Exercice inédit d’écriture créative 244

frenesie-du-desirC’était comme si rien ne s’était passé.
Pas un mot à la radio, la télé ou les journaux.
Aucune réaction du Ministère de la Volupté.
Pourtant, cela faisait bientôt un mois
qu’une frénésie du désir s’était répandue
sur la planète.

Imaginez une suite caniculaire

19 Responses

  1. Au Ministère de la Santé Mentale, dans la salle de réunion, il y avait une grande agitation. Après avoir conçu le projet, on s’attardait en grandes discussions sur le nom et les modalités.
    Il faut dire que les statistiques de dépression avaient atteint des sommets intolérables ces dernières années. À cause notamment de la perte de confiance dans les gouvernements, de la crise financière qui obligeait les gens à travailler deux fois plus pour moins de pouvoir d’achat qu’avant. Et c’était sans compter les délaissés du système qu’on endormait avec l’aide sociale ou ceux qui n’y ayant pas droit, se retrouvaient dans la rue.
    Les gens ne savaient plus quoi penser. Abreuvés jusqu’à la noyade d’informations dont ils ne pouvaient plus faire le tri, ils déprimaient.
    Leur vie ressemblait au parcours d’un train fou dont on a perdu le contrôle et le sentiment d’impuissance qui en découlait les déprimait encore plus.
    Le Ministère de la Santé Mentale, pressé par le gouvernement de trouver une solution au moins temporaire, avait accouché du projet…
    « Éros! » dit le secrétaire d’État assis à gauche du ministre.
    « Cupidon » dit le secrétaire assis à droite.
    « Kama » dit un 3e qui revenait d’un voyage en Inde.
    « Volupté » fut également évoqué.
    Le ministre se demanda pourquoi on cherchait toujours des références mythologiques pour les grands projets. Fatigué, incapable de trancher, il demanda qu’on fasse venir le nouveau consultant.
    Le directeur du recrutement vit son moral remonter d’un coup, en effet c’était lui qui avait engagé Philippe, un philosophe qui avait derrière lui une belle carrière d’enseignant, d’auteur et qui se faisait une retraite dorée en tant que consultant pour le marketing d’entreprise. De grandes marques de produits de luxe l’employaient pour donner un sens à leurs créations et donc atteindre mieux leur cible par un élitisme intellectuel.
    Philippe avait été engagé par le gouvernement dans le but d’aider à trouver un sens aux mesures prises par ce dernier. Du marketing politique. Indispensable dans un temps ou plus rien n’avait de sens. Il fallait donc trouver des moyens de plus en plus sophistiqués pour tenter de faire tenir ce système vieillard, condamné à mort depuis longtemps, qui s’accroche à la vie comme un centenaire.
    Philippe quitta donc la confortable méridienne de son luxueux bureau pour se rendre à la salle de réunion.
    Il régla très vite la question :
    « ‘Kama qui veut dire désir… c’est du sanscrit, trop élitiste…
    Volupté? Ce mot vous oblige à partager le projet avec le Ministère de la Volupté… ministère qui n’est pas représenté ici donc, j’imagine, non convié…
    Éros, dieu chez les Grecs… son homologue romain est moins impressionnant, je suggère la légèreté de Cupidon. » »
    Il s’empressa de sortir de la salle pour aller finir sa sieste.
    Le ministre se retint de dire plus qu’un mot, car le philosophe avait le don de l’exaspérer par son ton sec et condescendant.
    « Va pour Cupidon! dit le ministre. »
    Restaient les détails pratiques : comment diffuser la drogue du désir?
    On avait pensé au réseau de distribution de l’eau, mais avec la consommation d’eaux importées, ceux qui préféraient le vin, la bière ou les boissons gazeuses…
    Finalement, le secrétaire assis à droite dit :
    « Cupidon lance des flèches, non? »
    « Donc, pourquoi ne pas le diffuser dans l’air? »
    On s’informa de l’efficacité du produit sous la forme aérienne et il s’avéra que la réponse fut positive.
    Avec un grand soulagement, la salle se vida en un éclair.
    Par chance, les bureaux du ministère de la Volupté étaient assez éloignés pour que rien ne paraisse de la réunion. Le Ministre de la Santé Mentale, très préoccupé de sa réélection prochaine, voulait se faire remarquer et obtenir tous les bénéfices des résultats, il faisait donc cavalier seul.

    C’était comme si rien ne s’était passé.
    Pas un mot à la radio, la télé ou les journaux.
    Aucune réaction du Ministère de la Volupté.

    Pourtant, cela faisait bientôt un mois qu’une frénésie du désir s’était répandue sur la planète.

    Si rien n’était paru, c’est que lui, Hugo, le roi de la presse écrite et numérique, le magnat incontesté qui détenait depuis longtemps le pouvoir de la communication donc tous les pouvoirs du 3e millénaire, avait aussi la main mise sur les ministères et celui de la Volupté n’y échappait pas.
    Lui qui ne pouvait vivre le désir et par conséquent le plaisir, avait le pouvoir de le nier en imposant le silence.

    Une fièvre charnelle s’était emparée de Florent et Vanessa depuis plusieurs semaines. Enthousiasme positif après six ans de vie commune et une vie sexuelle devenue morose. Ils s’étaient réinventés dans ce domaine, poussés par un soudain désir d’exploration et de renouvellement.
    Au début, ils eurent des rapports d’une intensité nouvelle comme aux premiers temps de leur rencontre et pour maintenir cette flamme ils ont cherché la nouveauté en magasinant dans les boutiques érotiques.
    Ils eurent beaucoup de plaisir à essayer des jouets sexuels.
    Florent, pris d’un compulsif désir de connaissances, rapporta de la bibliothèque une foule de documents et de livres qu’ils lisaient et expérimentaient ensemble. Il apporta ainsi le célèbre Kamasutra, principalement connu pour ses soixante-quatre positions sexuelles, bien qu’elles ne constituent qu’un des sept livres de l’ouvrage.

