310e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

imparfait

Le week-end, il s’habillait négligemment à l’imparfait,
tandis que la semaine, c’était toujours au plus-que-parfait. Elle, ça l’agaçait grave. Elle n’imaginait plus l’avenir de leur couple qu’au conditionnel.

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35 Responses

  1. Françoise - Gare du Nord dit :

    Le week-end , il s’habillait négligemment à l’imparfait, tandis que la semaine, c’était toujours au plus-que-parfait.
    Elle, ça l’agaçait grave. Elle n’imaginait plus l’avenir de leur couple, qu’au conditionnel.

    Elle l’apostrophait, dès le matin, le verbe haut, faisant fi au passage du subjonctif. « J’aimerais que tu viens chez mes parents avec une cravate », « Je souhaiterais que tu ne pars pas au supermarché avec ton jogging » « Il est préférable que tu vas chercher les enfants sans ton sweat du PSG, cela te donne mauvais genre ».

    Il était las de ce ton impératif et de ses sempiternelles exhortations à rester dans les règles de la bienséance vestimentaire alors qu’elle-même transgressait allègrement celles de la conjugaison.

    « Écoute un peu les modes, sois davantage dans l’air du temps, tu auras l’air moins irrégulier. Moi qui te pensais du premier groupe » asséna-t-elle.

    Mais lui ce qui l’intéressait c’était de faire partie du 3e groupe, ces verbes dits irréguliers

    « Décidément, toi n’être jamais qu’un auxiliaire. Avec toi, conjuguer toujours au passé simple mais désormais, nous deux, no futur » lui lança-t-elle

    « C’est une décision définitive? » lui demanda-t-il,

    « Non, c’est une décision infinitive  »

  2. françoise dit :

    Le week-end, il s’habillait négligemment à l’imparfait, 
tandis que la semaine, c’était toujours au plus-que-parfait. Elle, ça l’agaçait grave. Elle n’imaginait plus l’avenir de leur couple qu’au conditionnel c’est à dire s’il se décidait à s’habiller au présent sinon elle le plaquerait. D’ailleurs elle devait s’avouer que plus grand-chose ne la retenait à lui ; en ce qui le concernait elle n’en avait aucune idée
    Ca tombait bien dans quelques jours ils allaient partir en vacances. Sans rien lui dire, elle les avait inscrits dans un club de nudistes.Elle avait souri quand elle l’avait vu faire sa valise dans laquelle il avait mis, bien sûr,ses complets à l’imparfait et au plus que parfait.
    Et,surprise, il s’acclimata plus vite que sa femme, à croire qu’il avait toujours vécu à poil.Elle le vit même un jour lacérer ses costumes à l’imparfait et au plus que parfait. Devenait il devenu fou ? Oui il était fou d’amour d’une vacancière avec qui il passait le plus clair de son temps. Elle fut saisie d’effroi ! quel serait son futur s’inquiéta-t-elle ? Il fallait qu’elle réagisse.Alors que tout le camp dormait, elle s’introduisit dans la tente de sa rivale et la poignarda . Personne n’entendit rien et la police ne retrouva jamais le meurtrier.
    Chacun rentra chez soi, plus tôt que prévu.
    Notre couple reprit son train-train. Lui racheta des costumes, mais cette fois au présent, c’est-à-dire un pour chaque jour de la semaine . Elle en fut déboussolée, ne parvint pas à s’y faire et on dut l’interner dans un hôpital psychiatrique pour une longue période.
    Quant à lui on le vit changer de femme comme de costume.
    La morale de cette histoire ? Je n’en voie guère et quelle importance cela-a-t-il !

