette.
    – C’est donc avec toi qu’il sort tous les mercredis. Quand il revient de ses cours, il ne veut plus me parler. Il veut tout de suite rentrer dans sa bulle. Il met son casque sur les oreilles et je ne le vois plus jusqu’au repas.
    – Vous lui parlez peut-être dans la mauvaise oreille.
    « Quelle insolence, pensa la mère, dépitée. Que ce soit l’oreille gauche ou la droite, il doit m’obéir. » Elle s’apprêta à lui refermer la porte au nez.
    Sans avoir eu d’explications, la pauvre Annette dût repartir. Et puis non, elle réfléchit et lui dit gentiment :
    – Quand une mère est trop autoritaire avec son fils, ça lui fait un blocage dans les oreilles et ça lui fait des noeuds au ventre. Il inverse les sons. Il se replie sur lui-même, dans son cocon pour se protéger. Vous devriez mettre un peu plus de douceur dans votre voix et vous verrez qu’il vous en sera reconnaissant. La voix de la mère, c’est le son N°1.
    – Tu me donnes des leçons maintenant, s’esclaffa la mère !
    – Vous n’avez rien compris. L’ouïe est le premier sens qui fonctionne avant la naissance. Alors préservez le. Et si vous ne comprenez pas, je vais vous en donner des leçons.
    Louis ouvrit la porte et dit :
    – Arrêtez tout ce vacarme. On ne s’entend plus. Viens Annette, je crois qu’elle a compris.
    – C’est pas sûr !

  5. Jean-Pierre dit :

    Il me fallut du temps pour comprendre que mes oreilles n’entendaient pas la même chose. Quand l’une entendait « OUI », l’autre entendait « NON ». Quand l’une entendait « BEAU », l’autre entendait « MOCHE ».
    Laquelle devais-je croire, la gauche ou la droite ? 

    Plutôt que de téléphoner à un oto-rhino-laryngo pour obtenir un rendez-vous, j’ai préféré lui écrire. C’était plus sûr, car, étant droitier, j’aurais machinalement porté l’appareil à mon oreille droite, et je me serais engueulé avec lui, ce que je préférais éviter pour ne pas aggraver mon cas.
    En arrivant chez le spécialiste, j’ai vu la secrétaire, installée à gauche du couloir.
    Sa voix a charmé mon oreille gauche quand elle m’a expliqué que la salle d’attente se trouvait derrière moi, juste à droite de la porte d’entrée. Je me suis retourné, et c’est alors qu’elle m’a intimé l’ordre de pousser la porte sur un ton d’une violence insoutenable.
    Je me retournai vivement pour lui dire ma façon de penser : elle me regardait avec des grands yeux candides. Je me sentais tout con devant son visage qui me souriait aimablement.

    Le docteur était formel :
    – Vous êtes un cas extrême de diplacousie. C’est très désagréable, mais pas grave. Toutefois, on ne sait pas le guérir, et il faut s’en accommoder. Vous ne voulez tout de même pas que je vous rende sourd d’une oreille ? Le remède serait pire que le mal. Et laquelle choisir ? Si vous préférez garder celle qui dit « oui » à tout, vous serez complètement inadapté dans un monde aussi violent que le nôtre. Si vous choisissez l’autre, vous ferez peur et on vous respectera, mais on vous fuira et vous resterez seul. Et ça ne sera pas mieux.
    – Mon cas est désespéré, alors ?
    – Non. Il y a des trucs qui peuvent vous rendre la vie plus facile, tandis que d’autres choses sont à proscrire absolument. Exigez par exemple de celle qui partage votre lit qu’elle dorme toujours à votre gauche, surtout si elle ronfle.
    – Aucune fille n’a voulu rester avec moi plus de huit jours !
    – Normal ! Vous allez suivre scrupuleusement mes instructions :
    Achetez UNE boule Quiès chez votre pharmacien.
    Trouvez une fille qui vous plaît.
    Tant que vous serez avec elle, vous bouchez l’oreille droite, et vous restez comme ça. Quand vous en aurez marre, vous changerez d’oreille, et je vous garantis une séparation rapide et musclée.
    Vous permettez que j’examine votre oreille gauche ?

    Il s’approcha et susurra : « La consultation est à 300 euros, non remboursés par la sécu ».
    Je déposai le chèque sur son bureau. Cependant, une question me turlupinait.
    – Votre secrétaire ?
    – C’est ma femme ! prononça-t-il dans mon oreille droite.

