340e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

Deux oreillers s’aimaient d’amour tendre, jusqu’à ce qu’un polochon vienne troubler la paix du ménage.
Leur brouille naquit sur un tissu de mensonges, vous allez comprendre pourquoi.

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21 Responses

  1. PEGGY dit :

    Deux oreillers s’aimaient d’amour tendre, jusqu’à ce qu’un polochon vienne troubler la paix du ménage.
    Leur brouille naquit sur un tissu de mensonges, vous allez comprendre pourquoi.

    Les deux oreillers, en fine batiste, brodés chacun d’une initiale, formaient un duo indissociable. Ils se connaissaient depuis leur création et grâce à un heureux hasard, ils avaient été achetés ensemble par un jeune couple plein d’amour qui avait eu l’idée de mettre la première lettre de chacun de leur prénom. Dans le lit eux deux avec eux deux, c’était si bon. Des nuits tendres, torrides ou calmes mais toujours emplies de bonheur unissaient ces deux couples si différents.
    Or, un jour, comme dans les contes cette belle harmonie se brisa.
    Un décorateur chargé de recréer un espace plus moderne de l’appartement, trouva le lit un peu plat et décida d’y ajouter un polochon pour relever les coussins et donner plus de volume à l’ensemble. C’était la mode. Les oreillers accueillir aimablement ce nouveau venu, bien qu’ils se rendirent compte de sa différence. Il prétendit être 100% batiste, mais les deux oreillers savaient que c’était faux. C’était facile, l’histoire de la qualité du fil de lin du Cambrésis se transmettait de génération en génération. On ne pouvait pas se tromper. D’ailleurs on n’en trouvait plus et eux avaient rescapé par miracle au temps.
    – Bonjour, bienvenue
    – Merci. C’est bizarre de se retrouver dans un intérieur aussi banal alors que mon enveloppe a été tissée pour une famille royale. Une filature entièrement consacrée aux têtes couronnées, vous vous rendez-compte ?
    – Bien sûr, nous nous rendons compte. Vous devez être bien malheureux de vous trouver « sous » deux oreillers que vous considérez comme des plus ordinaires
    – Comment se fait-ce que vous n’ayez ni monogramme ni broderie royale ? Ajouta le second oreiller.
    – Oh, j’ai refusé, je trouvais cela trop bling bling. La qualité du tissu parle de lui-même et le duvet qui me donne cette forme si élégante, provient de canards absolument sublimes, une race créée pour les happy few.
    – Vous feriez mieux de repartir au plus vite auprès de ceux qui vous ont élaboré pour être redirigé vers votre précieux milieu.
    – Arrête ! Chuchote l’autre oreiller, laisse-le se gargariser de rêve. Qu’est ce que ça peut te faire ?
    – Ça m’insupporte. Comment peux-tu avaler ce tissu non pas royal mais de mensonges ?
    – Ça m’amuse.
    – Ça t’amuse ! Ridicule ! D’ailleurs son tissu grossier m’est très désagréable, il est tellement rêche que je n’ai plus aucun plaisir à rester là. Je meurs d’envie de le dégager.
    – Tu exagères. Ce n’est pas si grave.
    – Comment peux-tu dire cela, c’est plus qu’insupportable. Cette espèce de raté qui se prend pour un prince.
    – …
    – Tu vas voir comme je vais te le virer moi ! L’oreiller n’en n’eut pas besoin.
    Une plume s’échappa du polochon trahissant son origine et tout rentra dans l’ordre.

  2. Clémence dit :

    Deux oreillers s’aimaient d’amour tendre, jusqu’à ce qu’un polochon vienne troubler la paix du ménage.
    Leur brouille naquit sur un tissu de mensonges, vous allez comprendre pourquoi.

    Ils s’étaient rencontrés sur le dos du même canard et ils s’étaient enchaînés sans attendre.
    D’une plume trempée dans l’encre de l’amour, ils avaient signé au bas d’un parchemin, leur contrat pour l’éternité.
    De fil en aiguille, de page en page, la vie coulait, tel un long fleuve tranquille.
    S’il est aisé de vivre d’amour, il est plus difficile de ne vivre que d’eau fraîche. Alors, ils pensèrent à travailler.
    Blottis l’un contre l’autre, sous la couette, ils potassèrent le « Code du travail ». Leurs conclusions étaient irréfutables.
    La terre était trop ingrate.
    Les patrons trop exigeants.
    Les parents trop laxistes.
    Les enfants très indisciplinés.
    La recherche trop épuisante.

    – Il nous reste la possibilité du free lance ! se hasarda Théodore.
    – Pourquoi pas ? répliqua Thérésa.
    – Journaliste ? Reporter ?
    – Mieux ! s’exclama Thérésa.
    – Mieux ? Mais encore ? répéta Théodore, incrédule….
    – F.M. …
    – F.M. comme fouille-m…, tu n’es pas sérieuse, Thérésa… Non…
    – Si….
    – Et sous quelle couverture ?
    – Agence T & T.

    Tendrement enlacés, ils se confièrent tous les « bons plans » qui les transformeraient en Crésus.
    – Banco ! s’écrièrent-ils, en topant là ! Et leur nuit ressembla à un feu d’artifice !

