Exercice inédit d’écriture créative 103

Chaque soir, avant de s’enfoncer dans un profond sommeil,
elle envoyait une lettre à son subconscient.

Jamais il ne lui répondait.
Mais un matin, ouvrant son courrier, elle…

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13 Responses

  1. Clémence dit :

    Chaque soir, avant de s’enfoncer dans un profond sommeil, elle envoyait une lettre à son subconscient. Jamais il ne lui répondait. Mais un matin, ouvrant son courrier, elle…

    Depuis son adolescence, chaque soir, un même rituel s’invitait.
    A peine allongée, elle appuyait sur la touche « on » et sa journée faisait un bis. Banal.
    En finale, le verdict : passable, moyen, bien. De temps à autre, une standing ovation. Le doute et la remise en question étaient rarement au pouvoir !
    Après ce tête-à-tête avec son égo, elle prenait une plume (d’oie de préférence), un joli papier glacé blanc et elle écrivait.
    Les faits du jour, son ressenti, ses justifications mais aussi ses envies et ses besoins.
    Elle pliait la feuille en quatre, le texte à l’intérieur. Elle glissait sa correspondance dans une enveloppe blanche afin de ne pas influencer son subconscient. Puis elle l’expédiait d’une chiquenaude.

    Quand elle avait commencé cet exercice d’introspection, elle n’attendait rien en retour car ses certitudes étaient si… certaines ! 

    Les décennies se succédaient, marquées par de grands événements : mai 68, la mondialisation… les conflits au Moyen Orient. Les informations foisonnaient et s’accumulaient. Les médias n’avaient de cesse de tarauder les consciences. La météo s’en mêlait à son tour.
    De plus en plus de questions restaient sans réponse.
    Elle apprit à adopter d’autres points de vue, à croiser les regards. Sans pouvoir changer le monde pour autant.

    Ces trois dernières années, elle se surprenait à sourire devant son miroir. Plus les rides s’invitaient sur son visage, plus les incertitudes s’ancraient dans son esprit.

    Ce soir, alors qu’elle terminait sa correspondance à son subconscient, toujours aussi discret et silencieux, elle se permit d’y ajouter un post-scriptum :
    «  S’il te plaît, rassure-moi, dis-moi si ma vision de la vie est correcte, dis-moi ce que je dois faire… »

    Sa nuit ne fut guère tranquille : elle ne cessait de se tourmenter.
    – N’ai-je pas été trop exigeante, trop audacieuse ?
    – Recevrais-je une réponse ? Et dans quel sens ?
    – Et s’il m’ouvrait encore d’autres pistes, me proposait d’autres directions?
    – Supporterais-je le stress de l’inconnu et de nouveaux choix?
    – Et ….s’il me faisait une réponse de Jésuite ?

    Elle s »endormit alors que le coq commençait à chanter. Le campanile tinta neuf coups…

    Elle se leva. Elle prit son petit déjeuner en regardant les lavandes et les ipomées. La journée s’annonçait belle. Elle vit la camionnette jaune du facteur s’arrêter quelques instants. Il y aurait du courrier.

    Elle se leva, pris le chemin de caillasse , bordé de roses, de salvias et de gauras. Les lavandes russes et les roses trémières étaient majestueuses. Elle ouvrit la petite porte verte. Elle découvrit une enveloppe blanche.

    Les doigts tremblants, elle la décacheta et découvrit une carte blanche.

    Les papillons dansaient, les cigales chantaient, l’air embaumait la Provence.Elle souriait…

  2. Halima BELGHITI dit :

    Chaque soir, avant de s’enfoncer dans un profond sommeil, elle envoyait une lettre à son subconscient.
    Jamais il ne lui répondait. Mais un matin, ouvrant son courrier, elle trouva une réponse de son subconscient. Elle ouvrit la lettre fébrilement.

