Exercice inédit d’écriture créative 190

Ligne droite

 

 

Elle était en tête, dans la dernière ligne droite,
avec une bonne longueur d’avance,
mais tout à coup elle s’est dit : pourquoi tout ça ?

Imaginez la suite

13 Responses

  1. Clémence dit :

    Elle était en tête, dans la dernière ligne droite, avec une bonne longueur d’avance. Mais tout à coup elle s’est dit : pourquoi tout ça ?

    Elle sont là, à deux sur la tour de l’horloge, dans ce joli petit port de la Méditerranée , plus belles l’une que l’autre , d’un noir parfait! En fer forgé, délicatement ciselées…..
    Qui, elles ? Ne parle-t-on pas de « elle » dans le titre ?

    Je vais y arriver, mais il me faut faire un petit tour avant la dernière ligne droite….ça prendra juste un peu de temps ! Et ce petit peu de temps n’est pas grand-chose par rapport à l’attente, en tours de Terre et de Lune, avant que l’homme, fasciné par le temps, n’aie sous les yeux une machine qui lui « donnerait l’heure » à tout moment du jour et de la nuit…
    Fasciné par le temps mais aussi par l’espace, surtout celui qui était caché au bout de la ligne d’horizon ! Comment se risquer au-delà des côtes quand le soleil et les étoiles n’étaient pas suffisants ? Il fallait un instrument pratique et précis! Et pour contrer le temps, un concours fut lancé. L’horloge présente, tous les paramètres étaient dans les mains des capitaines, à eux de jouer avec la formule D = v.t !

    Trêve de digressions, il me faut atteindre la dernière ligne droite et ce, avec une bonne longueur d’avance!Revenons donc à notre horloge sur la Tour de l’horloge  dans ce petit port de la méditerranée….

    Elle était si belle, la grande noire, se promenant sur une face en émail aux teintes douces et rêveuses… comme si le temps justement, n’avait pas d’emprise sur elle…

    En cette matinée d’été, la grande noire se lamentait désespérément !
    – Je commence à fatiguer à courir ainsi pour être à l’heure ! C’est toujours la même chose, je m’active en trois mille six cents petites mille tâches …. et cela, il faut encore le multiplier par 24 si je veux être à jour….Et ce n’est pas fini…
    – Oh, il est déjà quarante cinq… il est temps que je fasse mon shampoing, quarante sept, il est temps que je sèche mes cheveux, quarante neuf, un peu de crème sur mon visage… laisser pénétrer ; cinquante … maquillage d’un œil…cinquante cinq, maquillage de l’autre…cinquante sept, dernier coup de peigne, cinquante neuf… un soupçon de parfum…. Soixante, ça y est, je suis à l’heure ! Mon rendez-vous avec ma petite copine est au top… mais elle a son petit air pincé comme toujours à me voir un peu essoufflée, alors qu’elle… très calme, très sereine….
    La cloche sonne… et puis encore une fois…..il est « l’heure ».

    – Oh, il est déjà quarante cinq… il est temps que je fasse mon shampoing, quarante sept, il est temps que je sèche mes cheveux, quarante neuf, un peu de crème sur mon visage… laisser pénétrer ; cinquante … maquillage d’un œil…cinquante cinq, maquillage de l’autre…cinquante sept, dernier coup de peigne, cinquante neuf… un soupçon de parfum…. Soixante, ça y est, je suis à l’heure ! Mon rendez-vous avec ma petite copine est au top… mais elle a son petit air pincé comme toujours à me voir un peu essoufflée, alors qu’elle… très calme, très sereine….
    La cloche tinte… et encore une seconde fois…

    – Vous imaginez, le travail que j’ai pour être belle à chaque rendez-vous ?… à chaque dernière ligne droite avant l’heure… et tout ça, pour quoi ? Pourquoi ? Je ne sais pas…Et en plus, ce n’est que rarement moi que l’on regarde, mais toujours ma petite copine….
    «  Ah, il va être sept heures et je vais encore être à la bourre »
    « Ah, il va bientôt être midi »
    « Ah, il va bientôt être 20 heures et les informations »
    « Ah, vivement 23 heures que je rejoigne mon lit… »

