334e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

Chaque fois qu’il se rendait aux toilettes 
une mouche l’accompagnait.

Il avait beau la chasser, rien n’y faisait.
Il dut se contraindre à sa présence.
Mal lui en prit…

Laissez voleter votre imagination et Inventez la suite

28 Responses

  1. Françoise Maddens dit :

    Chaque fois qu’il se rendait aux toilettes

    une mouche l’accompagnait ou l’attendait posée sur le mur.
    Il avait beau la chasser, rien n’y faisait.
    Il dut se contraindre à sa présence.
    Mal lui en prit.Elle lui piqua les fesses (c’était une mouche piqueuse) , il remit donc son pantalon ; alors elle lui piqua la main droite, alors il crut comprendre qu’il lui fallait ouvrir la porte de ses WC; ce qu’il fit. Elle lui piqua les oreilles, l’une après l’autre ; elle voulait peut-être entendre de la musique ? Peut-être était-ce une mouche mélomane ? Il ouvrit son ordinateur et mit sur I’télé un air de musique au hasard car il ne savait pas quel genre de musique elle aimait : la musique classique, la musique moderne ? Elle lui piqua la paupière droite, elle voulait donc regarder l’écran ! il essaya le dessin animé « les aventures d’une mouche »et là miracle elle se posa sur le clavier de l’ordinateur et regarda les yeux grands ouverts (je vous assure que je ne plaisante pas en disant cela).
    Qu’allait-il faire de celle-ci. Son petit-fils ne supportait pas qu’on tue la moindre bête, pas même une mouche ou une fourmi !
    Il savait que Búi Bjarmar Aðalsteinsson avait installé en Islande une usine à mouches pour faire du pâté comestible ou quelque chose de ce genre. Il allait lui envoyer par chronopost. Après bien du mal il arriva à la faire entrer dans l’enveloppa qu’il expédia. Il ne sut jamais si celle-ci était arrivée à destination en parfait été de conservation , mais franchement il s’en moquait.
    Maintenant, quand il va aux toilettes, il se recouvre le bas du corps d’une couverture isothermique et peut en toute quiétude prendre son temps et même lire le journal. L’autre jour il apprit qu’une infernale invasion de mouches s’était produite à Colmar. Il en fut tout ému et alla même jusqu’à verser quelques larmes.
    Et puis un jour, il vit à nouveau une mouche sur le mur de ses toilettes. Il crut défaillir. Il fit murer le local et
    depuis il fréquente les sanisettes Decaux, dont une est située à quelques pas de son logement.

  2. Anne-Marie dit :

    Jean referme la porte, hume l’odeur synthétique de pin maritime. Il détache sa ceinture, descend la fermeture à glissière, fait glisser pantalon et caleçon, s’installe confortablement et pousse un léger soupir. Enfin seul ! Ici, personne ne le dérangera. Pendant quelques instants son esprit vagabonde. Va-t-il consulter les news sur son portable, remplir la grille de mots croisés posée sur l’étagère, réfléchir au prochain chapitre du roman qu’il écrit, à ce personnage qu’il n’arrive pas à construire ? Des images se percutent, la jolie blonde de la table à côté aperçue lors du déjeuner au restaurant avec son éditeur, le fumet du coq au vin, le délicieux Clos des Mouches qui l’accompagnait…
    Bzz, Bzz… une grosse mouche noire tourbillonne. D’où vient-elle celle-là ? Il tente de l’abattre en lui lançant un rouleau de papier toilette. Raté ! Le diptère continue de tourbillonner. A chacun de ses passages devant la lampe, des éclats irisés de vert métallisent l’atmosphère. Son bourdonnement meuble l’espace. Jean observe cette danse incessante. La mouche disparaît, réapparaît. Il cherche le moment où il pourra lui asséner un coup mortel. Il l’imagine déjà crissant sous sa chaussure. Il ne la lâche pas des yeux. Le bourdonnement s’intensifie, les ailes diaphanes le frôlent. Incapable de se lever, collé à son siège, il est subjugué par ce ballet qui s’accélère. Hypnotisé.
    – Ah…mais.. mais voilà ! Je vais introduire une Calliphorida dans mon histoire…
    Il ferme les yeux, se prend la tête dans les mains, plonge dans son roman. Il l’imagine, il s’imagine Lucilia Caesar… tourne, tourne, tourne. L’homme, assis, voit l’insecte foncer sur lui, de la lumière à son front, de son front à la lumière. Ce corps luisant le révulse. Son bruissement est de plus en plus grinçant. A chaque tour, la mouche grossit, envahit plus l’espace. Il lève un bras, puis l’autre, pour se protéger. Ses muscles se figent peu à peu dans une attente angoissée. Tétanisé, il a le cœur au bord des lèvres. Un dixième de seconde de silence ! L’instant d’une respiration, il desserre l’étreinte de ses doigts crispés. BZZ, BZZZ, BZZZ … c’est reparti ! Son crâne n’est plus qu’un énorme vrombissement. Le bourdonnement entrechoque les battements de son cœur. Son plexus se contracte. Sa respiration se bloque. Il s’affaisse, bascule. Tête la première, il s’effondre sur le sol.
    Bzz, Bzz… la lucilie ralentit sa danse, vient parader de ses éclats verts sur le crâne dégarni de Jean. Elle se lèche les pattes, puis, dédaigneuse, prend de la hauteur. Héroïne immobile, elle contemple sa victime, en silence.

    © ammk

  3. PEGGY dit :

    Chaque fois qu’il se rendait aux toilettes, une mouche l’accompagnait. Il avait beau la chasser, rien n’y faisait. Il dut se contraindre à sa présence. Mal lui en prit….

    Professeur D.Moosh
    Enthomologiste,
    Docteur es mouches
    Prix Nobel

    Saint Germain en Laye le 22 Avril 2017

    Cher Professeur,

    Par la présente, je me permets de vous solliciter afin de bien vouloir m’aider à résoudre un grave problème qui sans solution risque de provoquer de lourdes conséquences dans ma vie privée.

    Il y a quelques temps, une mouche m’accompagnait chaque fois que je me rendais aux toilettes. À plusieurs reprises j’ai essayé de la chasser mais sans succès.