  3. Anne-Marie dit :

    Elle est là, dans sa robe blanche. Un rayon de soleil d’automne la caresse doucement. Alanguie, elle l’attend patiemment. Il n’est pas pressé, comme chaque week-end ! Il va rater leur rendez-vous matinal, aujourd’hui encore. Il arrive tard, mal peigné, en jogging, tout froissé. Debout, il la regarde, les yeux dans le vague… il pense à cette soirée d’hier, cette soirée sans suite, Colette était jolie pourtant. Un rêve, un rêve de plus à l’imparfait ! Non, ce matin, il n’a pas envie, pas envie du tout. Elle en reste muette. Il se détourne et sort déjeuner d’un brunch, le brunch du dimanche. Elle s’agace, ce soir peut-être ? L’après-midi, il marche longuement, ramasse quelques feuilles jaunies de marronnier. Toute la soirée, il traîne devant une émission de télé. Il ne vient même pas s’asseoir auprès d’elle. Elle s’inquiète. Il était si présent, toujours plein d’idées, drôle, émouvant, mais maintenant ?
    Le réveil grésille dans la chambre. Aujourd’hui quand même, il va bien reprendre ses habitudes quotidiennes, il ne va pas encore l’abandonner ? Le crépitement de la douche, le ronronnement du rasoir… Il se rase de près, enfile un jean, une chemise, un cachemire, des boots. Un coup d’œil dans la glace. Parfait ! Plus que parfait ! Dans la cuisine, il prépare un petit-déjeuner, des tartines de confiture, un grand café. La porte claque, elle tremble. Il est encore parti ! Deux heures plus tard, il réapparaît. A nouveau le café embaume. Elle le sent approcher, mais il referme la porte et s’éloigne. Elle en pleurerait. Il téléphone, longuement. Elle devine les reproches au bout du fil. L’avenir devient conditionnel… Pourtant, l’an dernier, c’était un sans-faute, un présent presque insolent, un futur prometteur. La clef tourne dans la serrure. Il est reparti ! Reviendra-t-il seulement ? Elle est là, inerte dans cette attente immobile. Dehors, la pluie goutte, régulière.
    Des pas dans le couloir, il suspend son manteau à la patère. L’eau du thé frémit. Il approche, enfin, une tasse à la main. Il s’assied, étend ses jambes, pose sa tasse sur la table, étire ses doigts. Comment ne voit-il pas qu’elle frémit de désir, qu’elle attend ce moment depuis des jours… que tout peut continuer, que le futur reste plein d’espoir.
    Elle le sent hésiter, enfin son poignet l’effleure, sa main la caresse puis la griffe d’une plume de plus en plus alerte. L’écrivain fait à nouveau corps avec la page blanche !

    ©ammk – 06/11/2016

  4. Clémence dit :

    Le week-end, il s’habillait négligemment à l’imparfait, tandis que la semaine, c’était toujours au plus-que-parfait. Elle, ça l’agaçait grave. Elle n’imaginait plus l’avenir de leur couple qu’au conditionnel.

    De toile en toile….

    Je m’appelle Jane. J’habite à Annapolis (Maryland). A dix ans, je rêvais de montgolfières pour dessiner mes voyages.
    Aujourd’hui, j’ai 21 ans. Passeport et bagages à la main, je patiente à l’aéroport de Washington-Dulles. Je vais m’envoler vers le Vieux Continent. Dans mon sac, un carnet de voyage où j’ai noté mes escales avant de séjourner à Florence et en Toscane, terre de mes aïeux, terre de toutes les beautés de la Renaissance.

    Paris. Le Louvre.
    Les visiteurs se pâment devant Mona Lisa, commentent son sourire énigmatique, ses mains blanches et le drapé du châle jeté négligemment sur sa robe noire. Moi, je scrute le décor. Un décalage étrange entre les parties supérieures gauche et droite. Léonardo, aurais-tu dissimulé un indice pour ma prochaine découverte ? De l’eau ?Un lac ? Des montagnes ? Où dois-je aller ?