    C’était violent, mais je n’ai pas voulu entendre. « Excellent, me dis-je, je suis déjà sur le chemin de la guérison. Et peut-être celui d’une aventure ».
    – Pour le prochain rendez-vous, voyez avec ma secrétaire, dit-il en me serrant la main.

    Il aurait dû se méfier. Toutefois, je le recommanderai : c’est grâce à lui que je suis guéri.

  6. Nadine de Bernardy dit :

    Il lui fallut du temps pour comprendre que ses oreilles n’entendaient pas la même chose.
    Quand l’une entendait oui, l’autre entendait non,l’une entendait beau l’autre moche.Laquelle devait-il croire,la Droite ou la Gauche?
    Il se l’était demandé pendant mal de temps,quand il travaillait comme standardiste au service du contentieux de la fiscalité immobilière de Westrheim ( Haut Rhin,circonscription de Waldenstein).
    Mais depuis qu’il était à la retraite, il s’en fichait totalement,considérant cette anomalie comme un atout ,car dorénavant il pouvait choisir entre les deux sons de cloche que ses esgourdes lui proposaient,afin d’en tirer le parti le plus avantageux .
    « Chéri – demandait par exemple sa femme,qu’il n’avait jamais mise au courant de l’affaire – maintenant que tu ne bosses plus, tu pourrais t’occuper (entendit la Droite) un peu plus au jardin,tu pourrais te reposer (entendit la Gauche) un peu plus au jardin.
    – Volontiers – répondit-il – en sortant, un livre dans la main,une chaise longue dans l’autre.
    Tout fut à l’avenant.Son épouse mit ceci sur le compte de la surdité et cacha son agacement, pendant qu’il s’épanouissait enfin,dans ces mal entendus et ces quiproquo.
    Il vieillit. La mort vint le trouver:
    Mon cher, êtes vous prêt?
    De terreur, il se boucha les oreilles et ferma les yeux.
    Prenant ceci pour un assentiment, la faucheuse l’emporta vers le néant.

  7. Clémence dit :

    Il lui fallut du temps pour comprendre que ses oreilles n’entendaient pas la même chose. Quand l’une entendait « OUI », l’autre entendait « NON ». Quand l’une entendait « BEAU », l’autre entendait « MOCHE ».
    Laquelle devait-il croire, la gauche ou la droite ? 

    Dans ses jeunes années, on lui avait dit :
    – Vous avez beaucoup de talent et vous en acquerrez encore plus, énormément plus. Vous avez une abondance inépuisable d’inspiration …

    Aujourd’hui, il doutait. Il doutait de tout. De ce qu’il pensait, de ce que les autres disaient.
    Alors, d’une main rageuse, il écrivait : « Ô vous, hommes qui pensez que je suis un être haineux, obstiné, misanthrope, ou qui me faites passer pour tel, comme vous êtes injustes ! »

    Aujourd’hui, il se souvenait. Il se souvenait de tout.
    De ses débuts et des premières critiques cinglantes.
    De ses engagements, de ses tourments, de ses audaces, de la plénitude de son art mais aussi de ses années sombres.

    Le crépuscule changeait avec fougue les couleurs du ciel.
    D’une main fatiguée, il écrivit :
    «  C’est atroce. Mes oreilles n’entendent pas la même chose. L’une me dit  » Oui… ta musique est belle et grande », l’autre entend le public murmurer :  » Il saisit nos oreilles, non pas nos cœurs ; c’est pourquoi il ne sera jamais pour nous un Mozart.  »
    L’une est à l’écoute de la beauté, de la fraternité, de la liberté, de la joie.. 
    L’autre entend le bruit des canons et le fracas des vies brisées.

    Il se leva, se dirigea vers son piano.
    Il empoigna un paquet de partitions et chercha celle de la Symphonie Héroïque. Il barra avec colère la dédicace qu’il avait écrite pour celui qui était devenu, à ses yeux, un tyran. Il frappa du poing sur la table et s’exclama :
    – Je suis républicain !

    Il prit un nouveau feuillet, un encrier et une plume.
    Il colla son oreille droite sur le piano. Ses doigts couraient sur le clavier.
    Il fit une pause puis écrivit : « Concerto n°5…pour l’Empereur »

    Pendant qu’il composait, l’Autriche préparait la guerre contre Napoléon…

    © Clémence

  8. Cetonie dit :

    Il lui fallut du temps pour comprendre que ses oreilles n’entendaient pas la même chose. Quand l’une entendait « OUI », l’autre entendait « NON ». Quand l’une entendait « BEAU », l’autre entendait « MOCHE ».
    Laquelle devait-il croire, la gauche ou la droite ?
    Et surtout, comment retrouver sa confiance en lui-même dont il était si fier ?