    Bon, il est temps que je remette les pendules à l’heure et que je cesse de pédaler dans la semoule à chaque « quarante cinq » ! Je m’en vais de ce pas, pousser un grand coup de ralentissement auprès de Chronos !
    – C’est pas juste, dis-je en imitant mon ami Caliméro…. C’est pas juste… Ma petite copine, elle ne se fatigue pas tant que moi! Et quand je regarde tous ces beaux mâts, plus grands les uns que les autres, voguant sur les flots lors des régates….
    Dernière ligne droite ! Yes ! Une longueur d’avance ! Yes….Premier arrivé !Yes !
    Eux, ils gagnent une belle coupe, une belle médaille, un trophée de la ville…Et moi je ne gagne rien…

    Chronos regarda la grande aiguille et lui dit « Comme je te comprends, tu as trois mille six cents fois raison… »

    Il souffla un grand coup et la grande aiguille noire se réincarna en grain de sable dans un sablier….

  2. MALLERET PEGGY dit :

    Elle était en tête, dans la dernière ligne droite, avec une bonne longueur d’avance, mais tout à coup elle s’est dit : pourquoi tout ça ?

    Des années qu’ils étaient unis, des années qu’ils ne faisaient qu’un. L’un comprenant l’autre sans se parler, juste à l’écoute et au toucher.

    Elle lui avait fait si souvent honneur et il avait su la remercier de mots câlins et de caresses. Ils s’aimaient tant. Je ne crois pas qu’il y ait une multitude de couples qui soient aussi fusionnels que ces deux là.

    Cependant, elle sentait qu’il allait l’abandonner pour une autre. Plusieurs signes lui avaient mis la puce à l’oreille.
    Rester à l’attendre pendant plusieurs jours était inconcevable l’année dernière par exemple.

    Malgré son désarroi, elle aurait le cran de finir en beauté, elle ne le lâcherait pas. Or, bizarrement, aujourd’hui, justement à cet instant, elle se demandait tout en se donnant à fond, par habitude, pourquoi ces efforts énormes, puisqu’elle connaissait déjà sa fin. Fallait-il qu’elle s’épuise pour terminer si peu glorieusement?

    Les autres ne l’avaient toujours pas rattrapée, mais elle se sentit lasse et découragée. Ses belles intentions envolées, « Pourquoi tout ça ? Pourquoi tout ça ?» se répétait-elle indéfiniment au rythme des roues sur l’asphalte.

    « Pourquoi tout ça ? Je ne veux pas finir bel objet chez un adorateur qui me caressera fièrement en me montrant à ses amis, Moi la gagneuse de tant de courses, je ne resterai pas immobile et seule au fond d’un garage anonyme pendant que mon pilote-adoré roucoulera avec sa toute nouvelle conquête.

    Son amour-propre luttait contre son désarroi. Mais son addiction à la gloire était trop forte. Elle ne pu s’empêcher d’atteindre en pole position la ligne d’arrivée sous les hurlements de la foule et sous leurs yeux ahuris elle fut la seule, l’unique à se disloquer plutôt que de finir ses jours en relique.

  3. Halima BELGHITI dit :

    Elle était en tête, dans la dernière ligne droite,
    avec une bonne longueur d’avance,
    mais tout à coup elle s’est dit : pourquoi tout ça ?
    Elle s’arrêta un instant dans sa course folle. Du haut de la page, elle avait une vue panoramique sur toute la page blanche qui perdait de sa blancheur à mesure que ses congénères s’étendent pour peu à peu le modeler, le dessiner. Des lignes d’encre noir de différentes épaisseurs, qui à la verticale, qui à l’horizontale ne cessent de se croiser entre elles comme par magie dans l’espace, dans un enchevêtrement parfaitement réglé afin de former des carreaux identiques sur toute la superficie de la feuille. « Pourquoi tout ça ? A quoi ça sert ? Me voila arrivée à ce pour quoi je suis destinée se dit-elle. Je suis une ligne verticale, je suis partie du bas de la feuille que j’ai rapidement traversée pour arriver au sommet. Sans déborder, sans faire de tâches, sans un seul faux pas. Une parfaite ligne droite. A quoi bon ? Voila encore une page de cahier d’écolier pratiquement finie. La belle affaire! Il reste encore des tas de feuilles blanches à remplir d’innombrables cahiers d’écolier. Moi ce que je voudrais, c’est du changement. De la nouveauté, Quelque chose d’exaltant. Je ne sais pas moi, je pourrais par exemple, partir du coin droit en bas de la page et aller en diagonale rejoindre le coin gauche opposé en haut. Ce serait bien plus rigolo ! Ou je pourrais aussi partir du centre de la page et aller où le cœur m’en dit, vers le haut, ou vers le bas, sur le côté ou en biais…De l’imagination, de la créativité, voila ce dont j’ai besoin! Cela fait des années déjà, que je façonne des cahiers d’écolier…J’aimerais passer à autre chose. Y’en a marre des lignes bien rangées, bien alignées, disciplinées et vaillantes, qui se croisent au bon endroit et arrivent où on les attend. Je veux de l’aventure, moi, de l’adrénaline ! Je veux partir d’un point de la page sans savoir à l’avance où je vais atterrir…Je rêve de concevoir des brouillons de créateurs, être une ligne qui suive la pensée tourbillonnante du maître, une ligne maitresse, une ligne frivole qui se plie aux caprices de l’artiste…
    Dès aujourd’hui, à la fin de la journée, je me glisserais dans le cahier de notes de Mathieu. C’est un artiste Mathieu, il griffonne tout le temps sur son petit carnet bleu à l’heure de ses pauses. Il s’assoit sur une petite pile de magazines, ici, dans un coin de l’ imprimerie, il sort son petit cahier bleu et il dessine. Ses lignes à lui, jaillissent de nulle part et partent dans tous les sens. Bye, bye la grisaille des lignes droites bien parallèles…! A moi, l’aventure, à moi la liberté !
    Halima BELGHITI

