Exercice inédit d’écriture créative 169


MasureDepuis quelque temps
je me sens complètement masure.

Hier encore,
j’ai perdu tout un pan de vie.

Ça a commencé quand j’ai eu ma première tuile

 

Imaginez la suite

17 Responses

  1. Clémence dit :

    Depuis quelque temps je me sens complètement masure. Hier encore, j’ai perdu tout un pan de vie. Ça a commencé quand j’ai eu ma première tuile…

    C’est épouvantable, c’est un drame atroce qui se joue là, mon cœur en est tout retourné, mes mains en tremblent, mes jambes flageolent, ma poitrine se serre à m’étouffer … Quelle affaire, mais quelle affaire !

    Il y a un mois, j’avais déjà remarqué que ses formes n’étaient plus si harmonieuses, un peu de laisser aller d’un côté, un léger renflement de l’autre, des tensions dans les angles arrondis…
    La décadence lente, un drame au quotidien. Les larmes me montaient au yeux lorsque je la voyais s’étioler chaque fois un peu plus…je ne sais plus que faire pour la sauver, je me sentais si impuissante et si démunie de tout savoir-faire !

    Il y a une semaine, une échancrure s’est agrandie….

    Avant-hier, coup de tonnerre, un pan entier a craqué , sombré, péri corps et biens….

    Bientôt, il ne restera que les vestiges les plus solidement ancrés….

    Hier, la première tuile est tombée, entraînant une série d’autres tuiles….

    Aujourd’hui, quelques boutons et un col râpé subsistent de ma chemise préférée.

    Demain elle servira de chiffon pour nettoyer des mains pleines de cambouis ou de terre….

    Après-demain : enterrement d’une chemise préférée à la déchetterie.

    Dès la semaine prochaine, une nouvelle vie l’attend :
    – les boutons seront récupérés,
    – le tissu servira à faire du papier

    Le mois prochain, j’aurai une belle page de papier bio sur laquelle je pourrai écrire une nouvelle aventure !

    Cfr. Entre2lettres, Exercice d’écriture créative 213 :

    Écrire bio.
    Ce texte a été rédigé sur du papier naturel 100% biodégradable et non blanchi pour limiter les traitements chimiques. Toutes ses phrases sont recyclables et issues… 

  2. durand dit :

    Merci….Antonio!

    Bonne soirée…d’écriture!

  3. Bouquet dit :

    Depuis quelques temps je me sens complètement masure.

    Hier encore, j’ai perdu tout un pan de vie. Ça a commencé quand j’ai eu ma première tuile de fêlée. Forcément, n’étant plus sous le feu des projecteurs, plus la peine de remplacer ni même de réparer la moindre pièce défectueuse. Même si le succès était au rendez vous pendant plus de 10 saisons… Ça ne compte pas. On vous oublie très vite dans ces cas là.
    Avant, on serait monté sur le toit pour éviter que les fuites ne puissent perturber le tournage. Pourtant cela n’aurait pas fait de mal à Nellie de se prendre un peu d’eau sur la tête une fois dans sa chambre ! Bon, ok jugement personnel… Je m’égare… Mais elle méritait non ??? Bref, même si je n’étais pas la maison des premiers plans, on me donnait les moyens d’entretenir ma belle façade.

    Puis la fin de série a sonné… Et tout s’est arrêté. On a fermé les portes. Plus de budget, plus d’attention pour l’entretien, plus rien. Je pouvais faire un trait sur un ravalement ou tout autre aménagement. Mais tout le monde n’était pas logé à la même enseigne. Tous les regards étaient toujours tournés vers la prairie. La « p’tite » comme on disait. Elle pouvait encore faire rêver et même rapporter un peu d’argent en proposant quelques visites aux inconditionnels fans… Pour moi, même avec ma petite épicerie, je ne faisais plus recette.