    Ayant dormi sur ses deux oreilles, Il accusa la récente querelle entre ses chers oreillers de lui avoir inoculé Dieu sait quel virus de discorde, et décida d’en venir rapidement à bout.

    Il tenta d’abord de peser le pour et le contre à chaque nouvelle affirmation, mais cela lui prenait un temps fou, et le laissait encore plus indécis : cela le plongea dans une profonde dépression.

    Il essaya alors de remédier à ce déséquilibre somme toute physique, en utilisant des boules Quies… mais cela aggrava encore son malaise : se boucher une oreille pour ne retenir qu’une version, comment savoir si c’était la bonne ? Et s’il se privait ainsi de la Vérité ? Sa vie alors n’était plus que doute !

    Le médecin consulté n’y comprit pas grand-chose, et lui encore moins : comment savoir s’il fallait entendre « ce n’est rien » ou « c’est très grave » ? La lecture de l’ordonnance et des examens prescrits ne lui apprit pas grand-chose non plus, puisqu’il n’y comprenait rien.
    Et le traitement ne donna d’autre résultat que de le détraquer encore plus physiquement.

    Il passa des heures et des jours sur Internet, y trouva des dizaines d’expressions et de proverbes, des questions, des conseils, des tests…mais, à force d’y lire tout et son contraire, il en vint à imaginer que ce n’étaient pas ses oreilles, mais bien son esprit, dont les connexions disjonctaient sans lui laisser le loisir de se faire une idée. Et il en vint à douter de tous ses sens, de ce qu’il voyait, de ce qu’il sentait, et de ce qu’il pensait.

    Il sombrait dans le désespoir lorsqu’il sentit une petite main, douce et affectueuse, se glisser dans la sienne, tellement réconfortante qu’il s’y abandonna, avec une confiance qu’il ne se connaissait pas.
    L’enfant, en silence, l’entraina loin de la ville, loin du bureau, loin des hommes, vers les sommets et vers la mer, où il n’aurait plus à « traduire » le chant des oiseaux ou le bruit des forêts, ni à juger du vrai et de faux : il y comprit que ses certitudes passées n’étaient en fait que les prisons dont il venait de s’évader.

  9. Caherine M.S dit :

    Chapeau l’artiste !

    Il lui en a fallut du temps
    Pour admettre que ses oreilles
    N’entendaient pas du tout pareil
    Il était normand
    *Vous avez tout compris …
    Quand l’une entendait oui
    L’autre entendait non
    C’était toujours la même chanson
    Quand l’une entendait beau
    L’autre entendait moche
    Jamais le même son de cloche
    Laquelle devait-il donc croire ?
    La gauche, la droite
    Où était la vérité ?

    Ses yeux aussi avaient parfois le tournis
    Et ne prenaient pas toujours la même direction
    C’était compliqué d’avoir une vraie conversation
    Moi j’vous l’dis
    Il n’y avait que le nez à qui on pouvait se fier
    Son flair était sûr
    Modèle unique, impossible d’hésiter
    Alors même que ses deux lèvres
    N’étaient pas forcément du même avis
    L’une prenant des airs supérieurs
    En traitant sa consœur de petite chose inférieure !

    Bref, c’était un drôle de bonhomme
    Avec une drôle de trogne
    J’ai d’ailleurs appris qu’il avait quitté sa chère Normandie
    Pour aller s’installer dans un célèbre cirque de Tasmanie
    Où il fait hurler de rire les enfants
    Avec plein de grimaces et beaucoup de talent.