  4. Sabine dit :

    Le sujet de Pascal me fait penser à une émission télé que j’ai vue il y a longtemps. Je ne me rappelle plus laquelle, mais le sujet était quelque chose comme : « Vous avez vécu votre mort. »
    Voici le témoignage d’une femme qui m’avait interpellé :
    « Je faisais du lèche-vitrine. J’étais arrêtée devant une vitrine à côté d’un bar. Une voiture est arrivée à toute vitesse. Il y a eu une fusillade qui visait le bar. J’ai eu très peur, je me suis enfuie en courant comme je n’ai jamais couru. Après quelques secondes, je me suis aperçue que j’avais reçu plusieurs balles dans le ventre et dans les jambes. J’ai encore couru quelques pas et je me suis dit : « Pourquoi tout ça ? ». Avec toutes ces balles je ne pouvais pas survivre. Alors j’ai arrêté de courir et je me suis assise sur le trottoir adossée au mur. Je pensais : « Voilà, c’est fini. Je meurs fusillée. » Je ne souffrais pas, je n’avais plus peur. J’avais complètement accepté l’idée de ma mort.
    Bien sûr, si cette femme peut raconter son histoire, c’est qu’elle a été sauvée.
    Une autre racontait qu’elle était tombée d’un pont en voiture dans un fleuve. Après avoir tenté d’en sortir, elle aussi s’est résignée. Elle savait enfin de quoi elle allait mourir. Elle était apaisée. Elle a perdu connaissance. (Un jeune homme a sauté à l’eau et l’a sortie de ce mauvais pas).

    Depuis, quand je pense à ma propre mort, je pense à ces femmes. J’ai moins peur.

    Sabine

  5. Geneviève T. dit :

    Elle était en tête dans la dernière ligne droite, avec une bonne longueur d’avance, mais tout à coup elle s’est dit : pourquoi tout ça ?
    Pourquoi m’être donnée tant de mal, pourquoi avoir franchi toute cette distance ?… et pour quel résultat ?
    Si j’avais réfléchi, j’aurai pu poursuivre une vie tranquille dans un lagon paradisiaque, caressée par une douce brise !
    Mais que se passe-t-il ? Hurlèrent les poursuivantes, elle est malade ?
    Cela faisait des kilomètres qu’elle caracolait en tête, et soudain elle décidait d’abandonner !
    Depuis son départ, le vent n’avait pas cessé de se mettre en travers de sa route. Et cette pluie glaciale qui lui arrivait en pleine face, rien ne lui avait été épargné !
    Elle s’était jurée de ne pas abandonner, quelque fut l’issue.
    Un vague à l’âme incoercible s’était malgré tout emparé d’elle, et soudain elle réalisait qu’elle n’avait pas songé à l’avenir !
    Aux questions qu’elle avait posées, elle avait reçu de vagues réponses auxquelles elle n’avait même pas prêté attention !
    Elle avait bien roulé sur elle-même, espérant encore pouvoir faire demi-tour, mais ses poursuivantes l’avaient entraînée inexorablement contre les rochers. Elle avait fermé les yeux et s’était brisée.
    C’est ainsi que la petite vague mourut !
    Geneviève mesmotsdoubs