    Madrid. Le Prado.
    A voir : « Joseph et la femme de Potiphar » du Tintoret.
    Sublime toile aux rouges profonds! Jacopo Robusti, fils de teinturier, ne laisse rien au hasard. Pas le moindre « imperfetto », bien que sa tenue soit souvent négligée dans son atelier à Venise…

    Perugia. Galerie Nationale de l’Ombrie.  
    A voir : « L’Adoration des Mages » de Pietro Perugin.
    La composition manque encore de rythme, mais les tenues aux drapés pastels sont plus que parfaites.

    Via Maesta della Volte. Une boutique d’antiquaire. Mes yeux se posèrent sur une reproduction du tableau . Je tendis la main.
    – Là, … el Lago Trasimèno, me dit l’antiquaire d’une voix douce…Mais, je vous en prie, continuez…
    Je déambulais, je caressais, je touchais, j’imaginais quand tout à coup, je le vis… juste un reflet entre deux pierres dorées.
    Délicatement, je saisis un bout de papier jauni. Je m’attendais à lire quelques mots malicieux laissé par un touriste ou l’antiquaire lui-même…

    Je fus surprise par la beauté du document : une écriture régulière tracée à l’encre sépia. Mes yeux courraient sur le parchemin saisissant au vol quelques mots porteurs de sens.
    Je me laissai glisser sur le sol et déchiffrai….

    «  Cher Pietro, je t’aime et je t’aimerai toujours, tout autant que j’aime et aimerai toujours ta peinture. Mais, je ne supporte plus l’imperfection de tes tenues alors que tes personnages sont revêtus magnifiquement, somptueusement. Cela m’agace gravement de poser dans des robes pesantes de velours de Gênes, alors que je te vois en chemise négligemment passée.
    Je suis triste de te l’annoncer, mais le futur de notre vie commune est plus que conditionnel. Je n’ai qu’une envie : vivre légèrement….
    J’ai appris que Sandro cherche un modèle pour sa Vénus….
    Ta Simonetta V. »

    Je la voyais…Vénus laissait glisser sa robe, s’enroulait dans sa chevelure dorée, posait un pied dans le coquillage nacré…

    Florence. Galerie des Offices.

    © Clémence.

  5. Emmi A dit :

    Le week-end, il s’habillait négligemment à l’imparfait, tandis que la semaine, c’était toujours au plus-que-parfait.
    Elle, ça l’agaçait grave.
    Elle n’imaginait plus l’avenir de leur couple qu’au conditionnel.
    Elle le savait bien qu’il était quelque peu imparfait.
    Avec le temps, elle avait bien appris à conjuguer passé, présent et futur, et s’y était même attachée !
    Mais là…
    D’un point de vue très subjonctif, elle trouvait qu’il devenait bien trop gérondif…
    Et ça, ça lui déplaisait.
    Alors que faire ? Se contenter d’un passé composé et d’un futur indéterminé ?
    Non ! Elle n’était pas du genre à se laisser aller !
    Alors voilà qu’un beau dimanche matin, Lui assit, vêtu de son pyjama dominical ancestral, tasse de café à la main , Elle s’assit face à Lui en prenant un ton impératif :
    « – J’ai besoin qu’on se concorde un peu là ! L’imparfait avec moi, le plus-que-parfait avec les autres, le subjonctif quand ça t’arrange et l’imparfait le reste du temps, ça suffit !
    Moi, je t’aime, mais maintenant j’ai besoin que tu participe au présent ! »
    Elle se leva, tourna les talons, fière de son interjection infinitive mais en se disant que quand même, ce pyjama là du dimanche elle l’aimait bien !
    Parce que mine de rien, l’amour se conjugue à tout temps, aussi bien imparfait que plus-que-parfait !