    *je suis née à Rouen …

  10. Christine Macé dit :

    Jobert se sentait nauséeux. Il n’avait pourtant pas abusé de la bibine hier soir. Est-ce qu’il commencerait à lâcher la rampe ? Grave.
    Retrouver les potes chez Mimile le vendredi soir datait du temps où ils turbinaient chez les condés, histoire de palabrer sur le taf de la semaine et d’engager sérieusement le week-end. Une habitude à laquelle ils restaient farouchement accrochés, quasi vitale depuis que la retraite les avait tous chopés et sans laquelle ils auraient eu vite fait de troquer la belote contre le sudoku.
    Jusqu’à présent, aucun de ses anciens collègues ne manquait à l’appel. Mais il devait bien se l’avouer : chaque fois qu’il poussait la porte du bouiboui, Jobert craignait d’apprendre que l’un d’eux avait fait ses valoches, direction chez saint Pierre. Raison de plus pour remettre une tournée et trinquer aux vivants !
    D’autant que depuis qu’il avait congé jusqu’à perpette, il arrivait que Jobert, en se réveillant, ne sache plus trop quel jour on était. Paraît que ça pouvait être un début d’Alzheimer : la guigne ! Le vendredi restait donc un précieux repère. Un fanal dans son crépuscule. Peut-être même une bouée de sauvetage.
    Jobert se leva pour aller chercher de l’aspirine. D’où venaient ces foutus bourdonnements ? Il avait les esgourdes ensablées ? La vieillerie menaçait-elle de faire un nouveau ravage ? Par moment, on aurait dit que sa cabèche jouait à la baballe. D’un côté, puis de l’autre : droite, gauche, droite, gauche ! Une vraie finale de Grand Chelem.
    Il jeta méchamment deux cachets dans le verre d’eau qui se mit à buller, avant de s’affaler sur le vieux canapé pour tenter d’oublier le malaise. Sauf qu’essayer de ne pas y penser le faisait gamberger davantage. Droite, gauche. Droite, gauche. On jouait les prolongations.
    Pourtant, même la politique avait cessé la baston. Faut dire qu’aux dernières élections, droite et gauche avaient pris une rude déculottée : coiffés au poteau par un jeune briscard totalement inconnu au bataillon, qui les avait mis au chomdu pour cinq ans. Sacrément gonflé le petit gars de ch’nord. Du coup, les vieux de la vieille avaient dû débarrasser fissa le plancher de l’hémicycle, où ils avaient l’habitude de venir pioncer, pour laisser le champ libre à « la jeunesse ». Dont une moitié de meufs, question de respect de la parité : une gonzesse par mec, ça leur donnerait certainement quelques bonnes idées à ces lascars ! Vu qu’ils ramaient quasiment tous dans le même sens désormais, exit les batailles de polochon, et gare aux frondeurs. D’autant que le nouvel élu, fringant comme un coq de paroisse, avait pris soin d’essaimer quelques énarques expérimentés – estampillés incorruptibles -, dans cet aréopage béotien, histoire de rappeler qu’on n’était pas là pour faire de la figuration. En bref, en bon taulier qui se respecte, le boss aurait toujours raison et il fallait profiter de l’été pour faire passer en force quelques lois qui avaient suffisamment mijoté.
    Jobert se dit que ses feuilles feraient bien d’en prendre de la graine et d’arrêter de se bouffer la couenne. « Vos gueules ! Je ne veux voir qu’une seule tête… et c’est la mienne ! Garde à vous ! Et si vous continuez à me les briser menu, je n’hésiterai pas à utiliser le 49.3 pour instaurer la loi du silence… Capito ! »

  11. Blackrain dit :

    Elle était née vers Satile dans le nord de la Satilisie, petit pays situé à égale distance entre les deux pôles. Les gens d’ici disaient d’elle qu’elle était bipolaire. Mais elle ne l’entendait pas de cette oreille. Elle niait complètement ses changements de comportement. Ça la mettait dans une rage folle ou dans une totale apathie.

    C’est à partir de l’école primaire que le corps enseignant alerta sa famille sur son attitude. Elle rentrait parfois chez elle son corps en saignant et les ailes déplumées après s’être battu avec ses camarades après avoir passé du saut en hauteur aux sauts d’humeur. Elle se faisait tirer les oreilles mais rien n’y faisait. Elle recommençait bientôt à se polariser sur des oui-dire qu’elle interprétait en non-dits désobligeant.

    Claire, elle se prénommait ainsi, se conduisait de la sorte depuis le départ de Louis, son meilleur ami avec qui il s’entendait merveilleusement. Elle avait trouvé en lui son âme sœur, son frère de choix. Ils étaient gémeaux tous les deux. Ils comprenaient leur double dualité. Lorsque l’un agissait l’autre analysait pour lui expliquer le pourquoi de ses hésitations, de ses atermoiements, de ses contradictions, de ses malentendus. Ils s’équilibraient mutuellement dans une analyse bienveillante et fort vaillante.

