347e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

Chaque nuit, rue de La Pompe, une paire de mocassins s’échappait du présentoir sur lequel elle s’exposait le jour, pour se dégourdir les semelles. Personne, jusque-là, ne l’avait surprise. Mais un soir, deux petites sandalettes lui emboîtèrent le pas…  

Inventez la suite

Chaque exercice est une bataille contre la routine, contre l’endormissement de l’imagination. Un petit combat pour maintenir en vie l’enthousiasme d’imaginer, d’inventer, de créer.

23 Responses

  1. Joe Krapov dit :

    Chaque nuit, rue de la Pompe, une paire de mocassins s’échappait du présentoir sur lequel elle s’exposait le jour pour se dégourdir les semelles. Personne jusque-là ne l’avait surprise. Mais un soir, deux petites sandalettes lui emboîtèrent le pas. Elles étaient peu discrètes et leur déplacement faisait des « cataclop » « cataclop », un bruit de tatanes qui se pavanent dans la savane.

    – Cessez de nous suivre ou nous appelons un agent ! » menacèrent les mocassins en se retournant vers elles.

    – Mais enfin ! Nous sommes libres d’aller et venir à notre guise, nous aussi, dans ce magasin ! Les volets sont fermés, les vendeuses sont parties, on peut bien si on veut faire notre numéro de claquettes !

    – Peut-être, mais pas dans notre sillage. Nous sommes sur une piste sérieuse. Nous travaillons, nous ! Nous ne songeons pas à danser comme de vulgaires ballerines ou des scandaleuses à boucles blondes !

    – Nous sommes des sandalettes, pas des scandaleuses ! Vous êtes sur la piste de quoi ? Du dernier des Mohicans ?

    – Nous cherchons la sortie. Quand nous étions dans la vitrine nous avons bien vu que le monde au-dehors est immense et plein de toutes sortes de chemins. Nous avons hâte de les parcourir. Aussi nous n’allons pas attendre que quelqu’un nous achète. Nous allons nous faire la paire avant ! Si on peut se tailler, on se taille !

    – C’est vrai que vous êtes de drôles de pointures, tous les deux ! Du 45 ! Y’a pas grand monde qui chausse de ça. Même en soldes, et aussi de caractère, vous avez l’air un peu coincés pour longtemps ici !

    A la loterie des rêves, les mocassins et les Nikolettes, car c’étaient des sandalettes de marque, ont gagné leur liberté : la dernière des vendeuses avait oublié de fermer la porte de l’arrière-boutique. Un coup de pieds dedans et voilà nos deux com-paires dehors et les commères qui les suivent.

    – On a décroché le pompon ! chantaient les mocassins.

    Comme ce fut amusant, au début, d’aller de bec de gaz en bec de gaz, de parcourir le vieux Paris d’où n’émergeait, dans le ciel étoilé, aucune tour Eiffel ! Bien sûr il fallait éviter le crottin des chevaux sur le pavé et les merdes de chien sur les trottoirs mais c’est une discipline que l’on apprend très vite, le slalom géant. Pratiquement au pied levé. Mais bientôt du monde arriva.

    Enfin… Quand on dit « du monde »… C’étaient deux-va-nu-pieds des Ardennes, en déroute, qui s’avançaient bourrés sur le bord de la route.

    – Regarde, Arthur ! Je le crois pas ! La bonne chance qu’on a ! Des pompes, et des neuves ! Comme on en portait jadis et naguère ! Et les mocassins sont pile-poil à la taille de mes ripatons !
    – Parallèlement, les sandalettes me vont impec, Paulo !

    Et c’est ainsi que, pour la première fois depuis bien longtemps, Verlaine et Rimbaud regagnèrent le domicile des Mauté de Fleurville, les beaux-parents de Paul, sans marcher à côté de leurs pompes.

    Rimbaud derrière, qui prenait ses cliques et ses claques comme à l’habitude. Et Verlaine, chaussé de mocassins, qui battait la semelle devant.

  2. Peggy dit :

    Chaque nuit, rue de la Pompe, une paire de mocassins s’échappait du présentoir sur lequel elle s’exposait le jour, pour se dégourdir les semelles. Personne, jusque-là, ne l’avait surprise. Mais un soir, deux petites sandalettes lui emboîtèrent le pas..
    à quelques mètres de distance.

    Les mocassins s’arrêtèrent face à la mer. La lune en un rond parfait illuminait l’eau. Ils n’en virent pas la beauté trop enfermés dans leur tristesse.

    À petits pas les sandalettes s’approchèrent. Les mocassins, trop concentrés à retenir leurs larmes, ne les entendirent pas.
    Nous non plus nous n’allons pas bien dirent-elles
    Ah vous êtes là. Et pourquoi vous n’allez pas bien?
    Parce que nous ne trouvons aucun pieds que nous aimerions chausser.
    Ben nous, c’est pareil.
    Vous savez ce que nous faisons pour que la vente ne se réalise pas?
    Je crois que nous savons dirent ensemble les mocassins. Nous vous avons vues à l’œuvre et nous vous avons copiées. Vous reproduisez l’histoire de la pantoufle de vaire. Vous vous rétrécissez pour ne convenir à personne. Seulement maintenant nous nous inquiétons, les soldes sont terminées et nous sommes toujours sur le présentoir. Que va-t-il advenir de nous?
    Nous nous posons la même question. Peut- être faut-il que nous acceptions n’importe quels pieds.
    Ça jamais !
    Ils discutèrent toute la nuit sans trouver de solution,

    Le lendemain au magasin, des pieds mal entretenus et antipathiques essayèrent d’enfiler les sandalettes sans succès.
    Les deux paires se regardèrent : Décidément impossible !

    La saison terminée on les mi-temps au rebut.

    Alors là on a tout gagné. Se désespérèrent-elles. À faire les malins on va pourrir bêtement ici.

    Les cuirs commençaient à légèrement se faner lorsqu’un repreneur les acheta avec un lot d’invendus.

    Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Demandèrent les sandalettes.
    Nous, on a envie de vivre. Tant pis on accepte qui nous choisira et vous?
    On suit.

    Les quatre chaussures furent séparées afin de chausser, dans un centre de rééducation, des unijambistes.