  6. Isabelle Pierret dit :

    Le week-end, il s’habillait négligemment à l’imparfait,
    tandis que la semaine, c’était toujours au plus-que-parfait. Elle, ça l’agaçait grave. Elle n’imaginait plus l’avenir de leur couple qu’au conditionnel car elle l’aimait à l’imparfait. Et comme elle détestait les conventions, elle ne se projetait pas dans ce conformisme professionnel.
    Elle appréciait chez lui autant les aspérités jubilatoires que les voluptueux replis de douceur qui constituaient sa personnalité . C’était une inconditionnelle de l’imparfait, et elle en dégustait les fantaisies lorsqu’il se révélait à lui-même dans sa négligence si sincère : elle l’aimait comme ça, nature, brut de décoffrage avec son sourire, ses yeux et sa voix si sexy qui la charmaient de we en we. Elle aurait aimé qu’il acceptât de négliger ses semaines.
    Il semblait se plier à des contraintes conventionnelles. Bien formaté, il ignorait comment vivre sans ces exigences d’apparence.
    Elle, elle envisageait le plus qu’imparfait avec lui , mais comment s’immiscer dans cette grammaire pour en changer les règles?
    Elle commença par introduire ds sa garde-robe, quelques pièces plus simples, plus confortables, ce que progressivement il appréciât. Elle le sentit plus décontracté, moins rigide.
    Elle lui en fit prendre conscience et son impératif devint l’abandon de ses costumes, chemises et autres codes vestimentaires.
    Il se fit plus joyeux, plus chaleureux, et surtout moins soucieux, tel qu’en lui-même , le Lui des We.
    Ils se mirent à conjuguer le Nous dans une débauche d’impromptus, d’exceptions et de verbes irréguliers: une love story au « present perfect »!
    Le subjonctif leur suggérait des modes nouveaux, pimentant leur relation. La concordance des temps aiguisa un besoin réciproque de l’autre, une dépendance au participe présent. Ce sans faute épiçait leur intimité.
    Ils étaient heureux et amoureux dans les déclinaisons du participe et la musique créative de leur imparfait. Le verbe être incarnait présent et futur, le verbe avoir s’estompait au profit des accents circonflexes du réciproque.
    Ils avaient trouvé la conjonction vraie.

    • Grumpy dit :

      . de we en we
      . le Lui des we

      que viennent faire ici ces we we imprononçables en français
      sonnant oui oui en anglais

      = pollution snob d’un texte déclinant si bien nos jolis temps de la langue française, dommage.

  7. Nadine de Berbardy dit :

    Le week end il s’habillait négligemment à l’imparfait,tandis que la semaine,c’était toujours au plus que parfait.
    Elle,ça l’agaçait grave.Elle n’imaginait plus l’avenir de leur couple qu’au conditionnel.
    Pourtant, leur passé,composé d’amour,délice et chic avait fort bien commencé.Bien accordé,sans une faute ,il n’y avait rien à corriger.Ceci durât quelques années.
    Mais voilà qu’un jour,un nouveau collègue arrivât au bureau,un subjonctif,jeune cadre dynamique comme ils le sont tous.
    Il n’y en eût bientôt que pour lui dans ses conversations:
     » A le voir comme ça, tu le prendrais pour un simple plus que parfait – lui disait-il – mais non. Il est plein de petits défauts qui le rendent attachant. En plus il jongle avec les modes sans se soucier des conventions.
    Il envisage le futur antérieur comme une philosophie de vie autrement plus riche que le futur simple,prévisible et banal, servant à manier le présent comme une fiction intrinsèque de l’existence….
    Là, elle ne l’écoutait plus,partait se faire les ongles ou aider les enfants à réviser leurs tables de multiplication.
    Petit à petit ,ce subjonctif prit de plus en plus de place dans leur vie, respectant en cela son sens premier:
    « propre à créer une relation de dépendance en imposant sa volonté » à un admirateur béat.
    Il se mit à parler précieusement,mettant des accents circonflexes un peu partout,à négliger sa tenue de week end pour une élégance parfaite les autres jours.
    C’est ainsi que, le lundi, tiré à quatre épingles, il l’embrassait distraitement,la tête déjà ailleurs,pleine de cet envahissement grammatical .
    Bien sûr qu’elle avait tenté de lui en toucher un mot.Il avait juste haussé les épaules en lui suggérant qu’elle pouvait être jalouse.
    Eventuellement,non,j’ai pas raison?
    Excédée par ce déni,un lundi de trop sur la liste de ses déceptions,elle partit avec les enfants et le Bescherel,se réfugier chez sa soeur ,lui laissant un mot :
    « J’en ai assez,tu ne veux pas comprendre.Tes sarcasmes ajoutés à ta tenue d’hier m’exaspèrent.Je laisse la place à ton idole.
    Notre amour se conjuguera désormais au passé
    Adieu
    Marie Berthe