    Mon cher conscient, cher confrère,

    Je répond enfin par une lettre à tes nombreux courriers. Depuis deux mois à présent, tu me bombardes de lettres avant de t’endormir. Je tiens à te dire, pour commencer, que j’ai bien reçues toutes tes affirmations positives. Je les ai soigneusement triées, classées et rangées dans ma base de données universelle. Chaque nuit, je réponds scrupuleusement à chacune d’entre elles en t’envoyant le rêve correspondant. Pour ne t’en citer que quelques uns, ceux qui m’ont parus les plus importants, j’évoquerais ton besoin de liberté, pour lequel j’ai envoyé le symbole du cheval sauvage galopant à bride abattue. Pour te libérer de tes peurs, j’ai envoyé une clé symbolisant ta propre capacité à faire face à toutes sortes de situations menaçantes. Concernant ton affirmation sur ta situation amoureuse, je t’ai envoyé l’image d’une terre accueillante et fertile qui te portes et te soutiens. Hélas, tu ne te souviens jamais des tes rêves au réveil. J’ai commencé par observer la situation. Tu te comportais toujours comme si tu étais à la recherche de réponses à tes questions. Je te voyais agité, nerveux, voire paniqué. J’ai réitéré mes rêves une deuxième fois. Mais là encore, tu n’en a gardé aucun souvenir.

    Je me suis alors décidé à t’écrire. J’étais sûr que tu lirais cette lettre. Je voudrais que tu essaies de te souvenir de tes rêves. Je ne sais pas comment, peut-être faut-il organiser un besoin urgent de te rendre aux toilettes en plein milieu d’un rêve. Ainsi, peut-être, pourrais-tu t’en rappeler. Tu pourrais alors noter sur un petit calepin ce dont tu te souviens. Et tu verrais que toutes tes questions sont répondues. A toi ensuite d’interpréter et de donner un sens aux symboles des rêves. Ça peut être une bonne idée. A explorer.

    Mais je ne peux pas t’écrire personnellement à chaque fois pour te rassurer et répondre à tes interrogations. D’abord, je n’ai pas le temps et puis ce n’est mon rôle. Le rêve est mon domaine et de mon domaine je suis le roi. Ailleurs je ne suis pas sur mon territoire.

    Je vais m’organiser avec les centres d’élimination de ton organisme de façon à programmer une visite nocturne obligatoire aux toilettes. Une fois debout pour satisfaire ton besoin pressant, tu te chargeras de la suite. C’est en travaillant en cheville que nous triompherons. Je t’entends parfaitement bien lorsque tu te livres à des inductions hypnotiques. A toi de m’entendre lorsque j’y réponds.

    Voila. C’est le seul courrier que tu recevras de ma part. Je l’ai fais en désespoir de cause, parce que j’ai eu pitié de toi. A présent tout est clair entre nous. Tu sais ce qu’il te reste à faire.

    Bien confraternellement,

    Ton subconscient

    Elle plia la lettre et la rangea dans son enveloppe d’origine. Elle se sentit étrangement légère et joyeuse. Ainsi son conscient et son subsconscient communiquent entre eux et oeuvrent ensemble à son bonheur. Elle sourit.