  6. Sylvie dit :

    Elle était en tête, dans la dernière ligne droite, avec une bonne longueur d’avance, mais tout à coup elle s’est dit : pourquoi tout ça, cette course folle à travers champs, forêts et marais, pour traquer encore un gros gibier ? Pour la gloire ? Pour la justice ? A plat ventre au bord de la falaise, elle l’avait là, en ligne de mire, à quelques mètres au-dessous d’elle. Les autres étaient loin derrière et n’arriveraient pas avant quelques minutes, comme d’habitude. Elle venait de découvrir sa tanière. Comme d’habitude, elle était la première, l’élite de l’élite, celle qui appuierait sur le bouton mais pas avant d’avoir observé sa proie pendant ses derniers instants de liberté, celle qui déclencherait tout : le grand feu d’artifice : les sirènes, l’encerclement de la zone, le déferlement des hommes en noir, le ballet des hélicos, et ensuite le matraquage des flashs et des caméras. D’habitude, elle savourait ces secondes en tête à tête invisible avec sa cible. Aujourd’hui, elle est exténuée, en bout de course. Les secondes passent. Il va déguerpir. Il quitte sa cabane en regardant le ciel, il s’avance vers la mer. Il passe un pied dans la barque. Vite, appuie, appelle ! A quoi bon ? Depuis la falaise, au loin, elle voit dans sa lunette la cataracte qui se profile, et la barque qui glisse, glisse doucement, inexorablement vers la chute. « Il n’est pas là », dit-elle tout bas dans le micro. « Bon, reviens ». Non. Elle se lève, arrache tout, écouteurs, émetteurs, oreillettes, micro, et descend la falaise à toute allure. En bas, elle ouvre sa combinaison, se dévêtit de cette seconde peau qui lui a trop longtemps collé au corps et à la vie. Elle court dans l’eau, s’engouffre dans les flots. C’était sa dernière mission.

    ©Sylvie Wojcik

  7. Catherine M.S dit :

    UN EPI- SODE

    Elle était en tête dans la dernière ligne droite
    Avec une bonne longueur d’avance
    Mais tout à coup elle s’ est dit : pourquoi tout ca ?
    Et pourtant, depuis longtemps, elle s’était fait tout un cinéma
    Elle voulait partir à la ville
    Marre de sa petite vie trop tranquille
    Alors elle s’était inscrite au concours « Modern’ style »
    Elle lâcherait ses bigoudis, ses vieux rouleaux et ses pots de gomina
    Pour s’ adonner avec volupté aux techniques les plus sophistiquées
    Le nec plus ultra !
    Pour convaincre le jury, elle avait tout appris
    La coupe au bol, la coupe afro, la coupe au carré
    L’ iroquois, le catogan, le chignon calamistre
    Sur la perruque du Salon, elle avait tout révisé
    La gatinelle, les mèches balayées, la nuque effilée
    Quand le jour J est arrivé, elle a rassemblé tous ses outils
    Elle est partie sans se retourner.
    Pendant quelques jours « L’ Epi-tête » est resté fermé
    Au village les cheveux ont cessé de pousser …
    Et puis un beau matin l’enseigne s’ est rallumé e
    Appoline n’a presque rien raconté
    Et les clients ont vite rapplique.