  8. Zeller dit :

    Le week-end il s’habillait négligemment a l’imparfait, tandis qu’en semaine c’était au plus que parfait. Elle ça l’agaçait grave. Elle n’imaginait plus leur couple qu’au conditionnel. Pourtant ils s’étaient follement aime. Ils adoraient l’ordre, les phrases, les mots et la grammaire. Ils auraient pu vivre leur amour au présent mais non il n’en faisait qu’à sa tête, perfectionniste et facilement arrogant. Elle le soupçonnait de filer une aventure contre nature. Elle n’avait bien sûr aucune preuve. Elle avait beau le surveiller, lui faire les poches. Juste cette tendance au lumbago.
    Ils formaient un beau couple tout le monde le disait. Ils étaient complémentaires, chacun remplissait son rôle et opéraient parfois en tandem. Mais non il fallut qu’il se rengorge, qu’il joue l’autorité monsieur je sais tout, je fais tout. Il avait aussi depuis peu pris cette detestable habitude de vouloir avoir le dernier mot et de se multiplier sans raison. Ça l’énervait, c’était vilain cette ouverture, cette absence de conclusion. Elle était décidée à divorcer. Elle avait demandé conseil et la rupture s’avérait très difficile. Elle était partout et sans elle lui et son copain le point d’interrogation seraient bien embêtés, deux nigauds qui sans virgules ouvraient la voie à tous les chaos. Finalement tant pis pour eux …

  9. Christophe Le Sauter dit :

    Les murs sont peu épais dans l’immeuble où nous habitons. On entend nos voisins se disputer. Même le week-end. Aujourd’hui c’est le couple du troisième qui se distingue. Elle, elle est prof de français et lui est commercial. Elle lui reproche de se négliger, quand ils sont ensemble le week-end. Peut-être suppose-t-elle qu’il a une maîtresse la semaine. Mais il est fidèle, il croule juste sous la pression des résultats qu’il doit avoir au travail, il veut y être irréprochable.
    Agate ma compagne est une bonne fée. Elle et moi ne supportons pas les couples qui se querellent, alors quelques fois on invite chez nous certains d’entre eux.
    Agate leur fait sa potion magique et moi je cuisine. Notre table est bonne et réputée dans le quartier. Les couples de notre immeuble sont presque tous venus diner chez nous. Dès qu’ils sont là ils s’apaisent. Et quand ils repartent ils ne sont plus en conflit.
    Rentrer chez nous requiert de respecter deux règles. La première commune à toutes nos soirées, quoi que l’on dise, est de ne jamais parler au passé ni au futur. La deuxième est de se conformer à un thème dont certains comme celui de ce soir nécessite de se déguiser. Le leitmotiv de la soirée pour recevoir nos futurs amis du troisième. ‟ tenue décontractée ˮ
    Comme toutes nos soirées celle-ci se passe bien, après l’apéro de bienvenue (la potion), nous aimons laisser converser nos convives seuls quelques instants
    – Tu es bien plus élégant en décontracté qu’en commercial.
    – Oui je trouve aussi. A partir de maintenant je m’habille comme ça pour aller travailler et aussi le dimanche d’ailleurs, qu’en penses-tu ?
    – Ça me plait.
    Puis en revenant dans le salon avec Agate
    – Comme vous le voyez leur dis-je ici nous ne parlons jamais au passé ni à l’imparfait ni même au futur, avec mon épouse nous ne nous faisons jamais de promesse mais uniquement des preuves d’amour.
    Je ne peux pas ici dire la recette de la potion mais elle est toujours efficace, et nos voisins qui sont maintenant nos amis ne se disputent plus.
    Chaque jour ils se font des présents.