    Et un soir de grand vent j’ai reçu une branche sur le toit qui a endommagé une tuile… L’eau a commencé à s’infiltrer. C’était le début des problèmes. Petit à petits ils se sont accumulées, puis amplifiés, engendrant d’autres soucis de plus plus important. Plus rien n’était comme avant. Si seulement, cette série s’était appelée : « la petite maison dans l’épicerie », je ne me sentirais pas masure aujourd’hui… On ferait certainement attention à moi.

    Alors pour tenter de me remonter le moral, j’ai essayé de penser à tous ces épisodes, toutes ces histoires pour lesquelles j’ai servi de décor. Cette famille que j’ai vu grandir. On fini par s’attacher aux gens, c’est normal. J’ai partagé avec eux tellement de moments, les bons comme les mauvais.
    Et hier, quand j’ai appris le décès de Richard Bull, ou si vous préférez « Nels » Oleson, l’épicier, le père de Nellie et mari d’Harriet dans cette série culte « la petite maison dans la prairie », forcément c’est tout un pan de vie qui s’est écroulé.

  4. Antonio dit :

    Pour Durand,
    les gravatars se créent souvent en même temps qu’un blog. Ca a été mon cas avec WordPress.
    Mais il y en a aussi qui sont associés aux réseaux sociaux (Facebook..)

    Pour ce blog-ci, il faudrait t’en créer un hors réseaux sociaux, sans forcément avoir à créer un blog. Il s’agit d’associer ton adresse e-mail à une image qui sera reprise dans tous les blogs ou sites qui la reconnaîtront.

    voici un lien pour en créer un : https://fr.gravatar.com/

    Amicalement.
    Antonio

  5. Nadine de Bernardy dit :

    C’était il y a six mois . C’est la carcasse qui a flanché en premier. Un bon gros lumbago sur la façade arrière qui m’a immobilisé trois semaines pleines . Plusieurs experts se sont penchés sur la question, avec des devis différents : ne pas toucher, consolider, ceinturer.
    Puis ça a été le façade avant : une dent se déchaussait , qu’il a fallu fraiser, cimenter, pour finir par lui poser un bridge.
    C’était à peine terminé que les fondations ont vacillé : une fissure à l »astragale gauche : étayer, soutenir, vérifier l’état des lieux avant nouvel usage. Côté tuyauterie,rien ne m’a été épargné : coloscopie, régime sans gluten, lavement baryté pour assainir le circuit .
    De plus en plus masure,le faîtage ne suivait plus, un vent de déprime le parcourait, surtout la nuit,entraînant des insomnies alors que mes lucarnes ne demandaient qu ‘à prendre du repos.
    C’est alors qu’est advenue la seconde tuile. Ma femme, auparavant aimante et riche en biens a fait faillite suite à des placements désastreux, des banqueroutes, malfaçons, partenaires véreux et autres déconvenues.
    Elle a préféré prendre la tangeante avec son prof de yoga, me laissant dévasté tel un tas de gravats,sans un sou ,sans espoir, l’âme en berne devant ce champ de ruines qu »était devenue mon existence.
    Me voilà seul,défraîchi, avec un tonne de plans à envisager:
    reconstruire ma vie, en faire un petit havre de calme ,plein de charme,quelques restaurations sont à prévoir. Mais j’ai du caractère et avec un bon ravalement je devrais pouvoir ré-emménager en moi -même.

    Nadine de Bernardy

  6. Jérémy IANNI dit :

    Depuis quelque temps
    je me sens complètement masure.
    Hier encore,
    j’ai perdu tout un pan de vie.
    Ça a commencé quand j’ai eu ma première tuile