    Depuis qu’on les avait séparés, chacun d’eux était resté handicapé. Ils avaient perdu tout bon sens. Lui ne voyait plus Claire et elle avait perdu Louis.

  12. Odile Zeller dit :

    D’habitude,elle avait des acouphènes, une grisaille sonore pénible mais qui lui permettait à l’occasion de prétendre n’avoir pas bien entendu. Elle vivait avec,elle n’avait pas le choix. Elle avait essayé toute sorte de pratiques sans succès. Son oreille droite diffusait en solo un brouillage continu mais modeste. La c’était nouveau : à droite c’était oui et à gauche non. Cette nouveaute etait gênante, le oui ne venait pas toujours de la même oreille. Comme elle avait, par paresse, tendance à laisser faire ou à suivre sa propre voie, elle mit un temps à remarquer le problème. Au fil des jours elle nota qu’on ne tenait jamais compte de son avis et que l’autre aussi vivait sa vie. Toutefois comme ses propres réponses venaient plus lentement elle se vit reprocher de ne jamais manifester d’opinions. Elle fit des efforts mais ses décisions prenaient maintenant un temps infini. Elle était en retard, a la traîne et elle n’aimait pas cela. Alors elle décida de consulter son médecin. Il la connaissait bien et lui prêtait une tendance à somatiser. Lui expliquer la situation fut difficile, il se caressait la barbe et ne disait rien. Elle essaya de lui suggèrer quelques pathologies. Sa migraine aurait pris une forme plus aiguë, ses acouphènes se dégraderaient, ou et sa voix trembla, elle aurait une petite tumeur au cerveau. Cette dernière hypothèse était, depuis peu, le cauchemar de ses nuits. Non il refusa d’un geste vaste de la main droite toutes ces hypothèses et sortit une ordonnance qu’il rédigea longuement. Il lui tendit une enveloppe où il avait placé la lettre. Vous irez voir le docteur M, il saura vous traiter. Il la congédia et oublia de la faire payer. Aussitôt arrivée chez elle elle lut la missive. Madame Z présente des signes évidents de confusion mentale …. elle arrêta sa lecture, déchira la feuille en petits morceaux. L’affaire etait classée. Désormais elle serait sourde et miracle, ses deux oreilles se mirent d’accord par peur d’être appareillées.

  13. Sylvianne dit :

    Il lui fallut du temps pour comprendre que ses oreilles n’entendaient pas la même chose. Quand l’une entendait « OUI », l’autre entendait « NON ». Quand l’une entendait « BEAU », l’autre entendait « MOCHE ».
    Laquelle devait-il croire, la gauche ou la droite ?
    2 voix s entrechoquaient dans son cerveau ! Une cacophonie inaudible, parfois. La voix de la raison contre la voix du cœur, peut-être. L’une calculait, l’autre donnait.
    Ses deux oreilles ne s’entendaient plus. Son conscient bataillait contre son inconscient. Impossible de choisir. Sur sa droite, tout allait bien. La vie était rose. Le soleil brillait 24 h sur 24.
    Sur sa gauche, la vie virait au noir. Cafard et bl ues flottaient. Tempête et raz de marée.
    Il était du signe Balance. Opter était son cauchemar. Il disait souvent : ça dépend ou je vais réfléchir. Il tendait l’oreille puis l’autre et hésitait infiniment.
    Pour résoudre cette dualité épuisante, il consulta une otorhinolaryngologiste. Son oreille droite aven tomba amoureux et applaudit des deux mains. La gauche, toujours à la traîne, la rejeta d’emblée. Elle ne pouvait supporter sa voix de crécelle, disait elle.
    La charmante docteur avait une sœur jumelle à la voix douce. Les deux oreilles énemies rencontrèrent les jumelles si différentes. Chacune succomba.
    Oreilles gauche et droite dirent OUI de. commun accord aux jumelles devant un maire à moitié sourd.

  14. Grumpy dit :

    Et oui, au pauvre Marcel il lui en a fallu du temps pour qu’il réalise que son oreille droite et son oreille gauche n’étaient plus coordonnées et ne s’entendaient plus du tout. Et il a fallu aussi qu’il en fasse des essais avant d’accepter bien malgré lui cette pénible situation d’audition détraquée depuis si longtemps.

    Marcel était berger dans les alpages, c’est là dans les verts pâturages qu’il faisait ses tentatives en toute discrétion redoutant que le village ne l’aperçoive un jour en train de s’exercer à ses bizarres manœuvres auditives et ne décrète qu’il était devenu complètement calu (gaga).