    Ils remplirent scrupuleusement les cases de leur planning.
    Le jour, ils s’en allaient chacun de leur côté, fouinant telles des belettes.
    Le soir, ils faisaient pot commun de leurs trouvailles.

    Leurs premiers scoops leur rapportèrent gros, très gros. Alors, Théodore et Thérésa devinrent plus audacieux. Leurs révélations se succédaient, détruisant tout sur le passage, tel un torrent déchirant une Toile devenue folie.
    Leur amour se transforma en rage.
    Ils passèrent à la vitesse supérieure et amorcèrent le virage dangereux de la malveillance. Ils surévaluèrent leurs égos et se dotèrent d’un vieux polochon de service. Ils en oublièrent sa toile usée et ses défauts, un tissu de mensonges.

    A leur insu, le polochon encaissait, assimilait et enregistrait tout ce qu’il entendait sous les oreillers. Il se remplumait, se rengorgeait et s’enflait à son tour de médisance..
    Ainsi, avant même que T&T ne sorte son papier, il régurgitait les rumeurs, les calomnies, les insanités.

    Thérésa soupçonna Théodore d’un 5 à 7, avec une belle sirène.
    Théodore soupçonna Thérésa de s’épancher sur la taie d’un rival.

    L’un et l’autre s’engagèrent dans le tunnel de l’incompréhension.
    De soupçons en suspicion,
    De reproches en injures,
    La T&T s’auto-dynamita
    L’affaire TNT défraya la chronique
    Le canard enchaina,
    Et Média retira ses parts.

    Ils se volèrent une dernière fois dans les plumes, et se réveillèrent…

    Lui, dans un delta à la mesure de ses rêves.
    Elle, alanguie sur une natte blanche au bord du Nil.

    © Clémence

  3. Leleu Yvette dit :

    Deux oreillers s’aimaient d’amour tendre,
    jusqu’à ce qu’un polochon vienne troubler paix du ménage.
    Leur brouille naquit sur un léger mal-entendu.
    Mon tendre ami as-tu vu, nous avons un nouveau voisin,
    peut-être qu’il serait bon de l’inviter un soir à dîner! Qu’en dis-tu?
    _Pourquoi donc inviter un étranger sous notre toit! N’es-tu pas heureuse de cette paix,
    de cette sérénité que nous avons acquis?
    _Bien sûr que je suis heureuse de cela, penses un peu à lui…il est seul, pas d’amis, pas
    d’enfants, de femme pour l’accueillir le soir lorsqu’il rentre de sa dure journée.
    il est là depuis presque deux semaines et en tant que voisin, il serait raisonnable de l’invité!
    _ Raisonnable! Raisonnable! Quoi! mais en quoi cela serait-il raisonnable, peux-tu me le dire?
    Et dis-moi donc , tu le surveilles depuis son arrivé! Pourquoi cela?
    _ Oh! Non, ce n’est pas ce que tu penses cher, non, ne crois pas qu’il soit en quoi que ce soit
    intéressant pour moi, je t’ai toi et cela cher, me suffit amplement.
    J’ai vue le camion de déménagement, tu sais celui qui nous à déménagé, j’ai crue que
    ceux qui étaient présent étaient les mêmes que pour nous. Te souviens-tu de leur efficacités, de
    leur gentillesse à notre égard? Eh bien, voyant cet homme si seul et si triste, j’ai commencé c’est vrai
    à le regarder vivre. Et tu sais, il n’a pas de famille alors!
    _ Moi chère, je suis bien avec toi mais, si tu veux un Polochon comme compagnon, je ne peux t’en
    vouloir, si tu le désires tant, je te demanderai juste un peu de temps afin que je me trouve une amie.
    _ Ah! j’en étais sûre, tu veux me quitter, je l’avais compris depuis un certain temps, tu étais moins doux
    avec moi, tu ne m’apportes plus de fleurs et encore moins ne m’embrasse lorsque tu rentre de ton travail.
    Qui! Qui est celle qui me remplace en ton coeur? Furieuse, elle tambourinait contre la douce soie de son
    oreiller. Avec un peu plus de violence, elle froissa l’étoffe montrant ainsi sa colère.
    _Oh ma douce framboise que j’aime tant, tu ne me regardais plus avec tes yeux de velours alors, j’ai craint
    pour notre couple.Sache ma douce amie qu’il n’y a que toi dans ma large et soyeuse enveloppe de soie.
    Tu es ma compagne et ce n’est pas un vulgaire Polochon qui me séparera de toi à moins que toi!_
    Oh tendresse, ma soie divine, je n’ai de pensées que pour ta soie si incroyablement froissable…
    Jamais au grand jamais, je n’irais voir un Polochon de coton. Tu restes à jamais mon tendre et irrésistible
    oreiller.Viens partageons nos couleurs et vivons avec douceurs les tendres moments de bonheurs.

    ( pas folichon pour un Polochon de se voir rejeter par un petit oreiller,
    même s’il est de soie.
    celui-ci déménagea de nouveau se sentant de trop.)

  4. Joe Krapov dit :

    UNE SEMAINE DE VACANCES

    Deux oreillers s’aimaient d’amour tendre jusqu’à ce qu’un polochon vienne troubler la paix du ménage. Leur brouille naquit sur un tissu de mensonges, vous allez comprendre pourquoi très vite quand je vous aurai dit que cela se passe en juillet dans la maison de vacances de Roméo et Juliette.