    Sarah était totalement folle du chocolat et depuis quelques semaines sa vie tournait autour de la satisfaction de ce désir qui avait enflammé son corps tout entier.
    Elle organisait sa vie autour de ses rendez-vous gourmands. Dès seize heures, son travail fini, elle commençait sa quête du plaisir.
    Les pâtisseries et les chocolateries les plus renommées, mais aussi les plus méconnues n’avaient plus de secrets pour elle. Pour prolonger son plaisir, elle notait le soir les délices qu’elle avait goûtés, en prenant bien soin de choisir les mots les plus évocateurs. Puis elle faisait des recherches pour ses prochaines sorties. Elle était devenue insatiable…

    Stéphanie était éprise de Marie depuis longtemps, mais cette dernière ne semblait pas le comprendre et Stéphanie avait tellement peur de la perdre qu’elle préférait encore se taire. Elle préférait, pour le moment, la vie sacrifiée de l’amante transie, plutôt que d’imaginer ne plus revoir l’objet de son désir et de son amour.
    De Marie elle savait peu de choses. Elle aurait aimé savoir par exemple sa situation amoureuse, mais rien ne transparaissait dans ses propos. Il était clair qu’elle ne désirait pas s’épancher sur le sujet. À vrai dire, Stéphanie l’avait classée dans la catégorie SAC Sans Amant ni amante Connu. Sexualité indéfinie. Elle sentait bien que parfois Marie la regardait intensément ou alors qu’elle avait un sourire ou une attitude gênée, mais rien de bien significatif. De fait, elle avait souvent pensé à s’éloigner pour ne plus vivre cette souffrance, mais elle en était incapable pour le moment.

    Elle attendait Marie à leur terrasse préférée pour prendre un verre et mettre fin à cette journée morne au bureau. Elle inspira profondément pour se relaxer et vit Marie s’avancer vers elle, encore plus belle et incroyablement plus sexy que d’ordinaire. Elle eut du mal à avaler sa salive et sentit son désir plus fort que jamais.

    Jessica s’était présentée au building d’Hugo Macioni avec un bel aplomb. Elle demanda à être reçue par celui qu’elle appelait le petit empereur.
    Jessica la bloggeuse, journaliste indépendante, conférencière, auteure renommée, ne pouvait pas laisser faire ça. Il était clair qu’il se passait quelque chose d’inhabituel. Cette frénésie de désir avait sûrement un déclencheur. Habituée à parler de sujets qui dérangent, elle se doutait que rien ne passait la porte d’Hugo.
    Autant remonter à la source!
    Normalement, elle n’aurait pas du passer le premier poste de contrôle, mais Hugo s’ennuyait à mourir.
    Bien sûr qu’il savait ce qui se tramait au ministère de la Santé mentale : le projet Cupidon. Il avait ses sources dans le ministère et il en usait d’ordinaire, mais cette fois, il avait décidé de ne rien laisser filtrer.
    Les conséquences étaient très bonnes pour les affaires, car cette flambée de désir avait accru la consommation. Il possédait des capitaux dans toutes sortes de domaines.
    Sa jouissance cette fois était la rétention de l’information. Car le désir s’il l’avait connu un jour, il ne savait plus ce que c’était.
    Il avait accès à tout ce qu’il voulait, ne souffrait d’aucun manque, pouvait satisfaire tous ses plaisirs sans délai.

    La situation actuelle le rendait presque jaloux, car lui avait tout possédait tout et s’ennuyait à mourir. Quelques-uns auraient pu dire qu’il était malheureux…
    Quand il vit entrer Jessica dans son bureau il la dévisagea très vite et se dit en lui même : aucun danger que je fasse un effort pour lui plaire
    elle est l’inverse de ce que j’apprécie généralement d’une femme.
    Jessica était une femme sans fard, transparente à tout point de vue.
    Elle avait passé la quarantaine, mais ne se teignait pas les cheveux, elle était vêtue dune tenue indienne en lin bio et n’utilisait pas de maquillage…

    Mais au fur et à mesure qu’elle parlait, un charme se dégageait auquel Hugo n’était pas insensible. Sa voix, parfaitement placée, exprimait une forte détermination. Elle brûlait d’un feu intérieur qui transparaissait dans ses yeux, animés par une lumière intense.
    « Je vais en parler moi de ce qui se passe, ne vous en déplaise, et vous serez obligé de réagir. »
    De la vraie provocation, pensa-t-il, quelle tigresse!
    Il la regardait différemment maintenant et intensément, car elle était en train de le fasciner. L’harmonie de ses traits fins, ses lèvres faites pour être gourmandes… malgré tout le contrôle dont elle faisait preuve, il remarqua l’esquisse d’un sourire et le regard qui fuit pour ne pas être perçu.
    Il n’écourta pas l’entrevue au contraire.
    Ils argumentaient tous les deux pour prolonger le plaisir d’être ensemble.
    Hugo était l’antithèse de l’homme qui pouvait plaire à Jessica et pourtant une sorte de magie était en train de s’installer entre eux.

    Ainsi l’improbable arriva : le plaisir partagé de cette entrevue fit naître entre eux le désir de se revoir… Cupidon avait tiré sa flèche.