    Depuis, je m’emmure dans un silence assourdissant,

    Isolé du monde, de son acoustique

    Encollé par mes draps, englué dans mon lit

    La tapisserie de ma vie tombe en friche,

    Depuis des murs humidifiés de stupeur, de moisissure

    Je me sens au carreau, mis au carreau depuis hier,

    Au piquet, a pic, pas à la hauteur, pas au niveau, pas à niveau…

    J’attend patiemment que mes fuites se colmatent,

    Confiant…

  7. La maison close

    Depuis quelque temps
    je me sens complètement masure.
    Hier encore,
    j’ai perdu tout un pan de vie.
    Ça a commencé quand j’ai eu ma première tuile, plus exactement le jour où j’ai perdu ma meilleure amie, à la fois voisine et confidente. Le pâté de maison où elle habitait a été rasé et le souffle de la déflagration a fait voler mes vitres en éclat. D’un seul coup je me suis retrouvé tout délabré.
    Récemment un ami m’a rendu visite, mais c’est une maison de fou s’est-il écrié en m’apercevant! J’ai eu du mal à encaisser sa remarque. J’étais le descendant d’une grande maison, et il faut avouer que je n’avais plus rien d’une maison bourgeoise, à peine si je ressemblais encore à une maisonnette!
    Un beau jour j’en ai eu assez, j’ai décidé de mettre la clé sous la porte. Ma maison aujourd’hui n’est plus qu’une maison close.

    Genevieve T. de mesmotsdoubs

  8. durand dit :

    Qui peut m’indiquer la manœuvre à réaliser pour coller mon joli minois sur ma

    « silhouette littéraire » ??

    Merci d’avance!

    Un babache de l’ordi!

  9. patricia dit :

    depuis quelques temps je me sens complétement masure , hier encore j’ai perdu tout un pan de vie; ça a commencé quand j’ai eu ma première tuile

    bien sûr que je n’en veux pas de tuiles supplémentaires pour reboucher mon toit ! surtout pas ! je n’ai rien à cacher; que la lumière de l’azur rentre dans ma maison aussi délabrée soit elle
    pas de jugement
    la Vie est au dedans et étouffe sous ces murs opaques
    déleste toi de ce trop qui cache ton cœur battant
    laisse le s’exprimer par ce trou béant

    les cieux sont ta prochaine demeure
    déshabille toi du peu
    et prépare toi pour l’envol, allégé de tes peines .

    Sois heureux de te défaire de cette crasse qui t’habite
    chaque pan de vie qui tombe laisse la place saine
    pour reconstruire avec ce que tu es vraiment
    la Vie en toi est suffisante
    et traversera même toutes les tuiles
    aussi grosses soient elles
    car la lumière qui t’habite rejoindra celle de l’azur

  10. Endres Stephanie dit :

    Depuis quelque temps
    je me sens complètement masure.
    Hier encore,
    j’ai perdu tout un pan de vie.
    Ça a commencé quand j’ai eu ma première tuile, c’était un mardi matin.

    Le dimanche suivant. Seconde tuile.

    Depuis, chaque semaine, j’ai une nouvelle tuile. Et une encore.
    Avec chaque tuile, le temps qui file.
    Je vieillis. Ma vie s’en va. C’est la vie. Mais à mon âge, on ne redoute pas les tuiles, on les compte, on les collectionne, et on les recompte. il est bien utile de collectionner les tuiles.

    Parmi toutes ces tuiles, j’ai mes préférées, mes favorites. Celle ci m’a appris à compter mon argent plus sérieusement, celle-là a conduire, cette petite là qui ne paye pas de mine m’a aidé à prendre du recul sur mon travail. Par contre la grosse tuile rouge au fond de ma cave là-bas à droite, je la laisse bien cachée, je la déteste, et je préfère ne pas la voir, elle me rend malade.
    Je ne partage pas mes tuiles, et je ne comprends pas que les gens puissent étaler leurs tuiles constamment sur la voie publique. Enfin, ce sont surtout les personnes âgées qui prennent un malin plaisir à exposer leurs tuiles. Parce que les jeunes eux, ils ne rigolent pas avec les tuiles, ils savent les conserver bien planquées dans leurs armoires ou sous leurs lits. Quand ils ont une tuile, ils font comme s’ils n’en avaient pas eu. Ils déploient une énergie considérable à éviter les tuiles ou à les cacher. Les tuiles c’est comme le bon pinard, cela s’apprécie véritablement à partir de quarante ans.
    Depuis quelques temps, je nettoie mes tuiles, je les bichonne, je les tourne, je les classe. Je leur dois bien cela ! Dans trois jours j’aurai 100 ans, et quelques tuiles.