    © Halima BELGHITI

  3. Gwenaëlle dit :

    Chaque soir, avant de s’enfoncer dans un profond sommeil, elle envoyait une lettre à son subconscient.
    Jamais il ne lui répondait. Mais un matin, ouvrant son courrier, elle sût
    qu’elle avait la réponse. Elle lui posait toujours les mêmes questions, à lui et à ces millions de petites cellules qui l’habitaient. Il savait lui, il fallait bien qu’il lui réponde. Alors le soir, elle lui transmettait son message nocturne : Quel était ce blocage ? D’où venait ce sentiment de culpabilité constant ? Que lui était-il arrivé ? En toute conscience, elle n’en avait aucun souvenir. Et ce matin, à 3h, il l’a réveillée en sursaut, la laissant hébétée et le souffle court. Elle savait. Il lui avait répondu, il lui avait ramené son histoire, et tous ses souvenirs étaient remontés à sa mémoire. Et ce sentiment de honte qu’elle connaissait bien, prenait tout son sens, toute son ampleur, prenait vie, là, à la lumière des sensations d’une enfant de 6 ans. Ce geste, qu’elle avait enfoui au plus profond d’elle même, cette peur qui ne l’avait pourtant pas quittée cette année là, elle les avait oubliés. Mais qu’étaient-ils ? L’ennui d’une petite fille, une journée de pluie en Bretagne, pendant les vacances. Pas de plage, les parents qui décident de faire quelques travaux dans la maison, des courses pour le bricolage et pas question de la laisser seule. Elle suit. Magasins de déco,  quincaillerie, droguerie, aucun intérêt. Elle fait tourner les présentoirs mobiles, elle aime plisser les yeux et voir défiler les couleurs. Soudain, elle voit ! Des rangées de petits pots aux couvercles multicolores. Des miniatures de poupées. Elle ne sait pas ce que c’est, mais celui au couvercle rose lui plaît énormément. Elle le prend, il est tout petit. Elle le regarde, elle le tourne, le retourne et, ni une, ni deux, le fourre dans sa poche. Son cœur bat fort, elle regarde autour d’elle.. Personne. Elle entend la voix de papa derrière le rayon, elle le rejoint.  Ils ont fini, ils vont payer.. Ouf, on sort. Elle avance, les mains dans les poches, heureuse de sentir son minuscule pot entre ses doigts. Rentrée à la maison, elle file dans sa chambre cacher son trésor. Et la nuit, c’est là que tout a commencé. Au creux de son lit, elle décide d’ouvrir ce petit pot pour savoir ce qu’il contient. Un, deux.. trois.  Splash ! Une coulée rose s’étale sur le drap blanc. De la peinture.. Catastrophe !  Qu’a t-elle fait ? Que va t-il se passer, que va-t-elle dire quand ils vont s’apercevoir de ce drap maculé ? Elle a volé ! Elle ! Et son geste lui apparait comme le pire des crimes ! Elle qui fait sa prière tous les soirs, elle à qui on inculque les bonnes manières, elle qui a un papa si sévère. Elle a volé ! Que va-t-il lui arriver ? Quelle honte ! Une peur dévastatrice lui mange le ventre, une boule se loge à demeure entre son plexus et son estomac.  Et ? Et il ne s’est rien passé ! Jamais ! Elle n’a jamais eu à s’expliquer, on ne lui a jamais rien demandé. Sa peur s’est calmée, mais ce sentiment désastreux s’est tapi au fond d’elle même, gardant l’ampleur qu’il avait pour une enfant de 6 ans. Et aujourd’hui son subconscient lui livrait la clé du mystère. L’horrible sentiment de honte et de culpabilité était de nouveau là, grand, fort, puissant. Elle le regarda du haut de ses 34 ans et se leva voir sa fille qui dormait paisiblement dans la chambre d’à côté. Sa toute petite fille ! C’est là qu’elle décida de pardonner l’enfant qui vivait en elle et qui avait déjà été tellement puni pour sa faute. Un grand rire libérateur la transporta, la laisant là, pantelante et étourdie au pied du lit, guérie !

    @ Gwenaëlle Joly

  4. Françoise -Gare du Nord dit :

    Chaque soir, avant de s’enfoncer dans un profond sommeil, elle envoyait une
    lettre à son subconscient.
    Jamais il ne lui répondait. Mais un matin, ouvrant son courrier, elle découvrit la lettre F signée « Ton inconscient »
    Elle se trouva plongée dans la perplexité. Que signifiait ce F ? Que cherchait-il à lui faire comprendre? Lui qu’elle appelait pourtant chaque nuit à se manifester dans ses rêves ? En vain. Ses nuits étaient vierges de tout songe.
    Etait-elle folle ? Non ! Fofolle, foldingue, fêlée, fada peut-être mais certainement pas folle.
    Ou pire encore frigide ? Cette idée la fit sourire. Elle, que les hommes jugeaient facile, fougueuse, fabuleuse et même foudroyante.
    L’accusait-il d’être adepte de la stratégie de fuite et des faux-fuyants? Alors qu’elle n’était en fait que fabulatrice, factice, et franchement fausse.
    Insinuait-il qu’elle était trop fusionnelle avec sa mère ? Ou encline au fétichisme ?
    L’incitait-il au contraire à vivre ses fantasmes ou à suivre la thérapie du Dr Freud
    Elle en était là de ses interrogations lorsque le lendemain elle reçut dans son courrier la missive suivante, tout aussi énigmatique : «…ais pas ch… ».
    Intriguée, elle passa la journée à chercher ce que pouvait signifier ch…