    Le lendemain dans la presse et les médias numériques, tout le monde parlait de cette vague de désir exacerbé, sans toutefois en mentionner la source.

    Le Ministre de la Santé mentale, avec son air suffisant et satisfait, exposait les résultats positifs sur les sondages des prochaines élections au Conseil des Ministres. Mais, un ministre autour de la table fulminait en son for intérieur et retenait un fort désir de mettre un coup de poing dans la tête de son collègue… le Ministre de la Volupté!

  2. Fanchon dit :

    C’était comme si rien ne s’était passé.
    Pas un mot à la radio, la télé ou les journaux.
    Aucune réaction du Ministère de la Volupté.
    Pourtant, cela faisait bientôt un mois
    qu’une frénésie du désir s’était répandue
    sur la planète.
    Le cabinet du ministre avait noté avec délectation l’épidémie de jouissance générale. Les agités et revendicateurs habituels étaient atteints d’une lascivité incompatible avec les manifestations agressives des mois précédents. Trop d’enivrement et de plaisir pour avoir envie de tirer à boulets rouges sur les représentants de l’état… Voilà qui arrangeait bien leurs affaires. Le secrétaire d’état avait tout de suite vu l’intérêt de ces ébats collectifs. Un laisser faire discret mais attentif était donc à l’ordre du jour. Dans quelques maisons closes d’arrière cour, se préparaient furtivement d’autres destins. Tout occupé à profiter de cette situation, le ministre peaufinait lois et décrets dans l’ombre suggestive de son bureau. Il ne vit donc pas que ses conseillers devenaient plus sensuels et qu’un certain libertinage croissait jour après jour. Exaltation aux prises de poste, fougue entre collaborateurs, sensualité dans l’étude des dossiers, bref tout cela sentait l’Exécutif ramolli. Lorsque le gouvernement voulut reprendre les rênes, il était trop tard. Tous les Ministères étaient touchés. C’était un déchainement de passion dans les bureaux et les couloirs. Ca bécotait, bisait, bisoutait, baisotait tous azimuts. Il y eut bien des menaces de menottes, baillons et cravaches pour remettre en fonction les parlementaires mais ceux ci détournèrent les objets pour augmenter leur plaisir dans des Partis de Campagne.
    La terre prit des couleurs enfiévrées, joyeuses et pleines de félicité. Cette ardeur partagée finit par faire loi et ce fut pour la première fois, l’occasion de faire l’unanimité sur la planète.

  3. ourcqs dit :

    C’était comme si rien ne s’était passé.
    Pas un mot à la radio, la télé ou les journaux.
    Aucune réaction du Ministère de la Volupté.
    Pourtant, cela faisait bientôt un mois qu’une frénésie du désir s’était répandu sur la planète.

    La semaine des « UTOPIADES » était un succès mondial, souhaitée interminable,éternelle et chacun désirait la prolonger… dans l’intimité, la subtilité.
    MAIS que fait donc le Ministère de la Volupté pour les citoyens enflammés ???
    envoyer des souffles de passion, pour les entrainer avec délectation à combler les manques, vide existentiel pour certains.
    attiser, surtout ne pas laisser s’éteindre ces rêves fous, aspirations fantasques,
    inviter au voyage de Baudelaire, où tout n’est qu’ordre et beauté, luxe et volupté.

    Que serait la vie sans aucun désir ??? désir d’amour, de beauté, d’harmonie,

  4. Françoise - Gare du Nord dit :

    C’était comme si rien ne s’était passé.
    Pas un mot à la radio, la télé ou les journaux.
    Aucune réaction du Ministère de la Volupté.

    Pourtant, cela faisait bientôt un mois qu’une frénésie du désir s’était répandue sur la planète.
    Ce qu’il en était des désirs du reste du monde, lui était indifférent. Les seuls désirs qui comptaient à des yeux étaient ceux de ses compatriotes, enfin plus exactement de ses administrés ou, et elle avait l’honnêteté de le reconnaître, de ses électeurs.

    Le Grand Chef, lui semblait, comme à son habitude, ne s’apercevoir de rien, préoccupé par les frasques littéraires d’une ancienne animée par le désir de vengeance, d’une plus ancienne encore dévorée par le désir de gloire, d’une Teutonne nourrie par le désir de toute-puissance qui la rendait inflexible

    Mais la pire était cette Marianne tiraillée par des désirs contradictoires : le désir de travailler et l’ambition de ne rien faire, le désir de se distinguer et l’obsession de ne pas se faire remarquer, le désir de gagner de l’argent et la tentation de ne pas payer d’impôts, le désir d’enfants et le dessein de vivre tranquille, le désir de se contenter de peu et la convoitise d’avoir ce que possède son voisin, le désir de bien manger et l’espoir de perdre du poids, le désir de préserver son individualité et le besoin de manifester en groupe

    Déçue par celui qui avait trahi le désir de changement de plus de la moitié de ses semblables, la ministre de la Luxure manifesta tapageusement son désir de reprendre sa liberté

    Elle entraîna dans son sillage son collègue du Secrétariat d’Etat de l’Equipement mesurable, dévoré de désir pour elle.