    Appelons comme ça ces deux quadragénaires. Ils travaillent tous les deux, ils sont cadres moyens, ils ont deux enfants et depuis qu’ils ont acheté cette résidence secondaire sur la Côte d’émeraude, ils viennent y passer tous les week-ends. Tout au long de la semaine, les deux oreillers brodés de leurs initiales, que nous nommerons R et J, ont la paix vu que Roméo et Juliette retournent bosser ensuite à Rennes.

    Quand il n’y a pas d’humains dans la pièce les oreillers s’envoient en l’air. Le plumard, c’est le meilleur moyen qui existe pour ne jamais se plumer. Il faut voir comme ils n’arrêtent pas ! Quand Roméo et Juliette sont là, R et J vivent plus calmement. A tête reposée. Ils ne sont pas mécontents du tout de leurs propriétaires qui lisent beaucoup au lit. Par-dessus leurs épaules R et J ont ainsi des nouvelles des mondes imaginaires qui peuplent les romans.

    Mais voilà : la maison a coûté cher et c’est la crise. Afin de rembourser leur emprunt Roméo et Juliette la mettent en location en juillet-août. Et on y est.

    Voici donc la famille Tuyaudepoêle-Recomposé qui débarque. Il y a Monsieur Tuyaudepoêle avec ses trois garçons d’un premier lit, Madame Recomposé avec ses deux filles d’un premier canapé-lit et le petit dernier, Chevalier-Braillard Tuyaudepoêle-Recomposé qui est là pour sceller la nouvelle union.

    Dans la famille Tuyaudepoêle, les enfants sont rois. Les trois frères, Georges, Jacques et William ont réclamé de dormir dans la chambre de Roméo et Juliette et l’ont obtenu, jurant qu’ils roupilleraient mieux là, bien sagement, le soir, épuisés qu’ils seraient par les jeux de plage et les bains de mer. Ils ont amené un grand traversin trouvé dans les placards et du coup on a mis R et J dans des coffres. Séparés, les coffres.

    A l’intérieur du premier, R a vécu une semaine de promiscuité avec une couette en plume d’autruche. Dans le second J. a côtoyé de manière très proche un édredon et un coussin de bergère en forme de cœur.

    De quoi était constitué le tissu de mensonges dont nous parlions au début ? C’est très simple : tous les soirs les garçons Tuyaudepoêle et les filles Recomposé se sont adonnés à d’homériques batailles de polochons. Ces parents modernes, avec leurs lubies de bains de minuit, de tour au casino, de restaurant en amoureux ou de promenade au clair de Lune de Chevalier Braillard dans sa poussette, c’est permissif à un point qu’on n’imagine pas !

    Mais bon, la semaine est finie, ils sont retournés chez eux et Roméo et Juliette ont remis la maison en état.

    Mais pour R et J, ça n’est plus pareil.

    Maintenant que les propriétaires sont partis, chacun des oreillers se taie. Non, pardon, se tait.

    J rêve d’un retour de la famille foldingue. Afin de retrouver ses compagnons de partouze

    R espère que le pavillon sera loué tout l’été à d’autres tribus du même type. Pour la même raison.

    Il faudra que je demande à mon psychanalyste pourquoi les monte-en-l’air, inconsciemment, rêvent toujours de se faire coffrer. Il sait peut-être, lui !

  5. Cetonie dit :

    Oreiller bleu, Oreiller rose, rien ne troublait leur bonheur. Parfaitement complémentaires, l’un plus tonique, l’autre tout en douceur, chacun à sa place, ils étaient l’image même du bonheur conjugal que tous enviaient. L’on ne comptait plus les confidences ou les réconciliations qu’ils suggéraient à leurs visiteurs, et les enfants eux-mêmes leur dédiaient de tendres poèmes en se lovant sur le grand lit si accueillant.
    Mais voilà, rien n’est parfait : il fallut qu’un hurluberlu ait l’idée farfelue de modifier ce bel ensemble, au prétexte que « trois » serait un nombre plus parfait que « deux »,et que cet appui supplémentaire ne serait pas de trop pour surveiller, depuis son lit, le grand écran de télé récemment installé.
    Il les flanqua donc de ce qui lui tomba sous la main : un vulgaire polochon, dont l’arrogance n’égalait que la médiocrité, et qui entreprit aussitôt de s’imposer aux tendres oreillers.
    « Diviser pour régner », à défaut de savoir-vivre ou de scrupules, ce traversin avait des lettres, et c’est avec des mensonges invraisemblables qu’il tissa un drap de discorde qui recouvrit bientôt autant les pauvres oreillers effarés que leurs occupants désorientés.
    Devant cette avalanche de « fake news », ils ne savaient plus que penser, doutant de tout, ne faisant plus confiance à personne, et tombèrent dans la secte des négationnistes.
    Le pire pour chacun, ce fut l’isolement malgré la proximité physique. La guerre civile qui couvait ne tarda pas à se déclarer sur le territoire du Grand Lit : la Bataille de Polochons à laquelle parents et enfants participèrent avec enthousiasme et qui se termina par la totale défaite des Oreillers, dont les duvets légers s’éparpillèrent en nuages floconneux dans toute la chambre, alors que les rugueux chiffons qui avaient bourré le Polochon se trainèrent lamentablement au sol sans comprendre ce qui leur arrivait.
    Et chacun alors de s’évertuer à retisser, patiemment, le Pays d’Amour si bêtement détruit.