  10. Michel ROBERT dit :

    Le week-end, il s’habillait négligemment à l’imparfait, tandis que la semaine, c’était toujours au plus-que-parfait. Elle, ça l’agaçait grave. Elle n’imaginait plus l’avenir de leur couple qu’au conditionnel.
    Il remarqua soudain une ombre enveloppée de lumière sur la gauche de son champ de vision. Il ne pouvait tourner la tête, appliqué qu’il était à dispenser son savoir. Il avait bien accaparer son auditoire qui suivait son cours comme s’il s’agissait d’un thriller haletant, dont le moindre oubli pouvait lui faire perdre le fil. Ces explications étaient au cordeau. Il incluait parfois des anecdotes pour appuyer ses raisonnements pourtant d’une limpidité arithmétique. Des éclats de rire et des applaudissements discrets égayaient l’assemblée attentive aux gestes du show-man, pardon ! de l’animateur.
    Son costume était tiré à quatre épingles et cette silhouette qui l’observait depuis les coulisses. D’un geste réflexe imperceptible qu’il pensa à inclure dans son scénario, un ni oui ni non qui lui permit d’orienter sa curiosité vers celle qui l’aimait tant. Il la dévisagea et découvrit son sourire encourageant. Sa concentration n’avait pas été distraite et cela le réconforta de savoir qu’elle était sa première fan. Il fut heureux que son uniforme lui plaise. Dans son numéro, devait entrer une jolie fille. C’était indispensable pour la crédibilité de l’histoire. Rassuré, il put se laisser aller à vivre le rôle qu’il avait conçu. Les deux acteurs devaient exécuter un geste technique anodin que les spectateurs accompagnèrent de leurs vivats et de leurs sifflets.
    A la fin de cette semaine surchargée, ils se délassèrent dans leur jardin fleuri. Ils goûtèrent la soirée dans un bonheur partagé avec leurs invités. Quand ceux-ci furent partis, ils parlèrent d’améliorer leur prestation. Quelque chose clochait encore.
    – Tu aurais pu mieux t’habiller devant tes invités, lui dit-elle.
    – Chérie, on est entre amis, on se détend, ça fait du bien de se sentir en survêtement décontracté. Toute la semaine, je suis en costume-cravate.
    – Je sais pour qui !
    – Arrête chérie, c’est pour démontrer sur quelqu’un de vivant ! dit-il l’air désolé.
    – Hem ! Je te préviens, je vous ai bien observés, si tu ne la retires pas du spectacle, je te quitte !

  11. Antonio dit :

    Le week-end, il s’habillait négligemment à l’imparfait, tandis que la semaine, c’était toujours au plus-que-parfait. Elle, ça l’agaçait grave. Elle n’imaginait plus l’avenir de leur couple qu’au conditionnel.

    « Et que dirais-tu si je ne venais pas avec toi, voir ta mère ? »
    C’était le week-end et il n’était pas question qu’elle sorte avec lui dans cet accoutrement informe, au risque de passer pour une petite grammaire.
    Elle était d’un passé simple, sans chichis, mais avec élégance et un brin de nostalgie. Ils devraient donc se passer d’elle, tout simplement.

    Il regardait par la fenêtre, un air maussade qui ne disait rien de bon, à elle comme à lui. Le temps était au subjonctif. Il était préférable de se couvrir.
    « Ne me dis pas qu’il va en rajouter une couche » … Bingo !
    Lorsqu’il revint de la chambre à conjuguer, elle tomba des nues.
    « Oh ma douce, il aurait été appréciable que tu vinsses. Maman se faisait une joie de nous inviter à déjeuner. »
    Elle crût voir un épouvantail articuler devant elle, avec un chapeau circonflexe grotesque sur la tête.
    Non et non, ça ne pouvait plus le faire. Elle lui aurait bien encore suggéré qu’il se changeât. A quoi bon ?
    La semaine il nouait parfaitement l’E dans l’O de son nœud de cravate et le week-end il sautait dans ses vêtements comme dans un sac. C’était plus qu’imparfait pour elle, c’était irrémédiable.