  5. Smoreau dit :

    Chaque soir, avant de s’enfoncer dans un profond sommeil, elle envoyait une lettre à son subconscient.
    Jamais il ne lui répondait. Mais un matin, ouvrant son courrier, elle fut surprise d’y trouver une lettre trouble. Pas obscure mais pas transparente non plus. Les idées et propos n’étaient pas indéchiffrables mais pas facilement accessibles. Les mots résonnaient, elle sentait bien qu' »on » parlait d’elle sans toutefois s’y reconnaître complètement. Un peu comme au sortir d’un rêve. Des pans visibles et d’autres totalement hermétiques. Par exemple, cette phrase : « Je te connais sans te connaitre. Je te perçois mais ne te vois pas. je te remercie de tes courriers quotidiens mais tu es à la surface des choses. Tu n’as rien compris à la vie, à ta vie. Tu es toute autre et en même temps celle-la. Continue, arrête toi ! Ce que tu fais est toi sans être toit… » Ouh la la ! Que voulait lui dire son subconscient ? J’ai tant le désir de dialoguer avec lui. Mais je n’ai pas le dictionnaire. Une porte s’est ouverte entre nous. Préfère-il les analogies ? Quand il me parle en rêve, il m’envoie des images. Pas toujours facile à décoder d’ailleurs. Que me dit-il avec des cauchemars ? C’est un autre monde, une autre langue. La lettre continuait avec des phrases alambiquées. « Franchis le seuil, petite ! Monte sans descendre ! Ne sois pas embarrassée, débarrasse toi. Les pleins sont des déliés, les courbes des lignes droites. »
    Je vais en parler à mon psy !

  6. ChristineBP dit :

    Chaque soir, avant de s’enfoncer dans un profond sommeil, elle envoyait une lettre à son subconscient.
    Jamais il ne lui répondait.
    Mais un matin, ouvrant son courrier, elle découvrit une enveloppe dont les couleurs voguaient comme des nuages. Du rose et du bleu azur se mélangeaient dans une valse silencieuse et infinie. Des moutons blancs tournaient autour de son nom et de son adresse, recouvrant parfois les mots, dansant dans les courbes des lettres manuscrites. L’écriture était fine, taillée à la plume d’oie, parfois hachée par le relief du papier. Celui-ci était ancien, d’un autre siècle. Même s’il était difficile de l’identifier sous les taches mouvantes, on voyait qu’il avait voyagé depuis un autre temps; rouillé, auréolé, jauni par endroit, le chemin avait été long.

    Elle se rendit compte qu’il n’y avait pas de timbre. A la place, du orange et du vert se diluaient, tournoyaient comme des peintures à la surface de l’eau.
    Le spectacle de l’enveloppe était magnifique. C’était un ciel d’été au coucher du soleil, juste après l’orage. Les couleurs touchaient son cœur qui battait plus vite. Autour d’elle, tout s’illuminait. Ses mains, puis ses bras prirent les teintes de l’enveloppe. Celles-ci grimpaient, s’étalaient, glissaient sur sa peau et remontaient jusqu’à ses épaules, son cou…puis couraient sur sa poitrine comme des vagues léchant les rochers. En quelques instants son corps fut couvert de milles chatoiements, de milles scintillements colorés et dansants. Un vent léger tournoyait dans ses cheveux.
    Elle sourit plus encore, et sa bouche légèrement ouverte laissa apparaitre des nuances chromatiques inouïes.