  6. Jean-Pierre dit :

    Deux oreillers s’aimaient d’amour tendre, comme leurs propriétaires, Romain et Julie, à partir du jour où ceux-ci se sont rencontrés au cours d’une croisière.
    Ce que peu de gens savent, c’est que les oreillers ont une excellente mémoire, et qu’ils conservent les paroles, les pensées et les rêves de ceux qui posent la tête sur eux.
    Jusqu’à leur retour, les oreillers de Romain et Julie s’ennuyaient ferme, avec des pensées du genre « oh ! merde, j’ai oublié le lait », ou « cette salope de Muriel a eu une augmentation et pas moi ».

    Romain et Julie ont cherché un lieu assez grand pour les accueillir décemment tous les deux. A commencer par un grand lit.

    Les confidences sur l’oreiller, c’est une légende. En effet, il est à peu près impossible de dormir à deux sur un seul oreiller. Quant à dormir à deux avec chacun un oreiller, c’est bon pour les vieux qui ne bougent pas, mais pas très pratique pour des amoureux.
    En toute rigueur, il faudrait parler de confidences sur le polochon, le seul élément de literie capable de supporter deux têtes à la fois.
    Le vendeur du lit le savait bien : il leur a conseillé de s’équiper d’un polochon à mémoire de forme fort coûteux.
    Ils ont donc relégué les deux oreillers au fond d’une armoire.
    Pressés l’un contre l’autre dans un réduit qui sentait le renfermé, ceux-ci se sentaient bien seuls et n’avaient plus rien à se dire, sinon : « pousse-toi un peu, tu m’écrases ! ».

    Sur leur nouveau polochon dont la mémoire était vierge, Romain et Julie n’avaient plus rien à se dire eux non plus, car leurs oreillers n’étaient plus là pour leur souffler les mots d’amour qu’ils avaient oubliés. Au contraire, le polochon ne manquait pas de leur rappeler les soucis du quotidien. « Tu as encore oublié de descendre la poubelle », « tu m’emmerdes avec tes histoires de bureau », etc…
    Et c’est ainsi que le polochon est venu troubler la paix du ménage.
    Et cela n’a fait qu’empirer jour après jour.

    Leur brouille naquit sur un tissu de mensonges, et très précisément celui en polyester bas de gamme qui entourait le polochon : ce n’était pas une enveloppe en coton fin comme leur avait affirmé le vendeur.

    Romain a donc décidé de partir au loin pour un travail mieux payé, mais Julie lui manquait.

    Celle-ci dormait mal sur le polochon qui lui ressassait les soucis passés.
    Elle se souvenait de ses douces nuits d’autrefois, et a ressorti les oreillers qui avaient pris la poussière, mais gardé la mémoire de leurs douces pensées d’amoureux.
    Depuis ce jour, ça allait beaucoup mieux pour elle. Toutefois, Romain lui manquait.

    Alors, elle jeta le polochon de la discorde, et téléphona à Romain qui lui promit de revenir dès que possible avec un nouveau polochon plein de ses douces pensées.

  7. Michel-Denis ROBERT dit :

    Pol hochait la tête. Ce matin, il pleuvait. « Pas question d’aller au jardin, se dit-il. Les pieds lourds de boue et le ciré sur le dos encombreraient ses mouvements de jardinier en herbe. » La pluie apportait avec elle l’humeur morose. Aussi se résigna-t-il à enfourcher de ses doigts agiles, la plume maîtresse de son inspiration. Il se décida à raconter l’histoire vécue au pensionnat, qui amena le petit Edouard Redon jusqu’au tribunal.
    – Au tribunal, si jeune !
    – Quand il y a délit, on ne peut pas dormir sur ses deux oreilles, n’est-ce-pas ! Quel que soit l’âge.
    – Mais, il n’était pas majeur à cette époque.
    – Il était à deux doigts de l’être, les fautes étaient trop graves. La justice devait trancher.
    – Ah !
    – A cette époque, le pensionnat De la Housse avait une réputation à tenir. Il a suffi qu’une bagarre éclate.
    – De polochons, j’imagine.
    – Non, justement ! Il n’y en avait pas encore. Tous les élèves devaient dormir à plat. Cela faisait partie des consignes préventives contre ce type de bataille. Mais un jour, lors d’un retour de vacances, Ed n’y tenant plus, cette interdiction ayant perturbé son sommeil, il se décida à dissimuler dans ses bagages, ses deux petits oreillers préférés dont il ne se séparait jamais. Il lui rappelaient tellement l’enfance, qu’à partir de confidences feutrées, il s’endormait comme sur un tapis volant. Il voyageait ainsi parmi les fleurs du pensionnat des filles et se réveillait en forme le lendemain matin.
    Or, le jour de la Sainte Prudence, une heure après l’extinction des feux, un obus s’abattit sur sa tête. Le chef du dortoir, un nommé Traversin ne l’a pas entendu de cette oreille. Celui-ci avait repéré la rébellion d’Edouard Redon qu’il tint à mater de sa propre initiative, et ceci, sans en référer à qui que ce soit. Donc, à l’heure du thé, il cacha son intention dans le placard de Redon, et là, il manigança son approche criminelle avec une intelligence machiavélique. Aux environs de 22 heures, quand le boudin fut sûr que tout le monde dormait, il sortit de sa cachette et rampa jusqu’au pied du lit d’Edouard. C’est à peine si ses reptations se remarquèrent sur le parquet vernis, dans le silence de la nuit et dans le labyrinthe des lits qui avaient été changés de place. Vingt oreillers surveillaient sa progression. On entendit chuchoter : « Quel maniaque ! Il fait le ménage bien tard ! » Quelques rires retenues donnèrent le signal.
    Les oreillers virent une ombre menaçante s’élever et s’abattre violemment sur les couvertures. A cet instant précis, la lumière éclaira toute la pièce. Le coussin noctambule, pris la main dans le sac, tremblant de tous ses membres se trouva en face de Madame De la Housse de la Couette, la directrice qui mit tout le monde au cachot.
    Le lendemain, on lisait dans les journaux, qu’un mystérieux individu surveillé avait été épinglé. Il s’était présenté à l’école de couture privée De la Housse, bardé de décorations et de dés d’or fallacieux obtenus au concours Tex Till. Il plumait les âmes sensibles et piquait sans vergogne dans la caisse. Il risquait 15 ans.
    – Et Ed Redon ?
    – Il a été cité comme témoin.