  5. Christine Macé dit :

    La canicule et les touristes ont envahi la plage et les rues de la ville. Le thermomètre frise les 35°, on commence à manquer d’air. Les nuits sont à peine supportables. Au petit matin, on sent que ça va recommencer.
    Les voisins de la maison d’en face sont plus bruyants qu’à l’ordinaire, riant et trinquant à n’en plus finir. Le début d’un week-end estival qui promet de durer une bonne partie de la nuit. Je trouve qu’ils poussent tout de même un peu loin le bouchon des bouteilles qu’ils ouvrent comme de vulgaires canettes de Coca. Sans compter les plongeons retentissants de leurs rejetons excités dans une piscine où l’eau doit être peu rafraîchissante.
    Bref, tout le monde veille et, quitte à ne pas dormir, autant m’installer sur le balcon. Une façon comme une autre de participer à la fête.
    Le ciel est immense, étoilé, bleu marine. En bas, le ton a encore monté d’un cran. J’essaie de me laisser porter par cette frénésie de vie nocturne. Pas forcément facile. Il est des jours – et des nuits – où l’on voudrait avoir une autre vie. Comme la leur. Pouvoir endosser un nouveau costume. En l’occurrence, je troquerais bien mon pyjama contre un maillot de bain pour faire un petit plongeon. Je vais me chercher une bière et reviens me carrer dans la pénombre.
    À l’étage au-dessous aussi on festoie. Un anniversaire, annoncé poliment par un petit billet scotché dans le hall de l’immeuble, s’excusant par avance du tintamarre à venir.
    Ils ont dû vouloir prendre un peu l’air. Un homme. Une femme. Que j’identifie à leurs voix, sans les voir. Elle lui a demandé du feu : le briquet claque et je capte la fumée d’une américaine. Les anciens fumeurs ont cette sensibilité particulière qui leur fait deviner, d’une simple taf, la marque des cigarettes. Ils parlent peu et bas, ce qui m’oblige à tendre l’oreille pour capter quelques bribes. Je les imagine. Amis. Pas encore amants. Lui marié. Elle toujours libre et seule. Appuyés à la balustrade, ils sourient du spectacle de la maison d’en face d’où montent des pouffades* de rire au gré des plongeons aquatiques. Il s’est rapproché, juste un peu. Comme si de rien n’était. Comme s’il n’avait pas envie d’autre chose. Simplement pour sentir sa présence, éphémère comme un battement d’aile ou de cœur. Est-il amoureux ? L’alcool et la moiteur de la nuit, les étoiles, l’odeur de sa peau mêlée à celle du tabac. C’est bon.
    Il y a de longs silences et je crains qu’ils n’aient soudain rejoint les autres. Je guette, prêt à jeter l’éponge moi aussi. Mais un nouvel effluve me confirme qu’ils sont toujours là.
    Il a eu envie d’elle en dansant. Elle s’est dit que peut-être, cette fois, une seule fois. Après tout, ils se connaissent, un peu. Depuis un autre été, la même soirée d’anniversaire, trois ans plus tôt. Il avait fait de l’orage ce soir-là et on s’était mis à l’abri, toutes fenêtres fermées. Étouffant. Assise sur le canapé, coincée entre lui et sa femme, elle avait détesté d’emblée ce beau gosse qui paradait et leur couple si parfait. Tellement sûrs d’eux, de leur vie facile, un métier qui rapporte, un 100 m2 en plein centre, leurs vacances aux Seychelles. Lassée de les entendre se vautrer dans leur propre luxe, elle avait déserté la fête sans regret.
    Ce soir, elle l’a trouvé différent. Moins bavard, un poil « ailleurs ». Le couple joue la distance. Quand il l’a invitée à danser, elle n’a pas eu envie de fuir. Sa hanche mine de rien collée à la sienne, la musique douce et la lumière tamisée. Il semblait hésitant, presque intimidé. Elle s’est sentie légère, avec une envie de poser sa tête sur son épaule, juste pour sentir son parfum. Quand ça s’est arrêté, elle aurait juré qu’il l’a laissé partir vers un autre danseur à regret. Une sensation trouble, éphémère.
    Plus tard, il s’est à nouveau rapproché, lui offrant d’aller prendre l’air pour fumer une cigarette. Bienheureuse habitude qui force les gens désormais à devoir « sortir » pour s’en griller une.
    J’ai connu ça, moi aussi. Oublié le nom du garçon mais pas ce moment-là : le balcon. Cette promiscuité indicible, presque gênante. Un instant précaire, un souffle. Un désir qui naît du ventre et coule dans les mains, sur la bouche, les reins. Envahissant toutes les pensées qui finissent en ondes électriques. Ça avait marché cette fois-là. Une nuit unique, qui a sombré au matin avec le retour brutal à la vie. Et qui remonte parfois d’un lointain passé. D’autant plus, sans doute, qu’il n’y a pas eu de suite.
    Le silence est palpable : je suis sûr qu’il a pris sa main, discrètement pour ne pas être vus de l’intérieur. Mais ils n’ont pas peur, protégés par l’obscurité qui masque leur trouble. Et les protège de tout. De leurs pensées débridées. De cette envie folle qui les fait se taire en comptant les minutes comme autant de vies. De ces désirs indéfinissables, absolus. De vouloir s’arracher leurs vêtements, à toute vitesse, pour se jeter dans l’ivresse qu’ils brûlent de consumer. Bouches, mains et sexes frénétiques. À se toucher jusqu’au fond de l’âme, béante comme elle qui ne demande qu’à se laisser chambarder, tendu comme lui qui jure de le faire loin, fort.
    La porte-fenêtre s’est ouverte : je sursaute. J’entends des voix, des mots que je ne comprends plus. Et puis son rire à elle, comme une clochette qui tinte un peu faussement avant un au revoir poli. Les autres les ont rattrapés. Empêchés. Arrachés à ces instants magiques, fragiles comme la bulle qui vient d’éclater. Ils ont disparu et je me demande si je n’ai pas simplement rêvé.
    Ma bulle à moi aussi vient d’éclater. Dans la maison d’en face, on a baissé le son : il est l’heure de rentrer.