    Son esprit était comblé. Il lui avait écrit et lui peignait les couleurs de sa vie avec sa plus belle palette. Le tableau était parfait.

  7. Antonio dit :

    Mais un matin, ouvrant son courrier, elle tomba sur une carte postale qui provenait du fin fond de sa mémoire, dans les îles vierges de son adolescence, une zone à peine explorée par les hommes et où son subconscient crapahutait dans un trail improvisé, en solitaire.
    Ce n’était pas vraiment une carte postale, mais une photo qu’il avait prise, timbrée et derrière laquelle il avait écrit ces mots :

    « Nul endroit au monde ne recèle une telle beauté, de tels trésors, chaque pas aussi difficile soit-il à travers ces chemins escarpés, ouvre sur un ciel de vérité. C’est un voyage fabuleux, un retour aux sources, à la nature… sauvage et pure. Je rentre bientôt. »

  8. Sylvie dit :

    Chaque soir, avant de s’enfoncer dans un profond sommeil, elle envoyait une lettre à son subconscient. Jamais il ne lui répondait. Mais un matin, ouvrant son courrier, elle trouva, au milieu d’une montagne de publicités toutes plus agressives les unes que les autres, une petite enveloppe bleu marine parsemée d’étoiles. Attirée par ce courrier inhabituel, elle jeta toutes les pubs et fit place nette sur sa table de cuisine pour ouvrir minutieusement la petite enveloppe bleue. Malgré son grand âge et tous les ennuis qu’elle avait eues dans sa vie, Betty avait gardé une âme d’enfant. Sa naïveté lui avait parfois joué de mauvais tours, mais elle lui avait apporté aussi les plus beaux moments de sa vie. Betty avait toujours écouté son cœur et elle n’allait pas changer maintenant, au crépuscule de sa vie. Aujourd’hui, Betty était seule et n’avait pour confident qu’un vieux cahier d’écolier, qu’elle appelait son subconscient et à qui elle confiait, chaque soir, ses souvenirs, ses joies, ses peines ou ses vilaines pensées. La petite enveloppe bleue, là, sur la table de la cuisine, l’intriguait. Elle s’installa confortablement dans son fauteuil, chaussa ses lunettes et ouvrit l’enveloppe. Elle en sortit comme un carton d’invitation où était dessinée une fenêtre ouverte sur un ciel étoilé. Sous la fenêtre, ces mots : « Atelier d’écriture ouvert à tous, déjà écrivants ou débutants, pour partager des mots, des idées ou des souvenirs. Première séance lundi à 23 h au Carrefour du Clair de Lune, Place des Cimes, Saint-Azur-sur-Etoile. Equipements indispensables à apporter par les participants : stylo, cahier, bougies, couvertures chaudes. »
    Betty ne réfléchit pas longtemps et décida se rendre à cet atelier d’écriture. Elle ne savait pas ce que c’était, un atelier d’écriture, mais ce n’était pas la première fois qu’elle irait quelque part sans vraiment savoir où elle mettait les pieds. En tout cas, ce serait une occasion de sortir de chez elle, il s’agissait d’écrire et l’écriture était l’activité favorite de Betty.
    Lundi, 23 h, Carrefour du Clair de Lune, à Saint-Azur-sur-Etoile. Betty arriva avec tout son équipement. Quelques personnes étaient déjà là et d’autres arrivèrent peu après. Tout le monde se salua. Une petite dame aux longs cheveux blonds les accueillit et les invita à s’asseoir en cercle, par terre, sur des coussins, en cercle. La petite dame blonde était l’animatrice de l’atelier, elle s’installa au centre du cercle où se trouvaient aussi quelques bougies. Et peu à peu, elle entraîna les participants dans un voyage au cœur de l’écriture, des mots, des images et des idées. Chaque lundi, c’était ainsi. Elle donnait une piste et chacun déversait sur le papier ce qui lui passait par la tête, souvenir ou fiction, rimes ou prose, triste ou drôle. Après avoir fait parlé leur imagination sur le papier, les participants lisaient et partageaient ce qui avait coulé de leur plume. Il y avait de tous les genres, selon l’humeur des auteurs : du romantique et du réalisme, de l’eau de rose et du roman noir, de la science fiction et de la fiction tout court, du vécu et de l’imaginaire, de l’humour et du drame, de l’insolite et de l’attendu, du construit et de l’improvisé. Betty était aux anges et ne ratait jamais ce rendez-vous du lundi soir. Blottie dans ses couvertures de laine, elle écrivait à la lumière de sa bougie et celles de tous les autres. Cette lumière unie lui renvoyait l’ombre d’elle-même et de ses écrits, l’éclairait, la réchauffait. A son tour, la lumière de Betty éclairait et réchauffait les autres. Elle partageait et faisait partager. De longs mois passèrent ainsi, au rythme des lundis soirs au Carrefour du Clair de Lune. Un jour, Betty réalisa qu’elle avait cessé d’écrire à son subconscient dès le premier lundi soir.