    Suite à cet événement je me suis penché sur vos travaux de recherches et il m’a semblé comprendre que c’était une espèce très rare, à laquelle vous vous intéressez depuis longtemps et qui a fait l’objet de votre thèse récompensée par le prix Nobel. Je ne l’ai donc pas tuée. À ce jour vous avez dû recevoir la photo que je vous ai fait parvenir par courrier express.

    Il semble qu’elle se soit si bien acclimatée à mes toilettes, qu’elle en a fait son territoire et a pondu des centaines d’œufs qui ont éclos. Je pense, en ayant agi de la sorte, avoir servi la science et vous serais de ce fait, très reconnaissant si vous pouviez venir étudier dans mes toilettes et trouver une solution à cette délicate situation.

    Par contre, il me faudrait un espace-temps étant donné que cet endroit est devenu inutilisable, que j’ai dû construire des lieux d’aisance provisoires dans le jardin, que ma famille est furieuse et est prête à m’envoyer dans un asile.

    Avec mes remerciements anticipés
    Jules Malleret

  4. françoise dit :

    Chaque fois qu’il se rendait aux toilettes 

    une mouche l’accompagnait ou l’attendait posée sur le mur.
    Il avait beau la chasser, rien n’y faisait.
Il dut se contraindre à sa présence.
Mal lui en prit.Elle lui piqua les fesses (c’était une mouche piqueuse) , il remit donc son pantalon ; alors elle lui piqua la main droite, alors il crut comprendre qu’il lui fallait ouvrir la porte de ses WC; ce qu’il fit. Elle lui piqua les oreilles, l’une après l’autre ; elle voulait peut-être entendre de la musique ? Peut-être était-ce une mouche mélomane ? Il ouvrit son ordinateur et mit sur I’télé un air de musique au hasard car il ne savait pas quel genre de musique elle aimait : la musique classique, la musique moderne ? Elle lui piqua la paupière droite, elle voulait donc regarder l’écran ! il essaya le dessin animé « les aventures d’une mouche »et là miracle elle se posa sur le clavier de l’ordinateur et regarda les yeux grands ouverts (je vous assure que je ne plaisante pas en disant cela).
    Qu’allait-il faire de celle-ci. Son petit-fils ne supportait pas qu’on tue la moindre bête, pas même une mouche ou une fourmi !
    Il savait que Búi Bjarmar Aðalsteinsson avait installé en Islande une usine à mouches pour faire du pâté comestible ou quelque chose de ce genre. Il allait lui envoyer par chronopost. Après bien du mal il arriva à la faire entrer dans l’enveloppa qu’il expédia. Il ne sut jamais si celle-ci était arrivée à destination en parfait été de conservation , mais franchement il s’en moquait.
    Maintenant, quand il va aux toilettes, il se recouvre le bas du corps d’une couverture isothermique et peut en toute quiétude prendre son temps et même lire le journal. L’autre jour il apprit qu’une infernale invasion de mouches s’était produite à Colmar. Il en fut tout ému et alla même jusqu’à verser quelques larmes.
    Et puis un jour, il vit à nouveau une mouche sur le mur de ses toilettes. Il crut défaillir. Il fit murer le local et
    depuis il fréquente les sanisettes Decaux, dont une est située à quelques pas de son logement.

  5. La soixantaine argentée, il porte beau. Un Monsieur comme il faut, toujours habillé sobrement avec un rien de raideur, en costume cravate gris. Un personnage respectable, un père de famille paisible, qui inspire confiance. Jamais un mot plus haut que l’autre dans son parler sobre au timbre grave. La juste mesure en tout. Une valeur sure.
    Ce Monsieur, imposant mais rien moins qu’humain, éprouve comme tout un chacun un besoin impérieux qui le pousse à se retrancher momentanément dans les commodités. Il s’y enferme comme il se doit et soupire profondément : Enfin seul avec lui-même, hors de toute représentation publique, face à face avec son ego.
    Le « petit coin » a en effet acquis, dans nos sociétés de confrontation permanente avec nos semblables, le statut d’ultime refuge de l’intimité. Ce qui est vrai pour le citoyen lamda l’est d’autant plus pour l’homme public, on le conçoit aisément.
    Donc, notre homme ferme la porte, confiant dans sa solitude momentanément retrouvée. Quand soudain, un bourdonnement, vague et mouvant d’abord, au creux de l’oreille ensuite. D’un grand geste de la main il l’écarte sans y prêter d’avantage attention.
    Mais le phénomène se reproduit, chaque fois qu’il se rend aux toilettes. Dans l’espace exigu il se retrouve en tête à tête avec une mouche opiniatre qui lui bourdonne dans l’oreille tout le temps que dure son séjour dans le lieu. Et peu à peu, ses gestes pour écarter l’insecte deviennent agacés, puis carément emportés. Il se surprend même à s’envoyer des giffles pour tacher d’anéantir son tourmenteur, sans succès évidemment. La mouche est véloce et il ne réussit qu’à se faire mal. Et la bestiole persiste, chaque fois, à le suivre. Impossible d’être un instant tranquille avec lui-même. Et toujours le même son obsédant, comme le refrain réprobateur d’une conscience intranquille.
    L’homme devient nerveux. Son comportement change imperceptiblement. Des tics apparaissent, le timbre de sa voix fait des écarts dans l’aigu, son regard autrefois direct se biaise, ses gros sourcils se rapprochent en un pli soucieux. Son entourage ne fait d’abord pas attention à cette nouvelle attitude et la met sur le compte d’une fatigue passagère.
    Ce n’est que lorsqu’on le surprend à raser les murs, le regard épiant l’air, pour se rendre aux toilettes qu’on lui conseille de consulter un médecin pour dépression grave. Ce que le Monsieur dément avec un rire forcé, au prétexte que ce n’est qu’une mouche. Ses proches n’osent pas insister et l’affaire en reste là.
    Il ne consulte le toubib que beaucoup plus tard, quand des coliques le clouent au lit suite à une constipation majeure. Alors il explique piteusement qu’il n’ose plus se rendre aux W.C., de peur de l’insecte accusateur.
    « Mais accusateur de quoi ?? » s’inquiète son entourage.
    Faute de réponse claire, on cherche à persuader le Monsieur que seule son imagination lui joue des tours. Il promet de faire un effort.
    Et il retente un essai, secondé par les encouragements de ses proches.
    Il s’isole donc, ferme soigneusement la porte, doucement. Il a une dernière hésitation avant d’allumer la lumière. Il presse le bouton. L’endroit s ‘éclaire. Et la mouche est dans les toilettes et regarde le Monsieur.
    Il s’enfuit en courant, pantalon sur les chevilles, et met la soirée entière à s’en remettre.
    Il lui faudra pourtant céder à la necessité et notre personnage tentera encore de supporter ce fléau  avec résignation: en restant dans le noir, car il n’osera plus éclairer, en se bouchant les oreilles, pour tenter de ne plus entendre le bourdonnement qui malgré tout lui vrillera les tympans, en hurlant dans le noir pour couvrir le boucan insupportable de ce bzzzzz persitant…
    Rien n’y fera.
    Phase ultime, on le retrouvera bientôt errant sur les routes, débraillé, répétant comme un refrain : « le cabinet noir m’a tué ! » sans qu’on puisse saisir le sens profond de cette accusation. Vagabond des chemins comme Ulysse l’avait été des mers, on l’entendra parler de retrouver sa Pénélope, nostalgie sans doute d’un foyer serein.
    Puis il disparaitra dans le désert, où on l’oubliera…
    Aux dernières nouvelles, il semblerait que l’animal incriminé dans cette triste histoire ne soit pas une mouche mais un volatile. Cependant, la confusion à laquelle le pauvre homme était parvenu ne permet pas de trancher