    Un coup, il parla à ses chèvres en bouchant son oreille droite et ce sont les moutons qui lui répondirent dans l’oreille gauche. Ensuite il essaya en tapant avec son bâton sur sa gamelle de fer-blanc et le son qui lui revint de l’autre côté de la tête était celui de la sonnaille de la vache. Au bourdonnement d’abeilles répondait comme un frottis d’ailes de papillons, aux aboiements de son Patou répondait le rire strident des marmottes. Devant le manque de résultats de ces essais tant animaux que matériels, il espéra qu’en dernier recours l’écho de la montagne serait plus charitable. Peine perdue : il criait d’un côté « OH, OH … » et la montagne lui renvoyait de l’autre «AH, AH … »

    Et peuchère, il n’avait même pas une femme avec qui faire des essais ‘humains’. Mais en y pensant bien, il se disait que ce n’était pas plus mal parce que si par malheur il était tombé sur une bavarde, de par son métier il était de caractère tellement taiseux que cette logorrhée lui aurait été pénible, surtout si ses oreilles captaient à la fois d’un côté le français du certificat d’études et de l’autre le patois. Ça n’aurait été qu’une cacophonie de plus.

    Mais quand même il ne pouvait pas s’empêcher de se poser sans cesse la question : « mais comment ça se fait ? Pourquoi ça m’est arrivé à moi ? Qu’est-ce que j’ai bien pu faire de travers ? » Il avait beau se casser la tête, pas de réponse. Il finit par se dire qu’il ne pouvait pas continuer comme ça et qu’il fallait qu’il sache à moins de devenir complètement fada. Il réfléchit longtemps et se dit que finalement il ne devait y avoir que le docteur qui pourrait trouver une explication à cette misère. Il confia son troupeau en toute quiétude à son chien, avec un chien pareil qui ne craignait même pas le loup il pouvait être tranquille.

    Le docteur, il ne le connaissait pas bien, dans sa famille et depuis des générations, on ne l’utilisait que d’abord pour naître et ensuite pour mourir et la médecine, c’était plutôt par les plantes. Mais là il s’agissait d’un cas de force majeure contre lequel ni la sauge, ni le romarin ou le thym ne pouvaient lutter. Ce docteur c’était un vieil homme, très très âgé, très très usé. Toute sa vie il avait soigné la vallée, de l’expérience et de la sagesse il en avait.

    Marcel lui raconta ses misères, bien sûr le docteur s’apitoya, il ne dit pas qu’il ne savait pas ni qu’il avait déjà rencontré des cas pareils. Il lui demanda seulement en quelle année il était né.

    – Ben, c’est que je suis né en 1894
    – alors vous aviez vingt ans en 1914 Marcel, vous avez été conscrit ?
    – et oui, comme tous les gars de la vallée, même que nous avons été 8 appelés et qu’il n’y a que moi et le Julien qui en sommes revenus. Verdun …
    – alors dit le docteur, l’autre guerre celle de quarante, vous l’avez faite aussi ?
    – que oui, dit Marcel avec lassitude, après avoir vécu la première on s’en serait bien passé, on en a presque autant bavé à la suivante. Vous comprenez docteur, j’étais dans l’artillerie…
    – mon pauvre Marcel, je vous félicite dit le docteur, des braves comme vous, il y en a eu beaucoup mais il n’en reste plus guère. La réponse à vos pauvres oreilles, elle est toute trouvée : en 14 c’est le 120mm, en 40 c’est le 75. L’un vous a bousillé l’oreille droite, l’autre l’oreille gauche…
    – alors docteur, il n’y a rien à faire… Merci dit-il, il tourna les talons et il se mit à pleurer.