  8. Isabelle HELIOT dit :

    Elle était en tête, dans la dernière ligne droite,avec une bonne longueur d’avance,quand tout a coup elle se dit: pourquoi tout ca?
    A l arriere, la caravane silencieuse migrant vers un meme objectif.
    Les routes ancestrales s inscrivaient dans le sable comme une memoire atomisée, evaporées tel un mystère à travers les récifs. Elle ne conservait aucun souvenir du commencement, ni de sa designation comme responsable du groupe, si toutefois Elle avait ete investie. Le silence abyssal ne renvoyait pas meme Le faible echo d une transhumance. Elle songea a la colonne silencieuse, l alignement fantomatique de la multitude, a l absurdite d une condition sans autre dessein que sa multiplication.
    L incongruité de ces pensees existentielles surgies du néant, le paradoxe tragique de leur pertinence confrontée à une incapacité supposée d elaboration , la precipita dans un desarrois catatonique. Elle stoppa net. La cervelle assaillie par cette epiphanie de la migration, Elle scruta l obsurité dans l espoir echevelé d une reponse, d un secours externe, quand soudain sa camarade s ecria: » on est arrivées alors? »
    L intrusion de cette trivialité radicale ebranla ses synapses comme un arc electrique. Jusque la aucun individu n avait oppose la moindre interrogation parceque la conscience individuelle n existait tout bonnement pas. L ordre naturel ne cedait pas la moindre place au doute . La troupe, bercée de la meme certitude tranquille ondulait au rythme de l inconscience glacée du chemin, coulée dans Le sillage charismatique du chef. L unicité millenaire du groupe ne craignait Aucune mutinerie ou autre rebellion.
    Il fallait reagir, repondre, se trouver digne de la tâche assignée parcequ acculée par cette interrogation legitime. La vague d esperance se propagea dans son dos comme les cercles concentriques d un echo, qui, sans signal de sa part, muterait sans nul doute en une panique indescriptible dont Elle n osait entre voir les consequences. Tetanisee dans Le tourbillon de ces pensees parasites, Elle lacha un  » je ne sais pas » sur la file indienne aussi surement que la bombe H sur Hiroshima.
    Jeffrey et Lucas, en station depuis 4 heures, observait paisiblement la colonne nonchalente a la lumiere du bathyscaphe, quand soudain, la langouste de tête bifurqua a 90degres. Les 2 scientifiques perplexes constaterent la dislocation brutale du groupe en proie a un erratisme aussi violent qu inexpliqué. Le comportement migratoire de ces crustacés parcourant des milliers de km pour aller pondre leurs oeufs demeurait un mystère fascinant. Mai’s Jeffrey et Lucas, en vingt ans de mission sous marine n avaient jamais constate chaos pareil, qui sans Le reflexe analytique de l oceanographe averti, confinait a une scene theatrale du plus grand comique.

  9. ourcqs dit :

    Elle était en tête, dans la dernière ligne droite,avec une bonne longueur d’avance,…
    elle avait démonté les raisonnements, réfuté point par point, repris les vagues analyses pour les déstructurer et les faire apparaître pour de banales élucubrations. Elle avait insinué le doute dans toutes les spéculations, elle s’était amusée à argumenter par l’absurde et l’assistance était conquise. Et tout à coup elle s’est dit pourquoi tout ça ? pour elle, à chaque fois, la montée d’adrénaline c’était le pur plaisir de la dialectique, trouver les failles du concurrent, les incohérences, et jouer avec les mots pour capter l’attention et l’adhésion, pas de diatribes inutiles, les conclusions étaient tellement évidentes ! Du grand art oratoire.

  10. laurence noyer dit :

    Deuxième pourquoi tout ça?
    Mon devenir est d’être moche comme un pou
    Moi qui rêvais de trouver un époux
    Tant que vivra ce monde ripoux
    Moi la lente je ne serai pas pou

  11. laurence noyer dit :

    La lente était en tête dans la dernière ligne droite de la raie du milieu dans les cheveux d’une bonne longueur d’avance.
    Mais tout à coup, foi de pou, elle s’est dit :
    Pourquoi tout ça ? Si je dois finir en Pédiculus humanus horribilis, il vaut mieux que moi, la lente si lente, je sombre dans les sombres tifs.

  12. Christine Macé dit :

    Elle était en tête, dans la dernière ligne droite, avec une bonne longueur d’avance, mais tout à coup, elle s’était dit : pourquoi tout ça ?