  6. AB dit :

    Chaque fois qu’il se rendait aux toilettes
    une mouche l’accompagnait.
    Il avait beau la chasser, rien n’y faisait.
    Il dut se contraindre à sa présence.
    Mal lui en prit…

    Ce n’était pas une mouche comme les autres, non
    Elle ne bourdonnait pas, ni constamment présente elle se faisait.
    Mais, aux toilettes de m’accompagner, cesser, il le fallait, sinon
    Son esclave à jamais, je deviendrai.

    Elle était née un an auparavant
    Depuis, elle me collait la peau et j’eus voulu lui faire hara kiri.
    J’avais pris un toc, pas vraiment marrant,
    Et de m’en débarrasser, j’avais tout essayé, oh oui !

    Plus que jamais vous ne pourriez l’imaginer
    La patience, le courage, les drogues
    Mais récurrente, la mouche sortait, machiavelle et aliénée
    Impossible d’établir un dialogue.

    Je devenais sa chose, enfermé dans ma douleur
    Impossible de lui échapper
    Elle me connaissait par cœur.
    Sitôt assis sur l’endroit des nécessités.
    C’était ma mouche, mon vampire
    Comment vous dire ? Une espèce de confesse
    Je ne crois pas avoir connu pire.
    Une sorte de sos, humain en détresse.

    Je CRACHAIS DES INJURES du plus fort que je pouvais
    Rien n’y faisait, même pas ma bien aimée
    Epuisé et meurtri, La mouche m’avait soumis à son effet
    Débile je devenais, plus rien à espérer.

  7. Jean-Pierre dit :

    Chaque fois qu’il se rendait aux toilettes 
    une mouche l’accompagnait.
    C’était une grosse mouche verte qui tournait autour de lui en faisant un bruit d’autant plus agaçant que l’endroit était exigu. Elle se posait parfois sur le mur d’en face pour le narguer, car elle se savait hors de portée.
    Il avait beau la chasser, rien n’y faisait. La mouche ne craignait ni les grands gestes, ni les insultes. Il avait même l’impression désagréable que son énervement amusait le diptère.
    Il dut se contraindre à sa présence bourdonnante qui perturbait sa lecture et sa méditation.
    « si on ne peut même pas être tranquille quand on va aux chiottes ! », bougonnait-il. « Je vais en parler à la direction de l’hôtel. C’est inadmissible ! »
    Alors, il s’adressa à la réceptionniste qui l’a regardé d’un air dégoûté, et a noté sa réclamation. « Une mouche, vous dites. Bien Monsieur. On fera le nécessaire ».
    Elle était mignonne et il aurait aimé un peu de sollicitude de sa part. Ou à la rigueur une bombe d’insecticide.
    Il insista. Mal lui en prit.
    Pressée de se débarrasser de cet importun, elle l’aspergea avec une bombe anti-agression. Et ce n’était que le commencement de ses ennuis car il partit sans payer en insultant l’employée »

    • Malinconia dit :

      Excellente conclusion.

    • Jean-Pierre dit :

      Oups ! Ce jeu de mots facile est politiquement incorrect.
      Je modifie donc la fin du texte comme suit :
      « Pressée de se débarrasser de cet importun, elle l’aspergea avec une bombe anti-agression. Et ce n’était que le commencement de ses ennuis car il
      partit sans payer en insultant l’employée »

      • Malinconia dit :

        Dommage de supprimer cette fin savoureuse qui est tout le sel de votre histoire et tombe à pic en cette période électorale particulière, où nous sommes sans doute tous politiquement incorrects.