    Peggy Malleret

  3. françoise dit :

    Chaque nuit, rue de La Pompe, une paire de mocassins s’échappait du présentoir sur lequel elle s’exposait le jour, pour se dégourdir les semelles. Personne, jusque-là, ne l’avait surprise. Mais un soir, deux petites sandalettes lui emboîtèrent le pas. Elles faisaient partie de la
    brigade spéciale chargée de la surveillance des chaussures fichées S. L’âme en révolte elles avaient mis des chaussettes rouges. C’était strictement interdit, mais elles se fichaient de ce que pourrait dire leur chef Pataugas, et puis Il n’est pas bon d’avoir trop longtemps le moral dans les chaussettes, ne serait-ce que pour les odeurs pensèrent-elles
    Soudain la paire de mocassins sauta, elles aussi, marcha à cloche-pied puis stoppa devant le cinéma où l’on jouait « le grand blond avec une chaussure noire » .Sur la pointe des pieds elles entrèrent.A côté, une paire de talons hauts qui se tenait raide comme un passe lacet lisait paris match dont jean-Marie Messier faisait la une : » Jean-Marie Messier, grand patron de Vivendi, pose dans Paris Match avec une chaussette trouée: soit il veut nous montrer qu’il attend la reprise, soit il veut nous montrer ses socquettes-options! ».Pendant le film, elles flirtèrent…
    Et puis en traînant les talons elles rejoignirent le présentoir.Elles n’y restèrent pas longtemps. Un jeune couple dont la femme visiblement
    attendait un enfant les achetèrent.Pendant les soirées, où elles se tenaient sagement l’une près de l’autre, la femme tricotait des chaussettes roses pour bébé, l’homme des grises.
    Et c’est ainsi qu’elles se retrouvaient au pied du lit.La paire de mocassins pour calmer les petites sandalettes qui avaient un peur de la nuit, lui lisait « les chaussures italiennes de Henning Mankell puis tendrement unies elles s’endormaient , les petites sandalettes en pensant « Le mocassin, on ne s’en lace pas. »

     

  4. Clémence dit :

    Chaque nuit, rue de La Pompe, une paire de mocassins s’échappait du présentoir sur lequel elle s’exposait le jour, pour se dégourdir les semelles. Personne, jusque-là, ne l’avait surprise. Mais un soir, deux petites sandalettes lui emboîtèrent le pas…  

    Était-il vraiment né à Londres ? N’était-ce pas plutôt à Paris ? Aucune pièce officielle ne pouvait répondre à ces deux questions. Mais qu’importe, il existait, il fascinait.

    Il pouvait être drôle, triste, léger et cynique à la fois. Il ne laissait personne indifférent. Il aimait le spectacle et il aimait faire le spectacle….

    Il était beau gosse, mais cela ne lui suffisait pas. L’image d’un dandy étriqué ne le satisfaisait pas entièrement. Il voulait être plus qu’un acteur. Il voulait être un personnage, une icône.

    Et pour un coup de maître, ce fut un coup de maître ! Il devint la contradiction incarnée, campée entre les excès. La gloire fut au rendez-vous, fulgurante. Il crevait tous les écrans !

    En ville, les files s’allongeaient devant les salles de spectacle. C’était comme une ruée vers l’or !
    L’opinion publique ne tarissait pas d’éloge pour ce kid venu d’on ne sait où, et dont la vie familiale ressemblait à un cirque. Qu’il fut dictateur ou homme des temps modernes, les lumières de la ville brillaient pour lui…

    Mais un jour, il en voulut plus encore. Il souhaitait ardemment une scène culte, une scène dont le monde entier se souviendrait, une scène qui le rendrait éternel, une scène exceptionnelle qui attirerait sur lui les feux de la rampe.

    A la recherche de cette perle rare, il se promenait la nuit tombée dans les rues de la ville. Un jour, il emprunta la rue de la Pompe. Et ce fut la révélation.
    Il surprit une paire de mocassins qui se promenait, seule…toute seule.
    Il n’en croyait pas ses yeux.
    Il faillit en avaler ses chaussures de surprise !
    – Mais bien sûr ! s’exclama-t-il.

    L’histoire était toute trouvée. Un homme solitaire, affrontant l’adversité et à la recherche de l’amour.
    Et, une scène culte pathétique et ahurissante : la faim le pousserait à manger le cuir de ses chaussures….

    Le succès fut au rendez-vous, mais il en voulait davantage. À nouveau, il déambula dans la ville, à la recherche de la rue de la Pompe.
    Il la retrouva ainsi que les mocassins qui se promenaient seuls, à la tombée de la nuit. Mais aucune image ne le percuta. Il persista. Il revint le lendemain et bien d’autres jours encore. Il n’y croyait plus, il était prêt à repartir…
    Mais ce soir-là…. Il vit, comme d’habitude, la paire de mocassins s’avancer puis, tout à coup, une petite paire de sandalette surgit et lui emboîta le pas…
    – Prodigieux ! s’exclama-t-il. Prodigieuse surprise! Bellissima !

    L’histoire était toute trouvée. Un vieux chanteur de music-hall qui aiderait une jeune danseuse de ballet. Il lui apprendrait à développer sa grâce et son aisance pour danser devant le public.
    Mais il éprouva une difficulté majeure pour son projet: aucune musique ne lui semblait en harmonie avec ce mélo-drame.

    Il se mit de nouveau à arpenter les rues de la ville, jusqu’à épuisement. Un soir, accoudé au comptoir, il rencontra un homme, qui se présenta :
    –  Marcel Eugène Ageron, Jacques pour les intimes.
    Sirotant leur whisky, ils partagèrent leur mélancolie. Un piano égrenait se notes au fond du bar.
    – Écoutez, lui dit celui-ci, écoutez cet air. C’est l’histoire banale de ce ver de terre, amoureux d’une étoile . C’est une histoire d’enfant qui souvent fait pleurer les grands…
    – Magnifique, lui répondit notre bonhomme en saisissant son chapeau entre ses deux mains. Magnifique ! répéta-t-il, le visage rayonnant d’un sourire éblouissant.
    – Oh, il m’arrive d’être poète à mes heures…reprit Jacques. Mais…
    – Mais je manque à mes devoirs. Je m’appelle Charles, Charlie pour les intimes.
    – Et bien, mon cher ami Charlie, la rue nous a permis de faire connaissance. Quel bonheur ! En souvenir, je vais vous rédiger quelques paroles…

    Il sortit de sa poche, sa montre à gousset, un carnet et un stylo. Sa main hésita un instant, puis il écrivit, sans plus lever les yeux….