    Oui, pourquoi cette course effrénée ? pour quoi ? et pour qui ?…
    Elle pila net, faisant crisser les roues de sa charrette, ce qui souleva un nuage de poussière grise. Elle toussa, s’épousseta et sauta à terre. Autour d’elle, les champs croulaient sous le chaud soleil de juillet et les blés dansaient avec la petite brise venue du sud : mais tous les oiseaux s’étaient tu. Une étrange sensation de vie suspendue qui l’oppressa. Partout où son regard se posait, ce n’étaient que champs à perte de vue, rien d’autre. Elle mit sa main en visière, pensant être éblouie par le soleil, et refit un tour sur elle-même. Avait-elle parcouru un si long chemin depuis qu’elle était partie ? Quelle heure pouvait-il bien être ? Pas le moindre village à l’horizon et aucun son de cloche pour le lui indiquer. Elle libéra sa monture : la vieille carne, épuisée par le galop qu’elle lui avait intimé à coups de fouet, tournoya sur elle-même avant de s’affaler sur une bande d’herbe rase et desséchée. La bête, qui ne lui inspirait pas la moindre compassion, avait fait son temps : elle devrait songer à la remplacer par une plus vaillante qu’elle dénicherait au marché aux bestiaux ou chez un de ses voisins. Cette pensée réaliste déclencha un petit sourire et la satisfaction de résister à l’ambiance délétère de ce paysage dénué de toute vie apparente. Il n’empêche : un soudain frisson la fit tressaillir de la tête aux pieds et elle s’accrocha à la carriole pour ne pas tomber à la renverse. Au même moment, la question qui l’avait fait s’arrêter ex abrupto quelques minutes plus tôt traversa à nouveau son esprit : Pourquoi ?… Pourquoi avait-elle accepté de mener cette course avec l’autre, chacune prétendant évidemment la gagner ? Elles étaient parties côte à côte dans un fracas de sabots, roues à roues, sous les cris de quelques badauds trop heureux de les voir se déchaîner dans cette folle chevauchée. Très vite, elle avait pris un sentier de traverse pour distancer l’adversaire et gagner au but. Forçant sa monture, hurlant pour l’inciter à cavaler de plus belle, debout sur le charroi qui grinçait dangereusement sur les pierres du chemin. Rien ne l’arrêterait avant d’avoir passé, en tête, l’aire d’arrivée et fait jaillir les Viva ! de la maigre foule en délire. Sauf qu’elle avait atterri là, dans ce lieu inconnu, presque hostile. L’autre avait toutes les chances de l’avoir devancée maintenant. Elle brandit son poing en signe de défiance, grognant comme une ogresse et fixant le ciel d’un air rageur. La réponse des dieux ne se fit pas attendre : de l’empyrée surgit un éclair blanc, aussitôt suivi par un bruit de tonnerre assourdissant. Et puis plus rien. Sauf que son bras resta suspendu dans le vide, la faisant tournoyer tel l’insecte pris au piège de l’araignée. Elle tenta bien de lutter, gesticulant et se contorsionnant, en vain. Quand elle eut usé ses dernières forces, elle cessa toute résistance et se mit à pleurer de grosses larmes d’impuissance qui détrempèrent ses vêtements. C’est alors qu’un petit grillon se posa sur son épaule : pourquoi toujours lutter, lui souffla-t-il, pourquoi toujours vouloir gagner sur l’autre ? pourquoi ? pour quoi ? et pour qui ?… Un nouvel éclair fendit l’azur et elle ferma les yeux. Ce qu’il advint ensuite, personne ne le sait. D’aucuns prétendent l’avoir aperçue certaines nuits de pleine lune, errant sur la lande gelée ; d’autres qu’elle s’est noyée dans le lac. Quand on parle d’elle, c’est à mots couverts ou pour faire peur aux petits enfants qui ne sont pas sages. Et toujours avec la même question : « Pourquoi ? pour quoi ? et pour qui ?… »

    Bn week-end, Christine

  13. durand dit :

    Elle était en tête, dans la dernière ligne droite, avec une bonne longueur

    d’avance, mais tout à coup elle s’est dit: « Pourquoi tout ça? »

    Depuis le temps qu’elle pédalait, qu’elle enfilait les étapes, les faux plats, les

    vrais raidillons, elle n’en pouvait plus. Sa carrière était bien remplie. Les

    muscles de ses jambes tenaient encore le haut du pavé (bien qu’elle n’ait

    jamais participé au Paris Roubaix) mais son petit cerveau se ramollissait à se

    faire secouer ainsi, entraînement avant critérium, récupération après

    championnats de France et d’ailleurs.

    Tous les podiums l’avait accueilli. Elle avait serré la pince à plus d’un maire

    embrassé plus d’une belle nana au sourire publicitaire. Elle avait répondu aux

    interviews les plus débiles donnant un avis très approximatif sur la longueur

    souhaitable de la mini jupe ou l’influence des politiques régionales sur l’avenir

    de la fonte de la banquise.

    Le dernier col pyrénéen était à une portée de guidon, elle pouvait encore et

    toujours gagner mais ça l’ennuyait fortement.

    Un chardon merveilleux attira son regard. Sa passion pour la botanique et la

    gastronomie lui sautèrent au visage. Elle leva le pied, le posa sur le bitume

    collant, balança son petit vélo dans le fossé.

    De toute façon, elle n’avait plus rien à prouver. Elle l’avait obtenu depuis

    longtemps, son maillot à pois.

    La coccinelle.

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