  8. BODO PHILIPPE dit :

    Le charme d’un mélomane
    Chaque fois qu’il se rendait aux toilettes
    une mouche l’accompagnait.
    Il avait beau la chasser, rien n’y faisait.
    Il dut se contraindre à sa présence.
    Mal lui en prit…
    La Belle ne l’était pas. Malgré sa livrée délicatement irisée, ses ailes d’argent, elle avait la patte velue et le regard perdu. Désespérée de n’avoir jamais rencontré l’amour, elle s’entêtait à lui faire la cour.
    Depuis que le printemps chantait son retour, aux premières chaleurs, elle avait repéré sa silhouette. Légèrement voûté, la peau grise, ridée, il transportait sur son dos une sorte de vieux manteau effiloché qui devait cacher une paire d’ailes. Son regard était dissimulé derrière des verres épais et mal polis. Pour se déplacer, il ne volait jamais. Appuyé sur les trois pattes qui lui restaient, il n’était pas vif, mais déterminé. La mouche aimait à penser qu’il avait perdu les trois autres dans une de ces joutes qui opposent les insectes à la période des amours. Deux de ses pattes étaient robustes et délicieusement noires de poil alors que la troisième, sèche et torturée comme un sarment de vigne, frappait le sol avec un petit bruit sec.
    Chaque matin, avec la précision d’un horloger, à 7H30 précises, il se rendait là où le roi ne peut aller en carrosse. Avant d’entrer, il contemplait un long moment la poignée en frottant ses mains l’une contre l’autre dans une prière éternelle.
    Dès l’ouverture de la porte, la mouche fonçait dans un bourdonnement heureux en direction de la fenêtre pour offrir à la lumière la transparence de ses ailes. Ensuite, dans un froufrou délicat, elle se posait sur le rebord, s’asseyait sur une capsule de bière et attendait.
    Alors qu’il s’installait avec élégance sur le trône, que son pantalon se déroulait gracieusement jusqu’à ses pieds, elle joignait ses vœux aux siens pour que le concert fût fabuleux.
    L’objet de son amour était un artiste accompli. Habité par l’inspiration, il sculptait les remugles avec une perfection qu’aurait enviée un Michael Ange. A marier de si belle manière les sons et les fragrances, il recréait chaque jour un nouveau monde qui entêtait son admiratrice. S’inspirant du repas de la veille, il sifflait le chant mélodieux des haricots, puisait dans le safran et les délices de l’Orient pour redonner ses lettres de noblesse à la danse du ventre. La pauvrette, qui ne connaissait jusque-là que le chant lancinant des crapauds, le bourdonnement assourdissant des mouches survolant la fosse à purin ou la plainte étouffée des bousiers, était proche de la transe. Les yeux comme des boules à facettes, la trompe pointée vers les cieux pour sonner Jéricho, ses défenses s’étiolaient : elle était conquise.
    Alors qu’elle béait de contentement et que le vieillard, si distancé des choses de l’amour, s’en aperçut, il se saisit d’un journal. Agacé depuis tout ce temps de cette compagnie, il n’avait pas pour dessein de lui faire la lecture ou de l’initier à la culture. Il roula les pages pour en faire un rouleau et d’un geste sec, son bras armé s’abattit.
    Il n’y eut même pas un gémissement, pas même un bourdonnement, à peine de l’étonnement.
    Comme dans la fable de La Fontaine, celle où la grenouille voulait se faire aussi grosse que le bœuf, la mouche apprit à ses dépends que chacun doit rester à sa place. Les hommes avec les hommes, les mouches avec les mouches. Ainsi, même si nous trouvons de nobles qualités à une autre espèce, il nous faut garder de nous en approcher. Le baiser du serpent, les larmes du crocodile, sont autant d’exemples qui doivent nous alerter.
    Ainsi va la vie, ainsi va l’histoire.

  9. Cétonie dit :

    Chaque fois qu’il se rendait aux toilettes, une mouche l’accompagnait.
    Il avait beau la chasser, rien n’y faisait.
    Il dut se contraindre à sa présence.
    Mal lui en prit…
    Car cela devint une obsession, il la cherchait partout, il fallait se rendre à l’évidence : elle n’entrait que lorsqu’il pénétrait dans le local intime.
    Et lorsqu’il entreprit de l’étudier de plus près, il dut imaginer comment l’observer confortablement dans cet espace si réduit…
    En effet, si elle se laissait complaisamment contempler et même, prenait la pose lorsqu’il chaussait ses lunettes/loupes, l’éclairage laissait à désirer, et il manquait de place pour installer un matériel plus sophistiqué, tel un microscope…
    Tout en consultant convulsivement tous les documents qu’il pouvait dénicher, il se sentait frustré, ces heures de recherches l’éloignant de l’objet de sa passion, il entreprit alors d’aménager ce recoin discret en laboratoire, y installa son ordinateur et passa désormais l’essentiel de son temps à approfondir ses connaissances.
    Mais à force de ne penser qu’à cet insecte si présent, il fut pris d’un doute : que faisait-elle lorsqu’il n’était pas là ? Et il connut ainsi les affres de la jalousie la plus élémentaire, si bien qu’il interdit à toute autre personne l’accès à ses toilettes, et installa un système complexe de vidéo-surveillance : cela ne fit qu’accroître son trouble, en effet, nulle trace de SA mouche lorsqu’il était absent ! Où, avec qui le trompait-elle ?
    Et pour comble de malheur, au détour d’un site Internet, il apprit qu’une Mouche ne vit guère plus de 20 jours, il y avait donc plus de 15 jours qu’il vivait avec Elle, et quel âge avait-elle au moment de leur rencontre ?
    Le doute se transforma en désespoir lorsqu’il dut s’absenter quelques minutes pour trouver de quoi se nourrir (sa femme, en effet, lassée de sa lubie et sans doute jalouse, s’était réfugiée chez ses parents et refusait de s’occuper de lui). Revenant aussi vite que possible, il ne vit pas sa bien-aimée virevolter près de lui comme d’habitude. Il chercha, appela, implora, pleura, sans résultat…
    Comment, dans ces conditions, continuer à vivre ? Il acheta une bombe insecticide, s’en inonda copieusement, et… bzz, bzz bzz… mourut en paix.

  10. Michel-Denis ROBERT dit :

    Elle était chez elle. Elle s’était aménagé un observatoire sur l’abat-jour. Quand elle devait se reposer, elle méditait dans un repli bien au chaud. Cette mouche avait des instincts de rafale. Elle devançait les intentions de l’homme qu’elle contrôlait. A croire qu’elle lisait dans ses pensées comme dans une télé-réalité.
    Chaque fois qu’elle roulait sa bosse contre la vitre, elle le devinait dans son dos. Le torchon assassin ne faisait qu’effleurer sa trajectoire. Elle se gaussait de lui, filait en coup de vent jusqu’au plafond et redescendait en périlleux loopings de virtuose. Puis, attirée par une odeur de cire d’abeille, elle glissait en frôlant le flanc du meuble en merisier et repartait dans un coin sombre où il ne pouvait la distinguer. Mais il l’entendait virevolter ici ou là. Elle provoquait parfois en crescendo pour attirer l’attention sur elle. Cela pouvait durer cinq ou six minutes. Lorsque son adrénaline était au zénith, elle adorait se mettre en danger. Elle piquait en rase-mottes sur lui. C’était une guerrière née.
    Un besoin d’effet sonore pour relancer la chasse, le vase de porcelaine lui servait d’abri anti-torchon ou à l’occasion de chambre d’échos. Elle improvisait. Elle avait toujours trois coups d’avance. Elle dépassait la mesure, jouait de la trompette bouchée à contre-temps. De son instrument, elle faisait distorsion et rompait l’harmonie. Cela ne cadrait pas avec l’idée du chef qui lui fit le coup de l’emprisonner par jeu. Mais c’était son solo, on ne berne pas une glossine propriétaire de sa destinée ! Elle trouvait un espace entre ses doigts et repartait jusqu’aux toilettes pour se fixer au-dessus de la porte en attendant qu’il l’aide à retrouver son élément : son pain quotidien. Les émotions ça creuse ! Là, elle mûrirait son projet.