    Deux petits chaussons de satin blanc
    Sur le cœur d’un clown dansaient gaiement
    Ils tournaient, tournaient, tournaient, tournaient
    Tournaient toujours
    Plus ils tournaient, plus il souffrait du mal d’amour
    Deux petits chaussons et par dessus
    Les plus jolis yeux que l’on ait vus
    Sous de longs cheveux légers, légers
    Et qu’il était bien obligé d’aimer

    Le nez vermillon
    Le chapeau sur la tempe Comme un papillon
    Sous les feux de la rampe
    Le soir, il jouait
    Mais tandis que les gens
    Riaient …

    Deux petits chaussons de satin blanc
    Sur le cœur d’un clown dansaient gaiement
    Ils ont tourné, tourné, tourné qu’un soir d’été
    Le cœur du clown trop essoufflé s’est arrêté
    Deux petits chaussons de satin blanc
    Sur le cœur d’un clown dansaient gaiement
    A vingt ans, l’on ne sais pas toujours
    Que même un clown, ça peut mourir d’amour !

    Une larme glissa doucement sur la joue de Charlot.

    © Clémence

  5. Clémence dit :

    Chaque nuit, rue de La Pompe, une paire de mocassins s’échappait du présentoir sur lequel elle s’exposait le jour, pour se dégourdir les semelles. Personne, jusque-là, ne l’avait surprise. Mais un soir, deux petites sandalettes lui emboîtèrent le pas…  

    Au QG, ils s’arrachaient les barrettes et les étoiles.
    – Cela ne peut plus durer… notre jeunesse est en péril….
    – Il faut trouver une stratégie pour l’éloigner…
    Après des heures de discussions, le plus âgé s’exclama :
    – J’ai peut-être trouvé la solution…
    Tous étaient suspendus à ses lèvres…
    – Et ?
    – Et…Loin d’ici….Le Vieux Continent….

    C’est sur ces dernières paroles qu’ils signèrent le document. Le courrier tomba dans la boite aux lettres du destinataire un 20 janvier 1958, l’expédiant ainsi pour deux années en Allemagne. Son seul travail consisterait à conduire une jeep. Une routine assommante  et dévalorisante, mais qui laisserait tout de même à ce jeune américain pas mal de temps libres, outre quelques permissions.

    Et c’est ainsi que par une belle nuit de juin, il passa un week-end à Paris !
    Par soucis de discrétion, il prit une chambre, rue de la Pompe. Une chambre très originale, car la fenêtre était au ras du parquet et de la rue.

    La première nuit, il vit passer une paire de mocassins sans propriétaire, suivie d’une paire de tropéziennes. La table du petit-déjeuner était dressée dans une petite cour fleurie, où l’hôtesse l’attendait avec le sourire. Le jeune homme la remercia puis lui fit part de la vision étrange qu’il avait eue le soir venu. Elle lui répondit d’une voix au timbre velouté :
    – Ne vous inquiétez pas, ce manège se produit chaque nuit ! Les semelles ont juste besoin de se dégourdir le cuir. Il ne faut pas que celui-ci se craquelle…

    Ainsi rassuré, le jeune homme regagna sa chambre. Il s’étendit sur son lit et laissa ses pensées vagabonder…
    Il trouva bien injuste cet éloignement de sa famille, de ses amis, de ses admirateurs. Était-ce un règlement de compte ? Une punition ? Une prévention ? Il ne trouvait aucune réponse plausible. Le Nouveau Continent et la vieille Europe étaient en paix….
    Les images de son enfance et de son adolescence lui rendirent le sourire. Les siens étaient à l’abri, dans une belle demeure, là-bas, sur les rives du Mississippi.
    Son avenir lui semblait tout tracé, mais ne se doutait pas du bonheur imminent qui l’attendait.
    Il se mit à siffler quelques notes, tout doucement… puis fredonna : « Ils ne me marcheront pas sur les pieds ! » Paroles et musique collaient à merveille.

    Il prit son stylo et son carnet. Les mots coulèrent en un torrent capricieux.
    Il empoigna sa guitare… quelques accords et puis, la magie opéra encore une fois.

    Le soir venu, il appela un taxi pour se rendre au Casino où ses amis donnaient un concert, en première partie de Line, la merveilleuse Line.

    A la fin du spectacle, le jeune homme rejoignit ses amis dans les coulisses. Line et Loulou les rejoignirent également.

    L’ambiance était joyeuse dans la loge. Le regard du jeune homme se posa sur une guitare Selmer.
    – Puis-je ? dit-il en tendant la main.
    – Certainement !

    Il se leva, ajusta sa mèche de cheveux, écarta ses longues jambes, se déhancha légèrement et sa voix de rocker donna la chair de poule à chacun d’eux…

    Well, it’s one for the money,
    Two for the show,
    Three to get ready,
    Now go, cat, go.
    But don’t you step on my blue suede shoes.
    You can do anything but lay off of my blue suede shoes
    Blue, blue, blue, blue suede shoes

    C’est ainsi que l’on écrit les légendes…

    © Clémence

  6. Jean-Pierre dit :

    Chaque nuit, rue de La Pompe, une paire de mocassins s’échappait du présentoir sur lequel elle s’exposait le jour, pour se dégourdir les semelles. Personne, jusque-là, ne l’avait surprise. Mais un soir, deux petites sandalettes lui emboîtèrent le pas…  

    « Oh ! Merde ! Je suis suivi, se dit Moka ».

    Moka, c’est ma référence sur l’étiquette, à cause de ma couleur et de mon addiction au café que j’allais quémander chaque nuit au bar du bout de la rue, ce qui est totalement interdit à une paire de pompes bien élevée (mais ce n’était pas mon cas puisque j’avais des talons plats).
    Ce soir-là, j’avais tourné au coin de la première rue pour échapper à une paire de sandalettes qui me suivait, sans doute de la police sur dénonciation du patron du magasin, qui avait dû s’apercevoir de mes escapades nocturnes, et qui m’avait cafté.

    Alors, j’ai pris un chemin détourné pour me rendre à mon bar habituel.
    Et là-bas, quelle ne fut pas ma surprise d’y trouver les petites sandalettes qui m’attendaient.