    Elle prépara deux valises à la première personne du singulier et les lui déposa devant la deuxième personne.
    « Tiens !
    – Oh ma chérie, crois-tu que maman aurait aimé que nous restassions quelques jours ?
    – Non je crois juste que toi et moi on va s’accorder un temps de réflexion dans un futur proche durant lequel ta mère se fera un plaisir de te conjuguer tes petits plats préférés au présent, si tu vois ce que je veux dire.»

  12. Perrat Pascal dit :

    Je rappelle amicalement cette parabole aux donneurs de leçons de style ou d’orthographe : « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil à toi ! »

    Évangile de Luc, 6, 41 :

  13. Joailes dit :

    Le week-end, il s’habillait négligemment à l’imparfait,
    tandis que la semaine, c’était toujours au plus-que-parfait. Elle, ça l’agaçait grave. Elle n’imaginait plus l’avenir de leur couple qu’au conditionnel.
    Au début de leur rencontre, elle s’en souvenait si bien, il ne serait jamais venu la voir dans cette tenue négligée. Il se serait rasé, aurait mis de l’eau de toilette, lui aurait apporté quelques fleurs …
    Puis ils avaient emménagé ensemble, rapidement, très rapidement, … trop ?
    Elle avait alors découvert une collection de vieux joggings dans son armoire, qu’il ne manquait pas d’enfiler dès sa semaine finie.
    C’était idiot, mais à présent, il lui paraissait imparfait, différent de celui qu’elle avait connu et aimé.
    Son futur devenait flou et elle, l’inconditionnelle du mariage, n’avait plus la ferme conviction que c’était avec lui qu’elle allait vivre le reste de sa vie.
    Elle n’avait plus envie de conjuguer avec lui.
    Alors, elle se mit à parler en emmêlant les verbes et les temps, ce qui ne manqua pas de l’agacer, lui, le petit prof de français.
    Dès qu’il se mit à corriger ses erreurs de langage, elle se mit à hurler : « Je m’en vas, tu m’énervais, je ne t’aimais plus, tu n’étais pas celui que j’avais cru, j’en aurai marre, je partais, je pars, je suis partie …  »
    Et elle claqua la porte, le laissant stupéfait.
    Ils ne se revirent jamais, le temps de leurs verbes s’étaient croisés, mais épuisés. Ils n’étaient pas du même groupe.
    Joailes

    • Gérard dit :

      Très jolie chute et belle invention. Je Ne ferai des commentaires que sur la forme.
      1. Pourquoi « quelques » fleurs? « des » fleurs aurait fait l’affaire.
      2. Quand on lit « …dans son armoire, qu’il ne manquait pas d’enfiler… » on a réellement l’impression que c’est l’armoire qu’il enfile. Et n’y voyez aucun propos graveleux.?

      • Joailes dit :

        🙂 Très bien Gérard et merci pour votre correction, en effet ma phrase avec l’armoire est mal formulée ; non, il n’enfile pas l’armoire, et des fleurs, si vous voulez !

  14. Gérard dit :

    Le week-end, il s’habillait négligemment à l’imparfait,
    tandis que la semaine, c’était toujours au plus-que-parfait. Elle, ça l’agaçait grave. Elle n’imaginait plus l’avenir de leur couple qu’au conditionnel. C’est l’absence du présent qui l’affligeait le plus. Tous ces petits moments, qu’ils partageaient depuis tant d’années, et qui faisaient le sel de leur vie commune, avaient pris avec le temps des trajectoires divergentes. Il passait des heures devant sa tablette; elle s’efforçait de tenir la maison. Il ne parlait plus; elle se taisait. Il ne la désirait plus; elle perdait confiance. Il pensait au meilleur; elle s’attendait au pire. Il est bien difficile de conjuguer la vie à deux.