  11. Sylvie dit :

    Depuis quelque temps je me sens complètement masure. Hier encore, j’ai perdu tout un pan de vie. Ça a commencé quand j’ai eu ma première tuile, ma cheminée emportée par la tornade du siècle, un trou dans mon toit, traumatisme dont je ne me suis jamais remis, mon grenier traversé par un courant d’air. Depuis, j’ai des frissons dans les articulations, des rides dans les murs, de la mousse plein la façade, des araignées au plafond… Je suis en pleine décrépitude, je m’affaisse, disent-ils, les spécialistes des vieilles pierres. Je n’ai plus les reins solides, je me laisse mourir, paraît-il. Pourtant, dans la force de l’âge, j’étais une musculature sans pareille, avec des tourelles qui me faisaient la cour. Et la plus belle d’entre toutes : mon aile droite, ma tour crénelée.

    Unis pendant des siècles, nous avons traversé les tempêtes et les révolutions sans plier, toujours adossés l’un à l’autre. Notre union, solide comme un roc, faisait pâlir tous les jeunes manoirs prétentieux de la région. Les soirs de bal, mes yeux de cristal brillaient sous le défilé des belles dames qui me traversaient en admirant mes trésors intérieurs : galerie de portraits et cabinet de curiosités, menant directement à ma moitié, ma douce tour crénelée, qui hébergeait en son sein la grande salle de bal du château.

    L’âge venant, nous avons été peu à peu délaissés par les fastes d’antan. Mais ensemble et toujours soudés, nous avons fait bloc contre ravaleurs et démolisseurs les plus tenaces. Jusqu’au jour où ma belle a commencé à perdre son collier de pierres. Et ce fut la dégringolade. La colonne vertébrale touchée, la moelle fortifère abîmée, bref rien à faire. Malgré tous mes efforts pour la soutenir, je n’ai pu l’empêcher de s’effondrer, là, à mes pieds. Elle était mon phare, rempart à mes idées noires, bastion à toute épreuve. Aujourd’hui, je veille sur elle, et j’ai l’espoir qu’un jour nous renaissions de nos ruines. N’ai-je point vu ce matin un jeune historien rêveur frôler ma muraille en murmurant doucement à mon vieux soupirail : château de mes ancêtres, je te reconstruirai, je t’en fais le serment. Un hurluberlu, une hallucination ? J’aimerais tant y croire.

    ©Sylvie Wojcik

  12. virginie dit :

    Depuis quelque temps
    je me sentais complètement masure.
    Hier encore,
    j’ai perdu tout un pan de vie.
    ça a commencé quand j’ai eu ma première tuile.

    L’expert, bien bâti, présenta les conclusions de son étude. « Toute les canalisations étaient bouchées ».

    Un mortier parasitaire s’agglomérait et gagnait de plus en plus de terrain. Le travail de l’estomac, des intestins, du foie s’écroulait. Une vidange eût été la clé à tous ces maux. Mais, une porte blindée bouchait l’issue de secours.

    Ma charpente se délitait sous l’annonce de l’expertise. Je m’interrogeais quant à la mise en œuvre d’une éventuelle rénovation. Une tempête de grêlons véreux m’assaillaient. Mes fondations perdaient pieds.

    Je me sentais une ruine de ces années qui se veulent être nourries d’élans constructifs, de projets qui sortent de terre. Le bâtisseur en moi s’effondrait.

    Les termites rongeaient toutes mes pièces, de celles qui abritent le chœur de la mécanique, aux travées où reposent, encore somnolentes, les colonnes des rêves.

    Les tuiles suivies de lourdes ardoises se succédaient.