    – Hello Moka ! Ça fait une semaine que mes narines frémissent à l’odeur de café qui colle à votre nubuck chaque fois que vous revenez de votre escapade nocturne. Je suis Soubrette, une pauvre petite paire de sandalettes en toile, et j’avais envie de me frotter à votre jolie peau bronzée et parfumée. Le présentoir à-côté du mien est libre ce soir.

    Comment résister à une telle invitation ?

    Le lendemain, le patron a réprimandé sa jeune vendeuse qu’il accusait d’avoir déplacé les chaussures de la vitrine sans son autorisation.
    « Le vieux marche à-côté de ses pompes et fait n’importe quoi avec celles du magasin » a pensé la jeune fille en me remettant sur mon présentoir habituel.

    Je ne reverrai plus jamais Soubrette qui a été vendue le jour même, et je continuerai à me défraîchir en attendant les soldes pour être refourgué à -30 % parce que ma belle couleur café commence à passer.

  7. LELEU Yvette dit :

    Chaque nuit, rue de la Pompe, une paire de mocassins s’échappait du présentoir sur lequel elle s’exposait le jour, pour se dégourdir les semelles.
    Personne, jusque-là, ne l’avait surprise. Mais, un soir, deux petites sandalettes lui emboîtèrent le pas.
    _ Dis tu bats la semelle pour qui? demanda naïvement la petite paire.
    _Oh! tu m’as fais peur toi, d’ou tu sorts?
    _ Du vieux présentoir dans l’arrière boutique, j’ai vue ton manège et ça m’a agacer quand, personne n’a sut me dire ou tu allais.
    _Quoi! les autres sont au courant?
    _Mais non te dis-je, juste moi et deux vieilles pie escarpinées de dorure donc, tu t’affoles pas, c’est moi la plus sûr des trois…vue que les deux vieilles ne font plus de battage de quartier. J’ai décidé de t’accompagnée, je veux voir ton beau monde et peut-être que je rencontrerai mon prince, mon prince charmant…rien qu’à moi…son petit rire fusa.
    _Mais, tu es folle ma petite paire! Je bat le pavé pour me dégourdir les semelles, je m’use les flancs à ne rien faire, je me ratatine au soleil et je sèche. Mon cuir se détériore, j’en avais assez de turlupiner ainsi pour des nèfles.
    Sandalette rougit mais de colère, quoi! tu veux tout pour toi! tu trouves pas que cette partie du pavée est assez digne pour nous deux, que cette espace là est assez vigoureux pour nos semelles?
    _ Tu n’y es pas petite, je ne cherche pas ce genre là, je te laisse le tout si tu y tiens moi-je…
    _Quoi? Toi quoi, dis-le à la fin, j’enrage et je m’use moi!
    _Ecoutes moi bien petite paire, je recherche la p’tite paire de bottine noire et argent, tu te souviens peut-être d’elle, toi qui vit si près du stock?
    _ Ben oui, je vois bien de qui tu causes là, mais…j’ai pas le droit de parler de ça.
    _Quoi! pourquoi donc, on est ami tous les quatre non?
    _Pfuitt que tu dis, que tu dis. Si je te parle d’elle et que Sieur Jean l’apprend, mon cuir va cuire pour sûre!
    _ Oh! vue comme ça, je te comprends, bon tu me laisses fillette, j’ai du turbin à faire et un rat à voir, files donc rue du cuire tendu et laisses les grands prendre les coups tordus en flag.

    _Oh éh! ça va hein, je vais te dire ce que j’ai entendu il y a de ça quatre mois…Bottine se faisait remonter les bretelles par Sieur Jean, il ne comprenait pas pourquoi elle ne battait pas le pavé chaussée par de jolie jambes dorées.

    Bottine lui expliqua qu’elle avait essayé de tenter deux belles paires de jambes mais, que l’un d’elle avait bondit pour des mocassins de velours gris et que l’autre, avait vite fait de même, craquant pour d’autres mocassins de velours bleu.

    Qu’elle en pouvait rien si, lui, avait décider de mettre en vitrine ces deux paires là!!! Et depuis lors, plus personne ne voulut l’essayer, trop chaud pour des bottines entendait’elle dire. Sieur Jean est entrer dans une fureur sans nom, il a battu bottine si fort que deux lacets se sont cassés.
    Puis, il l’a emmener au sous-sol et là… tu sais bien ce qu’il arrive à ceux et celles qui vont faire un tour là-bas hein!
    _ Ben non répondit mocassin tout ouïe, racontes -moi…
    _Ecoutes, pas ici, on se donne rendez-vous demain rue de l’air qui passe, tu es d’accord? Pas un mot à qui que ce soit!!
    _ Oui, rue de l’air qui passe, mais, c’est la rue qui mène à…
    _ Chutt ne dis rien Mocassin, je rentre, tu bats encore longtemps?
    _Non, juste un quart d’heure et je rentre le jour va bientôt se lever…Mocassin continua encore un peu à battre de la semelle jouissant du presque petit jour puis soudain, elle se figea.
    Deux grosses mains se saisirent d’elle et avec un rictus à faire froid dans le dos…elle entendit: » Bof! C’est pour des filles! Bon les escarpins c’est finis, tu feras l’affaire de Jeannette, elle sera ravie et vous deux ferez un bon travail.
    Le rire gras du tordu accompagna ses pas et Mocassin se maudit de n’être pas rentrer avec Sandalette.
    Un soir, alors que sandalette battait le trottoir, elle avisa un petit tas tout miteux, gras et passablement usé.
    _Ola, que voila une belle cochonnerie, qui donc voudrais de ça?
    _ Sandalette, c’est toi?
    _Qui, qui es tu?

    _ C’est moi, Mocassin tu te souviens pas?
    Mocassin! ola la, tu as trop battu de ta semelle t’es toute usée et vieille, qu’as tu fais de ta vie?
    _ C’est une bien longue et triste histoire ma petite Sandalette et si tu as un peu de temps, je te raconterais mon histoire.
    Ainsi, par amour pour une paire de bottine noire et argent, Mocassin perdu son prestige par une nuit de printemps. La jeune Sandalette toute goguette frémit de peur en son jeune coeur, si, si elle avait trottiné e plus avant…elle aussi, elle serait toute usée et bonne à jetée. Elle promit de bien écouter et fut vendue un soir d’été.
    Une petite fille joua longtemps avec ses sandalettes aux pieds légers, le sable, les cailloux, le macadam rien ne l’arrêtait. Ensemble, elles étaient si forte, Sandalette crut que cela durerai la vie entière, mais, les pieds de la fillette grandirent et sandalette connue de nouveau pieds l’été d’après.
    Sandalette avait bien reçu de Mocassin le conseil de bien rester sage sur son présentoir, ce qu’elle fit et jamais, elle ne battit le pavé pour rien.
    y-l.