  8. ourcqs dit :

    Deux oreillers s’aimaient d’amour tendre, jusqu’à ce qu’un polochon vienne troubler la paix du ménage.

    Polochon arrivait en grande pompe.Vraiment comme un intrus, s’étalant sur toute la largeur, prenant ses aises, il ignorait superbement ses doux voisins, perplexes. Il voulait s’imposer en maître des lieux .
    L’oreiller séduit par la nouveauté, la sobriété de ce nouveau voisin, était subjugué.
    L’autre reconnut le travers-in, hypocrite, toujours contrariant les autres, se mettant en travers des relations, de leur complicité. Il dénonça très vite son manque de profondeur, sa rigidité, son incapacité à conserver les empreintes, traces parfumées.
    Il démontra sans peine à son compagnon que ce nouveau était très loin de la douceur et de la volupté, principes de leur vie. Loin des songes poétiques, il n’était qu’un men-songe

  9. Christine Macé dit :

    La vie d’un polochon n’est pas ce que l’on imagine. Ni ce qu’en dit la publicité ronflante. Sans doute étais-je davantage destiné aux batailles qu’à une vie de confort.
    Tout a commencé lorsqu’il m’a fallu cohabiter avec deux anciens locataires du pieu. J’ai tout de suite senti de sa part à lui une certaine froideur, voire une animosité qu’il peinait à cacher. D’autant qu’instinctivement, j’avais flashé sur elle, ce qui n’a pas favorisé la mitoyenneté.
    Très vite, j’ai dû parer les attaques du bonhomme qui snobait mon allure trop « nouvelle génération » à son goût. Arguant de son duvet d’oie blanche des Pyrénées pour mieux mépriser mes flocons de mousse à mémoire. Elle, se taisait la plupart du temps, rembarrée par le macho qui allait jusqu’à la traiter de pouf pour qu’elle cesse de prendre ma défense.
    Il était évident que ces deux-là ne vivaient plus d’amour que par procuration les soirs de galanterie. L’usure des ans menait irrémédiablement son entreprise de démolition et si elle me lançait en douce des œillades timides, c’était probablement pour avoir l’impression d’exister encore un peu. Chaque jour, je voyais bien qu’elle avait la plume moins légère.
    J’arrivais pourtant à la faire rire, ou juste sourire parfois. Elle se rapprochait subrepticement, l’air de rien, et nous restions là, silencieux, dans le doux frottement de nos taies complices.
    Une nuit que je la sentais plus proche, j’osai lui dire ma différence. Ma souffrance aussi. Elle me confia qu’elle le pressentait depuis un moment. Je lui parlai alors sans détour de celui que j’avais rencontré jadis, un beau coutil de satin. C’est là que j’avais su.
    Elle comprit que nous serions toujours amis, rien de plus.

  10. françoise dit :

    Deux oreillers s’aimaient d’amour tendre, jusqu’à ce qu’un polochon ,taillé dans un tissu de mensonges vienne troubler la paix du ménage, jusqu’à les brouiller. Vous allez comprendre pourquoi !
    Tout d’abord,elles qui avaient été recouvertes d’un joli et délicat tissu en lin, eurent leur épiderme irrité. Ce vilain boudin, non seulement les écrasait quelque peu, mais par son comportement, charmant l’une, délaissant l’autre, racontant de fausses histoires, finit par leur inspirer de la jalousie et comme chacun le sait “La jalousie engendre le Mal… La jalousie, c’est le Mal !”.
    Ne se supportant plus, elles se firent la guerre à leur manière, le volant de l’une écrasait celui de l’autre, l’autre essayait de prendre plus de place.
    Et puis, parfois le locataire du lit jetait le polochon et un des oreillers par terre ; se sentant rejetée l’autre imaginait des « choses »et elle devenait verte de jalousie.Jamais au grand jamais, elles n’avaient ressenti tant de haine . Et ce gros boudin en tissu de mensonge semblait se gonfler de vanité.
    Et puis que se passa-t-il ? Toujours est-il que le polochon en tissu de mensonge disparut de leur vie.
    Elles retrouvèrent, la joie, la quiétude, la paix qui étaient les leurs. Et quand le locataire du lit les mettait l’une sur l’autre lors de débats amoureux, elles étaient au comble de la félicité de se sentir si fusionnelles.