  15. Kimcat dit :

    J’aime beaucoup !
    Bon samedi
    Béa kimcat

  16. laurence noyer dit :

    Le week-end, il s’habillait, à l’imparfait.
    Il se négligeait, a, i, t.
    Tandis que la semaine,
    c’était toujours au plus que parfait
    qu’il était costumé, é.

    Elle, par ce passé composé,
    est agacée, é, e.
    Quand elle pense, e
    au présent
    et à ce que fut, u, t
    leur simple passé.

    Elle n’imaginera, r, a
    plus le futur de leur couple
    qu’au conditionnel.
    Elle aurait aimé, é
    plus d’infinitif,
    à conjuguer, e, r.

    Admettons, o, n, s
    – c’est impératif ! –
    que la mode
    c’est l’indicatif !
    à tous les temps
    – qu’il subjonctife, f, e –

  17. durand dit :

    Le week-end, il s’habillait négligemment à l’imparfait, tandis que la semaine, c’était toujours au plus-que-parfait. Elle, ça l’agaçait grave. Elle n’imaginait plus l’avenir de leur couple qu’au conditionnel.

    Le problème était bien présent. Le lundi matin, Paul râlait après son réveil, se rasait, se douchait, choisissait sa cravate, enfilait son costume, demandait à sa chérie une rapide inspection puis sortait de la chambre. Le lundi soir, il enfilait un vieux jean, une paire de sabots et selon la saison une casquette plus ou moins confortable.

    Le mardi matin, ça se répétait…le mardi soir, il lâchait « Vivement le we! »

    Le mercredi matin, il changeait de costume, choisissait le bleu, car dans son boulot, la présentation, ça comptait. Le mercredi soir, il enfilait un short car c’était son jour d’entraînement…avec son club.

    Ca durait ainsi tout le temps de la semaine, au rythme du coucou, vous savez, l’oiseau pirateur de nids.

    Le dimanche, pas de réveil, parfois un câlin, un petit déjeuner beurré, un thé noir, le journal…remettre des graines au canari… arracher le morceau de tapisserie qui pendouille, là, tout en haut, à côté de l’araignée, en pleine géométrie.

    Interpeller sa femme une nouvelle fois…encore…: »Vivement la retraite…hein ? »

    Et celle ci le toisant rapidement, replongeant le nez dans son repassage…clignant la lassitude de ses yeux!

    Combien de temps cela allait ‘il durer ?
    …marmonnait ‘elle: » Depuis 6 mois qu’il a perdu son boulot et n’a pas quitté la maison. »

  18. Dolorès dit :

    Diplômé de Saint-Cyr,
    Haut gradé de la Grande Muette,
    Même le week-end, il s’habillait
    Au plus-que-parfait.

    Imparfait ? Inconnu de son langage.
    Une seule façon de s’exprimer :
    L’impératif !
    On se doit d’obtempérer.

    Même Elle.
    Surtout Elle.

    Obéir. Se taire. Obéir. Se taire.

    Les cloches du bonheur n’ont sonné qu’une fois.
    Elles devaient être en chocolat et ont fondu à la première canicule.
    Elle n’imaginait même plus leur couple au conditionnel.

    Le Passé, une amnésie.
    Le Futur, une utopie.
    Le Présent, un leurre.

    Agir. Réagir. Agir. Réagir.

    La porte d’entrée s’ouvre :
    « Femme ! Mes charentaises ! »

    Le silence répond.
    Omniprésent et pesant.

    Douze années plus tard, après de vaines recherches,
    Elle fut déclarée :
    « Absente ».

    Je l’ai rencontrée.
    Depuis dix ans,
    Nous conjuguons la vie
    Au présent.

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