    Enfin, elle regarderait à la lunette, inspecterait les abords, attendrait une seconde d’intimité que son maître l’oublie. Dès qu’elle entendrait le papier dérouler, elle surgirait au niveau de son oreille et lui passerait devant le nez. Elle n’avait aucun scrupule. Elle avait tout calculé, étant en cheville avec le journaliste du quatrième. Elle devait agir avant que la bombe ne l’atteigne. Elle tournerait en rond. Ce matin , le papier n’était que rose, mais il ferait l’affaire quand même. Avec le temps, il décolorerait. Elle tournoierait encore et encore. Une fois qu’il serait bien entortillé, elle lui injecterait son trypanosome. Enfin le journaleux pourrait titrer : « La glossine et la momie ».

  11. Clémence dit :

    -Chaque fois qu’il se rendait aux toilettes, une mouche l’accompagnait. Il avait beau la chasser, rien n’y faisait. Il dut se contraindre à sa présence. Mal lui en prit…
    – Non, Monsieur, non…Je vous arrête de suite. Les choses ne se sont pas passées comme cela… Vous allez trop vite en besogne. Moi, je sais…
    Approchez-vous de moi…
    Il était mon ami.
    Voilà la véritable histoire….
    Ecoutez!

    « Il était chez lui. Seul. Sa femme chérie était partie pour une semaine, peut-être plus. Elle lui écrivait des lettres passionnées, dans lesquelles elle l’assurait de son amour et l’informait d’un retour improbable.
    Assis à table, il regardait d’un œil triste une pile de feuillets. Il tendit la main vers le verre au fond duquel s’évaporaient les dernières gouttes d’un vin rouge sombre. La carafe était vide.
    – Non, cela ne va pas, pas du tout. Ce manque … c’est certain… C’est idiot de Lorenzo a bâclé son travail…criait-il….
    Sa tête était lourde, son esprit était vide et sa main fatiguée.
    Il lâcha sa plume, ferma l’encrier et claqua la porte.

    Ses pas le conduisirent dans une taverne enfumée, à l’ombre de la Cathédrale. Le patron le salua chaleureusement, s’enquit de sa santé, de celle de sa femme puis… de son travail. D’un coup de menton, il lui indiqua une table, près de la vitre. Il commanda un pichet de vin et observa les passants.
    Après avoir bu deux verres, il se tourna vers la salle.

    Son regard fut attiré par un jeune homme d’une beauté étrange, insolente.
    Il occupait une table centrale, à lui seul, le bras droit posé sur le dossier d’une chaise, les jambes gracieusement croisées.

    Titubant légèrement, notre homme se leva, se dirigea vers Lui. Il s’attarda un instant près de la table de l’adolescent, le toisa puis continua vers le fond de la salle. Poursuivi par les agacements d’une mouche audacieuse, il poussa la porte des toilettes…
    Il se soulagea allègrement et le sourire lui revint. Il donna une chiquenaude à sa coiffure et chassa la mouche devenue trop effrontée. Il tira sur son gilet, bomba le torse et se cambra. Il était en beauté pour regagner sa place, près de la vitre.

    En revenant dans la salle, il lui sembla que l’ambiance s’était quelque peu modifiée. Les regards, francs ou fuyantes, revenaient immanquablement vers le jeune adolescent. Les sourcils se haussaient, les mines se renfrognaient, des langues gourmandes glissaient sur les lèvres rougies ….
    – Trop de beauté… décréta notre homme, qui en prit ombrage.

    Le bel inconnu se leva et se dirigea à son tour vers le fond de la salle. Il revint quelques instants plus tard, la « friponne » écrasée sous la lèvre….

    Il traversa la salle, s’installa à sa table. Les conversation gagnèrent en force, les regards le poursuivaient, le happaient, l’aguichaient. La rumeur enflait….
    – Adonis, Cupidon, Eros?…murmuraient certains …
    – Aphrodite, Vénus…susurraient d’autres….

    Le sourire malicieux et les yeux pétillants, notre homme se leva précipitamment.
    Sa chaise tomba lourdement. Il la ramassa et sortit en riant aux éclats.
    – Ah… sacré Lorenzo ! Tu ne vas pas te réjouir ! Mal t’en prendra de ta négligence…

    Il courut chez lui et écrivit avec frénésie. Sans lever la tête, sans la moindre rature.
    De ligne en ligne, le rôle se précisait.
    De pages en pages, le volage papillonnait.
    Il pensa à Dorotea. Il l’appela Chérubin.
    Les mots se lovaient au creux des oreilles, se déposaient sur le cœur….

    « Voi che sapete che cosa e amor,
    Donne, vedete, s’io l’ho nel cor…. »
    ………. »

    Moi, Lorenzo da Ponte, je ne vis pas d’un bon œil que Wolfgang eut l’audace d’introduire ce farfallone amoroso…
    Mal m’en prit car « Le nozze de Figaro » firent un malheur …

    © Clemenza.

  12. ourcqs dit :

    Chaque fois qu’il se rendait aux toilettes une mouche l’accompagnait.
    Il avait beau la chasser, rien n’y faisait. Il dut se contraindre à sa présence. Mal lui en prit…

    Lui qui n’avait jamais fait de mal à une mouche décida de la regarder voler. Il voulait comprendre cette détermination à le suivre, pourquoi lui , pourquoi ici et là, voir s’il pouvait interpréter ses acrobaties, ses bourdonnements. Il réalisa très vite qu’il était la cible, agressé par des pattes furetant partout, sans répit, chatouillant tout espace de peau, s’agrippant dans poils et cheveux, testant les oreilles à grand bruit. Si elle stoppait quelques instants, il s’attendait à une attaque surprise, pas de relâche, véritable harcèlement, de quoi vous rendre parano. Qui lui en voulait à ce point ? une mouche du coche envoyée par un fou de zizanie ?