  15. Christophe Le Sauter dit :

    Il lui fallut du temps pour comprendre que ses oreilles n’entendaient pas la même chose. Quand l’une entendait « OUI », l’autre entendait « NON ». Quand l’une entendait « BEAU », l’autre entendait « MOCHE ». Laquelle devait-il croire, la gauche ou la droite ?
    Toujours indécis, toujours malheureux il ne pouvait faire de choix de façon tranchée quel que soit le sujet abordé. Quand il se trouvait enthousiaste pour une affaire, l’instant d’après il déchantait. Les choses étaient compliquées, entre autres, pour chercher une dulcinée. Découvrant d’où cela venait, il n’en était pas moins avancé. Sa vie devait-elle se résumer à d’éternelles questions à des réponses toujours discutées.
    À force de cogitations et d’insomnies, il se réveilla un jour avec la solution.
    Sa décision était prise il préférait être sourd. Il aurait encore quatre sens cela lui suffirait il sortirait ainsi de ce cauchemar.
    Et avant de changer d’avis il prit sa douche s’habilla et alla voir un ORL.
    En rentrant dans la salle d’attente, il vit la plus belle femme qu’il n’avait jamais vue assise en face de lui. N’écoutant que son cœur qui battait à tout rompre, il lui fit un sourire auquel elle répondit. Il alla du coup s’asseoir tout à côte quand le médecin entra.
    – Madame Bertrand s’il vous plait, c’est à vous.
    Il retint son souffle, allait-il déjà perdre celle qu’il avait tant attendue ?
    Une deuxième femme qu’il n’avait pas vue se leva et suivit l’ORL dans son cabinet.
    Seul avec elle, il lui dit bonjour. Elle répondit sans attendre et la conversation s’engagea. Ils découvrirent en même temps qu’ils venaient tous les deux de tomber amoureux.
    – Pour quelle raison êtes-vous là demanda-t-elle ?
    Michel raconta son problème.
    – Comme c’est étrange, je souffre du même, répondit Françoise.
    – De quel côté êtes-vous assis ? Quelle oreille me tendez-vous ?
    – La positive et vous ?
    – La même.
    Après quelques explications et réponses aux questions qui ne cessaient de fuser d’un côté comme de l’autre, ils décidèrent de partir du cabinet qu’il ne fût plus besoin de consultations ni d’amputations que se comprenant si bien tous les deux il leur suffisait de se prêter la bonne oreille pour que tout se passe à merveille.
    Une fois dans l’ascenseur sans y prêter attention tant leur joie était grande, Michel et Françoise se mirent du mauvais côté. Les oreilles négatives furent présentées. Elles profitèrent de l’instant, se firent un clin d’œil se frottèrent les mains et décidèrent de concert de semer la zizanie quoi qu’il arrive, et ce, dès cet instant.
    Michel appuya sur le bouton du premier sous-sol et Françoise sur le second.
    – On prend ma voiture dit Michel.
    – Surement pas je n’ai pas confiance quand c’est un homme qui conduit.
    – Quoi ? Tu te fous de moi ? C’est hors de question. Tu vas vouloir qu’on aille chez toi en plus, je suppose.
    – Mais bien sûr, on ne va aller toi chez tu m’as dit qu’il a ta mère.
    – Il faudra bien que tu la rencontres, autant commencer tout de suite.
    Alors ils regardèrent dans le miroir de l’ascenseur et virent leur erreur. Reprenant leur place les choses changèrent, sans échanger un mot ils s’embrassèrent. Comme une évidence leur choix commun se porta sur l’hôtel le plus proche.
    Ils s’offrirent des bracelets aimantés, très jolis d’ailleurs et les mirent bien sûr chacun sur le poignet, côté de la bonne oreille, histoire d’entendre toujours la bonne parole en se positionnant comme il faut.
    Alors de jour en jour de semaine en mois ils arrivèrent devant monsieur le maire s’asseyant du côté qui convient ils se dirent oui, avec un bel élan.
    L’un écrivit une phrase qui devint célèbre.
    ‟ L’amour ce n’est pas de se regarder dans les yeux, mais de regarder dans la même direction.ˮ
    L’autre écrivit, mais l’on retint moins cette phrase-ci.
    ‟Encore faut-il être assis du bon côté.ˮ

  16. durand dit :

    Il lui fallut du temps pour comprendre que ses oreilles n’entendaient pas la même chose. Quand l’une entendait « OUI », l’autre entendait « NON ». Quand l’une entendait « BEAU », l’autre entendait « MOCHE ». Pour faciliter l’entente pensait t’elle, ça n’était pas le Pérou et pourtant elle n’y avait jamais mis un pied.

    Ce jour-là elle avait rendez-vous avec un des subalternes de Dieu, dans l’église du village.

    En s’approchant de la petite place, elle entendit distinctement « DING » dans l’oreille droite et « DONG » dans la gauche ce qui lui remonta le moral.

    Les voies de Dieu sont encore en chantier, remarqua t’elle en contournant le nouveau parking électoral, mais les voix de Dieu sont impérissables.