  9. Fred Nache dit :

    UN AVENIR EN OR

    Chaque soir, avant de s’enfoncer dans un profond sommeil, elle envoyait une
    lettre à son subconscient.
    Jamais il ne lui répondait. Mais un matin, ouvrant son courrier, elle reçut la lettre suivante :

    Madame :

    Vous avez toujours souhaité présider une association utile et bénéfique à l’humanité. Vous êtes de toutes les femmes la mieux placée pour la créer.
    Elle s’appellera l’association des Amis du Sommeil Profond Sans Frontières et regroupera au travers du globe tous ceux qui veulent s’assoupir profondément.
    Elle sera internationale et son but sera d’avoir sur chaque fuseau horaire un dormeur profond en activité. Elle regroupera des hommes et femmes de toute nationalité, race, couleur.
    Ainsi une chaîne ininterrompue de bien-être se propagera au travers le monde et permettra de répandre des ondes de paix car il est reconnu que le sommeil favorise la décontraction et la tolérance.
    Vous en ferez la publicité et demanderez une modique somme pour devenir membre de votre association et recevoir tous les mois un opuscule sur les bienfaits du sommeil avec des conseils sur la mise en application de ses recommandations.
    Pour la modique somme de 10 euros par an, à verser par carte bancaire par chacun de nos membres en utilisant Paypal (qui est utilisable sur tous les continents), vous serez riche du titre de Présidente, à l’égal des grands qui nous gouvernent.
    Et moi, je saurai utiliser de façon efficace les bénéfices de l’association et donc vous épargnerai la perte de temps que représenterait toute supervision de leur utilisation.

    En attendant la réalisation de vos rêves, je reste votre fidèle serviteur et dévoué futur Trésorier.

  10. Durand Jean Marc dit :

    La Messagère

    Chaque soir, avant de s’enfoncer dans un profond sommeil, elle envoyait une lettre à son subconscient. Jamais il ne lui répondait.

    Mais un matin, ouvrant son courrier, elle fut surprise de découvrir une enveloppe hors norme, décorée à la main, de deux hirondelles aquarellées.

    L’écriture soignée lui paraissait familière. La mise en page semblait étudiée, comme si l’auteur s’était appliqué pour la rédaction d’un message essentiel.

    Cher Toi!

    Depuis toujours, tu tentes de comprendre. En t’endormant, tu espères ouvrir un portail, déchiffrer les méandres de ton quotidien. Pourquoi donc risquer de t’y épuiser ? Rappelle toi et fais, comme toujours, sans chichis!

    Déjà, petite, tu envoyais des messages aux chats, aux chiens, aux oiseaux. A chaque Décembre, tu expédiais plusieurs lettres au Père Noël pour garantir, au moins, un tout petit retour. A l’époque, tu doutais de la livraison des cadeaux.