    Cependant, mon esprit d’entrepreneur n’avait pas jeté sa dernière brique. Je lançai un appel d’offre.

    A partir des conseils d’un promoteur, je défrichai les herbes folles familiales. Ces vivaces à la façade fraîche et affable, mais qui au fil des années se révèlent être aussi nocives qu’un liseron. Du grenier, je sortais tous ces vieux cartons empoussiérés de désespoir.

    Hier, j’ai perdu tout un pan de vie, celle de l’enfance et de la jeunesse peuplée d’un champ de bataille de débris d’amour et d’innocence.

    Aujourd’hui, je suis au seuil de mon nouvel intérieur. Les parpaings de plaisir se cimentent au liant d’une créativité homogène. De temps à autre des fuites d’incertitudes s’échappent d’un fronton encore trop poreux et sensible aux aléas climato-familiales. Mais ma structure se libère des échafaudages médicaux.

    En mettant la main à l’ouvrage, les résolutions du cahier des charges prennent forme. Et c’est du béton !

    Amicalement,

    Virginie

  13. Sabine dit :

    Je devie un peu du sujet, mais à propos de masure, j’ai ça dans un tiroir:

    La vieille

    Sur la petite route boisée, on croise souvent un faisan, une libellule. C’est gai, l’été, quand les feuilles des chênes jouent avec le soleil. Au bout du chemin, une grande allée mène à la maison de la famille Martin. Les ifs sont bien taillés, les rosiers généreux, la pelouse bien rase. Les enfants jouent au ballon ou à la balançoire. Ils sont bien habillés. Monsieur Martin lustre la belle voiture toute neuve. Le labrador est couché sur la terrasse. Le fumet d’une tarte aux pommes s’échappe de la cuisine de madame Martin.

    Mais si on s’égare en chemin, si par erreur on a tourné à droite, on peut aussi croiser la maison de la vieille. Ce serait un hasard. Car ici, les herbes folles et les ronces ont poussé. Les tuilent jonchent le sol. Ce qui reste des volets ne ferme plus, les hiboux ont fait leur le grenier. C’est là qu’elle vit la vieille. Dans une seule pièce, ses jambes ne lui permettant pas plus de déplacements. A la lueur de la lampe à pétrole. C’est mieux, on ne voit pas les déchets qui jonchent la table. On les sent, c’est tout. Elle vit avec un bâton, la vieille. Pour que les rats la laissent un peu tranquille, surtout la nuit.
    De toute façon, ce n’est plus la peine d’y aller chez la vieille. Elle est morte la semaine dernière. C’est le facteur qui l’a trouvée. Et comme elle était morte, elle n’a pas pu donner de coups de bâton. Alors, les rats…

    Sur sa tombe on a gravé : « Ci-gît Madame Martin mère ».

    ©Margine

  14. Antonio dit :

    Depuis quelque temps
    je me sens complètement masure.
    Hier encore,
    j’ai perdu tout un pan de vie.
    Ça a commencé quand j’ai eu ma première tuile.

    J’étais à découvert, un trou énorme dans mon compte, il pleuvait des dettes sur ma tête comme vache qui pisse. Mon banquier n’avait pas finit d’uriner sur mes nouvelles demandes de crédit qu’elle m’est tombée dessus.
    « Salut toi, ça va ?
    – Euh… Je n’en revenais pas, comment elle osait revenir. Ca va, et toi ?
    – Je te rassure, je passe juste en coup de vent, qu’elle me dit.
    J’étais décoiffé et pas rassuré.
    – Je ne veux plus te voir ! … plus jamais, c’est clair !
    La porte claque, les murs tremblent, ses yeux vitreux éclatent en larmes.
    C’est pour les courants d’air que je lui fais comprendre, la prenant dans mes bras.
    Elle n’en manquait pas, d’air. Oser revenir après ce qu’elle m’avait fait. Trop tard, j’allais attraper l’effroi de la mauvaise nouvelle.
    – Je suis enceinte, Bruno. Ca fait trois mois et tu es le père.