  8. Odile Zeller dit :

    Des mocassins chics, des todd’s, de la marque mais justement ils s’exhibaient depuis des mois. Un ennui, dans cette rue les marques on les achetait en soldes, pas au prix fort, pour investir dans des valeurs …quand ils sortaient jouer des claquettes, il fallait qu’ils fassent attention : pas se salir, pas s’user, pas s’égratigner… ils évitaient les flaques, les cailloux … et un jour ils avaient rencontré une paire de chaussures de tango, des vraies, des belles, un peu usées … un coup de foudre, un vrai le mocassin de gauche dans là tango de droite et les deux autres restèrent paralysés face à face … une petite musique sifflée par un passant les mît en valse. Les deux autres dansèrent le charleston, le fox trott. Le passant se frotta les yeux et se crut plus alcoolisé qu’il ne l’était. Ce fut une nuit de folie. Le lendemain les soldes débutaient et le passant de la veille entra et acheta la paire qui ne put plus sortir la nuit., ravagée de chagrin d’amour. Le passant détestait le tango … mais dans cette rue, un noctambule pourrait … heurter une danseuse de tango … cet espoir animait les journées des mocassins …

  9. Cetonie dit :

    Chaque nuit, rue de La Pompe, une paire de mocassins s’échappait du présentoir sur lequel elle s’exposait le jour, pour se dégourdir les semelles. Personne, jusque-là, ne l’avait surprise. Mais un soir, deux petites sandalettes lui emboîtèrent le pas…
    Personne ne s’en aperçut, d’autant plus qu’ils avaient regagné leurs présentoirs avant le lever du soleil, mais, toute la journée, les sandalettes bavardes avaient fait part de leurs découvertes à leurs voisines, et, la nuit suivante enfin désertée des derniers noctambules, ce fut une joyeuse débandade dans ce quartier habituellement si calme.
    Bien disciplinées au départ, en ligne deux par deux, les plus fantaisistes ne tardèrent pas à semer la pagaille, s’éparpillant pour aller contaminer de plus en plus de commerces.
    Et, passant devant l’une des rares cordonneries encore en activité, elles débauchèrent quelques éclopées, dont certaines célibataires qui entreprirent de séduire les plus beaux souliers… N’étant guère habitués à être ainsi courtisés, ils n’hésitèrent pas longtemps à quitter leur partenaire officielle.
    Ce fut alors un beau désordre : des lacets trainant et s’emmêlant lascivement, une basket embrassant une ballerine, un talon aiguille perforant une pantoufle qui s’étouffa en un « aïe ! » désespéré, l’escarpin s’indignant de la familiarité de l’espadrille, le mocassin essayant de dominer la situation – il avait bien conscience d’être le plus ancien de la tribu et cela lui conférait certains devoirs.
    Dans tout Paris, maintenant, les chaussures des particuliers, à leur tour, rejoignirent la manifestation, souvent individuellement si leur propriétaire avait omis de les ranger, et donc avides à leur tour de former de nouveaux couples improbables (Aventures que la décence nous interdit de décrire).
    Les riverains dérangés par le tumulte appelaient la police, qui n’y comprenait rien : elle ne voyait personne dans la rue !
    Ils décidèrent donc d’aller voir par eux-mêmes, mais, n’ayant plus rien pour se chausser, ils se retrouvèrent nu-pieds dans les rues.
    Surpris par cette sensation inconnue de sentir le sol sous leurs pieds, ils hésitèrent puis avancèrent, précautionneusement puis avec plus d’assurance, jouissant de ce plaisir nouveau et sans plus se soucier du tintamarre des chaussures en ébullition, ils conclurent qu’ils n’avaient finalement nul besoin de ces dernières. Ils leur jetèrent quelques seaux d’eau pour les calmer, les camions-poubelles les ramasseraient sans peine le lendemain.
    Et l’on ne vit plus jamais de chaussures dans Paris.

  10. Michel-Denis ROBERT dit :

    Chaque nuit, rue de la Pompe, une paire de mocassins s’échappait du présentoir sur lequel elle s’exposait le jour, pour se dégourdir les semelles. Personne, jusque-là ne l’avait surprise. Mais un soir, deux petites sandalettes lui emboîtèrent le pas.

    Ils passèrent devant la boutique du BAC qui venait de fermer. La vitrine avait été fracassée. Tous les marque-pages, règles à calcul, smartphones et autres objets d’horlogerie aux technologies avancées avaient été dérobés. Mocassin 1er et son bras droit l’ignorèrent fièrement. Ils connaissaient le mobile. Elles firent de même.

    Les deux petites , discrètes, dépassant leur timidité, utilisèrent par ricochets, les encoignures de porte pour suivre les indiens vers l’inconnu. Elles les avaient nommés ainsi à cause de leur peau de velours rappelant le daim et leur odeur de forêt. Ne cherchant qu’à satisfaire leur curiosité naturelle, elles espéraient qu’ils ne les emmèneraient pas si loin.

    Se sentant pistés, les deux athlètes s’arrêtèrent devant le rétro d’une voiture et jetèrent un regard chelou dans la glace. Surprises, les deux mignonnettes stoppèrent net. Chanceuses aussi ! le miroir engoncé ne détecta pas leur présence. Elles attendirent les réactions de leur objectif. Comme elles étaient menues, de nuit, leur filature passa inaperçue. Des pavés encore humides reflétaient la lumière des réverbères.

    Piétinant devant la salle de gym, le second ralenti le premier se pliant pour éprouver sa souplesse. « Viens, lui dit celui-ci, ce n’est pas le moment,la boutique est fermée. Les pompes, c’est pour demain.  » A regret, faisant quelques élongations, le nostalgique des plaques de chocolat le suivit entraînant la semelle.