    Bzzzzz, Bzzzzz

  13. Nadine de Bernardy dit :

    Chaque fois qu’il se rendait aux toilettes,une mouche l’accompagnait.Il avait beau la chasser,rien n’y faisait.Il dû se contraindre à sa présence.
    Mal lui en prit car, petit à petit, d’indésirable l’insecte lui devint indispensable.
    Ayant décidé d’accepter l’intruse,il s’y attacha.Plusieurs fois par jour il s’enfermait dans les latrines au fond du jardin où son premier geste était de vérifier qu’elle était bien là.
    Il pouvait alors baisser son pantalon, s’installer confortablement dans les riches odeurs de l’endroit.
    L’écouter voleter en admirant sa beauté bleutée aux reflets métalliques.
    Voyant qu’il ne la chassait plus,elle s’enhardit,se posant sur une chaussure,un genou nu.Un jour elle atterrit délicatement sur son crâne dégarni.
    Il n’osait plus bouger,l’entendait vibrer et aurait fait durer cet instant si sa femme n’était venue cogner à la porte
    « Dis donc, t’en as encore pour longtemps,ça fait une demi heure que j’attends moi. »
    A regret il céda la place.Il s’était éperdument épris de cette mouche et trouvait tous les prétextes pour la rejoindre:
    constipation opiniâtre,gastro chronique,diurétiques trop puissants et le voilà qui allait s’enfermer dans le cabanon d’aisance.
    Sa femme ricanait,venait le déranger à tout moment,se demandant quel plaisir il pouvait trouver dans ces toilettes peu accueillantes somme toute.
    Un jour, elle s’en approcha à pas de loup,soupçonneuse et curieuse;elle entendit:
    « Viens là ma belle,n’ai pas peur.Oui, c’est bien,reste là je ne bouge plus.Ah! arrête tu me chatouilles.
    Profitons de ce moment, la mégère ne va pas tarder à arriver. »
    Horrifiée,indignée elle rebroussa chemin.
    Ainsi c’était pour cela qu’il s’isolait là bas.Quelle horreur,le dégoûtant! dans un endroit pareil!Et avec qui?

    Au dîner elle ne laissa rien paraître,lui ,tête baissée car il ne supportait plus sa vue,mangeait sa soupe en silence sans prêter attention à son bavardage, quand soudain:
    « Ah!oui au fait,dit-elle,je ne sais pas si tu avais remarqué cette mouche qui n’arrêtait pas de nous voler autour dans les toilettes,hé bien j’ai fini par l’avoir.Elle est bien aplatie sur le mur désormais. »

    Quand les gendarmes arrivèrent sur les lieux, à la suite d’un coupe de fil,ils trouvèrent,comme l’homme leur avait expliqué,le corps sans vie d’une femme, visiblement étranglée,assise sur le siège des WC,adossée à un mur où était aplatie une mouche.

  14. Dameleine dit :

    Chaque fois qu’il se rendait aux toilettes une mouche l’accompagnait. Il avait beau la chasser, rien n’y faisait. Il ne pouvait tout de même pas s’équiper d’une bombe insecticide, pas lui !

    Pourtant, comme il aurait aimé profiter tranquillement de son petit coin au fond du jardin : des cabinets en bois avec la porte ouverte sur le printemps, sur les jonquilles et les tulipes, avec les lilas dégringolant du toit. Quand venait l’été, les roses remplaçaient les lilas, tandis que les cosmos et les marguerites succédaient aux tulipes. En automne ça sentait bon les pommes, les champignons et l’humus. Si l’hiver il restait plus souvent à la maison, au retour du mois de mars il retournait régulièrement au fond du jardin, mais la mouche l’attendait déjà.

    Il faut dire que ce n’était pas n’importe quel insecte, c’était une fine mouche qui avait repéré son homme : un jardinier sans pesticides, rien que des produits naturels et biodégradables. Avec lui, elle ne risquait pas de se prendre un coup de DTT dans le nez . Pas folle la mouche ! Et puis elle n’avait pas envie de se choper le cancer des diptères sur n’importe quelle merde. Celle là, c’était direct du producteur au consommateur, une garantie de fraicheur, sans OGM, sans édulcorants, ni perturbateurs endocriniens.

    Dès qu’il sortait de la maison par la porte de derrière, elle se ramenait pour lui coller au train. Il dut se contraindre à cette présence. Mal lui en prit, car il constata bientôt qu’elle n’était plus seule, une seconde mouche avait fait son apparition et vers la fin juin, il y en eut quelques autres. En juillet le nombre augmenta encore et en août ce fut l’invasion. Au lieu de profiter tranquillement du spectacle des roses et des marguerites, il devait jouer de la tapette contre les envahisseurs. Au lieu des gazouillis dans les branches, c’était un véritable brouhaha de bourdonnements.

    Il n’allait tout de même pas rester là sans rien faire à regarder les mouches voler. Il lui fallait trouver une solution. Il essaya des plantes carnivores, invita des araignées à tisser leurs toiles dans ses cabinets, suspendit des attrapes mouches aux branches, mais cela suffit à peine à enclencher la décroissance de la population. Ce fut le chien du voisin qui trouva la solution. C’était un fameux gobe-mouches, après avoir passé l’après-midi à parcourir les plates-bandes dans tous les sens, il n’en resta plus une seule. De même qu’il ne resta plus ni fleurs, ni légumes.

    De quoi prendre la mouche !

  15. Grumpy dit :

    Il s’appelait Recep Ier. Il était le nouveau sultan ottoman d’un pays à cheval sur l’Europe et l’Asie. Du moins, s’était-il intronisé lui-même comme tel. Il avait été élu de justesse contre l’avis d’au moins la moitié de son peuple. Peu lui importait, il visait le trône à vie.

    Ce trône était exposé dans la salle des émeraudes du musée Topkapi. Imposant, entièrement recouvert de perles fines, il avait été offert à Soliman le Magnifique (authentique sultan celui-là) des siècles auparavant, par Nadir Shah de Perse. Mais ça, c’était au temps où les pays d’Orient arrivaient à s’entendre à force d’affinités et d’échanges d’ambassadeurs, et n’ambitionnaient pas d’entrée dans l’Union européenne, pour la simple raison qu’elle n’existait pas encore.

    Ce pseudo empereur dont les méthodes de gouvernement rétrogrades et répressives horrifieraient son lointain prédécesseur aux idées modernistes, avait exigé d’avoir comme tout sultan qui se respecte, son harem.