    Bonne semaine, Christine

  6. Henriette Delascazes dit :

    C’était comme si rien ne s’était passé. Pas un mot à la radio, la télé ou les journaux. Aucune réaction du Ministère de la Volupté.
    Pourtant, cela faisait bientôt un mois qu’une frénésie du désir s’était répandue sur la planète.
    Toutefois, on entendait que les avocats étaient surpris, mais sans plus, de ne plus avoir de divorces à plaider… « Les couples s’aiment, se mélangent, se prêtent » en toute harmonie, personne ne s’en plaignait. Eux-mêmes vivaient avec ardeur et enthousiasme au vu et au su de tout le monde les relations clandestines qu’ils cachaient autrefois dans un petit hôtel.
    Les commerçants semblaient ravis, car les boutiques ne désemplissaient pas, la frénésie s’étendait également au désir de la possession de tout et de rien, il n’y avait plus d’achats réfléchis. Entre deux orgasmes, on se précipitait dans les boutiques pour s’offrir ce que quelque temps plus tôt on n’aurait, même en rêve, pas osé acheter.
    Personne ne s’en émouvait : ni les banquiers qui bien sûr arrivaient à trouver l’équilibre des comptes, ils savaient bien, eux que tout cela se calmerait ni les policiers qui enfin n’avaient plus de malandrins à pourchasser, car il me faut préciser que l’air était tellement emporté par le plaisir des sens, que trop euphorique, personne ne déposait de plainte. Il n’y avait plus de violeurs, mais des femmes qui se faisaient aimer gentiment, amoureusement, ou quelquefois perfidement. Il n’y avait plus de voleurs, mais des possédants qui avaient offert leurs biens à ceux qui en avaient envie ! Personne ne résistait à la moindre tentation et tout le monde trouvait cela normal et s’en félicitait!
    Les enfants pouvaient avaler tous les bonbons, et chocolats qu’ils désiraient… à bas les épinards et les haricots verts. Les gourmands s’empiffraient de millefeuilles et de choux à la crème, d’autres avaient la préférence pour le pâté et le saucisson.
    Les gouvernements jouaient à pondre des décrets qui ne seraient jamais appliqués ! Mais ils trouvaient que c’était un jeu très amusant, une sorte de Monopoly mondial s’était emparé de la planète, mais la case prison avait été remplacée par la case VOLUPTÉ.
    On n’avait même pas enregistré de crime sur la planète depuis tout ce temps-là. Les guerres sournoises étaient en profond recul, quasi inexistantes.
    On s’aimait partout, dans les jardins, sur la plage, dans les trams les trains, les avions, les bateaux. Il n’y avait pas que les tourterelles qui roucoulaient. La volupté avait pris la place de la violence. Oui, on s’aimait et on jouissait avec délectation.
    Oui, on s’aimait et quand on s’aime on ne fait pas la guerre, on fait l’amour, c’est bien plus simple et plus satisfaisant.
    (Sacré Pascal, la canicule le rend frénétique dans les choix de ses sujets !)
    Henriette

  7. Beryl Dupuis-Mereau dit :

    C’était comme si rien ne s’était passé.
    Pas un mot à la radio, la télé ou les journaux.
    Aucune réaction du Ministère de la Volupté.
    Pourtant…
    Les bibliothèques étaient prises d’assaut, les bibliothécaires débordés car ne pouvant pas répondre à plus d’une question à la fois. Les lieux surpeuplés devenaient inopérants ; Impossible de s’asseoir à une table, même rester debout avec un livre dans les mains était difficile. Encore ne fallait-il pas le déposer une seule seconde sur une chaise au risque de ne pas le retrouver. Très vite des nombres limités de lecteurs avaient été instaurés, mais les refoulés à l’entrée allaient jusqu’à s’organiser en commandos pour forcer les barrages. Tant la soif d’apprendre, la curieuse frénésie de la connaissance s’était emparée des humains.
    Cependant les bibliothèques n’étaient pas les seules touchées, les musées connaissaient le même engouement. Tout lieu où on était susceptible d’apprendre quoi que ce soit était pris d’assaut : Les laboratoires de recherche, les usines, les boulangeries et autres fabriques, tout endroit où un savoir pouvait se transmettre ! Et même se promener dans la rue ! Pour peu qu’on connaisse le métier du promeneur, celui-ci se voyait accablé de questions sur son expérience, de bûcheron, ou de comptable, ou de garagiste… Tant était contagieux le désir de Savoir. Et chacun se vantait auprès de ses amis de ses exploits du jour et des nouvelles connaissances qu’il venait d’acquérir. Et naissait une nouvelle mode, les collections de connaissances, mises en fiches de différentes couleurs, et exhibées auprès des amis avec fierté. Et chacun se faisait bien sûr une gloire de surpasser le lendemain le palmarès de la veille.
    cela faisait bientôt un mois
    que cette frénésie du désir s’était répandue
    sur la planète.
    Tout cela avait des points positifs. Les gens n’avaient jamais autant communiqué. Echanges, rencontres étaient devenus la norme. Les professeurs dans les écoles refusaient des élèves, souffraient de surmenage, obligés qu’ils étaient de répondre à toutes les questions qui fusaient aux quatre coins de la classe, qui plus est toutes pertinentes, étaient portés en triomphe comme les gourous d’une nouvelle religion à leur sortie d’école et mouraient de crise cardiaque dans un sourire de béatitude. Libraires et bibliothécaires devenaient fous et tombaient à genoux dans une prière de reconnaissance à Jésus Marie Joseph devant la foule d’aspirants au savoir qui les assaillait dans leurs locaux autrefois déserts. Les gens s’interpellaient dans la rue, faisant de nouvelles connaissances au hasard, échangeaient, comparaient, dialoguaient enfin.
    Mais des querelles éclataient aussi, car les discussions s’animaient vite, tant l’enjeu avait pris une importance démesurée. Les gifles devinrent très vite des coups de poing, et des marchands d’armes artisanales tirèrent parti du fait, vendant en cachette des ustensiles de plus en plus sophistiqués pour trucider plus efficacement les contradicteurs irréductibles.
    A partir de ce moment-là, il devint dangereux de se trouver en public.
    Il était temps que les autorités s’en mêlent. Ce qui avait débuté comme une joyeuse kermesse un peu folle était en train de tourner au carnage. Et comme toujours les politiques sans imagination envoyèrent les policiers, puis, n’en venant pas à bout, l’armée. Mais la fin de l’histoire, bien trop banale n’a, elle, aucun intérêt.