    Pendant ce temps, les deux petites spartiates sautillaient de joie et prirent de l’assurance.  » Que cherchent-ils ? dit l’une, ils s’arrêtent devant toutes les vitrines ! – Je ne sais pas dit l’autre, en tout cas, c’est passionnant de suivre des noctambules !  »

    Trente mètres plus loin Moka Saint Le Premier (c’était son nom de réseau), s’arrêta devant un superbe lit marbré. Ebahi par tant de fleurs, il faillit tomber dans les pommes. « Viens ! lui dit Flèche Rapide, on a le temps d’y penser. Et puis regarde, les fleurs sont artificielles.  »
    La mort dans l’âme, Moka (son diminutif) se résolut à suivre son frère.

    – Demain, c’est la fin du tour de France, dit l’une des mignonnes.
    – Pourquoi tu me dis ça ! demanda la petite soeur.
    – J’ai un coup de pompe, répondit sandalette en clignant des oeillets, je voudrais voir l’arrivée.
    – Tu seras réveillée dit sa jumelle, si tu dors, je te réveillerai. Tu préfère une claque ou un patin(*)pour te réveiller ?
    – Une histoire du Chat Botté, c’est mieux.
    A l’angle du passage :
    – Alors les petites sandalettes, on bat le pavé, ce n’est pas prudent, si tard dans la nuit, dirent en coeur les jumeaux.
    – Comment avez-vous fait pour arriver derrière nous, on vous suivait, répondirent les deux fillettes à peine surprises.
    – Talonner la bonne chaussure, c’est notre rayon, dit le mocassin droit comme un i.

    (*) Claque : partie de la tige qui couvre l’avant pied.
    Patin : pièce de semelage.

  11. Grumpy dit :

    Mais non pas des mocassins, pas moi ! My God, jamais porté « ça » même en jeans et en week-end. Pas du tout mon style. Quand on habite rue de la Pompe (adresse chic chicos, the must in Paris) et que l’on est une belle femme, stilettos Louboutin de rigueur, même pour aller acheter sa baguette (bio bio, no gluten). 15 cm minimum mes talons, jamais porté autre chose depuis mes 17 ans, et pour ce qui est de marcher avec, croyez-moi j’ai du métier.

    Du métier ? Ah oui, et bien plus qu’il n’en faut pour évoluer sans broncher sur de telles échasses en toutes circonstances.

    Du métier, direz-vous, mais lequel ?

    Pas du tout celui que vous croyez. Je n’ai jamais été une arpenteuse de trottoirs, mais « en même temps » mon métier était disons, tout aussi physique.

    Mais encore ?

    Reine des défilés, et pas de carnavals, quoique parfois on m’attifait comme si…

    Ah mannequin ?

    YÈÈÈSSS, au Top. My name is Jerry. C’est moi si je puis dire qui ai tenu pendant many many seasons le haut des podiums.

    Belle femme en effet, épaisse chevelure blonde, yeux clairs, un corps, des seins et des jambes… surtout des jambes. Il était connaisseur le Mick Jagger qui avait épousé celle que l’on surnommait la belle Texane si souvent sollicitée par Hollywood. Le Tout Paris de la Mode se l’arrachait à prix d’or, elle était la plus chère, unique, inimitable, la star adulée des couturiers, Karl L, Yves SL, Thierry M, Claude M, Jean-Paul G se la disputaient.

    Elle pouvait porter les modèles les plus chics comme les plus dingues. Elle dégageait plus de lumière que celle dont l’aveuglaient tous les spots réunis et cela, ce n’était pas donné à importe laquelle. Parmi ses collègues de cabine c’était avec la Française Inès qu’elle s’entendait le mieux à cause de sa classe d’aristocrate toute en gentillesse et simplicité.
    Et puis, comme elle, Inès, la dope elle n’y touchait pas. Et la poudre ça circulait dans les cabines, plus poudre blanche que poudre de riz.

    Un petit rail + une cigarette + deux ou trois coupes de champagne, voilà le cocktail coup de fouet qui les rendait divines, irréelles, glacées, sublimes somnambules faisant la gueule : interdit de porter le regard vers les chaises dorées des VIP, interdit de sourire, le modèle devait attirer l’attention, pas la femme-cintre qui le portait. D’ailleurs c’était beaucoup plus photogénique.

    La gloire passée, elle revenait vivre quelques semaines à Paris où elle prenait son temps pour faire son shopping de Montaigneries et revoir quelques anciens de la profession.

    Insomniaque rue de la Pompe, elle attendait minuit pour sortir son toutou LOU-LOU-DOG. Depuis quelques nuits elle avait senti comme l’onde de quelqu’un qui la suivait. De petits claquements réguliers sur le trottoir, tap, tap, tap. Si nettement ce soir qu’un frisson glacé lui coula jusqu’au bas du dos qu’elle avait fort joli.

    Elle se crispa, prit son courage à deux pieds, recula en tirant sèchement sur la laisse, ses talons aiguilles se coincèrent dans la grille du marronnier que LOU-LOU-DOG était en train d’honorer. Prise au piège elle se retourna pour faire face à son suiveur.

    Elle partit d’un grand éclat de rire, et chaussa pour la première fois de sa vie une jolie petite paire de sandalettes qui firent désormais partie de son vestiaire.