    Depuis on était là, comme deux édifices en ruines, en vis-à-vis, attendant un mécène qui voudrait bien nous remettre sur pied, nous aider à nous reconstruire.

  15. ourcqs dit :

    Depuis quelque temps je me sens complètement masure.
    Hier encore,j’ai perdu tout un pan de vie.
    Ça a commencé quand j’ai eu ma première tuile, de violentes bourrasques essayaient de me déstabiliser, ont-elles ébranlé mes profondes racines ? Des vibrations bizarres me donnent des frissons, terreur ou plaisir ?Des souffles s’insinuent un peu partout, et j’entends de drôles de voix, des musiques , angoissantes ou délirantes. Des branches aux ramifications ascendantes, descendantes, complètement refoulées, oubliées, commencent à cogner. Et sur les murs tous ces « papiers collés » sont en train de muter en papiers décollés que je noircis de mots, de questions, de poèmes, et même de couleurs. C’est décidé, dorénavant je m’azure contre toute usure !

  16. durand dit :

    Ruines d’un château en Espagne.

    Depuis quelques temps je me sens complètement masure. Hier encore j’ai perdu tout un pan de vie.

    Ca a commencé quand j’ai eu ma première tuile. Mon toit fuyait, mon moi se fissurait.

    Les combles de la malchance me sont tombés sur le fronton. Ma femme avait pris la porte, sans oublier quelques briques pour se reconstruire une nouvelle vie. Me quitter ainsi, il fallait lauzer.

    J’avais beau me croire un chevronné de la toiture, l’ardoise était trop salée. C’était la première fois que je me faisais latté ainsi. J’ai craqué. Ma descente d’eau a été impressionnante. J’ai chialé pendant des jours et des nuits. Les joints d’étanchéité ont claqué.

    J’ai tenté d’échafauder un plan de survie. J’ai étayé les voûtes de mon squelette. J’ai essuyé les plâtres, je les ai consolidé. J’ai persisté à restaurer mon intérieur, à épauler mon dos, à soutenir la comparaison. Je n’étais ni le premier, ni le seul, ni le pire ! Il fallait percervériner de tout, des clous, des vis, cricer le bâtiment de ma vie, le relever de la crémaillère.

    A un moment je suis même parvenu à me remettre le pied à l’étrier du chevalet. J’étais le chevalier du tour de ronde. J’ai hurlé là haut sur ce qui fut mon donjon.

    Mais les mauvais poètes du ciel se sont abattus sur moi, les hallebardes ! Tout s’est éboulé. J’ai longtemps navigué dans ma baignoire. J’ai tenté de me barricader dans ma barbacane, le petit atelier où je me réfugiais quand j’étais trop meurtri.

    Mais non, c’en était fini. Je me sentais trop douve. Il fallait s’oublier.

    Je n’étais qu’un cave et je m’y suis enfermé.

  17. Depuis quelque temps
    je me sens complètement masure.
    Hier encore,
    j’ai perdu tout un pan de vie.
    Ça a commencé quand j’ai eu ma première tuile
    Jusque-là j’étais habituée aux ardoises
    Ca a quand même une autre allure !
    Imaginez un peu, vous étiez compacte, sûre
    Avec juste un peu de feuilles dans les gouttières
    Et puis du style jusque dans les ébréchures
    Et puis voilà que par transsubstantiation
    Vous vous transformez un peu
    Du rez-de-chaussée au grenier
    En passant par tous les paliers intérieurs !
    Une tuile, vous savez, ça en appelle d’autres
    Une à une elles arrivent et puis, à pleine brouettée,
    C’est toute votre toiture qui est balayée par la tempête Xyntia !
    Depuis l’eau s’infiltre, ça mousse et je moisis
    J’ai l’esprit qui s’enrhume et l’âme qui se décolle
    Que le grand architecte me pardonne !
    Ma cotation s’enlise au ras du sol !

    Merci pour ce réveil matin vivifiant …

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