  8. Nadine de Bernardy dit :

    Bon d’accord, entre le 14 juillet et le quinze août, c’était la trêve estivale mais quand même !
    Un tel silence,une méconnaissance de cette envergure frôlait la faute professionnelle .
    Comment, en effet, ne pas entendre ces râles,ces gémissements de plaisir,les cris de jouissance grandiose émanant des mobiles – homes,des sous bois ombragés,des auberges de jeunesse comme des maisons de retraite.
    Comment ne pas voir ces regards de convoitise,ces turgescences à peine voilées par un bermuda fleuri,ces seins pointant vers les yeux égaré d’ hommes plein de convoitise. Et les regards invitants des femelles déjà consentantes ?
    Ca s’embrassait aux tables des cafés,sous le porche d’une église romane recommandée par l’office du tourisme.
    Des doigts caressants s’attardaient sur une épaules hâlée découverte par un tee shirt alangui,une main frôlait comme par inadvertance une croupe rebondie.
    Des mains se cherchaient dans le salon d’un château sous le portrait de Mme de Maintenon .
    Ailleurs on dégustait avec gourmandise croque monsieur et puit d’amour,on léchait des glaces,on suçait un sorbet à la pomme, grappillant quelques grains de raisin en tétant son thé glacé à petites gorgées voluptueuses
    La concupiscence était partout, attaquant sans discrimination,obligeant les plus prudes à sortir de leur réserve.Titillant cette jeune et sage mère de famille,époustouflant le vieux monsieur du troisième,renversant ces deux là sur une meule de foin.
    L’air embaumait le nectar de vice,l’enivrante senteur de fornication, de Bornéo à Vladivostok,de Stockholm à Madrid.
    Le monde se mélangeait,se vautrait, s’accouplait dans un fantastique opéra charnel ,copulant allègrement,sans retenue,emporté par un tsunami nommé Désir qui balayait tout sur son passage.
    Les survivants en revenaient les yeux battus,un sourire béat aux lèvres,tout alanguis. Ils reconnaissaient les autres victimes et se donnaient de grandes accolades de complicité.
    Seuls quelques laissés pour compte avaient échappé à cette frénésie. Des avares du sentiment,des faux jetons aux mains moites,des refoulées en jupe culotte de tergal vert et odeur d’eau bénite.
    Ce sont ceux là qui étouffèrent l’ évènement,censurèrent le standard du ministère,amusèrent les médias par des infos sans intérêt.
    Ceux là, les jaloux,les mal aimés .

  9. Henriette Delascazes dit :

    Ben, mon texte a disparu ?
    Henriette

  10. Henriette dit :

    Bravo Clémence

    Henriette

  11. MARBOT dit :

    C’était comme si rien ne s’était passé.
    Pas un mot à la radio, la télé ou les journaux.
    Aucune réaction du Ministère de la Volupté.
    Pourtant, cela faisait bientôt un mois
    qu’une frénésie du désir s’était répandue
    sur la planète.

    Coup de bambou ! La frénésie lui donnait mal au casque. Il goba un efferalgan, pied sur le plancher, la deuche démarra…
    Le feu passa soudainement à l’orange. Il hésita.

    Elle prit les devants.

    Constat : il roulait trop à droite, elle l’avait grillait au démarrage.

    L’un dans l’autre, ils se firent des excuses, ce fut le coup de foudre et ils roulèrent sans capote !

    Un hérisson passant par là, observa la scène puis rejoignit le buisson où l’attendait…
    Sa coépine.

  12. Fanny dit :

    Depuis quelques minutes, il déambulait dans un immense verger où la frénésie du désir s’était répandue. Il croisait des diabétiques se délectant de nougats,des alcooliques picolant jusqu’à plus soif, des accros du sexe forniquant à l’ombre des pommiers, des toxicomanes tirant sur leur joint, des chauffards dépassant allègrement la vitesse autorisée, des obèses s’empiffrant de hamburgers, des filles siliconées lui faisant des œillades…

    Il accosta un grand barbu vêtu d’une toge blanche.

    – C’est quoi ce délire ? On est où là ? lui demande-t-il

    – Ici, tous les interdits sont abolis. Tous tes désirs seront exaucés. Que t’est-il arrivé ?

    – Ben, en fait je ne sais pas, dit-il en se passant nerveusement les mains dans les cheveux. Il y a un instant,je présidais une réunion houleuse. Je me souviens juste d’un violent mal de tête et de ma secrétaire affolée.