  12. Antonio dit :

    Le duo aux pieds plats, mais souples, les remarqua de suite tellement elles étaient peu discrètes, à faire des claquettes sur la chaussée. Il s’arrêta pour les affronter ne voyant pas comment il pouvait tourner les talons. Le mocassin le plus fin fit le premier pas.
    — Dites donc les sœurs Rogers, faudrait penser à s’taire, on n’entend que vous !
    — Désolé, répondit la première sandale, rouge de confusion. On ne sait pas faire autrement.
    — C’est notre nature, enchérit la seconde, remontant la lanière de sa robe, plus que légère, qui lui tombait de l’épaule.
    — Astaire haha !! T’es con, John ! Haha !
    — Le problème avec toi, Dan, c’est que t’es jamais synchro avec la musique.
    — Vous êtes musiciens ? demanda la seconde sandale, laissant retomber sa bretelle, jusqu’à dévoiler sa chair de cuir.
    — On n’est pas que des musiciens, la reprit le mocassin gauche, pas peu fier, on est les Shoes Brothers.
    — Les Shoes Brothers ? s’étonna la sandale rouge, regardant sa compère. Jamais entendu parler.
    Le mocassin droit, autant agacé que vexé, leur lança un regard sombre revêtu de dédain.
    — Forcément, vous ne m’avez pas l’air de sortir beaucoup.
    — Non, c’est vrai, répondit la sandale, rouge de honte. À vrai dire, c’est la première fois que nous osons le faire.
    — Vous venez d’où ? demanda Dan à la sandale quasi dénudée, délaçant à son tour le nœud de sa cravate.
    — Un petit village de pêcheur, en Chine. Monsieur Tong nous a tanné pour venir à Paris, nous promettant la voie du succès. PomPompidou qu’il disait. Je m’appelle Maryline et ma sœur jumelle, Monroe.
    — Enchanté, dit Dan, rougissant à son tour, moi c’est Dan et mon associé, John.
    — Enchantée !
    — Enchantée aussi, dit Monroe. Et vous faites quoi, les Shoes Brothers ?
    — Du Rhythm and Shoes, intervint John, comme le chef du groupe qu’il était. On se produit tous les soirs sur Seine, dans une péniche en bas de la rue de la Pompe. Et quelque fois dans la rue Richelieu, le temple du Rock and Groll’.
    — Et l’Olympia ? demanda Maryline toute émerveillée, vous avez fait l’Olympia ?
    — Non, répondit sèchement John, contrarié. Ça ne nous intéresse pas, il n’y a que des pantouflards ou des écrase-merde. Nous, ce qui nous botte, c’est les petites salles avec une vraie ambiance, où le public t’enfile de plaisir parce que ta musique leur permet de donner un bon coup de pied au cul au système.
    — Wouah ! s’exclama Maryline dont les bretelles touchaient terre comme la languette de Dan par dessus sa cravate défaite.
    — Mais vous pourriez peut-être nous accompagner ce soir et faire les chœurs ? lança le mocassin charmé avec un regard interrogatif vers son leader.
    John scruta les deux sandales avec un air dubitatif. Il voyait bien ce que cherchait Dan avec ces godasses sans lacets. Ce n’était pas pour lui déplaire, non plus. Il n’y avait pas de mal à leur lécher la semelle. Tant qu’elles leur lâchaient les baskets après ! Le message de John était clair pour Dan qui se rapprocha de Maryline, lui relevant les bretelles avec délectation. John s’avança vers Monroe avec plus de délicatesse.
    — Vous pouvez me remontrer vos pas de danse ? J’en connais aussi quelques un de Fred Astaire.
    — Volontiers, répondit-elle avec un air coquin, lui effleurant l’intérieur de sa chemise. Si vous me montrez votre fourrure après.
    — Dans la rue, ça risque d’être coton, mais sur la péniche, ça marche !
    Ils dévalèrent la rue de la Pompe en dansant et enlacés. Ce soir, le concert allait être chaud… sûr !

  13. Blackrain dit :

    …La paire était plus bricoleuse que voleuse. Pourtant chaque soir depuis une semaine, elle empruntait un escalier dérobé.
    Les odeurs de colle et de cuir poli l’enivraient de leur impolitesse alcoolisée. Un néon fourbu et fort bourru diffusait une lumière sépia qui l’épiait de sa clignotante luminosité. C’était l’antre du cordonnier, un vieil homme vouté au visage de célibat. Il se tenait souvent debout à l’arrière de son sous-sol sombre devant son banc de finissage. Les fraises, les roues à poncer, les disques à lustrer ainsi que les brosses de finition paraissaient danser une valse caressante autour d’une chaussure à talon ou d’une botte montante sous ses mains rustres mais précises. Dans sa mélodie en sous-sol riche en instruments de réparation, le médecin des chaussures, escarpins et autres ballerines, s’évertuait à leur redonner vie lorsque le temps les avait patinés, les avait abîmés. Il fallait que son talent aiguille sa vieille machine à coudre Singer qui, ornées de rinceaux dorés, trônait un peu plus loin, l’air gai avec sa pédale en fer forgé.

    Ce soir le vieil homme jouait du Derby. Assis tel un jockey sur un tabouret fatigué, des clous plein la bouche, il était penché sur son bigorne, une enclume en col de cygne sur laquelle s’enchâssait l’élégante chaussure. Malgré quelques signes d’agacement, elle recevait des coups précis d’un petit marteau à tête de clou et à l’accent circonflexe.

    La paire de mocassins espérait voir ses parents réparés, se reposant à proximité des crèmes et des cirages, des bombes à daim et des imperméabilisants, des brosses à cirer ou à reluire, des chausse-pied en corne ou en métal, des lacets et des pompons.
    Les yeux grands ouverts, bouche bée, les sandalettes épiaient, dissimulées par des étagères contenant sellerie, bagagerie et maroquinerie qui erraient et riaient en souhaitant la venue de leur propriétaire. Au fond, toujours sur le même mur, des rayons de chaussures attendaient réparations de leurs fautes ou de prendre leur pied à se faire bichonner. Près d’elles, dans un bocal ouvert qui exhalait comme il exaltait ses visiteurs du soir, une colle de poix en noire de Suède attendait de séduire une couture avant de, finir par l’enlacer. Près d’elle, quelques poinçons à la courbure variée se tenaient en « alêne » prêts à percer le mystère d’une couture élégante. Tout à côté, une paire de Richelieu appréhendait. Malade, elle attendait sa piqûre avant de se faire amincir la semelle au tranchet et de se faire tirer le cuir en bout avant qu’un Mozart en forme de demi-lune n’en tranche les excédents.
    Riche, le lieu ne l’était guère mais il portait l’espoir d’une seconde vie pour toutes ces chaussures que l’Homme faisait marcher en villes promesses et en campagnes d’affichage de leur statut social.

    Mocassins et sandalettes s’en retournèrent sur le présentoir, une galoche au bout des lèvres pour les uns, un patin pour les autres, quelque peu rassurés sur leur avenir.