    Aînée de la fratrie, tu te faisais relais entre les petits et les adultes. Tu passais régulièrement visiter ta grand-mère, plantée sur le décès de son mari, accrochée à ce jour d’une semaine, revenant tous les ans. Tu décorais sa solitude. vous échangiez des gâteaux. Elle t’avait légué sa collection de timbres.

    Souviens toi comme tu craignais les retards! Les autres devaient toujours se dépêcher. Tu ne tolérais aucune erreur d’acheminement. Tu accompagnais ton père au jardin, distribuais le pain dur aux poules, partageais l’herbe entre les lapins.

    Parfois, tu te mettais en grève. Tu t’enveloppais dans une couverture et te cachais des autres. A ce qui te parlaient, tu bafouillais une vague excuse.

    Puis tu repartais, le lendemain, tôt. Tu rattrapais le travail égaré de la veille. Tu reprenais le fil des courses, des services à rendre, des contacts.

    Tu te traçais l’avenir d’un petit sourire de connivence. Ta voie était clairement dessinée à l’aube de ton adolescence. Tu n’en as pas dévié.Tu y es.

    La lettre était signée « Moi ». Martine la replia, la rangea soigneusement dans le tiroir droit du buffet, celui où elle ne rangeait pas les factures.

    L’horloge en formica indiquait déjà 5h 50. Elle enfila son anorak, enfourcha son vélo pédala jusqu’au centre.

    Les collègues l’attendaient pour le traditionnel café. Personne ne lui fit de blague à propos de sa nouvelle coiffure. Enfin, elle tria ce qui lui revenait de distribuer. Elle entassa le tout dans les bonnes corbeilles, chargea le véhicule, jaune, encore plus sale, de l’automne.

    La tournée pouvait commencer.

  11. isabelle hosten dit :

    Chaque soir, avant de s’enfoncer dans un profond sommeil, elle envoyait une lettre à son subconscient. Jamais il ne lui répondait. Mais un matin, en ouvrant son courrier, elle réalisa que plus personne ne s’écrivait vraiment. Sa boite postale regorgeait de publicités, factures, promotions en tout genre. Un monologue de la société d’une totale vacuité. Tous ces mots reprographiés en série inepte. Elle songea aux siècles des correspondances, au plaisir de l’attente des plis cachetés, de lettres lointaines affranchies de timbres exotiques. Elle frissonna sous le poids de sa propre solitude et prit une résolution. Elle allait écrire. Ecrire un roman. A la lisière du sommeil, à l’heure où ses pensées se bousculaient encore, l’instant était propice. Ecrire permettrait d’éviter l’oubli, l’engloutissement dans les méandres de la nuit. Peut-être que son inconscient travaillait en rêve mais le matin, c’était le néant, plus aucun souvenir à exploiter. Les mots retiendraient le sens comme un filet à mailles étroites. En se relisant, elle découvrirait surement quelques réponses tapies au détour d’une virgule ou d’un point d’interrogation. Elle croyait au langage, à ses vertus presque incantatoires. « Au commencement était le Verbe ». Cette simple phrase héritée du catéchisme l’avait hantée toute sa vie. La musique des mots, elle ne l’avait jamais entendue comme les autres enfants de son âge. Les noms, les adjectifs les verbes avaient des formes, des mouvements, des couleurs sur les mains des autres. Leurs sons appartenaient à sa tête, à la nébuleuse incommunicable des sourds. Pour autant, elle avait appris à lire. Une brèche fabuleuse s’était ouverte dans son univers de silence. Tout avait semblé possible. Mais la langue des signes la confrontait à une autre forme d’incommunicabilité. Elle s’était isolée peu à peu, incapable de traduire son emmurement intérieur. Elle venait de fêter ses vingt ans. Vingt ans, l’âge des possibles, placardé partout sur les magazines en papier glacé. Oui, elle allait écrire, crier au monde la violence des rêves, la couleur des baisers, le velours des aurores. Ecrire la symphonie muette qui submergeait sa vie d’un vacarme assourdissant. Alors, elle serait entendue.