    – Bienvenu au jardin de la volupté. Tu pourras t’y vautrer jusqu’à la fin des temps. C’était quoi ton péché mignon ?

    – C’est pas vrai ! hurla-t-il. Je veux revoir ma femme et mes trois petits.

    Il aperçut, au loin, une lourde porte se refermant lentement et s’y précipita. Ses yeux rencontrèrent un plafond blanc, des bips lancinants l’intriguèrent. Il entrevit une forme évanescente. Il déglutit, tenta de parler,s’agita.

    – Calmez-vous, monsieur. Vous êtes tiré d’affaire.

    – J’étais… en… enf… en enfer, parvint-il à articuler.

    – Ce sont les effets des médicaments. Vous revenez de loin.

    – Ah, ça c’est sûr ! se dit-il. Il poussa un grand ouf de soulagement et se rendormit.

    Quelques jours plus tard, assis dans son lit, la tête appuyée sur de moelleux oreillers, il racontait son odyssée à ses collègues ébahis.

    – Si c’est ça le paradis, je signe tout de suite, s’exclama son meilleur ami.

    – Pauvre con !

    « On ne voit l’inanité du désir qu’après qu’il est assouvi. » Ernest Renan

  13. Clémence dit :

    C’était comme si rien ne s’était passé. Pas un mot à la radio, la télé ou les journaux.
    Aucune réaction du Ministère de la Volupté. Pourtant, cela faisait bientôt un mois qu’une frénésie du désir s’était répandue sur la planète.

    Et il fallait voir cela !

    Enfin, il l’avait, sa voiture tant rêvée. Elle était là.
    Il la regardait avec amour, lui passant langoureusement la main sur l’aile avant gauche, remontant avec un plaisir sensuel vers la portière. Il l’ouvrit et n’en finit plus de caresser les sièges en cuir fauve et d’en humer les senteurs sauvages.
    Il s’arrêta un instant, se demandant ce qu’il lui arrivait. D’habitude, une voiture, c’était une voiture. Un facilitateur de déplacement et non un objet de désir. Étrange, étrange…
    Au même moment, son épouse rentra d’un super méga shopping.
    Elle gravit à la hâte les escaliers se remémorant avec délices les glissements de sa carte bleue dans le sabot électronique.
    Elle ouvrit le premier sac et en sortit une robe de soie écarlate. Elle se dévêtit et la fit glisser sur sa peau nue, sans épargner un seul pouce de peau. Elle enfila une tenue légère puis prit à pleine main son nouveau sac, son « it bag ». Somptueux ; un cuir souple, des coutures parfaites, des poches intérieures et extérieures pour y insérer tous ses trésors. Elle sortit également une paire d’escarpins à semelles carmin et à talons fins d’une hauteur vertigineuse. Elle les saisit dans ses deux mains et s’en caressa les joues.
    Elle vit son reflet dans la psyché, rougit brusquement en se demandant ce qui lui arrivait.
    Il lui semblait entendre gémir sa mère : « Ma pauvre fille, tu te perdras »

    Elle descendit lentement rejoindre son mari et fut surprise de le voir dans l’escalier.
    Un seul regard suffit….

    Quelque part, à l’autre bout du monde…

    Surfeur invétéré, il avait commandé sur un site spécialisé une nouvelle planche. Le must ! Et son colis venait juste d’être livré.
    Il s’installa sur la terrasse et défit le colis. Non pas en déchirant et arrachant, mais avec un certain plaisir : faire glisser la lame entre les rabats, entendre le chuintement du papier collant qui se scinde. Faire craquer les milliers de bulles du papier de protection, comme si c’était des bulles de champagnes qui crépitaient avec espièglerie.
    Enfin, il la découvrit. Elle avait des formes royales, des courbes lascives et un poli parfait.
    Il la prit entre ses bras et courut vers l’Océan tout en se demandant de quelle folie il était subitement atteint….
    Pendant ce temps, sa jeune épouse se préparait le grand jeu des soins. Massages à l’huile de tiaré, bain à bulles et chaise longue. Elle prit le temps de s ‘observer : une silhouette voluptueuse, un grain de peau parfait et une chevelure à la Gauguin. Elle prit des poses, fit des moues, joua à la féline…
    Un craquement…
    Mais que m’arrive-t-il ? Je ne suis plus une Lolita tout de même…
    Elle se drapa d’un paréo aux couleurs vives et sortit de sa chambre.
    Au même instant, son homme sortit de l’eau. Les vagues avaient eu un effet surprenant.
    Il quitta la plage et courut vers la maison, elle dégringolait les escaliers et courait vers la plage….
    Le choc fut étourdissant !

    Presque dans le ciel.
    Depuis des années, ils rêvaient de ce voyage. Depuis des années, ils rêvaient de dîner dans ce restaurant…
    La table était triplement étoilée.
    Un menu parfait.
    Trop parfait.
    A la fin du repas, il se fit servir un cognac millésimé.
    Il saisit le verre entre ses mains et le tenait comme le plus précieux des trésors. Il fit doucement tournoyer la robe dorée, il humait les arômes, les yeux fermés, presque en transes.
    Il souriait, empli d’un bonheur indescriptible.
    Elle était en face de lui. Pas d’alcool, mais une coupe glacée, pure et nue dans sa simplicité.
    Elle regardait son homme, les paupières à moitié closes.
    Elle lorgnait ses boules glacées.
    Sans la moindre retenue, elle plongea un doigt au milieu d’une sphère parfaite et le ressortit crémeux.
    Elle regarda autour d’elle et enfonça son doigt en bouche, la gourmandise enfantine à l’état brut.
    Un léger tintement….
    Ils se regardèrent. Ils regardèrent autour d’eux.
    Ils semblaient seuls au monde.