  11. Grumpy dit :

    65 ans qu’ils étaient mariés Clémence et Achille. Ce 3 juin ils fêtaient leurs noces de palissandre. Il ne s’étaient pas choisis (et puis quoi encore ?) Dès leur petite enfance les familles s’étaient mises d’accord pour en faire des promis. Ainsi les terres des deux fermes s’en trouveraient réunies, gage certain de prospérité pour le nouveau ménage.

    C’était toujours avec bonheur qu’ils voyaient arriver leur anniversaire de mariage. Leurs quatre enfants (Joseph, Simone, Albert et Ursule) leur préparaient toujours une si belle fête : un banquet sous le hangar à foin, bien balayé, nappes blanches, bouquets, on sortait même le cristal et l’argenterie, les familles au complet. Grande occasion, mieux célébrée même que la Noël. Les marmots et les gamins semaient une belle pagaille dans cette belle organisation, ça faisait rire tout le monde, ils avaient le vin gai et en ce jour sacré, pas question de gronder aussi grosse que fut la bêtise.

    Clémence et Achille soufflèrent les joues rouges et la larme à l’œil les bougies du gâteau, les bouchons de champagne sautaient, les bulles dorées moussaient jusque sur les nappes. Elles étaient belles ces nappes, du lin le plus pur, brodé de C entrelacés de A, et leurs inséparables serviettes, immenses, qu’il était encore de bon ton et recommandé de se nouer autour du cou.

    Du beau linge le trousseau de Clémence. C’est elle qui l’avait brodé pendant ses années de pensionnat. Des chemises de nuit, des courtepointes, des mouchoirs, des draps… au fur et à mesure des années et des lavages, comme elle était devenue fine et douce la toile de lin. Les plus précieuses pièces étant les taies liserées de jours et cernées de dentelles. Deux oreillers plantureux, moelleux, dodus à souhait venaient les gonfler. Si bien bourrés de duvet qu’une seule petite tape suffisait pour les remettre en pleine forme chaque matin.

    Ah, comme Clémence et Achille les appréciaient. L’un d’eux eut été absent qu’ils en eurent passé la nuit blanche. Ces oreillers avaient été un des éléments essentiels à la réussite de cette union. Comment voulez-vous que l’on se refuse, voire que l’on se dispute, quand tant de douceur accueille et repose vos têtes nuit après nuit.

    Pourtant « la » querelle arriva, en ce soir de fête malheureusement. Achille qui depuis quelque temps ne respirait plus trop bien (son cœur…) avait pris l’habitude d’utiliser un polochon pour surélever son oreiller. Ça faisait bien l’affaire, juste ce qu’il fallait, il ne pouvait plus s’en passer.

    Oh, ce n’était qu’un polochon bien modeste, tout petit, juste bon pour un lit à une place, il y tenait Achille, c’était comme son doudou, il l’avait toujours eu dans son lit depuis qu’il avait quitté le berceau. Ils avaient vieilli ensemble, aussi usés l’un que l’autre, affection, lien indéfectible, fidélité, il l’aimait autant que sa Clémence.

    Et justement, à Clémence (à qui d’autre ?) il posa la question :
    – Dis, il est plus là mon polochon ? Où il est passé ?

    Clémence rougit, réalisant qu’elle avait dû faire une grosse bêtise, comment allait-elle s’en sortir, ce polochon ratatiné était devenu si banal qu’elle n’aurait jamais pensé qu’il y attachait tant d’importance. Elle ne sut que dire, il insista, elle se tassait au fur et à mesure que montait sa colère à lui. Jamais elle ne l’avait vu dans cet état. La première fois qu’elle le craignait et qu’il lui faisait peur.

    – Alors c’est toi qui l’as enlevé ? Qu’est-ce qui t’a pris ? Tu pouvais pas le laisser tranquille… de quoi je me mêle ! Et qu’est-ce que tu en as fait, tu vas le dire ?

    – Elle se mit à pleurer. Comme elle avait été bête, comme elle regrettait. Mais aussi, il était tellement usé ce vieux polochon avec son tissu qui craquait de partout, sa laine qui fuyait, vingt fois elle l’avait rapetassé, il était plein de pièces, tout raccommodé, minable.

    Alors elle avoua que quand le petit Pierrot cet après-midi était venu lui demander un vieux béret, un vieux coussin, des vieux chiffons, un cache-nez pour fabriquer un épouvantail à planter dans le champ de blé, elle avait trouvé que c’était une idée si jolie et que le polochon de Pépé ferait si bien l’affaire…

    Il était tellement contrarié Achille que cette explication ni ne l’attendrit, ni ne le calma.
    Ni une, ni deux : son bel oreiller sous le bras, il partit dormir dans la chambre d’à côté. Soixante-cinq ans de mariage, et la première fois qu’ils ne dormiraient pas ensemble : la dernière aussi.

    Le chagrin que leur causa, à l’une son innocente bêtise et à l’autre sa rageuse colère, les tua tous les deux. Clémence ne se réveilla pas de son AVC, Achille non plus de son infarctus.