  12. nathalie dit :

    …elle découvrit la publicité d’un hypnotiseur promettant à ses clients d’explorer les méandres de leur esprit, subconscient compris. Une aubaine que Sophie ne voulait pas rater. Enfin, si son subconscient ne venait pas à elle, elle irait à lui ; lui rappeler que la politesse serait au moins de répondre à ses courriers ! Enfin, elle lui verserait toute la rancœur qu’elle a emmagasinée à force de silence. Finies les lettres amicales. Elle lui exposerait sa requête, toute simple, lui semblait-il, mais si importante. Elle le convaincrait, voire l’obligerait, en l’attrapant par le col, un doigt menaçant sous le nez : « tu vas te remettre au travail maintenant ! Remets ta fabrique en route : moi je veux des rêves la nuit ! »

  13. Christine dit :

    C’était devenu son rite, une habitude, presque un tic : elle ne s’endormait plus sans cette petite missive, plus ou moins longue, adressée à son subconscient. Elle y racontait sa journée, la pluie et le vent, le départ des bateaux pour la pêche, les larmes qui lui venaient parfois, son François qui avait déserté la vie, parti Dieu seul savait où. Si encore c’était avec une fille ! Mais c’est la mer qui l’avait pris, comme tant d’autres ici, celle-là, elle avait toujours le dernier mot. Soizic avait fini par accepter son sort, rejoignant bien avant l’âge le clan des veuves de ce petit pays breton qu’elle n’avait même pas idée de quitter.

    Ses relents de colère, c’est à lui qu’elle les adressait, à ce subconscient désespérément muet. A croire qu’il avait foutu le camp lui aussi ! Aucun retour, aucune réponse à ses questions, aucun signe qu’il recevait ses petits mots quotidiens postés avant la nuit. Décidément, il n’y avait donc plus personne pour se soucier d’elle, ni lui renvoyer si ce n’est qu’un écho. Finirait-elle par abandonner ce petit jeu ? A quoi est-ce qu’il rimait d’ailleurs ? Elle était peut-être tout simplement givrée…

    Le facteur faisait toujours teinter la sonnette de son vieux vélo après avoir déposé le courrier dans la boîte. Soizic soulevait le rideau de la cuisine pour lui faire un petit signe de la main : elle irait dans un moment récupérer les rares factures et le tas de journaux publicitaires qu’elle gardait pour allumer son feu. Sauf que ce jour-là, elle perçut dans le coup de sonnette une sorte de clin d’œil auditif. Abandonnant l’épluchage des pommes de terre, elle passa ses mains sous l’eau avant de les essuyer à son tablier noir, et sortit, intriguée. Il n’y avait qu’une seule lettre dans la boîte qui résistait de plus en plus mal aux assauts du vent : un jour elle devrait la changer, un jour, oui. Elle en retira une enveloppe rose qu’elle huma instinctivement comme si elle s’attendait à ce qu’elle diffuse un parfum secret, ce qui n’était pas le cas. Il y était juste marqué « pour Soizic », sans adresse ni timbre, pas plus que de cachet pour en indiquer le lieu d’expédition. Elle la glissa dans sa poche et fila au jardin pour ramasser son linge avant que la pluie amenée par la marée ne se répande sur le potager.

    Assise dans la cuisine, elle tournait et retournait la mystérieuse enveloppe. Elle la posa sur la table, la reprit, la reposa et finit par se lever, cherchant un couteau pour l’ouvrir sans la déchirer. Son cœur battait, elle se força à se rasseoir avant d’en découvrir enfin le contenu, ce qui lui mit le feu aux joues.

    Chaque fois qu’il dépose une enveloppe pastel dans la boîte de Soizic, le facteur fait chanter sa sonnette. Personne ne sait rien de ces mystérieuses enveloppes. Ça fait bien parler les commères après la messe mais Soizic s’en fout. Si vous passez dans le coin, vous la verrez peut-être marcher sur la plage et parler au vent. Il arrive même qu’elle danse, paraît-il. Mais ça, ce sont les mauvaises langues qui le disent…

    Bon week-end, Christine

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