  14. Nadine de Bernardy dit :

    Chaque nuit,rue de la Pompe, une paire de mocassins s’échappait du présentoir sur lequel elle s’exposait le jour, pour se dégourdir les semelles.Personne,jusque là, ne l’avait surprise mais un soir,deux petites sandalettes leur emboîtèrent le pas.
    Elles étaient posées sur le rebord de la fenêtre de Manon et voyaient ces mocassins de galuchat peau de pêche qui les intriguaient en passant régulièrement en bas.
    Ce soir là, elles décidèrent de satisfaire leur curiosité,sautant sur le trottoir derrière les promeneurs.Elles n’eurent pas très loin à aller.Première rue à droite,deuxième à gauche.On commençait à entendre de la musique et croiser des paires de tatanes et de grolles se dirigeant dans la même direction
    Les mocassins entrèrent par une grande porte dans un hall bondé de chaussures de toutes sortes,par paire,bien assorties,sur leur 31 fillette.
    Des airs variés venaient de différentes salles donnant sur le hall.Les sandalettes perdirent vite de vue leurs guides,n’ayant pas assez d’oeillets pour admirer le spectacle.
    Des tongs,des sabots,des ballerines et même des pantoufles les bousculaient joyeusement pour aller plus loin.
    Elles se dirigèrent vers la première salle.
    Sur une musique renaissance, poulaines et cothurnes dansaient gravement la pavane et le menuet.
    Un peu trop sérieux pour elles.
    La deuxième salle où valsaient des escarpins somptueux au son des violons leur parût compassée. Un peu trop majestueux pour elles.
    Encore plus loin un air entraînant les appellait.Ca tapait du pied,ça sautait et changeait avec entrain de cavalière.Les godillots d’adonnaient à la bourrée avec ardeur.Les petites s’y essayèrent mais furent vite chahutées.
    Un peu trop populeux pour elles.
    Elles se faufilèrent dans le hall pour se refaire une beauté au Baranne, puis se dirigèrent vers une salle d’où provenait une musique rythmée et douce à la fois.Des espadrilles dansaient la Sardane,des pas complexes et rapides qu’elles admirèrent sans s’y essayer.
    Un peu trop méticuleux pour elles.
    Une autre salle encore,un air d’accordéon,de percussions,des bottes et des bottines swinguaient à grands coups de talons accompagnés de vibrants YAAHEE!!!!
    Emerveillées ,battant déjà le rythme, les sandalettes se jetèrent à semelles perdues dans la danse country.
    Oubliée Manon,oubliés les mocassins,elles vibraient à l’heure Cajun.
    Tout à fait merveilleux pour elles.

  15. durand dit :

    Chaque nuit, rue de la Pompe, une paire de mocassins s’échappait du présentoir sur lequel elle s’exposait le jour, pour se dégourdir les semelles. Personne, jusque-là, ne l’avait surprise.

    Mais un soir, deux petites sandalettes lui emboîtèrent le pas. C’était le jour de leur anniversaire. Elles n’en pouvait plus d’avoir deux fois deux ans et demi…soit cinq ans!

    La paire de mocassins aimait ses tranquillités nocturnes. Elle tenta un petit mot cassant pour décourager la petite mais celle-ci se souciait peu des bonnes lanières.

    Dans sa naïveté, elle croyait ces mocassins-là chaussures d’authentique indien, qu’elle allait enfin pouvoir sortir du goudron des villes, sauter de rocher en rocher, jusqu’à la Grande Cascade, là où l’eau du ciel creuse une piscine.

    Elle s’accrocha donc aux talons des mocassins. Ils avaient l’air de connaître par cœur la route. C’était gris, morne, plat…avec juste des yeux orange qui clignotaient de temps en temps.Certainement des hiboux des villes, chassant le rat.

    Les mocassins marchaient trop vite et elle, fatiguée, n’avait même pas de languette à tirer.

    Ils traversèrent une partie du nord de Paris jusqu’à ce qu’enfin ça grimpe. Les rochers étaient plats. Elle apprit que des rochers plats pour monter se nommaient marches.

    En haut,les mocassins ouvrirent enfin la babouche: »
    Tiens…c’est pour toi….ton gâteau d’anniversaire…le Sacré Cœur touristique de Paris! »

    Les sandalettes faisaient la moue. La montagne qu’on lui proposait ne correspondait pas du tout à ce qu’elle avait espéré. C’était moche et ça dégoulinait de partout. Plus tard, elle découvrit qu’un certain Mr Thiers s’était payé ce gâteau pour l’anniversaire de la Commune. Et que c’était normal qu’il soit raté, un gâteau fait par un boucher.

    Les mocassins furent émus par les larmes de la petite qui lui mouillaient le nu des pieds.

    « Moi et mes gros sabots »…

    Il prit la petite par le cordon. Mais juste pour le chemin du retour, il se méfiait de trop d’attaches.

    Allongée, épuisée, elle s’endormit au milieu des milliers d’escarpins. Le grand savetier commercial, celui de la marche du monde veillerait sur son avenir.

    Dans un coin de son rêve….elle entrevoyait, parfois une petite fille qui l’achèterait….qui l’emmènerait revoir pour la première fois… chaque été… la mer, la haute, la basse, la grise, la bleu, la furieuse et la calme.

    Là où le sable des châteaux s’envolait jusqu’en Espagne.

  16. Laurence Noyer dit :

    J’ai promené mes pieds à travers la planète
    Baladé mes semelles tout au long de l’été
    Je leur ai même payé un stage à bicyclette
    Comme ça pour la grimpette, ils sont accoutumés
    J’ai ainsi constaté en faisant ma toilette
    Qu’à travers la serviette, ils semblaient s’agiter
    Parés à s’animer comme des marionnettes
    Mes pieds, des sandalettes voulaient s’émanciper.
    Le soir à la guinguette pour les mener danser
    Il m’a fallu chausser une paire de basket.
    Après cette amusette, afin de m’délasser
    J’ai jeté mes lacets et viré mes chaussettes
    Voyant qu’j’étais pompette ils en ont profité
    Pour prendre à mon insu, la poudre d’escampette.
    Sautant par la fenêtre, ils sont allés prouver
    Aux faiseurs de clichés, qu’un pied, c’est pas si bête.

  17. Laurence Noyer dit :

    Elles avaient envie de se délacer
    et de se soulier.

    Elles allèrent dans une boite
    avec pleins de bottes à elles
    s’éclater sur de la disco-rdance.
    Et ce fut un sandale!
    Ils se marchaient sur les pieds,
    se bousculaient au botillon,
    certains même se mirent des galoches,
    jusqu’à ce qu’on les boot hors de la boite.

    Et vous trouvez sabot ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Répondez à ce calcul pour prouver que vous n'êtes pas un robot * Temps limite dépassé