    Et depuis plus d’un mois, sur toute la planète, une frénésie de désirs enflammait les hommes et les femmes.
    Désir de posséder l’objet qui les rendrait heureux à jamais.
    Désir de posséder le bonheur, l’amour, l’argent, la santé.
    Désir de posséder l’autre.

    Une frénésie ébranlait la planète.

    Les médias et les Ministères ne se rendaient compte de rien, tous étant également atteint de cette frénésie désireuse et dévorante.
    La planète était devenue un barbecue géant de désirs brûlants.
    La planète était devenue un immense volcan …

    Oh, hé…tu rêves ? Réveille-toi ;.. les merguez crament sur le BBQ !

  14. Pourtant, cela faisait bientôt un mois
    qu’une frénésie du désir s’était répandue
    sur la planète, et en ce premier aout, le grand moment était arrivé. Elle s’était préparée avec soin. Elle sentait que ça allait être chaud. Tous les accessoires étaient prêts. Elle avait bien sûr prévu de quoi se protéger. Les tenues légères attendaient… En ce premier aout, le désir devint réalité. Premier jour des vacances, en partance pour le sud.

  15. Henriette Delascazes dit :

    Oh qu’il est mignon votre sujet Pascal, vous allez très certainement recevoir une déferlante de texte frénétique amoureux.
    A tout à l’heure, je vais petit déjeuner
    Henriette

  16. Cécile Lampion dit :

    C’était comme si rien ne s’était passé.

    Pas un mot à la radio, la télé ou les journaux.

    Aucune réaction du Ministère de la Volupté.

    Pourtant, cela faisait bientôt un mois qu’une

    frénésie du désir s’était répandue sur la planète.

    C’était tellement chaud que ça fondait de partout,

    surtout de la banquise, cette banlieue du

    Golfstream des amours.

    Qui que ce soit, où que ce soit, en avion à

    zailes, en planeur à plénitude, en bateau à zaubes

    de roues, en péniche, petite pétrolifère de la

    géographie des canaux du mazout, en barcasse à voile

    qui verra, en métrolib, en véli tout terrains des

    pavés, même les trains trains tchouks, banquettes de

    banlieux, tout semblait bon pour la rencontre.

    La rencontre, ce hasard baveux de variantes

    calorifères, ce faux semblant toujours autre, cette

    approximation du sublime, ce frémissement de l’exact

    et du doute.

    La rencontre, ce dur hasard incitant l’un à

    s’oublier dans l’autre, cette putasserie vous

    invitant à ne plus décoller!

    La rencontre, ce moment passé à se souligner

    l’intrinsèque guignol, les coups inévitables.

    Et l’oiseau, à juste titre, posé sur l’incertitude

    des poteaux, baiseur invétéré, craignant, à juste

    titre la triste règle des hommes.

    • Marie Remande dit :

      Bonjour Pascal, merci pour ce sujet inspirant, au coeur de l’été c’est parfait, je mûris un texte… Rien ne sert de courir il faut prendre son stylo quand la main est prête et l’esprit dans les starting blocks. Bravo à tous ceux qui a relevé avec verve le défi et nous invitent à continuer.
      ça chauffe sous la cocotte à mots, comme le désir chauffe les corps de la planète.
      Finalement écrire est aussi une histoire de désir, non? Laisser lever la pâte, attendre, se préparer le coeur, le corps, l’esprit, fourbir ses idées, comme on se prépare à la rencontre de l’autre, le coeur en liesse, le corps en chabadafracas. C’est alors que les mots vont pouvoir exploser, s’exprimer et donner toute leur substantifique moelle, leur jus, leur calice
      attente
      suspens
      surprise…

      je m’efface
      je retrace
      je ramasse
      je fracasse
      je mélasse
      je mélange
      pour retrouver la transe

      corps et traces
      morsures
      brisure
      ciels
      ciel
      étoiles
      star
      je suis ta star
      prise
      de bec
      l’oiseau sans ailes
      l’oiselle sans ailes
      l’oiselle sans eau
      toi sans elle
      moi avec toi

      Tu me redonnes des ailes
      vais-je te redonner les tiennes
      suspendue à ton fil
      je valse
      tu me danses
      je te transe
      ou presque
      l’heure tourne
      je suis minée
      désirée jusqu’à m’en briser
      cannibale faim

      chevauchée suave et éclatée
      nudité parfaite

      les corps se cherchent à toute heure
      s’évitent et pleurent

      Atterrissage non contrôlé
      le vie s’écoule et toi tu coules
      un peu
      oiseau blessé
      tu me cherches
      tu cherches à trouver
      tes ailes
      patiemment puis violemment
      violemment puis patiemment
      je cherche les miennes

      Se redonner des ailes
      se humer
      se caresser,
      se deviner,
      se transformer,
      se dévider,
      se déchainer,
      se détricoter
      la tête à l’envers
      le coeur tranché
      le coeur touché
      les corps enlacés

      Il a beau faire chaud dehors et dedans
      aucune fusion totale jamais
      aucune

      Juste un éclair,
      comme une étoile filante,
      Juste ce tout petit rien, ce moment d’absence qui vous fait prendre la vague et vous y accrocher pour partir au sommet, à califourchon sur ses plus hautes gouttes argentées, la mer déchainée.

      Les gouttes d’eau explosées sautent sur le sable, sèchent et s’évaporent dans le soleil de midi.
      Mort exquise.

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