  12. Nadine de Bernardy dit :

    Deux oreillers s’aimaient d’amour tendre jusqu’à ce qu’un polochon vint troubler la paix du ménage.
    Leur brouille naquit sur un tissu de mensonge,vous allez comprendre pourquoi.

    Ils s’étaient rencontrés sur le lit d’une suite de luxe du palace que l’on venait de rénover.
    Ce fut le coup de foudre.Ils coulèrent le parfait amour jusqu’au matin où une femme de chambre vint déposer un élément étrange sous leur tête:
    un po-lo-chon !
    Apparemment les deux Anglais qui devaient occuper la suite cette nuit là avaient exigé ce grotesque accessoire.
    Quoi,sans prévenir,leur demander leur avis, sans aucune présentation?
    Indignés, ils durent partager leur intimité avec ce traversin boudiné!
    Ils lui opposèrent un silence dédaigneux.
    Leur voisin,très vite, commença à s’ennuyer ferme et se demanda que faire pour passer le temps,rabattre le caquet de ces deux là.
    Il commença à susurrer des mensonges éhontés à l’un puis à l’autre au sujet de supposées infidélités avec une couette ou des édredons en duvet de Moldavie.Il alla jusqu’à prétendre qu’Oreiller Droit se gaussait d’Oreiller Gauche dès que celui-ci était au balcon pour s’aérer.
    Au début,les amoureux ne tinrent pas compte de ces calomnies mais le venin en eux s’instilla,le doute s’immisça et,à minuit, le mal était fait .
    Ils se murèrent chacun de leur côté dans le silence . L’orgueil fut blessé et la suspicion présente.Ils virent partout des preuves confirmant les dires du polochon qui ricanait au succès de ces inventions dont les effets dépassaient ses espérances.
    Au matin les Anglais se plaignirent de l’inconfort de la literie française.
    Les oreillers étaient froids,trop fermes,et malgré un polochon tendre et moëlleux ,ils avaient mal au cou.
    Désemparée mais soucieuse du confort de la riche clientèle,la femme de chambre mit les coupables au rebut.
    Elle en gardât un pour le lit se son petit fils et donna l’autre à sa soeur qui ouvrait un chambre d’hôtes.
    Séparés sans avoir pu mettre les choses au clair, nos deux oreillers ne se revirent jamais.
    Ils s’aplatirent de chagrin dans les regrets et la médiocrité.
    Quant au polochon ,les Anglais le glissèrent discrètement dans leurs bagages et il termina ses jours dans un manoir humide du Sussex.

    i

  13. Jean Louis Maitre dit :

    La Chambre d’explosion

    Deux oreillers s’aimaient et vivaient d’amour tendre,
    Avec, pour horizon, un calme ciel de lit.
    Un polochon survint, jetant, sans plus attendre,
    Le trouble dans leur vie, a tout jamais salie.

    Un tissu de mensonges fit naître leur brouille.
    Eux qui, jusqu’à présent, vivaient dans de beaux draps
    Virent leur harmonie soudain partir… en couille !
    Ecoutez, Mes Seigneurs, ce qu’il en adviendra !

    Monsieur qui, jusque là, oubliait son labeur
    En reposant sa tête en un carré moelleux
    Déclara au coussin qu’il faisait son malheur
    Et que ses cervicales voulaient du vigoureux.

    Il revint d’Ikea avec un tube oblong,
    Jeta au pied du lit l’oreiller homicide,
    Calant son encolure sur le polochon
    Y chercha le repos après l’oreillicide.

    Madame qui aimait le contact viril
    De l’épaule musclée de l’homme de ses nuits,
    Balança à son tour son carré inutile,
    Garant son cou gracile sur son coussin à lui.

    Nos deux pauvres oreillers voués aux gémonies
    S’étiolèrent alors, rejetés aux frontières
    Du lit. Ils pesaient trop, et sans cérémonie,
    Un pied libérateur les mit dans la misère.

    Ils meublèrent alors le sol da la ruelle,
    Mais Monsieur se levant par souci de prostate
    Se tordit la cheville, une peine cruelle !
    Et maudit à jamais les causeurs de stigmates.

    D’un coup de pied rageur de sa cheville indemne
    Il voulut les planquer dessous le matelas
    Mais il rata son coup et se blessa idem,
    Deux chevilles tordues, pour qui sonne le glas ?

    Le cou dans les épaules, nos deux pauvres oreillers
    Vécurent dans le noir, les moutons, la poussière
    Le polochon vainqueur à la toile rayée
    Débutait désormais une belle carrière !

    Mais elle dura peu. Un rude cale-nuque
    Le détrôna bientôt. Le polochon déchu,
    Perdant tous ses attraits, un peu …comme un eunuque,
    Fut à son tour jeté et sous le lit, échut.

    Ces tergiversations n’eurent aucun effet
    Sur l’état déplorable de ses cervicales
    Et ce petit Monsieur aurait plutôt bien fait
    De ne plus s’arsouiller chaque soir le bocal.

    Oreillers, polochon, ils connurent l’exil
    Car ce type en buvant avait mal aux cheveux,
    Les cervicales étaient un prétexte futile,
    Jamais, en doutiez-vous, il ne fit cet aveu.