    Schéhérazade était sa favorite et c’était elle qui avait été choisie pour cette nuit jusqu’à ce qu’un eunuque messager vienne lui dire que « finalement non, pas ce soir ». Sachant par les douloureuses expériences qu’elle avait elle-même fait subir à ses rivales qu’il valait mieux ne pas avoir de velléités de discussion quant au choix du chef, elle se retira dans ses appartements pour mûrir sa vengeance la plus efficace.

    La nuit venue, elle s’approcha à pas de louve de la chambre sultane, et serrant une lampe à huile contre son sein, elle s’accroupit silencieuse derrière un MOUCHARABIEH. Ainsi elle allait savoir quelle jeunesse l’avait supplantée. Son nez qu’elle avait fort joli, ne l’avait pas trompée. Quelle ravissante poupée caucasienne aux yeux clairs, cheveux blonds comme les blés tombant plus bas que son sublime derrière. Là, elle ne pouvait plus lutter…

    « Ah non ? Croyez-vous ? Et bien vous allez voir ce que vous allez voir » dit-elle.

    Schéhérazade écouta patiemment le déroulement des ébats jusqu’au moment du grand frisson. Alors, elle ôta le bouchon de sa lampe, y choisit avec soin parmi son célèbre catalogue l’histoire appropriée, la frotta doucement et libéra ainsi l’armada des Mille et Une Mouches, lesquelles n’ayant plus vu le jour ni sucé de sang depuis trois mois, se précipitèrent enragées en un essaim furieux sur l’usurpateur autoproclamé, injustement assis sur le trône à ce moment-là, qu’elles saignèrent à mort en moins de quinze minutes.

    Vous n’aurez rien senti de nauséabond dans cette histoire si ce n’est la tyrannique puanteur du dictateur sanglant d’un peuple qui ne se demanda même pas quelle mouche l’avait piqué.
    Et là-dessus, Schéhérazade cria « Hé Aladin, tu peux venir récupérer ta lampe, je te revaudrai ça ! »

  16. Leleu Yvette dit :

    Chaque fois qu’il se rendait au toilette, une mouche l’accompagnait. Il avait beau la chasser,rien n’y faisait.Il dut se contraindre à l’accepter et mal lui en prit car …

    Elle voletait au-dessus de sa tête, se posant parfois sur celle-ci… la mouche bien que très attachante,il se demandait pourquoi elle s’obstinait ainsi.

    Il huma une unième fois l’endroit -ne sentant rien de vraiment particulier…il haussa ses épaules et se concentra sur ce qu’il devait accomplir dans ce lieu somme toute très personnel.

    Il venait de terminer et le papier en main allait pour se nettoyer quand une crispation de son anus le fit sursauter. Il eut beau pousser et contracter celui-ci, la vague impression restait là.

    Bien que conscient de son intérêt étonnant pour cette partie de son corps, il avait une impression de malaise qui ne voulait pas le lâcher. Remontant son caleçon à fleurs , boutonnant son jean, une fugace idée vint titiller son esprit.

    -soudain glacé, il chercha autour de lui marmonnant des mots incohérent tant la peur lui vrillait le cerveau puis, il se dit qu’il était vraiment idiot de penser à cela du fait que si…certaines matières peuvent sortir de cet endroit…(rien ne pouvait y entrer sans y être invité si vous voyez ce que je veux dire…)Respirant un grand coup,il sortit plus confiant de l’endroit refermant bien derrière lui et sifflotant gaiement.

    Il fut cependant fort étonné quand plusieurs jours plus tard n’ayant pas vue sa mouche,il ressentit à l’intérieur de lui une crispation fort désagréable et qui avait tendance à se répéter plusieurs fois par jours.

    A la fin, n’y tenant plus…il alla voir son ami Goderic Filergrant médecin généraliste rue Gambetta à Limoge et lui expliqua son problème. Le médecin bien qu’ami et sûrement à cause de cela, le crut et lui fit faire une coloscopie et le résultat fut fort impressionnant.

    Une fissure anale avait permis à la mouche( du coche) de pondre et la colo révéla un petit monticule grouillant ce qui expliquait en gros la crispation de l’endroit. Après deux semaines de soin, d’un curetage et d’anti-bio, Jean-Jérôme notre bon ami, comprit que les invitées des toilettes, n’étaient en aucun cas les bienvenus.

    A partir de ce jour funeste pour lui, Jean-Jérôme prit toujours soin de ne laisser aucune mouche ou araignée l’accompagnait en cet endroit qui comme dit plus haut…est et reste très privé.

    ( Un brin loufoque,non!)Cordialement.

  17. Odile Zeller dit :

    désolée voici la version 2 j’ai cliqué trop vite et mon logiciel préféré a encore fait des siennes !

    Surprise

    Chaque fois qu’il se rendait aux toilettes une mouche l’accompagnait. Il avait beau la chasser, rien n’y faisait. Il dut se contraindre à sa présence. Mal lui en prit, elle se percha sur son épaule, arrêta de vrombir pour piétiner avec volupté son sweat-shirt. Il essayait de se concentrer sur son travail et d’avancer le devis. Il oublia la sale bête. Elle se posa alors sur sa main, taquina son pouce au moment où il allait valider la saisie. Son mouvement de répulsion entraîna la destruction du fichier.
    Là, il en avait vraiment assez. C’en était trop, elle avait voir la sale bestiole, l’emmerdeuse. Un coup de bombe et elle rejoindrait l’enfer de ses congénères. Elle continua son manège, ne le quitta pas alors qu’il rejoignait l’appentis où il stockait les produits de jardinage.
    A peine la porte ouverte un vrombissement digne d’un moteur diesel frappa ses oreilles alors qu’une nuée de mouches fouettait son visage et son torse.
    Il fut obligé de fermer un instant les yeux. Quand il les rouvrit, il regarda le sol et découvrit un pied chaussé d’un mocassin dont sortaient quelques retardataires, ses yeux remontèrent sur une jambe. L’odeur répugnante, le vol d’autres insectes qui évacuaient les plis des vêtements le précipitèrent vers la sortie pour soulager son dégoût à l’abri de la haie.