    En effet, la petite chorale mixte en sexe, en taille, en couleur et en persévérance s’entraînait sur l’un des fameux tubes, celui où il faut se lever pour applaudir intérieurement la joie partagée, avant de s’assoir pour souffler en attendant la prochaine vague de félicité, aussi.

    Marthe poussa la vielle porte grinçante. Ca fit  » POUING » dans son oreille droite et « BOUING » dans l’autre. Certainement dû au nouveau caoutchouc installé en haut du battant par André le badaud de Dieu, comme elle disait.

    Le blabla du curé avait déjà commencé. Elle se fit encore plus petite à l’ombre du plus éloigné des piliers, un vieux commerçant penché sur les retrouvailles de ses économies cachés….mais il ne savait plus où.

    Ses oreilles perçurent d’abord les gargouillis digestifs de l’homme tartinant autour des dangers de la chair du haut de la sienne.

    Puis, dans le murmure des croas intempestifs des batraciennes, elle perçut des flopées de bouts de phrases plus foutraques les unes que les autres.

    A droite: » Auguste trinité »
    A gauche: » Ce dimanche le cirque Achille Zavatta »

    A droite: « Très humblement »
    A gauche: « les riches encore plus »

    A droite: « Mon Dieu, vous connaissez ma faiblesse »
    A gauche: « Juste une glace à l’eau, c’est la canicule »

    A droite: « Creatorem coeli et terrae »
    A gauche: « E pericolo sporgesi »

    A droite: « Jésus Christ »
    A gauche: « La caravane du Tour de France va passer »

    Marthe n’en pouvait plus de tout ce galimatias encore plus obscur que d’habitude.

    Elle se défila par la porte de côté.
    « DZOING » « CHPLONG »

    Son talon droit cassé faisait « PLINK » dans son oreille gauche et le gauche retapé avec un bout de pneu aucun bruit.

    C’était de plus en plus perturbant.

    Marthe se laissa tomber sur l’unique banc du jardin, porta les mains à ses deux oreilles et en arracha le contenu.

    On aurait dit l’intérieur de bulots pas très frais avec des filaments verdâtres.

    « Non,finalement, pensa Marthe, ces appareils auditifs à 5€ la paire sur le Bon Coin, ce n’était pas un bon investissement »

  17. Laurence Noyer dit :

    Bonjoir ou bonsour
    L’oreille drauche et l’oreille goite n’entendent pas la chaise mome
    Quand l’une entend Boche l’autre entend Meau
    O roir, ô désespage !
    Qui la va moire craintenant ?
    L’une au sole pud et l’autre au nole pord
    Les oxytores de l’aumition !
    Quelle codection arapter ?
    Pour retrouver la cême amuité ?
    Ah maut vieux entendre ça que d’êse trourd !
    Il a conpulsé un spéliasiste,
    Un oro-thino
    Qui a diaquostigné
    Un strabille des oreismes
    Une acousquite désyntaxé
    Une cerpeption diréffenciée
    Si bien qu’il a pini par farler cote il émoute
    Heureusement aujourd’hui
    Il fait beau et chaud
    Bonsour ou bonjoir

  18. Brigitte Dalla Torre dit :

    Il lui fallut du temps pour comprendre que ses oreilles n’entendaient pas la même chose. Quand l’une entendait « OUI », l’autre entendait « NON ». Quand l’une entendait… « Je t’aime », l’autre entendait, « moi non plus ». La musique qu’elle entendait, était en stéréo et ses deux oreilles ne lisaient pas la même partition. En fait son oreille droite n’entendait que la raison quand son oreille gauche, n’écoutait que l’élan de son cœur. Du coup, elle répondait au petit bonheur la chance.
    La belle Mélodie avait vu fuir ses prétendants les uns après les autres, certains lui tirèrent l’oreille devant la contradiction de ses réponses pensant qu’elle faisait la sourde, d’autres la critiquèrent si violemment par derrière qu’elle en eut des sifflements. Mais, elle avait beau ouvrir ses écoutilles la confusion restait en elle. Finalement, elle préférait garder la tête dans les étoiles, rester bouche cousue et n’avait qu’une envie, prendre ses jambes à son cou pour disparaitre loin de tous.
    Un jour le docteur Rémi, venu lui soigner les oreillons lui prêta une oreille attentive puis une deuxième, finalement le prêt se transforma en don. La raison et le cœur à l’unisson, Mélodie n’entendit qu’en mono pour son plus grand bonheur.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Répondez à ce calcul pour prouver que vous n'êtes pas un robot *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.