    Une nouvelle fois, l’alcool fait des ravages,
    Détruit les oreillers et nuit aux traversins !…
    Mais…
    N’attendez pas de moi les conseils d’un sage
    Car moi aussi, je bois, et c’est un travers… sain !

  14. Laurence Noyer dit :

    Deux oreillers s’aimaient
    d’amour tendre
    Sur la couchette,
    ensemble
    vivaient en amoureux
    au coin du pieu.
    Cette cohabitation
    fut bientôt troublée
    par l’arrivée
    d’un polochon.
    Un flatteur,
    un menteur
    qui pour se faufiler
    leur fit croire
    des histoires
    polémiques,
    polygamiques.
    Des histoires
    cousues de fil blanc
    Comme quoi
    ce serait mieux
    à trois !
    Et de tramer
    dans leur dos
    quelques tissus
    de mensonge.
    Mais solidaires
    les deux oreillers
    ne se laissèrent
    pas endormir.
    Et jetèrent
    le polisson
    hors du lit
    (Enfin il se taie !)
    Pour avoir la paix
    dans un ménage
    ne mélangeons pas
    pouf et traversin
    Gardons cela en tête
    avant de se mettre
    dans de beaux draaaaaaaps !

  15. Odile Zeller dit :

    Il est gros, lourd et îl ne sent pas bon. Ce n’est pas du tout ce qu’on m’avait dit : tu verras, il te soutiendra, tu te sentiras plus stable et il n’est pas lourd du tout. J’aurais dû me méfier. Lourd, gros, il roule d’avant en arrière, piur un peu je serai écrasé. L’autre, il est plus ferme , ça ne lui fait rien. Moi comme je suis plus petit et plus léger je souffre mais on s’en moque. Le soir je me trouve coincé entre la tête de Madame et ce gros lourdaud. Ça fait mal et surtout je ne respire plus. Bref on m’a servi des mensonges piur le faire passer la pilule. Madame, elle n’a rien dit, pas un mot. Quand Monsieur a une idée … après sa lecture du soir ou je suis affreusement coincé elle repousse le nouveau, le plus en deux. La au moins je redeviens moi même. Rien de changer, c’est ce qu’on m’avait dit. La vie continue. Ça oui mais pas comme avant. Le matin j’étais secoué, aéré, maintenant je me retrouve sur le bord de la fenêtre, je prends la poussière. J’ai mal au dos et je perds les plumes. Je suis en plumes, en duvet pas en synthétique comme les deux autres idiots. Et si je perds mes plumes comme,maintenant et bien c’est fini, direction poubelle et ça tout le monde s’en fout, sauf moi bien sûr ! On m’a trompé mais je pouvais rien faire. Vous avez déjà vu un oreiller faire grève ou monter sur les barricades ?

  16. durand dit :

    Deux oreillers s’aimaient d’amour tendre, jusqu’à ce qu’un polochon vienne troubler la paix du ménage. Leur brouille naquit sur un tissu de mensonges, vous allez comprendre pourquoi.

    D’abord, jamais un polochon ne mit le pied ni dans leur lit, ni dans leur chambre, ni dans leur maison, ni dans leur quartier, ni dans leur ville.

    Mais elle avait décrété avoir vu un polochon, et qu’il l’avait regardé, d’une façon bizarre.

    N’importe quoi!

    D’ailleurs, bien peu de personnes pratiquent encore le polochon. Question d’habitude et de confort. Quand on possède, par contrat tacite, verbal ou écrit un oreiller bien profilé à la tête de nœud de son amour, on n’en change pas si facilement.

    Ou alors,on renouvelle toute la literie.

    Plus d’un, ayant tâté d’un traversin de passage, un petit boudin vanté par l’industrie d’un nouveau repos cervical, d’une récupération améliorée, est, le plus souvent retourné à la tranquillité pervertie du carré de l’oreiller, cette antique commodité d’accoutumance.

    Pourtant, on ne s’y sent plus l’envie d’explorer les quatre coins qu’on connaît, comme on dit, dans le trafic verbal du sentiment, par cœur.

    Donc lui, coincé par le blocage de sa compagne nia l’existence d’un simple doudou, camouflé entre le matelas et le sommier.

    Ce fut le fameux début de l’escalade dont on n’imagine pas, un jour, au détour d’un énième lacet qu’il puisse exister un sommet.

    Elle prétendait avoir trouvé un polochon caché dans la penderie.

    Il eut beau lui expliquer qu’en fait, il ne s’agissait que de son viel ours en peluche, rien n’y fit.

    Agacé, il lui balança que sa vieille tante avait bien eu le droit de lui offrir, pour son baptême, un polochon à pattes, avec un sourire béat, des yeux en billes et de grandes oreilles dans lequel, à lui, il pouvait déverser toutes ses souffrances.

    Peut-être y avait-il été un peu fort, mais sur le moment, il s’était dit que c’était lui ou moi.

    L’ours périt d’ailleurs, d’après l’autopsie, d’une multitude de coups de ciseaux de toute évidence portés par une gauchère.

    Lui campait toujours du côté droit du lit.

    Et plus tard, quand elle eu évacué son grain de folle tempête, ils se retrouvèrent.

    Oubliés sur une corde à linge, épinglés par la sécheresse, elle flottant aux courants d’air du doute, lui sur le bord droit de sa chute.

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