  18. Odile Zeller dit :

    Surprise

    Chaque fois qu’il se rendait aux toilettes une mouche l’accompagnait. Il,avait beau la chasser, rien n’y faisait. Il dut se contraindre à sa présence. Mal lui en prit, elle se prêcha sur son épaule, arrêta de vrombir pour piétiner avec volupté son sweat-shirt. Il essayait de se concentrer sur son travail et d’avancer le devis. Il oublia la sale bête. Elle se posa alors sur sa main, taquina son pouce au monet où il allait valider la saisie et son mouvement de répulsion entraîna la destruction du fichier. La il en avait vraiment assez. C’en était trop, elle avait voir la sale bestiole, l’emmerdeuse. Un coup de bombe et elle rejoindrait l’enfer de ses congénères. Elle continua son manège, ne le quitta pas alors qu’il rejoignait l’appentis où il stockait les produits de jardinage. A peine la porte ouverte un vrombissement digne d’un moteur diesel frappa ses oreilles alors qu’une nuée de mouches fouettait son visage et son torse. Il fut obligé de fermer un instant les yeux. Quand il les rouvrit, il regarda le sol et découvrit un pied chausse d’un mocassin dont sortaient quelques retardataires, une jambe remontait. L’odeur répugnante, le vol d’autres insectes qui évacuaient d’autres plis des vêtements le précipitèrent vers la sortie pour soulager son dégoût à l’abri de la haie.

  19. Laurence Noyer dit :

    Chaque matin, il se rendait aux toilettes pour collecter les mictions de toute une génération. Il déposait ensuite sa collecte chez les teinturiers qui en extrayaient l’alun pour fixer les couleurs de la nature. Grâce à leur labeur, chaque jour renouvelé, la planète bleue rougissait, verdoyait, jaunissait.

    Une mouche l’accompagnait. Il avait beau la chasser, rien n’y faisait.
    Il dut se contraindre à sa présence. Mal lui en prit, il se fit piquer, et mourut.

    Privées de leur mordant, les teintes peu à peu s’effacèrent. Végétal délavé, minéral décoloré, animal terni, le vieux monde progressivement se dépigmenta. Toutes les couleurs de la terre furent comme aspirées et restèrent suspendues dans l’air.
    Ainsi est né l’arc en ciel.

  20. Blackrain dit :

    …Fine mouche, voyant que cet homme ne ferait pas de mal à une mouche, Belzébuth, la reine des mouches, décida qu’il était taon de faire venir ses consœurs dans cette demeure avant qu’elles ne se meurent, avant qu’elles ne tombent comme des mouches. Dans l’univers des hommes d’aujourd’hui un peu trop aseptisé elles avaient du mal à survivre, à trouver un déchet ou un corps en décomposition à se mettre sous la dent.

    Ici la saleté régnait. Cet homme était dénué de toute propreté. Il préférait regarder les mouches voler plutôt que de nettoyer sa maison. Il passait des heures dans son cabinet à gober les mouches ou à lire son journal, le pantalon rabattu sur ses cuisses de mouche, laissant exhaler longuement un parfum qui alléchait Belzébuth avant qu’elle ne s’en repaisse lorsqu’il quittait son trône, tel la mouche du coche suffisante, en oubliant bien souvent d’évacuer ce qu’il était venu y déposer.

    En venant ici la reine avait fait mouche. A elles les reliquats de déjeuners qui traînent sur une nappe grasse, a elles les fromages oubliés dans le placard et les plats cuisinés laissés découverts sur la cuisinière. Le paradis quoi !

    Le lendemain, dans le salon désordonné on entendait une mouche voler. Pourtant, l’homme prenait la mouche. Il jetait ses pattes de mouche sur une énième demande d’allocations, enculant les mouches en détails sordides, maudissant l’administration qui l’abandonnait plutôt que de prendre sa vie en main.

    Belzébuth, elle ne l’abandonnait pas. L’homme entendit un bourdonnement, un vrombissement strident. La bouche grande ouverte tel un gobe mouche il voyait fondre sur lui la 4ième plaie d’Egypte. Une nuée d’insectes envahissait sa maison. Quelle mouche l’avait piquée ? On ne le sut jamais. Il ouvrit de grands yeux et tomba d’une seule masse sur le sol. Il était mort de frayeur. On ne retrouva de son corps que les os. Quant à Belzébuth, repue et dodue, elle s’en était allée faire une cure de sommeil chez ses cousines africaines, les mouches tsé-tsé.

  21. durand dit :

    Chaque fois qu’il se rendait aux toilettes une mouche l’accompagnait.
    Il avait beau la chasser, rien n’y faisait. Il dut se contraindre à sa présence.

    Mal lui en prit. C’était une mouche bavarde, une très vieille mouche qui en avait entendu, vu…et senti des blettes et des trop mûres.

    Elle lui raconta ses virées en Argonne, en Picardie et jusqu’au bord de ce qu’on nomme actuellement Hauts de France. Même si à l’époque, c’était tout plat à cause du Grand Labourage. Que même les arbres survivants ne trouvaient plus un homme pour se cacher derrière.

    Bref, tous les jours, la mouche lui racontait au moins une histoire vécue, rien que de l’authentique, extrait de la Grande Mélasse.

    Ce jour-là,elle commença par la visite commentée de l’intérieur d’un cheval. C’était long et ça puait. Peut-être qu’après coup, ça les dégoûterait de bâfrer du saucisson de cheval.

    Puis elle lui imposa la vision panoramique d’une feuillée. Lui expliqua comment se construisait de bric et sans broc des latrines aérées par le souffle des bombes. Et que souvent, on préférait monter à l’assaut le froc chargé, car pas l’idée, pas le temps, même plus le réflexe de montrer son cul à la guerre.

    Enfin, ce jour-là, la mouche s’attarda sur le nez de Martin Pêcheur, soldat de régiment à pied d’œuvre.
    Martin aurait souhaité se gratter. La vie encore le chatouillait. Mais on lui avait attaché les mains à un poteau. Il ne savait pas pourquoi. Si on le laissait là, il aurait du mal à escalader la pente, à planter sa baïonnette dans la traîtrise de l’ennemi, cette masse verte et brumeuse comme les fonds du marais de chez lui.

    Pourtant, juste avant, avant de se retrouver là, il avait vidé sa dose réglementaire de vinasse, il avait posé son premier pas vers la gloire. Quelqu’un l’avait bousculé. Sans vraiment se retourner, il l’avait insulté et collé un bon coup de crosse. Ca avait fait ploc, un nouveau bruit de guerre.

    Maintenant qu’il était dessaoulé, il ne mesurait toujours pas pourquoi le lieutenant se trouvait derrière lui et pas devant, au-dessus de la tranchée à galvaniser ses troupes.

    Et se demandait combien de temps encore allait durer cette punition stupide…

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